Chapitre 73 : Crocs de serpent et dure réalité
Note de la traductrice :
Une fois de plus le passage en italique tiré du roman est traduit par mes soins, en attendant de mettre la main sur la traduction officielle.
Voldemort fit une de ses apparitions mentales pendant une soirée où Harry enseignait à l'AD. Harry s'en rendit compte presque tout de suite, mais il était en train d'éviter un sort et avait besoin de se concentrer. En fait, découvrit-il avec frustration, enseigner et s'entraîner étaient tous les deux très difficiles à concilier avec son occlumancie. Elle lui semblait – sautillante – comme s'il cherchait des fréquences sur une radio et alternait entre crachotis et musique.
C'est bon de voir que tu ne t'endors pas sur tes lauriers, commenta Voldemort, et à nouveau il ne fut plus si difficile de garder son esprit fixe et clair. Voldemort n'était plus là, une sensation indescriptible, informe, derrière ses yeux.
Harry y réfléchit, en faisant le tour de la salle pour voir comment les autres maîtrisaient leurs sorts. C'était probablement une question de respect – Voldemort semblait y tenir – si Harry ne faisait aucun effort pour éviter de mourir ça ne serait pas aussi drôle que si Harry s'entraînait beaucoup, l'affrontait selon les règles, puis mourait.
- Est-ce que ça va, Harry ? demanda Hermione.
- Sûr. Comme d'habitude.
Harry essaya de lui sourire, mais le sourire qu'il reçut en réponse était fatigué.
- La création d'un syndicat d'elfes te prend beaucoup de temps ?
- Ça et d'autres choses, reconnut-elle. Je veux être prête pour ce qui va arriver.
Harry hocha la tête.
- Quand je commence à m'inquiéter, lui dit-il en regardant le groupe affairé à se lancer des éclairs colorés les uns aux autres, je me rappelle comment la Potion Verte a natté la barbe de Hagrid avant de partir au paradis des potions. C'est un bon souvenir.
- Tu n'aurais vraiment pas dû faire ça aux professeurs, dit Hermione, essayant de paraître vertueuse. Harry n'y crut pas une seconde.
- Ça n'a pas fait de dégâts, et ils ne savent pas que c'est moi.
À quel point quelqu'un appela Harry, et il dut reprendre son rôle de professeur.
Sniffle,
Quelles sont nos chances pour les vacances de Noël ?
Harry
Harry,
Pas bonnes. Pas ta faute. Ça va ici.
Sniffle
Sniffle,
Hedwige s'est blessée à l'aile en revenant. Tu peux la garder jusqu'à ce qu'elle aille mieux ?
Une chose importante : détruis-le dès que possible. Peux pas dire pourquoi.
Joyeux Noël
Harry
À la dernière réunion de l'AD, Cho l'embrassa sous le gui.
Harry rentra très lentement à son dortoir, rêveur.
Les adolescents. Tu réalises que c'est mauvais pour la concentration ?
C'est pas pire que vous qui essayez de conquérir le monde. Au moins moi c'est sympa.
Je me contenterai du Royaume Uni. Je sais me montrer raisonnable.
C'est la première fois que j'embrasse quelqu'un.
Sa tête resta silencieuse un moment. C'était agréable.
Tu devrais informer Severus.
Pourquoi ?
L'attention de Voldemort s'était tournée sur autre chose, et Harry revint à ses pensées pour Cho. Elle avait pleuré. Ça avait fait bizarre.
Ron était assez intéressé, mais seulement si sa sœur n'en souffrait pas, mais il avait également entendu dire qu'elle sortait avec Michael Corner maintenant et ça n'allait pas du tout. Harry devrait étudier ses différentes options, c'était tout ce que Ron avait à dire.
Harry s'endormit, et rêva d'un serpent attaquant Arthur Weasley. Généralement il pouvait contrôler ces rêves. Ce soir, il ne put pas. Il fut entraîné avec, à toute vitesse, et ne put que rester aussi immobile et silencieux que possible, par peur que quelqu'un remarque qu'il était un serpent en train d'attaquer M. Weasley et qu'on lui interdise de revenir au Terrier (selon la logique des rêves).
Il se réveilla paniqué, et le dit à Ron, trébuchant sur les mots, tout se mélangeant, et avec l'impression que sa tête allait se fendre en deux. Puis il le dit au professeur McGonagall.
Puis elle lui dit qu'il allait voir le directeur, et son monde s'écroula sous ses pieds. Oh, il n'avait pas envie d'aller voir le directeur.
- Tu ne m'as pas compris, dit Dumbledore de la même voix calme. Je veux dire… peux-tu te rappeler – hem – où tu étais positionné en regardant l'attaque arriver ? Étais-tu à côté de la victime, ou regardant la scène du dessus ?
C'était une question tellement étrange que Harry regarda Dumbledore les yeux ronds ; c'était presque comme s'il savait…
- J'étais le serpent, dit-il. J'ai tout vu par les yeux du serpent.
Tous ces soucis à propos de dissimulation, et il savait. C'était vraiment classique, vraiment injuste, et Harry ne savait toujours pas si quelqu'un était allé à la recherche de M. Weasley.
Mais les événements étaient en route, et Dumbledore semblait s'occuper des choses. Harry regarda ses pieds, et se rappela enfin d'occlure. Il avait eu de la chance que Voldemort n'ait pas regardé à ce moment là. Ses barrières tenaient à peine debout, mais elles étaient là.
C'était un fatras sans nom dans sa tête. Il se rappela soudain, comme s'il sortait du brouillard, que Voldemort n'était pas seulement une voix dans sa tête qui disait des choses intéressantes sur la magie runique. Que Voldemort avait tué ses parents, et qu'il venait de faire de son mieux pour tuer un autre des adultes auxquels Harry tenait – que Voldemort soit un animagus ou qu'il y ait eu un sort de quelque sorte impliqué, Harry était prêt à parier jusqu'à son dernier gallion que c'était à cause de leur connexion. Leur connexion, que Harry n'avait pas étouffée. Leur connexion, qui venait d'avertir Harry à temps pour sauver M. Weasley.
Harry commençait à avoir mal à la tête en plus de son mal de tête habituel à cause de cicatrice.
Il était temps, pensa fermement Harry, de passer à une aide chimique.
- Quelqu'un veut un bonbon ? J'ai des parfum citron, chocolat et caramel.
Il mit un chocolat dans sa bouche.
- Je prendrai un bonbon au citron, mon garçon, dit Dumbledore. Harry tendit le sac de bonbons au citron à Ron pour qu'il le passe au directeur.
- Est-ce qu'ils ont un nom ?
- Citrons Lumineux, dit Harry. Ils rendent joyeux.
Fred et George acceptèrent des caramels avec un regard entendu – c'étaient eux qui avaient préparé cette fournée, après tout. Ginny prit un bonbon au citron, et Ron un chocolat.
Ce fut une erreur innocente – alors qu'ils utilisaient le portoloin, Harry leva les yeux et pendant un instant, il croisa les yeux bleus du professeur Dumbledore. La douleur éclata dans son crâne, et Harry était Square Grimmaurd et regardait Sirius et tout le monde parlait autour de lui.
Tu es incommode, Harry Potter, feula Voldemort dans son esprit.
Harry ferma les yeux très fort. Les gens continuaient à parler. Sa tête essayait toujours de se fendre en deux. Il était toujours très calme. Il leva la main pour demander le silence, sans ouvrir les yeux.
- J'ai des visions magiques de Voldemort parfois. C'est assez douloureux. Ma tête va se décrocher et tomber dans les égouts. J'ai raté les autres questions.
- Qu'est-ce qui est arrivé à notre père ? demanda Fred.
- Un serpent géant. Je ne sais pas où ni comment Voldemort a trouvé un serpent géant. Je ne sais pas pourquoi j'ai des visions de lui. Dumbledore sait, donc… pas de panique. C'est juste une chose en plus.
- Harry, dit Sirius. Tu as besoin de t'asseoir ?
- J'ai besoin de m'allonger, je crois. Au calme. Je suis désolé.
- Viens, dit Sirius, et il le prit dans ses bras. Harry poussa un cri, surpris, mais Sirius l'ignora et monta les escaliers en le portant.
- Première règle d'avoir un voyant à la maison, lui expliqua Sirius d'un ton léger. S'assurer que le voyant prend soin de lui-même.
- Je suis pas un voyant.
- Juste un idiot. Tu aurais dû me dire que ça recommençait.
- Par hibou ? demanda Harry sarcastique.
- Touché. Mais bon, au moins tu as pu rentrer à la maison pour Noël.
- Hmm. La maison.
Il y avait quelque chose auquel Harry n'arrivait pas à penser, dont il devrait s'inquiéter, mais sa tête lui faisait vraiment mal – Voldemort était furieux, quelque part, et tout se mélangeait horriblement.
Harry, chuchota Voldemort dans son esprit tout doucement. Nous devons discuter.
Absolument pas. Vous avez presque tué M. Weasley.
Tu es venu fourrer ton nez là où tu n'as pas le droit de venir.
Si vous pensez que je fais ÇA EXPRÈS – je vous déteste. Laissez-moi tranquille.
Pauvre petit élu. Tellement furieux que Dumbledore ne te dise rien.
Je suis à peu près sûr que c'est vous qui êtes furieux après lui, pas moi.
Oh, tu es furieux, Harry. Pas autant que moi, mais peu de gens le sont.
Harry essaya de rassembler le détachement émotionnel nécessaire pour vider son esprit et occlure et n'arriva pas à en trouver une miette. M. Weasley était à l'hôpital. Il n'y avait pas le moindre détachement émotionnel à trouver, pas pour tout l'or du monde.
Il l'avait senti, il avait été le serpent, il avait senti ses dents s'enfoncer. Il se sentait prodigieusement coupable et prodigieusement perdu. Il perçut Voldemort comme prodigieusement furieux et préoccupé, et puis sa présence s'effaça. Harry se détendit, soulagé. Il pouvait rester allongé dans le noir un moment.
Après un espace de temps indéterminé, Sirius passa sa tête par la porte.
- Tu veux faire quelque chose pour le petit déjeuner, Harry ? Je n'arrive pas à faire marcher le four.
Ce qui était un horrible mensonge, mais Harry l'apprécia. Il se hissa hors du lit et descendit les escaliers, et la journée commença.
- Je n'aurais pas dû aller au lit, dit Harry à voix basse à Sirius.
- Bien sûr que si, répondit Sirius. C'est ton lit, non ?
Harry lui fit un petit sourire, et se contenta de cette réponse pour le moment.
- Je t'ai trouvé quelques trucs, dit Sirius. Des cadeaux de Noël, mais je ne les ai pas emballés car je ne pensais pas que tu serais là. Ils sont dans ta chambre.
Ce n'était vraiment pas le moment, mais plus tard, plus tard Harry en serait content. M. Weasley allait s'en sortir, et Harry serait content.
Ils furent obligés de parler à Mme Weasley quelques minutes, mais ensuite Harry entraîna Sirius dans le garde-manger pour être tranquilles.
- Harry ? demanda Sirius.
- C'est pire que ce que j'ai dit à tout le monde. Je crois que Dumbledore sait, mais je – c'est pire. La connexion, ce n'est pas juste des visions que je reçois, il a accès à moi, je pense, donc tu ne dois laisser personne me dire des choses importantes, je travaille sur mon occlumancie mais je suis nul, j'essaie-
- Respire, dit fermement Sirius.
- Et le professeur Rogue ne peut rien faire à cause de raisons à la con d'espionnage ou autre chose, je sais pas.
- … Rogue était au courant de ça ?
Harry enfonça ses mains dans ses poches.
- Désolé. Je sais que ça n'a pas vraiment de sens.
- Non, dit lentement Sirius, le visage sombre. Ne sois pas désolé. Comme a dit Molly, c'est nous les adultes. C'est nous qui sommes censés nous occuper de ça.
- Et le médaillon – c'est un héritage de Serpentard, ton frère l'a volé ou je sais pas quoi. Il est mort à cause de ça, Sirius, je ne pouvais pas l'écrire dans une lettre.
Sirius sembla s'avachir comme une marionnette. Harry se sentait vraiment tout seul.
- Ça va être une chouette journée, dit Sirius d'un ton pensif, quand on trouvera ce qui détruit ce truc. Hein ?
- Oui, Sirius, dit Harry, essayant de lui remonter le moral. Une très chouette journée.
Harry se retira dans sa chambre et perçut à peine le brouhaha et le remue-ménage autour de lui. Il se concentra sur ses barrières d'occlumancie. C'était son travail maintenant. Il avait laissé Voldemort entrer trop profondément, s'était endormi sur ses lauriers. Voldemort n'était pas un meurtrier au sens abstrait, comme Sirius ou Rogue. Il n'avait pas essayé de tuer des gens des années et des années auparavant, comme Sirius, ou peut-être tué des gens mais Harry ne savait pas qui ou combien, comme Rogue. Voldemort tuait des gens maintenant. Sa politesse n'avait aucune importance. Harry devait mettre ses pensées au clair, et cela signifiait que Voldemort ne pouvait plus lui chuchoter à l'oreille.
- Harry, murmura Ginny pendant un moment de calme. Est-ce que c'est à cause de-
Harry hocha sèchement la tête.
- Il faut que je fasse plus attention, Gin, dit-il. Que je parle à Sirius et Dumbledore. Tous les gens à qui je dois parler.
- … ce n'est pas une mauvaise chose si ça a permis de sauver papa, dit-elle. Mais le pire avec lui c'est qu'il n'est pas entièrement mauvais.
Ginny eut droit à un câlin très fort. Si Harry croyait en ces histoires d'âmes sœurs, peut-être qu'il croirait en quelqu'un qui avait les mêmes cicatrices mentales que lui…
Mais c'était une pensée pour une autre fois.
