Chapitre 74 : Sirius essaie d'être un parent
Note de la traductrice :
Même remarque qu'au début du chapitre précédent.
- Bien sûr qu'il est inquiet, grogna Maugrey. Le garçon voit des choses depuis le serpent de Vous-Savez-Qui. Évidemment, Potter ne réalise pas ce que ça veut dire, mais si Vous-Savez-Qui le possède-
Harry retira l'Oreille à rallonge de sa propre oreille, écarlate, le cœur battant la chamade. Il regarda ses amis autour de lui. Tous le regardaient, les longs fils roses toujours pendus à leurs oreilles, l'air soudain apeuré.
Ce fut Ginny qui rompit le silence.
- Bon, on dirait que le secret est éventé, dit-elle en regardant ses frères. J'aidais Harry avec ça. J'ai de l'expérience, non ? Alors vous pouvez tous arrêter vos blagues à propos de moi et de Michael Corner.
Ses frères ne semblaient pas rassurés.
- On parlera à la maison, dit Harry, mettant toute l'autorité des séances d'AD dans sa voix. Je peux expliquer.
- Pas sûr qu'il y ait un moyen d'expliquer ça, collègue, dit Fred.
- Ce n'est pas la faute de Harry, dit Ginny d'un ton agacé. Il n'a pas invité-
Ginny s'interrompit comme une infirmière passait.
- À la maison, dit Harry d'une voix ferme.
Les jumeaux, Ginny et Ron s'entassèrent dans la chambre de Harry, s'installant comme ils pouvaient sur son manque de meubles – Harry s'assit sur son lit, et après une minute Fred et George revinrent avec des chaises.
- Je m'exerce à le bloquer depuis la rentrée de septembre, commença Harry. Avec l'occlumancie, tu te rappelles, Ron ? Je ne me bagarre pas avec les adultes quand ils veulent me cacher des choses – vous les avez entendus, ils savent tout. La seule chose qu'ils ne savent pas est que je sais.
- Mec, pourquoi tu ne me l'as pas dit ? demanda Ron. Je croyais qu'on avait arrêté ça l'année dernière. Je ne peux pas t'aider si tu gardes des secrets.
Harry n'était pas trop sûr.
- Parce qu'on a l'impression que c'est un secret qu'on veut garder. Quelque chose de spécial, dont on ne veut parler à personne, dit Ginny. C'est ce que ça fait.
Harry fronça les sourcils.
- Peut-être un peu. Mais surtout – ils étaient tous à se dire tellement intelligents, ne me disaient rien sur ma vie. Je voulais savoir quelque chose sur moi qu'ils ne savaient pas, pour changer.
- C'est cinglé, Harry, dit gentiment George. On a plein de secrets qu'on ne dit pas à notre mère, mais pas des secrets niveau Voldemort. Tu ne peux pas faire confiance juste à l'AD avec ça.
Qu'un des jumeaux Weasley soit la voix de la raison n'était vraiment pas une chose à laquelle Harry s'attendait. Il le regarda de travers.
- Et si j'allais chercher maman et tu finis d'expliquer ? proposa George.
- Non. Certainement pas. Elle est déjà assez affolée.
Harry n'aimait pas le regard que les jumeaux lui lançaient. Les jumeaux ne savaient pas écouter.
- Sirius, décida Harry. Il est un peu comme – je l'ai presque appelé ma mère, ne lui dites pas.
Tout le monde se mit à rire, rompant la tension de l'atmosphère. Fred et George partirent à la recherche de Sirius, et Harry suivit Ron jusqu'à la chambre de Ron, où un portrait dit à Harry de la part de Dumbledore de rester là où il était.
Harry se réfugia dans les toilettes et prit quelques minutes pour détester le directeur.
Je le déteste. Parfois je le déteste vraiment.
Comme c'est doux à entendre, Harry. Pourquoi détestons-nous le directeur aujourd'hui ?
Harry ferma les yeux et essaya de ne penser à rien.
Ah. Des ordres venant de plus haut.
Arrêtez de regarder mes souvenirs.
Si tu as des invités et que tu laisses des documents sur la table, ce n'est pas leur faute s'il les lisent.
Vous n'êtes pas un INVITÉ.
Je ne suis pas celui qui te garde bien rangé dans une petite boîte en attendant d'avoir besoin de toi, petite arme.
Une minute. Est-ce que ça voulait dire que Harry était l'arme secrète que Voldemort recherchait ?
Voldemort gloussa.
Je savais qu'ils te cachaient des choses. Je n'avais pas réalisé qu'ils te mentaient. Délicieux.
Harry résista à l'envie de demander ce que cela signifiait, et prit un chocolat dans une de ses poches. Il serait calme quoi qu'il en coûte.
Ses barrières d'Occlumancie bien en place, Harry se glissa hors des toilettes et retourna dans sa chambre. Le nombre de visages se tournant vers lui avec impatience – Sirius, Fred, George, Ron, Ginny – lui donna envie de retourner se cacher aux toilettes. Il résista.
Il s'assit sur son lit.
- Ça a commencé à la rentrée de septembre, dit-il. Et je suppose que je comprends comment les stars de télé se sentent, maintenant…
Expliquer prit de longues heures tendues, épuisantes. Sirius voulait venir se cacher à Pré-au-Lard pour garder un œil sur lui. Harry lui fit remarquer que ça serait une bonne idée à condition que Sirius ne lui dise jamais où il était ni comment le rencontrer.
- Alors, dit Sirius, quand tout le monde fut venu à bout des questions sur l'occlusion, Voldemort, et pourquoi Harry ne leur avait pas fait confiance. Où se positionne Rogue dans tout ça ?
- Il sait.
- Il sait plus que ce qu'il a dit au directeur, dit Sirius d'un air sombre. Le directeur m'a dit- bref. Il ne soupçonne pas ça.
- Tu vas lui dire ? demanda Harry.
- Je devrais. Tu es sûr que tu occlus là ?
- Absolument sûr. Sirius, je ne veux pas que tu lui dises.
- Mouais, dit Sirius, mais avec un léger sourire. Mais tu as un peu de temps – je n'utiliserai personne pour transmettre ce message, et je ne vais pas me rendre à Poudlard en personne. Je garderai le silence, à condition que tu le gardes hors de ta tête.
Harry se renfrogna.
- Ça a aidé, la nuit dernière.
- Tu as fait exprès de faire ce rêve ?
- Non.
- Alors tu as le droit d'avoir des rêves que tu ne peux pas contrôler. Pendant la journée, pendant ta vie, garde-le hors de ta tête.
- Et si je le fais pas ?
Sirius se leva et commença à faire les cent pas.
- Je n'ai jamais fait ça avant, hein ? Te traiter comme un gamin. Je détestais ça quand mes parents… mais ensuite, James… hmm.
Harry le regarda avec inquiétude.
- Si tu ne promets pas de le garder hors de ta tête, dit fermement Sirius, tu n'auras pas tes cadeaux de Noël.
Harry cligna des yeux.
- C'est tout ?
- C'est tout.
Harry essaya d'imaginer une absence de cadeaux de Noël comme punition.
(Les Weasley, toujours présents, regardaient en silence).
- … si je promets, j'ai un cadeau en avance ? demanda prudemment Harry. Il avait l'impression d'imiter Dudley, mais il ne savait pas trop qui d'autre imiter.
Sirius sourit, changeant brusquement l'ambiance, ouvrit d'un grand geste l'armoire de Harry et lui lança une – chose – verte. Harry ne savait pas trop ce que c'était, parce que le tissu le couvrait entièrement, comme un grand drap.
Harry s'extirpa de son nouvel amas de tissu et découvrit une chose verte et épaisse, couverte d'étoiles argentées. Il se leva et la secoua.
C'était une robe de chambre en soie molletonnée, comportant une vingtaine d'étoiles argentées qui toutes recouvraient une poche.
- Je l'ai trouvée dans une des vieilles chambres d'amis, dit Sirius en le regardant à travers ses cheveux sombres. Je l'ai un peu nettoyée. Je me suis dit que tu n'étais pas obligé de posséder uniquement des vêtements rouges, et tu deviens accro aux poches. Ça - ça a vraiment assez de poches.
Harry l'enfila par-dessus ses vêtements.
Ron tenta courageusement :
- Tu as l'air – très élégant – tout à fait dans le style de Dumbledore-
Tout le monde se mit à rire. Harry sourit, et enfonça ses mains dans deux de ses poches.
- Si je continue à m'habiller en rouge et en vert, commenta-t-il, je vais finir par ressembler à un elfe de Noël et Hermione va vouloir me libérer.
- Ça pourrait être pire, commenta Ron. Je crève de faim. Allons manger.
Harry somnolait, pas tout à fait endormi, à la fin d'une longue journée, quand Voldemort dit :
As-tu entendu parler des lois de la guerre, Harry ?
Non. Je ne vous parle pas.
Les lois de la guerre indiquent qui sont les cibles acceptables. Pour faire simple, elles séparent le monde entre les cibles militaires et les cibles civiles. Ceux qui prennent les armes pour aller combattre sont des cibles acceptables, alors que les femmes et enfants qui restent à la maison ne le sont pas. Arthur Weasley, par exemple, était un combattant.
Harry était très fatigué. Il essaya de se forcer à la logique. Ça ne marcha pas tout à fait.
C'est n'importe quoi, répondit-il. Vous n'êtes qu'un salaud. Je sais que vous tuez des femmes et des enfants.
Pas sans de bonnes raisons, Harry.
Genre 'ce Moldu m'a regardé de travers' ? Ce genre de raisons ?
Ça dépend. Toi, par exemple – bon, si tes gardiens ne te l'ont pas dit, je suis sûr qu'ils ont une bonne raison.
Ma mère et mon père se battaient contre vous. Ils étaient dans l'Ordre. Je sais ça.
Qu'est-ce que Severus peut bien raconter à propos de ton manque de curiosité, je me le demande.
Je n'ai jamais été accusé d'un manque de curiosité jusqu'ici. Et je ne vous parle pas.
Oh, et bien. Ça valait la peine d'essayer.
Harry imagina Voldemort organisant sa journée, préparant des grandes lignes d'arguments à essayer contre lui, Harry Potter, et décida que c'était ridicule.
Pourquoi vous vous donnez tout ce mal ? Vous n'êtes pas Drago, vous n'êtes pas naïf, vous savez que je ne vais pas retourner ma veste par magie.
Te parler me fait sentir plus humain, Harry. Comme je l'ai dit à tout le monde l'été dernier, j'ai passé les quatorze dernières années à peine en vie. Le fait de t'observer me rappelle les petites choses.
Je ne suis pas une ÉMISSION TÉLÉ. Les gens sont des gens. Ça a une importance s'ils sont heureux ou tristes, s'ils vivent ou meurent. Espèce de taré.
Tu as bien de la chance, jeune homme, que nous n'ayons pas de public pour ces petites discussions. Généralement, j'exige un certain niveau de décorum.
Genre des révérences et toutes ces conneries mélodramatiques.
Je trouve que mes disciples apprécient ces 'conneries mélodramatiques', merci.
Je vais réciter des statistiques de Quidditch jusqu'à ce que vous partiez.
Même s'il est très amusant que tu essaies de me faire mourir d'ennui, j'ai décidé de te montrer quelque chose.
Harry s'endormit, et rêva d'un couloir où se cachait quelque chose de merveilleux.
