2x12 - Better angels
*pov Y/n*
Appuyée contre la balustrade du perron, je regarde la carte que Rick montre à Daryl et moi. Ils veulent faire une nouvelle expédition du Petit Poucet cloîtré dans la remise. Daryl a réparé le mur au dessus du porche où Randall est détenu, pendant que j'ai surveillé un peu l'entrée de sa geôle. Je ne l'ai pas approché, évidemment, et encore moins parlé. Je n'ai même pas le numéro pour ouvrir le gros cadenas qui verrouille la porte. Je ne l'ai pas entendu, je me suis seulement laissée bercer par le doux martèlement du marteau que Dixon balançait avec entrain contre ses clous. Je ne sais pas si c'était vraiment nécessaire en soi. Mais j'avais surtout peur que le couvreur se casse la gueule de son toit. Va savoir.
Et nous voilà là à planifier un nouvel abandon, toujours. Respectant finalement la volonté de Dale qu'on a enterré ce matin. Plus ou moins en tous cas.
Shane revient par là avec la Hyundai verte. Il ne choisit que rarement les bagnoles les moins confortables, lui.
"Merci pour hier soir... pour Dale... conclue Rick à Daryl à voix basse en regardant son coéquipier sortir de la voiture.
Je baisse la tête pour cacher mon sourire minuscule aussi à l'adresse du lieutenant.
"Pas obligé de tout porter sur ton dos... baragouine le chasseur un peu gêné.
Shane claque la portière de la voiture et s'approche à grands pas.
"J'vais pisser... prend la peine, toute délicate, de nous informer Daryl.
Je me décolle le derrière de la barrière, comme un réflexe. Il se retourne pour me trouver encore sur ses talons.
"Tu veux m'la t'nir ?
-La porte, bien sûr... précise je avec un ton chantant. J'me doutais bien que tu redoutes toujours de t'enfermer à clé... Non. Je vais aider les filles à installer vos affaires...
Il passe le premier en ricanant sous cape, retenant à peine la moustiquaire qui manque de me claquer au nez.
*pov Randall*
Ca fait des heures. Il fait une chaleur de bête malgré les interstices des planches. Je suis en nage.
La porte s'ouvre dans un grincement et j'arrête de gémir, de lutter, de frotter mes poignets saignants contre le métal des menottes.
L'un d'eux est là. Ce n'est pas la fille de tout à l'heure, qui attendait juste dehors. Je l'entendais. Encore une autre, différente de la première qui jouait avec son arme. Non, celle d'aujourd'hui bricolait différemment. Elle grattait, frottait la paroi. Elle fredonnait. Des airs que j'ai reconnus, ou pas. A dire des mots d'une autre langue. De l'italien, ou du français plutôt. Ça m'a calmé un peu, c'est vrai. Surtout avec l'autre blaireau qui s'est amusé à planter un milliard de clous quelque part au dessus de ma tête. Ils ont échangé quelques mots aimables entre eux. C'était à base de "j't'emmerde morveuse" ou de "tu peux te brosser bouseux...", mais c'était plutôt amusant. Au moins ils se parlent, eux.
L'un d'eux est maintenant là. Et ce n'est plus la chanteuse emmerdeuse. Un truc tape le sol et il respire fort. C'est un homme. Un autre bruit de claque sur la peau, pas la mienne, toujours. Puis le déclic d'une arme. Je l'ai trop entendu ces dernières semaines pour ne pas l'identifier.
Il me pousse, me tire, me bouscule, je sens son souffle sur ma figure puis il recule.
*pov T-Dog*
"Je vais chercher le paquet !"
Daryl, Rick et Y/n m'attendent au F100 bleu, fin prêts.
Je déverrouille le cadenas de la porte de la remise. Mais il n'y a plus que les couvertures au sol.
"Et merde..."
*pov Randall*
Il me fait courir devant. J'ai les mains libres, mais toujours mon bandeau sur les yeux. Le tissu a bougé, et les rais de lumière me font percevoir la forêt, de ci, de là. L'odeur aussi, me fait reconnaître les bois.
Le chauve. Le pire.
En enlevant enfin mon bandeau, il me promet de me libérer. On doit être à huit kilomètres environ... Et il veut quoi ? Venir avec moi ?... Ok...
"Avance... m'impose-t-il.
Alors j'avance. Je me détends un peu, mais je parle encore beaucoup. C'est vrai que ce mec, c'est le pire. Mais ça peut être aussi le meilleur parmi les miens.
Il me suit. Mais il fait le double de pas, tournant sur lui même régulièrement tout en avançant. Il doit vouloir nous protéger des rôdeurs. Ces charognes peuvent surgir n'importe où n'importe quand, sans prévenir. Et c'est la fin sans qu'on s'en aperçoive vraiment.
Puis il me pousse encore une fois. Tel un rôdeur moi même. Je me mange un arbre, sentant l'écorce sur mes lèvres.
Je sens ses bras autour de mon
*pov Y/n*
Randall a disparu. Il était bien dans la remise quand j'y étais avec Daryl. Il ne faisait pas vraiment de bruit, mais je l'entendais quand même. Il chouinait presque sans arrêt. Ce n'est vraiment pas parce que je me sens en joie en ce moment, mais je me suis mise à fredonner, un peu fort, exprès. Et il m'a semblé qu'il s'est calmé un poil. Quand Daryl ne m'a pas cherché des poux, évidemment.
Et maintenant qu'on est sur le point de le libérer, même si ça veut dire le livrer à lui-même et surtout aux rôdeurs, il s'évapore ?!
"La porte est verrouillée de l'extérieur, constate Hershel.
Tout le monde s'approche. La tension monte, alors que notre emménagement, décidé du matin, nous avait au contraire plutôt détendus.
Maintenant, ça.
S'il s'est enfui, il a pu aller rejoindre son groupe de tortionnaires et peut les guider jusqu'ici. Rick m'a dit que Randall connaît Maggie. Il sait donc revenir à la ferme. Le gamin habitait dans le coin visiblement. Il saurait donc revenir avec ses trente potes forcenés. Et si sa description est un peu fidèle, on ne fera alors clairement pas le poids.
Shane déboule du bois.
Le pire s'est produit. Randall s'est bien enfui. Alors les hommes s'arment, Carol exprime enfin clairement son inquiètude, Rick charge Lori de rassembler toutes les femmes dans la maison. Il me fait trop rire cet homme. Mais bon. Bref.
Glenn salue Maggie préoccupée. Puis il vient à moi. Il me fixe en marquant un temps. Il est clairement pas bien. Mais il m'embrasse finalement la joue.
"Je viens... dis je d'un ton plus déterminé que moi.
Daryl me jette un oeil en armant son arbalète.
"Tu rêves... maugrée-t-il en tirant sur le cable de l'arc, comme si mes deux mots n'avaient ni sens ni conséquence.
Les quatre hommes vont vers la forêt. Les autres se replient vers la maison avec T-Dog qui ferme la marche.
"Amène toi Y/n ! s'écrit il à plusieurs pas de moi déjà.
Mais je reste plantée là une minute encore.
*pov Rick*
Daryl observe le sol.
"Il pèse une plume... mais 'devrait laisser des traces...
-Glenn et toi, vous allez à droite. Shane et moi, on prend à gauche...
-Comment il a pu avoir le dessus sur un gabarit comme le tien ? demande encore Daryl en fixant mon ami.
-Avec une caillasse grosse comme mes deux poings, Dugland...
-C'est bon, vous deux. On y va... je tempère encore.
J'ai pas le temps de gérer une baston par dessus le marché.
*pov Y/n*
"Je peux vous aider ! levant les bras.
-Y/n, putain... se précipite Glenn.
-C'est pas vrai... bordel de merde ! Qui t'a dit que t'étais dispensée d'obéir au moins une fois dans ta putain d'vie ?! On t'a pas dit d'rentrer ?!
-Je préfère marcher... dis je, alors que Glenn s'accroche à mon cou.
-Et c'est à moi d'me coltiner Poudre de riz en plus de Nouille jaune... c'est bien ma veine...
-Hey! Mais en fait tu connais pas que ton trou de bouseux de Georgie, dis moi ! T'as des notions de la cuisine du monde aussi !
Le chasseur me fusille du regard et prend de l'avance en relevant son arbalète.
*pov Glenn*
La nuit est tombée et on marche toujours dans la forêt. On est perdus. En tous cas, moi je suis perdu. Alors je suis Daryl à la semelle et Y/n bute dans mes talons, juste derrière.
"Aïe... dit elle tout bas presqu'à chaque fois.
Je sais que le chasseur prend sur lui à chacun de ses mots. Mais je suis content qu'elle soit là. Elle tient son marteau dans sa main droite et parfois ma chemise de l'autre.
On s'arrête. Daryl éclaire les troncs environnants ainsi que le sol, puis repart. Il baragouine sans arrêt, mais je n'ai qu'à le...
"Aïe... P'taiiin... T'arrête pas si... !
*pov Y/n*
"C'est toi qui va t'arrêter...
Dans la pénombre baignée que du clair de lune à travers les arbres, le nez sur mes pieds, je n'ai pas vu venir Daryl qui me colle violemment contre un tronc, le bras contre ma gorge.
"Il pile sans arrêt, j'ai les orteils...!
-Ferme-ta-putain-d'gueule, martèle-t-il à voix grave et basse entre ses dents, appuyant chacun de ses mots d'une pression supplémentaire de son bras contre ma trachée.
-C'est bon, Daryl. C'est de ma faute aussi... se justifie Glenn.
Je prends la dernière inspiration que je peux avant de lever les yeux vers le grincheux de service.
"Dégage, parviens je à articuler aussi froidement que distinctement.
Daryl a un léger mouvement de recul, dû à la surprise de mon ton sans doute, avant de tourner la tête sur sa gauche, tombant nez à nez avec la tête de mon marteau. Il relâche sensiblement la pression.
"J'ai pas besoin de respirer pour en foutre un coup sur ta belle gueule... Demande ce qu'en pense ta cuisse...
-Putain d'Blanche du Nord... s'écarte-t-il.
On se reconcentre. Lui sur sa traque, moi sur les semelles de Glenn. Ainsi, les rôdeurs nocturnes sont bien gardés.
Glenn ramasse le bandeau de Randall quand Daryl repère des traces de sang sur un tronc.
"Ca craque... dis je mécaniquement en me retournant sur moi-même.
Glenn me tire à l'abri d'un arbre assez large avant d'en choisir un autre pour lui, à proximité. Daryl siffle un coup pour attirer notre attention sur un rôdeur qui approche effectivement, une ombre nonchalante qui se découpe sur le ciel à peine clair. Je ne vois pas tout par manque de lumière, mais je comprends que Glenn et ensuite Daryl sont soudain au sol et le rôdeur toujours debout. Alors je me dégage de mon arbre pour me jeter sans bruit sur le cadavre qui attaque maintenant Daryl. Le macchabee tombe à terre et de rage, je lui plante mon marteau entre les deux yeux, côté panne écartée.
Le truc glapit encore, de manière un peu similaire au mec dans la remise d'ailleurs. Une seconde supplémentaire et ça finit par se taire.
Glenn se penche pour récupérer mon arme alors qu'on reprend notre souffle.
Daryl examine le corps de plus près à l'aide de sa torche.
"Il a le cou brisé... alors qu'on reconnaît le môme dans un frisson.
-Une morsure quelque part en plus... complète Glenn.
-Peut être... mais il est mort de s'être brisé le cou en premier... affirme le chasseur.
Il se redresse et s'éloigne, pas plus ému que ça, tandis que Glenn reste pantois à côté du corps.
"Quoi ? je demande en voyant son air de poisson bulle.
-C'est pas possible... me dit-il, effectivement sceptique.
*pov Rick*
Je suis resté combien de temps dans ce champ ?
Shane est là, étendu.
Depuis combien de temps ?
"Papa... ?!
-Carl, tu devrais être avec Maman...
Il me met en joue de l'arme que je lui ai donnée tout à l'heure dans la grange. Merde. Ce n'était pas pour qu'il s'en serve aussi vite.
Je ne suis pas dans mon état normal. Mon fils ne devrait pas me voir comme ça, en larmes, perdu d'avoir poignardé mon meilleur ami.
"Baisse ton arme... dis je à la chair de ma chair.
Est-ce qu'il aime davantage Shane que moi ?
Le coup part.
Sans doute que oui.
