Bonjour les gens! J'espère que vous allez bien. Et si ce n'est pas le cas, j'espère que ce petit chapitre vous changera un peu les idées. Prenez soin de vous!


Chapitre 20. Fugitive

Elle passa le reste de l'avant-midi à l'éviter.

Elle savait qu'il était de retour, lui aussi, à l'Institut pharmacomagique d'Édimbourg après sa commission à Ste-Mangouste, car la porte de son bureau était entrouverte et la lumière, allumée.

Elle tâcha de ne pas emprunter à nouveau ce corridor, de peur de le croiser par hasard. Elle s'efforça même de passer le moins de temps possible dans son propre bureau, pour s'assurer d'être introuvable. Elle alla rendre visite à ses autres collègues et discuta longuement avec eux. Elle poussa la stratégie jusqu'à descendre au deuxième étage pour questionner une alchimiste médicale d'un autre département sur un sujet plus ou moins prioritaire.

Finalement, il réussit à la trouver malgré ses efforts multipliés. Elle se retrouva nez-à-nez avec lui alors qu'elle quittait le bureau de Chris, après une autre conversation qui aurait pu être un message interne. Son cœur fit une pirouette lorsqu'elle le vit devant la porte, les bras croisés, le visage calme.

- J'aimerais discuter avec vous, Hermione.

Elle savait qu'il essaierait de lui parler. Leur rencontre impromptue en face de Ste-Mangouste était trop pathétique pour qu'il fît semblant de ne pas s'en rappeler. Seulement, elle n'était pas prête. Il l'avait trouvée en larmes. Elle lui avait menti. Qu'était-elle supposée lui dire? Elle aurait eu besoin d'au moins trois jours pour y penser.

Mais Severus Rogue était particulièrement tenace.

- Oui, bien sûr, répondit-elle avec un bref sourire qui le mettait au défi de la prendre en pitié.

Elle resta plantée là, un pied dans le bureau de Chris, un autre pied dans le corridor.

Les coins des lèvres de Severus se retroussèrent de façon imperceptible.

- Nous devrions éviter de déranger Chris.

Elle retint un soupir.

- D'accord, vous avez raison.

Il était temps de se comporter comme la Gryffondor qu'elle était. Elle se dirigea vers son propre bureau, Rogue sur les talons.

- Les tests se déroulent assez bien, annonça-t-il.

Elle déplaça inutilement des parchemins sur son bureau, sans le regarder.

- L'usage de la sauge nordique semble prometteur, continua Rogue. Par contre, je doute beaucoup que cet ingrédient représente une économie financière substantielle par rapport au sérum de saule argenté.

Elle sortit son sempiternel carnet de notes miniaturisé de la poche de sa robe et lui redonna sa taille normale d'un coup de baguette.

- En termes d'efficacité, ça ressemble à quoi? demanda-t-elle.

- Plutôt équivalent. Si ce n'est que la sauge est résolument plus acide, ce qui affecte les propriétés magiques du sérum.

Elle n'avait pas spécialement envie de croiser ses yeux inquisiteurs, mais elle eut le réflexe de lever la tête pour mieux suivre ses paroles. Elle avait du mal à se concentrer. Elle n'avait pratiquement pas dormi de la nuit.

Rogue poursuivit ses explications, mais Hermione perdit complètement le fil en contemplant son visage d'albâtre. Elle se surprit à penser que cet homme ne l'aurait jamais tenue de force pour jouir au fond de sa gorge.

Un haut-le-cœur soudain la fit tressaillir. Elle tira sur le col de son chandail pour dissiper l'impression d'étouffement, toussa pour se donner contenance.

Puis elle constata que Rogue s'était tu et la regardait.

Elle posa une question pour le pousser à continuer :

- Pensez-vous pouvoir ajuster l'acidité du nouveau sérum?

- Je viens de vous le dire, Hermione.

- Oh, pardon.

Elle se détourna vers son fidèle classeur, ouvrit le tiroir d'un geste brusque et entreprit d'examiner les piles de papier une à une, sans objectif précis.

Puis, enfin, elle capitula.

- Je… Pouvons-nous discuter des détails plus tard? demanda-t-elle en s'adressant au classeur. J'ai la tête ailleurs.

- Très bien. Vous savez où me trouver.

- Parfait.

Il y eut un silence, suffisamment long pour qu'Hermione se demande si le Maître des potions était parti. Puis un claquement feutré se fit entendre, signe que la porte se refermait.

Hermione stoppa son brassage de papier inutile et se retourna.

Elle sursauta en constatant que Severus était toujours là, assis du bout des fesses sur le coin de son bureau, les mains tranquillement jointes sur ses cuisses. Elle sut, au regard déterminé qu'il posait sur elle, qu'elle n'aurait pas le choix d'affronter cette conversation. Il ne la laisserait pas se dérober.

- Bon, dit-il d'un ton très calme. Vous êtes assez brave pour me regarder, maintenant?

Elle ne sut pas quoi répondre.

- Je ne vous poserai pas de questions, Hermione. Au sujet de votre… grand-mère. Vous n'avez pas besoin de m'éviter comme vous le faites.

Ses prunelles noires étaient graves. La ligne de sa bouche, neutre. Il était sérieux.

- Par ailleurs, vous n'êtes pas obligée de me parler de quoi que ce soit dont vous n'avez pas envie.

Elle savait qu'il disait vrai. Qu'il respecterait ses limites. Il ne lui avait jamais refait d'avances, depuis le jour où il le lui avait promis.

Une émotion douloureuse vint se nicher au fond de sa gorge.

Elle fit oui de la tête, de peur de se remettre à pleurer.

Rogue se leva.

- J'ai des potions Coup de fouet à mon laboratoire, si vous en avez besoin. Vous êtes particulièrement pâlotte.

- Ce ne sera pas nécessaire, répondit-elle, d'une voix tremblante.

Elle le regarda disparaître dans une volée de capes noires.

- Mais merci, acheva-t-elle quand la porte fut refermée.