DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.
Rating : M+
Genre : romance / slash / Yaoi
Merci à tous de continuer à suivre cette histoire avec autant d'enthousiasme !
Bonne lecture !
Chapitre 3
16 juillet 1916 – Manoir Malfoy
- Bonjour Carson, dit Blaise quand il fut descendu de la voiture.
- Bonjour Monsieur Zabini, répondit le majordome. C'est un plaisir de vous revoir en bonne santé.
- Merci, Carson. J'aurais toutefois aimé revenir dans d'autres circonstances.
- Comme je vous comprends, Monsieur.
Comme à son habitude, Blaise portait l'uniforme de la Royal Navy. Un uniforme rutilant dont les boutons vigoureusement polis brillaient sous le soleil de juillet. Rien ne permettait de deviner que quelques heures auparavant, le lieutenant Zabini se trouvait dans l'Atlantique sur un cuirassé qui avait essuyé les tirs d'un U-boot. C'était une règle dans la Navy, et dans l'armée de manière générale : les uniformes devaient être impeccables quelles que soient les circonstances. Un peu comme si la guerre, les combats, n'étaient qu'une immense parade.
- Il est encore tôt, dit Blaise. J'espère que je ne dérange pas.
- La famille est en train de prendre le petit-déjeuner. Je suis certain qu'ils seront ravis et soulagés de vous voir.
Blaise emboita donc le pas de Carson en direction de la salle à manger. Il n'avait pas fait un pas à l'intérieur que Draco était déjà debout pour l'accueillir.
-Blaise ! s'écria-t-il en se précipitant vers lui et en le serrant dans ses bras.
L'étreinte de son demi-frère fit céder quelque chose à l'intérieur de Blaise et il prit pleinement conscience de la douloureuse réalité.
- Je… j'aurais voulu être là plus tôt, dit-il. Mais… j'étais… j'étais coincé dans l'Atlantique. L'état-major a mis des jours avant de m'accorder ma permission… Bon sang… j'ai bien cru ne jamais arriver à temps…
- Tu es là, maintenant, c'est tout ce qui compte.
- Je ne peux pas y croire, murmura Blaise, la voix étouffée contre l'épaule de Draco. Je ne peux pas…
- Je sais. Nous sommes encore tous sous le choc.
Blaise se défit de l'étreinte de Draco en ravalant difficilement ses larmes. Il salua ensuite Narcissa, Harry, Hermione et Severus. Ce dernier lui fit une longue accolade, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
- Comment vas-tu, mon garçon ? demanda-t-il.
- Ça… ça peut aller.
Severus posa sa large main sur son épaule en un geste réconfortant. Blaise se tourna ensuite vers Ariana. Un moment de gêne flotta entre eux, ni l'un ni l'autre ne sachant quelle attitude adopter. Ce fut finalement Ariana et qui s'avança et le serra dans ses bras.
- Je suis tellement contente de te revoir, souffla-t-elle.
- Moi aussi je suis content. Tu… vous… vous m'avez tous manqué, dit-il à la cantonade.
- Comment va Parvati ? demanda poliment Narcissa.
- Elle… elle va bien. Elle aurait aimé être présente mais… avec le bébé, c'était un peu compliqué.
- Je comprends, dit Narcissa avec un sourire un peu distant.
Blaise n'était pas sûr qu'elle comprenait qu'une femme ne veuille pas avoir recours à une nurse pour s'occuper de son enfant, mais il ne dit rien.
- Tu lui remettras toute notre affection, n'est-ce-pas ? dit Ariana.
- Oui, je n'y manquerai pas.
- Tu veux manger quelque chose ? demanda Draco.
La perspective de goûter au succulent buffet de Madame Patmore fit saliver Blaise.
-Eh bien… ce n'est pas de refus, dit-il. J'en ai plus qu'assez du porridge gluant de la cantine.
Aussitôt, un valet prépara un couvert et Blaise put se servir au buffet. Il faillit en pleurer quand il but une gorgée du café qu'on lui avait servi, tellement il était bon. Quant aux œufs brouillés, il n'en fit qu'une bouchée.
Mais à peine son assiette terminée, il eut honte de sa gourmandise dans un moment pareil.
Comme s'il avait lu dans ses pensées, Draco lui dit :
-Ne sois pas embarrassé. Quand je suis arrivé, j'ai mangé une pleine assiette de sandwiches. Je n'avais pas faim, mais c'était plus fort que moi.
Le petit-déjeuner se poursuivit dans un silence étrange, à la fois triste et absent.
- Hum… comment va s'organiser la journée ? demanda Harry après un moment.
- Les funérailles se dérouleront à onze heures dans le cimetière familial, dit Draco d'un ton factuel. Nous déjeunerons ensuite en compagnie du Révérend Flint. Après-midi, nous recevrons le Notaire Hawkins pour la lecture du testament. Et demain, nous nous rendrons à Londres pour la messe d'hommage à St Martin-in-the-Fields.
- Ah ? s'étonna Harry. Pourquoi pas Westminster ?
Draco eut un petit rire bref et moqueur.
- Westminter ? répéta-t-il. Mon père était certes ce qu'il était, mais certainement pas un roi ou un prince ! Ni un chef d'Etat.
- Je… je sais… mais… il… il était membre de la Chambre des Lords, bafouilla Harry. Je pensais qu'il aurait droit à un hommage à Westminster, voilà tout.
- St Martins-in-the-Fields est l'église de l'Amirauté, dit Severus pour couper court à son embarras. Lucius a toujours retiré une grande fierté d'appartenir à ce corps de l'armée, c'est pourquoi Narcissa a choisi cette église plutôt qu'une autre.
Harry hocha la tête. Il lança un regard de reproche à Draco pour s'être moqué de lui et termina son petit-déjeuner.
- Puisque vous recevez le notaire cet après-midi, j'en profiterai pour rentrer à Godric's Hollow, annonça-t-il en reposant sa tasse de thé.
- Oh, je crains que vous ne soyez obligé de rester, Harry, dit Narcissa. Hawkins a expressément requis votre présence. Ainsi que celle de Blaise et Severus.
- Raison pour laquelle il vient aujourd'hui, ajouta Draco. Ainsi, nous étions certains d'être tous présents.
- Je… je ne comprends pas. Pourquoi dois-je assister à la lecture du testament de ton père ?
- Si Hawkins a demandé à ce que tu sois là, c'est que tu es concerné, répondit Draco.
Harry se demandait bien en quoi il pouvait être concerné, mais il n'eut pas l'occasion de s'interroger davantage car Carson venait d'apparaître.
- Sa Grâce la Duchesse douairière vient d'arriver, dit-il. Elle patiente dans le petit salon.
- Merci, Carson, dit Narcissa. Nous arrivons.
Elle regarda l'heure à la pendule et essuya délicatement les coins de sa bouche.
-Nous avons pris du retard, dit-elle. Pas étonnant que Minerva soit déjà là. Elle est plus ponctuelle qu'une montre suisse.
Narcissa se leva et les autres convives en firent autant.
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Cimetière du Comté de Slytherin
-« Moi je suis la résurrection et la vie, dit le Seigneur. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais », lisait le Révérend Flint.
Draco observait la scène dans un état second. Jusqu'à maintenant, la mort de son père lui avait semblé… abstraite. Mais là, en regardant ce trou sombre, profond, creusé par les fossoyeurs, et dans lequel un cercueil en chêne foncé avait été descendu, tout prenait une autre dimension.
-Dieu notre créateur et notre rédempteur, continuait le prêtre, par votre puissance, le Christ a vaincu la mort et est entré dans la gloire. Sûrs de sa victoire, et nous appuyant sur ses promesses, nous confions Lucius Malfoy à votre miséricorde au nom de Jésus, notre Seigneur qui…
Le regard de Draco se perdit sur les autres tombes du cimetière. Toutes appartenaient à la famille Malfoy. Certaines sobres, d'autres plus ostentatoires, comme celle de son grand-père Abraxas qui avait voulu une sorte de mausolée miniature que Draco avait toujours trouvé de mauvais goût, surtout sachant qu'il avait été celui qui avait failli ruiner la lignée des comtes de Slytherin. C'était sans doute la raison pour laquelle il avait été relégué tout au fond de la parcelle, à l'écart des autres sépultures.
Draco savait que les Malfoy finissaient ici et qu'il en serait de même pour son père, pour lui, pour son fils et tous les autres Malfoy qui viendraient après lui. Mais il n'avait jamais imaginé qu'il enterrerait son père aussi tôt. Il n'avait même jamais imaginé que son père puisse mourir. Il paraissait si solide. Si indestructible.
Et pourtant, il avait été détruit. Pulvérisé par un obus allemand alors qu'il commandait un navire baptisé The invincible. Quelle ironie. Quelle stupide et détestable ironie.
-Notre vie est de courte durée, comme une fleur qui s'épanouit et se fane, comme l'ombre qui passe et jamais ne s'arrête. Au cœur de la vie, la mort nous atteint. Auprès de qui trouver de l'aide, sinon dans le Seigneur ? Nos péchés méritent Sa juste colère, et pourtant, Dieu très saint, Dieu tout puissant, Très saint et miséricordieux Sauveur, délivrez-nous de l'amertume et de la souffrance de la mort éternelle. Seigneur qui connaissez les secrets de notre cœur, écoutez notre prière, O Dieu tout puissant : épargnez-nous, Vous l'éternel et juste juge. A notre dernière heure, ne permettez pas que nous soyons séparés de vous, saint et miséricordieux Sauveur.
Il ravala un sanglot. Il aurait bien voulu pleurer, mais il avait l'impression que toutes ses larmes s'étaient taries.
Il sentit alors la petite main de Charlotte serrer la sienne et il baissa les yeux sur elle. La petite fille se rapprocha de lui jusqu'à poser sa petite tête bouclée contre son poignet en serrant sa main plus fort. En face de lui, il vit Harry lui faire un doux sourire en signe de réconfort silencieux. Ce n'était pas grand-chose mais cela lui fit du bien. Tout comme de voir les personnes présentes autour de la tombe. Tout le personnel du Manoir était venu et tous paraissaient sincèrement affectés. Beaucoup de métayers étaient là, également. Lucius n'avait pas été un maître facile mais il avait été juste et avait acquis un grand respect de la part des personnes qui étaient à son service. Draco se demanda s'il serait jamais capable d'en faire autant.
Il n'eut pas le temps de réfléchir davantage car le Révérend Flint venait de s'avancer au bord de la fosse. Il y jeta une poignée de terre.
- Nous avons confié notre frère Lucius à la miséricorde de Dieu, maintenant nous remettons son corps à la terre. Ce qui est terre retourne à la terre, ce qui cendre retourne à la cendre, ce qui est poussière retourne à la poussière. Dans l'espérance sûre et certaine de la résurrection pour la vie éternelle, par Jésus-Christ, notre Seigneur. Lui qui transformera nos corps fragiles pour les rendre conformes à son corps de gloire. Lui qui est mort, qui a été enseveli, et qui est ressuscité pour nous. A lui la gloire, pour les siècles des siècles. Amen.
- Amen, répétèrent les voix émues de tous ceux qui étaient là.
Marcus Flint fit un petit signe de tête à Narcissa. Celle-ci s'avança et de sa main gantée prit une poignée de terre dans une vasque posée à côté de la tombe. Droite et digne, elle la jeta dans la fosse. Puis vint le tour de Draco. Toujours dans cet état presque léthargique, il reproduisit les gestes de sa mère, sursautant presque en entendant le bruit de la terre heurter le bois du cercueil. Il souleva Charlotte pour qu'elle puisse accéder à la vasque.
-Au revoir, Grand-père, murmura-t-elle. Tu vas tellement me manquer.
Ces mots, plus que toutes les prières, antiennes et formules sacrées qu'il avait pu entendre, lui serrèrent leur cœur et lui firent prendre conscience que son père était parti pour toujours.
Ariana, Minerva, Blaise, Harry, Severus, Carson et tous les autres se succédèrent devant la tombe, mais Draco ne les attendit pas. Il prit la main de Charlotte et quitta le cimetière sans se retourner.
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Manoir Malfoy
Au retour du cimetière, Harry gagna sa chambre pour se rafraîchir en attendant le déjeuner. Il n'avait pas cherché à retrouver Draco car il avait parfaitement compris qu'il avait besoin d'être seul.
Depuis sa fenêtre, il le vit assis dans un fauteuil en rotin sur la terrasse. Charlotte était installée sur ses genoux tandis qu'il lui lisait une histoire.
Harry sourit devant cette scène touchante qui lui donna une idée. Il sortit de sa valise l'appareil photo que Draco lui avait offert pour son anniversaire trois ans auparavant et qui ne le quittait plus jamais. Il l'avait emporté à Wimereux, dans l'hôpital où il était affecté. Il y prenait régulièrement des photos des lieux et des personnes. Des scènes de la vie quotidienne, simples mais criantes d'une vérité dure et brutale.
Avec des gestes rendus sûrs par l'habitude, il prépara l'appareil et prit la photo par la fenêtre ouverte. Il avait déjà hâte de la faire développer, en espérant qu'elle soit belle et de qualité.
Des coups frappés à la porte détournèrent son attention de Draco.
-Oui ? dit-il.
Dobby entra dans la chambre.
-Monsieur le Comte. Je venais voir si vous aviez besoin de quoi que ce soit.
Le petit bonhomme avait troqué l'uniforme militaire trop grand pour lui qu'il portait à son arrivée, contre sa livrée de valet. Harry l'avait entraperçu lors du départ pour le cimetière mais n'avait pas eu l'occasion de lui parler.
- Merci, Dobby. J'ai tout ce qu'il faut.
- Bien, Monsieur.
- Dobby ? le rappela-t-il avant qu'il ne s'en aille.
- Oui, Monsieur ?
- Comment allez-vous ?
Le valet cligna des yeux, manifestement surpris par la question.
- Je… je vais bien, Monsieur.
- Vos parents étaient-ils contents de vous voir ?
- Oh oui, dit-il en souriant plus largement. Maman m'a gavé de nourriture pendant trois jours !
- C'était mérité. Les rations de l'armée ne sont pas terribles…
- Ah ça, vous pouvez le dire, Monsieur !
Harry baissa les yeux et hésita quelques instants avant de demander :
-Est-ce que… est-ce que Lord Draco fait attention à lui quand… quand il est dans les tranchées ?
Dobby ne répondit pas tout de suite. Son visage d'ordinaire si rieur se fit plus sérieux.
-Je veille sur lui, Monsieur. Je veillerai toujours sur lui, vous pouvez me croire.
Harry hocha la tête, certain de la sincérité du petit homme.
-Merci, Dobby, souffla-t-il.
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Dans la bibliothèque, Ariana regardait son mari lire une histoire à la petite Charlotte.
-Ils ont l'air de bien s'entendre, tous les deux.
Ariana se tourna pour voir Hermione à ses côtés.
- Oui, ils s'adorent. Charlotte n'a d'yeux que pour son père. Hier, avant de s'endormir, elle m'a annoncé qu'elle allait se marier avec lui.
- Comme toutes les petites filles, sourit Hermione.
- Je n'aurais jamais imaginé que Draco puisse aimer un enfant aussi fort.
- Davantage que son fils ?
- Non. Il aime énormément Scorpius mais…
Ariana soupira en haussant les épaules.
- Scorpius était encore très petit quand il est parti à la guerre. Il ne se rappelle plus de lui et du temps qu'ils ont passé ensemble… Il pleure à chaque fois que Draco essaye de le prendre dans ses bras et se réfugie auprès de moi ou de sa nounou. Draco fait bonne figure mais je vois bien qu'il souffre de son rejet.
- C'est pourtant normal pour un enfant de cet âge. Il suffit qu'ils passent de nouveau du temps ensemble.
- C'est ce que j'ai dit à Draco mais il refuse.
- Pourquoi ?
- Parce qu'il va repartir en France bientôt. Et que même s'il rétablit un lien avec Scorpius d'ici là, son fils le prendra à nouveau pour un étranger à son retour.
- Ne va-t-il pas être démobilisé ?
- Si, mais le temps que cela se concrétise, il va devoir rejoindre son régiment. Cela pourrait prendre plusieurs mois avant qu'il ne soit de retour pour de bon.
Les deux femmes restèrent silencieuses un moment.
- Comment allez-vous Ariana ? demanda finalement Hermione.
Ariana rajusta distraitement la manche de son chemisier sur son poignet.
- Puis-je vous parler franchement, Hermione ?
- Bien entendu.
- Je ne me suis jamais sentie aussi bien.
Hermione haussa un sourcil. Il y avait dans le regard d'Ariana quelque chose de vif et de brillant.
- Je dois vous sembler atroce et terriblement égoïste, continua Ariana, mais c'est ainsi. La guerre a bousculé les convenances, a changé les mentalités. Narcissa et moi avons dû nous débrouiller seules après le départ de Draco et de Lucius, et cela a été comme une… révélation, pour elle comme pour moi. Nous ne nous sommes jamais senties aussi utiles que maintenant, Hermione !
- Vous avez toujours été utile, dit cette dernière. Votre travail dans les associations, la lutte pour les droits des femmes…
- Croyez-moi, cela n'a rien à voir ! Aujourd'hui, les choses sont différentes, plus concrètes ! Avec les hommes partis à la guerre, les femmes acquièrent davantage d'autonomie, on ne rechigne plus à les embaucher ! Elles travaillent dans des secteurs dont elles étaient complètement exclues auparavant ! Quant à moi, je fais des choses que je n'aurais jamais imaginé faire un jour !
- Vraiment ?
- Oui ! Savez-vous que j'ai appris à conduire ? C'est Ginny Weasley qui m'en a donné l'idée. Gregory Goyle lui a appris. Moi, j'ai demandé à Branson, notre chauffeur, de m'aider. Et grâce à cela, j'ai pu venir en aide à plusieurs fermiers de la région en conduisant leur tracteur !
Son enthousiasme fit sourire Hermione.
- Evidemment, j'imagine que ce n'est rien, comparé à ce que vous, vous faites tous les jours, tempéra Ariana. Vous sauvez des vies.
- Tout comme vous, dit Hermione. En aidant les fermiers, vous les sauvez, vous aussi.
Ariana reporta son attention sur son mari et sa fille.
- Vous croyez qu'après la guerre, les choses vont redevenir comme elles étaient ? murmura-t-elle. Que nous allons retourner à nos corsets, nos broderies et nos œuvres de charité ?
- Je n'en sais rien, répondit Hermione. Mais j'espère de tout cœur que non.
Ariana ne pouvait que l'espérer également.
- Vous serez des nôtres demain, à Londres ? Nous nous rendons à Eaton Square après la cérémonie.
- J'assisterai à la messe, mais ensuite je dois me rendre à Northolt.
- Northolt ? Le terrain d'aviation ?
- Oui, confirma Hermione. Fred et Georges Weasley y sont casernés pour quelques jours avant de repartir pour la France et je voudrais vraiment les voir. Ça fait tellement longtemps.
- Ce sont les frères jumeaux de Ginny, c'est cela ?
- Oui. De vrais casse-cou. Dès leur retour en Angleterre, ils se sont engagés dans le Royal Flying Corps. Tout le monde est en guerre, mais eux… ils s'amusent !
- De fameux énergumènes, on dirait…
- C'est peu de le dire, rigola Hermione, mais je les adore.
Ariana sembla réfléchir un moment puis elle dit :
-Verriez-vous un inconvénient à ce que je vous accompagne ? J'ai toujours eu une fascination pour les avions et l'idée de les voir de près… eh bien…
Comme Hermione la fixait avec des yeux ronds, Ariana se rétracta.
- Pardonnez-moi, dit-elle. C'est impoli de ma part de m'imposer de la sorte. Je suis désolée, c'était idiot…
- Non ! s'écria Hermione. Pas du tout ! Au contraire, je serais ravie que vous m'accompagniez. Je… je pensais seulement que… compte tenu du décès de votre beau-père… vous auriez d'autres obligations…
- Pas vraiment.
- Eh bien, dans ce cas, nous irons ensemble.
- Oh, c'est parfait ! s'exclama Ariana en joignant les mains. J'ai hâte d'y être !
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- Monsieur Hawkins, dit Narcissa. C'est aimable à vous d'avoir fait le déplacement.
- C'est bien normal, Lady Malfoy, répondit le notaire. C'est moi qui vous ai bousculée dans vos affaires familiales pour vous voir le plus rapidement possible.
- Eh bien, je pense que nous sommes tous là, dit Draco.
Le notaire consulta rapidement un calepin.
-Je pense que oui, confirma-t-il. A moins que… qui est Charles Carson ?
Le majordome se redressa, peu accoutumé qu'on l'appelle par son nom et son prénom.
- C'est moi, Monsieur, dit-il sur ce ton guindé qu'il utilisait quand il pensait être pris en défaut.
- Ah, bien. Parfait. Asseyez-vous.
Carson roula des yeux.
- Certainement pas en présence de Sa Grâce et de Madame la Comtesse ! s'offusqua-t-il.
- Bon, comme vous voulez ! maugréa le notaire en ouvrant sa sacoche et en sortant une farde cartonnée.
- Dois-je comprendre que je dois… rester ? interrogea Carson.
- Evidemment ! répondit le notaire.
Le majordome ne pouvait être plus étonné mais en serviteur obéissant qu'il était, il fit ce qu'on lui disait.
-Bien, commençons, dit Hawkins.
Il ouvrit la farde, laquelle contenait plusieurs feuilles d'un épais papier couleur crème.
-« Moi, Lucius Abraxas Nicholas Charles Armand Malfoy, Comte de Slytherin, né le 4 avril 1865, sain de corps et d'esprit, en ce 12 décembre 1914, prends les dispositions testamentaires suivantes ».
Hawkins s'éclaircit la gorge et poursuivit.
- « A mon fils aîné et héritier, Draco, devenu par mon décès, dix-huitième comte de Slytherin et propriétaire du domaine Malfoy et ses dépendances, je lègue l'entièreté de mes biens meubles et immeubles, sous réserve des legs particuliers énoncés ci-après. A Narcissa, mon épouse, je lègue une rente annuelle de cinq mille guinées. Elle pourra résider au Manoir aussi longtemps qu'elle le désire ».
- Evidemment que tu resteras au Manoir ! coupa Draco, légèrement vexé que son père ait cru bon de spécifier cela dans un testament. Ta place est ici !
- Je sais, mon ange, sourit Narcissa en prenant la main de son fils dans la sienne. Je le sais.
- « A mon second fils, Blaise Zabini », poursuivit le notaire, « je lègue une somme de dix mille guinées, ainsi que l'hôtel particulier de Fitzroy Square, à Londres ».
Blaise eut un petit hoquet de surprise. L'hôtel particulier de Fitzroy Square était une magnifique demeure. Jamais il n'aurait imaginé résider un jour dans un pareil endroit.
-« A mon petit-fils, Scorpius, je lègue le domaine de Louviers, en Normandie. Le domaine sera administré par son père et sa mère jusqu'à sa majorité, mais Scorpius portera d'ores et déjà le titre de Baron de Louviers ».
Ariana ressentit beaucoup de fierté pour son fils mais un pincement au cœur pour son mari. Draco avait toujours souffert de ce qu'il croyait être un manque de reconnaissance de son père envers lui car il n'avait jamais voulu lui céder le moindre privilège de son vivant. De fait, elle vit Draco baisser la tête en pinçant les lèvres.
-« A Severus Snape, mon plus cher ami, je lègue ma collection de pistolets ainsi que la première édition de l'ouvrage de Hegel La phénoménologie de l'esprit, pour lequel il a toujours nourri une passion totalement incompréhensible de mon point de vue ».
Ce commentaire provoqua un petit rire chez les personnes présentes, y compris Severus qui secoua la tête d'un air navré. Pour autant ce legs le touchait énormément. Au-delà de leur valeur inestimable, il s'agissait surtout d'objets que Lucius affectionnait particulièrement.
- « A Charles Carson, le plus dévoué majordome que la famille Malfoy ait jamais connu, je lègue une somme de mille guinées, ainsi que la jouissance à vie du cottage de Bishop Hill. Enfin, à… »
- Un instant, coupa Draco.
Il se leva et se dirigea vers le majordome.
-Carson, vous allez bien ? demanda-t-il en lui prenant le bras.
L'homme paraissait en état de choc. Il déglutit péniblement.
- Je… la générosité de Monsieur le Comte, c'est… c'est beaucoup trop… je…
- Ce n'est rien de plus que ce que vous méritez pour servir ma famille comme vous le faites depuis tant d'années, Carson, dit Draco.
- Mon fils a raison, dit Narcissa. Lucius m'avait parlé de sa volonté de vous léguer quelque chose et je ne pouvais l'approuver davantage.
- Merci, Madame la Comtesse. Merci.
Carson redressa le buste, les mains croisées derrière son dos, reprenant sa posture rigide habituelle. Mais ses yeux brillaient d'émotion.
-Reprenons, dit le notaire. « Enfin, à Harry Black, que je considère comme un fils, je lègue ma collection d'aquarelles de William Blake qui l'intriguaient et le fascinaient tout autant. Par ailleurs, il y a quelques temps de cela, je lui ai déjà confié ce qui m'était le plus cher. Il sait de quoi je parle, et il sait que s'il n'en prend pas soin, je reviendrai d'entre les morts pour lui demander des comptes ».
Le notaire leva les yeux du document pour regarder Harry, attendant manifestement une explication qui ne vint cependant pas. Harry se contenta de rougir en baissant la tête, non sans avoir croisé le regard moqueur mais ému de Draco.
Il réprima cependant un sourire. Même outre-tombe, Lucius parvenait encore à le menacer de toutes sortes de choses.
-Voilà, conclut le notaire en rangeant ses papiers. Compte tenu des circonstances, je ne vais pas prendre davantage de votre temps. Si vous avez la moindre question, vous pourrez me joindre à mon étude.
Il se leva, imitée par Narcissa.
- C'est très aimable à vous de vous être déplacé, Monsieur Hawkins. Merci.
- Il n'y a pas de quoi, Lady Malfoy. Je vous souhaite beaucoup de courage pour les jours à venir, dit le notaire.
Puis se tournant vers Draco.
-Lord Malfoy, dit-il en s'inclinant légèrement avant de quitter la pièce.
Draco le regarda partir, le souffle coupé.
C'était la première fois que quelqu'un le nommait ainsi. Plus de maître Draco, comme quand il était enfant. Plus de Lord Draco comme quand il eut seize ans.
Lord Malfoy. Le nom que son père avait porté durant plus de vingt-cinq ans. C'était le sien désormais.
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-Tu tiens le coup ? demanda Harry en s'approchant.
Après le départ du notaire, Draco était sorti dans le jardin pendant que les autres prenaient le thé. Cette fois, Harry avait décidé de le rejoindre. Il l'avait trouvé adossé au muret du kiosque à musique.
- Tu te souviens ? dit Draco sans répondre à la question. Ce jour où nous nous sommes promenés ici alors qu'il pleuvait des seaux ? On était trempé jusqu'aux os car on n'avait même pas pensé à ouvrir nos parapluies, trop occupés qu'on était à s'embrasser…
- Je m'en souviens, dit Harry. C'était le jour où tu m'as annoncé que tu partais en voyage de noces à Malte pendant trois mois.
- Trois mois, soupira Draco. A l'époque, ça me semblait une éternité. D'ailleurs, je n'ai même pas tenu un mois et demi avant de rentrer et te retrouver.
- Draco…
- Nous venons d'être séparés pendant cinq mois et vingt jours, coupa-t-il durement. Cinq mois et vingt jours durant lesquels on s'est écrit à peine.
- Que cherches-tu à me dire ?
Du bout de sa botte, Draco jouait avec quelques cailloux sur le sol.
- Un jour, dit-il, tu m'as dit que nous ne serions jamais séparés. Et que si nous l'étions, ce ne serait pas de ta propre volonté.
- Oui. Et je t'ai dit aussi que quelles que soient les circonstances, je ferais tout pour revenir vers toi.
- En es-tu sûr, Harry ? demanda Draco en relevant la tête. Si mon père n'était pas mort, est-ce que tu serais rentré ? Est-ce que tu aurais cherché à me revoir ?
Etrangement, la réponse à cette question était loin d'être évidente. Harry prit le temps de choisir ses mots.
-Je crevais d'envie de te revoir, Draco. Seulement… je n'étais pas certain que toi, tu le veuilles. Pas après ce que je t'avais dit. Pas après t'avoir… harcelé pour que tu prennes les armes.
Draco ne répondit rien.
-Quand… quand tu as annoncé ce soir-là au dîner que tu t'étais finalement engagé, continua Harry, j'ai… j'ai eu peur. Mais je me suis raccroché à l'idée que tu serais dans un dépôt d'infanterie et que tu ne risquerais rien… ou en tout cas, moins que tu si avais été sur le front…
- Pourquoi avoir eu peur alors que c'est toi qui n'arrêtais pas de parler de la guerre ? C'est toi qui m'emmenais écouter les discours de propagande de cet idiot de Rudyard Kipling ! C'est toi qui applaudissait debout quand il disait que les jeunes hommes qui refusaient de s'engager devaient être exclus de leur communauté !
- J'étais jeune et… et pétri de l'idée qu'il fallait que nous défendions notre pays ! J'avais une idée presque… je ne sais pas… romantique de cette guerre… et les discours de Kipling ne faisaient que renforcer cette idée. Tout cela me semblait si simple, si… séduisant…
Harry soupira lourdement.
- Mais maintenant que je suis en plein dedans, maintenant que je suis obligé de soigner tous ces soldats, si jeunes, sans doute pétris du même idéalisme que moi… quand je vois leurs membres déchiquetés, leurs visages à moitié arrachés, je…
Des larmes chaudes et silencieuses se mirent à rouler sur ses joues.
- Je me suis trompé, Draco. Il n'y a rien de séduisant, de romantique dans cette putain de guerre. Juste des vies brisées. Et… et l'idée de savoir que toi aussi tu es là-dedans, par ma faute, parce que je t'ai harcelé, insulté… je… c'était insupportable… je pensais ne plus jamais pouvoir te regarder en face…
- Tu te souviens de Jack ? demanda Draco, à brûle-pourpoint. Le fils de Kipling. On l'avait rencontré lors d'une conférence que son père donnait à Londres, en 1914.
- Oui, je m'en souviens.
- Il était myope comme une taupe et il voulait absolument s'engager alors que les services médicaux le refusaient.
- Je sais. Il a fini par être enrôlé chez les Irish guards.
- Il est mort. Severus vient de me l'apprendre.
Harry accusa le coup mais ne cilla pas.
-Il est mort à la bataille de Loos, continua Draco. Le tout premier jour. Il paraît que son père lui a écrit un poème. Officiellement, il s'agit d'un poème en l'en honneur d'un gamin mort dans la bataille du Jutland, mais tout le monde sait que My boy Jack s'adresse en fait à son fils !
Harry ne bronchait toujours pas.
- C'est tout ce qu'il reste de lui, Harry ! cracha Draco avec dégoût. Un putain de poème ! C'est tout ce que son père a trouvé pour se consoler d'avoir envoyé son fils à la mort !
- Je ne pense pas que Kipling imaginait que…
- Tu ne t'es pas trompé à propos de la guerre, coupa Draco. On t'a menti, c'est différent. Mon père, tout comme le père de Jack Kipling, ils nous ont menti ! Ils nous ont abreuvé de leurs beaux discours sur l'honneur, le courage et toutes ces merdes qui datent d'un autre temps alors qu'ils ne savaient rien, absolument rien, de ce qui nous attendait !
Sa voix était dure et vindicative. Il était en colère et cette colère transpirait par tous les pores de sa peau.
-Viens là, murmura Harry en l'attirant à lui.
Draco résista un peu mais finit par se rendre à l'étreinte de Harry.
-Il m'a menti, murmura-t-il à travers ses larmes.
Harry ne répondit pas. Cela ne servait à rien. Draco était triste, en colère et désemparé. Il fallait le laisser exprimer son chagrin d'une manière ou d'une autre.
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17 juillet 1916 – Eglise St Martins-in-the-Fields, Londres
L'église était noire de monde. Des parlementaires, des membres du gouvernement, de la Royal Navy, des amis, des ennemis, tous étaient venus rendre un dernier hommage à un homme craint et respecté à la fois.
Draco se tenait à l'avant, entouré de sa mère, d'Ariana, de Blaise et de Severus. Harry était assis juste derrière lui, Charlotte à ses côtés.
- Oncle Harry ? chuchota la petite fille. Où est Grand-père ?
- Ton grand-père est mort, ma puce. Tu te rappelles ? On l'a enterré hier.
- Oui, j'ai jeté de la terre dans le trou pour aider à le reboucher. Est-ce qu'on a sorti Grand-père du trou pour l'amener ici ? Est-ce qu'on va recommencer ?
- Non, ma chérie. Hier, c'était l'enterrement. Aujourd'hui, c'est une messe d'hommage.
Charlotte regarda autour d'elle.
- Oncle Harry, qui sont ces gens ?
- Des gens qui connaissaient ton grand-père.
- Des amis ?
- Heu… oui, si on veut.
- Grand-père devait être quelqu'un de très gentil pour avoir autant d'amis.
Harry haussa un sourcil. Il n'était pas certain que Lucius aurait apprécié le qualificatif de « gentil ».
-Oui, ma chérie. Grand-Père était très gentil.
Cette affirmation sembla rassurer la petite fille.
La cérémonie commença.
Le prêtre fit les prières d'usage et lut plusieurs extraits de la Bible. On avait demandé à Draco s'il voulait dire quelques mots mais il avait décliné la proposition. Il n'était pas là pour faire le panégyrique de son père ni pour partager sa vie privée avec ces gens qui, pour la plupart, connaissaient Lucius Malfoy, mais ne connaissaient pas son père.
Alors que les premières mesures du Lacrimosa du Requiem de Mozart résonnaient dans l'église, Draco se demanda si lui-même le connaissait vraiment.
Lacrimosa dies illa
(Jour de larmes, ce jour-là)
Il l'avait tellement haï, tellement détesté pour l'avoir fait interner à Azkaban, pour avoir cru ces monstres qui lui disaient qu'il était malade et qu'il fallait le soigner, alors que tout ce dont il avait besoin était l'amour de son père.
Qua resurget ex favilla
(quand renaîtra de ses cendres)
Pourtant cet amour, il l'avait reçu, de bien des façons. Son père n'avait jamais cessé de l'aimer, même s'il n'était pas toujours parvenu à le lui montrer. Il l'avait aimé au point de mettre sa vie en danger pour venger la souffrance que des monstres lui avaient infligée.
Judicandus homo reus.
(l'homme coupable pour être jugé)
De quoi son père était-il coupable ? D'avoir été un aristocrate anglais froid et rigide, incapable d'exprimer ses émotions ? D'avoir été un père distant et sévère ?
Ou bien de lui avoir appris que rien n'était acquis dans la vie, que son rang lui conférait certes des avantages et des prérogatives, mais surtout des responsabilités ?
Huic ergo parce, Deus
(Epargne-le donc, Ô Dieu)
Pie Jesu Domine
(Seigneur Jésus miséricordieux)
En dépit de tout ce qui les séparaient, en dépit de toutes leurs incompréhensions – Azkaban, la guerre, son inversion – Draco était fier de son père. Et il regrettait de s'en rendre compte seulement maintenant.
Il songea à Scorpius, son héritier tant attendu, cet enfant qu'il aimait de toutes ses forces et pour qui il était désormais un étranger. Il se promit de changer cela. Il allait être démobilisé, rentrer au Manoir et exister dans la vie de son fils. Il lui parlerait de son grand-père, de l'héritage qu'il avait laissé et dont ils devaient être dignes tous les deux.
Dona eis requiem
(Donne-leur le repos)
Draco sentait dans son dos le regard de tous ces gens amassés dans l'église qui se demandaient certainement s'il parviendrait à endosser le rôle qui était le sien désormais. Il était si jeune, et si inexpérimenté. Si différent de Lucius.
Peu lui importait. Il avait autour de lui les seules personnes qui comptaient. Sa mère. Sa femme. Son parrain.
Harry.
Il n'était pas son père. Il ne le serait jamais. Il l'avait enfin compris et accepté.
Il était Draco Malfoy, dix-huitième Comte de Slytherin.
Amen.
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Malfoy House – Eaton Square, Londres
- Narcissa, Draco, si cela nous vous ennuie pas, je vais accompagner Hermione à Northolt cet après-midi, annonça Ariana durant le déjeuner.
- Northolt ? répéta Draco. Il n'y a rien là-bas, sinon la base du Royal Flying Corps.
Il fit un petit sourire en coin en regardant Hermione.
-Mademoiselle Granger aurait-elle fait chavirer le cœur d'un bel aviateur ? demanda-t-il innocemment.
Severus s'étouffa avec son verre de vin, tandis que Hermione rougissait furieusement. Elle jeta un regard noir à Draco tout en expliquant calmement :
- Je vais y retrouver deux aviateurs, en effet. Fred et George Weasley y sont stationnés pour un entrainement durant plusieurs jours.
- Fred et George sont là ? s'exclama Harry, détournant l'attention de la petite provocation de Draco. Mon Dieu, cela fait des années que je ne les ai plus vus !
- Vous n'avez qu'à nous accompagner également, proposa Ariana.
Harry regarda rapidement Draco. Il ne leur restait que peu de temps à passer ensemble avant de regagner la France. Il s'en voulait de l'abandonner à Londres.
- Oh… heu… je ne voudrais pas m'imposer…
- Voyons, Harry ! dit Hermione. Les jumeaux seraient ravis de te revoir !
- Vous pourriez y aller tous ensemble, jeunes gens, suggéra Minerva.
Subrepticement, elle fit un petit clin d'œil à Harry.
- Non, dit Draco. J'ai enterré mon père hier. Et il n'est pas question que je laisse Maman toute seule.
- Pour tout te dire, Draco, dit Narcissa, il y avait une telle foule à l'église qu'un peu de solitude me fera le plus grand bien.
- Mais Maman…
- Accompagne ton épouse dans cette visite, Draco. Sortir te fera le plus grand bien.
- De toute façon, ta mère ne sera pas seule, puisque je reste ici, objecta Minerva. Tu ne m'imaginais tout de même pas crapahutant sur un terrain d'aviation…
- Et pourquoi pas, Grand-Mère ? dit Ariana. C'est vous qui pourriez faire chavirer le cœur d'un bel aviateur…
La vieille dame gloussa tout en faisant semblant de s'offusquer de la hardiesse de sa petite-fille.
- C'est entendu alors, dit Draco. Nous irons tous ensemble. Severus, tu nous accompagnes ?
- Je suis un marin, dit Severus sèchement. Je n'ai aucun goût pour ces machines volantes. Quant à ceux qui les pilotent, ce ne sont rien d'autre que des gamins en mal de sensations fortes.
- Oh, voyons, ne soit pas mauvais joueur, Severus, dit Minerva. Il fut une époque où c'était les marins qui attiraient l'œil des jeunes demoiselles. Tu as eu ton temps… c'est maintenant au tour de ces fringants jeunes aviateurs.
- Je n'ai jamais porté l'uniforme pour un prétexte aussi vain qu'attirer l'œil des demoiselles, maugréa-t-il.
- Bien sûr que non, Severus.
- Bon, j'en conclu que tu restes ici également, dit Draco pour couper court aux récriminations de son parrain.
- En effet, confirma ce dernier.
- Fort bien. Dans ce cas, mettons-nous en route.
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Base aérienne de Northolt, au nord de Londres
Arrivée à la base aérienne de Northolt, la voiture conduite par Draco fut stoppée par un garde à l'entrée d'une guérite. Fort heureusement, la vue des uniformes des deux occupants à l'avant rendirent le garde moins méfiant.
- Major Draco Malfoy, annonça Draco après avoir abaissé la vitre. Quatrième division d'infanterie. Et voici le Capitaine Harry Black, Hôpital général n°14 à Wimereux. Nous devons voir les lieutenants d'escadron Frederick et George Weasley.
- Major. Capitaine, dit le garde en effectuant le salut militaire.
Il se pencha pour mieux voir à l'intérieur de la voiture et son regard se posa sur Hermione, vêtue de sa tenue d'infirmière, puis sur Ariana.
- Hum… Major… est-ce que la dame à l'arrière… hum…
- C'est mon épouse, coupa sèchement Draco. La Duchesse de Hogwarts.
- Ah… heu… habituellement, il… il n'y a pas de femmes sur la base, baragouina le garde.
- Ah vraiment ? intervint Hermione vexée de ne pas avoir été considérée comme « une dame ».
- Bah… vous, c'est pas pareil, dit-il. Vous êtes infirmière.
Hermione allait répliquer vertement mais fut devancée par Draco.
- Caporal, vos propos sont non seulement déplacés vis-à-vis de Nurse Granger mais également vis-à-vis de ma femme !
- Je dis ça pour votre dame, moi, persista le caporal. Il y a des hommes là-bas qui n'ont plus vu une femme depuis des mois. Ils pourraient…
- OUVREZ CETTE FICHUE BARRIERE AVANT QUE JE NE FASSE UN RAPPORT SUR VOTRE COMPORTEMENT INSULTANT ! cria Draco.
Le caporal se redressa d'un coup, bombant le torse, main au képi.
-Bien, Major ! Pardonnez-moi, Major !
Disant cela, il se dépêcha de soulever la barrière. Draco accéléra immédiatement, faisant repartir la voiture dans un nuage de poussière.
-« Vous êtes infirmière », singea Hermione. Mais quel goujat celui-là ! râla-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
Elle n'eut pas le temps de récriminer plus longtemps car ils venaient d'arriver devant un bâtiment long et bas.
En sortant de la voiture, Draco interpella un mécanicien qui sortait d'un des hangars.
- Où peut-on trouver les lieutenants Weasley ? demanda-t-il.
- Oh, les jumeaux ? La dernière fois que je les ai vu, ils étaient sur le terrain sud, en train d'inspecter leur nouvel appareil. C'est de l'autre côté du bâtiment.
Draco remercia l'ouvrier et ils prirent tous la direction du terrain sud. Sur le chemin, Ariana ne passait pas inaperçue, même vêtue de sa robe noire de deuil et de son chapeau à voilette. Elle pouvait entendre très distinctement des sifflements sur son passage, voire même l'un ou l'autre commentaire scabreux.
Draco rongeait son frein. Finalement, ce petit caporal médiocre avait raison.
- Ce n'était peut-être pas une bonne idée de venir, dit-il.
- Ce ne sont pas quelques propos graveleux qui vont m'émouvoir, Draco, dit Ariana.
- Il n'empêche ! Le prochain qui fait un commentaire ou qui te siffle va recevoir mon poing dans la figure, grinça-t-il.
Il n'en eut pas l'occasion car au détours d'un hangar, ils virent deux hommes qui discutaient avec animation devant un biplan décoré aux couleurs du Royal Flying Corp. Le roux flamboyant de leur chevelure ne laissait aucun doute sur qui ils étaient.
-George ! Fred ! s'écria Hermione en se hâtant vers eux.
Les deux hommes se retournèrent avec un synchronisme presque comique. Leurs visages s'éclairèrent quand ils reconnurent Hermione. Ils accoururent vers elle et l'un des deux la souleva dans ses bras.
-Hermione ! Bon Dieu, ça fait plaisir de te revoir !
Le jumeau la reposa par terre et la fit tourner sur elle-même.
- Dis donc, tu es devenue un bien joli brin de fille ! dit-il.
- C'est pour affoler tous les beaux soldats que tu es devenue infirmière ? demanda l'autre, espiègle.
- Fred ! rouspéta Hermione en lui donnant une petite tape sur le bras. Tu es incorrigible !
Puis se tourna vers ses compagnons de voyage, elle dit :
- Fred, George, vous vous souvenez de Harry, n'est-ce-pas ?
- Harry ? répéta le nommé Fred. Harry Potter ?
- Salut les gars ! dit Harry en souriant largement.
- Bon sang, Fred ! Regarde-le ! C'est notre petit Harry !
- Il a drôlement grandi depuis la dernière fois, George.
- Au moins un pouce et demi.
Derrière, Draco étouffa un rire moqueur.
- Et regarde, continua Fred… on dirait même qu'il a attrapé du poil au menton…
- Oh, Fred ! Notre petit Harry est devenu un homme !
Là-dessus, les jumeaux attirèrent Harry dans une étreinte digne d'un grizzly. Harry râla pour la forme car en vérité, leurs pitreries lui avaient manqué.
Avisant la présence d'autres personnes, les jumeaux relâchèrent à Harry, non sans avoir vigoureusement secoué ses cheveux. George fixa Draco en plissant légèrement les yeux.
- Je rêve où il s'agit de Draco Malfoy ?
- Tu veux dire Loooord Draaaaco, se moqua Fred.
Draco leva les yeux au ciel mais s'avança néanmoins en souriant.
- Vous n'avez pas changé, dit-il en tendant la main.
En fait, les deux hommes mesuraient facilement cinquante centimètres de plus que la dernière fois où il les avaient vu. Ils étaient grands, élancés, et pour tout dire, assez séduisants.
- Je ne peux pas en dire autant de toi, répondit Fred.
- Ah oui ?
- Oh… détrompe-toi, tu as toujours le même nez pointu…
- Les mêmes cheveux transparents, continua George.
- Et cette même moue bizarre…
- Comme si tu avais une bouse de vache en permanence sous ton nez…
- Mais…
Le regard de George et de Fred passa de Harry à Draco, puis de Draco à Harry.
- Comment se fait-il que vous parvenez à être l'un à côté de l'autre…
- Sans vous étriper…
- Et sans vous lancer des vacheries ?
Harry écarquilla les yeux.
- Heu… je…
- Je suppose que nous avons grandis, répondit Draco.
Fred et George semblaient sceptiques.
- Ronnie nous avait dit que maintenant, vous vous entendiez comme cul et chemise…
- Mais nous ne voulions pas le croire…
- Comme quoi…
- Tout arrive.
- C'est prodigieusement agaçant, cette façon que vous avez de finir les phrases de l'autre, dit Draco.
Les jumeaux haussèrent les épaules avec un sourire goguenard.
-Enfin bref, continua Draco. Permettez-moi de vous présenter ma femme, Lady Ariana.
Ariana, que toute cette conversation amusait grandement, leur fit un large sourire.
-Bonjour Messieurs.
Fred et George clignèrent des yeux.
- Fred… Je crois que je suis mort… je vois un ange…
- Moi aussi, George.
Ariana et Hermione pouffèrent de rire, tandis que George s'avançait et prenait la main d'Ariana pour y poser un baiser.
- Epousez-moi, dit-il avec emphase.
- Vous semblez oublier que je suis déjà mariée, répondit Ariana, joueuse.
- Ça peut s'arranger. N'est-ce-pas, Fred ?
- Absolument.
- Hé oh ! chantonna Hermione. Nous sommes toujours là !
George rigola et se détourna d'Ariana à contrecœur. Avec Fred, ils prirent des nouvelles des parents d'Hermione, de Harry et racontèrent quelques tranches de leur vie en Allemagne.
Tandis que tous discutaient gaiement, Ariana s'éloigna un peu du groupe pour regarder l'avion de plus près. Après tout, c'était pour ça qu'elle était venue. Ces engins la fascinaient.
Elle fit le tour de l'appareil, admirant sa ligne tout en se demandant comme il parvenait à voler. Sa structure était en bois recouverte d'une toile très épaisse. Seul le nez de l'avion était renforcé de plaques de métal.
-Vous aimez les avions ?
Elle se retourna pour voir qu'un des jumeaux se tenait derrière elle, sans parvenir à déterminer lequel des deux il était. Elle lorgna rapidement sur l'étiquette cousue sur la combinaison grise qu'il portait. Lt G. Weasley.
George.
- Je n'y connais pas grand-chose, dit-elle, mais j'avoue qu'ils me fascinent.
- Parce qu'ils sont fascinants.
- Est-il facile à piloter ?
- Pas plus difficile qu'une voiture. En fait… c'est une sorte de voiture volante !
- Oh…dans ce cas, je ne devrais pas avoir trop de mal à le piloter, sourit Ariana.
- Vous… vous conduisez une voiture ?
- Pas seulement une voiture. Des tracteurs aussi. J'ai même demandé à Branson, notre chauffeur, de m'apprendre les rudiments de la mécanique.
George Weasley écarquilla les yeux.
- Ne soyez pas aussi étonné ! rigola Ariana.
- Je n'arrive simplement pas à vous imaginer les mains pleines de cambouis !
- Ah mon Dieu ! Vous m'auriez vue il y a deux semaines ! J'en avais jusque dans les cheveux !
- Et votre mari vous laisse faire ?
Ariana haussa les épaules.
-Mon mari est à la guerre. Tout comme vous.
Le sourire de George se voila légèrement.
- Vous êtes vêtue de noir. Est-ce que…
- Mon beau-père, dit-elle.
- Votre… Oh, mon Dieu. Lucius Malfoy… est… décédé ?
Ariana hocha la tête.
-La bataille du Jutland, dit-elle simplement.
George secoua doucement la tête. Son regard si rieur s'assombrit comme s'il devenait hanté par des souvenirs pénibles.
- C'est une terrible nouvelle pour vous et votre mari. Je vous présente mes sincères condoléances.
- Merci, Lieutenant.
Ariana apprécia la sollicitude du jeune homme.
-Quel est ce modèle ? demanda-t-elle pour revenir à un sujet plus léger.
George haussa un sourcil, décidément stupéfait par cette jeune femme hors du commun.
- C'est un biplan Sopwith Pup. Neuf cylindres en étoile. Quatre-vingt chevaux. Il sera équipé d'une mitrailleuse Vickers de calibre 7,7 mm. Notre escadron est en train de l'essayer en vols d'entrainement avant sa mise en service en septembre, mais… chut ! souffla-t-il. C'est un secret militaire. Je risque le peloton d'exécution pour vous avoir révélé cela.
- Vous êtes bien imprudent Lieutenant Weasley, plaisanta Ariana. Qui vous dit que je ne suis pas une espionne à la solde des allemands ?
- Du bist viel zu schön, im ein Feind zu sein.
Ariana sourit en secouant la tête.
- J'oubliais que vous avez vécu à Munich durant plusieurs années.
- Oui. Sans cette fichue guerre, je crois que nous y serions encore.
- Eh bien, dans ce cas, cette fichue guerre a eu au moins un bon côté…
D'un mouvement léger, elle se tourna vers l'appareil, admirant son hélice en bois poli.
- Alors, dites-moi… comment cela fonctionne-t-il ? demanda-t-elle. Je connais maintenant le fonctionnement d'un moteur de voiture, en tout cas celui de la Rolls Silver Ghost, qui est un moteur à soupapes six cylindres, mais qu'en est-il de cet avion ?
- C'est… c'est un moteur rotatif, expliqua George, émerveillé. Un moteur à combustion interne qui… tourne autour d'un vilebrequin qui reste fixe…
- Oui, je vois, dit Ariana. Mais… ce type de moteur doit avoir une force gyroscopique considérable, non ? Cela ne rend-t-il pas le pilotage délicat ?
George écarquilla les yeux avant de se mettre à rire. C'était plus fort que lui.
- Ai-je dit quelque chose de drôle ?
- Non ! Non, pas du tout ! C'est juste que…
Il leva les bras avec fatalisme.
-Pourquoi Mal… je veux dire… pourquoi Lord Draco vous a-t-il trouvée avant moi ?
Ce fut au tour d'Ariana de rire.
- Cela vous dirait de voler avec moi ? demanda soudainement George.
- Je vous demande pardon ?
- Faire un tour avec moi… dans mon avion !
- Je doute que vous puissiez utiliser un avion de combat pour…
- Non, pas cet avion ! Le mien ! Enfin… le nôtre. Celui que Fred et moi avons construit quand nous étions en Allemagne.
- Vous… vous avez construit votre propre avion ?
- Oui ! Nous l'avons construit sur le modèle de l'AEG mais nous avons remplacé le moteur Benz par le moteur que nous avons conçu nous-même.
- Et vous avez ramené cet avion d'Allemagne ?
- Bien sûr ! Comment croyez-vous que nous nous sommes enfuis de Munich ?
Il fit un sourire fier.
- A bord de notre voiture volante !
- Vous êtes absolument incroyable, Lieutenant Weasley.
- Alors ? Vous êtes d'accord ?
- Comment pourrais-je laisser passer une occasion pareille ?
George regarda plus loin où son frère était toujours en train de discuter avec Harry, Malfoy et Hermione.
- Votre mari ne dira rien ? demanda-t-il, soudain douloureusement conscient de la présence dudit mari à proximité.
- Non, dit Ariana avec une surprenante douceur. Draco ne dira rien.
- Dans ce cas, il faut que nous organisions cela rapidement. Avant que je ne retourne en France.
- Ce sera avec plaisir, Lieutenant Weasley.
- Je vous en prie. Appelez-moi George.
- Appelez-moi Ariana.
Elle lui fit un petit signe de tête avant de s'en aller rejoindre son mari, Harry et Hermione.
George resta un moment interdit.
-Quelle femme absolument incroyable, murmura-t-il pour lui-même.
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Malfoy House – Eaton Square, Londres
- Comment s'est passée la visite ? demanda Narcissa à son fils plus tard dans l'après-midi.
- Etonnement bien, répondit Draco. Les jumeaux Weasley sont plutôt… sympathiques. Même si je nierai farouchement avoir jamais dit cela.
Draco avait bien vu la manière dont George Weasley avait regardé sa femme. Sans parler du temps qu'ils avaient passé à discuter tous les deux, riant et plaisantant à côté de l'avion. Dans la voiture, sur le chemin du retour, alors que Hermione et Harry n'arrêtaient pas de babiller et de revenir sur l'une et l'autre anecdote que les jumeaux avaient racontées, Ariana, elle, était restée étrangement silencieuse, perdue dans ses pensées, un léger sourire sur le visage.
Draco soupira discrètement. Narcissa se méprit sur son attitude et dit :
- Tu ne dois pas te fustiger d'avoir pris du bon temps, tu sais… Ton père n'aurait pas voulu cela.
- Je sais. Et j'admets que cette visite m'a fait du bien.
- Tant mieux, sourit Narcissa.
Draco se pencha et embrassa sa mère sur le front.
- Je vais me changer. Je vous verrai au dîner, Maman.
- Bien. A tout à l'heure.
Comme Draco traversait le hall, il fut interpellé par une domestique.
- Monsieur le Comte, dit la jeune fille. Ce télégramme est arrivé pour vous, tout à l'heure.
- Merci, heu…
Edna ? Jane ? Draco ne se rappelait plus de son nom.
-Merci, répéta-t-il.
La jeune fille fit une courbette et s'en alla. Draco décacheta la missive et prit connaissance de son contenu.
Il soupira en fermant les yeux.
-Ah Draco, dit Harry en sortant de la bibliothèque. Avec Hermione, nous…
Harry avisa la mine sombre de Draco, puis le papier qu'il tenait à la main.
-Que se passe-t-il ?
Draco releva la tête.
-Je dois retourner sur le front. Je pars demain.
A suivre...
