Salut à tous! Comment allez-vous? :) Voici venu le nouveau chapitre de cette aventure! Je ne vous retiens pas plus longtemps et je vous laisse découvrir les raisons d'un certain personnage!
Enjoy!
-Qu'est-ce que ça veut dire, Tarek?
Gronda Aliénor en plissant les yeux, le cœur légèrement serré malgré elle. Le visage soudain noir, le Taureau la fixa d'un regard devenu incroyablement sombre:
-Je suis désolé qu'on doive en arriver là, Aliénor. J'aurais préféré ne pas avoir à t'affronter, mais tu ne me laisses pas le choix. Personne ne peut parvenir jusqu'au Seigneur Hadès, je vous en empêcherai.
Aliénor serra les dents et ses poings se levèrent malgré elle, malgré la douleur terrible qui lui nouait le cœur. Elle aurait voulu pouvoir nier, pouvoir refuser de croire ce qu'elle voyait, mais elle avait été entraînée à ce genre de situation. Elle avait appris qu'on ne pouvait se fier à personne sous peine d'être distrait de son objectif.
Et elle était tombée dans le panneau.
Elle avait baissé sa garde face à la gentillesse discrète et légèrement distante de Tarek. Elle avait cru avoir un allié dans ce combat qu'elle avait dû mener contre le machisme, elle avait cru pouvoir compter sur lui depuis qu'ils s'étaient ouverts l'un à l'autre. Depuis qu'elle s'était montrée vulnérable malgré elle.
Une lueur de colère emplie de trahison éclaira son regard vert:
-Comment as-tu pu? Tu as tourné le dos à ta Déesse, tu nous as tourné le dos à nous, tes frères. (Elle serra les poings et gronda, toute émotion mise de côté pour privilégier ce sentiment de trahison mêlée de colère) Tu as tué Sigmund et Pablo. Et tu as certainement tué Oleg. Comment as-tu pu faire une chose pareille? Depuis quand travailles-tu pour l'ennemi?
Tarek ne tiqua pas, ne manifesta aucun remord visible, resta impassible, gardant simplement cet air déterminé sur son visage:
-Je suis le Seigneur Hadès depuis des années, depuis que mon maître a tenté de me sacrifier pour sauver sa peau.
Aliénor cligna des yeux: ça ne collait pas avec ce qu'il avait raconté. Rien ne collait. Elle ne comprenait pas:
-Pardon?
-Laisse-moi te corriger: c'est vous qui travaillez pour l'ennemi. Vous êtes aveuglés, endoctrinés par des préceptes mensongers.
-Mais qu'est-ce que tu racontes? Nous sommes des Chevaliers d'Athéna, des guerriers de la Paix et de la Justice.
-C'est ce qu'on vous raconte. (Aucune lumière n'éclairait les yeux de Tarek, aucune hésitation ne fit flancher sa voix) On vous raconte que vous protégez la Terre, et pendant ma première année d'entraînement c'est aussi ce que j'ai cru. Mais le Seigneur Hadès m'a ouvert les yeux. Il m'a épargné alors que mon maître m'avait utilisé comme bouclier humain pour tenter de s'en tirer. Il m'a sauvé de ces mensonges, m'a ouvert les yeux.
Il se souvenait de ce moment comme s'il venait d'arriver. Il entendait encore les explosions, les hurlements, sentait encore l'odeur suffocante du sang lui serrer la gorge, il sentait encore la main de son maître serrant la sienne comme ils sillonnaient les rues d'Alep pour tenter d'échapper à ceux qui les poursuivaient. Il voyait encore l'homme se retourner quand ils avaient atteint un cul de sac, il l'avait vu se mettre en garde malgré son visage défait par l'angoisse soudaine. Mais quand quatre silhouettes étaient apparues au bout de la ruelle, son maître avait laissé échapper un sanglot horrifié, avait agrippé Tarek par les bras et l'avait jeté devant lui, aux pieds de cet homme aux longs cheveux noirs, et il avait tenté de s'enfuir.
Le choc et la trahison avait serré son cœur, mais pourtant, Tarek avait levé des yeux résignés vers l'homme à la peau de porcelaine, avait croisé son regard azur et avait simplement attendu. Il savait ce qui allait arriver, il voyait ça depuis qu'il était né. Étrangement, alors qu'il avait pensé sentir le froid métallique d'un canon de fusil sur son front, l'homme avait parlé. D'une voix incroyablement calme et tranquille:
-Enfant d'Athéna, sais-tu qui je suis?
Tarek avait soufflé d'une voix légèrement tremblante malgré tout:
-Vous êtes Hadès, le Dieu des Enfers.
L'homme avait hoché la tête, comme si cette réponse le satisfaisait. Immédiatement, Tarek avait compris qu'il allait mourir. Son maître l'avait toujours mis en garde contre le Seigneur des Enfers, il avait toujours su que si sa route devait croiser celle d'Hadès, il ne pourrait pas sortir vivant de leur rencontre. Il savait que les futurs Chevaliers étaient traqués, surtout les futurs Ors. Mais bizarrement… Bizarrement…
-Dis-moi, jeune apprenti Chevalier, est-ce que tu as peur de la mort?
Tarek avait pris le temps de réfléchir: il avait senti qu'il était trahi, dégoûté du comportement de l'homme qui avait promis de prendre soin de lui et de le guider vers son destin, il avait senti qu'il était déçu, qu'il était désabusé,… Mais il n'avait ressenti aucune peur. Alors il avait simplement secoué la tête. Étrangement, aucun coup n'était venu. Au contraire, une lueur intéressée avait éclairé le regard clair de l'homme et Tarek avait presque eu l'impression de voir un infime sourire étirer ses lèvres:
-Bien.
L'homme s'était alors agenouillé, et ce malgré une exclamation outrée poussée par l'homme blond derrière lui:
-Seigneur Hadès!
-Laisse, Rhadamanthe. (Puis, s'adressant de nouveau au garçon, il lui avait tendu la main) Viens. Quittons cet endroit: je vais m'occuper de toi.
Il avait adressé un petit signe de la tête aux trois hommes, et comme ils s'avançaient d'un pas décidé vers son maître qui s'était maintenant mis à hurler, Tarek s'était retourné:
-Et mon maître?
-Oublie ce lâche, il ne te méritait pas. Mes hommes vont s'occuper de son cas.
Tarek avait clairement vu un sourire mauvais étirer les lèvres de l'homme aux longs cheveux blancs, entendu un petit rire amusé s'échapper de celles de l'homme à la peau hâlée, et l'énergie qui émana soudain de l'homme blond le fit frissonner. Mais, doucement, la main de porcelaine d'Hadès se posa sur sa joue, le détourna du spectacle qui se jouait dans son dos, et il se redressa, sans lâcher sa main:
-Viens. Nous avons beaucoup à nous dire, tous les deux.
Les hurlements dans son dos s'étaient amplifiés, avaient atteint des notes incroyables avant de se terminer dans un gargouillement infâme accompagné d'un horrible bruit de craquement d'os. Mais Tarek ne s'était pas retourné: la main de l'homme était chaude et rassurante. Et sa voix l'était tout autant comme ils avançaient d'un pas étrangement tranquille dans les rues dévastées de la capitale:
-Je sais ce qu'on t'a raconté sur moi. Je sais qu'on t'explique que je cause les malheurs de ce monde, l'inégalité qui y règne,… Mais ce sont des mensonges. Vois-tu, ces guerres incessantes, toutes ces morts, tout cela est causé par Athéna et ses prétendus Chevaliers de la Paix. La Déesse de la Guerre était devenue incontrôlable: mes armées et moi-même avons été obligés d'intervenir pour tenter de rétablir l'équilibre sur Terre.
Tarek avait cligné des yeux ébahis: ce n'était pas ce que son maître lui avait répété. C'était complètement différent. Mais pourquoi cet homme lui aurait-il menti alors qu'il venait de le sauver? Et pourquoi aurait-il dû croire ce que son maître avait raconté quand il avait tenté de le sacrifier?
-J'ai réussi à arrêter Athéna et ses Chevaliers dans leur folie destructrice, j'ai même réussi à plonger les plus dangereux d'entre eux dans un sommeil profond pour mettre fin aux massacres. Mais, comme tu le vois, il reste encore quelques fanatiques qui errent et qui parcourent le monde. Ce sont eux qui continuent de mettre la Terre à feu et à sang, et c'est à moi de les arrêter. C'est à moi d'intervenir et de rétablir la paix dans le monde, une bonne fois pour toute. Qu'en penses-tu?
Les rues étaient devenues étrangement calme. Et les hommes armés qui avaient osé tenter de les approcher étaient tombés sans un cri. Mais Tarek n'y avait pas fait attention:
-Vous allez arrêter les guerres?
-Oui, c'est mon souhait le plus cher.
Une vague de chaleur soulagée avait envahi son cœur à cette idée, et l'espoir qui l'avait quitté dès que son maître avait révélé ses vraies intentions était réapparu. Alors, Hadès avait souri:
-Veux-tu m'aider?
Tarek avait hoché la tête, et il avait serré la main du Dieu dans la sienne. Un grand vent s'était alors levé, et un nuage de poussière les avait enveloppés, comme le brouillard entourerait les fantômes.
Un vent glacé se mit soudain à souffler sur les plaines du Cocyte comme Tarek serrait les poings, s'accrochait à ce souvenir et chassait tous les doutes de son cœur ou de son esprit:
-Le Seigneur Hadès veut simplement rétablir la paix, mais ces fanatiques l'en empêchent. Et vous êtes aussi sur son chemin.
-Ne vois-tu pas que c'est toi qui es manipulé? Comment as-tu pu croire à ce qu'il t'avait dit?
-Non, comment avez-vous pu croire aveuglément et sans preuve tangible ce qu'une femme que vous ne connaissez pas vous a raconté? Comment pouvez-vous croire en ses mensonges alors que rien ne prouve qu'elle serve le bien? Rien ne prouve qu'Athéna protège réellement la Terre, rien ne prouve que ce n'était pas la Déesse de la Guerre et ses sbires qui causaient et causent encore tous les malheurs du monde?
-Tu dis n'importe quoi, Athéna a toujours protégé la Terre, n'as-tu pas senti l'amour de son cosmos au Sanctuaire? C'est Hadès qui cause ces malheurs, c'est lui qui sème ces envies de destruction dans le cœur des hommes.
-Tu te trompes, mais ce n'est pas ta faute, c'est ce qu'on te raconte depuis que tu portes cette armure. Mais les hommes sont mauvais de base, aucun Dieu n'a à agir sur leurs cœurs, ils choisissent eux-mêmes de se massacrer entre eux. Et tu le sais parfaitement, tu as assez vécu hors du joug des Chevaliers pour savoir que j'ai raison. Le Seigneur Hadès veut arrêter tout ça, il veut apaiser les conflits que vous autres, Chevaliers, continuez de relancer. Les armées des Enfers ont triomphé, c'est terminé, mais ces fanatiques refusent de le comprendre et continuent de meurtrir le monde en lançant des attaques perdues d'avance, des attaques qui ne mènent qu'à plus de violence et plus de mort. Mais nous allons mettre fin à cela, nous allons arrêter cette rébellion insensée et nous allons enfin apporter la paix dans le monde.
Aliénor laissa échapper un soupir horrifié quand elle comprit que Tarek croyait à ce qu'il racontait. Qu'il avait été bercé de ces illusions depuis toujours, que c'était là sa véritable motivation.
Qu'elle ne parviendrait pas à le faire changer d'avis.
De son côté, le Taureau pensait la même chose. Il voyait tant de désolation et de désespoir enragé dans les yeux si verts d'Aliénor qu'il sut qu'il ne pouvait pas percer les ténèbres qui l'entouraient encore. Elle était trop loin, croyait trop à ces mensonges clamés par un Pope fanatique et par ses soldats aveugles. Tarek savait que ce n'était pas ce qui était prévu, il était censé les affronter et les empêcher de parvenir auprès de son Seigneur, mais il ne put s'empêcher de tendre la main, le cœur serré:
-Rejoins-nous. Je suis sûr que le Seigneur Hadès t'accueillera à bras ouverts. Je lui ai déjà beaucoup parlé de toi, il sait à quel point tu as souffert. Il t'aidera à ouvrir les yeux et à être plus apaisée, j'en suis certain. Tu pourras compter sur lui, et sur moi. (Légère hésitation, le temps de trouver les mots justes) Je suis là pour te soutenir, si tu le veux.
Pendant une folle seconde, seul le vent glacé souffla sur la plaine du Cocyte. Pendant une folle seconde, il n'y eut aucun autre bruit. Puis, Tarek souffla, si distinctement qu'Aliénor l'entendit comme s'il avait été juste à côté d'elle:
-Viens.
Mais Aliénor recula d'un pas, et le Taureau eut l'impression qu'elle venait de le gifler:
-Tu as cru que j'avais croire cette folie? Ouvre les yeux, Tarek, tu es du mauvais côté! Comment as-tu pu me proposer une chose pareille? Tu as cru que j'allais rejoindre ceux qui ont tué mes compagnons d'armes? Ceux qui ont causé la mort de mon frère? Non, jamais je ne trahirai mes frères ou ma Déesse!
La main de Tarek frémit et il la recula lentement, le visage de nouveau assombri. Il se détesta pour ce qu'il allait dire. Il se détesta de devoir faire une chose pareille. Mais il ne pouvait pas la laisser parler ainsi de leur idéal. Alors, il se força à chasser ses doutes, l'émotion qui lui serrait le cœur quand il croisait le regard si vert d'Aliénor, et il feula:
-Tu as causé la mort de ton frère. Tu es la seule responsable.
Cette fois, ce fut Aliénor qui eut l'impression qu'il venait de la frapper. Si fort qu'elle en eut le souffle coupé. Et toute la culpabilité qu'elle avait réussi à calmer lui sauta à la gorge une nouvelle fois. Elle serra les poings, si fort qu'ils se mirent à trembler, et elle n'entendit presque pas Tarek continuer:
-Je ne voulais pas en arriver là, mais tu ne me laisses plus le choix. (Il leva les bras, les croisa sur sa poitrine et darda un regard sombre sur elle) Si tu ne nous rejoins pas, j'ai pour ordre de vous mettre hors d'état de nuire.
-Pas si je te tue avant.
Et elle se jeta en avant, si vite que le Taureau faillit ne pas réussir à l'éviter. Ils échangèrent plusieurs coups rapides, bloqués, rendus, avec une telle vitesse qu'on pouvait à peine percevoir leurs mouvements. Aliénor était une excellente combattante, aussi bien au niveau de son cosmos que de ses techniques de combat rapproché, et Tarek peinait à riposter. Ne parvenait qu'à esquiver tout en forçant les sourcils et en bloquant vivement les attaques.
Il ne pouvait pas lui dire, ne pouvait pas avouer que personne n'était censé mourir, qu'ils auraient tous dû être plongés dans un sommeil artificiel pour empêcher les armures de chercher de nouveaux porteurs. Il ne pouvait pas en dévoiler plus qu'il ne l'avait déjà fait. Il n'avait normalement pas le droit de même leur parler du plan pacifique du Seigneur Hadès, n'aurait pas dû essayer de la convaincre de les rejoindre. Mais depuis ces jours qu'il avait passé avec tout le monde… Depuis qu'ils avaient quitté ce château en Irlande… Depuis que ce cosmos si doux, si maternel, l'avait enveloppé quand ils étaient arrivés au Sanctuaire… Il n'était plus sûr de ce qu'il faisait, de ce qu'il devait penser.
Les Chevaliers sont nos ennemis. Les ennemis de la paix.
Mais l'étaient-ils vraiment? Il avait passé de bons moments avec eux, s'était rapproché d'eux, en avait appris plus sur l'homme qu'il ne l'avait pensé,… Ces gens étaient-ils vraiment aussi dangereux qu'on le lui avait dit ?
Ils sont tous endoctrinés, ils croient en les mensonges qu'on leur raconte.
Oui. Oui, c'était ça. Ils étaient aveuglés. De bonnes personnes, mais aveugles. Et c'était à lui de les arrêter dans cette folie qu'ils créaient sans s'en rendre compte. Il devait les arrêter, et ce même s'ils refusaient de l'écouter.
Une détermination nouvelle assombrit son regard, et il bondit vivement en arrière, certain qu'Aliénor le suivrait. Et quand elle ne fut plus qu'à quelques centimètres, il s'accroupit, évita son poing. Alors, il leva vivement la jambe, la plia et la tendit soudain. Son pied frappa le Gémeau de plein fouet, lui coupant le souffle et l'envoyant valser en arrière. Alors, profitant de l'occasion, Tarek tendit vivement les bras:
-Great Horn!
L'attaque lumineuse fusa droit sur Aliénor qui eut toutefois le temps de lever les bras:
-Another Dimension!
Erreur. Il l'avait déjà vue utiliser cette technique. Et il savait où elle allait réapparaître. Tarek se retourna, leva les yeux, prêt à l'attaquer de nouveau… Mais un poing surgi de nulle part le heurta directement dans la mâchoire, faisant voler son casque dans les airs et retomber sur la glace avec un grand bruit de métal. Aliénor avait fait en sorte que l'autre dimension se rouvre juste à côté de lui, assez près pour qu'il ne puisse pas réagir.
Il recula de plusieurs pas, tenta de se reprendre, mais elle enchaînait déjà les coups, rechignant étonnamment à utiliser son cosmos si ce n'était pour se défendre. Et il perdait du terrain. Chaque coup trouvait sa cible. Chaque coup brisait ses défenses, abimait son armure. À un moment, Aliénor se jeta sur lui, bondit dans les airs, si haut que ça en paraissait impossible. Et elle retomba en tendant le pied, visant directement sa nuque.
Mais Tarek parvint à se jeter en avant, à rouler sur la glace et à se relev-… Un coup phénoménal le heurta de plein fouet, avant même qu'il ait pu penser à se dégager. Pourtant, il parvint à rester conscient, à nier la souffrance qui explosait dans sa poitrine comme ses côtes se brisaient, si bien que quand ses mains touchèrent le sol, malgré ses os qui hurlaient de douleur, il eut l'impression que quelqu'un lui transférait son énergie. Quelqu'un ou quelque chose. Alors, malgré le fait qu'il manqua de perdre connaissance, il parvint à agripper ses mains sur la glace, à la griffer et à gronder:
-Titan's Nova!
Le sol sembla se soulever sous les pieds d'Aliénor qui parvint à bondir en arrière malgré sa surprise. Mais un morceau de glace vint griffer son front, coupant la chair si profondément qu'un flot de sang s'échappa de la plaie. Elle grimaça, évita des énormes roches glacées qui menaçaient de la frapper,… Elle détestait cette situation. Elle avait toujours rêvé de tout donner, de montrer sa puissance, mais elle n'y parvenait pas. Elle ne parvenait pas à se décider à utiliser sa pleine puissance pour le mettre définitivement hors d'état de nuire.
Aliénor recula de quelques pas, évita un projectile, fonça en avant et leva la jambe prête à frapper du pied directement vers la tempe… Mais le Taureau lui agrippa la cheville, la serra si fort qu'elle sentit l'os se rompre. Mais la douleur ne l'arrêta pas. Bien au contraire. Elle fronça les sourcils, appuya de toutes ses forces sur son autre jambe et se força à effectuer un mouvement de rotation. Sa cheville emprisonnée poussa un craquement infâme, mais son autre pied trouva sa cible.
Tarek fut littéralement projeté sur le côté, lâchant sa cheville. Aliénor ne prit pas le temps de s'appuyer dessus. Elle mit tout son poids sur sa jambe valide, fonça, frappa de toutes la force de son genou dans la poitrine de son adversaire. Et quand il tomba à genoux sur le sol, elle joignit les mains et, avec un cri d'effort, frappa violemment son dos.
Une onde de choc sembla parcourir la plaine glacée. Le souffle toujours aussi régulier, Aliénor força sur sa cheville brisée pour remettre l'os en place, sans une grimace. Puis, elle se releva et détailla le Taureau, face contre terre:
-Tu ne pouvais pas me battre. (Elle essuya le sang qui coulait dans son œil et feula) Tu fais honte à tous tes prédécesseurs. Tu ne mérites pas cette armure.
Elle pensait que Tarek avait perdu connaissance, qu'il suffisait de l'achever et qu'il ne s'agissait plus que d'une question de temps avant que l'armure du Taureau ne comprenne qu'elle servait un traître. Dans quelques secondes, elle le quitterait, et il serait alors à sa merci. Alors… Alors elle le…
Le Taureau se releva. Ses jambes tremblaient et son visage était trempé de sang, mais il se relevait et avait écarté les bras, l'empêchant d'avancer vers l'endroit où les attendait leur Déesse:
-Je sais.
Il croisa de nouveau les bras, prêt à attaquer une fois de plus malgré son état. Mais Aliénor fut plus rapide: elle avait rechigné à l'utiliser, mais elle n'avait plus le choix:
-Je suis désolée d'en arriver là, mais tu ne me laisses plus le choix.
Alors, elle leva les bras, concentra son cosmos dans son attaque, de toutes ses forces:
-Galaxian Explosion!
Il ne pouvait pas l'éviter, pas maintenant que son armure allait le quitter. Elle avait mis fin à ce combat. L'attaque fonça sur lui, mais quand un violent choc secoua le sol sous leurs pieds, Aliénor écarquilla les yeux en retenant une exclamation choquée: Tarek avait levé les bras, et il tentait d'arrêter l'explosion galactique à mains nues! C'était de la folie pure! Il allait souffrir le martyr à tenter de lutter ainsi face à l'inéluctable!
Une étrange lueur émana de l'armure du Taureau tandis que Tarek poussait un hurlement d'effort, et Aliénor sut que c'était terminé.
Mais elle s'était trompée.
L'armure du Taureau ne s'était pas mise à briller avant de quitter son porteur.
Non.
Elle se teinta soudain de noir et de mauve sombre, partant du cœur de sa moitié d'âme et gagnant chacun de ses membres. L'armure acceptait les sentiments et la volonté de Tarek. Elle acceptait ses motivations et continuait de le soutenir. Bouche-bée, Aliénor cligna des yeux:
-Impossible…
Et pourtant, ça l'était. L'armure du Taureau venait de se transformer en surplis. Sans jamais quitter son porteur. Et autour de lui, elle pouvait apercevoir des silhouettes dorées. Des hommes qui semblaient le soutenir et qui lui jetaient des regards compatissants, empli de prières muettes. Et étrangement, elle entendit soudain des voix effleurer ses oreilles:
-N'agis pas trop vite, nous l'avons tous regretté… Et nous avons tous eu droit à une deuxième chance…
Elle se retourna vivement, les yeux écarquillés, à la recherche des hommes qui lui avaient soufflé ces mots. Mais elle n'aperçut que de vagues silhouettes allant deux par deux. Une seule ombre lumineuse n'avait pas de compagnie et semblait plus proche, comme pour lui tendre la main:
-Ne te laisse pas aveugler par ta puissance…
Son cœur se serra dans sa poitrine quand elle reconnut la voix, quand elle eut l'impression de la reconnaitre. Mais comme elle tendait la main vers la sienne, comme elle s'avançait vers ces silhouettes inconnues et pourtant familières (elle connaissait leurs noms, elle les connaissait), elle dut bondir sur le côté quand un violent coup de poing chassa le nuage d'illusions. Les yeux révulsés, comme inconscient, Tarek s'était de nouveau jeté sur elle, deux fois plus rapide, deux fois plus fort qu'avant.
Ils échangèrent de nombreux coups, et Aliénor réalisa que ces voix l'avaient perturbée, qu'elle ne savait plus quoi faire. Et puis pourquoi est-ce que l'armure du Taureau continuait de le soutenir? Pourquoi ne le quittait-elle pas?! Était-elle dans le faux? Pourquoi est-ce qu'on lui avait dit à elle de réfléchir?! Ce n'était pas elle qui avait trahi, elle devait juste accomplir sa mission!
Aliénor évita in extremis un violent coup, et elle se secoua en fronçant les sourcils. Elle n'avait plus le temps: David et Victor étaient devant, seuls, et l'un d'entre eux était blessé. Elle n'avait pas de temps à perdre. Elle devait aller les aider. Et pour ça, elle devait vaincre ce traitre une bonne fois pour toute. A ce moment, Tarek leva les bras une nouvelle fois, préparant une attaque qu'elle ne connaissait pas.
Elle n'avait plus le choix.
Alors, elle se jeta en arrière, repoussa les doutes et leva le bras droit: elle n'avait plus le choix. Elle devait mettre fin à cette mascarade et vite. Aliénor n'avait jamais eu à utiliser cette technique, mais elle savait qu'elle pouvait enfin terminer ce combat qui la mettait de plus en plus mal à l'aise. L'attaque lui demandait toute son énergie, toute sa concentration: elle ne pouvait pas manquer son coup, ne pouvait pas faire preuve de pitié, pas maintenant:
-Arch Ge-…
-Freezing Coffin!
Une attaque de glace frappa Tarek directement dans le dos, l'enveloppa à une vitesse folle, et en un instant, le combat fut terminé. Aléinor écarquilla des yeux surpris et elle baissa le bras, laissant son attaque mourir au bout de sa main. Qui venait d'intervenir? Qui avait osé mettre fin à son combat?
Alors, à l'autre bout du désert de glace, elle vit arriver cinq silhouettes, et quand elle remarqua que le bras de l'un d'entre eux était encore tendu vers Tarek, elle ne put s'empêcher de souffler:
-Jørgen.
Le Danois était en mauvais état, pas autant que Marius, Kiki ou Hiroki, mais elle devait avouer qu'elle était choquée de voir à quel point ils étaient tous amochés:
-Qu'est-ce que vous faites là?
Keith prit la parole:
-Ils nous ont rejoint et nous ont expliqué que Tarek était le traître. Nous avons… (Il déglutit péniblement) Nous avons laissé Calum s'occuper de Pablo.
Les cinq Ors la rejoignirent rapidement et elle gronda à l'adresse du Verseau:
-Je peux savoir ce qui t'a pris? C'était mon combat! J'allais le gagner!
-Non, tu allais le tuer. Et ça ne servait à rien. (Haleta Kiki, soutenu par Keih) Nous n'avons pas de temps à perdre ni d'énergie à gaspiller. Tu es la plus en forme de nous tous, nous avons absolument besoin que tu gardes des forces pour le combat final.
Le visage livide, Jørgen hocha la tête:
-Nous nous occuperons de ce traitre plus tard. Dépêchons-nous d'avancer.
Quand Aliénor comprit qu'ils étaient les derniers survivants et quand elle réalisa, qu'en effet, elle était la seule à pouvoir tenir debout sans aide - la seule à pouvoir dégager encore un cosmos suffisant puissant pour tenir tête à un ennemi - elle se força à souffler, à se calmer. Mais la silhouette sombre enfermée dans le cercueil de glace continuait de la fixer et elle baissa la tête:
-Je suis désolée… J'aurais dû m'en rendre compte…
Elle releva la tête quand Kiki posa une main rassurante sur son épaule et la contempla d'un œil triste:
-Personne n'aurait pu le deviner, ce n'est la faute de personne. Mais nous n'avons pas le temps d'y penser. Nous avons déjà été suffisamment retardés. Nous nous occuperons de son cas plus tard.
Ils hochèrent la tête d'un même mouvement, mais malgré elle, Aliénor jeta un dernier regard en arrière quand ils quittèrent le Cocyte au pas de course. Étrangement, elle se sentait presque soulagée d'avoir été arrêtée, de ne pas avoir la mort d'un autre frère sur la conscience… Même s'il était celui qui avait causé tant de malheurs et de troubles, l'armure du Taureau ne l'avait pas quitté, preuve qu'il croyait en ce qu'il disait… Et qu'il voulait donc vraiment se battre pour la paix dans le monde. Il était simplement aveuglé par les belles paroles d'un Dieu prêt à tout pour écraser ses ennemis…
Un coup de vent lui masqua la vue, et elle se détourna, accélérant le pas et menant les autres vers leur dernière étape, suivant les traces de sang laissées par David ou Victor.
Rester concentrée. Bloquer les sentiments contradictoires qui lui nouaient le cœur, garder la colère et la trahison et repousser l'envie de comprendre et l'empathie. Elle n'avait pas le temps pour ça, elle devait absolument rester concentrée et mettre un terme à cette guerre.
$s$s$s$
Ils s'étaient attendus à devoir se battre, mais aucun d'eux n'avait même imaginé le spectacle morbide sur lequel ils tomberaient en poussant la porte latérale. Ils pensaient tomber sur le Dieu des Enfers, sur leur Déesse qu'il suffirait de réveiller.
Pas sur un véritable océan de sang dans lequel gisait David et dans lequel Victor tenait à peine à genoux, les bras écartés pour faire rempart de son corps et protéger son frère d'armes, le visage teinté de rouge carmin et une énorme estafilade rouge suivant le mouvement de ses côtes.
Ils s'attendaient à trouver un Dieu dans la salle.
Pas deux.
Tous écarquillèrent des yeux horrifiés quand un frisson de peur ancestrale remonta le long de leurs colonnes vertébrales, et Aliénor fut la seule qui parvint à lutter face à son instinct et qui ne recula pas. L'homme aux cheveux noirs les remarqua en premier et un grand sourire étira ses lèvres:
-Regarde ça, Hypnos, on dirait presque que la cavalerie est arrivée!
Détournant momentanément le regard de leurs deux proies, le second laissa échapper un bref soupir amusé:
-Nous ne vous attendions plus, Chevaliers.
Kiki comprit à ce moment-là qu'ils n'avaient en fait aucune chance de l'importer. Si ses leçons et si la mémoire de son armure lui avaient bien appris une chose, c'était que personne ne faisait le poids face à eux.
Personne ne pouvait vaincre Hypnos, Dieu du Sommeil, et Thanatos, Dieu de la Mort.
Athéna elle-même ne pouvait garantir la victoire face à ces deux frères.
Comme s'ils l'avaient compris, les Dieux Jumeaux échangèrent un regard complice:
-Ne nous en voulez pas, nous avons commencé sans vous.
-Il était temps, l'entrée touchait clairement à sa fin. (Thanatos ricana) J'avais hâte de passer au plat principal.
Et voilà, c'est tout pour cette fois! J'espère pouvoir vous offrir le chapitre suivant (la bataille finale stp) très bientôt! J'espère que ça vous aura plu et je vous dis à bientôt pour la suite! Coeurs sur vous tous!
