Note : L'année dernière a vraiment été difficile pour moi, surtout entre le début d'année jusqu'à la fin de l'été. Je n'ai quasiment pas travaillé durant cette période sauf pour une entreprise à l'environnement toxique qui m'avait déjà usé en 2018. Mais, depuis, j'ai commencé à enseigner le français auprès des réfugiés politiques pour une ONG dans un environnement beaucoup plus humain et agréable. Malgré tout, je suis vite épuisée par la moindre activité et écrire en fait partie.

Je ne peux pas vous promettre de poster régulièrement des chapitres pour la fanfic. Je l'ai abandonnée durant si longtemps que je suis obligée de la relire entièrement. J'espère d'ailleurs que vous me pardonnerez s'il y a des erreurs de continuité dans ce nouveau chapitre.

J'en profite en même temps pour corriger et remettre en ligne les premiers chapitres (pour le moment, du prologue au chapitre 4).

Pour le moment, mon principal objectif est de finir cette fic.


LXXIV

« Si tu veux mourir, ce sera seul. »

De longues heures s'écoulèrent avant qu'ils n'atteignent enfin leur étape pour la nuit, une petite ville dénuée d'intérêt plantée en bordure du désert. Là vivaient quelques personnes acquises aux Ghouls si la mémoire de Marik ne lui faisait pas défaut.

Il soupira avec dépit. Une petite part de lui-même avait espéré que son double commettrait une négligence à cause de sa trop grande arrogance. D'un autre côté, il n'y avait aucune chance pour que des policiers ou des militaires puissent le stopper ; la monstruosité qui lui servait de ka les tuerait tous avant même qu'ils n'aient le temps d'utiliser leurs armes. Il doutait même que Kaiba ait les moyens humains ou techniques de le faire à moins d'utiliser des techniques moins conventionnelles.

Marik se frotta les tempes, puis la gorge, certain que sa peau s'était marbrée de violet. Il ne voulait pas repenser à sa discussion avec Am-heh, mais chacun de ses mots s'étaient incrustés dans son esprit au point qu'il ne savait plus si sa fatigue était d'ordre physique ou psychologique. S'il s'était vraiment écouté, il aurait abandonné, là, maintenant, parce qu'être avec Am-heh semblait en définitive moins difficile que de chercher à lutter contre lui. Mais il conservait encore un soupçon de fierté, une étincelle d'espoir, aussi ridicule soit-elle.

Am-heh coupa le moteur après s'être garé à côté d'une des maisons en adobe typiques de la région. Il sortit du véhicule sans un mot et alla à la rencontre de ceux qui seraient sans doute leurs hôtes pour la nuit. Sachant par avance qu'il ne recevrait aucune aide de leur part, Marik ne leur prêta guère attention et se concentra sur son environnement immédiat, analysant le moindre élément. Les lieux semblaient paisibles, peut-être trop, même. Marik se demanda aussitôt ce qui pouvait bien se cacher derrière les fenêtres occultées de mashrabiyas, au fond des ruelles étroites ou sur les toits plats des maisons. Rien de bon, sans nul doute. Quand il était encore armé du sceptre et aveuglé par sa quête de vengeance, le passé de ses esclaves, aussi horrible soit-il, ne lui avait que peu importé.

Marik ferma presque les yeux et considéra ses mains à travers le voile de ses cils.

Ces personnes dont il s'était débarrassé comme de vulgaires insectes durant toutes ces années, est-ce qu'il l'avait fait parce qu'Am-heh l'y poussait ou parce que c'était ce qu'il était tout au fond de lui ?

Il est toi, Marik. Il reviendra parce que tu ne peux pas te débarrasser de lui comme s'il n'était qu'un vulgaire esprit. Tu es un assassin.

Il aurait pu tuer Ryô cette nuit-là s'il n'avait pas réussi à dominer sa colère.

Peut-être que la seule différence entre Am-heh et lui, c'était qu'Am-heh ne se racontait pas de mensonges, ne rejetait pas sa vraie nature.

Peut-être aurait-il mieux valu que Ryô le poignarde cette nuit-là.


Marik s'extirpa du véhicule surchauffé sans savoir quoi faire de lui-même. Am-heh avait disparu dans la maison. À croire qu'il l'avait oublié. Ce n'était bien entendu pas le cas. Marik ne pouvait pas s'enfuir, voilà tout. Il ne pouvait pas chercher de l'aide non plus alors à quoi bon l'empêcher de communiquer avec qui que ce soit ? Même en pleine civilisation, il était isolé.

Perdu dans ses pensées, Marik approcha sa main de la carrosserie de la voiture. Le bandage n'empêcha pas la chaleur irradiante de lui lécher la paume. Ses vêtements humides de sueur avaient comme fusionné avec sa peau. Il éprouvait des démangeaisons rien qu'à l'idée de la saleté qui devait le couvrir de la tête au pied. Mais ce n'était rien comparé au fait de mourir brûlé vif, non ? Comme ces hommes…

Un claquement chassa l'image horrible des corps calcinés de son esprit.

Am-heh était réapparu sur le pas de la porte. Leurs regards se croisèrent. Les yeux violets d'Am-heh reflétaient une malice et une arrogance sans limite qui ne lui étaient que trop familières. N'avait-il pas déjà perçu la même expression dans le miroir ?

Un sourire perfide étira les lèvres d'Am-heh. Marik s'éloigna avec l'insupportable impression que le monstre devinait ses pensées.

Il avait besoin de se changer les idées ou, plutôt, de se recentrer sur ce qui importait.

Il avait besoin de beaucoup de choses. À commencer par mettre le plus de distance possible entre son double et lui, excepté que celui-ci semblait tout à coup ne plus vouloir le lâcher d'une semelle. Marik n'avait pas besoin de se retourner pour s'en assurer ; il pouvait percevoir la morsure de son regard dans son dos. C'était pire encore que de l'avoir dans son corps, dans sa tête, car, même séparé de lui, Am-heh ne semblait pas vouloir le laisser en paix. Il ne serait jamais véritablement en paix tant qu'Am-heh respirerait.

Il ne serait peut-être jamais en paix tant qu'il continuerait lui-même de respirer.

Arrivé presque en dehors de la ville, Marik caressa un instant l'idée de s'enfoncer dans le désert. Le soleil se faisait déjà bas sur l'horizon. Peut-être qu'Am-heh le suivrait encore. Peut-être qu'ils se perdraient tous les deux à la tombée de la nuit et que Seth les engloutirait avant l'aurore.

— Tu penses à t'enfuir ?

— Je pense à notre mort, répliqua Marik d'une voix atone.

Am-heh, adossé à un muret à moitié écroulé, laissa échapper un ricanement nasal.

— Moi, je pense au dîner.

Am-heh se cura les ongles avec un couteau. Son couteau, réalisa Marik. Ou, plutôt, celui de Ryô.

— Alors, si tu veux mourir, ce sera seul.

Sur ces mots, Am-heh se détacha du muret pour disparaître dans les ombres grandissantes des maisons. Il semblait laisser Marik libre de choisir, mais tous deux savaient qu'il ne s'agissait que d'une illusion. Marik ne pouvait pas mourir maintenant, car ce serait abandonner sa famille et ses amis.


Ce soir-là, Marik se força à manger malgré le nœud qui lui nouait l'estomac. Il se devait de reprendre des forces pour les combats à venir, quel que soit l'ennemi. Il se devait de dormir aussi, mais le sommeil fut encore plus difficile à trouver que son appétit. Dans l'obscurité de la chambre, ses angoisses se firent d'autant plus violentes, au point que le nœud se transforma en crampe, et que les vêtements qu'il avait empruntés devinrent plus humides encore que ceux qu'il avait jeté sans aucun regret quelques heures plus tôt.

Marik se retourna plusieurs fois sur le matelas usé tout en s'efforçant d'ignorer les ressorts qui grinçaient. Chaque fois qu'il fermait les yeux, il revenait à ces heures dans la voiture ou à la villa, à ces jours dans l'entrepôt. Chaque fois qu'il ouvrait les yeux, les ombres de la chambre lui paraissaient plus épaisses et mouvantes encore. Il aurait voulu appeler son ka pour les dissiper mais se faisait violence à la pensée que c'était une dépense inutile d'énergie et qu'il était assez grand pour ignorer ses peurs enfantines. Qu'était l'obscurité comparée à Am-heh ?

Peut-être Am-heh lui-même…

La petite fenêtre lui offrait une vue sur un coin de ciel étoilé et un insignifiant croissant de lune. Il se concentra dessus, espérant qu'il s'endormirait sans même s'en apercevoir. Au lieu de cela, ses angoisses ne semblèrent aller qu'en s'amplifiant. La pièce était toujours aussi obscure. Il lui semblait être indigne de toute lumière, même de l'éclat ténu des étoiles.

Qui pouvait dire s'il n'y avait pas un second Am-heh toujours présent dans son esprit, toujours influenceur insidieux de ses actes ? Qui pouvait dire si Am-heh n'était, en vérité, pas le vrai lui ?

Il avait tué ces hommes, après tout. Il avait tué ces hommes, il rêvait de tuer Am-heh, et il détestait obéir à qui que ce soit, et aider sa soeur, et être surveillé par Rishid, et de ne rien pouvoir accomplir de grand, et de devoir se justifier chaque fois qu'il voulait être seul, et de veiller à ce qu'aucun de ses actes ne soit la manifestation d'une quelconque arrogance, de cet égoïsme et de ce narcissisme qui l'avait toujours rongé. Et il détestait l'idée que le pharaon soit peut-être de retour, là, réuni avec ses amis pendant que lui n'avait le droit qu'aux larmes, au sang et à la poussière. Et il détestait Kaiba par-dessus tout parce que tout était de sa faute, y compris de ne pas avoir su tuer Am-heh lorsque Marik le lui avait offert sur un plateau. Et si lui tuait Am-heh, s'il parvenait à tuer Am-heh, qu'est-ce que cela lui apporterait, au juste ? Est-ce que quiconque le remercierait ? Qu'est-ce que cela lui avait apporté de le tuer, la première fois ? La liberté ? Non. La sympathie des autres ? Peut-être. Mais Yûgi était-il vraiment son ami ? Il n'était venu en Egypte avec les autres que pour le pharaon, pas pour Marik. Ryô le verrait-il autrement que comme un monstre ? Sûrement pas. Et si l'esprit de l'anneau millénaire était revenu… Ils étaient forcément ensemble. Ils ne pouvaient qu'être ensemble, accrochés l'un à l'autre, envers et contre tous, et indifférents au reste du monde. Et Isis. Et Rishid. Cela ne mettrait pas fin à leur suspicion. Parce que le risque existerait à jamais que ce qui séparait Marik de Am-heh soit si subtil qu'un petit rien les rendrait identique.

Marik se cacha la tête sous l'oreiller comme si cela pourrait étouffer son cri intérieur. Puis il réalisa que ce cri déchirant, à glacer le sang, ne venait pas de son propre esprit, mais de quelque part, au dehors.

Il se raidit sous le drap, les épaules contractées, espérant qu'il n'avait fait que glisser dans un cauchemar et qu'il n'avait pas entendu ce qu'il avait entendu. Les ténèbres avaient toujours eu cet effet sur lui, mais il n'allumerait pas la lumière, non, il ne l'allumerait pas. Il n'était plus un enfant. Il n'avait pas besoin d'être rassuré. Il n'avait besoin de l'aide de personne, pas même contre Am-heh. De toute manière, ce n'était pas comme si s'allier à qui que ce soit lui avait porté chance jusque-là. L'esprit, Bakura, ne l'avait jamais écouté. Que n'auraient-ils pas réalisé à deux s'il l'avait écouté, s'il n'avait pas placé la vie de son hôte au-dessus de tout ? Mais Ryô, lui, n'aurait pas mérité une telle chose. Ryô avait toujours mérité mieux. Il méritait certainement mieux que Marik… ou même Bakura.

Mais Bakura protégerait Ryô. Bakura détruirait Am-heh. Il ne pouvait en être autrement. Le monstre ne pouvait pas l'emporter contre une créature aussi ancienne que l'esprit de l'anneau millénaire. Am-heh n'était pas un dieu, juste le fruit de son cerveau malade.

Peut-être que Bakura le sauverait lui aussi, au final, même si Marik n'avait rien à lui offrir d'autre en échange que sa gratitude. Il le lui avait promis, après tout, longtemps avant, sur ce dirigeable.

Marik respira profondément, savoura la sensation de l'air s'engouffrant dans ses poumons et sentit son corps s'alléger, ses pensées dériver, son esprit flotter. Jusqu'au moment où le grincement de la porte sur ses gonds ne le pousse à rouvrir les yeux, aussi alerte que s'il n'avait jamais commencé à s'endormir.

Cela aurait pu être Am-heh, mais Am-heh n'aurait pas marqué de pause à l'entrée de la chambre, comme de crainte de l'avoir éveillé. Il n'aurait pas attendu pour s'avancer.

Marik se raidit à nouveau, si tendu que ses muscles en tremblèrent. Il ne pouvait dire aux seules ombres combien de personnes s'étaient glissées dans sa chambre et se rapprochaient à présent de lui. Il se força à maîtriser sa respiration tout en essayant de repérer au moindre mouvement d'air, au moindre bruissement de tissu, la position de ses adversaires.

Ils fondirent sur lui plus vivement qu'il ne s'y était attendu. Marik rua, parvint à déloger l'un de ses agresseurs et à le repousser à distance, mais d'autres mains l'agrippèrent et l'immobilisèrent sur le matelas. Ses bras furent pliés dans son dos, et la froideur du métal se referma sur ses poignets. Dans le même temps, un tissu rêche et malodorant fut pressé contre sa bouche pour le réduire au silence.

Son sang sembla se geler dans ses veines à l'instant où la compréhension le frappa.

Non, pas encore… !

Marik tourna la tête sur le côté tout en essayant de s'arracher à leur prise. Alors qu'il luttait avec l'énergie du désespoir, son pied finit par atteindre l'un de ses adversaires. Il profita que l'étau se soit desserré pour se jeter à l'aveugle sur le côté. Le sol le réceptionna durement, mais il était au moins, pour un temps, aussi libre que possible de ses mouvements.

Sans se soucier de la douleur qui irradia le long de son bras, Marik se redressa et fonça en direction de la porte restée ouverte, seule issue possible. Des jurons éclatèrent derrière lui. Deux bras le ceinturèrent, et le poids de son assaillant le fit basculer vers l'avant. Le choc éjecta l'air de ses poumons lorsqu'il se retrouva écrasé au sol.

Pendant d'interminables secondes, Marik se sentit suffoquer. Il chercha à happer un peu d'oxygène, bouche grande ouverte, le corps crispé sous l'effort. Ses poumons refusaient de fonctionner – le poids sur son dos l'écrasait. Ses yeux lui brûlèrent de larmes qui ne demandaient qu'à se déverser. Le seul son qui lui parvenait encore était celui de son propre cœur battant à tout rompre contre sa cage thoracique. Toutes ces sensations étaient familières. Trop familières.

Les mains d'Am-heh sur sa gorge…

Je ne mourrais pas ici… Je ne peux pas mourir ici… Je refuse de mourir ici…

Un picotement gagna ses doigts, remonta le long de ses bras. Il crut d'abord qu'il s'agissait d'un des effets de l'asphyxie avant de se rendre compte qu'il pouvait le percevoir. Le ka. Si proche, si prêt à défendre sa vie. Plus ardent encore que le plus sacré des phénix d'Egypte.

Soudain, ses poumons se gonflèrent à nouveau. Le picotement disparut. Marik se mit à tousser et à inspirer en même temps, avide de sentir la vie le gagner à nouveau.

Son soulagement fut néanmoins de courte durée.

Des mains le saisirent, le relevèrent, le poussèrent vers la porte vers laquelle il avait tenté de s'enfuir.

Cette fois, il planta ses talons dans le sol, refusant d'aller là où ils voulaient le conduire.

Am-heh l'attendait sans aucun doute, narquois, triomphant. Il lui avait fait croire qu'un semblant d'alliance était possible, que Marik, avec le temps qu'il gagnerait en collaborant, trouverait le moyen de le vaincre. Cela n'avait été qu'un autre de ses jeux pervers.

Marik ne chercha pas à se maîtriser lorsqu'il se retrouva au bord de l'escalier étroit, malmené, bousculé, prêt à basculer.

Il ressentit la chaleur mais pas la brûlure. Le feu, enveloppant, grondant, bleu comme le ciel, ne l'atteignit pas alors même qu'il ravageait tout sur son passage. Ce n'était pas Ra. Cela ne pouvait être Ra. Et, pourtant, il y avait dans ce spectacle terrifiant l'expression de la fureur d'un dieu.

Indifférent aux hurlements, mû uniquement par son instinct, Marik dévala les marches, trébucha presque en arrivant au rez-de-chaussée et surgit hors de la maison déjà dévorée par les flammes.

Il ne se retourna pas, pas plus qu'il ne marqua de pause. En cet instant, il ne lui importait pas que son ka venait encore une fois de démontrer son potentiel destructeur. Il était libre. Enfin… Presque.

Il ne stoppa sa course que lorsqu'il se heurta à la voiture qu'il ne pouvait ouvrir ; il n'avait ni la clef du véhicule ni celle de ses menottes.

Un hurlement de pure frustration lui échappa. Il aurait voulu cogner dans le pneu pour se défouler mais il n'avait même pas de chaussures. Pourquoi avoir un ka aussi puissant s'il n'avait aucun moyen de fuir le village ? De fuir Am-heh ? Om était Am-heh, d'ailleurs ? Observait-il à distance, fier de ce nouveau subterfuge ?

Le front appuyé contre la carrosserie froide du 4x4, il songea que son double avait raison. Le puissant Marik Ishtar n'était plus. Même avec son ka, il n'était rien de plus qu'un pantin pathétique au service des autres.

Marik ferma ses paupières pour combattre les larmes qui lui piquaient à nouveau les yeux, un peu plus honteux encore de laisser ses nerfs prendre le dessus. Ravalant un sanglot, il essaya d'aborder sa situation sous un angle froid, raisonné, afin de trouver une échappatoire.

Ce fut en cet instant qu'une main s'abattit sur son épaule.

Aussitôt, Marik chercha à repousser son assaillant d'un coup de pied mais se retrouva plaqué, à la place, contre le parechoc, une main lui broyant presque la nuque.

— C'est moi.

Bien sûr que c'était lui. C'était toujours lui.

Sa rage ne s'éteignit pas dans un océan d'effroi bien que Marik sentît que son énergie n'était déjà plus suffisante pour alimenter son ka une seconde fois.

— Tu t'es bien amusé ? cracha Marik.

— On dirait que tu t'es bien amusé, chuchota Am-heh à son oreille. Pendant un instant, j'ai cru qu'il s'agissait du feu divin de Ra. Mais c'est impossible, seul un Pharaon peut invoquer Ra, et nous savons tous deux que tu n'es pas et ne seras jamais un Pharaon. Peut-être que ton ka ressemble à Ra à cause de ton ambition. Je suis curieux de voir ce que ce voleur d'objets millénaires pourra faire contre nous.

Am-heh le libéra de sa prise. Marik lui fit aussitôt face, les yeux brûlant de haine. Un demi-sourire étira les lèvres de son double, comme si sa réaction l'amusait ou le satisfaisait.

— Alors, c'est ça ? Tu les as payés pour qu'ils m'attaquent juste parce que tu voulais revoir mon ka ? L'évaluer ?

Am-heh inclina la tête de côté, l'air intrigué, avant de reculer d'un pas. Un ricanement nasal lui échappa.

— Regarde mieux avant de tirer des conclusions hâtives, mon frère.

Marik n'avait aucune envie de regarder mieux, mais il ne pouvait pas ignorer, même dans la semi-pénombre, le sang qui gouttait du khukuri, les projections sur la peau d'Am-heh.

— Ils ont tenté de me tuer aussi.

— Qui ?

Am-heh lui adressa un sourire carnassier.

— Tes anciens esclaves. Pourquoi, je l'ignore. Peut-être que tu leur as laissé un mauvais souvenir. Mais ils ont eu tort d'essayer.

Marik dévisagea Am-heh qui soutint son regard sans ciller. Rien ne lui permettait de déterminer si le monstre disait la vérité. Am-heh avait peut-être été attaqué aussi ou peut-être s'était-il débarrassé de ses complices pour le lui faire croire. Marik ne lui accorderait aucun bénéfice du doute. Il n'importait pas non plus qu'Am-heh l'aidât à crocheter ses menottes. Il ne pouvait lui accorder sa confiance. Il en allait de sa survie.

— Monte dans la voiture, on part, annonça Am-heh alors que Marik massait ses poignets.

— Maintenant ? Il fait encore nuit.

— Et je ne vais pas rester ici pour savoir s'ils ont des complices.

Am-heh lui adressa un regard venimeux avant de contourner le véhicule et de s'installer au volant. Lorsque le moteur rugit, Marik décida qu'il n'avait pas envie de savoir non plus. Il se laissa tomber sur le siège passager, l'épuisement prenant à nouveau le dessus jusqu'à ce qu'un détail capte son attention.

— Tu ne mets pas le GPS ? Comment tu espères traverser le désert sans lui ?

Sans un mot, Am-heh ouvrit la boîte à gants et jeta sur les genoux de Marik une carte et une boussole.

Marik les considéra avec stupéfaction.

— Où est ton téléphone ?

— Cassé. Tu es mon GPS maintenant. Essaye d'être moins bavard.

Il y avait quelque chose dans le regard d'Am-heh. Pas exactement de l'inquiétude, plutôt une évidente tension. Chez Am-heh, une telle émotion paraissait complètement incongrue.

Marik s'humecta les lèvres. Sans doute Am-heh ne mentait-il pas en prétendant avoir été attaqué, mais il le faisait en prétendant ne pas savoir qui s'en était pris à eux.