Voilà la suite ! Ça faisait longtemps que je n'avais plus publié deux chapitres aussi rapprochés \o/
Merci à ceux qui sont toujours là :) Merci aux reviewers.
Folie résurrectionnelle
Mardi 29 mai 1996 : Manoir des Roses
J'ai un moment réfléchi à la manière de me rendre à Gringotts. La cheminette me paraissait peu prudente : maintenant que le Ministère est aux mains de Voldemort il a le contrôle et la surveillance du réseau de cheminée. J'ai donc décidé de transplaner du côté moldu du Chaudron Baveur. Ne sachant pas l'état dans lequel je trouverai le Chemin de Traverse, j'ai fouillé dans les placards du manoir à la recherche d'une ancienne cape de mon père que je savais équipée de charmes protecteurs et d'anonymat. Ça ne me sauverait pas d'un impardonnable, mais ça ne faisait pas de mal un peu de prudence.
- Condamnez toutes les cheminées du Manoir, ai-je ordonné à mes elfes en partant. Et celle du Phare.
Je leur ai également donné du sang pour nourrir le Rosier. Avec les temps qui courent je ne pouvais qu'avoir plus besoin de protection ici. Ils m'ont donné un encas avant de partir et j'ai tiré ma baguette avant de transplaner.
Du côté moldu, rien du drame d'il y a quelques jours ne semblait transparaître pour le moment. J'ai poussé la porte du Chaudron Baveur, baguette à la main. L'endroit était désert. Sans l'habituelle fumée qui envahissait le plafond, on voyait l'aspect délabré de l'endroit. Ça mériterait quelques rénovations mais pour l'heure j'étais plus inquiète de ne voir aucun client.
- Tom ? ai-je appelé à mi-voix.
J'ai alors vu le haut d'une crâne émerger de derrière le comptoir. Il m'a jeté un coup d'œil avant de retourner se cacher. Je me suis approchée.
- Des Mangemorts sont-ils déjà passés ? ai-je demandé.
- Non, mais ce n'est qu'une question de temps.
- Rentrez chez vous, vous ne gagneriez rien à mourir.
Il a secoué la tête, disant que cet établissement était toute sa vie et qu'il ne l'abandonnerait jamais. Il y avait quelque chose au fond de ses yeux qui m'a fait comprendre que Mangemort ou pas, il servirait ces gens comme des clients bien qu'il ne soutienne pas leur mouvement. Il n'était pas le seul dans ce cas malheureusement... J'ai secoué la tête et je suis sortie à l'arrière du pub pour ouvrir le passage vers la rue marchande sorcière la plus fréquentée de Grande-Bretagne.
Qui ne l'était plus tant. Les commerces étaient ouverts pour certains. Mais quand on croisait quelqu'un, c'était pour voir des regards chargés de craintes et de méfiance. Les gens rasaient les murs. J'ai un peu plus tiré le capuchon sur mon visage pour être sûre qu'on ne me reconnaisse pas et j'ai avancé à pas vifs dans la rue, surveillant mon environnement avec d'autant plus d'attention que le loup était bien réveillé dans mon esprit. La prochaine pleine lune est en fin de semaine.
J'ai été soulagée en atteignant les marches menant au grand bâtiment blanc de Gringotts. J'ai toqué à la porte inhabituellement fermée, mais m'étant déjà trouvée face à de telles mesures de sécurité lors de la dernière guerre, je n'ai pas été surprise quand une voix impérieuse m'a demandé la raison de ma venue et informé de l'obligation de me soumettre à la procédure de contrôle standard si je souhaitais entrer.
A l'intérieur, des gardes Gobelins grouillaient de partout. On m'a agité une sonde de sincérité devant le nez et planté dans les côte des capteurs de dissimulation. Je crois qu'ils auraient pu me les enfoncer dans le cul si je m'étais laissée faire. Quand ils se sont estimés satisfaits, ils m'ont accompagnée jusqu'à mon coffre sous bonne garde.
Trouver la bague n'a pas été bien compliqué : je n'allais pas oublier où j'avais rangé un objet ayant appartenu à Voldemort. Je l'ai mise dans un petit écrin que j'ai glissé dans ma poche. J'en ai profité pour vérifier qu'il n'y avait rien là dont je pourrais avoir besoin. S'agissant de prélever de l'argent, mes elfes pouvaient très bien transplaner à l'intérieur de mon coffre. Après avoir pris la bague, je me suis dépêchée de quitter la banque et j'ai transplané dès que je me suis trouvée dans la rue.
Rien n'avait bougé au Manoir, mis à part qu'une théière accompagnés de petits biscuits se trouvaient à côté du lit de Dumbledore. Ce dernier s'est légèrement redressé en me voyant, l'expression plus sérieuse que jamais. J'ai sorti ce que je supposais être un Horcruxe de ma poche pour le lui tendre. Il a recueilli l'écrin avec délicatesse avant de l'ouvrir.
Sans le sort de compulsion lancé sur le bijou, la bague n'avait rien de plus attirant qu'une autre. L'anneau d'or était bosselé et la pierre d'un noir si mat qu'elle semblait absorber la lumière. Le vieux sorcier a examiné l'objet avec attention le tout avant de la saisir d'une geste prudent de sa main endommagée. J'ai regardé avec une certaine fascination ses doigts momifiés et calcinés se plier. Je ne pensais pas qu'il conserverait une telle mobilité après le mauvais sort qu'il avait encaissé…
- Crystall, pourriez vous s'il vous plaît lancer quelques sorts sur cet objet pour moi ?
Patiemment, mais rapidement, il m'a appris formules et gestes de baguette, mais sans pour autant me dire à quoi cela correspondait. Les effets des sorts lui faisaient tour à tour froncer et hausser les sourcils. Il marmonnait dans sa barbe de telle sorte à ce que je ne comprenne rien. J'ai fini par perdre patience et je me suis bruyamment raclé la gorge, en lui lançant un regard agacé. Il a brutalement levé la tête, semblant s'étonner de ma présence. Comment avait-il pu oublier que j'étais là alors qu'il me demandait de jeter des sorts depuis déjà 10 minutes ?
- Pourriez vous séparer l'anneau de la pierre je vous prie ? Soyez précautionneuse.
J'ai récupéré la bague et examiné la manière dont le tout avait été assemblé. Je n'avais aucune compétence en création de bijou, mais je pouvais juger que ce n'était pas du bon travail. Ça aurait été beaucoup plus facile de répondre à la demande de Dumbledore si cela avait été le cas. J'ai dû m'asseoir au bureau présent dans un coin de la pièce et retourner la bague dans tous les sens pendant de longues minutes avant de parvenir à mes fins. J'ai récupéré les deux parties, une dans chaque main, et je suis revenue près du lit.
- Donnez moi la pierre ! a-t-il exigé avec tant d'empressement que j'ai ramené à moi mes mains tout en reculant comme s'il allait bondir de son lit.
Il est de très mauvais augure de voir ce genre de comportement en présence d'artefact de magie, surtout s'il s'agit de magie noire comme je le soupçonnais actuellement. Ce qui m'intriguait, c'était que j'avais désamorcé les sorts de compulsions présents. Est-ce qu'en séparant l'objet en deux, j'en aurais activé un second qui ne m'aurait pas atteint car je tenais mes barrières d'occlumancie au plus haut par précaution ?
Ma réaction a fait apparaître une lueur soucieuse, puis vaincue, dans le regard du vieil homme. Ses rides se sont creusées plus que jamais et il s'est rallongé en soupirant, regardant le haut du baldaquin.
- Pardonnez moi, Crystall. Je ne suis qu'un vieil homme avide qui ne saura donc jamais éviter de tomber dans ses anciens travers….
Il y avait presque un sanglot dans sa voix et je me suis rapprochée à nouveau.
- Le Horcruxe serait la pierre ? ai-je demandé.
- Non… Non. L'âme est contenue dans l'anneau. La Pierre est un artefact si puissant qu'il ne pourrait être utilisé comme réceptacle. Regardez donc la base de la baguette de sureau.
J'avais compris avant même de voir le symbole composé d'un bâton, d'un cercle et d'un triangle qui y est gravé. Le même que sur la Pierre, qui est vraisemblablement la Pierre de Résurrection du conte.
- Quelle ironie…. Quelle ironie d'avoir cherché toute ma vie cette relique et de ne la trouver qu'au seuil de la mort, incapable de m'en servir.
Il m'a jeté un regard avant de poursuivre :
- J'ai successivement possédé la cape d'invisibilité, la baguette de sureau… mais mon cœur ne désirait que la pierre.
- Qui souhaitiez-vous voir ?
Il s'est contenté d'un sourire triste en secouant la tête. Il ne tenait visiblement pas à m'en parler, et je ne l'y forcerai pas. Après tout nous n'avons jamais été proche et nous n'allions pas le devenir subitement. Puis, les mots "cape d'invisibilité" ont tinté dans ma tête.
- Est-ce que vous parlez de la cape de James ? ai-je demandé d'une voix aiguë, ce qui l'a fait sourire. Mais alors….
- Oui. La cape, la pierre et la baguette n'ont jamais été aussi proches d'appartenir au même porteur, faisant de lui, le Maître de la Mort.
L'information m'a abasourdie. Je possède la baguette et la pierre. Si je récupère la cape de Mary, cela pourrait faire de moi le Maître de la Mort… ou n'avoir aucun effet. Après tout, ces allégations sont basées sur des suppositions liées à une légende dans un livre de conte pour enfants. Bien que je ne puisse nier la puissance de la baguette, était-ce raisonnable de croire à une telle chose ?
- Quels pouvoirs hypothétiques cela pourrait-il apporter ?
- Je l'ignore… Je ne crois pas que ces Reliques aient déjà été toutes réunies dans les mains d'une seule personne.
Valait-il mieux que je l'expérimente moi-même ou les faire passer à Mary directement ? Puis, j'ai réalisé que j'avais en main la Pierre de Résurrection. Elle pouvait faire revenir n'importe qui à la vie. Les noms se sont mis à défiler dans mon esprit à une vitesse incroyable. Gregory. James. Lily. Dante. Mon père. Mon frère. Je n'avais qu'a tourner la Pierre trois fois dans ma main et je pourrais les revoir. Tous.
La pensée m'a fait quasiment perdre l'esprit. J'ai subitement compris pourquoi Dumledore avait voulu cette Pierre avec tant d'avidité… Parce que je ressentais exactement la même chose. J'ai ouvert la main tenant la pierre et elle qui semblait si normale auparavant, s'est mise à flotter au dessus de ma paume, comme sentant ma volonté de l'utiliser. Je n'entendais pas Dumbledore m'appeler. Il n'existait plus qu'une seule réalité pour moi : revoir tous ces gens que j'ai aimé, et que j'aime encore, qui sont morts. Me repaître de leur présence de tout mon saoul, quitte à en mourir. On aurait pu menacer ma vie à cet instant là, ou menacer la vie de Jonathan ou de mes enfants que je n'aurais pas levé le petit doigt. J'étais totalement hypnotisée.
Ce sont mes elfes qui m'ont sauvés. Ils m'ont sauté dessus et arraché la Pierre, brisant l'état d'hypnose dans lequel je me trouvais. Ma première réaction a été de tenter de récupérer la Pierre, mais ils ont disparu avec. Me laissant seule face à ce qu'il venait d'arriver. J'ai paniqué. Totalement paniqué à l'idée d'avoir perdu la seule chance de les revoir. J'ai appelé mes elfes, mais ils n'ont pas répondus. Je suis alors rentrée dans une colère noire et j'ai quitté la pièce pour les chercher à l'ancienne, retournant le Manoir. Mais ils étaient introuvables. Après coup, je réalise qu'ils ont bien fait : je les aurais trucidés sans aucun remords pour remettre la main sur cet artefact. Et je serais morte après, sacrifiant toute ma magie pour garder les morts avec moi. Ou je me serais suicidée, comme dans le conte.
Épuisée, j'ai fini par me laisser tomber au sol dans un couloir et je crois que j'ai pleuré. Pleuré de réaliser que je venais de perdre ma seule chance de voir Greg et les autres, et pleuré de me rendre compte de ce que la Pierre avait provoqué chez moi. Elle m'a transformée en un monstre dénué de raison. Cela répondait à ma question : je ne pouvais pas me trouver à nouveau en présence de cette Pierre. Sous aucun prétexte. Elle irait à Mary. De même que la baguette.
Je suis restée assise, puis couchée, là si longtemps que la nuit entière est passée avant que je ne trouve la force de me redresser. Un petit "crac!" caractéristique du transplanage d'un elfe m'a fait lever la tête que j'avais enfouie dans mes bras quand je m'étais recroquevillée. Gin se trouvait à quelques pas de distance, le regard apeuré. Il a constaté que je l'avais vu et s'est incliné en silence, attendant de voir ce qu'il se passerait.
- Merci pour ce que vous avez fait, lui ai-je dit. Et désolée.
- La maîtresse va-t-elle donner un vêtement à Gin, Tera et Vri ?
- Non.
Ils m'ont probablement sauvés la vie. Ils ont bien agit. Ce n'est pas la première fois qu'ils me sauvent la mise et m'aident. Je devrais réfléchir à un moyen de les remercier. Mais comment remercie t-on un elfe de maison ?
Revenir dans la chambre de Dumbledore a représenté un effort titanesque pour mon ego. La tristesse, la compréhension et la pitié dans ses yeux n'ont pas aidés.
- Je comprends Cystall. Si jamais vous…
- Non, l'ai-je coupé.
Je suis allée ramasser le Horcruxe que j'avais laissé tomber au sol, bien que je ne sache pas à quel moment exactement je l'avais lâché. Il n'avait rien de particulier. On sentait vaguement quelque chose de mauvais en émaner mais rien de plus.
- Un Feudeymon peut détruire un Horcruxe vous avez dit ? ai-je demandé.
- C'est exact.
Alors celui qui était en train de dévorer Londres allait enfin trouver une utilité. Je n'aurais pas su comment détruire cet Horcruxe autrement. L'ironie était que ce feu, sans doute démarré par un Mangemort, allait servir à détruire peu à peu Voldemort.
- Je pars pour Londres.
- Pour la Pierre….
- Mes elfes l'ont et ils ne la donneront ni à vous ni à moi quoi que je puisse dire, ai-je coupé. Elle ira à Mary ainsi que la baguette.
- Vous planifiez donc d'en faire le Maître de la Mort…
- On ne sait même pas si cela apportera un quelconque avantage. Cependant, quoi que dise la prophétie, Mary ne sera jamais capable de vaincre Voldemort. Pas actuellement. Alors autant profiter de toutes les potentielles aides que nous pourrons avoir.
Je suis partie avant qu'il n'ait pu argumenter sur le fait que le titre de Maître de la mort soit une réalité ou juste une légende de plus. Toutes les légendes sorcières ont un fond de vrai mais il faut éviter d'y accorder trop de crédit.
Jeudi 30 mai 1996 : le Phare
Détruire les deux Horcruxes, la bague et le serpent, n'a pas été compliqué. J'ai juste jeté les deux dans le feu ensemble. Il n'y avait rien à faire de plus.
La seule difficulté à été d'échapper au Feudeymon par la suite, l'apport d'énergie noire ayant semblé l'amplifier plus encore. J'ai entendu comme un lointain cri strident, mais ça pouvait tout aussi bien être un bruit provenant de l'incendie.
Remus va mieux. Il peut se déplacer seul et ses blessures les plus graves sont en bonne voie de guérison. Il va encore avoir besoin d'une bonne semaine de repos, je pense, mais ça ira. Il ne sera en état de revenir sur me terrain que d'ici un mois, cependant.
Ce qui va moins bien c'est le fait qu'Andreas et Lavrenti soient revenus vivre au Phare. Avec Lavrenti, pas de problèmes : Remus adore les enfants, il sait y faire même avec un qui semble aussi rétif que celui-ci. Avec son père en revanche… Le loup de Remus se sent menacé par la présence de celui d'Andreas, qui est après tout un mâle bêta de sa meute. J'ai dû, plusieurs fois aujourd'hui, remettre le loup d'Andreas à sa place car il essaie automatiquement d'imposer sa dominance, Remus prenant de facto la place de soumis et d'omega, ce qu'il n'accepte pas car il est dominant à la base. C'est fatiguant de devoir intervenir dans leurs conflits de manière incessante. J'ai fini par mettre Andreas dehors après le déjeuner, et confiner Remus dedans.
La pleine lune approche : d'ici deux jours elle sera là. Je vais envoyer Remus au Centre : il ne peut retourner chez lui dans les conditions actuelles. Son domicile n'est pas suffisamment sécurisé. J'aurais tout juste le temps de lui confectionner une "clé" qui lui permettra de passer à travers les boucliers. Maintenant que le serpent n'est plus, le Centre va pouvoir retrouver sa fonction première de refuge.
Toujours pas de nouvelles de Sirius. On dirait qu'il a disparu de la surface de la terre. J'ignore, de manière vraiment stupide mais bornée, ma conscience qui me chuchote sans cesse qu'il est mort.
A suivre...
