Merci pour les reviews et bonne lecture :)
Rouge sang
Mardi 4 juin 1996 : Manoir des Roses
Par où commencer ? Voldemort a à nouveau frappé un dur coup samedi dernier. Je n'en ai cependant pas réalisé toute l'ampleur immédiatement.
Car quand Voldemort a lancé une attaque sur Poudlard, il a choisi la nuit de pleine lune et a envoyé trois loups-garous s'occuper de mon cas au Phare. Il pensait sans doute venir à bout de moi comme ça. A vrai dire, vu les bêtes qu'il m'a envoyées, ça serait venu à bout de beaucoup de monde.
Tout semblait commencer comme une nuit de pleine lune habituelle cependant. Andreas était parti la veille rejoindre sa Meute. J'avais accompagné Remus au Centre dans la journée. J'ai ordonné une fois de plus à Lavrenti de ne pas sortir du Phare pour ne rien risquer lorsque mon loup se manifestera. J'avais opté pour de vieux habits que je ne regretteraient pas de jeter et verrouillé le Phare avant de m'asseoir dehors pour regarder le soleil se coucher en compagnie d'Ofero qui me tient parfois compagnie ces nuits là depuis que je l'ai adopté. La pleine lune a aussi un petit effet sur lui, dut à ses origines.
Je sentais le loup se glisser en moi, comme s'il enfilait mon corps, pour en prendre le contrôle avec douceur mais sans hésitation. Avec les années, nous avions acquis un respect mutuel et je ne chercherais pas à lui retirer sa seule nuit de liberté du mois sans bonne raison. Sa présence en moi et sans doute la seconde raison pour laquelle j'ai survécu, la magie rouge étant la première.
Lors des nuits de pleine lune, je ne suis jamais pleinement consciente de ce qu'il s'y passe.
J'ai des souvenirs confus du moment où le loup a détecté l'intrusion. Où le mâle alpha qu'il est s'est rebiffé de voir les membres d'une autre meute sur son territoire et qu'ils osent venir le menacer. Il s'est est suivi un combat sanglant. Un humain au corps à corps contre trois loup-garous transformés n'a aucune chance, même avec une baguette. J'aurais fini en charpie sans la magie rouge. Leurs crocs se brisaient sur ma peau, tout comme leurs griffes tandis que mes propres coups les blessaient à chaque fois. Ça n'a pas empêché le combat d'être long et fastidieux, la résilience de mes ennemis ne semblant avoir aucune limite.
Au petit matin, toutefois, j'étais sortie vainqueur de l'affrontement. Je ne m'étais jamais sentie aussi faible au sortir d'une pleine lune. J'étais recouverte de sang et de sueur, chacun de mes muscles tirait et chaque mouvement n'était que douleur. Je n'avais que rarement utilisé ma magie rouge de manière prolongée et je ne suis pas prête de recommencer…
Il m'a fallu de longues minutes pour revenir totalement à la réalité. J'ai regardé autours de moi. Il y avait trois hommes étendus ça et là. De là où je me trouvais, impossible de savoir s'ils étaient morts ou vivants.
- Crystall, comment allez vous ?
J'ai tourné la tête vers Lavrenti qui était venu à ma rencontre. Sur son visage se lisait fatigue et appréhension. Il avait dû assister à tous les événements de la nuit, ce qui m'a fait grimacer. Sa présence m'a toutefois poussée à essayer de me remettre sur mes jambes, ce que j'ai à peine réussi à faire.
- Est-ce que tu peux me chercher de la pimentine et quelque chose à manger ?
Il s'est empressé de hocher la tête et de courir jusqu'au Phare. J'avais essentiellement et absolument besoin de sommeil, mais la pimentine avec une collation me feraient déjà beaucoup de bien. Claudiquant, je me suis approchée du premier de mes ex-assaillants. Je n'ai pas eu besoin de chercher son pouls pour savoir qu'il était mort. Son regard vide fixait le ciel dans le voir, du sang avait coulé de sa bouche grand ouverte. Et, accessoirement, on avait l'impression que quelqu'un avait planté ses deux mains dans son ventre pour l'écarteler en tirant jusqu'à ce que les chaires cèdent. Ses intestins pendaient d'un côté et une grosse flaque de sang imbibait l'herbe tout autours de lui. J'ai précipitamment occludé quand j'ai réalisé que j'avais dû faire ça de mes propres mains. Je leur ai jeté un coup d'œil. Couvertes de sang jusqu'aux coudes.
Lavrenti est revenu avec la potion et un grand sandwich enveloppé dans du papier. J'ai apprécié la délicatesse de ce détail : je n'aurais pas besoin de mettre mes mains pleines de sang au contact directe de ma nourriture. J'ai dévoré le sandwich tout en me dirigeant vers les deux autres intrus. Ceux là étaient amochés mais vivants. L'un d'eux était même encore conscient, bien qu'incapable de bouger. Il devait avoir tous les membres brisés. La peur brillait dans son unique œil. L'autre avait été crevé durant la bataille de cette nuit si j'en jugeais de sang coagulé sur sa joue.
- Comment… comment avez-vous survécu ? a-t-il demandé, à mi-voix.
- Tu croyais pouvoir venir chez moi m'agresser et en sortir vivant ? ai-je grogné.
- Vous n'êtes qu'une sorcière.
- Et toi rien de plus qu'un imbécile. Qui t'envoie ? Greyback ? Voldemort ?
L'un ou l'autre, ça n'avait pas de réel importance pour moi. Ce que je voyais, c'était que je n'étais plus en sécurité sur mon île. Et je n'aimais pas ça du tout. Il a tressailli à la mention de Voldemort. Son acolyte qui s'est mis à bouger l'a dispensé de répondre. Dès qu'il a vu Lavrenti il a essayé de lui sauter dessus. Son état ne lui aurait pas permis de l'atteindre étant donné qu'il a trébuché de douleur dès qu'il s'est redressé. Le gamin surentraîné par Andreas a de son côté immédiatement fait un saut pour s'éloigner. Et moi, j'ai collé mon poing dans la figure de cet invité indésirable. Il s'est écrasé au sol avec un grognement de douleur avant de cracher dans ma direction :
- Sale chienne ! Va crever !
Il a essayé de m'attaquer, et je lui ai foutu d'un grand coup de pied dans le ventre en me demandant s'il était stupide ou s'il le faisait exprès. Pour qu'il ne soit pas tenté de recommencer une troisième fois, j'ai donné un coup supplémentaire dans sa jambe cassée.
- Reste tranquille où je te coupe les jambes, ai-je ordonné.
Il a craché au sol devant moi et a réussi à arriver à bout de mes nerfs.
- C'est la langue que je vais t'arracher en premier, ai-je craché en lui envoyant un nouveau coup de pied enthousiaste dans la figure.
Un peu trop enthousiaste parce que son cou a craqué de manière sinistre et il n'a plus bougé. J'ai crié un grand "merde" en pensée. Mais Lavrenti ne semblait pas choqué par ce qui venait d'arriver. Ça a en revanche suffit à faire passer à table le dernier des survivants de leur petit raid de suicidaire. Greyback les avaient envoyés me tuer sur ordre de Voldemort qui souhaitait ardemment me voir manger les pissenlits par la racine. Initialement, Greyback devait venir en personne, mais il a été détourné par un événement bien plus intéressant pour cet amateur de chaire fraîche : l'attaque de Poudlard.
- QUOI ? ai-je crié.
La panique a explosée dans mon esprit quand j'ai appris cette information. J'ai essayé de me précipiter à Poudlard, mais j'étais dans un état abominable. Impossible pour moi de faire suffisamment de magie pour ne serait-ce que transplaner. J'étais bloquée là. La présence de Lavrenti m'a permis de garder suffisamment de bon sens pour ne pas céder à la pure panique que je ressentais. En ce moment même, Mary pourrait être morte, ou pire encore : aux mains de Voldemort à subir des tortures innommables avant d'être tuée. Et Cameron ? Et tous les enfants ? Oh bon sang ! Greyback avait amené sa meute là bas un soir de pleine lune ! Des images sanglantes apparaissaient dans mon esprit à mesure que tous les possibles s'y bousculaient.
Ça aurait pu être la crise de panique la plus mémorable de mon existence si j'y avais cédé.
- Que fait-on de lui ? m'a soudainement demandé Lavrenti.
Il y avait de l'inquiétude dans son regard, mais il tentait visiblement de me ramener à la réalité de la situation. Ce qui m'a, à vrai dire, beaucoup aidée.
- Ne me renvoyez pas à mon alpha, a supplié le concerné. Quand il apprendra que j'ai échoué, il me torturera.
- D'accord, ai-je dit. Lavrenti, est ce que tu peux rentrer au Phare et prévenir ton père de ce qu'il s'est passé ?
Je savais qu'ils avaient des moyens secrets de Convoyeurs qui permettaient de faire passer des messages plus rapidement et plus discrètement que des patronus. Il a hoché la tête et s'est exécuté. Je me suis alors tournée vers l'homme couché au sol. Je ne ressentais rien de particulier à son encontre. Il n'avait fait qu'obéir à son alpha et il n'avait aucun contrôle sur son loup une fois qu'il était transformé. J'ai sorti ma baguette et je l'ai pointée vers lui. Il a dû comprendre à mon visage lisse de toute expression ce qu'il allait se passer. Il a commencé à me supplier, les larmes coulant de ses yeux. Je n'avais pas suffisamment de force pour un Avada, alors je me suis contentée de lui trancher la gorge. Du sang est remonté dans sa bouche et la vie a quitté ses yeux avant même qu'il ne se soit vidé de tout son sang. J'étais déjà en train de me traîner vers le Phare.
Et c'est là que je l'ai vu : dans le couloir, directement à l'entrée se trouvait le cadavre lacéré d'Ofero. Cette fois, des larmes me sont montées au yeux. Je ne l'avais pas avec moi depuis longtemps, mais il faisait partie de ma famille et de ma meute, il m'avait beaucoup aidé quand j'avais arrêté de boire. C'était la seule présence constante dans ma vie depuis le départ de Dante. Je l'aimais. Et comme toute personne que j'aime, il est mort. Je me suis agenouillée près de lui, caressant son énorme tête, mes larmes tombant sur sa fourrure.
- Il s'est sacrifié pour me sauver la vie.
Je n'ai même pas tourné la tête vers Lavrenti. Le gamin avait moins d'importance en cet instant que l'ami à quatre pattes que je venais de perdre. Ça n'était pas moins douloureux que s'il avait été humain…
- L'un des lycanthropes avait presque réussi à défoncer la porte pendant que vous vous battiez avec les deux autres. Il est intervenu juste à temps pour le repousser et vous permettre d'abattre l'un de vos adversaires. Si le loup-garou avait réussi à entrer… Je n'aurais pas pu survivre.
J'ai jeté un regard à la porte défoncée du Phare, me maudissant que mes enchantements n'aient pas été plus puissants, en même temps, je n'avais pas prévu qu'ils résistent à des loups-garous. Je me maudis également de ne pas avoir vérifié immédiatement si l'attaque des Mangemorts d'il y a quelques jours ne les avait pas endommagés. Je ne pensais pas qu'ils auraient à subir un nouvel assaut aussi rapidement. Et j'avais eu tellement de chose à faire ! Quoi que je puisse faire, il semble que cela ne suffise jamais à sauver tout le monde.
Je suis restée encore quelques minutes à le contempler avant de me redresser, péniblement.
- Tu as pu contacter ton père ? ai-je demandé.
- Oui, mais il ne verra pas le message immédiatement : le jour se lève à peine et les lycanthropes qui se transforment mettent du temps à récupérer et à redevenir lucide.
Il ne m'apprenait rien, mais j'avais espéré l'inverse.
- Nous ne pouvons rester ici.
J'ai appelé mes elfes à la rescousse. Quand ils m'ont vue, j'ai cru qu'ils allaient s'évanouir de peur. Pas parce que je suis recouverte de sang et que j'ai tué trois personnes dans les dernières 12 heures mais parce qu'ils pensaient que j'étais blessée. Heureusement, j'allais bien physiquement. Je leur ai ordonné de me débarrasser des cadavres des 3 hommes dans le jardin, d'enterrer Ofero et de nous emmener Lavrenti et moi au Manoir des Roses.
Je me suis retrouvée dans un bon bain bien chaud en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire, un repas copieux posé à côté de moi avec un grand chocolat chaud et quelques potions. Lavrenti a été donné aux bons soins de Dumbledore qui devait être ravi de parler avec quelqu'un d'autre que moi, ne serait-ce qu'un enfant.
Une fois propre et quelque peu restaurée, je me suis accordée 4 heures de sommeil à l'aide de plusieurs potions qui sont destinées à une récupération magique accélérée. Pour qu'elle soit efficace au maximum, il faut normalement 6 heures minimum, mais je n'avais pas le temps. Je devais me rendre à Poudlard au plus vite !
A suivre...
