Troisième année d'étude

Louis était passablement en colère. En fait, non. C'était bien plus que ça. Il était fou de rage. Et il n'y avait qu'Allénore Rameaux, pour le mettre dans un état pareil. Il cogna son petit orteil dans l'une des chaises de bar et pesta dans le noir, avant d'allumer toutes les lumières. Il fouilla ses placards, à la recherche d'une casserole pour faire fondre du chocolat. Il alluma le gaz, et commença à préparer son gâteau, pour penser à autre chose.

Le bruit avait réveillé Allénore, qui se traîna jusqu'à la cuisine en baillant :

- Tu dors pas ? demanda-t-elle.

- Non je suis juste un somnambule qui cuisine ! rétorqua-t-il vivement en cassant un œuf.

- Cool.

Elle bailla, et son air nonchalant, le fit sortir de ses gonds. Allénore était capable de dormir qu'importe ses humeurs, maintenant. Louis la soupçonnait de prendre une potion de sommeil depuis quelques temps. Mais ça l'énervait encore plus, de savoir qu'elle était capable de dormir, après leur dispute. Parce que lui, il en était incapable. Il n'avait pas réussis à trouver le sommeil, tout en étant fâché contre elle.

- Cool ? répéta-t-il en haussant un sourcil.

- T'es encore fâché ? couina la brune.

- Fâché ? J'ai l'air d'être fâché ?

Allénore observa son petit-ami, le détaillant du regard. Ses cheveux étaient en bataille, et elle ne savait pas si les boucles blondes de gauches perdaient face à celles de droites… Ses yeux bleus étaient tout écarquillés et il avait enfilé son pantalon de pyjama à la va-vite, mais surtout, à l'envers. Il ressemblait un peu à rien, mais Allénore se contenta de regarder ses pieds :

- Un peu, marmonna-t-elle faiblement.

- Un peu ? Non. Je suis très fâché !

- Calme-toi et pose cette tablette de chocolat ! Elle ne t'a rien fait ! Fronça des sourcils Allénore.

Louis réalisa qui était en train de concasser le chocolat contre le bar depuis le début de leur conversation, et que désormais, il était en miettes. Il s'arrêta et chercha immédiatement à occuper ses mains d'une autre façon, mit le chocolat dans la casserole, et commença à mélanger les ingrédients secs dans un grand bol :

- Tu veux que je me calme ? rétorqua-t-il sèchement.

Louis n'en croyait pas ses oreilles. Elle osait lui demander de se calmer… Pourtant, il avait tous les droits d'être en colère ! Sa famille était venue lui rendre visite en Grande-Bretagne, elle avait passé toute une semaine ici, et Allénore n'avait pas cru bon de le présenter ! Elle manquait pas d'air !

- Tu es ridicule Louis.

- Ridicule ?

- Tu peux arrêter de répéter ce que je dis ? C'est usant !

Il laissa fondre le chocolat et mélangea avec plus d'ardeur, en la regardant fixement alors qu'elle lui tendait la farine et le sucre :

- Allénore, je suis quoi pour toi ?

- Il est trois heures du matin, murmura la brune.

- Je suis quoi pour toi ? répéta le blond.

Allénore se leva, les yeux grand ouverts, plus du tout embués de sommeil :

- Tu le sais très bien.

- Dis-le.

- Tu es …

Il crut lire sur ses lèvres un "tu es tout", mais aucun son ne sortit de sa bouche. Comme si c'était trop dur à avouer.

- Je… Je t'aime ! dit-elle enfin.

Il n'en doutait pas. Ca se voyait dans ses yeux, dans ses gestes, dans sa façon de bouger chaque qu'il était prés d'elle.

- Alors pourquoi tu refuses de me présenter à ta famille ?

- Ma famille est en France Lou…

Elle était en train de lui mentir... Elle qui ne mentait jamais.

- Je sais qu'ils étaient là la semaine dernière. C'est Rose qui me l'a dit. Parce que visiblement, Rose, elle, elle a le droit de savoir !

Allénore mordilla sa lèvre inférieure et Louis continua de mélanger, jusqu'à en avoir mal au poignet.

- Toi tu connais ma mère, mon père, mes sœurs, t'es amis avec presque tous mes cousins, tu connais mon deuxième et troisième prénom, je suis certain que tu connais mon arbre généalogique mieux que moi, tu fais partie de ma famille depuis ton entrée à Poudlard… Et moi, je n'ai pas le droit de rencontrer la tienne ? Je suis pas assez bien pour elle c'est ça ?

- Non ce n'est pas ça…

- Ne me dis surtout pas « au contraire tu es trop bien pour elle », parce que je t'assure, Allénore Giselle Hortense Rameaux que je ne réponds plus de rien !

- Mes autres prénoms ne sont ni Giselle ni Hortense ! souffla la jeune femme.

Il lâcha la cuillère, les joues rouges. En fait, il fréquentait Allénore depuis ses treize ans et pourtant, il ne la connaissait toujours pas. Même ce genre de détails insignifiants… Il aurait dû savoir tout ça.

- J'ai paniqué, avoua Allénore. Je me suis dit que tu avais autre chose à faire, que peut-être tu n'allais pas les apprécier. Tu sais, ma mère n'aime pas trop la magie, et ma sœur est adorablement mais sacrément peste parfois…

- C'est de famille ! la coupa Louis. Et je les ai déjà vu, je te signale, quand tu étais sur un lit d'hôpital ! Elles savaient parfaitement toutes les deux qui j'étais !

Elle leva les yeux au ciel.

- Louis… Toi tu n'as qu'un seul et même monde ! Moi j'en ai deux : celui de la petite Allénore qui vit en France et sans magie, et celui que j'ai ici, en tant que sorcière, avec toi. J'ai toujours tout fait pour les garder séparer. Et te présenter à ma famille… Nous n'étions pas encore ensemble quand tu les as rencontrées ! Elles t'ont reconnu parce que je leur avais parlé d'un ami blond aux yeux bleus, super beau, gentil et intelligent, loyal et...

Son coeur fit un saut quand il l'entendit dire tout ça.

- C'est toi qui panique Allénore.

Elle ne répondit rien, se contentant de baisser la tête.

- Tu as tort, soupira Louis. Tu as qu'un seul monde toi aussi. Et toi, tu fais partie du mien, pleinement et entièrement. Et je veux faire partie du tien. Pleinement et entièrement aussi.

Les pupilles d'Allénore étaient toutes brillantes.

- Chocolat, huma-t-elle maussadement.

- Quoi ?

- Ton chocolat. Il brûle !

Elle courut jusqu'à la gazinière et enleva la casserole du feu. Louis éteignit le tout et baissa la tête :

- Je leur ai parlé de toi, tu sais, murmura Allénore. J'ai parlé de toi, mais pas comme on parle d'un ami. Je le leur ai dit.

- C'est vrai ?

Elle hocha la tête, et s'approcha de lui pour l'enlacer. Elle embrassa sa joue, à l'endroit même où il avait une trace de chocolat fondu… Il était toujours furieux, mais ne la rejeta pas. Même en colère, il n'y parvenait pas. Il ferma les yeux et posa son menton sur le sommet de son crâne, alors qu'elle avait enfoui son visage contre son torse :

- Je veux rencontrer ta famille. Je veux bien comprendre que c'est compliqué pour toi. Tu sépares toujours tout, mais ça ne marche pas comme ça, Allénore.

Il desserra son étreinte et s'éloigna d'elle. La jeune femme, se rassit sur la chaise de bar, et le regarda cuisiner. Ils ne dirent plus rien, et attendirent que le gâteau cuise, sans rien dire, dans un silence parfait. Dans l'air, il y avait le goût amer du chocolat…

- Tu sais, la famille c'est compliqué Louis, marmonna-t-elle. La mienne l'est particulièrement. Mais ne doute jamais du fait que je t'aime. Même si je fais des conneries…

Il agrippa ses doigts et la regarda enfin.

- Je sais, répondit-il.

Ses yeux bruns brillaient de larmes et de sommeil.