Troisième année d'étude

Allénore avait le cœur battant. Elle se frotta les yeux. Une fois. Deux fois. Trois fois. C'était bien lui.

Son père.

Elle se pinça, jusqu'à saigner, pour se réveiller. Son père, elle le voyait toujours dans ses cauchemars. Allénore ne l'avait pas vu depuis plus de douze ans. Il ne pouvait pas être ici, devant elle, pour de vrai. Surtout quand des mandats d'arrêt avec sa tête en gros plan étaient placardés dans toutes les rues sorcières de Grande-Bretagne. Pourtant, il était bien réel, bien ici et la regardait.

Elle ne dormait, et son bras saignait.

Elle resta sous la pluie battante. Rose la secoua :

- Allénore, faut qu'on rentre avant d'attraper la crève !

Mécaniquement, elle s'exécuta se laissant guider par Rose jusqu'à l'appartement qu'elles partageaient avec Albus et Scorpius. Elle sécha ses vêtements, et s'enferma dans sa chambre sans dire un mot, en caressant Gribouille. Demain. Tout irait mieux demain…

Allénore ouvrit un œil, puis l'autre. Gribouille était toujours contre elle. Ses volets étaient grands ouverts. Elle se traîna jusqu'à la salle de bain, pour prendre une douche bien chaude. Elle y resta plusieurs minutes, appuyée sur la faïence. Allénore réfléchissait. Qu'est-ce qui pouvait bien amener son père en Grande-Bretagne ? Allait-il la laisser tranquille un jour ? Qu'est-ce qu'il préparait ? Les aurors allaient lui tomber dessus, le trouver, et bientôt, il irait pourrir à Azkaban, là où était sa place.

- Allénore ?

Quelqu'un toqua à la porte. Elle arrêta l'eau :

- Qu'est-ce qu'il y a Rose ?

- Je voulais juste savoir si tout allait bien…

Non. Tout allait mal. Rien n'aillait bien. Pourtant, elle s'enveloppa dans une serviette et retourna dans sa chambre. Elle s'habilla, comme un robot. Elle s'était mise sur pilote automatique. Elle picora un quartier de pomme, et s'en alla pour se rendre en cours.

- N'oublie pas tes clés ! la prévint Scorpius.

- Oui, oui…

Elle avait la voix enrouée. Allénore descendit les escaliers, et s'arrêta net. Dehors il pleuvait toujours autant, et il y avait son père. Il attendait patiemment, devant la porte, les bras derrière lui, les jambes et les pieds parallèles. Il lui offrit un sourire. Un sourire de monstre.

Ed Richards était un monstre. Et c'était aussi son père.

- Mistinguette…, murmura-t-il à travers la porte.

Et même si elle ne pouvait pas l'entendre, Allénore avait compris.

Son cœur s'arrêta et elle sentit tout son sang quitter son corps, aspiré. Ses genoux flageolèrent, incapable de soutenir tout son poids. Elle remonta les escaliers, quatre à quatre et claqua la porte derrière elle.

- Allénore ? Ça ne va pas ?

Elle fût incapable d'ouvrir la bouche pour répondre à Scorpius. Non. Elle avait trop envie de vomir. Elle se souvenait des coups, des brûlures, des os qui se brisaient, des pleurs, des griffures, des cris, des secrets, de la peur et de son frère et de sa sœur, qui ne comprenaient rien, quand elle, elle comprenait tout.

- Allénore, qu'est-ce que tu as ? s'inquiétait Scorpius.

« Mon père est un cracmol. Je vous ai menti pendant tout ce temps », « Je ne suis pas vraiment une née-moldue », « Mon père est un criminel, à la tête d'un réseau terroriste ».

Au lieu de ça, elle abandonna son sac dans le séjour, faisant sursauter Gribouille et s'enferma à double tour dans sa chambre. Elle regarda tout autour d'elle, et elle hurla.

A sans casser la voix.

Faisant tout sortir.

Elle sanglota, dans le noir, et envoyant tout balader. Ses livres, ses photos, ses coussins, ses affaires, tout ce qu'elle était. A bout de force, elle s'appuya contre le mur et s'y laissa glisser, en pleurant. Elle aurait voulu connaître un sort pour calmer son cœur, pour arrêter de penser.

Son père était un cracmol. Elle était une sorcière. Allénore n'était plus une enfant. Elle était plus forte que lui maintenant. Pourquoi est-ce qu'il continuait de la terrifier à ce point ?

- Allénore ? Allénore ?

- Elle ne répond pas ! s'inquiéta la voix d'Albus.

- On ne va pas défoncer la porter quand même ! le calma Scorpius.

- PARTEZ ! Je ne veux voir personne, murmura-t-elle.

Elle continua de pleurer jusqu'à ce que la porte s'ouvre, malgré ses avertissements. Louis était là, totalement désemparé, et elle lui demanda de sortir.

- Sors.

- Allénore, qu'est-ce que tu as ?

- Rien.

Louis resta planté là et elle s'énerva.

- JE T'AI DIT DE PARTIR !

Elle se releva, et se précipita vers lui, rouge. Elle le bouscula, plaquant ses deux mains sur son torse pour le faire bouger, pour le faire sortir, mais il ne broncha pas, emprisonnant son corps. Ils se laissèrent tomber et il la berça :

- Lâche-moi…

- Non Allénore.

Il lui caressa les cheveux, sans comprendre ce qu'il se passait, l'embrassant, écoutant chacun de ses sanglots. Elle ressemblait à un petit animal blessé, fragile, elle qui était si forte. Elle venait de se briser entre ses bras. Elle arrêta de s'agiter, le serrant à son tour dans ses bras… Allénore tenta d'articuler quelques mots, le corps secoué, incontrôlables, manipulé par la peur.

Mais Louis était là. Louis était son ancre, son calmant, son repère.

- Je te lâcherai pas.

Elle se calma et ses larmes se tarirent. Elle essayait de trouver un moyen de lui parler de son père. De cet homme qui l'avait faite pour mieux la détruire.

- Tu veux bien me dire ce qu'il se passe ?

Le cœur d'Allénore se serra en entendant sa voix inquiète et elle l'embrassa. Son cœur repartit, ses poumons se remplirent, et elle gagna un peu de force. C'était l'effet Louis… Ce dernier recula. Elle tremblait comme une feuille. Il avait presque aussi mal qu'elle.

- Je t'aime Louis.

Ça sonnait étrange. Sincère, aimant, mais étrange. Elle nicha sa tête dans son cou et inspira son parfum, se laissant porter dans son lit, où il l'étendit pour la rejoindre.

- Mon père est ici, chuchota-t-elle enfin.

Le cœur de Louis se brisa en même temps que le sien, en entendant ses mots. Il ressentait sa peur, son angoisse. Comme si elles étaient siennes. La peur suintait à travers tous les pores de sa peau, visibles.

- Ton père ? s'étonna-t-il.

Allénore ne parlait jamais de son père. Elle n'avait évoqué son existence qu'une seule fois, quand elle lui avait raconté à demi-mots les violences qu'elle avait subi.

Le sang d'Allénore se glaça encore une fois, et Louis écarta les mèches de ses cheveux qui pendaient sur son visage.

- On trouvera une solution.

Allénore hocha la tête. Elle l'avait déjà, la solution…

Elle le regarda et se demanda comment il était possible d'aimer quelqu'un aussi fort qu'elle aimait Louis. Comment le corps y survivait. Comment la tête y survivait…

Elle se concentra sur la couleur de ses yeux.

Pour lui, elle était prête à tout. Pour qu'il soit en sécurité, et heureux.

Quitte à ce qu'il la déteste.

Alors oui, la solution, elle l'avait déjà.

Elle attendit qu'il soit endormi. Parce qu'elle était lâche. Elle eut du mal à s'échapper de son étreinte.

Elle prit sa baguette.

- Oubliette, prononça-t-elle faiblement.

Elle effaça leur dernière discussion de la mémoire de Louis, tout ce qu'elle lui avait dit sur son père, le peu qu'elle lui avait confié, les maltraitances, l'histoire de cette voisine qui lui demandait de promener son chien alors qu'elle n'en avait pas, les insultes… Elle pleura beaucoup. Elle se recoucha à ses côtés. Elle se remit à pleurer silencieusement. Louis se réveilla dans la nuit et essuya ses larmes, le cerveau étrangement pâteux.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive Allénore ?

Elle renifla.

- Rien. Rendors-toi, fit-elle en caressant ses cheveux blonds.

Il savait qu'elle mentait. Mais il n'insistait pas et la serra dans ses bras.

Une semaine plus tard, Allénore était introuvable. Elle avait disparu, sans laisser de traces.


Holà ! C'est la fin ! Enfin pas vraiment... Eh oui, il y aura une suite.

Quand la suite arrivera-t-elle ? Pas avant la fin de l'été.

Cet été sera publiée la partie II de "La valeur d'Opaline". Allénore et Louis Weasley, en seront les narrateurs. Cette fanfiction s'appelle "Mistinguette" et est la suite de "La valeur d'Opaline".

J'ai bien conscience que je vous laisse avec un cliffhanger trés frustrant. Pardonnnnnnnnnnn.

MAIS LE PLUS IMPORTANT :
Merci. Merci à tous pour toutes vos lectures, pour vos retours et tout le reste. C'est vraiment chouette que cette histoire ait trouvé son lectorat. J'espère que vous serez au rendez-vous pour la suite.

Merci, merci, merci beaucoup.

Prenez soin de vous et de vos proches.

Un dernier mot pour l'auteure ?