Salut tout le monde! J'espère que vous allez tous bien et que vous tenez le coup malgré les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons...

Je reviens vers vous avec cet ultime chapitre de Dystopia avant l'épilogue (qui devrait arriver dans les prochains jours). Le combat contre les Dieux Jumeaux fait rage, la trahison a été révélée, mais il faut continuer de lutter. J'espère que ce chapitre vous plaira ^^

Je tiens à remercier Aquarius-no-Camus pour sa relecture et ses conseils avisés, j'espère avoir pu améliorer cette fin de chapitre ;)

Bon, hé bien je vous ai déjà assez retenus, donc je vous laisse avec nos héros!

Enjoy!


Ils ne parvinrent pas à s'empêcher de faire un second pas en arrière, et ce même quand Hypnos soupira d'un air légèrement las:

-Tu aurais tout de même pu te contrôler un minimum: regarde un peu l'état dans lequel tu as mis la pièce.

Thanatos haussa les épaules:

-Tu as dit que je pourrais m'amuser, trop tard pour changer d'avis.

-N'oublie pas que le plan est de me laisser les plonger dans un sommeil éternel, pas de les tuer. Ces incapables de Juges ont déjà laissé échapper deux armures, tâche de ne pas réaliser la même erreur.

-Bah, un de plus un de moins, on n'est plus à ça près. (Puis, avisant le regard presque courroucé de son jumeau, Thanatos haussa les épaules) Tant que tu me laisses jouer un peu, je ferai en sorte d'essayer de ne pas causer de blessures mortelles.

Ils étaient tellement sûrs de leur force, tellement certains de leur victoire, qu'ils dialoguaient comme si les Ors n'étaient pas là. C'était comme une discussion absolument banale, sauf que chaque mot tétanisait les six Chevaliers. Tous avaient bien compris qu'il s'agissait d'un jeu pour leurs ennemis, un jeu dont ils étaient les pièces maitresses. Et le Dieu de la Mort semblait vouloir profiter à tout prix de ses nouveaux jouets:

-J'ai une idée. Puisque tu n'apprécies pas plus que ça les grandioses effusions de sang, que dirais-tu de me laisser m'amuser quelques minutes ? Comme ça, quand ils seront assez faibles, tu n'auras plus qu'à intervenir. Qu'en penses-tu?

Hypnos détailla les huit pions et s'assura qu'aucun d'entre eux n'était aux portes de la mort. Celui qui gisait, évanoui sur le sol, était déjà en trop mauvais état. Il devrait s'occuper immédiatement de le plonger dans un sommeil éternel. Le Sagittaire était déjà presque hors combat, mais son cosmos était encore assez ardent pour qu'il puisse se battre quelques minutes. Les six autres étaient en mauvais état, mais ils tiendraient le coup. Surtout cette jeune femme aux cheveux roux. Alors, il poussa un léger soupir et se recula, se muant en spectateur du massacre qui se déroulerait bientôt sous ses yeux:

-Ils sont à toi. Tu as cinq minutes, pas une seconde de plus.

Thanatos laissa échapper un "Tch" agacé, mais il ne contesta pas la décision de son frère: il savait qu'une minute de trop suffirait à tuer ces insectes si faibles. Mais il allait profiter de l'occasion:

-Alors, par quoi commencer?

Contre toute attente, il n'eut pas le loisir de les observer trembler avant de lancer une première attaque. Au contraire, il dut légèrement se reculer quand le poing d'Aliénor frôla son visage. Avec une telle force qu'elle poussa un grognement d'effort. Un sourire amusé étira ses lèvres comme il ne pouvait s'empêcher de ricaner:

-Quelle ardeur, Chevalier!

Mais elle ne semblait pas prête à échanger quelques paroles ni à se laisser provoquer. Le Gémeau continuait de frapper, ses coups effleurant toujours son ennemi qui parvenait toujours à l'éviter in extremis. Une grimace irritée déforma son visage et elle laissa échapper un cri de colère comme elle tendit le poing une nouvelle fois. Et alors que son ennemi reculait, elle bondit dans les airs et leva les bras:

-Galaxian Explosion!

L'attaque fusa droit sur lui et un énorme nuage de fumée les aveugla un instant tant le choc avait été violent. Quand Aliénor retomba sur le sol tremblant, les poings levés, prête à en découdre, malgré la puissance de son attaque, elle sut que l'ennemi risquait encore de se relev-…

-Pas mal.

Elle écarquilla les yeux et un hoquet choqué lui échappa.

Thanatos n'avait pas bougé d'un centimètre. Il ne s'était pas reculé, ne s'était pas brisé les bras en arrêtant son attaque, n'avait pas enfoncé ses pieds dans le carrelage. Et il était absolument indemne. Tout autour de lui était en morceau, mais il était debout, souriant:

-Il y a de l'idée.

Thanatos fit mine d'épousseter son épaule et il lui adressa un regard terrible, un regard qui aurait tétanisé n'importe qui. Et quand elle vit le sourire de son ennemi s'élargir, elle sentit son cœur s'arrêter:

-Mais ton attaque manque encore en puissance.

Le poing soudain entouré d'une intense lueur mauve sombre, Thanatos gronda:

-Tartaros Phobia.

Des esprits surgirent soudain de son dos et fusèrent droit sur elle. Et pile quand elle vit son épaulière gauche voler en éclats et quand une douleur intense explosait dans son bras, un cri résonna:

-Crystal Wall!

Un mur brillant se dressa entre son ennemi et elle, arrêtant la majorité des esprits qui semblèrent s'évaporer face à sa lumière. Aliénor glissa sur le sol et dérapa jusqu'à ses frères d'armes, et comme elle trébuchait à cause de sa cheville blessée, Keith la rattrapa. Un filet de sueur glissant sur sa tempe, Kiki gronda:

-Le mur ne va pas tenir!

-Je m'en occupe!

Et quand le Crystal Wall se fissura et se brisa face à la puissance de l'attaque de Thanatos, Hiroki se jeta en avant et tendit les bras:

-Tenkūhaja Chimimōryō!

De nouveaux esprits jaillirent de son dos et allèrent heurter ceux qui fusaient vers eux. Et comme ils semblaient véritablement s'entre-dévorer, Jørgen en profita pour joindre les poings et pour frapper, droit vers leur ennemi:

-Aurora Execution!

Le rayon glacé fusa droit vers lui, mais Thanatos se contenta de lever le bras et d'arrêter l'attaque d'un simple mouvement…

Un mouvement qui le fit négliger ses adversaires pendant une seconde.

Si bien qu'il ne vit pas Marius bondir droit vers lui avant qu'il ne soit trop tard:

-Scarlet Needle!

Le rayon rouge traversa l'épaulière de son surplis, et une grimace de rage pure déforma soudain le visage de Thanatos quand il rugit:

-Espèces de sales-…

Mais le coup qu'il tenta de porter n'atteignit jamais Marius, parce qu'une rose blanche perça subitement son surplis, à seulement quelques millimètres de son cœur. S'il ne s'était pas décalé d'un millième de centimètres, Thanatos aurait reçu l'attaque de plein fouet. Au lieu de ça, la rose lui coupa le souffle, l'empêchant de même tendre la main vers ces insolents. Et il était tellement concentré sur les six nouveaux venus qu'il réalisa trop tard qu'il avait sous-estimé les deux mourants dans son dos.

Main dans la main, comme pour partager leur puissance dans un même coup, Victor et David tendirent les bras:

-Atomic Thunder Bolt!

-Lightening Bolt!

Les deux attaques combinées arrachèrent une aile de son surplis et l'auraient encore plus endommagé s'il n'avait pas bondi dès que la lumière avait jailli de leurs mains. Une veine pulsa sur son front et il grinça des dents si fort que le son résonna dans la pièce:

-Cette fois c'en est trop!

Thanatos leva les bras, prépara son autre attaque…

Réalisa qu'il en manquait un.

Non, une.

Et quand il leva les yeux, il sut qu'il ne pourrait pas éviter l'attaque monstrueuse qui fusait sur lui comme Aliénor hurlait:

-Arch Geminga!

Jamais elle n'avait rassemblé autant de cosmos dans ses mains. Jamais elle ne s'était autant donnée, boostée par l'adrénaline et par l'action de ses frères d'armes. Alors, elle lança son attaque, chargée jusqu'à son paroxysme, jusqu'à la limite du possible, si puissante qu'elle sentit distinctement quelques phalanges se briser sous son poids. Mais quand l'attaque frappa directement Thanatos, Aliénor sut que ça en avait valu la peine.

Des morceaux du plafond s'effondrèrent, le sol se fissura sous leurs pieds comme ils se reculaient prudemment, et la fumée les prit à la gorge. Le Gémeau retomba sur le sol, se réceptionna avec une agilité impressionnante malgré sa cheville brisée, et elle se dressa devant ses frères blessés, comme pour les protéger si l'ennemi devait se relever.

Presque tremblants d'anticipation, ils retinrent tous leur souffle en observant la fumée se dissiper. Et quand un grognement furieux s'en échappa et qu'une silhouette sombre se dessina, un même hoquet horrifié leur échappa comme leurs cœurs s'arrêtaient.

Thanatos avait survécu. Pire, il ne semblait être qu'à peine blessé. Rien comparé à leur état d'épuisement et à leurs corps brisés. A peine porteur de quelques vagues égratignures.

Pourtant, malgré sa supériorité évidente et sa victoire imminente, le Dieu de la Mort semblait absolument furieux:

-Je ne peux tolérer un tel affront. (Il darda sur eux un regard ardent) Comment osez-vous, saloperies de déchets?

Aliénor se remit en garde, prête à faire diversion s'il le fallait. Mais quand Thanatos leva les bras et qu'un incroyable globe d'énergie pure se forma, elle sut qu'elle ne pourrait rien faire pour les protéger. Sa voix étant devenue un véritable grognement rageur, il rugit:

-Vous auriez dû rester à votre place d'insectes inférieurs! Terrible Providence!

L'attaque fusa sur eux à toute vitesse, et si tous regardèrent venir la mort, Hiroki se redressa soudain et tendit les bras:

-Khan!

Un bouclier de lumière se dressa autour d'eux, juste à temps pour arrêter l'incroyable globe destructeur. Le choc fut tel que le sol en trembla et qu'ils entendirent un os se rompre comme la Vierge poussait un hurlement mêlé de rage, de détermination et de souffrance. Il donnait tout ce qu'il avait, transférait toute sa puissance dans ses bras, dans ce bouclier. Il allait les sauver. Il devait les sauver! Mais quand il comprit que l'attaque ne cessait de croitre, quand un bruit de déchirure se fit dans son esprit et qu'un filet de sang s'échappa de ses lèvres, Hiroki sut qu'il n'y parviendrait pas. Pas dans son état.

Soudain, l'attaque lumineuse disparut, aussi soudainement qu'elle était apparue, et la Vierge écarquilla des yeux surpris. D'un même mouvement, ils se tournèrent vers Thanatos, le visage marqué par la stupeur et l'incompréhension.

Le poing tremblant de Thanatos était immobilisé: Hypnos lui avait agrippé le poignet d'un mouvement sans appel et il se contenta de dire sans lui adresser un regard:

-Ca suffit maintenant, le temps est écoulé.

Le visage déformé par la rage, son frère aboya:

-Va te faire foutre, Hypnos! Laisse-moi les tuer!

-J'ai dit: ça suffit.

Une lueur terrible venait d'éclairer le regard doré du Dieu du Sommeil, si terrible que même Thanatos sembla hésiter avant de gronder et de baisser lentement les bras. Hypnos secoua lentement la tête:

-Décidément tu n'apprendras jamais: tu es encore bien trop orgueilleux.

-La ferme. Contente-toi de les faire disparaître de ma vue.

Quand il fut certain que son frère lui obéirait, Hypnos le relâcha et avança de quelques pas, juste ce qu'il fallait pour qu'une vague de désespoir s'empare des Ors:

-Vous vous êtes bien battus, je ne m'attendais pas à une telle résistance. (Il sentit leurs cosmos enfler et il se contenta de lever la main, un air presque las sur le visage) Vous devriez apprendre le respect : quand un Dieu parle, on se tait. Encounter Another Field.

Les Ors se rapprochèrent instinctivement, prêts à affronter cette nouvelle attaque, mais contrairement à ce qu'ils pensaient, rien ne sembla émaner du Dieu du Sommeil. Pendant une folle seconde, ils crurent qu'ils avaient une chance. Puis, les murs se mirent à trembler avant de se rapprocher d'eux à toute vitesse.

Ils n'eurent pas le temps de lancer une attaque, pas le temps de penser à s'enfuir. En un instant, les murs étaient sur eux et les écrasaient de leur masse. Le choc fut si violent qu'il leur coupa le souffle, leur brisa les os, fit taire leurs hurlements de douleur,…

Puis, les murs disparurent et ils tombèrent à genoux sur le sol de la prison. Les corps tremblants de souffrance, l'esprit embrumé par la douleur… Mais aucune nouvelle blessure physique ne semblait avoir été subie. Kiki releva lentement la tête vers Hypnos, força sur son œil valide pour en chasser le voile flou qui l'empêchait de voir son ennemi distinctement. Alors, il comprit qu'ils avaient reçu une attaque psychique. Une attaque psychique d'une puissance telle que même celles d'Hiroki semblaient presque risibles.

L'air absolument neutre, presque ennuyé, à vrai dire, Hypnos reprit :

-Il est temps d'en finir. Eternal Drowsi-…

Alors qu'il s'attendait à ce qu'ils le regardent avec horreur sans rien tenter, une douleur soudaine enfla dans la paume de la main qu'il venait de lever. Il baissa des yeux intrigués, loin de la colère furieuse de son frère, et il détailla la rose noire plantée dans sa main désormais dénuée de surplis:

-Intéressant.

Ils avaient tous relevé les poings. Tous s'étaient de nouveau préparés, refusant de simplement abandonner. Refusant de perdre. Même ceux qui tenaient à peine debout avaient retroussé les lèvres en une grimace déterminée et vaillante. Malgré lui, Hypnos trouva ce comportement admirable:

-Chaque génération continue de me surprendre un peu plus. (Puis, curieux malgré tout, il ajouta) Dites-moi, pourquoi continuez-vous de lutter?

Les visages tachés de sang, les souffles courts, les huit guerriers soufflèrent d'une même voix:

-Pour les générations futures.

Des esprits entourèrent soudain le Bélier, et quand deux mains connues se posèrent sur ses épaules, il sentit que son maître et le sien avant lui n'avaient jamais été bien loin.

-Pour ceux qui sont perdus.

Une main de lumière se glissa dans la sienne, et même sans avoir besoin de regarder, Aliénor sut qu'il s'agissait de son frère. De lui et de tous les Gémeaux qui avaient été là avant elle et qui lui transmettaient leur énergie.

-Pour ne jamais abandonner.

David se redressa du mieux qu'il pouvait, soudain soutenu par ce jeune garçon au rire lumineux et par un homme aux boucles châtains.

-Pour accepter le passé.

De longues mèches blondes faites de lumière lui chatouillèrent le visage quand un homme aux yeux clos et son voisin aux yeux azurs hochèrent la tête et posèrent leurs mains sur le rosaire qu'Hiroki serrait toujours contre son cœur.

-Pour ceux qu'on aime.

Marius crut presque entendre un rire amusé et ravi, s'échapper des lèvres de la silhouette aux cheveux marines, comme pour valider sa réponse, et son voisin, au regard plus paisible, plus sérieux, et aux boucles plus sombres l'encouragea d'un mouvement de la tête. Et quand deux autres silhouettes connues lui prirent doucement les mains, son cœur se serra dans sa poitrine.

-Pour se faire pardonner.

C'était comme si les ailes dans son dos se faisaient plus légères, comme si les deux hommes à ses côtés l'aidaient à lever son arc plus haut, à mieux viser. Victor crut apercevoir des bandeaux rouges mais il n'avait pas le temps d'y prêter attention. Il savait déjà. Son armure chantait avec eux. Et le doux sourire de la femme au regard améthyste qui les accompagnait inonda ses yeux de larmes.

-Pour protéger ceux qui restent.

Le froid glacial qui l'entourait soudain ne le fit pas frissonner, bien au contraire, et quand deux voix lui soufflèrent silencieusement de toujours garder son sang-froid mais aussi d'écouter son cœur, Jørgen hocha la tête.

-Pour continuer d'avancer.

Une main passa dans d'épaisses boucles bleutées, et le sourire plus discret du deuxième homme rassura pourtant Keith, certain que ses deux prédécesseurs veillaient sur lui depuis le début. Puis, une autre silhouette, celle d'un homme aux cheveux de miel et à l'œil caché d'un bandeau.

D'autres s'étaient joints à eux, des hommes aux carrures de géants et aux sourires sincères, d'autres aux cheveux courts et au rire moqueur, d'autres encore soulevaient des boucliers et d'autres armes d'or et les derniers, aux regards déterminés, levaient leurs bras faits d'épées. Des voix connues s'élevèrent alors, évanescentes:

-Et nous serons avec vous.

-Vous alliez pas finir sans nous quand même?

-Alors mettons fin à ce combat.

Les sourires aux lèvres, se dressant devant eux comme pour leur montrer le chemin, Sigmund, Oleg et Pablo soufflèrent:

-Ensemble.

Alors, dans un même mouvement, ils levèrent les bras et lancèrent une même attaque de lumière, aussi aveuglante que le soleil qui devait briller à la surface. Le globe de lumière grandit, devint si grand que leurs bras auraient peiné à le porter s'ils n'étaient pas aidés des générations précédentes. Ce n'était pas le désespoir qui les poussait à lutter, ce n'était pas la peur, bien au contraire. C'était l'envie de croire, l'envie de créer un monde meilleur.

L'espoir avait fait son nid dans leurs cœurs, et il les poussait en avant.

Leurs cosmos ardents s'unirent, et, poussant un même cri, ils firent fuser l'incroyable attaque de lumière en avant, droit sur les Dieux Jumeaux.

Ils pouvaient y arriver.

Ils allaient y arriver.

La lumière solaire envahit la pièce, éclaira chaque coin de la Giudecca, explosa avec une telle chaleur que, pendant une seconde, ils eurent l'impression que chacune de leur blessure était guérie.

Une colonne se mit à tanguer, puis s'effondra avec un bruit si infime comparé à l'explosion qui venait d'avoir lieu. La vue parsemée de points verts, ils clignèrent des yeux et s'entre-regardèrent, comme pour chercher ces esprits sauveurs du regard. Mais d'eux, il ne restait plus qu'une poussière dorée qui flottait encore dans l'air. Et les mains que certains d'entre eux avaient saisi avaient disparu, laissant pourtant dans leurs paumes une douce chaleur.

Alors, d'une voix étrangement sifflante, Marius souffla:

-On les a eus?

La fumée se dissipa lentement, et quand ils comprirent que leur attaque avait porté ses fruits, un soupir soulagé leur échappa, et Victor tomba à genoux, bouche-bée. Ils les avaient eus. Ils avaient gagné. Leur force unie à la lumière de leurs prédécesseurs leur avaient offert la victoire. Semblant sur le point de dire quelque chose, Kiki hésita, puis se redressa en grimaçant, s'aidant de la main que lui tendait Aliénor:

-Allons vite libérer Athéna, nous devons en profiter tant qu'Hadès est…

-Ailleurs?

Un violent frisson les secoua tous comme leurs gorges se serraient soudain. Un même filet de sueur glacée dévala leurs colonnes vertébrales comme leurs pupilles se rétrécissaient sur le coup de la soudaine peur panique. Et même si leur instinct leur hurlait de fuir, de courir et de foncer vers la surface, leurs jambes refusèrent d'obéir et ils ne purent que se retourner lentement, les visages passant de livides à verts, pour détailler d'en bas la silhouette de l'homme qui les dominait maintenant.

Ses yeux azurs noircis par l'irritation, ses longs cheveux noirs tombant sur son surplis divin, Hadès continua sur un ton incroyablement calme mais aussi tranchant que de la glace:

-Votre audace m'impressionne, Chevaliers. Je savais que Thanatos risquait encore de tomber dans un piège, mais je dois avouer avoir pensé qu'Hypnos parviendrait à retenir sa curiosité mal placée. Moi qui pensais pouvoir compter sur eux. (Il les détailla un à un, sembla lire dans leurs esprits, puis, poussant un léger soupir las, il se saisit d'une longue épée sombre et la tendit sur le côté) Décidément, on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Aliénor se dit qu'elle devait lever le bras, qu'elle devait attaquer, mais elle n'y arrivait pas. Elle parvenait à peine à penser, à respirer. Et ils étaient tous dans le même état. Terminée l'énergie salvatrice, ils ne pouvaient plus rien faire. Ne pouvaient plus gagner.

Alors, quand Hadès leva son épée et s'apprêta à frapper, ils fermèrent tous les yeux en serrant les mains des autres, comme pour les soutenir une dernière fois. Comme pour les remercier d'avoir été là.

Mais soudain, une grande lumière dorée jaillit, mille fois plus puissante que celle qu'ils avaient réussi à faire naître dans les profondeurs des Enfers. Une grimace de souffrance sur le visage, Hadès recula vivement d'un pas et écarquilla les yeux avant de froncer les sourcils. Et quand il avisa la source de cette vague de lumière, il gronda:

-Vous ?!

Ils esquissèrent un mouvement pour se retourner, pour voir qui pouvait encore dégager une telle puissance et une telle vague d'amour et de paix mais aussi de détermination. Et quand ce cosmos maternel les engloba, quand leurs plaies semblèrent se refermer et que leurs yeux s'écarquillèrent, une silhouette auréolée d'or et de lumière se redressa à l'autre bout de la pièce.

De longs cheveux mauves tombèrent en cascade sur son armure dorée, et de longues ailes s'ouvrirent dans son dos, comme un oiseau majestueux s'étirerait après avoir émergé d'un très long sommeil. C'était une femme, une jeune femme aux yeux encore clos et dont le visage paisible semblait reprendre vie, comme une statue de marbre qui s'animerait soudain.

Elle ouvrit alors les yeux, deux lacs azurs d'une telle pureté et d'une détermination sans failles qu'ils leur serrèrent le cœur à tous. La jeune femme fit un premier pas en avant, un pas qu'ils auraient pu imaginer chancelant, mais il n'en était rien. Elle avançait dignement vers eux, la tête haute, les yeux fixés sur son ennemi de toujours. En arrivant derrière eux, elle leva le bras et un sceptre doré se matérialisa soudain dans sa main tendue.

Cinq autres silhouettes apparurent dans la lumière, des hommes aux ailes déployées et aux cosmos colorés. Des guerriers de légende qui se relevaient de leur long sommeil pour protéger leur Déesse et se battre pour le destin du monde. La longue robe d'armure de la jeune femme glissa sur le sol quand elle passa entre eux sous leurs yeux ébahis. Et quand les Ors comprirent que leur attaque combinée avait eu un effet, qu'ils avaient enfin réussi leur mission ultime, la jeune femme s'arrêta juste devant eux et parla d'une voix douce mais forte:

-Vous vous êtes bien battus, Chevaliers.

C'était elle.

Ils ne la connaissaient pas, ne l'avaient jamais vue en face (êmes les statues ne parvenaient pas à rendre compte de sa majesté et de sa force), mais ils surent que c'était elle.

Qu'ils avaient réussi.

Qu'ils avaient sorti Athéna et ses Chevaliers de Bronze de leur sommeil éternel.

Une larme émue roula sur la joue de Kiki quand il détailla le doux visage de la jeune femme bardée d'or et de mauve, quand il reconnut les sourires et les cosmos des cinq guerriers vêtus d'armures divines qui l'encadraient maintenant, et il souffla d'une voix rauque:

-Athéna…

Un doux sourire sur les lèvres, le visage toujours aussi jeune, Saori lui adressa un signe reconnaissant de la tête:

-Laissez-nous nous occuper du reste.

Contrairement à ce qu'ils auraient pu croire, le cosmos de leur Déesse n'était ni faible ni engourdi, bien au contraire. C'était comme si, pendant ces trente-quatre années, il avait continué de grandir, de se canaliser dans son corps pendant cet exil forcé. Et maintenant qu'ils étaient tous éveillés, les cosmos des héros et d'Athéna dégageaient une puissance telle que même Hypnos et Thanatos réunis n'auraient pas pu leur tenir tête.

Hadès ne prêtait plus attention aux Chevaliers d'Or, ne fixait qu'Athéna mais aussi le porteur de l'armure de Pégase, son ennemi juré depuis les temps immémoriaux:

-Vous continuez d'être dans mon chemin, tous autant que vous êtes. (Puis, s'adressant uniquement à sa nièce, il gronda) Ne comprends-tu pas, Athéna? Les humains ne méritent pas ta protection. Que tu sois là ou pas, ils continuent de faire la guerre et de s'entre-tuer. Et c'est à nous, Dieux, de les punir pour ce qu'ils sont devenus.

La jeune femme aux longs cheveux mauves soutint son regard sans flanchet, puis etlle s'avança vers lui, toujours suivie par les cinq guerriers aux cosmos enflant toujours plus:

-C'est là que tu te trompes. Il est inutile de chercher à absolument punir les humains, car il est dans leur nature de tendre vers le péché.

-Comment oses-tu parler de péché, toi qui passe ton existence à te mêler à ces insectes? Te battre à leurs côtés pour les sauver d'une destruction inévitable? Ne comprends-tu pas que ta tentative de protéger l'humanité est vouée à l'échec?

La noirceur de son cosmos semblait croitre à chaque nouveau mot, et la poigne sur la garde de son épée se resserrait tant qu'un léger craquement résonna dans la pièce. Pourtant, aucun des Ors ne ressentait une once de peur. Ébahis, bouches-bée, emplis soudain d'une force nouvelle, ils s'étaient levés et observaient la Déesse qui avançait devant eux. Ils savaient que les cinq jeunes hommes à ses côtés étaient des héros, des légendes, mais ils ne parvenaient pas à la quitter des yeux. Elle était si lumineuse, si fière, si déterminée mais si douce,… Leurs cœurs se serrèrent dans leurs poitrines quand ils réalisèrent avec bonheur qu'ils avaient fait le bon choix en acceptant leurs armures, en acceptant de se battre pour sauver le monde.

Hadès leva son épée, prêt à frapper Athéna, mais une chaîne entourée de lumière fusa et repoussa l'arme avant de retourner vers l'un des cinq Guerriers désormais éveillés. La Déesse n'avait pas ralenti, n'avait même pas tiqué:

-Tous les humains ne sont pas mauvais. Il existe des gens bons, prêts à se sacrifier pour protéger leur prochain et pour rendre le monde meilleur. (Elle se tourna vers les Ors à ses côtés, leur sourit) Des gens prêts à risquer leur vie pour donner une chance au monde d'être sauvé. Des gens dont l'amour reste plus fort que tout.

Une intense vague de chaleur se dégageait de leurs cœurs, de leurs cosmos, et quand une grande lumière dorée les engloba sans jamais cesser de croitre, ils sentirent tous les huit que leurs armures venaient de changer. Tous étaient maintenant pourvus d'ailes de lumière, et ils sentaient que leur puissance était comme décuplée. Ils n'avaient plus simplement la force de l'élite de la chevalerie, ils avaient soudain l'impression de détenir un soupçon de la puissance des Dieux.

Quand cette lumière enfla encore, quand elle effleura le Dieu des Enfers et quand les forces du Bien se dressèrent devant lui, plus rayonnantes que jamais, il recula d'un pas. Alors, tendant son Sceptre vers lui, Athéna clama:

-Vois, Hadès, la force de l'amour des humains!

Guidés par la force de sa lumière et par les cinq Chevaliers de Bronze, les huit Chevaliers d'Or s'entreregardèrent, levèrent le poing. Et quand le Sceptre frappa le Dieu des Enfers et que la lumière sembla soudain se faire plus vive encore, les ténèbres furent percées à jamais.

Un même soulagement les envahit, un même sourire étira leurs lèvres, et la vague de lumière les engloba. Alors, tout devint blanc parsemé de doré, et ils surent qu'ils avaient réussi.


Et voilà! J'espère que ce chapitre vous aura plu! Tout n'est pas encore fini (faut bien que l'épilogue serve à quelque chose n'est-ce pas?), mais tout doucement, on arrive au bout :')

Je profite de ce chapitre pour vous souhaiter beaucoup de courage et vous envoyer cosmos et soutien pendant cette période de confinement. N'oubliez pas que l'important maintenant est de rester tranquillement chez vous et d'éviter de sortir, autant pour votre sécurité/santé que pour celle de vos proches ;) Mais je sais que je peux compter sur vous 3

Sur ce, je vais retourner avancer dans quelques OS bonus (oui oui) et dans cet épilogue, et je vous dis à très bientôt pour la suite! :)