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148 – Edward
Quelque part au-dessus de Washington ... Samedi 02 octobre 2010 à 18 h 38
Ding!
"C'est votre capitaine qui vous parle ... S'il vous plaît attachez vos ceintures de sécurité, nous nous préparons à atterrir à l'aéroport Sea-Tac. Nous atterrirons dans vingt minutes environ. La température aujourd'hui est de dix-huit degrés, avec un minimum de douze degrés. C'est assez nuageux mais il ne pleut pas ... "
Je regardai par le hublot, en secouant la tête vers la mer infinie de nuages quand nous avons commencé à descendre. Les nuages nous entouraient comme le brouillard dans un film d'horreur. Je m'attendais presque à voir une sorte de monstre voltiger dans les nuages. La Floride était lumineuse, ensoleillée et chaude quand nous étions partis. Trop chaude, vraiment, surtout pour octobre.
Ça y est. Le dernier vol que je prendrais, la dernière fois que je porterais l'uniforme en tant que membre de l'armée des États-Unis. J'avais été libéré avec les honneurs, au vu des galons sur mon uniforme pour mon séjour en Afghanistan et j'avais même eu droit à la Purple Heart* pour mes blessures subies dans l'explosion - quelque chose qui avait été probablement demandé par mon vieux commandant, le Lieutenant Stephens - et enfin, mes papiers de fin de service, qui étaient cachés quelque part au fond de mon sac de sport.
Et putain… c'était la dernière fois que je devais être loin de Bella.
Je pensais à Chicago, à mes parents et même à Tanya alors que Seattle approchait. Je pensais à l'enfant en colère, que j'avais été par rapport à l'homme que je suis aujourd'hui. J'avais détesté l'univers entier pour la maladie de ma mère, haï mon père pour avoir abandonné après sa disparition et haï Tanya pour sa trahison. J'avais déversé toute cette haine et colère dans mon travail, en me concentrant sur moi-même et pour garder mes hommes vivants, m'isolant de tout le monde autour de moi.
Jusqu'à Bella.
Le seul fait de penser à elle me fit sourire. Elle était ma douce, forte, belle jeune fille. Elle avait fait de moi un homme meilleur, un homme plus heureux, elle avait souffert de tout cela au cours des derniers mois, démolissant mes murs émotionnels, à s'inquiéter pour moi sans cesse, m'aimer inconditionnellement - ce dernier étant quelque chose que je n'avais pas ressenti depuis la mort de ma mère. Notre relation a peut-être avancé très vite et était peu conventionnelle mais pas une seule fois cela ne semblait être quelque chose de mal.
Bella m'a donné une famille sur un plateau d'argent, elle m'a donné un sentiment d'appartenance, ce que même l'armée n'a pas été en mesure de faire, elle a rempli ma vie de rires, de sécurité et de personnes pour qui je compte. L'avoir dans ma vie m'a donné une raison de vivre quand j'étais à l'étranger, quelque chose pour booster mon cul pour sortir de MacDill, et maintenant quelque chose pour rentrer à la maison.
Soudain, il fallait que cet avion atterrisse – vite. Je voulais être sur la terre ferme, pas dans cette putain de boîte de conserve et dans ses bras. Et cette merde n'arrivait pas assez vite. Mon genou a commencé à rebondir, mes mains tordaient ma casquette et mes dents mordaient l'intérieur de ma joue.
"Est-ce que tout va bien là, Sergent ?" demanda Emmett de son siège. Nous avions laissé celui entre nous vide.
"Je ne suis plus Sergent," ris-je, haussant une épaule.
"Ah, merde," rit-il, tapant mon bras. "Tu seras toujours Sergent."
Jasper ricana doucement, levant les yeux du livre dans ses mains depuis son siège dans l'allée centrale. "C'est vrai. Nous t'avons appelé comme ça depuis ta promotion. Ça fait trop longtemps pour arrêter maintenant. Il faudra faire avec, mon pote."
Souriant, je regardai par la fenêtre. Je ne voulais pas discuter avec eux.
"Donc, ça va ou quoi ?" demanda Emmett.
"Je vais bien," soupirai-je. "Juste ... anxieux, je suppose."
"Comment va la gueule de bois ?" demanda Jasper avec un rire.
Je regardais entre Emmett et lui, qui s'est réveillé juste aussi éméché. "Allez-vous faire voir, tous les deux."
Je suis sûr que ma gueule de bois aurait pu être pire mais malgré mon état d'ébriété, j'avais suivi les instructions de Bella la nuit d'avant. Après avoir vomi, j'avais avalé une bouteille d'eau, pris trois paracétamol et étais tombé dans le lit. Heureusement, j'avais simplement un mal de tête carabiné quand je me m'étais réveillé au son de mon réveil ce matin. J'avais pris plus de paracétamol, pensant que ma tête allait exploser une fois que nous décollerions mais je m'étais endormi à la seconde où l'avion avait atteint sa vitesse de croisière.
Ils rirent mais nous entendîmes tous le bruit que fit le train d'atterrissage en s'abaissant, le crissement des pneus touchant le sol et le ralentissement des moteurs. Nous roulâmes lentement sur la piste, vers le terminal et je laissai échapper un long, profond soupir de soulagement lorsque le pilote parla finalement de nouveau.
"Merci d'avoir choisi American Airlines et bienvenue à Seattle."
ooo
Ça sembla prendre diablement plus longtemps d'aller du terminal pour retirer les bagages que dans mon souvenir. Il semblait aussi que nous trois en treillis attirions l'attention. Nous avions été arrêtés, remerciés et salués, félicités de rentrer à la maison par de simples étrangers, des enfants, au point que j'étais sur le point d'exploser. Pas que je ne l'apprécie pas mais vraiment, j'avais juste besoin d'avoir mes mains sur Bella.
Le point de retrait des bagages était déjà plein de gens qui avaient fait le voyage avec nous et de ceux qui étaient venus les accueillir. Emmett et Jasper prirent nos sacs polochons du tapis roulant, simplement parce qu'ils étaient tous ensemble et vraiment difficile à manquer parmi les couleurs sombres des bagages civils.
Putain, je suis un civil. J'ai vraiment besoin de me le rappeler. Je secouai la tête, les yeux douloureux de voir ma Bella. Une petite foule de jeunes adolescents se séparèrent en face de moi et puis… je la vis, toute parfaite en bleu avec des larmes déjà dans ses yeux quand elle courut vers moi.
Laissant tomber mon sac de sport, je l'attrapai facilement et la soulevai du sol. Elle sentait comme le ciel et la maison et ça sentait si bon putain de l'avoir dans mes bras à nouveau.
"Bella," soupirai-je de contentement, me sentant entier pour la première fois depuis des semaines. Tout ce que je pouvais penser était, enfin !
Des larmes chaudes mouillèrent mon cou et je pris son visage, en la serrant toujours contre moi.
"Hey, laisse-moi te voir," murmurai-je, bien conscient que nous avions un assez large public. "Ton beau visage m'a trop manqué. "
Elle rit, tout pleurnicharde et mignonne, en reculant. "Tu es une vision magnifique pour des yeux endoloris, chéri," dit-elle avec les yeux larmoyants et un doux sourire.
Je ris, essuyant quelques larmes avec mon pouce et mettant ses cheveux derrière son oreille. "Toi aussi, ma douce."
Elle enleva ma casquette, posant des baisers sur mon front, mes joues et enfin, mes lèvres, tout en appuyant ses coudes sur mes épaules de chaque côté de mon visage.
"Tu es ici !?" déclara-t-elle à bout de souffle, passant ses doigts dans mes cheveux, qui étaient plus longs, tout comme elle l'avait demandé.
"Oui, mon amour," lui dis-je, la remettant sur ses pieds mais ne laissant aucun espace entre nous. J'embrassai ses lèvres mais pas aussi complètement que je l'aurais aimé. "Je suis rentré à la maison, Bella."
ooo
Nous étions bruyants, tout le monde parlait en même temps en volant des baisers quand nous entrâmes dans le parking. Les filles avaient pris chacune leur voiture, sachant que nous allions nous voir au mariage du père de Bella. Après les accolades et la promesse que nous nous verrions avant la fin de semaine prochaine, je jetai mes affaires dans le coffre de Bella.
Le trajet était confortable, nous avons essayé de rattraper ces dernières semaines de séparation. Nous avons ri à propos de mes fesses ivres la nuit d'avant et puis elle m'a parlé de sa nuit avec les filles et dit que le carton de Tanya était déjà arrivé, en dépit de ma demande qu'elle attende un peu.
"Et alors ?" demandai-je, grimaçant.
"Je n'ai pas ouvert celui-là. Jamais, Edward." Elle rit, secouant la tête. "Elle l'a probablement envoyé plus tôt afin que la merde qu'elle a mise là-dedans me tue."
En riant, je pris sa main et en embrassai chaque doigt, incapable de supporter de ne pas la toucher en ce moment.
"Elle est méchante mais pas vraiment du genre à menacer avec une bombe, ma douce."
"Peu importe, bébé," rit-elle. "Ce carton est tout à toi et il est dans la chambre avec le reste de tes affaires."
"Elle voit quelqu'un. Je suis juste une partie embarrassante de son passé," gloussai-je.
"Embarrassant, mon cul," marmonna Bella, tournant dans une rue résidentielle avec un regard sombre.
"Nouvelle règle," grognai-je à son oreille, en corrigeant le volant quand elle fit une embardée. "Discuter de Tanya n'est pas autorisé à l'intérieur de la maison ... au moins pour le reste de la nuit," commandai-je, mordillant le lobe de son oreille. "Ton doux cul, cependant, peut être discuté tout le temps, amour. "
"OK," gémit-elle, me bousculant doucement "mais tiens-toi tranquille avant que je touche la boîte aux lettres de Miss Mary !"
Ma tête se tourna vers les maisons sur notre droite et je m'assis bien droit. Bella se gara dans l'allée d'une petite maison jaune avec du gazon vert autour. Les arbres, qui commençaient déjà à montrer leurs couleurs d'automne, sur le côté, les branches basses surplombaient l'avant de la porte. Elle avait laissé les lumières allumées à l'intérieur. Je pouvais voir mon piano par la fenêtre de la pièce au coin de la maison et un sentiment différent de tout ce que j'avais connu auparavant me pénétra.
"C'est petit …" murmura Bella, semblant nerveuse.
"C'est parfait," répliquai-je, arrachant mon regard de ma nouvelle maison pour le poser sur la raison pour laquelle j'étais là.
Elle rit, prenant mon visage entre ses mains. "Ça reste petit, Edward," répéta-t-elle avec un rire. "Tiens," dit-elle, cherchant dans son sac à main. Elle laissa tomber un jeu de clés dans ma main, les désignant l'une après l'autre. "Porte d'entrée, porte de derrière, le garage."
"Et ça ?" Je ris, tenant le porte-clés avec le mot 'Sergent' sur elle. "Je ne suis plus Sergent. J'ai dit aux gars que …"
"Tais-toi," murmura-t-elle en embrassant mes lèvres. "Tu seras toujours mon Sergent."
Et ça clôtura le sujet du surnom immédiatement, parce que j'étais à elle, totalement.
Elle sortit de la voiture et je la suivis, laissant mes affaires dans le coffre. Marcher sur le porche était une expérience surréaliste encore que réconfortante car il m'avait semblé que ce moment n'arriverait jamais. Je le voulais, en rêvais depuis tellement longtemps que je ne savais pas si je dormais encore dans l'avion ou pas.
"Je suis sûr que Miss Mary va se faire connaître demain, donc prépare-toi pour cela," radota Bella, donnant à la maison d'à côté un regard plein de bienveillance.
"Je suis sûr que je survivrai, chérie," ris-je, sortant les clés, mais je m'arrêtai, inclinant son menton afin qu'elle rencontre mon regard. "Es-tu prête pour cela?" demandai-je, ma voix sincère, parce que c'est un grand pas dans nos vies ensemble.
Le sourire sur son visage magnifique était à couper le souffle. "Oui," dit-elle en riant. "Ouvre cette satanée porte, Edward. Je te voulais ici à la seconde où tu m'as dit que tu m'aimais."
"Embrasse-moi d'abord, ma douce," lui dis-je avec un petit sourire, son visage entre mes mains.
Elle pressa ses lèvres sur les miennes dans un baiser qui était nouveau, un peu nerveux et sexy que je pouvais à peine gérer debout sur ce porche. Gardant son front appuyé contre le mien, elle se tourna légèrement pour guider ma clé dans la serrure.
Poussant la porte pour l'ouvrir, elle m'embrassa à nouveau. "Bienvenue à la maison, Sergent."
…
*La Purple Heart (de l'anglais : cœur violet) est une médaille militaire américaine, décernée au nom du Président des États-Unis, accordée aux personnes blessées ou tuées au service de l'armée américaine après le 5 avril 1917.
