Comme promis, voici la deuxième partie de cette bataille ! Je vais faire le point du coup sur les binômes en lice, connus à date :
* Adélaïde Fleury - Gilgamesh ? (Classe ?)
* Waver Velvet / Lord El-Melloi II - Iskandar (Rider)
* Dorian Janson - Inconnue (Assassin)
* Master Inconnu.e - Médusa (Rider)
* Master Inconnu.e - Servant inconnu (Archer)
* Rin Tohsaka - Ishtar (Archer)
* Fiona d'Elvaren - Gilles de Rais (Saber)
* Evelyn d'Elvaren - Jeanne d'Arc (Lancer)
* Cédric d'Elvaren - Gilles de Rais (Caster)
* Agnès Dufors - Médée (Caster) [Éliminées]
* Lucas Renoir - Charlemagne (Saber)
* Master Inconnu.e - Servant inconnu (Assassin)
* Master Inconnu - Servant inconnue (Assassin)
* Master Inconnue - Servant inconnu (Assassin)
* Master Inconnu.e - Servant inconnu.e (Saber)
* Master Inconnu.e - Servant inconnu.e (Saber)
Je n'oublie pas notre autre trio de Masters en lice. Vous aurez bientôt des nouvelles d'Evelyn, Fiona, Jeanne et Gilles. Très bientôt ;)
Sur ces bons mots, bonne lecture !
Lenia41
Chapitre 16 – Réactions en chaîne
Parc des Buttes-Chaumont, 19e, Paris, France.
C'était comme se prendre un gros coup sur la tête et de s'effondrer en même temps d'épuisement. Ses paupières lui semblaient pesantes lorsque l'inconscience commençait à relâcher son emprise. Cela fait très longtemps qu'elle ne s'était pas sentie autant vidée de ses forces… ou non, en fait. Cela n'était pas arrivé très souvent, mais il y avait déjà eu un précédent, quelques semaines de là.
Des échos imprécis de voix lui parvenaient avec distance. C'était assez étrange pour la professeure, qui avait l'impression de les entendre déformer comme si on essayait de parler sous l'eau. Ses circuits magiques surchauffés lui trituraient le crâne, lui assénant un violent et lancinant mal de tête. De même, son bras droit la faisait particulièrement souffrir, tribus de son bref recours à la Bête. Ça, c'était de sa faute pour le coup. Pour le reste par contre… elle semblait encore vivante, au moins.
C'était déjà étonnant en soi. Rin avait-elle interrompu l'assaut de la déesse de classe Archer ?
Difficile à concevoir, au vu de la rapidité de la décharge magique décochée par l'entité divine. Que s'était-il passé alors ? Qu'était-il arrivé à son jeune ami ? Il fallait qu'elle en ait le cœur net.
Sa tête était pourtant encore tellement embrumée… marmonnant des paroles qu'elle-même ne comprenait pas, Adélaïde chercha à se frayer un passage à l'aveugle vers les hauteurs, à travers la curieuse structure moelleuse et un peu écrasante qui ne l'aidait pas du tout à reprendre ses esprits.
— Tss, un peu plus intelligente, mais toujours aussi immature à ce que je vois.
Un cri silencieux échappa aux lèvres du mage alors que le sol qu'elle sentait mal semblait se dérober brusquement sur le côté. Cette voix… où était donc son jeune ami ? Rin avait-elle eu des renforts ? Cela ne lui ressemblait pas… et elle imaginait mal Waver, Dorian et leurs équipiers perdre. Les mots du gamin… ils ressemblaient à un adieu, laissant un goût amer dans la bouche.
La peur de l'avoir, même involontairement, poussé à faire quelque chose qu'il n'aimait pas lui nouait l'estomac. Le jeune garçon s'était mordu la lèvre inférieure, l'air très mal à l'aise quand il lui avait donné sa parole. Cela ne lui ressemblait pas. Avait-elle failli à ses propres responsabilités ?
Elle entrouvrit difficilement les yeux tant ses paupières lui semblaient lourdes et l'effort conséquent. La luminosité l'aveuglait, dans une confusion d'éclats bleu-argent et d'or. Alors qu'une silhouette imprécise s'approchait de sa position, un mur de flammes ardentes se dressa près d'elle.
En dépit de la douleur incendiaire qui courait dans son bras droit, le mage voulut se redresser. Ses pieds ne semblaient pas trouver d'appui et nageaient, comme dans l'eau ou dans du coton.
— Pas maintenant, tu n'es pas en état de me servir. Dors, prêtresse. Tu ne quitteras tes songes que lorsque je l'aurai décidé, lança une voix grave qu'elle ne connaissait pas d'un ton ferme et sévère.
L'esprit engourdi par la fatigue, la professeure Fleury n'eut pas même le temps de prendre la parole ou de s'interroger sur ces propos avant qu'un sommeil brutal ne la frappe telle une chape de plomb.
Lieu inconnu — Date inconnue
Lorsque l'archéologue rouvrit les yeux, ce n'était plus l'écrin de verdure parisien qui s'offrait à ses yeux. Elle ne portait d'ailleurs pas ses vêtements habituels, remplacés sans aucune explication par une longue tunique et des robes claires propres aux gens aisés des lieux où il faisait très chaud dans les temps anciens. La tenue lui rappelait d'ailleurs un peu celle des prêtresses sumériennes.
Elle ne ressentait plus la douleur de son bras droit, pas plus que la fatigue de l'âpre combat. Son corps de quadragénaire lui semblait étonnamment énergique et léger, comme dans sa jeunesse.
Le mage se redressa aussitôt, observant ses alentours avec la même attention qu'une chouette. Elle se trouvait dans une espèce de salle commune, peut-être même une grande bibliothèque. Des scribes recopiaient en silence le contenu de tablettes d'argile tantôt sur des feuilles de papyrus, tantôt sur d'autres tablettes d'argiles plus solides et plus récentes. Elle tenait elle-même l'une de ces tablettes fragiles et précieuses, tandis qu'un stylet était posé près du coussin où elle était assise.
La scène lui parut d'autant plus absurde qu'elle ne comprenait rien à ce qui était écrit dessus. C'était à peine si certains caractères et certains morphèmes lui étaient familiers, c'est dire !
— Ce n'est pas si absurde que tu tombes dans une bibliothèque, vu que tu adores la connaissance.
La voix claire et familière qui s'était ainsi exprimée dans un anglais limpide l'interpella aussitôt. Se détournant de la tablette d'argile qu'elle posa le plus délicatement et rapidement possible sur l'écritoire plate devant elle, Adélaïde leva aussitôt les yeux vers celui qui lui avait adressé la parole. Elle resta sans mot alors que son regard bleu se posa sur des yeux carmin pétillant d'espièglerie.
— Pourquoi tu es si étonnée de me voir ? Tu ne m'as pas déjà oublié, quand même !
Son interlocuteur croisa les bras un bref instant, l'observant avec sévérité et une moue vexée. Secouant la tête, Adélaïde essaya de prendre la parole sans réussir à entendre sa voix. Lorsqu'elle voulut s'adresser à lui, elle n'arrivait pas à comprendre ses propres paroles, ce qui la figea net.
— N'essaye pas de mettre du sens à ce qui n'en a pas, tu vas avoir mal à la tête. Les rêves sont irrationnels par nature. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils ne peuvent pas être réalistes ou réels.
Elle fut un peu rassurée de voir un sourire enthousiaste fleurir sur ses lèvres, comme s'il avait compris ce qu'elle avait voulu lui dire. Constatant avec amusement les difficultés qu'elle avait à s'extirper de sa position assise, sans doute trop prolongée, il lui tendit une main pour l'aider.
— Je pensais aller faire un tour. Tu veux venir avec moi ? On pourra discuter un peu comme ça.
Sans hésiter, la professeure laissa un sourire sincère se tisser sur ses lèvres et approuva de la tête avant de saisir la main tendue. Il la redressa avec aisance en dépit de sa petite taille. L'air enjoué exprimé par son visage réchauffait un peu le cœur de l'archéologue. Il ne lui laissa guère le temps de s'appesantir sur la situation avant de prendre sa main dans la sienne, puis de l'entraîner à grandes foulées à travers les différents couloirs du palais. Adélaïde était toujours étonnée par le nombre de détails dont se paraient ces rêves qui la visitaient plusieurs nuits durant depuis Warka.
À chacune de ses visites, les songes semblaient s'embellir et s'animer toujours plus. Les détails d'architecture, de mobilier, d'art l'interpellaient davantage, tout comme ses autres sens étaient toujours plus sollicités. L'incluant de plus à cet univers de paradoxes, éternel et évanescent, elle était toujours plus sensible aux parfums, aux odeurs, aux saveurs, au toucher. La langue parlée lui échappait toujours, à l'instar des écritures locales, mais semblait à la fois familière et étrangère.
La petite silhouette revêtue d'un haut blanc liseré de noir et d'or sans manches, d'un pantacourt blanc et d'une ceinture dorée ouvragée tenant une cape éclatante des mêmes tons l'entraînait à sa suite avec entrain, accaparant son attention et avide de discuter de sujets divers et variés.
— Super ! Ça me fait plaisir, tu sais. Je ne sais pas combien de temps on pourra se voir comme ça, j'espérai qu'on puisse en profiter un peu. Tu ne vas pas voir le temps passer, tu peux me croire !
Il était difficile de rester indifférente à son sourire charmant et à ses yeux pourpres emplis d'entrain alors qu'il l'emmenait hors des portes du palais. Sans jamais lâcher sa main, l'enfant la guidait tout le long des grandes rues pour l'emmener vers le cœur palpitant de la citadelle blanche.
La vivacité débordante de la cité ne cessait de fasciner Adélaïde, d'autant plus en contraste marqué avec le sable qui avait érodé les ruines des murs de calcaire spoliés de leur grandeur passée.
Hommes, femmes, enfants… tous débordaient de vie et d'optimisme, à cet âge d'or d'Uruk. Il était perturbant de les voir si énergiques en les sachant, en son temps, tombés eux aussi en poussière. Ici pourtant, ils devisaient, négociaient, se disputaient, chantaient, célébraient et jouaient à loisir.
La professeure avait pourtant vu dans de précédents rêves que cet âge d'or avait aussi eus ses propres ombres. Cette époque révolue depuis des millénaires était aussi grandiose que dangereuse.
Les menaces avaient juste d'autres visages, d'autres natures et d'autres ambitions qu'en son temps.
— J'aime bien discuter avec toi. Nos conversations vont beaucoup me manquer, tu sais. Il grogne parce que je l'ai réveillé, mais il ne sait pas du tout la chance qu'il a, l'Ancêtre.
Ses cheveux blonds et sa peau claire soulignés par les rayons de l'astre diurne, le jeune garçon n'avait rien perdu de sa vitalité et de son enthousiasme. Il l'avait alors amenée dans l'immense marché de la ville, dont les étals regorgeaient de fruits, de mets et de tissus divers et variés. Ses propos l'attendrissaient un peu, elle s'était attachée au jeune enfant et l'appréciait sincèrement.
Ses derniers propos l'interpellèrent et elle haussa un sourcil, à la fois perplexe et curieux.
— J'ai dit quelque chose de drôle ? Ah, c'est à propos de l'Ancêtre ! Bah, c'est pas vraiment Goldie alors faut bien que je trouve lui un nom, à lui aussi. Il m'appelle bien « Gamin », ce n'est que justice !
Un léger rire lui échappa malgré elle, dont l'enfant ne sembla pas prendre ombrage. Il était même assez fier de sa trouvaille de prénom, visiblement. L'Ancêtre… à quoi faisait-il référence ? Cela avait-il un lien avec le contenu de la fiole qu'il lui avait confié puis repris, avant de la boire ? « Goldie » … il en avait parlé. Ses précédentes discussions avec Waver lui revinrent à l'esprit. Il devait sans doute parler de son alter ego plus âgé, le Servant Archer des Guerres du Graal de Fuyuki, le Roi des Héros.
Celui qui avait trahi puis causé la mort du père de Rin lors de l'avant-dernière Guerre du Graal.
La formulation du jeune garçon était étrange. À l'entendre, il évoquait une troisième personne.
Adélaïde avait déjà eu cette discussion avec Waver. Elle lui avait parlé, elle-même, des grandes phases du mythe du plus ancien héros connu par les civilisations humaines. Qu'est-ce que…
La main de Gil se resserra sur la sienne, comme s'il avait senti sa distraction croissante. Son jeune ami l'attira dans une autre artère de l'immense marché, consacrée aux aromates et aux épices.
— Bah, il ne peut pas nous entendre. Tant que je suis ici et lui là-bas… ça restera entre nous. Et puis de toute façon, ça ne le regarde pas. Il n'est pas obligé de savoir mes moindres faits et gestes.
Il semblait plutôt heureux et n'avait pas l'air de lui en vouloir, dans ce rêve. C'était réconfortant. Le songe était si plaisant que ses pensées s'éloignèrent de la réalité abrupte du combat. Rares étaient devenues les occasions aussi relaxantes depuis qu'elle s'était envolée vers l'Irak et Warka.
— Tu n'as rien remarqué de différent d'ailleurs, à chacune de tes visites ?
Maintenant qu'elle y pensait, si. Les scènes devenaient plus détaillées, plus colorées et plus animées, d'une part. D'autre part… elle se distanciait de plus en plus du point de vue de la personne dont elle empruntait les yeux, les oreilles et les pas au cours des premiers songes. Elle ne s'était pas aperçue qu'elle les explorait désormais avec son propre point de vue, intégrée au rêve.
Elle fit part de ses observations à l'enfant royal, dont les lèvres s'étirèrent en un large sourire.
— Tu as l'œil vif. C'est normal, notre lien devient plus fort, avec le temps et les épreuves. Tu verras…
Gil relâcha sa main et s'éloigna un peu, avant de s'arrêter face à une échoppe de fruits. Il discuta rapidement avec le vendeur, qui lui tendit bientôt deux oranges, le garçon se retourna vers elle.
— On se reverra. À la prochaine !
Sans la prévenir, son jeune ami lança une orange dans sa direction. Adélaïde la rattrapa par réflexe et observa d'un air perplexe l'agrume. Quand elle releva les yeux, le garçon s'était volatilisé.
Inquiétée par sa disparition soudaine, la professeure Fleury s'apprêtait à revenir sur ses pas au pas de course lorsqu'une voix grave et sévère retentit dans son dos et la figea net sur place.
— Tu as intérêt à prendre soin de lui. Il tient à toi, ce gamin.
L'archéologue se retourna aussitôt pour faire face au nouvel arrivant. La silhouette était bien plus grande que celle du jeune Archer et la présence qu'il dégageait était plus imposante, autoritaire. Elle n'arrivait cependant pas à distinguer ses traits ou même sa seule apparence en général.
Là encore, l'impression d'étrangeté et le sentiment de familiarité s'entrecroisaient étroitement.
Elle n'eut cependant pas le temps d'y réfléchir car la main de l'inconnu, recouverte d'un gantelet d'or fondit sur son bras gauche, qu'il enserra d'une poigne ferme avant de l'attirer dans sa direction.
Alors que le songe volait peu à peu en éclats, la dernière chose qu'elle vit fut des graphèmes dorés.
Parc des Buttes-Chaumont, 19e, Paris, France. Temps présent.
Adélaïde sentit à nouveau les bras de Morphée relâcher leur emprise sur elle. Loin des sables, de la chaleur et du soleil dardant ses rayons sur la roche calcaire, la professeure percevait de nouveau par le froid tempéré de Paris. L'esprit un peu plus vif, maintenant que le voile de la somnolence avait été déchiré par la douleur lancinante qui paralysait son bras droit, le mage fut plus alerte à ses alentours. En dépit de ses yeux ouverts, elle ne voyait pas grand-chose dans la pénombre. C'était un monde étrange qui l'entourait, comme si elle était ensevelie dans un océan de tissus et de douceur.
De tissu ? Intriguée, l'archéologue ausculta de ses mains les environs qu'elle pouvait toucher. Ce n'était pas un matériau solide. Non, c'était bel et bien du tissu épais, délicat et doux comme la soie. Ployant un peu son cou, Fleury finit par débusquer un rayon de lumière qui perçait l'espèce de cocon de tissu qui l'entourait. Lentement mais sûrement, elle s'aida de ses mains pour dégager certains objets de tissus pour se frayer un chemin vers l'extérieur, cette lueur au bout du tunnel.
Elle accueillit l'air plus frais comme une bénédiction quand elle parvint à ses buts. Obligée de fermer un bref instant ses paupières face à la luminosité soudaine de l'extérieur, ses yeux clairs s'habituèrent lentement à leur environnement nouveau tandis que ses sens se faisaient plus précis.
Le mage commença à distinguer vaguement deux silhouettes au loin, auréolées de bleu-argent. L'une d'entre elles lui semblait d'ailleurs particulièrement petite, ce qui n'était pas normal. S'il s'agissait bien de Rin, la Japonaise était même un peu plus grande que l'enseignante de magie tellurique. Intriguée, Adélaïde inspecta ses environs du regard avant de baisser légèrement ses yeux.
Et de blêmir en constatant les quelques mètres qui devaient la séparer de la terre ferme et du parc.
— Par tous les dieux… qu'est-ce qu'il se passe ? C'est pour prendre de la hauteur sur les choses ?
— Tu aurais préféré dormir par terre ? Cela peut encore s'arranger, rétorqua une voix très railleuse.
Cette voix… ce n'était pas celle de l'Archer qu'elle avait appris à connaître ! Elle était clairement masculine pourtant, elle ne devait donc pas correspondre à celle du Servant Archer qui était alliée avec Rin… ni à celle de Tohsaka d'ailleurs. Elle ne concordait avec aucune de celle de ses connaissances. Pourtant, Adélaïde avait le sentiment de l'avoir déjà entendue quelque part.
Si elle lui parlait ici en anglais, la voix lui rappelait celle qui parlait en sumérien dans ses rêves.
Maintenant qu'elle y prêtait attention, elle remarqua qu'ils se trouvaient sur une sorte de plateforme épaisse et solide qui, en dépit de sa stature, flottait avec aisance. Elle n'avait pas remarqué la structure de prime abord car celle-ci était en effet recouverte de coussins épais, moelleux et soyeux. Perplexe, Fleury tourna sa tête sur sa droite, en direction de la voix avant de se figer aussitôt.
Un immense trône reposait en majesté au centre de la plateforme volante. Un homme était assis avec une certaine nonchalance, sa tête reposant sur l'épais gantelet d'or qui recouvrait sa main droite, son coude posé un l'accoudoir. Il était revêtu d'une veste à col bleu sombre aux manches entrouvertes brodées d'or pur. Une coiffe blanche sertie de deux cornes azurées était posée sur ses courts cheveux blonds. Il portait des boucles d'oreilles raffinées et une améthyste ornait son front.
Plus que son visage fin et altier, ce furent surtout ses yeux pourpres acérés qui l'interpellèrent.
Où était passé God ? Elle avait peur de deviner quelle était la potion qu'il lui avait confiée à Warka. La professeure savait cependant que l'entité qui lui faisait face attendait une répartie de sa part, et son instinct lui soufflait qu'il valût mieux ne pas trop le faire attendre s'il était bien qui elle pensait.
— Je ne pense pas que mon dos aurait beaucoup apprécié. Merci pour cette faveur… roi Gilgamesh ?
— Je vois que ta perspicacité n'a pas été amoindrie par le choc.
— La fiole que Gil m'avait confiée, c'était l'antidote à la Potion de Jouvence n'est-ce pas ?
Le sourire sarcastique qui s'étirait sur ses lèvres fut une réponse tout à fait éloquente pour la professeure. Evidemment qu'il n'allait pas lui donner une réponse orale, pour une telle évidence. Adélaïde ne sût pas trop sur le moment si cela lui inspirait plus de soulagement ou d'inquiétude. Si l'archéologue ne se trompait pas, elle n'était pas dans le pire des cas de figure mais tout n'était pas joué. S'il n'était pas le Roi des Héros, il semblait avoir gardé un fort caractère et une fierté certaine.
Adélaïde l'observait sans mot dire, avec perplexité. Quelque chose chez ce Servant, qu'elle était certaine de n'avoir jamais vu depuis le début de cette Guerre du Graal, l'interpellait. Était-ce parce qu'elle avait bien connu le petit Gil qu'il lui semblait à la fois très familier, et pourtant étranger ?
Plus urgent, il n'avait guère plus l'allure d'un Archer et elle ignorait de quelle façon s'adresser à lui. Devait-elle être formelle, respectueusement d'un certain protocole, ou préférait-il leur informalité ? La fatigue embrumait peut-être un peu ses pensées, la situation inédite la déboussolait un peu aussi. Tout comme pour le jeune Archer, Fleury voulait partir sur de bonnes bases, en partie pour sa survie.
— Dieu ou Tout-Puissant semblent convenir, lança le Servant avec nonchalance, mais si tu as besoin d'une classe, ce sera Caster. Oh, et je t'ai déjà vue mais tu étais trop troublée pour te souvenir de moi.
Avait-il lu ses pensées ? Adélaïde resta coite quelques minutes avant de se ressaisir en se souvenant d'une discussion qu'elle avait eue avec le jeune Gil, à une heure nocturne tardive. Ah oui, cette histoire de trop se focaliser sur ses réflexions qui, de fait et par inadvertance, lui deviennent audibles. La dignité frôlant l'arrogance de ses premiers mots ne la surprit guère, ce pourquoi elle préféra ne pas la relever et se concentrer sur la suite de ses propos. Sa classe n'était donc plus la même, comme la professeure le pressentait. C'était étrange, elle n'avait pas souvenir d'un précédent dans les Guerres.
L'amusement presque ironique qu'elle avait senti dans cette déclaration piquait assez sa curiosité. Son ton avait été indéchiffrable par la suite, et la chercheuse ne savait pas à quoi il faisait référence. Enfin, il était plus exact de dire qu'elle avait bien trop d'hypothèses pour bien peu d'indices fiables.
Cela attendrait donc un moment plus opportun pour s'y appesantir, décida la Franco-Britannique.
— D'accord, Caster. Est-ce que je peux t'aider d'une façon ou d'une autre ? Lui demandât-elle.
— Si tu arrives à émerger de cette mer de coussins et si tu tiens encore debout, peut-être bien.
— Je ne te garantis pas de pouvoir courir comme un cabri, mais il me reste du mana et des pierres de magie. Je peux me déplacer et mon bras gauche est encore valide, répondit Fleury après vérification.
— Approche-toi donc. La vue est meilleure par ici, répliqua le Roi d'Uruk avec un sourire narquois.
Qu'entendait-il par-là, surtout aussi satisfait et amusé ? Bien qu'elle ne fût pas certaine que cela soit de bon augure, la Française voulait croire qu'elle n'aurait pas un sinistre spectacle sous les yeux.
Là encore, elle hésitait à se prononcer lorsqu'elle fut assez proche pour être témoin de la scène.
Dans un chaotique réseau de chaînes, à l'instar de deux papillons piégés entre les mailles de la toile d'une araignée, Rin et sa Servant de classe Archer étaient solidement ligotées. Les chaînes dégageaient une étrange aura qui semblait renforcée aux maillons qui retenaient Ishtar. Quant à sa Master, celle-ci avait en plus été affublée d'un bâillon pour l'empêcher de parler. La fureur qui se dégageait de ses yeux glacials était si tangible que cela lui donnait des frissons. La divine Ishtar ne semblait pas plus heureuse de sa situation. Si un regard avait été mortel, Caster serait mort sur place.
Adélaïde eût le sentiment que si elle n'intervenait pas, elle assisterait à une scène très déplaisante.
La professeure n'était absolument pas sûre de réussir, mais qui n'essayait rien ne gagnerait rien.
— J'aurai une requête, si tu l'acceptes. Peux-tu accorder à Rin la vie sauve ? Au-delà d'être une amie elle ferait une alliée de poids face aux fameux Servants dont nous ont parlé Saber, Caster et Assassin.
— Si elle peut voir la lumière, pourquoi pas. Sinon, je la punirai à la hauteur de son insolence.
— Entendu. Peux-tu garder Ishtar à l'œil pendant que je vais essayer de parlementer avec Rin ?
— Rappelle-toi que je suis un roi et, qui plus est un demi-dieu. Que peut-faire contre moi une déesse qui n'a jamais su m'affronter directement ? Oh, elle a toujours eu des créatures et autres intermédiaires pour faire ses sales besognes. Le seul corps à corps auquel elle est douée, je ne saurai m'y compromettre, commenta Caster d'un ton à la fois arrogant, moqueur et provocateur.
— Demi-dieu raté ! Roi fou ! Tyran ! Je ne vois ce que j'aurai à apprécier avec ces muscles saillants, ces cheveux blonds comme le soleil ou ces yeux rouge sang, vociféra Ishtar le visage empourpré.
Adélaïde dut se faire violence pour ne pas commettre l'affront d'éclater de rire face à une divinité et préféra se mordre la lèvre inférieure jusqu'au sang pour ne pas se trahir. Il valait mieux ne pas s'y attarder et ne pas se mêler à ces querelles millénaires entre les principaux intéressés.
Le mage s'approcha jusqu'au bord de la plateforme où elle s'assit, face à Rin solidement enchaînée. Ses bras ligotés fermement dans son dos par un nœud complexe de chaînes divines, ses jambes bloquées, elle était totalement saucissonnée et maintenue en hauteur. Remarquant un bâillon, elle tendit la main et le lui retira. Cela faciliterait un peu la discussion… ce serait déjà ça.
— Ça va Rin ? Tu n'as pas bonne mine, mais la mienne ne doit pas être mieux, j'imagine.
— Ça irait mieux si ce rustre ne m'avait pas enchaînée ! Je veux qu'il me relâche immédiatement.
— C'est sûr que formulé comme ça je ne peux que concéder… ou pas, répliqua Gilgamesh.
— Je comprends, mais on va devoir trouver un terrain d'entente. Comme tu vois, je suis en un morceau et j'ai toute ma tête. J'ignorai ce qu'il s'était exactement passé pour ton père. En revanche, comme tu as dû le constater, il n'est pas tout à fait le même Esprit héroïque, comme le petit jeune.
— Il en est pourtant la copie crachée ! À part sur le plan vestimentaire où il tient du chippendale que du roi, rétorqua Rin en maugréant.
— mm, pourtant de nous ici ce n'est pas moi qui aie le feu au cul, répliqua Caster en jetant un regard appuyé sur Ishtar qui s'époumonait en vain comme ses lèvres étaient bâillonnées de nouveau.
— Et pourtant, il m'a épargnée à Warka et laissé le jeune Gil m'aider jusqu'à aujourd'hui. Si tu restes calme, je pense qu'il te libérera, poursuivit avec le plus de prudence possible la franco-britannique.
— Et quelle garantie peux-tu m'offrir que ce sauvage sanguinaire n'ait pas essayé de nous tuer ?
Il n'y en avait pas beaucoup, Adélaïde voulait bien l'admettre en son for intérieur. Elle n'avait pas anticipé ce retournement de situation et, de fait, n'avait pas vraiment eu le temps de s'y préparer.
Répondre « croire en mon intuition » ne convaincrait pas véritablement Rin.
Le mage se sentait plus en confiance avec le petit Gil, auprès duquel elle s'était battue et qu'elle avait appris à connaître. Cela ne voulait cependant pas dire qu'elle ne se fiait pas à Caster. Elle le devinait plus autoritaire, sûr de lui, moins patient. Il fallait pourtant qu'ils se fassent confiance, et son attitude initiale à son égard était déjà un peu plus rassurante pour l'archéologue.
Rin n'avait pas à connaître ses propres doutes, Fleury irait donc à la seule certitude qu'elle avait.
— Je pense que s'il en avait eu l'intention, on ne serait pas à discuter ici en tête à tête.
— Je le confirme, mongrels, acquiesça le concerné d'un hochement de tête sec et ennuyé.
— Si on ne peut pas changer le passé Rin, on peut éviter qu'il entache le présent. Je n'ai pas envie qu'on s'écharpe, surtout quand il y a d'autres gens, beaucoup moins respectables, qui convoitent le Graal. Ne crois-tu pas qu'il vaut mieux enterrer la hache de guerre, au moins temporairement ?
— Et puis avouez, ce n'est pas comme si vous aviez vraiment le choix. Il n'y a rien que vous puissiez faire contre moi, ajouta Gilgamesh avec un sourire sardonique et un brin condescendant.
C'était un constat qu'elle ne pouvait guère nier et qui n'était, indiciblement, pas rassurant. Adélaïde prenait un pari risqué, au même titre que sa tentative d'invocation dans les ruines de Warka. Rationnellement, elle ne connaissait que deux Servants qui avaient une aura aussi puissante que lui.
Ishtar, si l'Archer était en forme et gardait son sang-froid, pouvait l'égaler. Iskandar pourrait faire un bon adversaire au vu du combat du Rider et de l'ex-Archer lors d'une précédente Guerre de Fuyuki.
La première était neutralisée et hors d'état de nuire pour l'heure, le second n'était pas des leurs ici. C'était dans ce contexte délicat que Fleury, peu diplomate de nature, devait gérer les négociations.
— D'accord, mais seulement si on discute dans un endroit public. Et enlevez-moi ces chaînes !
— On est d'accord. Si cela te convient aussi Caster, est-ce que tu consens à les libérer ?
— S'il le faut, pour montrer à quel point je suis magnanime, déclama-t-il d'un ton mélodramatique.
D'un geste de la main suffisant, les chaînes reposèrent au sol Rin et Archer avant de les relâcher puis de s'évaporer. Dans le même temps, leur plateforme les déposa et s'estompait tel un mirage.
— Ma tenue est toute froissée maintenant, grommela Rin.
— Je ne veux pas même imaginer l'état de la mienne… ce n'est pas joyeux, je suppose ? Lança Fleury.
— Ça dépend. Pour une soirée déguisée, tu ferais une bonne survivante d'apocalypse. Commenta Caster sans se départir de son flegme et de sa raillerie caractéristique.
— Rin, je te laisse expliquer à Archer le plan et prévenir tes équipiers ? Je vais contacter les miens dès que je me suis occupée de mon bras invalide. Tu aimes toujours l'Earl Grey ? Je connais une bonne adresse, enchaîna aussitôt, Adélaïde la mâchoire serrée par la douleur lancinante dans son bras.
— Ah, si tu me prends par les sentiments, soupira Rin. Demain en fin de matinée, ça irait ?
— Nickel, on pourra tous se reposer un peu. Je t'envoie l'adresse par SMS ce soir au plus tard.
Son amie se tourna vers elle et lui jeta un regard perçant, qui se posa rapidement sur son bras droit comme pour en juger les dégâts. Sans lui demander son avis, la Japonaise la prit par son bras encore valide. Elle se tourna ensuite vers Ishtar qui vociférait avec joie sur Caster, et lui fit signe de les suivre. Gilgamesh l'observait d'un air tranquille, un sourcil haussé face à la déesse comme pour lui indiquer qu'il n'oubliait pas les injures qu'elle avait proféré à son égard un peu plus tôt.
Les deux Servants avaient chacun repris une tenue civile. Ishtar s'était parée de l'élégant kimono rose rouge et de l'ombrelle avec lesquels le jeune Gil l'avait rencontré à Londres.
La sobriété de la tenue civile de Caster étonna Adélaïde, bien qu'elle fût d'une élégance certaine.
Il avait opté en effet pour une courte veste brune, avec chemise avec un col en V, anthracite aux manches trois-quarts, dont le revers était pourvu d'un damier gris et noir. Il portait également un simple pantalon de couleur beige ajusté à la taille à l'aide d'une ceinture brune, avec d'élégantes chaussures de ville de couleur noire. La joaillerie dont il était paré en tant que Caster avait été remplacée par des bijoux plus sobres, avec des boucles d'oreille, un collier, des paires de bracelets au bras droit et un autre bracelet, plus large, au bras gauche.
Elle n'était cependant pas dupe. Derrière cette simplicité apparente, on devinait l'or pur des bijoux et la qualité du tissu. La professeure entendit vite le concerné lui commenter en pensée d'un ton railleur.
« Qu'est-ce que tu regardes ? La simple vue de ma personne a-t-elle ravi ton âme ? »
Adélaïde ne put s'empêcher de rougir un peu. Si Gil était facétieux, Caster avait transcendé la taquinerie au rang d'art. Le Servant semblait s'amuser à leurs dépens avec des remarques bien choisies pour titiller son entourage. L'archéologue se contenta de lever les yeux au ciel, sans masquer son humour et son interrogation. Elle aurait pu jurer entendre un éclat de rire résonner dans un coin de sa tête avant qu'il ne reprenne en ponctuant ses propos d'un regard appuyé vers Ishtar.
« Je préfère simplement me fondre dans le décor et éviter un attroupement de mongrels. Les femmes ont du mal à se tenir à cette époque… et pas qu'à cette époque, d'ailleurs. »
Elle ne put retenir un léger sourire amusé à cette remarque, l'approuvant d'un signe de tête discret. Le mage pouvait bien imaginer la chose au vu de son physique avantageux et des comportements dont elle avait pu être témoin au sein de ses étudiants et étudiantes à l'Académie des mages.
Si l'humeur semblait plus légère, Fleury était consciente des remous qui grondaient sous la surface.
