Chapitre 23. L'armure

C'était un mensonge.

Ce n'était pas juste du sexe, c'était tout sauf juste du sexe. C'était la lenteur patiente des mains de Severus sur elle, c'était la gravité de ses prunelles noires rivées aux siennes. C'était la protection de ses bras quand il la tint contre lui.

Elle ne comprenait pas le gros nœud douloureux qui lui nouait les tripes et la gorge, elle ne comprenait pas cette envie impérieuse et contradictoire d'ouvrir ses cuisses à Severus sur-le-champ mais aussi de s'enfuir en courant.

Elle chercha maladroitement la fermeture éclair de sa jupe, fit tomber le vêtement à ses pieds et entreprit de se débarrasser de ses collants et de sa petite culotte. Pour s'envoyer en l'air, il suffisant que leurs sexes soient à découvert. Le reste n'avait pas d'importance.

Elle haletait. Elle tremblait. Mais elle n'y porta pas attention et s'attela à défaire le pantalon de Severus. Pendant ce temps, il la laissa le dénuder, se contentant de la caresser avec légèreté, du bout des doigts.

Elle aurait voulu qu'il ne prenne pas toutes ces précautions, qu'il se contente de l'empaler par derrière, dès maintenant, et qu'il la pilonne très fort en l'écrasant dans le matelas. Elle s'en foutait si c'était douloureux, si elle n'était pas encore prête à le recevoir. Elle voulait juste avoir l'impression d'être à lui pendant un instant de grâce, puis se réfugier chez elle et pleurer toutes les larmes de son corps pour une raison qui lui échappait.

Les longs doigts tièdes trouvèrent leur chemin sur sous son chandail. Elle tressaillit.

- Non, l'arrêta-t-elle aussitôt en posant les mains sur les siennes.

Severus la dévisagea, un sourcil haussé.

- Vous me faites une fellation après m'avoir parlé dix minutes, mais je n'ai pas le droit de vous déshabiller?

- J'ai… je n'aime pas enlever mon chandail.

- Pourquoi?

- J'ai des cicatrices.

C'était sorti tout seul. Elle n'arrivait pas à lui dire autre chose que la vérité. Elle le contempla, guettant sa réaction.

Il resta silencieux un instant, comme surpris de cette révélation.

- J'en ai aussi, figurez-vous donc. Certaines choses ne s'effacent pas.

- Je sais. Mais je ne veux pas montrer les miennes.

- D'accord. Si vous le souhaitez.

Il lâcha son vêtement. Elle en profita pour s'éloigner de lui et grimper à quatre pattes sur le lit. Bientôt, un grand corps chaud vint se presser contre le sien. Elle remua les fesses pour forcer son sexe d'homme à réagir. Deux longues mains fortes lui enserrèrent la taille. Il ne lui restait plus qu'à plonger en elle. Tout de suite. Mais il ne le fit pas.

- Pas comme ça, dit la voix grave. Pas aujourd'hui.

Il la poussa à s'étendre sur le dos, prit soin de replacer le bas de son chandail et vint se camper entre ses cuisses. Puis il resta là, immobile, hissé sur ses avant-bras pour mieux la regarder. Les prunelles noires la troublèrent. Elles lui disaient qu'il ne la laisserait pas se dérober.

Un sentiment douloureux de vulnérabilité intima à Hermione de se dépêcher.

Elle écartela les genoux, remua les hanches pour chercher un contact plus étroit, un angle plus adéquat avec le membre dressé, Quand elle sentit que le gland avait fait son nid exactement au bon endroit, au creux de ses replis moites, elle poussa.

Elle n'était pas prête. Elle n'avait pas été pénétrée par un homme depuis trois mois, son corps n'était pas disposé à encaisser une intrusion aussi soudaine. Mais elle se contenta de serrer les dents et d'avaler cette verge trop imposante dans toute sa longueur.

Puis Severus se déposa sur elle de tout son poids. Elle ne pouvait plus initier le moindre mouvement qui lui ferait perdre toute maîtrise de lui-même. Il la clouait au matelas.

- Bon, dit la voix grave, désespérément raisonnable. Recommencez à respirer, maintenant.

Elle essaya inutilement de remuer. Une espèce d'affolement commandait ses gestes.

- Severus, s'il-vous-plaît.

Il lui cueillit le menton.

- Hermione, regardez-moi.

Elle s'immobilisa. Les prunelles d'onyx la scrutaient.

- Vous êtes inconfortable, n'est-ce pas? Souhaitez-vous que je me retire?

- Non.

Elle s'accrocha à lui.

- D'accord. Calmez-vous un peu. Nous allons prendre tout le temps dont vous avez besoin.

Il lui effleura le visage du bout des doigts, la gorge, le creux des clavicules, tout en observant ses réactions avec une attention soutenue. C'était trop lent. Trop intime. Elle avait du mal à respirer.

D'où venait cette espèce de sentiment étrange d'être entière, sans faux-semblants, chaque fois qu'elle se trouvait devant lui? Se retrouver elle-même était trop douloureux.

- Je… je n'y arriverai pas. S'il-vous-plaît, faites juste me sauter.

Le soupir de Severus comprima la poitrine d'Hermione. Il replaça une boucle de cheveux derrière son oreille.

- Non, dit-il finalement. Certainement pas.

Il se retira d'elle, avec lenteur, et l'écartèlement fit place à une sensation insupportable de manque.

Elle réalisa qu'elle pleurait. Les larmes coulaient le long de ses tempes.

Il roula sur le dos et la fit basculer sur lui. Elle se retrouva à nouveau enveloppée dans son étreinte, le ventre pressé contre son sexe palpitant, la tête enfouie au creux de son épaule. Elle tenta de contenir silencieusement son chagrin.

Severus resta immobile. Seuls ses pouces dessinaient des petits cercles par-dessus le chandail d'Hermione.

Elle essaya de parler.

- Pourquoi vous…

Sa voix se brisa.

- Pourquoi je quoi?

La voix grave vibra dans le corps d'Hermione.

- Pourquoi vous êtes si doux?

Il eut un petit reniflement, comme si la question était particulièrement insolite.

- Pourquoi pas?

Elle se mordit les lèvres pour retenir les sanglots qui voulaient lui secouer les épaules.

- Il est temps de laisser tomber votre armure, Hermione. Elle est trop lourde pour vous.

- Je ne peux pas. Je ne sais pas comment faire.

Elle se défit du refuge chaud de ses bras. Ses jambes et ses fesses nues furent parcourues de chair de poule. Elle ramassa maladroitement ses vêtements échoués sur le sol, les yeux aveuglés de larmes brûlantes.

L'instant d'après, elle avait disparu.