Bonjour à tous !

C'est avec le thème "Larmes" que je poursuis ce recueil. Je dois dire que j'ai longuement hésité avant de partir sur cette idée, mais je l'ai finalement fait. Comme je l'avais précisé dans la note d'auteur, je ne voulais pas faire de texte à base de relation creepy prof/élève. J'ai du mal à en lire et encore plus à en écrire, je trouve cela malsain pour tout un tas de raisons. Mais... Cette idée ne voulais pas sortir de ma tête et je pense qu'elle n'entre pas dans cette catégorie creepy que je déplore. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, et j'espère que ça vous plaira !

Bonne lecture.


In my life

Charlie Weasley me lance un regard en coin, il m'adresse un demi-sourire d'encouragement même s'il sait qu'il ne peut rien faire pour moi. J'ai envie de pleurer et je dois me concentrer de toutes mes forces pour m'en empêcher. Je dois tenir, ne pas craquer et surtout ne pas réagir. Mais c'est tellement dur. Il est là, devant moi, à regarder d'un œil dégouté le contenu de mon chaudron. Chaque mot qu'il prononce est une dague en moi(1). Son nez crochu se plisse légèrement, il cherche d'autres horreurs à me dire, de nouvelles façons de critiquer mon travail. Je n'en peux plus ! Quand cela va-t-il s'arrêter ?

Au bout d'un temps qui me semble interminable, il se détourne enfin et me laisse tranquille. La cloche sonne à peine quelques minutes plus tard et c'est dans une sorte de brouillard que je range toutes mes affaires et me précipite vers le couloir. Cela fait sept ans que je le connais, mais il parvient encore à me bouleverser. Je sens les larmes qui coulent sur mes joues, et les pas de Charlie qui me suivent. Il voudrait me consoler, mais il ne peut rien faire. Il ne peut pas comprendre.

Je me réfugie dans les toilettes des filles pour me débarrasser de lui et pour être enfin un peu seule. Charlie est mon meilleur ami, il me connait par cœur, mais je ne peux pas lui expliquer ce qu'il se passe. Il me prendrait pour une folle et se mettrait à me détester. Je le sais, au début j'ai tenté de lui faire comprendre mais il ne m'écoutait pas. Il se mettait à invectiver notre professeur en pensant que cela me remontrait le moral. Il était à mille lieux de réussir.

La vérité est que ce ne sont pas ses mots qui me blessent. Mais son regard. Il n'est pas déçu, ni en colère, juste indifférent. Et ça me tue. Il se fiche de savoir si je réussis ou pourquoi j'échoue, je suis transparente à ses yeux. Je ne suis qu'une parmi tant d'autres qui l'indiffèrent, il connait à peine mon nom et l'aura totalement oublié dès la fin de l'année.

Je dois garder le silence sur cette souffrance, car si j'en parlais, à Charlie ou à mes camarades de Poufsouffle, ils se moqueraient de moi. Ils diraient que ce n'est qu'une amourette d'adolescente, que cela n'a pas de sens, que ce n'est pas important. Mais je sais tout cela, et je sais que lorsque je quitterai ce château, j'oublierai aussi. Mais en attendant, cette souffrance est bien réelle.

Il n'est pas beau, il a un comportement abominable avec moi. Mais je n'y peux rien.

Lorsqu'il parle, je ne peux m'empêcher d'être hypnotisée. J'essaie d'écouter lorsqu'il nous fait cours, mais mon attention vacille au bout de seulement quelques secondes et je me fais bercer par cette voix profonde. Mes pensées m'échappent et j'ai toutes les difficultés du monde à retrouver ma concentration.

Lorsqu'il nous montre comment procéder pour préparer un ingrédient, ce sont ses mains que j'observe sans relâche. Chaque repli de peau m'est connu. Chaque geste semble parfaitement calculé et précis. Je pourrais le regarder pendant des heures sans me lasser. Ses mains, abimées par les années de travail, aux cicatrices et aux cors innombrables sont fascinantes. Même si je donne l'impression de suivre ses instructions, ce sont seulement ses mains que j'observe.

Plus d'une fois, j'ai cru être surprise par Charlie qui est bien trop perspicace à mon goût. A chaque fois qu'il m'adresse la parole à la sortie d'un cours de potion, je crains qu'il ne me pose des questions gênantes. Ce n'est pas encore arrivé pour le moment, mais j'ai peur.

Chaque jour qui passe me fait souffrir, tiraillée entre ce désir absurde et son indifférence glaciale, entre ma solitude et la crainte d'être découverte.


(1) Traduction des paroles prononcées par Eponine dans la chanson In my life de la comédie musicale Les Misérables (Every word he says is a dagger in me) et qui ont inspiré ce texte :)