Et me revoilà, EN TEMPS ET EN HEURE MES P'TITS POULETS

– Mes p'tits poulets…?

T'en fais pas mon p'tit Lulu, t'en fais pas partie.

– Mais merci bien! Ma topissitude toute infernale va très mal avec… un vulgaire gallinacé même pas foutu de tuer un homme.

Eh, insulte pas les poulets, j'te jure ça peut carrément être vicieux…

– … graaaaaaaaave, autant que les vers de terre quoi. Ça te dévore un être humain en cinq minutes chrono et ça ne te laisse que les os après, et encore. Trrrremblez devant les vers de terre.

… Mais c'est ça, fous toi de ma gueule…

J'vais m'gêner.

Pffff, moi j'en dis que t'es un bon gros pouletphobe… en fait.

*le Seigneur des Enfers se fait la facepalm la plus belle de la Galaxie et roule si fort des yeux dans ses orbites que ses globes oculaires vont se perdre quelque part en Tasmanie orientale*

ENFIN BREF! Laissons là poulets, vers de terre et autres chèvres (« … mais on causait pas de chèvres? ») (Lulu?) (« ouais? ») (la ferme, Lulu) et attaquons ce nouveau chapitre. Et pour ne pas changer, je n'en suis pas très satisfaite… Urgh, je vous jure, un jour je vais réussir à kiffer ce que je fais. Un jour. (« un jour méga lointain alors ») (*kebab de chèvre infernale*)

Bon et celui-là… J'ai pas arrêté de couper dedans ou de déplacer des passages ou carrément d'en ajouter, chose que, au final, je fais normalement très peu. En gros, le machin, c'est un puzzle de la mort… J'espère quand même qu'il vous plaira.

Allez, je ne vous en dit pas plus et je vous laisse attaquer le tout!

.

Sinon, évidemment, évidemment, un immense merci à Rizalone pour sa relecture toujours aussi salvatrice!

Et merci à VOUS, qui me laissez des reviews! Merci à Prapika (ta review m'a fait rougir de bonheur si, si, j'aime faire bobo à mes lecteurs héhé) (et awww, tous ces compliments, ça m'a fait fondre mon p'tit cœur tout mou!) et à Rizalone (vous finirez par savoir pour les cheveux de la Comète, promis, héhéhéééé) (ahlàlàlàààà, ça fait tellement bien de voir l'effet qu'on mes textes sur mes lecteurs adorés, j'vous jure, j'suis comme une gosse à trépigner partout)

.

Discalibur : je continue à m'amuser avec tous les personnages qui ont le malheur de traîner dans le coin, les miens ou ceux de Bleach, manga de Tite Kubo, je m'en donne à cœur joie.


Chapitre 116. Vous vous prenez pour des rois, vous n'êtes que mes jouets.


Shuuhei Hisagi, tour des Regrets, douzième étage, en face de la cellule de la Comète, les yeux maintenus clos par les doigts de cette femme.

.

Ça fait sens. Putain, tout ce qu'elle raconte fait sens. Ça se tient, aussi étrange que cela paraisse, ces histoires de gardiennes et de sentinelles et de montagnes qui font office de frontière entre deux mondes, ça se tient.

D'abord, les Montagnes. Personne n'y va jamais, vraiment. Personne n'aurait l'idée d'y aller, de base. À ma connaissance, le capitaine Muguruma est le seul à avoir jamais décidé d'y pénétrer de son plein gré, sans y être poussé ou fuir quoi que ce soit. Non, il y est entré comme il serait rentré dans son bureau de la capitainerie ou un bar underground de strip-tease gay, l'air de s'en tamponner le coquillard comme de son premier slip. Moi je l'ai suivi, certes, mais je le sentais vachement mal.

J'en avais peur. Je l'ai suivi parce qu'il est mon capitaine, parce que je ne pouvais le laisser entrer seul dans un lieu qui me hurlait « danger » comme un maniaque qui se serait coincé les couilles dans l'engrenage d'un camion-benne et parce qu'il est de mon devoir de le seconder et de le suivre à peu près partout tel un fidèle caniche en hakama. D'accord, d'accord, le lieu me fout la trouille depuis que j'ai appris à marcher, d'accord, j'avais toutes les raisons du monde de flipper gamin face à ces fameuses Montagnes Noires. C't'à dire que quand ce sont les pires truands, brigands et meurtriers psychopathes du pire coin de la Soul Society qui tremblent comme des feuilles à leur évocation, vous vous dites que ouais, doit y avoir une raison pour laquelle elles foutent autant la trouille à tout le monde. D'accord. N'empêche qu'au final, personne n'y est vraiment allé. Et tout le monde claquait quand même du fessier à leur évocation.

Il n'est pas anormal qu'en m'y retrouvant, cette vieille trouille de gosse faible et affamé se soit à nouveau emparée de moi. Mais à ce point…? Non, il y a quelque chose d'étrange là-dessous et maintenant que cette femme en cage me l'a fait remarquer, cela paraît presque évident. Il y a quelque chose, quelque chose qui repousse tous ceux qui voudraient pénétrer sur ce territoire. Sauf le capitaine Muguruma visiblement mais entêté comme il est lui, à partir du moment où il a décidé de quelque chose, c'est pas trois-quatre montagnes magiques qui vont l'en dissuader, je suppose. Balaise, j'vous dit.

Ce lieu ne voulait pas de nous, c'est clair, et à présent que j'y repense, je me demande si le fait que mon zanpakuto et celui du capitaine se soient brusquement retrouvés tous les deux H.S. n'est pas lié. Probablement que si. Parce que bonjour la coïncidence sinon. Je ne sais toujours pas ce qui est arrivé au Tachikaze du capitaine m'enfin ma Kazeshini s'est quand même fait croquer le bras par une montagne façon gore, supplément ketchup et option p'tits morceaux d'os en guise d'apéricubes. Niveau zarbi, ça se pose là quand même. Comme si on voulait nous empêcher de nous servir de nos sabres, tiens.

Et puis… Il y a eu ce glissement de terrain. Ce monumental glissement de terrain sorti du trou du cul du monde. J'veux bien que ce genre de phénomène arrive, qu'il ait suffisamment plu dans le coin dans les jours précédents pour l'expliquer m'enfin tout de même, faut reconnaître que c'était hautement suspect tout ça. Sans déconner, Kazeshini perçoit un flux d'énergie qui remonte de la base de la montagne vers son sommet, se fait à moité arracher le bras juste après, un tremblement de terre secoue tout le bled pis bim, glissement de terrain ?! C'est de l'acharnement à ce niveau-là. Et surtout, c'est carrément suspect.

Supposition à deux balles : la montagne voulait se débarrasser de nous. Elle a voulu nous empêcher d'entrer comme elle empêche quiconque d'entrer mais ça n'a pas suffi. Elle a mis hors-jeu nos sabres mais ça n'a pas suffi. La terre a tremblé mais ça n'a pas suffi. Et finalement, il a fallu un glissement de terrain pour qu'elle réussisse à nous foutre dehors pour de bon. Ouaaaaaais, ça fait un peu tiré par les cheveux comme hypothèse mais… Ça se tient. C'est ça qui est dingue. Ça se tient. Et je n'ai rien d'autre pour expliquer ce qui s'est passé à part qu'on s'est fait victimiser par la malchance. Possible aussi hein, m'enfin, à ce niveau-là, c'est de l'acharnement plus que suspect. « Ces montagnes nous sont étranges, hostiles, parce que nous ne sommes pas supposés y aller, voilà tout. » Ça se tient.

Le seul grain de sable dans sa théorie – qui pour elle n'en est pas une mais est bel et bien la vérité, je le vois dans son regard – c'est la gamine aux cheveux rouges. Parce que visiblement, c'te gosse vit dans ces montagnes… Et celles-ci n'ont pas l'air d'avoir envie de lui coller des éboulements, avalanches et autres couilles cosmiques sur le coin de la gueule.

Ou alors, hypothèse qui me paraît quand même un peu improbable, cette gosse est ce que la Comète appelle une Gardienne, si j'ai bien tout suivi. Des genres de créatures surnaturelles qui habiteraient ces Montagnes et qui correspondraient aux fameux Balancers dont un vieux prof décati nous a un jour parlé en classe, rapidement, avec zéro motivation et entre deux pauses cafés apparemment amplement méritées.

Je m'en souviens assez bien, parce que c'était un des premiers cours à Shin'Ô et aussi parce qu'un jour, un de mes potes de promotion avait fait remarquer que c'était chelou qu'on n'en ait jamais reparlé. Jamais de chez jamais. Ça m'avait intrigué et j'avais rapidement jeté un œil à quelques manuels de cours à la bibli mais c'était à chaque fois la même chose ; un ou deux paragraphes, jamais plus d'une page et puis rien. Visiblement, c'était juste un outil pédagogique et ce qu'on en avait retenu ben, c'est que ces Balancers, c'était nous puisque notre taf de shinigami implique de veiller à l'équilibre des âmes. Du coup… J'avoue qu'on a un peu tous mis cette info dans un coin de notre tête et puis c'est tout.

Et voilà que la Comète, cette femme immonde désormais coincée dans une cellule isolée, vient m'expliquer que ces gardiens de l'équilibre existent bel et bien et que c'est carrément une espèce à part. Là, c'est balaise. Presque trop balaise pour être plausible, j'ai envie de dire. Des créatures qui changent de forme ? Ça n'existe pas un truc pareil, ça n'existe que dans les histoires. Et il y en avait plein, de ces métamorphes dans ses histoires à elle… Toujours des femmes d'ailleurs, avec une apparence presque humaine, toujours inquiétantes et qui foutaient une trouille pas possible. Toutes ces histoires se terminaient par quelqu'un se faisant bouffer vivant, tu m'étonnes que ça foute la trouille.

Chaque histoire variait un peu mais il y avait toujours des tigres qui traînaient à un moment ou à un autre au milieu de ce festival de l'horreur et de l'hémoglobine. Ces femmes, elle nous les décrivait comme ayant des yeux fendus, des cheveux voletant dans le vent alors même qu'il n'y avait aucun vent, des marques noires sur la peau rappelant les rayures des tigres, une queue fouettant l'air derrière elles… Ça serait donc à ça que ressemblent ces Gardiennes dont elle me parle ?

« Les Gardiennes ont trois formes » Mmm, des métamorphes… Comme les Shihoîn. C'est complètement dingue. Une forme de tigre, comme ceux qu'on a vu avec le capitaine Muguruma, je pense à l'énorme blanc ou celui au pelage noir, bien monstrueux comme il faut, comme Yoruichi Shihoîn a une forme de chat parlant. C'est complètement putain de dingue. Oui, ça se tient, d'accord des humains peuvent changer d'apparence et passer de nana super sexy à p'tit chat trop mignon en un clignement d'œil, d'accord, d'accord, d'accord…! Ça je veux bien l'admettre. Le coup des montagnes magiques qui n'aiment personne, ça aussi, tant qu'on y est, je peux l'admettre. Des montagnes qu'aiment pas les gens, en vrai, j'peux les comprendre.

Tout ça, ça me paraît possible, tout simplement parce que j'en ai fait l'expérience moi-même. Mais passer d'une femme capable de devenir un chat parlant à un putain de peuple que personne n'a jamais vu capable de se transformer en tigre – d'accord, c'est des genres de chats sous stéroïdes version bestiole capable de vous décapiter d'un coup de pattes pour le petit déj' m'enfin c'est quand même un sacré level up – faut reconnaître que c'est plutôt gros à avaler. C'est même carrément énorme.

Et en plus, on ne parlerait pas seulement de femmes capables de prendre une seule autre apparence mais deux autres ?! Tout ça, toute cette histoire de Balancers, de Gardiennes et de Sentinelles, ça me paraît… presque impossible à croire. Ça sort de nulle part, de complètement nulle part. Jamais au grand jamais n'ai-je entendu parler au Seireitei de quoi que ce soit venant corroborer l'existence d'un… peuple planqué dans les Montagnes Noires. C'est totalement fou.

Mais la question n'est pas vraiment là au fond, la question c'est : est-ce que je la crois ? Est-ce que je crois la Comète et tout ce qu'elle me raconte ? Putain. Je sais que je devrais me méfier, que je devrais avoir des doutes, des tonnes de doutes mais il semblerait que je sois le seul type assez allumé de tout ce coin de l'univers pour accorder foi aux paroles d'une putain de tueuse en série sadique et pédophile. Wouhouuu, Shuuhei champion.

Parce que je ne peux pas m'empêcher d'y croire, à toute cette histoire de dingues… Bien sûr que c'est fou, bien sûr que je n'ai rien qui puisse me prouver la réalité de ses propos. Mais au fond de moi, je le sais, je n'y peux rien, je ne peux pas m'empêcher de me dire que toute cette histoire de Balancers vivant sur les Montagnes Noires est vraie. Que des créatures surnaturelles, là-bas, veillent sur l'équilibre de notre monde et du monde terrestre. Des créatures à la fois humaines, animales… Et monstrueuses.

Pas ma faute, j'ai toujours cette putain de certitude qu'elle ne me mentira jamais. La Comète ne me ment pas, elle l'a toujours répété. Et jusqu'à aujourd'hui, tout ce qu'elle m'a dit s'est toujours vérifié. Je me doute bien qu'elle ne me dit pas tout mais je suis à peu près certain que tout ce qui sort de sa bouche lorsqu'elle s'adresse à moi est vrai. Je suis bien conscient que je devrais me méfier mais voilà, j'ai cette certitude au fond de moi qu'elle ne me ment pas. C'est peut-être con n'empêche que c'est là et que je n'y peux rien.

J'ai du mal à totalement croire à cette histoire de Gardiennes et même si elle paraît complètement dingue, je reconnais qu'elle se tient. Du point de vue de quelqu'un du Seireitei, non, le tout sonne comme une fable, tout comme les Balancers nous paraissaient complètement bidons à Shin'Ô. Mais pour quelqu'un du Rukongai, pour quelqu'un qui a grandi baigné dans la peur et les légendes des Montagnes Noires, bordel de dieux oui, ça se tient. Ça fait même sens de se dire que tout ça, toute cette méfiance et cette crainte des Montagnes, toutes ces légendes et tous ces racontars, qu'ils sortent de la bouche de la Comète ou d'un autre, ça vient d'une réalité, de quelque chose de concret et de bien tangible : les montagnes sont peuplées de monstres. Voilà.

Des monstres qui rôdent là-bas, les monstres de mes cauchemars d'enfant qui sont en réalité des êtres de chair et de sang… Ils existent pour de bon. D'accord, je n'ai aucune preuve, d'accord ça paraît complètement dingue tout ça mais… Je… Ça se tient. Tout ça se tient. Et la Comète ne me ment pas. Elle ne me ment pas, elle ne me ment pas, elle ne me ment pas… Jamais. Elle a besoin que je fasse confiance à ce qu'elle me dit, elle aurait bien moins pris son pied si je m'étais davantage méfié. Elle avait besoin que je boive la moindre de ses paroles, alors elle ne m'a jamais menti. Elle avait besoin que le moindre mot sortant de sa bouche immonde lors de ses interrogatoires vienne me poignarder directement en plein cœur. Elle a besoin de moi, parce que je suis le seul de ses… enfants… Qu'elle peut encore approcher.

Même si j'ai du mal à totalement, pleinement, croire soudain à toute cette histoire, je… Quelque part au fond de moi, je sais déjà qu'elle me dit la vérité. Probablement pas toute la vérité… Mais la vérité quand même. Autrement dit… Tous les monstres de mes cauchemars sont réels. Un long frisson descend le long de ma colonne vertébrale, un frisson d'une peur primale que je n'avais pas ressenti depuis longtemps.

Les monstres existent. Les vrais monstres, les créatures inhumaines, les monstres qui se cachent dans le noir et rôdent dans les ombres, ceux qui peuplaient nos cauchemars de gosses, mes cauchemars, ceux-là sont bien réels. Bien vivants, bien dangereux. En un sens, la Comète est un monstre, mais elle n'est qu'humaine. Elle est folle, tarée, immonde, plus que dérangée, une insulte au genre humain peut-être mais au final, elle n'est qu'humaine. Un monstre à visage humain, somme toute. Mais elle n'est pas un vrai monstre, elle n'a ni crocs ni griffes ni apparence terrifiante… Elle a quelque chose de monstrueux oui, mais elle n'est pas un monstre. Pas un vrai.

Ceux-là ne devraient exister que dans les cauchemars, les hallucinations horrifiées, les contes et les légendes, c'est tout, rien de plus, ils devraient rester à jamais intangibles et jamais, jamais, jamais par tous les cieux mettre un pied dans la réalité, marcher parmi nous comme si de rien n'était… Non, non, non. Je sens que toute cette histoire est vraie et, malgré tout, malgré le nombre d'années qui me séparent de mon enfance et de ma peur des monstres des légendes de la Comète, le tout réveille ma peur, cette peur si simple et si puissante. Rien qui ne risque de me submerger mais cette peur, cette peur…!

Un nouveau frisson glisse le long de ma colonne vertébrale. Aussitôt, les pouces de la Comète, qui se trouvent toujours sur mes paupières, me maintenant de force dans le noir, appuient brusquement sur mes yeux clos.

– Aïe !

L'expression de douleur m'échappe par réflexe, avant que je ne parvienne à m'en empêcher sachant pertinemment que cette connasse se délecte de tout ce que je peux laisser transparaître. Immédiatement, je sens le reiatsu du capitaine Muguruma gonfler d'une colère assez indéniable. L'est à deux doigts d'exploser, notre grognon préféré, haha. Tout ce que j'espère, c'est qu'il continuera à se taire et à ne rien faire tant qu'on ne sera pas sortis d'ici. Quelque part, je suis content qu'il ne contienne pas totalement son reiatsu – ce que je sais qu'il est parfaitement capable de faire, c'est un capitaine nom de dieux, pas un vague touriste qui se serait égaré au sein des armées de la cour – et qu'il le laisse filtrer en vagues régulières. C'est con mais comme ça, je suis en permanence conscient qu'il est là.

Je… Je ne sais pas, peut-être que j'aurais préféré être seul face à la Comète, qu'il ne soit pas là lui aussi, à mes côtés, je ne sais plus vraiment où j'en suis de ce côté-là d'ailleurs mais il se trouve ici avec moi, que je le veuille ou non. Et plongé dans le noir, j'avoue que le sentir juste à côté de moi est, étonnamment, ben… rassurant. Tout bêtement. Surtout que la Comète semble ne lui prêter aucune attention, je ne m'y attendais pas. Jusqu'ici, elle se contente de jouer avec moi, ne fait aucune remarque à propos de sa présence.

Pourtant, je sais qu'elle aime avoir des témoins… Ou plutôt, elle aime que chacune de ses victimes soit parfaitement consciente que ses souffrances sont exposées à la vue de quelqu'un d'autre. En gros, elle prend son pied à torturer ses victimes devant d'autres – futures – victimes. C'est pour ça qu'elle était encore plus extatique pendant nos entretiens lorsqu'elle comprenait que le capitaine Tôsen était de l'autre côté de la vitre sans teint. C'était dans ces moments-là qu'elle adorait détailler tout ce qu'elle avait prévu de me faire subir.

Une grimace douloureuse m'échappe et je ne peux m'empêcher de froncer les sourcils. Je sais qu'elle aimait bien crever les yeux de certaines de ses victimes mais la pression sur mes yeux s'est arrêtée presque aussitôt, elle a juste appuyé un coup sec. Et je ne suis pas sûr de comprendre les raisons derrière son geste.

– C'était pourquoi, ça ?! je grogne, appréciant peu – c'est que ça fait mal, merde. Déjà que je vous laisse garder vos mains sur mes yeux, vous pourriez…

– Silence.

Sa voix me glace le sang. Elle est… infiniment froide. Pas amusée, ni moqueuse, ni joueuse, ni même tout simplement mesquine, non tout ça a disparu de ses intonations. Sa voix est juste glaciale… furieuse. Je déglutis. En temps normal, la Comète est déjà flippante en tant que telle, même coincée derrière des barreaux, mais alors la Comète en colère, c'est carrément autre chose. Je sais qu'elle est derrière des barreaux, qu'importe qu'elle ait ses mains sur ma peau ou pas, n'empêche que là tout de suite je suis plongé dans le noir et que je vois que dalle. J'entrouvre la bouche pour une nouvelle fois protester en grognant, pour lui demander d'ôter ses foutus pouces de mes yeux, de me laisser voir, d'arrêter de me garder dans le noir putain, mais elle me coupe avant que je ne prononce le moindre mot.

– Silence. J'ai dit. siffle-t-elle de la même voix froide.

Je ne comprends pas, elle a l'air… en colère. Sauf que je ne vois pas pourquoi, d'un seul coup comme ça, elle se fout en rogne. Ça, ça ne fait pas sens, je ne…

– Shuuhei, Shuuhei, voyons… gronde-t-elle, toujours sans la moindre trace de sourire dans sa voix. C'est hors de question… Hors de question…

Une vague pointe d'inquiétude me prend. Bon, je sais que je ne risque rien. Ça n'empêche que c'est la Comète. La femme qui m'a toujours souri… à quelques rares exceptions. Et sa voix furieuse n'est pas particulièrement quelque chose qui me rappelle de bonnes choses.

– Hors de question que quoi ? je fais finalement, cette fois d'une voix la plus neutre possible.

Elle joue avec moi, je le sais. Mais surtout, je sais qu'elle n'est pas non plus la manipulatrice qu'elle croit. Au final, elle se laisse beaucoup mener par ses émotions, bien plus que ce qu'elle pense. Alors ça ne sert à rien que je laisse ma voix gronder ou sonner agacée ou quoi que ce soit à vrai dire, ça ne ferait que l'énerver d'avantage. Et plus elle s'énerve, moins elle parle or moi, j'ai encore besoin qu'elle cause.

– Que tu m'échappes… gronde-t-elle.

… Je ne comprends toujours rien à ce qu'elle raconte. J'adore.

– Tu es à moi Shuuhei, je te le répète…

Bah bieeen sûr tiens. Cause toujours connasse.

– Il est… hors de question, tu m'entends… absolument hors de question que tu m'échappes…

… Oooh. Oh je crois que j'ai compris.

– Je suis toujours là. je siffle.

– Ta peur est à moi. gronde-t-elle aussitôt, appuyant à nouveau sur mes yeux en un geste sec.

Mais aïe, merde! C'est bien ce que je pensais. Elle a compris la cause de mes deux frissons, elle a compris que c'était la peur des monstres, la peur des créatures… Et pas ma peur d'elle. C'est ça qui la fout en rogne. Elle n'aime pas partager, hahaha.

– Vous inquiétez pas pour ça… je lâche, le souffle un peu court.

Pas besoin de me forcer pour laisser un peu plus transparaître ce que je ressens alors que cette femme immonde a toujours ses mains sur moi, ces mêmes mains qui ont causé toutes ces horreurs, toutes ces souffrances… D'un geste sec, elle retire ses pouces de mes yeux après une dernière pression douloureuse et je peux enfin les rouvrir, laissant la lumière m'aveugler quelques instants avant que tout ne revienne à la normale. Et la première chose que je vois, c'est son regard immonde absolument furieux. Je… Je déglutis douloureusement et je sens une nouvelle fois le besoin de retirer ma tête de sa prise, de m'écarter de cette femme.

Tout de suite.

Je l'ai déjà vu furieuse oui, le jour où on l'a arrêtée, mais jamais, jamais, jamais avec ses mains sur ma peau… Jamais elle ne m'a touché avec un tel regard, jamais elle n'a…

– Oui, voilà, c'est mieux ainsi… siffle-t-elle sans que la colère qui l'a prise ne quitte ses traits.

Ses ongles s'enfoncent dans ma peau, appuyant contre mes pommettes, là où l'os sous les chairs est le plus proche de la surface.

– Bien, bien mieux ainsi…

Sa voix n'est plus qu'un souffle grondant qui fait froid dans le dos et je sens ma mâchoire se crisper brusquement presque par réflexe.

– C'est de moi Shuuhei… de moi… que tu dois avoir peur. D'accord ? Tu es à moi.

Et visiblement, elle déteste l'idée de perdre ses jouets.

– Tu m'entends, Shuuhei ? gronde-t-elle en fixant sur moi son regard brûlant de haine. Jusqu'au jour de ta mort, tu es à moi. Tu m'appartiens.

Je voudrais répliquer, nier, dire quelque chose, n'importe quoi, mais ma gorge est sèche, ma bouche paralysée, ma voix incapable de franchir mes lèvres.

.

.

.

La Comète.

Pour qui est-ce qu'il se prend, ce fichu gamin ? Pour qui est-ce qu'il me prend ?! Shuuhei ! Je devrais te crever les yeux pour ça. Comment oses-tu, comment oses-tu… ? Avoir peur des créatures ?! Alors que je me trouve là, que je suis là, que je te tiens entre mes mains ?!

– Elles ? C'est d'elles que tu as peur… ? je gronde et je vois la lueur de peur qui brille de plus en plus au fond de ses pupilles.

Comment est-ce que tu peux me faire ça, pauvre idiot ? Moi, moi, moi… ! Je suis bien plus terrifiante que ces idiotes planquées sur leurs Montagnes ! Évidemment que c'est de moi qu'il devrait avoir peur. Pas d'elles, de moi ! Il est à moi, Shuuhei est à moi, uniquement à moi… !

– Alors que tu sais Shuuhei, tu sais… Mieux que quiconque, tu sais ce que je suis capable de faire… je siffle, continuant à agripper son visage de toutes mes forces. Tu aurais besoin que je te le rappelle ?

Devant moi, je vois ses yeux sombres s'écarquiller. Voilà, comme ça mon tout beau, c'est bien mieux ainsi ! Cela fait longtemps, si longtemps que je n'ai pas pu tout te décrire à nouveau… Ces interrogatoires étaient un délice, ton horreur était la plus belle et la plus précieuse des choses que tu pouvais m'offrir.

– Depuis toutes ces années mon garçon, tu as dû oublier bien des détails, n'est-ce pas… ?

Non.

Sa voix n'est qu'un souffle, rauque, presque sans vie, sans aucune force.

– Je pourrais tout te détailler à nouveau, tu sais… C'est qu'il faut faire durer le plaisir, n'est-ce pas ?

Son visage blêmit encore d'un cran. Et ça, c'est parfaitement ce qu'il me faut.

– Comprends moi… je reprends d'un air doux tout en laissant ma voix siffler d'un air menaçant.

Tu n'aurais jamais dû faire l'erreur d'avoir peur de qui que ce soit d'autre que moi, Shuuhei. Tout se paye.

– Ton nouveau capitaine, il faut bien que je le tienne au courant…

Fermez là ou je vous tue.

Quoi… ? Je ne…

Le ton de sa voix me prend au dépourvu. Il me menace ? Lui ?! Ce simple enfant, ce minuscule morveux, il me menace, moi ?! La Comète ?! Une pointe de rage commence à monter en moi et je m'apprête à ouvrir la bouche pour répliquer mais quelque chose m'arrête. Quelque chose dans son regard. La promesse qu'il compte vraiment me tuer si je recommence à décrire ce dont j'ai tant rêvé. Il me fixe de ses yeux noirs et il y a une rage sans fond qui y brille, une rage qui me tétanise. Une rage nourrie par une terreur sans faille.

Moi, mourir… Moi ? Je ne… Je ne veux pas mourir. Je ne…

– On est d'accord ? reprend-t-il avec une voix tremblante, à la fois de peur et de fureur. Pas un mot là-dessus. Vous avez déjà vidé votre sac une fois, alors ça suffit. Je refuse d'écouter ça à nouveau.

Je cligne lentement des yeux, le cœur battant la chamade et un léger tremblement ayant pris mes jambes, reconnaissant ma défaite. À avoir mes mains sur lui, j'en ai presque oublié qu'il n'est plus un enfant et que surtout, surtout, je suis derrière les barreaux. Ce n'est plus moi qui ai le contrôle. Je ne suis plus… Me concentrant sur la sensation chaude et si douce que me renvoient mes paumes, je soupire de rage. Foutus barreaux. Foutue cage, foutus shinigamis.

– Tu veux que je me taise, donc… ?

– Oh non, pas de ça avec moi ! J'ai rempli ma part du marché, à votre tour de terminer !

– Tsss… Tu en as du culot.

– Me prenez pas pour plus con que je ne le suis… siffle-t-il. Vous avez encore des choses à me dire sur ces créatures. Alors videz votre sac, c'est un ordre !

– Aaaah, un ordre… je fais en soupirant profondément. Dans ton bel uniforme de shinigami… Vous me faites bien rire, avec votre Gotei, avec votre Seireitei. Vous et vos leçons de morale, vos grands discours et vos prétentions alors que vous ne savez rien, que vous ne voyez rien, vous ne pouvez rien! Vous n'êtes que des idiots…

Foutu Seireitei et foutus shinigamis. Sans eux, je serais en paix, avec mes enfants et mon bonheur, mes dents et mon plaisir. Ma voix tourne peu à peu au sifflement de mauvaise augure.

– Vous voulez nous éduquer, nous surveiller, nous montrer le droit chemin, mais de quel droit… ? Qui êtes vous pour prétendre nous dire comment vivre ? Nous ne vous avons pas choisi, nous n'avons jamais voulu de vous… Vous vous prenez pour des rois, vous n'êtes que mes jouets.

Il me fusille du regard et je le sens, il se retient tout juste de répliquer quelque chose. Bien Shuuhei, bien… Garde donc cette bouche close pour le moment, mon beau, mon brave, mon parfait garçon.

– De quel droit m'enfermez vous ici, je susurre, alors que c'est moi qui vient vous apprendre qui vous êtes et comment fonctionne ce monde sur lequel vous prétendez régner… ?

Mes ongles s'enfoncent encore un peu plus dans la chair de Shuuhei et je laisse dans mon sillage, sur sa belle joue qu'il a eu l'idiotie de tatouer, deux longue égratignures rougeâtres. Cette peau est à moi, nul autre que moi n'aurait jamais dû la toucher, la modifier, l'abîmer.

– Vous ne savez même pas qui vous êtes, et comment ce monde fonctionne.

Je me tais un instant, savourant la vision de ces deux balafres légères sur cette joue si tendre. Oh que j'aimerais la taillader, la découper, la recouvrir de rouge et venir goûter son sang en passant lentement ma langue sur la plaie chaude… Il ne dit rien, ne bouge pas. Tu peux essayer de la cacher Shuuhei mais moi je la vois parfaitement, cette lueur de peur que tu contiens à peine au fond de tes yeux. Tu n'es encore qu'un enfant.

– Vous n'êtes que des idiots… Mais, puisque tu m'as donné quelque chose, je consens à t'expliquer tout ça. Parce que je t'aime beaucoup, mon beau Shuuhei…

Quelques secondes passent tandis que je m'amuse à repasser le bout de mes doigts sur la peau à vif que je viens de lui griffer.

– Alors mon garçon, je crache, que veux-tu savoir de plus ?

– Une dernière chose… Comment savez-vous tout ça à propos d'elle et… Non, attendez, d'abord, pourquoi utilisez-vous tout le temps le féminin ? Il n'y a pas d'hommes parmi ces Gardiennes de l'équilibre ?

– Oh si, si, je fais en haussant les épaules d'un geste agacé. Il y a des mâles parmi ce peuple mais… Ils sont plus rares.

Un léger sourire m'échappe en repensant à ce détail.

– Et ce qui est rare… je fais tandis que mon sourire s'agrandit de plus belle.

– Espèce de tarée! lâche-t-il brusquement, me surprenant. C'est pour ça ?!

Avec un léger recul, je penche la tête sur le côté, surprise mais pressentant ce qu'il a compris.

– Pour ça que quoi, mon tout beau ?

– Que vous en savez autant sur elles ?! Vous avez…

– Quoi mon garçon ? Poursuis donc… Poursuis.

– Vous vouliez prendre un de leurs enfants !

Mon sourire s'agrandit encore un peu plus, dévoilant toutes mes dents.

– Tu vois quand tu veux…

Je le regarde d'un air mauvais, savourant ce que je peux encore savourer, sachant pertinemment que cet instant si précieux ne va pas tarder à se terminer.

– C'est cette tigresse Shuuhei, c'est elle… Ce monstre blanc, qui a manqué de me tuer… Elle est devenue mon obsession. J'avais eu tellement peur, tu comprends, peur de souffrir, que je craignais en permanence de la voir revenir. Alors j'ai eu besoin de comprendre ce qu'elle était, d'où elle venait. Et c'est ce que j'ai pu découvrir, des années et des années plus tard, a comblé mon cœur de bonheur.

Je laisse mes doigts repasser sur ses deux égratignures, lui arrachant une délicieuse grimace de douleur.

– J'avais déjà eu plein d'enfants alors mais j'avais besoin de plus… Je cherchais… de la nouveauté ?

Je crois que je commençais à me lasser de mon quotidien. J'ai tenté plusieurs expéditions mais jamais je n'ai réussi à obtenir ce que je voulais.

– Il faut varier les plaisirs, tu comprends.

– Espèce d'immonde… !

– Oh mais Shuuhei, imagine les possibilités ! J'aurais pu écorcher leur peau de tigre et les forcer à reprendre forme humaine, briser leurs os et les observer se métamorphoser d'os humains à os animaux, arracher leurs crocs de bêtes immondes, arracher leurs griffes, prendre leur peau tigrée, dessiner les mêmes rayures sur leur peau humaine, j'aurais pu… Oh, tant de choses. Tellement de possibilités.

Ah si tu savais ce dont j'aurais été capable pour mettre la main sur l'un d'entre eux… Beaucoup, j'aurais été capable de beaucoup. J'ai toujours dit que chaque enfant est unique – ce qui est parfaitement vrai – et chacun d'entre eux peut m'offrir ce dont j'ai besoin, cette souffrance si douce et si belle qui me satisfait tant. Chacun est unique et une multitude de plaisirs m'est possible à partir du moment où je mets la main sur eux, oui, oui. Évidemment, mais…

On ne dirait peut-être pas à me voir comme ça, mais je ne suis pas toute jeune. Des enfants, j'en ai eu toute ma vie. J'en ai toujours eu, si on exclut ma prime jeunesse et, eh bien, ce fichu emprisonnement qui dure, dure, dure et m'empoisonne la vie, me laissant crever à petit feu loin de mes chers enfants. Alors oui, j'en ai eu beaucoup. Et même si j'ai aimé chacun d'entre eux, eh bien… Je le reconnais, parfois, une certaine lassitude venait me prendre. Cela… se répétait un peu trop. Il faut bien un peu de nouveauté de temps en temps, que diable !

J'ai bien essayé de prendre des filles, une ou deux fois, mais rien n'y fait, elles ne m'intéressaient absolument pas. À chaque fois, incapable de savoir qu'en faire ou de les trouver un tant soit peu intéressantes, je les ai tuées très vite. Mes garçons différaient tous les uns des autres mais au final, un corps reste un corps… Au bout d'un moment, on en a un peu la sensation d'avoir fait le tour. Oh, évidemment, j'ai testé différentes méthodes, différents outils… Ce qui m'importe au final, c'est leur douleur, leur lente destruction avant que je décide finalement de mettre fin à leurs jours. Mais oui, parfois, eh bien, je m'ennuyais un peu.

Et puis ce fauve, ce fauve… Cette immense bête qui avait tenu ma vie, ma souffrance entre ses crocs et qui avait brusquement décidé de me laisser retomber, de m'oublier, de passer son chemin… Pas moyen de me l'ôter de la tête, ni elle ni mon impuissance. Ni son petit, ce tout petit animal dans sa bouche. Alors, évidemment, à force de chercher à comprendre ce qu'était ce foutu monstre sorti du blizzard comme de mes cauchemars, quand j'ai appris que c'était une métamorphe… ! Ce petit, dans sa gueule, tenu par la peau du cou, entre ses crocs, entre ses dents, c'était un enfant.

Il me fallait cet enfant.

Par fascination, par vengeance, oh par tous les cieux que je voulais cet enfant-là ! N'importe lequel de leurs petits aurait fait l'affaire, il m'en fallait un. Cet enfant métamorphe. À moi, à moi, à moi. Un enfant… L'enfant de celle qui a défiguré à jamais mon bras, me poussant à cacher ma peau pour que jamais, jamais les enfants ne prennent peur en voyant toutes ces cicatrices… Un enfant surnaturel, le fils d'une créature magique, d'une esprit protecteur… Un enfant métamorphe, un petit garçon exceptionnel… Évidemment qu'il me le fallait.

À force d'entendre parler de ces créatures uniquement ou presque au féminin, j'ai eu peur qu'elles ne soient que des femelles… Mais les mâles existent aussi chez eux. Plus rares, certes mais… Ce qui est rare a d'autant plus de valeur, n'est-ce pas ? Il me fallait un de ces petits garçons et j'étais prête à tout pour avoir le privilège d'en posséder un, rien que pour mon bon plaisir. J'ai monté plusieurs expéditions là-bas, pour tenter d'en récupérer un, toutes infructueuses… Et si tout avait pu tourner simplement autour de ma proie, lors de ces expéditions ! Mais non, d'autres éléments sont venus s'en mêler… Rien ne s'est jamais passé comme prévu et je n'ai jamais pu obtenir ce que je voulais… Au contraire, j'ai beaucoup perdu avec ces expéditions… Beaucoup, beaucoup trop. Tout ça n'en valait pas la peine et j'ai fini par tirer un trait sur mon beau petit garçon tigre.

Mes doigts repassent doucement sur les lèvres de mon beau Shuuhei. Il a eu les informations qu'il voulait et je le vois, il est à bout. Je n'ai plus que quelques minutes à savourer. Il cligne des yeux, comme s'il venait de comprendre quelque chose.

– Vous aviez des complices… souffle-t-il. Vous êtes incapable de vous défendre seule, vous aviez des complices.

Amusée, je ris d'un air froid.

– Évidemment.

– Vous ne me l'avez jamais dit lors de vos interrogatoires !

– As-tu une seule fois posé la question ?

– Je vous emmerde ! Qui ?! Je veux savoir qui !

Je hausse les épaules. Pardon mon grand, mais je vais te mentir. Tu comprends, je dois les protéger… Je dois le protéger lui, mon enfant.

– Des mercenaires quand je pouvais en payer, des paumés que je pouvais manipuler…

Et mon enfant parfait, toujours. Lui, pardon oh mon Shuuhei, je ne te le donnerai pas. Lui Shuuhei, je ne t'en parlerai jamais. Lui, il est à moi. Bien plus qu'aucun autre de mes enfants. Et jamais il ne m'aurait laissé aller seule sur ces Montagnes.

– Des noms, je veux des noms !

– Comme si je m'en souvenais !

– Qui a placé les sortilèges autour de chez vous, qui ?! Qui a protégé l'immondice que vous êtes ?! Vous aviez éludé la question à l'époque, ne répondant jamais ! Maintenant, ça suffit !

– Shuuhei, tss, tss, un peu de calme…

– Je vous emmerde.

Mais si c'est un nom que tu veux mon tout beau… Ah, je peux t'en donner un. À l'époque, pendant ces interrogatoires, je l'avais protégée et j'avais mes raisons pour ça. Mais depuis, beaucoup de choses ont changé… Et aujourd'hui, je donnerai tout l'or du monde pour mettre mes mains sur cette petite salope et l'éventrer lentement de l'utérus à l'œsophage, en prenant tout mon temps.

– Mmmmm, je fais d'un air doucereux, j'ai bien un nom qui me remonte en tête, celui d'une femme… Celle qui m'a installée ces sortilèges, qui m'a aidée à me cacher, à me dissimuler à votre vue pendant si longtemps pendant que je m'amusais avec mes beaux enfants… C'était il y a si longtemps Shuuhei…

– Donnez moi ce foutu nom !

Ahhh, je ris tellement de sa colère, de sa frustration… ! Que c'est si bon à voir !

– Oh, je ne me rappelle plus… Hmm, quelque chose comme… Raede ? Kaede… ? Aaah, oui, c'est ça… Kaede… Kaede quelque chose, hmm… Kaede A… non, vraiment, je ne sais plus…

Oh Shuuhei, laisse moi encore profiter de ce moment… Encore un petit peu, encore un petit peu…

– Kaede Ama… Amadoru, peut-être ?

Je rigole doucement. Évidemment que je me souviens parfaitement du nom de cette sale traînée.

– Ou non, Kaede Amaikoru… ? Ah vraiment, ça m'échappe… Kaede Amai…

– Amaikoddoku ?

… Pardon ?!

Ébahie, sonnée par ce nom que je viens d'entendre pour la première fois depuis bien des années, je me tourne brusquement vers celui qui vient de parler, ce capitaine idiot qui a osé me faire mal tout à l'heure et dont j'avais presque oublié la présence, trop obnubilée par celle de mon précieux Shuuhei.

– Comment connais-tu ce nom, toi… ? je lâche, parfaitement stupéfaite et prise de court.

C'est impossible, il ne peut pas connaître ce nom… Non, non, bien sûr que non, il ne peut pas savoir qui elle est, personne ne peut, c'est… Personne ne peut connaître ce nom, plus personne. Impossible, impossible, impossible…

Soudain, un détail me revient en mémoire. Un minuscule et infime détail qui m'avait presque échappé. Un tout petit quelque chose perdu au milieu de tous mes souvenirs. Ça ne se peut… Mon regard bleu écarquillé figé sur cet homme à la large carrure devant moi, je recule d'un pas. Ça n'est pas possible…

.

.

.

Shuuhei.

Bouillant d'une rage monumentale, contre elle, contre moi, contre le monde entier, je serre mes poings à m'en faire mal, pour me retenir de les fracasser sur quelque chose, n'importe quoi. Je suis un idiot ! Le dernier des cons ! Elle avait des complices, c'était évident, cette foutue salope n'aurait jamais survécu sur les Montagnes seule, c'est impossible. Mais quel idiot, quel idiot, quel idiot bordel de merde !

Intérieurement, je jure une énième fois, furieux contre moi-même. Ces foutus sortilèges autour de chez elle, on n'avait jamais réussi à lui faire dire qui les avait placés. Elle avait tant et tant éludé la question qu'on avait fini par en déduire qu'elle avait trouvé cette maison telle quelle et qu'elle avait décidé d'y emménager histoire de rester le plus possible à l'écart des regards. Tu parles !

Je n'en reviens pas qu'on soit passés à côté de ça. Bien sûr qu'on s'est posé la question, il y avait tant de fosses creusées… Et puis une femme seule, transportant de la nourriture et toujours habillée de blanc, dans le Rukongai, c'est une cible de choix. Or elle n'a pas les capacités physiques de survivre à des attaques des bandits et autres pétés qui peuplent le bled de maboules que c'est. C'était plausible ceci-dit, vu tout ce que cette tarée était capable de cogiter et d'élaborer pour mettre la main sur ses victimes et s'assurer de toujours garder son accès privilégié auprès de ces enfants isolés.

Putain, mais le con ! Je me suis tellement persuadé qu'elle ne me mentirait pas que j'en ai déduis qu'elle avait toujours agi seule. Et ça faisait sens. Sauf que j'avais tort. Haha, parfait, bravo Shuuhei, bravo, vraiment ! Parfait petit détective ! À cause de mon idiotie, il y a des complices de cette femme, de tous les crimes qu'elle commis, qui courent toujours, l'air de rien, pépères, un gin tonic en main et des rondelles de citron entre les orteils ! Rien que cette idée me tord douloureusement l'estomac. J'ai envie de vomir.

– Comment connais-tu ce nom, toi… ?

Choquée par ce qu'elle vient d'entendre sans que je comprenne exactement pourquoi elle paraît si sonnée en entendant ce nom d'Amaikoddoku sortir de la bouche du capitaine – on est d'accord, Kaede Amaikoddoku, c'est bien la nana qui l'a déposé dans l'orphelinat où il a grandi, j'ai bien tout suivi… ? – elle écarquille en grand ses yeux bleus qui me regardaient il y a quelques secondes encore avec l'aigreur d'être celle qui est vaincue et enfermée, dépouillée de tout pouvoir. Ses paupières clignent rapidement tandis qu'elle a l'air de réfléchir et plus elle cogite, plus elle a l'air sonnée par je-ne-sais-quoi. À chaque seconde qui passe, elle a l'air de plus en plus… Horrifiée ? Et en colère ? Très en colère.

– La salope… finit-elle par lâcher en un souffle tremblant de rage et d'incrédulité. Elle n'a pas… Elle a osé…

Sous le choc, l'une de ses mains quitte mon visage – putain, enfin urgh – et vient se plaquer en tremblant contre sa bouche, crispant ses doigts contre sa propre peau, comme si elle voulait s'empêcher de dire quelque chose.

Furieux – et fatigué, oh dieux, fatigué et épuisé et écœuré et malade de tout ça et bordel je n'en peux plus d'être là – je frappe soudainement de mes deux mains contre les barreaux métalliques de sa cellule.

– RÉPONDEZ-MOI! je hurle brusquement, pas très très loin de la crise de nerf, je le reconnais.

Je n'en peux plus d'être là, je n'en peux plus du contact de sa peau, je n'en peux plus de sa voix, d'elle, de ses horreurs, d'avoir peur puis d'être furieux puis d'avoir peur à nouveau, me sentir faible et fragile et inutile et terrifié et impuissant et… Je n'en peux plus.

Tout ce que je veux, c'est quitter ce lieu, récupérer ma Kazeshini et sentir à nouveau son âme contre la mienne, m'en aller loin d'ici et loin de cette femme, ne plus penser à tout ça, me glisser dans les bras de quelqu'un, n'importe qui, et juste m'endormir, apaisé, rassuré, en sécurité. Loin de toutes ces horreurs.

Mais je suis encore là, face à cette femme qui se fait appeler la Comète, cette immondice du genre humain. J'ai encore quelque chose à faire. Après… Après je pourrais m'en aller. Enfin.

– Le nom… je gronde.

Je veux le nom de son complice. Je ne suis pas stupide, j'ai compris qu'elle en a eu plusieurs – comme si elle avait eu les moyens de se payer des mercenaires tiens, comme si des mercenaires avaient pu accepter de la suivre sur les Montagnes et ne l'avaient pas détroussée elle ! Qui que soient ses complices, ceux-là, elle les protège, pour je ne sais quelle putain de raison. Toutefois, toujours pour des raisons que j'ignore, il y a un complice qu'elle semble disposer à lâcher aujourd'hui. Paaaarfait.

– Kaede Amaikoddoku, c'est ça? je gronde.

Hébétée, la main plaquée sur la bouche, ses yeux font des allers-retour entre moi et le capitaine Muguruma, qui est retombé dans son silence. Mais son reiatsu lui, continue de gronder. De manière un peu troublée, certes, mais ça continue. Tout ce qu'il me faut, c'est un nom. Après, je pourrais faire mon travail, remonter les pistes… Serrer les enflures qui ont permis à cette femme de commettre ses crimes atroces. Désolé taicho mais si cette femme a aidé la Comète, qu'importe ce qu'elle représente pour vous, je fais le serment de coller Kaede Amaikoddoku derrière des barreaux jusqu'à la fin de ses jours pour qu'elle y croupisse comme la sous-merde qu'elle est.

Mais la Comète ne me répond toujours pas et sa main reste crispée sur sa bouche, comme si elle tentait de sa bâillonner pour de bon histoire de s'empêcher de lâcher quelque chose sous le coup de la colère qui déforme ses traits.

– Oh! je l'appelle brusquement, venant violemment refermer ma main sur la paume qu'elle tient toujours contre mon visage.

On a un deal, espèce de salope. Elle fer ait mieux de ne pas l'oublier.

– Répondez moi…

Le souffle court, elle cligne une énième fois des yeux avant de se tourner vers moi à nouveau. Tremblante de rage et de… souffrance sincère apparemment, sa main quitte lentement sa bouche, son visage toujours tordu par la haine.

– Oui. Oui, cette sombre pute m'a aidée. gronde-t-elle à mi-voix d'une voix gorgée d'une rage sans commune mesure. Elle… Cette pauvre idiote, cette immonde salope m'a aidée. Voilà ce que tu voulais savoir.

Et d'un geste sec, elle arrache sa main à ma prise, libérant définitivement mon visage.

– Voilà mon garçon. Le reste, je le garde pour moi. Tu restes mon enfant, mon adorable et si précieux garçon mais il y a des choses que je ne peux te dire, pas pour ce que tu me donnes aujourd'hui.

Elle soupire lentement, douloureusement.

– Si tu veux en savoir plus… Tu sais où me trouver. Et tu sais ce que je veux. Mais, Shuuhei… trouve là. Trouve cette traînée de Kaede Amaikoddoku, trouve-là… Et amène là moi, mon garçon, amène moi cette petite salope, que je lui arrache les entrailles de mes propres mains.

.

.

.

.

.

.

.


.

Bref, personne n'a l'air de capter que Kaede est en fait six pieds sous terre et ce depuis un bail et y'a un paquet de gens qui l'apprécie pas des masses. Eh.

À part ça, Shuuhei est à deux doigts de se barrer au Népal et de s'y faire ermite. Voilà voilà, je vous laisse me dire ce que vous avez compris de tout ça et quelles suppositions vous passent par l'esprit, je suis toujours aussi curieuse de savoir! FAITES PÉTER LES REVIEWS OKAY, JE ME NOURRIS DE REVIEEEEEWS

– Laissez-là crever de faim.

… écoutez pas ce con, merci bien. Allez, on est en isolement, j'compte sur vos reviews, même courtes, chacune me fait un plaisir fou et me colle une patate d'enfer! (surtout que je sais que vous êtes plus d'une trentaine à me lire chaque semaine alors…. ON SE BOUGE LES DOIGTS ET ON ME LAISSE UN P'TIT BIDULE SIOUPLAIT)

.

Allez, prochain chapitre le 15 avril avec comme magnifique titre très poétique, 117. SURPRISE, BANDE DE HÉRISSONS GALEUX