HELLO MES METRES RUBANS GOUT SAUCE BARBECUE !
Je vous retrouve pour le dernier chapitre publié "normalement". OUI. Les chapitres 19 et 20 de la partie VII sont les DERNIERS et je les publierai en même temps. Considérez donc qu'à la fin de ce chapitre, ça sera la dernière fois que vous aurez à attendre la suite. Ca ne vous fait pas bizarre ?
Au programme de ce chapitre, du crottin de cheval géant, des arbres suspects sur la plage, une invasion de panoptes et une discussion palpitante sur "au fait, comment ils ont fait pour déplacer le Léviathan de Durmstrang à Beauxbâtons ?".
Bonne lecture !
Chapitre 18 - La dernière tâche
Personne ne dormit réellement, la veille de la dernière tâche. Les garçons de Serpentard faisaient le bazar dans leur chambre ; on entendait des murmures derrière la porte des filles de Serdaigle. Scarlett lut une partie de la nuit pour obliger ses yeux à se fatiguer tandis que Suzanna passait ses pellicules en revue sous sa couette. Kate et Terry avaient échangé leurs chambres pour rester cette nuit-là avec leur copain ou copine respectifs. Maggie n'arrivait pas à trouver de position pour dormir, entravée par son ventre et ses mouvements réveillaient le Poufsouffle, qui tentait de la contenir avec ses bras. Emeric répétait dans sa tête le plan de l'Académie qu'il avait appris par cœur ; Kate dissimulait autant que possible son angoisse à l'idée que demain soit la dernière journée, que les heures qui la séparaient d'Electra se comptaient sur les doigts des mains. Même Mister Minnows tournait en rond dans son panier sans trouver le sommeil.
Morgana n'échappa pas à ce sortilège d'insomnie collective qui s'était emparé de l'école. Désormais seule dans sa chambre depuis qu'Eibhlin était retournée à Poudlard, elle aspirait au calme. Cela n'était pas réellement le cas en son for intérieur. La fin d'année était proche. Bientôt, Morgana passerait ses ASPICS. Elle pourrait enfin quitter Midhope et les hurlements de sa mère, les souvenirs amers de son père, pour se réfugier dans un trou à rats avec le peu d'économies qu'elle avait mis de côté. Elle avait obtenu l'opportunité d'un apprentissage en serre pour fabriquer des boutures de mandragore. Cela n'était qu'un premier pas dans le domaine de la botanique, mais elle espérait ainsi intégrer, à l'avenir, un centre de recherche horticole magique plus prestigieux, comme celui de Cambridge, qui cultivait sous serre des plantes amazoniennes et australiennes connues pour être les plus dangereuses du monde.
Avec sa discrétion naturelle, elle descendit de la tour qui regroupait les dortoirs des élèves de Poudlard et marcha sans lumière à travers le parc pour rejoindre les serres. Elle n'osa pas allumer les ampoules de peur de réveiller les insectes de Mathieu et d'ainsi provoquer sa colère s'il se rendait compte que ses petits protégés avaient subi cette maltraitance nocturne. Mais l'ambiance revêtait, dans l'obscurité complète, un aspect onirique. Les lueurs bleutées des lucioles côtoyaient celles, incandescentes, de Caïus, le bousier de la Fournaise préféré de Mathieu. On pouvait entendre les cigales mauves chanter et d'autres bêtes frétiller dans leurs vivariums.
Morgana s'approcha de celui qui avait accueilli les papillons. Ceux-ci avaient succombé depuis longtemps, emportés à l'issue de leur courte vie. Mais Mathieu avait conservé les chrysalides et avaient investi dans de nouvelles chenilles particulièrement hideuses. Il ne restait de ces papillons qu'un souvenir. Un sentiment de honte, quand elle avait repoussé Mathieu. Depuis, Morgana s'était ressassé ce qui s'était passé et tout ce qu'elle avait pu vivre durant cette étrange année.
Bientôt, cela allait se terminer. Tout le monde se séparerait. Kate et elle prendraient de la distance. Elles avaient peut-être enterré la hache de guerre, si profondément plantée dans leurs cœurs pendant des années, mais Morgana ne se faisait pas d'illusions : elle serait vite oubliée, perdue de vue. Que pouvait-elle apporter dans la vie de l'incroyable Kate Whisper ? Qui avait tout vécu ? Qui était revenue de la mort, qu'elle-même lui avait infligée ? Morgana se revoyait encore lui planter le poignard dans sa poitrine… Dans ce cas, comment avait-elle pu trouver la force de lui pardonner son geste ?
Morgana se raccrochait encore à cet infime espoir, comme une lueur qui avait commencé à briller dans les ténèbres les plus sombres, celles qui l'avaient étouffée tout ce temps. Kate était bienveillante, Kate était tolérante. Kate pouvait peut-être accepter la vérité…
Après tout, elles avaient tant vécu toutes les deux, cette année. Des petits moments bénins, mais si significatifs aux yeux de Morgana. Elle ne pouvait pas laisser passer cette chance… Il ne restait plus beaucoup de temps. Une opportunité éphémère, à l'image d'un papillon.
En rassemblant tous ces heureux souvenirs avec Kate pour se donner du courage, Morgana fut titillée par une curieuse idée. Elle avait envie de se livrer à une expérience, jamais essayée auparavant, par manque de conviction. Lentement, elle tira la baguette de sa poche et l'agita dans le noir, en marmonnant dans de claires articulations :
— Spero patronum.
Des étincelles argentées jaillirent de sa baguette et leur douce lueur se refléta sur les vitres des vivariums. Les fumerolles brillantes se rassemblèrent et s'envolèrent pour prendre la forme d'un papillon. L'insecte batifola dans la pièce, passant au-dessus de tous les bacs, effectuant des circonvolutions qui semaient dans la pièce des traces lumineuses. Un sourire éclaira les traits de Morgana.
Elle était enfin prête à s'accepter.
Elle irait dire toute la vérité à Kate.
— Prends ce revigorant, ça va te faire du bien !
— Tu as besoin d'un massage ?
— Même si je sais que tu n'en as pas spécialement besoin, je t'ai fait une petite note des sortilèges susceptibles de t'aider !
— Tu as de quoi remplacer tes lunettes ?
— Bon, eh, ça va, hein ! Laissez-lui un peu d'air !
Terry tentait tant bien que mal de calmer ses camarades qui s'étaient agglutinés autour d'Emeric de bon matin, au petit-déjeuner. Tout Poudlard comptait sur lui pour remporter la dernière épreuve du Tournoi des Trois Sorciers. Nombre de médias le désignaient grand favori et des paris tournaient dans le monde entier à propos de sa potentielle victoire.
— Merci, soupira Emeric quand Terry parvint à disperser les autres.
— Pas de quoi.
— Je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas en condition de supporter qui que ce soit, grommela le Serdaigle qui se frotta les yeux sous ses lunettes. Même des gens que j'apprécie.
— Tu es sur les nerfs. C'est normal. Tiens, prends un croissant chaud ! Les croissants peuvent résoudre tous les problèmes !
— Ne t'y mets pas non plus, s'il te plaît.
— Hm. Tant pis pour toi, dans ce cas !
Il croqua un gros morceau de croissant dont il dégusta chaque mâchée.
— Ah, voilà les filles.
Kate et Maggie venaient en effet d'entrer dans le réfectoire, toutes les deux avec de grands cernes sous les yeux. Terry servit les toasts de sa petite amie avant même qu'elle ne s'écrase sur le banc et ne s'affale sur la table. Ce manque de tenue et de manière en disait long sur sa fatigue !
— Est-ce que l'épreuve peut être reportée à demain ? grommela la Gryffondor. J'aimerais retourner dormir.
— Même si cela était possible, sourit Terry, tu serais quand même fatiguée demain. Courage !
— « Courage » ? « Courage » ?! Cet homme ose me dire que je fais preuve de courage ? Et me sort ça sur un ton de félicitations ? Kate, retiens-moi ! Je… non, trop fatiguée… T'as du bol, Diggle. La prochaine fois, je te ferai déguster ton affront.
— Toujours pleine de caractère. Tiens, je t'ai préparé ton petit-déjeuner.
Maggie lui lança une moue peu convaincue mais son regard lui renvoyait un sentiment de gratitude peu assumé. Au fond, elle appréciait que le Poufsouffle soit constamment à ses petits soins.
— Comment tu te sens ? demanda Kate d'une voix grave à Emeric.
— Un poil angoissé, mais… rien d'anormal, je suppose !
— Fais en sorte de terminer ça au plus vite, lui réclama Maggie. Hop, qu'on remballe nos affaires et qu'on reparte en Ecosse, fissa !
— Tu as les plans en tête ?
— Au mètre près.
— Ta baguette ?
— Cirée et opérationnelle.
— Tes sortilèges ?
— Vraiment, tu doutes dessus ?
— Je préfère m'en assurer.
Le souffle tremblant de Kate ne passa pas inaperçu aux oreilles d'Emeric, qui perçut son inquiétude. Il ignorait encore l'entrevue qu'elle avait partagée durant la nuit avec Orpheus, redoutant l'imminente attaque d'Electra.
Prudent, le Serdaigle attendit qu'ils soient seuls, sur le chemin du Colisée – bien que certains élèves en liesse couraient vers le stade en l'interpelant avec des encouragements – pour lui poser la question.
— Tu as l'air exténuée.
— Je n'ai pas dormi de la nuit, l'éclaira Kate en mâchant ses mots.
— Tu n'as pas trouvé le sommeil ou… quelque chose te tracasse ?
Mais Kate préféra taire la vérité. Si elle lui partageait la possibilité qu'Electra intervienne durant l'épreuve, Emeric pouvait être capable de tout abandonner pour assurer sa protection. Il n'avait pas besoin de cela. Il devait se focaliser sur la tâche et rien d'autre.
— Je m'inquiète pour toi, annonça-t-elle habilement, sans que son affirmation ne soit un mensonge.
Emeric comprenait fort bien ce qu'elle sous-entendait. La troisième épreuve lui avait prouvé qu'il pouvait trop facilement glisser vers les ténèbres qui lui tendaient la main.
— Tu seras avec moi, n'est-ce pas ? s'assura-t-il.
Pourtant, elle hocha la tête.
— Je ne peux pas… pas cette fois.
Il était impossible pour Kate d'à la fois garder la protection sur les gradins pour anticiper une attaque et se transposer dans le corps d'Emeric. Elle prétexta la fatigue :
— Je ne suis pas dans le meilleur de ma forme. Qui sait ce qui pourrait nous arriver si je n'ai pas la pleine maîtrise de mon pouvoir ?
Présentant que cette annonce accentuait le stress d'Emeric, elle lui attrapa la main et se voulut rassurante :
— Mais j'ai confiance en toi, plus qu'envers n'importe qui d'autre. Tu réussiras. Tu es fort et surtout plus intelligent que qui que ce soit ici.
— Ça alors !
L'exclamation de Maggie derrière eux suspendit leur conversation. Ils dirigèrent leur regard vers la direction que la Gryffondor pointait du doigt. Juché sur la branche d'un arbre, une petite créature toute glabre les épiait de son œil unique, juché sur son pied sauteur. Kate reconnut sans mal le panopte ; elle avait déjà eu l'occasion de rencontrer la paire que les Dawkins possédaient à Thinkshold.
— Et regarde là-bas, il y en a un autre ! lui montra Terry.
L'endroit était, en réalité, infesté de panoptes, dont les teintes se déclinaient dans des palettes de roses ou de violets.
— Pourquoi il y en a autant ? Je ne les avais jamais remarqués auparavant.
— L'organisation a dû les importer et les libérer dans l'Académie. Pour l'épreuve. Elle ne se passera pas dans le Colisée. Les panoptes communiquent entre eux et permettent la transmission des images qu'ils perçoivent. Ils pourront suivre les champions comme ça. Tu croyais quoi, Diggle, qu'on allait se tourner les pouces dans les gradins du Colisée à attendre qu'un champion s'amène avec le trophée au bout d'une heure ?
Cette initiative de la part des organisateurs du tournoi rassura Kate. Les panoptes pouvaient surveiller l'intégralité du parc de l'Académie, des côtes jusqu'au volcan. Si un individu suspect pénétrait dans l'enceinte, cela permettait aux Aurors d'intervenir au plus vite. Peut-être eux-mêmes avaient-ils entendu la rumeur de l'attaque imminente d'Electra.
— Tiens, fit remarquer Terry, à l'entrée du Colisée. Je n'avais jamais remarqué cette pierre gravée avant.
— Boarf. Certainement un gars qui a gravé le nom de son crush !
— Enfin, quand même, il l'a gravé super gros !
— Il voulait se faire remarquer. Mais bon. La pauvre. Déjà, avec un nom pareil, elle devait se faire remarquer. Qui se fait appeler « Bellatrix » aujourd'hui, à part les psychopathes ? Ahaha !
Un étrange sentiment étreignit le cœur de Kate quand elle franchit les grandes portes du Colisée. Elle prêta peu d'attention aux énormes banderoles aux couleurs de chaque école et aux pétales de roses qui semblaient tomber du ciel pour composer un tapis pour leurs pieds. Le temps lui sembla se dérouler au ralenti. Des images se superposèrent dans sa tête, se calquant sur sa réalité, sans savoir si elle rêvait au passé ou au futur. Elle se revoyait dans les gradins, Emeric affrontant le Léviathan. Une gemmapate lui sembla passer entre ses jambes, pétrifiées par le sortilège de métamorphose de Wolffhart. Son Immatériel bouillonnait entre elle, comme tentant de la prévenir de quelque chose.
— Kate ?
Une pression sur sa main l'éloigna de ces sensations anormales. Emeric avait détecté son comportement curieux. Elle secoua la tête ; à côté d'elle, Maëva demeurait interdite.
— J'ai été éblouie par le soleil…
— Ne me dis pas n'importe quoi.
— Ce n'est rien.
— Ce n'est jamais rien.
— J'ai… juste une drôle d'impression.
— Et tu sais que tu ne dois jamais prendre tes impressions à la légère, Kate. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu as eu… une vision du présent ?
— Pas vraiment. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Tout s'est mélangé dans ma tête. Comme si… mon Immatériel voulait me prévenir de quelque chose. Je suis fatiguée. J'espère que j'arriverai à le contenir.
— Reste près de Terry et Maggie. Ils t'aideront.
— Les champions ! appela de sa grosse voix tonitruante Madame Maxime, affublée d'un énorme chapeau vert pistache sur la tête.
Une horde de journalistes s'était pressée autour d'elle, mais la directrice de l'Académie sortait sans mal de cet attroupement, deux fois plus grande que les sorciers qui l'entouraient. Certains avaient déjà pris d'assaut Gabrielle, arrivée en première, qui se prêtait à une interview en exhibant un sourire angélique et confiant. Mais beaucoup attendaient qu'Emeric s'approche pour interroger le grand favori de la compétition, comme des hyènes à l'affût. Certains les criblaient déjà de photos ; Kate espéra que sa tête de dépit et son regard meurtrier les dissuaderaient de revendre les clichés aux journaux.
— Au final, c'est peut-être ça, ta quatrième épreuve, ironisa Maggie. Affronter ces nigauds. Lance un sort dans le tas, ça peut être rigolo.
— Ou une créature, proposa Terry. Genre l'un des Scrouts d'Hagrid.
— Ou une bombe de soleil.
— Ou un elfe de maison bourré.
— Ou la créature démoniaque de Kate communément appelée « chat » pour mettre en lambeaux leurs robes.
— Ne changez pas, tous les deux, vous êtes vraiment très bien accordés, sourit leur meilleure amie.
— Je devrais y aller, souffla Emeric, ayant du mal à dissimuler son angoisse.
Chacun de ses amis y alla de sa petite phrase réconfortante :
— Tu vas y arriver.
— On est tous derrière toi !
— Si tu loupes le Trophée du Tournoi, tu seras la honte de l'école.
— C'était bien tenté comme tentative d'encouragement, Maggie, mais tu as encore des progrès à faire.
— Au moins, j'ai essayé.
Elle haussa les épaules et prit la direction des gradins, suivie par Terry, qui adressa un dernier signe au Serdaigle. Kate dévisageait ce dernier avec un regard soutenu qu'il ne comprenait qu'à moitié.
— Tu es sûre que ça va ? Tu m'inquiètes…
La Papillombre se jeta à son cou et l'embrassa de tout son soûl. Cela ne l'aidait pas à mieux analyser la situation, mais cet intense baiser lui laissa un étrange goût en bouche : celui d'un adieu.
— Je t'aime beaucoup trop, lui murmura-t-elle en caressant sa joue.
— Je t'aime aussi…
— Ils t'attendent. Et les journalistes vont encore gossiper à notre propos ! File. « Je suis toujours avec toi, même si je suis loin. »
Emeric sourit en se remémorant cette phrase qui remontait à l'époque de son échange avec Durmstrang. Il laissa Kate grimper les marches en pierre blanche. Monter à l'air libre ne lui procura pas de bien particulier. Le stade était particulièrement bruyant ce jour-là. Des toiles géantes avaient été installées comme écrans au milieu de l'arène, disposées en triangle, de manière à ce que tout le monde puisse les voir.
Une fois qu'elle se fut installée à côté de Maggie, Kate étudia son environnement proche. Tous les élèves de Poudlard étaient en liesse, équipés de leurs meilleurs sifflets, de leurs plus belles banderoles, du maquillage décoratif sur le visage. Certains camarades de sa classe avaient su faire preuve de créativité, en particulier les autres élèves de Serdaigle, qui avaient conçus un énorme aigle en papier mâché, animé par magie, qui lévitait au-dessus des gradins. Kate se fit la réflexion que leur idée allait perdre de sa sublime si Sigrid révélait pendant l'épreuve qu'il s'agissait également de sa forme d'Animagus. Ils auraient dû confectionner un harfang géant, se dit-elle.
Maggie soupira de dépit :
— Et moi qui avais exprès apporté mes multiplettes de luxe, en me disant qu'ils seraient sûrement trop incompétents pour trouver une solution. Finalement, je les ai sous-estimés.
— C'est bien que tu t'en rendes compte ! sourit Terry.
— Certes. Mais maintenant, elles m'encombrent.
— Passe-les-moi.
La Gryffondor haussa les épaules et les céda à Kate, qui y trouva une utilité. Peut-être les panoptes allaient-ils leur permettre de tracer les champions durant la tâche, mais elle devait également surveiller les faits et gestes à l'intérieur du stade. Frapper de l'intérieur pouvait être une tactique digne de la fourberie d'Electra…
En premier lieu, elle étudia les rangs des élèves. Rien à signaler du côté de Beauxbâtons ; Pétronille et Circée, les deux amies de Gabrielle, avaient commis une folie en osant se barrer le front d'une ligne bleu clair et en se peignant des petites roses coquettes sur les joues. Chez Durmstrang, à part Vilma en exultation, Kate s'attarda davantage sur les expressions de Lyov. Le russe demeurait imperturbable, mais le zoom des multiplettes lui permettait de voir au-delà des apparences qu'il savait, plus que quiconque, que l'heure suivante pouvait changer le cours du futur.
Puis, elle passa en revue la loge spéciale qui accueillait les hauts dignitaires européens. Elle reconnut certaines têtes ou célébrités qu'elle avait entraperçues dans certaines gazettes : Xavier Dulaurier, le premier ministre français ; Kingsley Shakelbolt, le premier ministre britannique ; Percy Weasley, son fidèle assistant ; Harry Potter, à la fois en tant qu'Auror et ancien champion du Tournoi ; Natacha Petroskova, la ministre russe ; le responsable des sports magiques français ; Jean Brise, un célèbre joueur de Quidditch français ; Alessia Rigonetti, une grande cantatrice italienne connue pour avoir une voix brisant le verre, dont les rumeurs disaient que l'une de ses ancêtres était une sirène ; Rémi Galant, un autre français, connu chez les Moldus pour ses tours de magie rocambolesques, ce qui lui avait valu un certain nombre de polémiques autour du secret magique…
Ce ne fut que bien tard qu'elle aperçut tout en haut des gradins, guettant comme un oiseau de proie, l'ombre géante d'Abel Armbreaker…
— Armbreaker est là ! s'exclama-t-elle.
— Armbreaker… le patron de ton père ? s'assura Maggie.
— Il est sûrement là pour assurer la protection des ministres.
— Il n'est pas Auror, il est Nettoyeur.
— Ils ont sûrement dû blinder le terrain de monstres en tous genres ! Imagine, ils ont lâché une wyvern qui se dirait que ça serait une bonne idée de faire un petit crochet par le Colisée !
— Tu penses vraiment qu'ils ont placé une wyvern dans l'Académie ?
— Écoute. Ils ont bien ramené le Lévithan des mers arctiques ! Tout est possible ! Tu en penses quoi, Kate ?
Mais la jeune femme restait focalisée sur son observation à travers les multiplettes. Le cœur battant, elle redoutait presque de croiser le regard d'Electra… Pourtant, ce fut bien pire qu'elle aperçut, au sommet des gradins, au-dessus de la loge ministérielle. Au départ, elle n'y crut pas ses yeux, frottant les verres des multiplettes, allant jusqu'à les nettoyer par magie.
Mais Atropos ne bougeait pas, lui adressant un signe de la main avec un grand sourire, quand bien même des centaines de mètres les séparaient.
— P-pardon, je dois… !
— Mais… où tu vas Kate ?
— C'est important, Maggie !
— Ok ! C'est bon, pas la peine de crier sur une femme enceinte !
— Tu risques de louper le début de l'épreuve, grimaça Terry.
— Ça va aller, on a encore quelques minutes.
Pendant que le Colisée commençait à s'échauffer, Kate cavala dans les dédales de pierre de l'arène. Elle grimpa les marches quatre à quatre et fut accueillie par les sons caractéristiques d'une boisson aspirée à la paille. Atropos arborait ce jour-là l'apparence d'une femme mûre proche de la soixantaine, mais son énorme gobelet blanc qu'elle sirotait d'une manière insolente tranchait avec cette identité. Pivotant la tête, elle dévisagea la jeune fille à travers les grands verres fumés et roses de ses lunettes.
— Yo ! lui lança-t-elle en signant d'un « peace » avec les doigts.
— Qu-qu'est-ce que vous faites là ?
— La même chose que tout le monde ici, je suppose ? Je suis là pour admirer le spectacle !
Kate ne répondit rien, malgré la question qui lui brûlait les lèvres et qu'Atropos semblait deviner. Elle tapota le banc à côté d'elle pour l'inviter à la rejoindre et la Papillombre ne put refuser, ne quittant pas la Faucheuse du regard. Était-elle la seule à la voir de tout le stade ?
— Vous non plus, vous ne venez pas pour une simple visite de courtoisie, n'est-ce pas ? se permit la jeune femme.
Le son plus marqué de l'aspiration de la paille ponctua son interrogation.
— Dois-je saisir un sous-entendu ?
— Nous avons conclu un pacte, vous et moi. Vous êtes une faucheuse, vous êtes là pour récolter des âmes.
— Lier le travail à l'agréable, c'est toujours mieux ! Rare sont les gens qui peuvent vivre de leur passion ! Les acteurs, les chanteurs, les écrivains, les dessinateurs… et puis, il y a les Faucheuses !
— Des gens vont mourir.
Cette fois, Kate se prononçait avec une sombre affirmation, qui s'était déjà soupçonnée avec Orpheus, la veille. Après un temps de silence, Atropos haussa les épaules, soulevant ses deux nattes nacrées, puis proposa son gobelet à son interlocutrice.
— Mangue-fraise-barbe à papa pétillante. Tu en veux ?
Kate secoua la tête pour refuser, ce qui étira une grimace de déception sur le visage d'Atropos.
— Tu ne sais pas ce que tu rates !
— N'y a-t-il pas un moyen de les sauver ?
Cette fois, la Faucheuse poussa un long soupir et reposa sa boisson à côté d'elle pour se donner des airs sérieux face à une Kate abattue.
— Tu en sauveras déjà beaucoup, attesta-t-elle. Ceux-là, je ne les prendrai pas avec moi. Mais tu dois te faire à l'idée que tu ne peux pas contrôler la vie de tous ceux qui t'entourent. Même moi, je ne le peux pas. Je me contente de récupérer ce qu'il en reste, si je puis dire.
Son regard écarlate dissimulé par ses lunettes balaya le stade en liesse.
— Tout ce qui vit est voué un jour à disparaître. Toute vie qui survient cesse tôt ou tard. Chaque histoire se termine sur sa dernière page. Chaque plante qui germe sera coupée ou brûlée. Chaque poussin qui sort de l'œuf se cachera pour mourir. Chaque enfant qui naît connaîtra sa fin. La fin, oui… tout a une fin. Rien n'est immuable. Rien, sauf les souvenirs que ces vies laissent derrière elles. Inscrits sur des pierres, sur des papiers, sur des cœurs.
Le sien, à Kate, battait plus fort… Ces mots portaient un écho particulier en elle.
— Ce stade, un jour, s'érodera et ne sera que des ruines. Mais peut-être que le mythe du Tournoi des Trois Sorciers qui se déroulera aujourd'hui perdurera, d'une manière ou d'une autre. Et ça, tu as un contrôle dessus. À toi de changer le cours de l'histoire, manipuler les souvenirs qui seront liés à ce jour. Je sais que tu feras les bons choix.
D'une grande aspiration, Atropos sirota le fond de son gobelet.
— Délicieux ! C'était une tuerie ! Enfin. Façon de parler !
Les panneaux au milieu du Colisée s'illuminèrent et déclenchèrent une vague d'exclamation. Les images, transmises par les Panoptes, défilaient tour à tour pour exposer les champions, qui prenaient place, en plein air. Satisfaite, Atropos étira l'échine et sortit de sous ses pieds un étui rempli à ras bord de pop-corn au caramel.
— C'est encore mieux qu'au cinéma ! Dommage que mes lunettes ne fassent pas 3D.
— Hein ?
— Tu comprendras bientôt. Les Moldus sont très inventifs.
— Vous… vous voyez dans le futur ?
— Meh, répondit-elle de façon nonchalante.
— Bonjour et bienvenue à tous pour cette exceptionnelle journée ! clama la voix de Romain Loquace dans les mégaphones. Celle qui signera la fin de ce Tournoi grandiose ! Aujourd'hui, sous vos yeux, se déroulera la dernière épreuve. Celle qui départagera une fois pour toutes nos champions. Qui parviendra le premier à mettre la main sur la Coupe ?
Les gradins hurlaient le nom de leur représentant.
— Cela sera-t-il Gabrielle Delacour, qui s'est distinguée pour sa délicatesse et son efficacité, pointue et acérée, comme les épines d'une rose ? Serait-ce Sigrid Söderberg, forte et persévérante, plus dévastatrice que les grandes tempêtes du Nord ? Ou encore l'ingénieux Emeric Beckett, qui a toujours usé d'une perspicacité et d'un talent à toutes épreuves, qui a su nous surprendre un peu plus à chaque fois ? Vous le saurez dans quelques instants, le temps que les champions rejoignent leur point de départ !
Puis, il ajouta d'une voix plus basse.
— On me fait remarquer que je dois préciser qu'aucun Panopte n'a, n'est ou ne sera maltraité pendant ce tournage. Euh, ce tournoi.
Plus loin, dans le parc de l'Académie, Emeric contenait son angoisse qui ne désemplissait pas. Il entendait résonner des voix dans le stade mais ne pouvait saisir les propos du commentateur le concernant. Il avait reçu ses directives : il devait se placer sur le socle avec le blason de son école et ne devait pas en bouger avant le signal. Sa baguette de pommier pendait au bout de son bras. Il répétait toujours, en boucle, dans sa tête, son parcours. Il n'avait pas le droit à l'erreur. Chaque minute comptait.
Il tenta de se distraire avec les petits panoptes qui sautillaient autour de lui en le scrutant de leur unique œil curieux.
Un grand coup de cor résonna dans la vallée côtière et aussitôt, tout s'anima. Sans perdre une seconde, Emeric changea d'apparence et le harfang s'élança dans les airs. Contrôlant ses arrières, de crainte que Sigrid ne le prenne en chasse, il eut à peine le temps de voir Gabrielle jeter un sortilège sur ses pieds, désormais pourvus de patins à roulettes magiques qui lui permettaient de glisser sur l'herbe à toute vitesse.
Il prit la direction des serres botaniques, sa première étape. Un choix purement stratégique. Un indice s'y trouvait et il était fort probable que Sigrid décide d'y mettre le feu après son passage ! Reprenant forme humaine, il pénétra dans la serre tropicale, celle qui avait été biffée d'une croix, selon le plan des gemmes. Un petit panopte le suivait de près. L'air était chaud et étouffant, une humidité déplaisante tapissant ses bronches. Sans relâcher sa baguette magique, il avança à travers la serre, évitant habilement les lianes étrangleuses qui avaient cherché, depuis les hauteurs, à l'attraper par le cou.
Peu de temps lui fut nécessaire pour identifier l'endroit où se trouvait l'indice des serres ; au fond s'agitait une Dionée Vorace, la plante carnivore la plus redoutée du monde, importée de Caroline du Sud. L'individu avait déjà atteint sa taille adulte et ses mâchoires avaient de quoi se refermer sur un bébé alligator. En remarquant l'arrivée d'Emeric, ses multiples têtes, aussi grandes que son tronc, se tournèrent vers lui en frétillant. Le Serdaigle pouvait apercevoir, derrière la plante terrifiante, des lettres en or gravées dans le verre.
La solution de facilité aurait été celle adoptée très certainement par Sigrid, qui aurait consisté à mettre le feu à l'endroit, mais l'idée de mettre en cendre cette richesse botanique lui crevait le cœur. Il existait, heureusement, un autre moyen de parvenir jusqu'à l'indice sans abîmer la Dionée Vorace, qui n'avait qu'une idée en tête : se faire de l'élève son prochain casse-croûte.
— Refrigero.
L'atmosphère réduite autour de la plante baissa de température et la Dionée Vorace, peu habituée au froid, commença à se recroqueviller, délaissant son intérêt pour Emeric. Ses gueules se mirent à émettre de la buée et se cachèrent sous leurs grandes feuilles. Avec prudence, il écarta les branches, inertes, de la végétation et découvrit les inscriptions, passant une main pour effacer la buée qui s'était collée sur la vitre par effet de condensation.
« Je ne chasse que de nuit, mais reste trop voyant ».
Le premier indice ressemblait davantage à une obscure énigme et ne faisait que rajouter une couche de questionnements. Qu'est-ce qui pouvait chasser de nuit ? Un rapace nocturne ? Un renard ?
Emeric ne traîna pas sur place à se triturer l'esprit ; il devait trouver les autres indices avant ses rivales pour résoudre le puzzle. En sortant de la serre, il tendit l'oreille et scruta les environs, mais n'aperçut ni Gabrielle ni Sigrid dans les parages. Seuls les panoptes gambadaient autour de lui, comme des petits oiseaux attirés par l'espoir de miettes de pain.
Reprenant la forme d'un harfang pour faciliter ses trajets entre chaque zone, surtout la prochaine qu'il prévoyait de visiter, Emeric reprit la voie des airs. Il remonta le chemin du sud et parvint sans encombre au sommet du volcan malgré les vents plus forts en altitude. Le bateau de Durmstrang, qui n'avait pas pris la mer depuis Noël, était amarré dans le lac du cratère.
Mais pour Emeric, ce lieu avait une tout autre signification ; c'était ici qu'il avait perdu le contrôle, la première fois. Que le cambion en lui s'était éveillé pour le protéger du Seiðr de Sigrid, qu'il avait manqué de tuer Kate sans en avoir conscience. L'événement l'avait tant marqué que cela l'avait motivé à prendre ses distances avec elle. Il prit quelques secondes pour calquer les battements de son cœur sur sa respiration, repoussant ainsi les noirceurs de la peur.
Le rubis le lui avait indiqué ; la prochaine piste se trouvait dans le lac volcanique. Un sortilège de Tête-en-Bulle lui permit sans mal de respirer sous l'eau quand il s'y immergea. Toutes ces sensations agressantes ranimaient en lui de mauvais souvenirs… Ses oreilles bourdonnaient. Il s'accrochait à la seule chose qui différait de ses souvenirs ; des panoptes amphibies de toutes les couleurs continuaient de tournoyer autour de lui comme de petits poissons curieux. Emeric eut beau sonder le lac pendant plusieurs minutes, mais rien ne se présenta à lui. Il commença à songer qu'il se trouvait au mauvais endroit et qu'il risquait de perdre un temps précieux par rapport à ses concurrentes.
Quand tout à coup, il lui sembla apercevoir, au loin, dans les ondes noires du cratère, deux yeux flamboyants. Il se pétrifia, écrasé par le poids de l'eau et de sa propre culpabilité. Délirait-il ? Avait-il perdu le contrôle, une fois de plus ?
Une silhouette se détacha du fond et Emeric se rassura presque de reconnaître une forme chevaline. Il identifia rapidement la créature à la crinière de joncs. Assez rapidement pour savoir qu'il valait mieux remonter à la surface aussi vite que possible ! Il se propulsa vers le haut et, par chance, perça la couche qui séparait l'eau de l'air, assez vite pour refaire pousser ses ailes. La bête avait chargé, derrière lui, jaillissant des flots, tentant d'un coup de dents d'attraper une plume de la queue du harfang.
Emeric reprit ses esprits sur la rive et comprit où est-ce qu'il pouvait trouver l'indice… Ce kelpy n'était pas là par hasard. On ne trouvait ce cheval carnivore que dans les rivières irlandaises et britanniques, il n'était sûrement pas né au creux de ce volcan. Il entendit la créature renâcler, lâchant des gerbes d'eau furieuses de ses naseaux, avant qu'elle ne replonge sous la surface.
Dresser un kelpy ne s'improvisait pas et il saluait muettement les futures études de Kate. En tant que future nettoyeuse, elle avait déjà pris l'initiative de se renseigner à propos des différentes créatures qu'elle serait amenée à neutraliser dans le cadre de ses fonctions. Ainsi avait-elle étudié le kelpy, cette créature à l'apparence d'un étalon, friand de viande humaine, noyant ses victimes pour mieux les dévorer ensuite. Habiles, les kelpies échappaient même aux sortilèges de Repousse-Moldus, ce qui les rendait plus dangereux encore… Une mission réservée aux Nettoyeurs de grade 2, minimum.
Sans cela, Emeric aurait été sûrement incapable de deviner la solution pour dompter la créature. Même sans être présente, Kate continuait de lui apporter de l'aide.
— Funimagnus !
Une corde jaillit de sa baguette magique et il l'enroula dans de larges cercles autour de son bras. Il n'existait qu'un seul moyen pour neutraliser un kelpy : le brider. Action qui demandait de certains réflexes et une maîtrise du sortilège de Mise en Place. Mais Emeric, en bon maniaque, était bien habitué aux enchantements des objets pour tout organiser comme il le désirait.
Avec prudence, il s'immergea dans l'eau jusqu'à la taille et guetta les bulles à la surface de l'eau. Le kelpy ne tarderait pas à apparaître, attiré par l'odeur humaine qu'il diffusait dans le lac. Il allait devoir être assez rapide, sans être trop précipité au risque de perdre le filet dans l'eau.
La surface se mit à frémir. Emeric, crispé, gardait le contrôle du regard. Tout allait se jouer sur quelques secondes. Au moment où le kelpy surgit des flots, fonçant droit sur lui, il cria d'un réflexe son sortilège. Le cordage glissa dans ses mains et fusa dans les airs en direction de la créature, avant de s'enrouler autour de son chanfrein, lui ligotant la mâchoire et s'immisçant entre ses dents. À la fois surpris et furieux d'avoir été pris au piège, le kelpy se détourna d'un brusque demi-tour mais Emeric, l'autre extrémité de la corde toujours aussi du bras, fut tracté par le mouvement, tiré dans l'eau. Incapable de prononcer sa formule de Tête-en-Bulle sous la surface, il ne pouvait que se fier à son apnée.
Malmené dans l'eau, il persévéra malgré tout et remonta la corde jusqu'à atteindre la crinière en roseaux du kelpy furibond. Ce fut alors qu'il remarqua, parmi les tiges de jonc, des parchemins enroulés et ficelés. Sans réfléchir, le Serdaigle en arracha un puis, certain de sa prise, dénoua la corde autour de son bras pour lui éviter une noyade au fond du lac. Aussi vite que possible, il remonta à la surface, les poumons brûlant dans sa cage thoracique à cause du manque d'air. Sa nouvelle bouffée fut une libération, mais toutes ses pensées se concentraient sur ce parchemin, entre ses doigts, qu'il ne devait lâcher sous aucun prétexte. Regagnant les rives, il déroula l'indice plus loquace que le précédent et le lut, un panopte perché sur son épaule en sautant depuis son dos :
« Je suis le renouveau, je suis la renaissance à partir du rien, et comme le phénix, je suis oiseau d'étoiles qui ouvre les ailes. »
Cela ne l'aidait davantage. Il ne voyait surtout aucun rapport avec l'indice précédent. Ces deux pistes ne lui suffisaient pas, il devait en récolter davantage. D'un sortilège, il sécha ses vêtements et songea que la corde resterait accrochée au kelpy. Cette aide faciliterait certainement la tâche de Sigrid et Gabrielle qui elles venaient à leur tour à gravir le volcan.
La Française n'en était pas encore à choisir le cratère comme prochaine destination. Elle s'était arrêtée sur le choix de la proximité, limitant ses déplacements pour gagner du temps. Montée sur ses patins magiques qui lui permettaient de rouler sur tous types de terrain, Gabrielle slalomait entre les bâtiments, aussi habile et gracile qu'une danseuse. Au moment du départ, elle avait guetté la réaction de Sigrid, qui l'avait épiée. Mais en remarquant que la française avait pris la direction du nord, elle s'était désintéressée. En effet, Gabrielle avait joué la prudence en choisissant un indice commun, que ses deux concurrents pouvaient trouver ensuite. Cela lui offrait la possibilité de les semer pour ensuite chercher les plus juteux, ceux sur lesquels elle détenait le monopole.
Elle avait ainsi parcouru le labyrinthe de haies des jardins, déjouant certains pièges magiques glissés ici et là, jusqu'à parvenir à la fontaine centrale où s'asseyaient habituellement les amoureux. Des petits coffres dorés se trouvaient au fond, à distance de bras. Gabrielle aurait pu, par mégarde, faire preuve de précipitation, mais son odorat aiguisé, habitué aux subtils parfums dont elle aimait s'embaumer, la prévint du danger.
De l'acide. L'eau de la fontaine avait été remplacée par un produit corrosif, pourtant bien semblable. Les gouttelettes qui avaient éclaboussé les manches évasées de sa veste de championne avaient d'ailleurs commencé à creuser des trous dans le satin bleu.
À l'aide d'un sortilège du bouchon, elle coupa les sources de la fontaine et la vida d'un enchantement d'aspiration. Une fois les coffres mis à jour, elle les arrosa d'un Aguamenti pour les nettoyer et en attrapa un. Une pensée lui traversa l'esprit mais quand elle chercha à en récupérer un second, ce dernier semblait être cloué au fond en pierre de la fontaine. Les organisateurs avaient certainement ensorcelé les boîtes pour éviter qu'un champion ne s'empare de toutes ou ne cherche à éliminer les indices supplémentaires utiles pour ses concurrents.
Gabrielle s'éloigna de la fontaine et se cacha dans le labyrinthe, par crainte que quelqu'un de la lui subtilise par surprise. Les panoptes crapahutaient sur le sommet des haies pour l'observer. Puis, elle ouvrit le coffre d'un simple Alohomora. Un objet cylindrique roula dans le fond dans un bruit métallique. Suspicieuse, Gabrielle attrapa la longue vue en cuivre gravée et la tourna dans sa paume. Elle reposa le coffret pour s'y intéresser plus longuement. Des inscriptions grecques apparaissaient sur toute sa surface. Puis, elle la déplia et regarda par la lentille. Il s'agissait d'une longue vue à tout point banale, sans particularité. Traduire les symboles ne l'amènerait à rien, Gabrielle le pressentait. C'était la signification de cet objet qui importait. Mais cela risquait de la desservir si elle consacrait trop de temps à la réflexion. Elle devait passer à la suite, peut-être l'indice suivant allait-elle l'éclairer.
Elle accrocha la longue vue à sa ceinture et sortit du labyrinthe à vive allure, prenant garde à éviter les panoptes. Sa prochaine étape était son lingot d'or : l'indice de la citrine, celui dont elle avait le seul accès. Sigrid et Emeric dispersés à l'autre bout de l'Académie, elle pouvait laisser libre cours à ses envies sans craindre qu'un sortilège ne frôle sa tête ou qu'elle doive en venir au duel pour obtenir une piste supplémentaire.
Son cœur battait de plus en plus fort pendant qu'elle louvoyait entre les bâtisses classiques de Beauxbâtons. Cette école, elle en connaissait chaque recoin. Cela faisait déjà sept ans qu'elle en foulait le sol. Elle se souvenait encore de sa première rentrée, de ses premiers pas dans cet établissement prestigieux. Une source de fierté, d'émerveillement, mais aussi de déconvenues. Gabrielle Delacour était un nom bien lourd à porter. Elle n'était que la sœur de l'ancienne championne, celle qui avait servi d'otage dans le lac noir de Poudlard. Jamais elle n'avait cessé d'être associée aux succès – mais aussi aux échecs – de sa grande sœur. Ses professeurs la comparaient à son aînée, ses camarades se rappelaient sa réputation. Gabrielle avait tardé à se forger sa propre identité, à se détacher de l'ombre envahissante de Fleur qui avait toujours cherché à avaler sa personnalité.
Ce nouveau tournoi lui offrait une chance de rédemption, l'opportunité de réparer la défaite de Fleur et de faire prévaloir le nom de Gabrielle. Elle n'échouerait pas si près du but.
Elle parvint sans encombre jusqu'aux écuries des gigantesques chevaux de Madame Maxime. Les exhalaisons affreuses, mélange de crottin et de whisky pur-feu qu'on leur servait par tonneaux, manquèrent de la faire tourner de l'œil. Mais la citrine ne pouvait mentir : c'était ici où était dissimulé son indice si précieux. Elle avança devant les boxes sous le regard perplexe des chevaux en évitant les tas de paille douteux. Peut-être un piège se déclencherait à son passage. Mais sa baguette magique, au bout de son bras, ne frissonnait pas dans sa main malgré son sortilège de détection.
Puis, parvenue jusqu'aux fonds des écuries, cela lui parut être une évidence. Elle avait tenté de s'en convaincre, « non, ils n'ont pas osé », mais c'était sans compter qu'il s'agissait d'un Tournoi des Trois Sorciers, où tous les coups étaient permis.
Se pinçant le nez et contenant son dégoût au possible pour ne pas se ridiculiser devant les panoptes qui la scrutaient, Gabrielle fit face avec prestance à l'énorme tas de fumier pestilentiel autour duquel gravitaient des essaims de mouches comblées. Ravalant sa fierté malgré ce qu'elle considérait être une humiliation, elle s'y plia sans broncher. Il était hors de question qu'elle abandonne à ce stade !
Elle usa de magie pour soulever des monceaux de sa taille et les mettre de côté, mais cela semblait toujours dégager un nouveau nuage plus nauséabond encore que le précédent. Ce ne fut qu'après quelques minutes d'acharnement qu'elle finit par trouver une plaque rouge et scintillante, qu'elle reconnut comme une matière magique sensible à la chaleur. Enfin, tous ses efforts allaient être récompensés. L'erreur aurait été d'utiliser un sort de flammes, qui aurait certainement incendié les écuries avec toutes les émanations. Elle rusa à l'aide d'un enchantement de séchage à quelques centimètres de la surface. Des lettres d'or se dessinèrent.
« Je suis une peinture céleste, figurant les habitants de ce lieu. Mais le trophée que tu convoites tant se trouve du côté de chez ma sœur. »
L'énigme lui parut plus obscure encore que la précédente… Elle observa les lieux, les chevaux ruminant leur foin sans ciller, remuant la queue ou lâchant quelquefois un renâclement. Les habitants de ce lieu… Céleste… La longue vue… Une constellation ?
Persuadée d'avoir saisi le fil d'une piste juteuse, Gabrielle sortit à toute vitesse et récupéra l'outil qu'elle avait trouvé en premier. L'ouvrant d'un coup sec, elle y porta l'œil avec l'espoir qu'elle lui révélerait la vérité. Peut-être était-ce une longue vue magique, qui transformerait le ciel diurne en toile de nuit ? Pourtant, à sa grande déception, il n'en était rien…
Elle balaya l'horizon, à la recherche d'un détail, d'un petit quelque chose qui pouvait tout changer. Quand un mouvement attira son attention. En reconnaissant de quoi il s'agissait, elle hoqueta de stupeur. Une hésitation la saisit. Devait-elle agir ou s'enfuir ? Elle n'avait que quelques secondes pour fixer son choix…
Emeric s'accorda une pause de quelques secondes pour réanalyser dans sa tête la carte détaillée de l'Académie qu'il avait mémorisée. Les paupières closes, ses yeux roulant témoignaient de la rapidité de sa pensée pendant qu'il passait tout en revue dans son esprit. Il devait être efficace, rusé. Sigrid était partie vers le Nord, Gabrielle vers les bâtiments scolaires et les jardins. Le volcan validé, le Sud restait sa piste la plus sûre pour éviter de croiser ses concurrentes.
Il dévala la pente qui menait vers les plages, prises d'assaut dès le printemps par les élèves. La mer attenante était d'un azur impénétrable ce jour-là, mais Emeric ne pouvait s'arrêter pour un moment de contemplation. L'océan avait toujours été son refuge, d'une manière ou d'une autre. Enfant, il n'avait cessé de rêvasser devant les étendues infinies de bleu, chargées de sensations, d'odeurs et de bruit qui l'avaient tant inspiré. Les côtes de New York n'auraient pas le même charme, il le savait, et les rivages rustiques de Grande-Bretagne lui manqueraient l'année suivante. Mais il reviendrait et savourerait bientôt à nouveau ses méditations aux relents salés. Kate à ses côtés. C'était une promesse à lui-même.
L'indice de la plage sud était posé en évidence au milieu : un arbre métallique, désassorti au reste du paysage, avait poussé dans le sable, sans logique naturelle. Au bout de ses grosses branches sans feuilles étaient suspendues trois bouteilles en verre à l'intérieur desquelles se trouvaient des parchemins enroulés, à l'image des messages qui traversent les océans. Mais s'approcher était bien trop simple ; Emeric soupçonnait le piège…
Il se pencha pour attraper un caillou – manquant de bousculer un panopte un peu trop collant – et le jeter en direction de l'arbre. Quelques secondes plus tard, le sol se mut et aspira le galet. Un sable mouvant magique… Sur cette épreuve, Emeric était clairement avantagé ; il lui suffisait de prendre sa forme d'Animagus pour survoler la zone dangereuse. Reste stationné pour tenter de détacher la corde avec son bec et ses serres ne furent pas une chose aisée, mais il y parvint avec un temps d'effort et de minutie. Revenu sur la terre ferme, le Serdaigle s'empresser d'étêter la bouteille et d'en sortir le rouleau de parchemin.
« Bételgeuse est éteinte depuis bien longtemps, mais parfois gronde. »
Bételgeuse ? C'était le nom d'une étoile, l'un des objets les plus brillants du ciel nocturne ; elle était loin d'être éteinte ! Pourquoi elle en particulier ? Emeric reconstruisit les cartes célestes dans sa tête, rattachant l'étoile à sa constellation, celle d'Orion. Orion, le chasseur mythologique.
— Je ne chasse que de nuit, mais reste trop voyant !
Emeric s'était exclamé à voix haute, incapable de retenir sa parole qui dépassa sa pensée. Cela ne pouvait pas être une simple coïncidence ! Il récita alors les autres étoiles : Rigel, Bellatrix… Bellatrix. Bellatrix ! Il loua le ciel de lui avoir envoyé Terry et son sens de l'émerveillement devant des petits détails insignifiants ! Mais cette pierre gravée qu'il avait remarquée à l'entrée du Colisée était en réalité elle-même un indice ! Et Bételgeuse ? Si elle grondait, tout en étant éteinte, cela pouvait-il être possible qu'elle soit en réalité… le volcan ?
Pour visualiser sa pensée et calquer ses différents plans, Emeric sortit sa baguette magique et traça dans le sable. Bételgeuse, l'épaule gauche, était le volcan ; Bellatrix, l'épaule droite, était le Colisée. La ceinture d'Orion devait se situer à proximité des bâtiments principaux de l'Académie. Rigel devait être situé quelque part, sur les falaises est. Mais il y avait bien une raison pour laquelle la constellation d'Orion avait été tracée sur la carte de Beauxbâtons.
L'indice qu'il avait récupéré sur le cratère lui offrit la solution :
« Je suis le renouveau, je suis la renaissance à partir du rien, et comme le phénix, je suis oiseau d'étoiles qui ouvre les ailes. »
— Une nébuleuse !
Tout s'expliquait ! Mais il était là confronté à un autre problème : Orion en comportait plusieurs ! Peut-être l'une d'elles allait le mener jusqu'à la coupe du Tournoi. Pour cela, il avait besoin de cartographier les lieux plus en détails.
Emeric reprit son envol, avec plus de maladresse dans sa précipitation, et monta haut dans les airs pour rejoindre les bâtiments centraux. Il n'avait seulement pas anticipé l'ombre qui s'abattit sur lui.
Une douleur fulgurante lui transperça les côtes. Il sentit un énorme poids peser sur son corps et des plumes d'une teinte plus sombre passèrent devant ses yeux. Ce n'étaient pas les siennes. Les serres de l'immense aigle royal s'étaient refermées sur sa poitrine, n'hésitant pas à perforer sa chair pour maintenir l'étau et l'empêcher de battre des ailes. Le cri suraigu du harfang résonna dans la vallée.
Incapable de se débattre et luttant contre sa souffrance, Emeric ne parvenait à réfléchir. Il hésita à reprendre forme humaine, mais il volait là à une bonne trentaine de mètres du sol. Dans le laps de temps de sa chute, il lui était impossible de récupérer sa baguette magique dans sa poche et d'amortir sa réception. Ses pensées se bousculèrent tant l'aigle le secoua, hurlant de rage pour l'intimider. Il sentit les serres s'enfoncer plus encore, coupant sa respiration. Mais Sigrid refusait de le lâcher. Elle comptait bien l'éliminer de la compétition, d'une manière ou d'une autre.
La panique s'immisça en lui. Emeric se posa sincèrement la question de piocher sa dernière chance dans la noirceur, enfouie en lui. Mais cela revenait à admettre sa nature, à embrasser cette identité terrifiante qui hantait ses cauchemars. Le dilemme de la survie ou de l'intégrité dévora son esprit. L'air lui manquait. Sa vision de rapace commençait à flancher.
Un sortilège tonné changea la donne :
— Inpédimenta !
L'éclair bleu percuta de plein fouet l'aigle royal, qui relâcha sa prise, avant de chuter, assommé pour quelques brèves secondes. Emeric reprit ses esprits et se dépêcha de rejoindre la terre ferme pour reprendre forme humaine. Il se traîna sur le sol, portant sa main sur son flanc blessé pour contenir le saignement. Levant le regard pour comprendre ce qu'il venait de se produire, il croisa brièvement celui de Gabrielle.
Elle avait fait son choix. Sa dette était définitivement réglée. Soulagée de voir qu'il avait gardé conscience, elle hocha la tête avant de disparaître plus loin, emportée par la vitesse de ses patins à roulettes.
Après avoir trouvé un arbre sur lequel s'appuyer comme dossier, Emeric étudia de plus près ses plaies. Sa paume était écarlate, chaude et humide. Il perdait beaucoup de sang. Gardant confiance, il pointa sa baguette magique sur les dégâts et murmura plusieurs fois :
— Vulnera sanentur. Vulnera sanentur. Vulenra sanentur…
Les plaies commencèrent à se résorber, mais le sang manquant lui donnait des vertiges. Une dizaine de panoptes soucieux s'étaient regroupés autour de lui. Conscient que tout le stade le regardait et que nombre de ses amis devaient angoisser de le voir dans cet état, il s'adressa à l'un d'entre eux avec un sourire qui pouvait chasser n'importe quelle inquiétude :
— Je vais bien, ne vous en faites pas. Je vais bien…
Un filet froid qui glissa sur sa joue ranima Sigrid à sa conscience. Sa tête restait encore douloureuse, l'esprit ralenti. Le sortilège de Gabrielle se dissipait petit à petit, mais n'avait pas amorti sa chute dans le sable. Quand elle rouvrit les yeux, elle tomba nez à nez avec un panopte curieux qui l'épiait. Une colère sans nom monta en elle, avec l'envie de se saisir de la petite créature pour l'expédier au loin. Elle savait son image retransmise dans tout le Colisée. Une Sigrid dépeinte comme agressive, belliqueuse, prête à tout. Depuis des semaines, les journaux du monde entier la raillaient, chacun y allait de son petit mot pour la traiter d'égoïste. Personne, au fond, ne la comprenait. Une fois de plus, elle avait été humiliée, sous les yeux des trois écoles, des ministères les plus influents d'Europe. Sous les yeux de Lyov.
Sa rage se métamorphosa en une intense tristesse qu'elle refoula, refusant de pleurer face au panopte et de montrer ses larmes à tout un stade. De lui montrer ses larmes. Elle n'en avait pas le droit. Ses lèvres frémirent et elle murmura en russe :
— Je suis désolée…
Il la comprendrait. Oui, Lyov l'avait toujours comprise. Elle et son caractère de feu. Elle qui s'était toujours crue indomptable, froide et sauvage, il l'avait su l'apprivoiser et il lui avait appris à s'accepter elle-même. Sigrid ne pouvait pas se permettre de ne pas lui rendre la pareille et baisser les bras. Pas à ce stade de la compétition.
Les traits de son visage se raffermirent, ses sourcils se froncèrent et dans ses yeux s'illuminèrent une étincelle de détermination.
— … mais je ne m'en arrêterai pas là ! susurra-t-elle, toujours en russe, comme une promesse.
Mobilisant chacun de ses membres qui lui renvoyait une sensation douloureuse, Sigrid s'extirpa du sable qui avait imprimé l'empreinte de son corps. L'écho de la houle lui redonna du courage, comme un flot d'applaudissements lointain. La Volvä retira d'une main tout le sable mouillé collé à son visage et ses cheveux tressés à ras la tempe. Ce n'était pas la fin.
Cependant, avant de quitter les lieux, son regard fut attiré par des tracés au sol ; Emeric avait laissé la carte d'Orion en évidence, trop pressé d'en finir pour se rappeler d'effacer ses preuves. Sagace, il ne fallut que quelques instants pour que Sigrid comprenne de quoi il en retournait. Cela concordait avec ses propres indices…
Il était temps de passer aux choses sérieuses et son intuition ne pouvait la tromper : elle devait trouver l'indice de la pyrite, celui auquel elle était la seule à avoir accès… Il était décisif et changerait la donne.
Cette fois, Emeric rejoignit le complexe scolaire sans adopter sa forme animale ; il l'avait trop usé ce jour. Mais au-delà de la crainte de se rapprocher de la situation risquée d'un ganipote, il savait que sa blessure, encore ancrée dans sa chair, l'empêcherait de voler aussi vite qu'il l'aurait souhaité. Il trotta en boitant, focalisant sa pensée sur son but plus que sur sa douleur. Apercevoir la silhouette de la tour qui hébergeait les élèves de Poudlard lui donna du baume au cœur. Elle était vide à cette heure-là ; tous ses amis étaient assis dans les gradins, brandissant des banderoles brodées à son nom. Ils y avaient vécu tellement de choses, en l'espace d'une année, loin de leur Grande-Bretagne natale. Des souvenirs qu'ils garderaient toute leur vie, qu'ils raconteraient un jour à leurs enfants, à leurs petits-enfants.
Quand il passa devant, il aperçut une pierre gravée au-dessus de l'arche d'entrée. Pour avoir pénétré l'endroit des centaines de fois depuis octobre, Emeric savait qu'elle avait été posée là pour l'épreuve : « Altinak » était inscrit dessus en lettres capitales. Altinak, l'étoile gauche de la ceinture. Cela lui donnait de meilleurs repères…
Il se dirigea vers l'écurie des chevaux géants de Madame Maxime, pensant qu'il s'agissait du lieu potentiel où la coupe se trouvait. Après quelques recherches, il arriva aux mêmes conclusions que Gabrielle et dénicha l'indice de la citrine derrière le gigantesque tas de fumier.
« Je suis une peinture céleste, figurant les habitants de ce lieu. Mais le trophée que tu convoites tant se trouve du côté de chez ma sœur. »
Cela confortait son hypothèse : tout se centralisait autour de la nébuleuse.
Les habitants de ce lieu ? Des chevaux. La nébuleuse à tête de cheval ! Sa sœur ? Ce n'était autre que la grande nébuleuse d'Orion ! Il avait désormais toutes les indications pour trouver la coupe !
L'euphorie d'avoir déchiffré l'énigme lui fit oublier sa douleur et Emeric courut en sortant de l'écurie, épié par les chevaux insouciants et les panoptes curieux qui bondissaient derrière lui. Il prit la direction de l'est, cela ne pouvait être que par-là, en se fiant aux cartes dans sa tête. La structure, au loin, lui parut être une évidence.
Isolé au milieu du parc se trouvait le kiosque blanc, avec ses jolies torsades en fer clair et son lierre grimpant. Le cœur battant car se sachant proche du but, Emeric s'apprêtait à s'y précipiter, quand une voix forte suspendit son élan :
— Arrête-toi ! Maintenant !
Il appuya son pas dans l'herbe pour se stopper ; sa vue ne l'avait pas averti de la présence de Sigrid, menaçante, pointant sa baguette vers lui.
La Volvä avait mis la main sur un indice décisif à proximité des falaises.
« Je me trouve où naissent les musiques et les plus belles danses. »
Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre quel lieu était par-là mentionné. Le timing avait voulu que leurs arrivées concordent, mais un seul s'en sortirait avec le trophée. Cela se jouerait en duel…
Emeric ajusta ses lunettes, faisant rouler la baguette de pommier au bout de ses doigts. Ils n'y réchapperaient pas. Ce combat s'annonçait acharné, peut-être même mortel, car tous deux se battaient au nom d'une même cause : l'amour. Lui pour Kate, elle pour Lyov.
Tous deux en avaient conscience. Tous deux étaient prêts à passer par-là. Tel le voulait ce Tournoi.
Un hurlement aigu déchira le silence tendu de l'Académie.
Emeric sursauta et se retourna, aux aguets.
Sigrid n'eut pas même l'idée d'en profiter pour le désarmer, pétrifiée par ce qu'elle venait d'entendre.
— Gabrielle !
Dans le Colisée, beaucoup avaient retenu leur souffle. D'autres criaient. Des sorciers disparurent dans les gradins des hauts-placés, espérant intervenir à temps. Kate, déjà affectée par tout ce qu'elle avait vu pendant cette tâche, s'était levée d'un bond. Une colère sans nom lui monta à la tête. Mais sa peur, paradoxalement, l'apaisa.
— Est-ce que… tout le monde me voit ?
Amusée, Electra Byrne tapota sur la tête du panopte le plus proche, qui se carapata au haut d'un arbre pour capturer l'ensemble de la scène en sécurité. Gabrielle battait des jambes, ses pieds ne touchant terre, maintenue par l'Immatériel au niveau de la gorge, incapable de s'en défaire. Sur son visage se lisait une terreur muette.
La Sorcière Bleue s'extasiait de sa position. La folie se devinait à sa posture, à ses gestes et mimiques. Elle n'était plus que l'ombre aliénée de ce qu'elle avait pu être.
— Surtout… est-ce que Kate me voit ? Kate ? Kate ?
Tous les regards du Colisée se tournèrent vers la jeune fille, mais celui qui la transperçait le plus restait celui des yeux saphir d'Electra, qui fixait le panopte devant elle, son image retransmise en taille géante sur les écrans de l'arène. Cherchant refuge dans une présence plus rassurante, elle se tourna vers Maëva, interdite, puis vers Atropos. Mais cette dernière s'était volatilisée.
— Parfait. Sache qu'à partir d'aujourd'hui…
De son autre main luisante, elle fit jaillir d'un tronc d'arbre une espèce de grand épieu diagonal d'Immatériel, auquel Gabrielle tournait le dos. Elle étouffait de plus en plus, incapable de crier à l'aide.
— … il n'y aura plus d'otage.
Après trois secondes de silence absolu suite à ces mots solennels, elle fit agir son Immatériel. Gabrielle fut projetée avec une force inouïe contre l'essieu. La lance bleutée suspendit son dernier hoquet de surprise et de souffrance ; elle pouvait la voir, dans ses derniers supplices, saillir entre ses côtes.
C'était ainsi qu'était décédé Aidan.
Ce fut ainsi que fut assassinée Gabrielle.
— Maintenant, Kate… on passe aux choses sérieuses.
VOILA !
NON.
Ne me regardez pas comme ça ! Je ne suis pas un monstre ! T_T
Pis de toute façon, c'est que le début, na. Habituez-vous !
J'espère que vous passez un "bon" confinement ! De mon côté, ça me permet de boucler LMA une bonne fois pour toutes, c'est pas plus mal... Comme vous pouvez vous douter, tous les salons auxquels je devais participer (Grésimaginaire, Imaginales, etc.) ont été annulés/reportés. Donc j'espère vous revoir à d'autres occasions pour papoter LMA ou Fleurs d'Opale (comment ça vous ne connaissez pas encore mes romans de fantasy ? OH BEN).
Ca n'a pas été évident pour moi de concoter cette épreuve, ça m'a bien pris la tête, j'espère que ça ne vous fait pas trop de noeuds au crâne ! Ce qui a expliqué que ce chapitre a été assez long à arriver. Mais la suite devrait arriver "assez rapidement". Le chapitre 19 est déjà prêt. Je rédige le 20, LE DERNIER DE LA PARTIE VII MAMA. Il faudra peut-être plus attendre les illustrations d'Emi pour parfaire le tout ! Inimaginable de publier la fin sans ses formidables illustrations, hein !
A tout bientôt, prenez soin de vous, et surtout #restezchezvous, avec plein d'amour et de belles lectures !
Poster une review fait passer plus vite le confinement
