Guerre.
Contexte : UA pendant la guerre des Ogres et également UA ils-ont-vécu-à-la-même-époque.
« Les Démons se retirent quand un homme bon et intègre s'en va-t-en Guerre, L'Amitié meurt et l'amour véritable s'étiole, Les Démons se retirent, mais à quel prix,
La Nuit tombe et noie le soleil,
Quand un homme bon et intègre s'en va-t-en Guerre
La Nuit tombe, et l'obscurité englobe la Terre,
Quand un homme bon et intègre s'en va-t-en Guerre.
Les Ennemis sont vaincus, mais l'enfant est perdu. »
Doctor Who, « La retraite du démon ».
Il y a du sang.
Il y a la mort.
Il y a l'horreur.
Il y a des hurlements.
Il y a la nuit et les ténèbres.
Les gens appellent ça la guerre.
Baelfire, lui, appelle ça tout simplement l'Enfer.
§§§§
Ça fait dix ans que ça dure.
Dix ans et plus en fait, si on compte les guerres précédentes...
Dix ans de guerre contre les Ogres, dix ans qu'ils se battent tous, enfants comme adultes, et Baelfire est encore vivant, ce qui est un miracle à ce stade.
Son père est mort quand il n'était encore qu'un bébé, durant la première guerre contre les Ogres, puis sa mère a également péri plus tard, au combat elle aussi, durant la deuxième guerre, quand il n'avait encore que huit ans, et maintenant...
Maintenant, il se bat depuis qu'il a quatorze ans, c'est la troisième guerre qu'il vit (de près cette fois) en vingt-quatre ans d'existence, et tout ce qu'il peut dire, c'est qu'il est fatigué.
Il veut seulement que tout ça s'arrête.
Mais personne n'a jamais entendu ses prières depuis le début de la guerre des Ogres, alors pourquoi prierait-il maintenant alors qu'il n'a plus d'espoir depuis bien longtemps ?
§§§§
La gamine s'appelle Alice, et elle n'a absolument rien à faire là.
Elle a six ans, les yeux bleus et des cheveux blonds, elle est innocente, et surtout, elle n'a définitivement rien à foutre là !
Baelfire aurait pu hurler de colère dans d'autres circonstances, sur qui ou pourquoi, il ne le savait pas exactement, mais de toute façon, cela faisait déjà des mois, voire des années qu'il n'avait plus la rage au cœur, qu'il n'avait plus la sensation de vivre, ou même de seulement exister, il ne faisait qu'une seule chose maintenant, comme tout le monde : survivre.
Alors il s'était tut, et s'était contenté de balancer une flèche dans l'œil de l'ogre le plus proche, le faisant tomber à terre, et il avait poussé un soupir de soulagement.
Un soulagement qu'il savait d'ors et déjà être bref, d'autres allaient sûrement bien arriver, un jour ou l'autre, mais ce n'était pas sa priorité, la sienne, c'était de réussir à comprendre ce qu'une petite fille faisait sur un champ de bataille !
Ils n'avaient quant même pas encore abaissé l'âge de recrutement, ils n'avaient pas osé ?
Non, évidemment que non, la gamine n'avait heureusement aucune arme dans la main, ce qui était à la fois rassurant et terrifiant, puisqu'elle risquait d'autant plus de se faire tuer à chaque instant qu'elle passait ici, et bordel de merde, qui était l'irresponsable qui l'avait laissée venir jusqu'ici au juste ?
Il se souvint du gamin de quatorze ans qu'il était autrefois, qui savait à peine tirer à l'arc, terrorisé et qui n'avait survécu que par miracle, et il se dirigea vers elle.
La bataille était terminée, mais pas la guerre, définitivement.
« Hey petite... Comment est-ce que tu t'appelles ?
L'enfant le regarda avec ses grands yeux bleus terrifiés, et Baelfire serra les dents.
Elle n'avait absolument rien à faire sur un champ de bataille.
- Je m'appelle Alice.
- Quel âge tu as Alice ? Lui demanda le soldat afin d'essayer de lui faire oublier temporairement les cadavres d'ogres et d'humains qui se trouvaient à seulement quelques mètres d'eux, oublier le massacre qui venait tout juste d'avoir lieu, tout comme Baelfire aimerait lui aussi oublier que c'est arrivé.
- J'ai... j'ai six ans, et cette fois-ci, il crut réellement qu'il allait pour de bon se mettre à hurler.
Six ans...
Six. Ans !
Ce n'était pas possible, ce n'était juste pas possible !
- Et, dis-moi... qu'est-ce que tu fais ici ?
- Les ogres ont détruit mon village et je ne sais pas où aller. »
Ah oui effectivement, c'était... une bonne raison.
« Et... où sont passés tes parents ?
- Ma mère est partie il y a longtemps, et mon père est en train de se battre avec les autres, et je ne sais pas où il est. »
Il était probablement déjà mort en vérité, mais pour l'instant, Baelfire refusait d'envisager la possibilité, n'acceptait pas de voir la douleur et le désespoir envahir le regard de l'enfant comme il en avait été de même pour lui lorsqu'on lui avait annoncé que sa mère ne reviendrait jamais à la maison.
Il ne savait pas combien il y avait eu de survivants à la bataille, mais il était sûr d'une chose.
Si jamais le père d'Alice avait survécu, il le trouverait.
§§§§
Après avoir confié l'enfant à son amie Morraine, Baelfire s'était aventuré prudemment sur le champ de bataille, et en étant de nouveau confronté à l'odeur de mort, de pourriture, de guerre, il avait manqué vomir.
Rien à faire, il ne s'y habituerait définitivement jamais.
Et il n'avait clairement pas envie de s'y habituer.
Il retint sa respiration pendant plusieurs minutes, ne s'autorisant à respirer pour de bon que lorsqu'il arriva à proximité du village dont Alice lui avait parlé.
Et en effet...
Il ne restait plus rien.
Rien sauf des cendres.
Baelfire comprenait parfaitement ce qu'Alice avait pu ressentir en voyant ce désastre, cela faisait bien longtemps que son propre village n'existait plus.
Il n'avait plus de maison désormais, ne savait même plus à quoi elle ressemblait autrefois, quand elle était encore debout.
Les ogres et la guerre avaient tout détruit.
Il ne hurla pas.
Il n'en avait plus la force.
Il n'avait plus la force de faire quoi que ce soit, à part se battre.
Et encore...
Il n'était plus sûr de pouvoir continuer à le faire pendant bien longtemps.
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Réussir à trouver Killian Jones ne fut pas si compliqué que cela, étant donné le faible taux de survivants au combat du jour, et la particularité physique du jeune homme, à savoir le fait qu'il avait perdu deux ou trois ans plus tôt une main en se battant contre les ogres.
Il n'était pas vraiment en très bon état, et il avait du sang un peu partout, mais au moins, il était en vie.
C'était ça le plus important.
Bon, il était inconscient par contre.
Ça, c'était un peu plus gênant.
Mais bon, on fait avec ce qu'on a hein...
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Jamais il ne se souvenait avoir vu autant de gratitude dans les yeux de quelqu'un que dans les yeux d'Alice quand il lui avait ramené son père.
Et, en assistant aux retrouvailles entre le père et la fille, il s'était senti un peu plus léger qu'au début de la journée.
Quand l'autre soldat l'avait serré dans ses bras pour le remercier, pendant quelques secondes, il s'était véritablement sentit vivant.
C'était toujours la guerre, mais ils étaient vivants.
Et il allait tout faire pour que ça dure le plus longtemps possible.
