3x05 - Say the word
*Pov y/n*
Daryl prend les choses en main. Rick est k.o. je le vois bien mais n'ose m'en approcher. Parce que je suis moi même abasourdie. Chacun d'entre eux semble trouver quelque chose à faire, quelque chose d'important, je veux dire.
Mais je reste plantée là, n'entendant que les pleurs du bébé.
"... A trouver pour le bébé... Tu viens ?
Daryl entre dans mon champ de vision, penché fort en avant. Je ne réagis pas, ne cherche même pas les mots qui pourraient venir, puisque rien ne vient, ma tête est vide...
"...abrutie elle aussi... marmonne le chassur en se redressant. Beth fait gaffe à Carl. Toi, fais gaffe à eux... Tu sauras faire ça au moins ? Hey ! claquant des doigts une dernière fois devant mon nez. T'es pas là ?
-Ouai... J'fais gaffe... dis je d'une voix pâteuse. Arrête de me casser les oreilles...
-J'vais te casser aut' chose tout à l'heure... ! se reculant d'un ou deux pas, me dévisageant de bas en haut, vexé.
-Je sais... Dégage... j'articule doucement, ailleurs, ne le regardant toujours pas.
-C'est ca... Va mourir ouai... s'éloignant rapidement, en colère cette fois.
-...Tu es le plus fiable pour trouver de quoi faire pour le bébé... Le bébé... C'est le plus important... dis je pour moi même de plus en plus bas alors qu'il est déjà là-bas.
Le moteur rageur de la moto qui s'éloigne finit de me réveiller complètement de ma léthargie aussi surprenante que lourde.
Je réalise qu'il ne reste plus que moi dans la cour déserte. Ça fait combien de temps que je suis là en plein soleil, et toute seule ?
Ils sont tous rentrés. Des déchets, des armes, des morceaux de membres pourris jonchent encore le sol, quand ce n'est pas des corps entiers. Y avait pas une hache de secours par là ? Je m'étais formulé qu'elle pourrait être utile quand on est arrivés là, malgré l'urgence, ça m'a frappé la conscience... Avant que Carl et Maggie ne nous mettent face à l'atroce vérité...
J'ai du rêver... Cette hache n'a plus aucune espèce d'importance.
Je retombe dans une drôle de contemplation de l'inscription au mur : bloc C. A le lire et le déchiffrer cent fois, au point qu'elle en perde tout sens. Comme notre vie. Dépourvue de sens, de logique et de but.
Un courant d'air tourbillonne dans la cour. Un frisson me saisit la nuque, en nage. Mes cheveux volent barrant ma vision de leurs mèches brunes, bouclées, humides et sèches à la fois.
Où est Rick ?
Le frisson glacé de sueur froide finit sa course au bas de mon dos.
Je suis égarée et ne sais où aller, seule au milieu de la cour du bloc C.
*Pov Daryl*
Cette fille me fusille. Elle me vrille les nerfs.
La minute d'avant elle, s'accroche à mon cul, littéralement, agrippant ses doigts à mon fute sans aucune permission, et la seconde d'après, elle m'envoie chier, proprement.
"Dégage..."
Mais elle a craqué cette pétasse ? Les anglais ont débarqué ma parole ! Elle se prend pour qui cette minus ?!
J'comprendrai jamais cette nana, lâche l'affaire. C'est pour ça que j'ai laissé Maggie venir avec moi, même si j'aurais préféré Y/n. Après ce que la fermière vient de faire, subir plutôt, faut que je fasse gaffe qu'elle ne me claque pas entre les doigts à son tour.
Ses mains, tellement plus longues que celle de... putain !... elles serrent mon poncho un peu fort quand je fais déraper la moto. Je baisse la tête pour les voir, pour oublier la sensation des quatre petits doigts, minsucules de Y/n dans la poche de mon jean. Je ne vois que le rouge sombre qui les macule. Le sang de Lori. La réalité me saute à la gorge.
Je me raidis, redresse la tête et accélère encore. Ça m'apprendra à m'attacher à une meuf névrosée et égoïste.
L'air va me faire du bien, va remettre mes idées en place.
Et puis c'est bien fait pour ma gueule. J'en n'ai plus rien à foutre de cette abrutie. Je me passerai de son marteau aussi bien.
Putain ! Elle fait trop chier cette petite conne !
On va trouver de quoi faire. Y a pas mieux que Maggie pour cette mission. En plus, elle connaît le coin.
Ce tout petit être, nouveau, a besoin de moi.
Obligés. On est obligés de trouver de la poudre.
Qu'elle aille au diable.
J'sais complètement largué, ouai...
*Pov Rick*
Le bourdonnement est assourdissant. Daryl me fait des signes, passant sa main devant mes yeux comme un débile, à moins que ce soit moi, le taré ? Qu'est ce qu'il veut ?
Puis il disparaît aussi vite qu'il est apparu.
Le seul bourdonnement emplit mes oreilles et mes pensées. Encore plus fort, presque sifflant par moments. Que peut il y avoir de plus important, puisque je suis désormais mort ?
*Pov Y/n*
La hache n'est plus là. Je sais l'avoir vue. Je suis sûre de moi et j'en fais une fixation, un soudaine obsession. Comme si ma vie, nos vies en dépendaient. Je fais trois fois le tour de la cour. Elle a peut être été poussée contre un mur, enfouie sous les immondices.
Elle est forcément là puisque je l'ai vue. Elle a forcément été déplacée, quelque part.
Elle n'attend que moi.
Mais elle est perdue, si ce n'est moi la pauvre paumée...
*Pov Glenn*
Je reviens aux cellules.
Le bébé hurle depuis des heures maintenant. Ses cris résonnent à travers les couloirs, ils se répercutent inlassablement sur les parois, se dupliquent à l'infini, dans tout le bâtiment, immense. Et sans doute même au delà.
Comme une sirène d'alarme.
Ou comme l'hymne d'un nouvel espoir.
Je l'entendais, si proche encore, quand j'ai enfin retrouvé Rick. Changé. Méconnaissable. Habité. Absent.
Totalement parti, totalement différent. Impressionnant. Violent, parce que torturé.
Et je n'ai rien pu faire pour mon ami. Je n'ai été que nul et impuissant face à la violence pure, face à la rage. Juste avant ma peur. Et puis la mort.
Daryl ne m'a pas encore ramené Maggie. Je pensais qu'ils seraient revenus. Ça m'aurait rassuré, après le comportement dément de Rick. J'aurais pu retrouver un semblant de respiration. Si elle avait été de retour.
Je vais l'attendre à la tour de guet. Je les verrai ainsi arriver de loin.
Je pivote un peu brusquement pour gagner la sortie, pris dans ma nouvelle idée, rassurante, sensée et raisonnable, normale et amoureuse.
J'ai besoin d'air soudain.
Mais je percute quelque chose contre mon épaule, quelqu'un, plutôt. Je dis de Rick, mais je ne suis pas loin d'être dans le même état.
"Ca va ?!
La voix de Y/n, calme, inquiète, arrive à mes oeilles avant que mes yeux ne la regarde vraiment.
Ses mains s'attachent à mes deux bras, si fermement que je les regarde elles, une seconde. Et je découvre enfin Y/n, ma Y/n, plantée là. J'ai l'impression de ne pas l'avoir vue depuis un mois, plusieurs même. Je sens ses doigts sur mon maillot, fermes, forts. Elle qui me demande de lui ouvrir le moindre bouchon. Qui me demandait, plutôt...
"Glenn ? Regarde moi...
-Ouai... la tête baissée sur sa main blanche mais si forte.
-Tu fais quoi là ?
Ses yeux se froncent sur moi, bougeant comme pour tenter de m'attraper au moins le regard.
-Daryl va me la ramener... dit ma bouche.
-Ils sont pas encore rentrés mais ils vont pas tarder... Il t'arrive quoi mon pote ? Faut me parler là... Dis moi quelqu...
-Rick... Rick est...égaré... continue ma bouche.
Alors que je ne veux que monter sur la tour de guet. Je veux oublier le visage de Rick. Un moment seulement, jusqu'à demain au moins.
Il faut qu'elle me lâche.
Maggie va m'attendre.
Je me sens à l'ouest, désagréablement en dérive.
*Pov Rick*
Le bourdonnement cesse enfin quand j'ai explosé le gros bide. Il a giclé comme une pastèque trop mûre, bien pourrie, trop puante, si savoureuse. Le bruit de la lame qui entre, qui inflige les coupures, les déchirements, les déchiquetements à la chair grise et mauvasse par endroits, en une multitude de petits vaisseaux sanguins coagulés, presque solides, distendue à son maximum, hideuse pour toujours ; ce doux son là m'a bercé, apaisé. Enfin. Comme jamais.
Le bourdonnement a cessé. Pas le temps d'y penser, ni même de le réaliser, qu' immédiatement, des pleurs ont pris le dessus. Carl ne pleure plus de cette manière depuis des mois, des années peut être. Alors qui pleure ainsi aujourd'hui ? Personne. Puisque tout le monde est mort.
AmyJimmyJackie.
Leurs visages s'estompent, de plus en plus de mal à y mettre un prénom.
OtisDaleSophiaShanePatriciaJimmy
Les images et les noms sont là mais dans le désordre, et l'oubli qui envahit presque tout. Qui est ce que j'oublie ? L'indifférence qui ne fait même plus battre le coeur un poil plus vite sous la pensée déjà évanouie.
TDog... Lori... non.
Moi. Oui. Moi.
Les cris s'éloignent à leur tour. Ca fait des heures que ça dure, des jours entiers. Ca me rend fou. Et en même temps, ça me soulage, comme Gros Bide il y a longtemps déjà, ça me berce. Ça fait du bien. Je ferme les yeux une seconde. Je suis tellement, tellement épuisé. Puisque je suis mort.
Je sursaute, réalisant soudain que je suis assis là, dans la pénombre, sur le sol immonde d'un couloir crasseux et nauséabond, à côté de l'enfoiré, rependu en fluides indéfinissables et décomposés, qui a bouffé ma femme.
Presque risible, à mourir de rire, oui. J'en pleurerais si j'avais encore la force ou bien des larmes.
Je détourne lentement les yeux de ce pourri, au bord de la nausée.
Je me suis perdu, vraiment trop loin et je ne retrouverai plus le bloc C.
Je sursaute encore une fois, encore plus conscient. Tendu par un bruit que je ne pensais plus jamais entendre.
La sonnerie d'un vieux téléphone.
Épisode terrible et terrible épisode... ravie de l'avoir revu avant de découvrir l'ultime d'Andrew dans deux jours (au moment où j'écris ces lignes) alors que je les écris le coeur presque léger. Mais je sais que je vais sans doute prendre cher. Cet épisode 9×04 va être aussi ravageur que le 8×16 qui m'avais totalement mise par terre pendant une semaine, à remettre tous mes tomes d'Emma en cause et tout et tout...
J'ai peur de perdre la flamme ce lundi soir...
J'espère que ce petit chapitre vous a plu...
Il fait mon nano 4 du #NanoWriMo 😊
Il va falloir être forts... pour le petit chat 💪🙀
