La rentrée de janvier se fit sous une couche de neige d'une épaisseur ahurissante. Un blizzard frappa même Poudlard pendant trois longs jours, obligeant les élèves à rester confinés à l'intérieur. Sortir ne devait plus être qu'une nécessité absolue et à cause du froid, les cours de Potions avaient été remontés dans les étages plus chaud du château. Cela ne plaisait pas à Rogue, qui n'avait pas ses petites habitudes dans cette salle de classe, mais tant pis, Dumbledore préférait éviter que ses élèves meurent de froid en dépit des humeurs de son Maître de Potions.

Le premier week-end de janvier, alors que la neige tombait à gros bouillons, Drago et Hermione se tenaient mutuellement compagnie à la bibliothèque en lisant côte à côte sur une banquette. Le silence de la pièce était agréable et reposant, mais lorsqu'on se racla la gorge près du couple, Malefoy sut tout de suite que le moment de quiétude était mort.

— Tu veux quoi, Blaise ? demanda-t-il en refermant son livre. Est-ce que le mot tranquillité fait partie de ton vocabulaire ?

— Il en fait partie, mais pas aujourd'hui, répondit le Serpentard à la peau noire. Tiens, ça vient d'arriver, c'est pour toi...

Hermione releva le nez de son livre et fronça les sourcils en voyant la lettre que tendait Zabini. Elle se redressa et son compagnon, intrigué, tira le carré de papier à lui et serra aussitôt les mâchoires en le repoussant. Hermione n'eut aucun mal à reconnaître le blason en forme de serpent sur le sceau de cire verte...

— Brûle-la, dit alors Malefoy.

— Mais Drake...

— J'ai dit, brûle cette lettre, répéta le blond, mâchoires crispées.

Blaise ne répondit rien, baissa le nez et repartit avec la lettre.

— Drago... commença alors Hermione.

— Pas maintenant, s'il te plaît.

— Mais ?

Surprise, Hermione regarda son compagnon quitter la banquette et disparaître entre les étagères. Elle tourna la tête et haussa les sourcils pour Blaise, planté non loin, l'air perplexe. Elle lui indiqua alors son poignet puis forma le chiffre trois avec ses doigts avant de dessiner une horloge et un toit pointu. Zabini inclina le menton et s'en alla ; Hermione venait de lui donner rendez-vous à quinze heures sous la tour de l'horloge.

Posant son livre, la Gryffondor partit chercher Malefoy et le trouva deux étagères plus loin, visiblement planqué, les mains crispées sur le rebord d'un des rayonnages.

— Hé... Parle-moi, dit alors Hermione en posant une main dans son dos. C'était quoi cette lettre ?

— Mon père, soupira alors le blond en se redressant. Il me harcèle depuis Noël. Je reçois une lettre par jour, quand ce n'est pas deux.

— Et elles parlent de quoi, ces lettres ?

Malefoy haussa les épaules.

— Je n'en sais rien, répondit-il. Je les jette au feu sans les ouvrir.

— Je vois. Tu n'en as même pas ouvert une, par curiosité ?

— Et pourquoi je ferais ça, selon toi ? Cet homme qui se dit être mon père m'a battu jusqu'au sang avec une ceinture parce que je suis amoureux de la mauvaise personne, répondit Malefoy, crispé. Crois-tu vraiment qu'il mérite que je lui porte la moindre considération ?

— Sans doute pas, mais il reste ton père et peut-être qu'il a compris et...

— Douce utopie, hein ? ricana le blond. Mon père ne comprendra jamais, Hermione. Il ne t'acceptera jamais dans notre famille et préférera me déshériter plutôt que ses petits-enfants aient du sang Moldu dans les veines.

— Je suis une sorcière, répondit Hermione en montrant les dents. Et je me ferais un plaisir de lui montrer toute l'étendue de mes capacités, s'il le faut.

Malefoy haussa un sourcil.

— Comme ce que tu as fait aux frères Derochas ? demanda-t-il. L'étrangler sans bouger... ?

La brunette releva le menton. Elle leva alors la main et un livre sortit d'un rayonnage et vint se poser sur sa paume. La bouche de Malefoy s'ouvrit toute seule.

— Magie Vive, répondit Hermione en allant ranger le livre. Je suis parvenue à contrôler ma magie suffisamment bien pour ne plus avoir à me servir de ma baguette magique. Je l'ai toujours sur moi, bien évidemment, mais en dehors des cours, je ne m'en sers presque plus.

Malefoy était abasourdi. Il redemanda à sa compagne de lui faire une démonstration et quand elle fit léviter la lampe à pétrole la plus proche, simplement en agitant les doigts, il éprouva une immense fierté. Une lueur traversa soudain son regard et il croisa celui d'Hermione.

— À quoi viens-tu de penser ? demanda-t-elle en reposant la lampe sur le meuble.

— Cette capacité que tu as, tu ne dois la montrer à personne, dit le blond. Sauf à Dumbledore.

— Pourquoi ?

— Parce que c'est un atout immense contre les Mangemorts, chérie ! Tu te rends compte ? Tu n'as plus besoin de ta baguette pour canaliser tes pouvoirs, tu peux envoyer en l'air des Mangemorts d'un simple geste du bras ! Voldemort tuerait pour une telle capacité !

Hermione grimaça et blêmit. Malefoy lui expliqua alors qu'ils devaient à tout prix en parler au Directeur et à McGonagall, au moins, afin qu'ils sachent et qu'ils puissent la protéger si jamais. Le samedi de tranquillité en amoureux tomba donc à l'eau quand Hermione accepta de monter chez le Directeur avant même le déjeuner...

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— Mais comment... Même moi je... Hermione, je suis abasourdi, vraiment.

Un peu gênée, Hermione reposa l'encrier sur le bureau de Dumbledore et croisa le regarda de McGonagall.

— Albus, il ne faut en parler à personne, dit-elle soudain en agitant les mains devant elle. C'est une capacité bien trop dangereuse par les temps qui courent.

— Oui, j'en suis conscient, Minerva, répondit le Directeur. C'est la raison pour laquelle je vous interdis d'en faire usage, Miss Granger. Suis-je clair ? Vous ne devrez jamais faire de la magie sans utiliser votre baguette à partir d'aujourd'hui, peu importe la raison. Seule dans votre dortoir de Gryffondor, passe encore, mais ailleurs, défendu. Est-ce compris ?

— Dit et entendu, Monsieur, répondit Hermione. Je suis consciente que ce serait un grand plus dans la guerre qui se profile, et je n'avais pas conscience de ce que je faisais jusqu'à ce que Drago soit si impressionné qu'il me traîne ici...

Dumbledore opina et regarda alors Malefoy.

— Interdiction d'en parler à qui que ce soit, compris ? lui dit-il.

— Oui, Monsieur. Et si vous le désirez, je suis prêt à faire un Serment Inviolable.

— Drago, non...

— Monsieur Malefoy, je ne pense pas que ce soit nécessaire, intervint la Directrice de Gryffondor.

— Cela ne l'était pas jusqu'à ce qu'il le propose, répondit Dumbledore. Après tout, votre père est le bras droit du Lord.

— Monsieur ! s'offusqua aussitôt Hermione.

— Chérie, je t'en prie. Il a raison. Mon père n'est digne de rien, pas même d'être un Mangemort, et encore moins un père. Allons-y, Monsieur.

Il tendit le bras et Dumbledore se leva alors en remontant sa manche droite.

— Minerva ? dit-il.

La vieille sorcière tira sa baguette et Hermione recula d'un pas. Dumbledore prit alors le bras de Malefoy qui referma ses doigts sur l'avant-bras maigre et fripé de son Directeur. McGonagall toucha ensuite les deux mains jointes et entreprit de réciter les clauses du Serment Inviolable. Au fur et à mesure que Malefoy les acceptait, un ruban doré s'enroulait autour des deux mains jointes. Soudain, McGonagall leva sa baguette et les rubans disparurent. Malefoy lâcha la main de Dumbledore qui le remercia.

— À présent, allez déjeuner, les enfants, dit-il en se rasseyant.

Un peu perturbée, Hermione se laissa entraîner hors du bureau par son compagnon et quand la porte se referma, McGonagall se tourna vers Dumbledore.

— Tâchez de savoir comment elle est arrivée à un tel niveau, dit celui-ci. Vous avez carte blanche pour faire toutes les recherches que vous désirez, où que ce soit.

— Bien, Monsieur le Directeur.

— Une dernière chose, Minerva...

— Oui, je sais, discrétion.

Dumbledore opina et la vieille sorcière quitta le bureau, un peu perturbée de savoir qu'une de ses élèves avait été capable d'atteindre un niveau de magie à seulement seize ans, que peu savaient contrôler à l'âge adulte.

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Après le déjeuner, Malefoy se rendit sur le terrain de Quidditch pour s'entraîner avec son équipe en vue d'un prochain match. Hermione se retrouva donc seule et se souvint de son rendez-vous avec Zabini. Elle devait cependant attendre quinze heures et elle rentra à Gryffondor pour lire un peu, mais cela se transforma rapidement en une séance de révisions.

À quatorze heures trente, cependant, son petit réveil se mit à sonner et la jeune femme plia ses livres et quitta la Tour. Ron et Harry n'étaient pas là, ni Ginny, vaquant à leurs occupations de fin de semaine. Elle eut dont tout le champ libre pour gagner la tour de l'horloge et, à sa grande surprise, Zabini s'y trouvait déjà, assis par terre.

— Je suis en retard ? s'inquiéta aussitôt Hermione.

— Non, je suis là depuis un bon moment, répondit le Serpentard en se levant. J'ai l'impression de le trahir, c'est normal ?

— C'est surtout pour la bonne cause, répondit la brunette. Il ne m'a jamais parlé de ces lettres, donc soit-il ne me fait pas suffisamment confiance, soit il cache quelque chose. Tu sais de quoi son père veut lui parler ?

Zabini secoua la tête. Il tendit la lettre encore cachetée à Hermione et recula d'un pas. Elle l'interrogea du regard.

— Je ne t'ai pas vue, je ne t'ai pas donné cette lettre, dit-il.

— Entendu. On dira que j'ai intercepté le hibou, dans ce cas.

Zabini baissa le nez puis tourna les talons sans un mot et Hermione soupira. Elle regarda ensuite autour d'elle et fourra la lettre dans sa robe de sorcière avant de retourner à Gryffondor et de s'installer sur son lit après avoir soigneusement fermé la porte du dortoir.

— J'ai aussi l'impression de te trahir, dit-elle en regardant la lettre. Mais puisque tu refuses de me parler, j'agis. J'assumerai les conséquences.

Du bout de l'ongle de son pouce, Hermione fit sauter le cachet de cire et déplia l'enveloppe qui s'avéra être également la lettre. La jeune femme trouva ce procédé un peu archaïque.

— On faisait comme ça il y a trois cents ans... s'étonna-t-elle. Ceci dit, ça utilise moins de papier...

Elle entreprit alors de lire la fine écriture délicate de Lucius Malefoy et soupira en arrivant en bas. L'homme parlait d'elle sans toutefois la nommer, demandant à son fils s'il était enfin revenu à la raison et s'il avait cessé de la fréquenter, comme il le lui demandait dans ses précédentes lettres. Dans celle-ci, cependant, une phrase tout en bas interpella la Gryffondor.

— Nous t'attendons, ta mère et moi, dimanche prochain, pour discuter de ton futur mariage avec l'une des jeunes femmes que nous avons soigneusement sélectionnées, lut-elle. Ils n'ont donc rien compris ?

Tournant la tête, le regard de la jeune femme se posa sur sa boîte à bijoux, sur son chevet. Elle la fit venir à elle d'un geste de la main puis l'ouvrit et récupéra l'anneau d'argent que le Serpentard lui avait offert, l'été dernier, lui promettant de l'épouser peu importe ce qui arriverait.

Reposant la bague, Hermione soupira et se mordit la lèvre. L'invitation du week-end suivant était plus que tentant, mais au lieu d'y aller seul, Drago irait avec elle et elle pourrait alors s'expliquer face à cet homme borné et stupide. Elle prenait le risque qu'il la blesse, voire ne la tue carrément, mais elle comptait sur Drago pour la protéger, et peut-être aussi sur Narcissa, mais bien sûr et surtout sur sa magie et ses capacités de réaction.

Repliant la lettre, la Gryffondor l'envoya dans le poêle au centre de la chambre. Elle disparut dans une gerbe rouge et la jeune femme croisa les bras un moment avant de quitter son lit et de s'habiller chaudement.