Chap. 26 Talking to Myself || Linkin Park
Deux heures plus tard, nous étions tous relativement redevenus calmes. Les choses semblaient presque normales. On pourra féliciter les nerfs des ninjas. L'adrénaline des combats était retombée, chacun semblait plongé dans ses pensées, occupé à revoir les gestes qui avaient manqué, ceux à retravailler, ceux qui auraient pu abréger les échanges de passes. Je me demande s'ils regrettent d'avoir eu à tuer certains de leurs adversaires. Peut-être que certains d'entre eux leur ont tenu tête suffisamment longtemps pour éveiller en eux de l'intérêt. Comment font-ils pour continuer à vivre avec autant de morts sur leur conscience ?
J'ai vu tellement de corps sans vie en me perdant dans les couloirs du château féodal… J'ignore encore comme gérer ce statut de renégat, sans jamais avoir été ninja. Comment font-ils eux ? S'interrogent-ils encore de temps en temps sur le bien-fondé de leur désertion ?
Assisse près du foyer encore éteint, j'observais les hommes pensivement. Kisame étudiait les symboles qui se dessinait sur les bras de Fuhito, lui posant des questions sur la pupille, auxquelles il acceptait de répondre sans trop se faire prier. J'en déduis qu'il ne s'agissait que d'informations basiques. Après l'ultimatum qu'il avait posé à Zetsu, qu'il aille confier son savoir à l'homme-requin aurait été complètement illogique. Il était pâle, mon cousin, horriblement pâle. Et maigre. Torse nu, on se rendait mieux compte de sa maigreur : ses côtes saillaient de manière presque dérangeante. Un chaton. Particulièrement à côté de Kisame.
Je poussais un soupir et passais mes mains devant mes yeux, fatiguée et inquiète. J'espère vraiment ne pas détruire sa vie en l'entraînant dans cette histoire de fou. Au moins, il ne traînait pas seul dans son coin, à ruminer les récents événements. Il faudra vraiment que nous ayons une énième conversation à cœur ouvert pour mettre au clair nos attentes et nos rancœurs vis-à-vis de l'autre.
Un autre soupir, je reposais mon visage sur mes mains et repris mon observation pensive de mes coéquipiers.
Zetsu échangeait quelques mots avec Tadao pendant que celui-ci pansait une plaie sur son bras. Cet homme ne cessait de m'impressionner. Y avait-il seulement une personne qui pourrait résister à son charme solaire ? J'étais curieuse de le voir interagir avec d'autres membres de l'Akatsuki. Enfin, s'il acceptait de les rencontrer. Qu'allait-il faire maintenant ? Et comment allais-je pouvoir tenir ma promesse auprès de lui ? Je pensais pouvoir le présenter en héros lors de l'attaque, dire qu'il avait réussi à nous empêcher de vider à sac le château, mais avec le changement de corps… Impossible de prendre la parole devant tout le monde : personne n'aurait eu confiance en un ninja présenté par Itachi Uchiha comme un sauveur.
J'avais donc ça aussi à gérer… En plus de partir à la recherche de l'histoire de mon clan éteint et d'aider l'Akatsuki dans son plan dont je ne connaissais rien.
Et bien sûr, tout ça après la première priorité : rendre à Itachi, l'un de leur meilleur atout, son corps. Je le cherchais des yeux et le trouvait à l'écart du groupe, assis en tailleur, les yeux fermés. Probablement en pleine méditation. Sa poitrine se soulevait lentement, au rythme de ses amples respirations, pendant qu'il se tenait le dos droit, les bras souples, les mains posées sur ses genoux. Je ne m'étais jamais vue aussi sérieuse. Cette vision me troubla et je me redressais, gênée sans savoir exactement pourquoi. C'était moi sans l'être.
J'ignorais comment il vivait le changement de corps. Si moi, je me sentais plus massive et plus puissante, ce qui n'était pas vraiment désagréable, lui devait regretter son poids et ses muscles. Cela dit, avec son problème de vision… Peut-être devait-il apprécier de pouvoir voir à plus de deux mètres ? Et n'est-ce pas un désavantage notable pour un ninja de son rang, de ne rien voir ? Pourquoi n'en avait-il jamais parlé ? Ou peut-être étais-je la seule à ignorer ce détail chez lui ? Ce ne serait pas la première fois qu'on oublie de m'informer de quelque chose de relativement important.
Je me demande quelles sont ses ambitions. Si je me retrouvais coincée dans son corps, comment pourrais-je l'aider ? Il a bien plus que moi à accomplir : je crois savoir que son petit frère est toujours vivant. Il doit vouloir le contacter, le guider vers… je ne sais pas, l'illumination peut-être. Ou en moins lui expliquer pourquoi il a massacré tout leur clan sauf lui. Et il reste un Anbu de Konoha : ce village pèse lourd dans le paysage diplomatique des pays ninjas. Il a sûrement des choses à régler avec son ancien village, des histoires de vengeance ou d'absolution, je ne sais pas.
Aurais-je les épaules assez solides pour porter ces responsabilités ? J'avais déjà eu du mal à supporter les regards mauvais des serviteurs et de la châtelaine asservis par Yasuko… Comment vivre avec le visage d'un assassin notoire ? Plus j'y pensais, plus je m'en savais incapable. Je n'avais déjà pas été préparée pour vivre en ninja, alors en renégat de rang S… J'allais, en plus de le faire tuer, ruiner sa réputation de ninja talentueux et taciturne, sans parler de la réputation du clan Uchiha.
Non, la seule solution acceptable à cette situation, c'était de faire retourner les choses à la normale.
Alors je pris un grande inspiration et me relevais, impressionnée encore une fois par la puissance des muscles de ce corps et leur réactivité. Je m'écartais moi aussi du petit groupe et partis me mettre à l'ombre des arbres pour réfléchir en faisant les cent pas. Notre première tentative pour activer nos pupilles respectives s'était soldée par un échec. Nos corps semblaient détecter que nous n'étions pas les propriétaires originaux et réagissaient chacun à leur manière, pour le moment en ayant des symptômes fiévreux. Là encore, il était intéressant de noter les différences dans ceux-ci : là où je mourrais de chaud, Itachi était glacé.
En y repensant, je m'éventais distraitement. J'avais encore chaud, mais la sensation de charbons ardents sous la peau avait disparu, heureusement. Pour savoir s'il ne s'agissait que d'une sensation psychologique, je touchais des doigts un arbre près de moi et appuyais. Lorsque je les retirais une minute ou deux plus tard, l'arbre présentait des marques de brûlure là où je les avais posé. Ce n'était donc pas seulement psychologique. Il y avait probablement un lien avec le type de nos chakras. Fallait-il que je pense à lui préciser que le mien présentait seulement une affinité pour l'élément eau et qu'il se composait en vérité de celui des gens m'entourant ? C'était beaucoup lui apprendre sur la nature de ma pupille, non ? Et en même temps… Il avait bien le droit de savoir. Nous allions devoir nous serrer les coudes : cela signifiait être honnête l'un envers l'autre envers les spécificités respectives de nos pupilles. Plus d'ennemi héréditaire qui tienne.
Je passais ma main sur mon front pour essuyer des gouttes de sueur et continuais à analyser la situation. Si nos pupilles s'activaient avec la peur ou la colère… Non, nous avions essayé ça plus tôt. Alors… Peut-être qu'en reproduisant les conditions de toute première activation aurions-nous davantage de succès ? Oui, mais cela impliquait de revivre des traumatismes… Je n'avais pas spécialement bien vécu d'être chassée comme un animal par Sasori avant de presque mourir empoisonnée par une de ses saletés de petites aiguilles. J'ignorais quel traumatisme avait généré l'apparition du Sharingan chez Itachi, mais si cela avait un rapport avec le garçon que j'avais vu se jeter du haut d'une falaise, je ne tenais pas particulièrement à lui faire revivre ça. Nous pouvions bien nous passer de ça.
Ou peut-être allions-nous devoir nous faire violence et nous plier à cette désagréable obligation.
- En plein dilemme ? C'est drôle, même en train de réfléchir, tu n'as pas les mêmes expressions qu'Itachi.
Je me retournais en sursaut, le corps sur-entraîné d'Itachi réagissant au quart de tour. Avant d'avoir pu comprendre ce qui se passait, je me retrouvais à jouer à un bras de fer avec Zetsu, moi essayant de l'étouffer contre un arbre, lui bloquant avec force mon bras. Je m'éloignais dès que je me rendis compte de ce que j'essayais de faire, levant les mains devant moi en me confondant en excuses. Celles-ci se firent balayer d'un geste tranquille de l'homme bicolore.
- Au moins, tu as toujours les réflexes aussi affûtés. Comme quoi, la mémoire du corps est bel et bien un truc réel et pas inventé de toutes pièces par nos écrivains. - il me sourit puis appuya négligemment son épaule contre l'arbre qui avait manqué assisté à son asphyxie quelques secondes à peine avant. Rien ne semble jamais l'atteindre, celui-ci. - Qu'est-ce que ça te fait exactement, de te retrouver à sa place ?
- J'ai l'impression d'être constamment en train de me retenir de tuer tout le monde par accident.
- Ah, rien que ça ! T'inquiètes pas, avec nous, ça ne risque pas d'arriver.
- J'ai vu ça. - plaisantais-je en baissant les yeux, embarrassée par ma réaction. Encore une fois, le réflexe de me racler le gorge me prit. Génial. Qui aurait pu croire qu'Itachi soit si prompt à se sentir gêné ? C'est peut-être pour ça qu'il se montre aussi avare en paroles : il a peur de commettre un impair et préfère garder le silence. - C'est pareil pour vous ? Vous avez toujours ce sentiment de… puissance ?
- Je ne vois pas vraiment ce que tu veux dire. Par puissance, tu veux dire force ? J'imagine que ça va dépendre du membre auquel tu poseras cette question. Je pense que tu veux plutôt parler du contrôle sur nos membres ?
- J'ai l'impression que mon corps sait avant moi comment réagir. J'ai à peine le temps de penser que je veux me lever pour déjà me retrouver debout et deux pas plus loin.
-C'est ce qui arrive quand tu es entraîné depuis tes cinq ans à être une machine de guerre.
- C'est… déroutant. Je n'étais pas molle, mais alors là, c'est complètement différent. Je sens que son corps est souple, mais ce n'est pas pour des mouvements… gracieux. Enfin, si, ses mouvements sont gracieux en soi, il a une maîtrise totale de son corps, mais ce n'est pas… C'est sauvage. Presque animal. Un peu comme un tigre. Je ne bouge pas comme ça et c'est dérangeant, j'ai l'impression que mes membres vont m'échapper.
- Vous n'utilisez pas vos corps de la même façon. Pour Itachi, c'est une arme, pour toi, un moyen d'expression.
- C'est une jolie métaphore. - dis-je en souriant. Zetsu fronça les sourcils, perplexe, avant de se rasséréner. Eh oui, la vue d'un Itachi souriant reste un petit miracle auquel personne n'est préparé. Je lui décochais une tape dans l'épaule et me pointais du doigt. - Eh ouais, il va falloir s'habituer à ça, il est hors de question que je tire la même tête d'enterrement que lui tout le temps. Faut voir ça comme un moyen de ne pas se tromper d'interlocuteur.
- Il va vraiment falloir rectifier cette situation avant qu'on ne rejoigne les autres ou on va devoir gérer plusieurs crises cardiaques, dont probablement la mienne… - me répondit-il plein de sérieux, ce qui me coupa dans mon élan, même si ce qu'il suggérait en soi m'amusait beaucoup. Voir Pein ou Konan frôler la crise d'apoplexie en voyant le corps d'Itachi sourire de toutes ses dents… Ah, encore un spectacle pour lequel j'accepterai de payer de ma poche ! - Tu as une idée ?
- Peut-être…
- Oh Suzuki, ne joues pas à ça avec moi. Je sais que tu es bien plus maligne que ce que tu veux bien montrer aux autres. Dis moi tes théories pour que je puisse t'aider. Je n'exagère pas lorsque je dis qu'il faut absolument rectifier la situation, je pense que tu sais la valeur que vous avez tous les deux pour l'Akatsuki.
- J'en suis bien consciente Zetsu. Je vais trouver. Ça ne fait pas encore une journée, non ? Laisse-moi le temps de digérer.
- On n'a pas le temps. Je ne saurais jamais à quel point ça peut être perturbant ou traumatisant pour vous, mais on ne peut pas s'accorder le luxe du temps avec ce genre de problèmes. - il marqua une pause puis baissa la tête. Après avoir soupiré, il tourna son regard vers le groupe. Ce qu'il se préparait à dire avait l'air de lui coûter. - On perd déjà beaucoup de temps à s'occuper de toi. Tu n'es pas franchement une détentrice de pupille d'exception. Je ne dis pas ça pour t'enfoncer, cependant… Fuhito a l'air plus doué que toi. Il sent instinctivement les choses. Tu es plus lente. En plus, malgré toi, tu te fourres dans des problèmes bien trop gros pour toi, qui impactent le groupe. Je ne sais pas combien de temps nos dirigeants seront prêts à accepter cet état des faits.
Je déglutis péniblement, sentant ma température corporelle s'élever. Ses mots frappaient violemment. Je savais être une fille sans grand potentiel du côté des ninjas, même si le fait d'avoir une pupille m'avait fait espéré le contraire, mais me l'entendre confirmer par un renégat reconnu… C'était vraiment douloureux. J'avais bien conscience de ne pas être la porteuse de pupille qu'ils attendaient. Apparemment, je n'avais toujours pas fait mes preuves.
Nous restâmes un long moment dans le silence, nos regards portés sur les autres membres du petit groupe. Itachi n'avait pas bougé depuis le début de notre conversation. Kisame nous jetait des coups d'oeil curieux de temps en temps, de plus en plus rapprochés. Tadao montrait quelque chose à Fuhito, je ne savais pas trop quoi. Peut-être auraient-ils dû aller le chercher lui plutôt que moi. Peut-être s'étaient-ils trompés sur tout la ligne à mon égard.
Zetsu avait raison : je leur faisais perdre du temps et des ressources.
- Si je représente un trop gros fardeau, qu'allez-vous faire de moi ?
- Rien de drastique. On n'ira pas jusqu'à te tuer, rassure-toi. On s'assurera que tes histoires et toi ne viennent pas mettre des bâtons dans les roues à notre projet.
- Tu t'assureras.
-Suzuki… Je t'aime bien. Ça m'ennuierait d'être responsable de ta mort alors que tu es vraiment prometteuse. Tu nous as rejoins de ton plein gré, tu représentes le renouveau d'un clan entier, tu viens de tuer toi-même la première véritable menace à ton avenir que tu as rencontré… Tu vas devenir impressionnante. Crois-moi. Si tu restes avec nous, on fera de toi aussi une machine de guerre. Et si tu pars le temps de gérer tes « soucis de famille »… on pourra passer aux choses sérieuses. - il tourna son regard vers moi, plantant ses yeux dans les miens. - Donc je ne te tuerai pas. - je ricanais à cette affirmation, me concentrant sur celle-ci pour me laisser le temps de digérer ses espoirs quant à mon avenir. Je ne pensais pas qu'il me tenait en si haute estime. Il sourit et continua, se doutant probablement de mon avis sur ses paroles. - Je te cacherai quelque part jusqu'à ce que notre mission soit terminée. Et notre mission ne pourra être terminée qu'avec l'aide d'Itachi et la tienne.
- Et donc je dois trouver une solution à ce merdier. - je redressais le menton en un geste de défi. J'allais la lui trouver, sa solution. Et elle allait fonctionner du tonnerre.
Sans attendre sa réponse, je m'éloignais pour rejoindre Itachi, prête à lui soumettre ma seconde hypothèse. Tant pis s'il s'agissait de la plus douloureuse. Nous devions la tenter. Zetsu avait raison : il y avait trop d'enjeux dans la balance.
Celui-ci n'ouvrit même pas les yeux en m'entendant m'installer près de lui. Déjà bien énervée par ma discussion avec l'homme bicolore, je ne me laissais pas impressionner et posais mes mains sur ses genoux, qui étaient les miens de toute manière, ne laissant que quelques centimètres entre nous deux.
- Ne m'ignores pas, Itachi. Ce n'est vraiment pas le moment. Tu auras tout le loisir de me faire la gueule plus tard.
- Je ne fais pas « la gueule ». Je médite.
- Eh bah tu méditeras plus tard ! J'ai une idée.
Sur ces mots, il daigna enfin ouvrir les yeux sans pour autant changer de position. J'y lus de l'attente et une rancœur à peine cachée. Encore une fois, cette situation ne résultait pas uniquement de mon fait, il était mignon à m'en blâmer ! Je levais les yeux au ciel face à son jugement silencieux avant de me lancer dans mes explications.
- Je te préviens tout de suite : ça ne te plaira pas. Je ne sais pas si on a échoué à activer nos pupilles respectives parce qu'on en était incapables ou simplement trop fatigués pour bien nous y prendre. Il faut essayer une nouvelle fois. Mais si nous échouons encore une fois… Il va falloir passer à la méthode douloureuse. Il va falloir revivre notre première activation.
Itachi pinça les lèvres et je m'étonnais de me trouver horriblement agaçante. Que je pouvais avoir l'air blasée avec cette expression ! Je pris sur moi pour lui laisser le temps dont il avait besoin pour analyser ma proposition. Finalement, il secoua la tête.
- Je ne peux pas revivre mon activation. Je n'ai pas été blessé à mort, contrairement à toi.
- Que- Je- Itachi, je ne parle pas de nous poignarder mortellement mutuellement ! C'est complètement con !
Il haussa un sourcil, l'air de dire « c'est pourtant bien ce que tu suggères », ce qui acheva de m'énerver. On dirait qu'il a choisi d'être chiant, et ce n'est franchement ni l'endroit, ni le moment pour l'être. Je le saisis par les bras et le secouais. C'est bien joli de méditer, mais on besoin d'hommes d'action !
- Il faut qu'on se raconte ce qui s'est passé pour raviver le souvenir de nos peurs, qu'on suscite une réaction de fuite ou d'attaque dans nos corps en réponse à ce traumatisme !
- Suzuki, tu ne tiens pas à connaître la façon dont j'ai acquis mon Sharingan.
- Oh, et toi tu ne tiens pas à connaître ce que c'est de se faire enlever en pleine nuit par deux hommes, moquer et dénigrer par un groupe de criminels, courser par un psychopathe surpuissant et finalement sentir le poison se répandre dans tout ton corps, paralysant peu à peu tes membres jusqu'à t'empêcher de respirer pendant que ce que tu crois être ta dernière pensée va à ta famille et à ce que tu as raté !
Ma tirade hystérique terminée, je m'aperçus que tous les yeux étaient sur nous deux. Voir et entendre Itachi friser la rupture névralgique devait être un sacré spectacle. Une bouffée de chaleur m'envahit alors que le rouge me montait aux joues. Oh, j'en ai déjà assez d'être dans son corps, je veux retrouvais le mien et perdre cette sensation de brûler de l'intérieur !
Je me redressais et enterrais ma gêne sous ma colère, leur adressant à tous un doigt d'honneur. J'étais sur les nerfs, j'avais bien le droit après tout ce qui s'était passé, non ? Moi aussi, j'ai vécu des choses difficiles, ce n'est pas un concours ! Si juste parce que je ne suis pas ninja, mes expériences ne sont pas recevables, alors je les emmerde ! Eux et leur soi-disant supériorité face aux civils !
- Et j'aurais encore bien d'autres choses à vous faire partager, puisque vous êtes si curieux ! J'étais danseuse ! Danseuse ! Je me retrouve à devoir gérer un clan et une organisation criminelle en même temps ! Et oui, je parle bien d'un clan, un de plus de deux personnes, vous n'avez pas idée de ce que c'est que d'avoir les voix de vos ancêtres vous hurler leur haine dessus ! J'en ai marre de me justifier de mon « incompétence », j'ai jamais été préparée pour ça, on n'a pas fait de moi une machine de guerre dès mes cinq ans, excusez-moi ! Et maintenant, je me retrouve dans le corps d'un homme recherché pour l'extermination de son clan entier, qui a une réputation de génie et qui est vital pour la dite organisation criminelle, pardonnez-moi du peu ! Alors épargnez-moi vos « on doit se dépêcher », « trouve une solution », « magne-toi le cul », ok ? Merci.
Et je les plantais là. Ça va bien deux minutes.
OoOoOoOoOoOoOoOoO
La nuit était tombée quand je revins autours du campement de fortune.
Personne ne m'avait suivie après mon coup de sang. Ils avaient probablement décidé qu'il valait mieux me laisser seule, le temps de digérer les récents événements et d'évacuer mon stress. En un sens, je leur étais reconnaissance de m'avoir accordé un instant de répit loin d'eux et de leurs attentes envers moi. Je n'avais pas conscience du poids qui pesait sur mes épaules depuis notre départ de l'Akatsuki, plus particulièrement depuis mes retrouvailles familiales. Oh, ça me paraît s'être déroulé il y a une éternité…. Et ça s'est passé hier. Ou avant-hier ? Je ne sais déjà plus exactement. Le temps est devenu flou.
J'ai l'impression d'être devenue une autre.
Et je ne parle pas que du changement de corps, merci bien.
La mort de Thakara devant mes yeux me revient sans cesse en tête, tout comme la vision du cadavre de Yasuko. Si j'ai éprouvé la satisfaction de la voir hors d'état de nuire, je ne suis pas libérée de l'horreur de l'assassinat gratuit de mon frère aîné. Ça n'a pas apaisé la douleur, seulement inhibée pour une brève période. J'allais connaître mon premier deuil loin de ma famille… Loin de son soutien pour traverser cette épreuve. Et le pire, c'était de savoir que j'en étais responsable. Si j'avais été plus rapide…
Je me sens exténuée et pourtant, ce n'est pas le moment de me relâcher. Je dois encore être forte, pour réparer mon erreur envers Itachi. Et qui sait ? Peut-être qu'on m'accordera un moment de répit, juste un. Pour bons travaux remplis.
J'hésitais à me manifester auprès d'eux, embarrassée par mon coup d'éclat encore frais dans ma mémoire. J'y étais allé fort. Et entendre la voix d'Itachi à ce volume avait du choquer tout le monde, moi la première. Peut-être devrais-je présenter mes excuses ? Non. Tant pis. Ma colère était justifiée et légitime. On n'est pas en compétition pour savoir qui aura droit à la couronne de roi des martyrs. J'en ai assez qu'ils sous-estiment les épreuves qu'ils me font vivre et l'impact de leurs expériences sur moi. Ça leu fera du bien d'ouvrir les yeux sur ce qui je subis avec eux depuis le premier jour en leur compagnie.
Pourtant, malgré le fait d'être convaincue de la légitimité de ma colère, je restais plantée près d'un arbre assez gros pour me dissimuler encore, indécise. Itachi doit m'en vouloir à mort… Oh ! Non… Maintenant que j'y pense, j'espère que je ne lui ai pas fait mal en le tenant fermement ! L'arbre de tout à l'heure en avait déjà fait les frais, alors lui… Et sans le Tenshingan pour le soigner, il doit encore souffrir de ces brûlures involontaires.
Oh, eh bien ça lui donnerait une motivation nécessaire pour y mettre un peu du sien ! Dans un élan de frustration, je voulus rejeter mes cheveux en arrière, habituée à les avoir lâchés, et réprimais un grognement agacé en ne sentant rien rencontrer mes doigts.
- Je crois que c'est une des choses les plus perturbantes que j'ai pu voir dans ma vie.
Je bondis de surprise et encore une fois, le corps surentraîné d'Itachi devança mon temps de réaction : mes mains volèrent vers le torse de l'invité surprise, ayant pour but de lui décocher deux coups stratégiquement placés dans le thorax. Il se plia sous la douleur, grimaçant en marmonnant qu'il aura dû le voir venir.
- Kisame ! Tu n'aurais pas trouvé plus malin de m'aborder en face ? - le grondais-je en posant ma main sur son épaule, me sentant malgré moi coupable de la violence de ma réaction.
- Si, maintenant que tu le dis, ça semblait être mieux indiqué… Ouch, tu as vraiment gardé ses réflexes, j'aurais du me fier à Zetsu. - il se redressa, grimaçant toujours, puis croisa les bras devant lui. Je soupirais : allais-je encore avoir droit à une morale ? Je commençais à en avoir franchement assez.
- Et j'ai toujours le même caractère de mégère, ça donne un combo détonnant. Qu'y a-t-il ?
- Oui, ça, je m'en doutais. Et les mêmes réflexes de fille, tu feras attention, voir Itachi aussi efféminé, ça décrédibilise un rien le personnage de ninja renégat surpuissant. - il me sourit alors que je me renfrognais puis redevint sérieux - Je me suis occupé de Fuhito, c'est à ton tour.
- Tu n'as pas fait ça par pure bonté d'âme ? Ça s'inscrit dans un parcours, dans tes missions ? Après moi, Tadao ? Itachi ?
- Eh là, c'est qu'elle mordrait. Je fais ça parce que je vous aime bien. Détends-toi, je ne suis pas venu te foutre la pression, tu vas la trouver, la solution à cet échange. Tu ne veux pas t'asseoir un moment ?
- Je sais que ça part d'un bon sentiment Kisame, mais je ne suis franchement pas d'humeur à discuter gentiment. Je vous juste que ça s'arrête.
Kisame resta silencieux, les bras toujours croisés devant lui. Il attendait plus. Je me renfrognais encore davantage, consciente que si je mordais à l'hameçon en cherchant à combler le silence intentionnel, je pouvais tout aussi bien me déclarais vaincue maintenant. Lui et ses astuces pour me tirer les vers du nez… Quelque chose en lui donne envie de se confier, et il le sait pertinemment. C'est quand même étonnant, venant d'un homme dont les dents sont assez tranchantes pour rivaliser avec celles des fameux prédateurs marins. Par pur esprit de contradiction et, je restais muette. Je soutins son regard sans flancher. C'était un duel d'ego. J'avais assez fait de concessions et de ronds de jambes pour le moment : je ne comptais pas lui donner satisfaction en flanchant la première. Hors de question de perdre.
Nous restâmes longtemps à nous fixer. D'un point de vue extérieur, nous devions avoir l'air parfaitement ridicule à nous tenir là, debout en silence, dans la nuit. Fierté mal placée, quand tu nous tiens…
Je décidais que ça avait assez duré et fis le geste de le laisser là. J'eus à peine le temps d'avancer de deux pas que Kisame me rattrapait déjà par la haut du coude et me ramenait vers lui, les sourcils froncés.
- Ne penses pas t'en tirer comme ça.
- Et pourquoi pas ? Ça marche bien pour Itachi, non ?
- Itachi est un ex-Anbu et un taiseux de base. Toi, comme tu nous l'as si justement rappelé tout à l'heure, tu es une danseuse.
- Et les danseuses sont plus bavardes ?
- Une civile, si tu préfères. Tu n'as pas été entraînée à gérer les situations de crise ni à tenir ta langue en cas d'interrogatoires musclés.
- Ah, comme c'est commode, maintenant tu en tiens compte ! J'estime faire de mon mieux pour suivre votre rythme effréné, je me démène pour atteindre les objectifs que vous me fixer sans me consulter et je dois en même temps gérer des ancres outrés d'avoir vu leur clan exterminé. Comment on m'encourage face à ça ? En me disant que je suis un fardeau pour le groupe et que je ferai mieux de trouver une solution à tous mes problèmes le plus rapidement possible si je teins à la liberté. Note qu'au moins, on me laisse la vie. Quelle veinarde je suis !
- Alors c'est ça… Zetsu n'en manque vraiment pas une en ce moment. Il t'a dit qu'on n'avait pas le temps de nous occuper de tes histoires de famille en plus de nos objectifs ?
- En gros, oui. - je me dégageais de sa prise et passais une main sur mon visage, cachant mes yeux. J'étais déjà fatiguée par cette nouvelle discussion sur mon rôle et les attentes qu'on avait de moi. Et voilà que je me retrouvais à lui cracher le morceau en plus ! Kisame était décidément bien plus fin qu'il n'y paraissait au premier abord. Je me fais balader depuis le début. - Je sais que que ce n'est pas dans les priorités de l'Akatsuki de résoudre mes problèmes, et je ne demande pas ça. Juste… Il ne fallait pas me les créer en premier lieu si c'était pour me laisser me démerder avec eux toute seule. Je ne suis pas capable de les gérer, tu le vois bien… Regarde ce qui est arrivé à Itachi.
- Tu penses vraiment qu'on se serait dérangés à venir te chercher si on n'avait vraiment pas besoin de toi dans notre groupe ? On n'a pas vocation à recueillir tous les orphelins du monde ninja. Ils ont étudié ton clan, ta pupille, tes capacités d'adaptation. Ils se doutaient bien que tu ne serais pas à notre niveau, comment pourrais-tu l'être ? Même ne prenant le plus jeune d'entre nous, Deidara, tu es loin derrière, et c'est normal. On ne t'a pas mis de kunaï dans la main dès que tu as su marcher.
- Tu viens de donner toi-même la raison pour laquelle vous n'auriez jamais du venir me chercher.
- Suzuki, que tu le veuilles ou on, tu es l'une des dernières descendantes d'un clan qu'on pensait exterminé. Les soucis, si ce n'étaient pas nous qui te les créaient, ç'aurait été Orochimaru, et crois-moi, tu n'aurais vraiment pas aimé. On savait très bien qu'on aurait probablement toute ton éducation militaire à faire et qu'on devrait régler un testament compliqué. Regarde comme tu trouves ça dur maintenant : tu imagines devoir affronter ça toute seule ?
- C'est ce qu'on me suggère pourtant, je devrais régler mes affaires et vous rejoindre après, pour vous éviter de vous impliquer dedans et de vous faire perdre du temps. Tu as vu ce que je vous ai fait vivre ?
- Oh, tu penses sérieusement que c'est une attaque dans un château paumé qui va ajouter du contenu à nos cauchemars ? S'il te plaît. Et tu te serais vu t'occuper de ça toute seule ? Prendre un château à la force de tes petits bras musclés et ton mental d'acier ?
J'écartais ma main de mon visage pour le fusiller du regard. Ce n'était vraiment pas le moment de se moquer de moi. Kisame eut la décence d'écarter les bras dans un geste d'excuse avant de continuer.
- Écoute : Zetsu est dans la merde. Il a foiré pas mal de choses te concernant. Ça ne m'étonne pas qu'il soit venu te mettre la pression pour que tu répares à sa place ses erreurs.La pire des choses à faire, ce serait de suivre ses conseils maintenant.
- Donc… J'ai encore sur-réagi, c'est ça ?
- Non, tu as explosé sur un autre sujet, qu'on avait sous-estimé. On oublie vite que tu n'es pas habituée à la violence, contrairement à nous. J'avais oublié. On ne t'a pas ménagée depuis que tu es avec nous.
- C'est le cas de le dire…
- Et tu vois comme tu es à fleur de peau en ce moment ? Ce n'est pas le moment de partir dans ton coin. Tu vas avoir besoin de nous, de notre expérience et de notre recul pour pouvoir te reconstruire. Alors oui : ce sera sur un rythme soutenu. Mais c'est ce qu'il faut pour survivre parmi nous. Il y a trop d'enjeux qui reposent sur toi pour que tu puisses t'accorder le luxe du temps.
- Super. Pourquoi est-ce que ça tombe toujours sur toi le rôle de l'orateur au discours remotivant, tu peux me dire ?
- Parce que j'y excelle ? - me répondit-il d'un ton léger en haussant les épaules négligemment. Je lui décochais une tape et j'eus la satisfaction de le voir rapidement masquer une grimace. La force et la rapidité d'Itachi frappent encore. - Bon, très bien, parce que j'ai l'habitude. J'encadrais des jeunes dans mon village. Et parce que je travaille avec Itachi depuis un bon moment, et que j'ai eu ma dose de discours sibyllins dépressifs sur les bords. Les jeunes…
- Tu te sens vieux ?
- Comme quelqu'un avec dix ans de plus entouré de jeunes. - conclut-il en soupirant théâtralement. Pauvre ninja, entouré d'adolescents dans mon genre. Je peux comprendre que ce soit usant pour un adulte, si déjà moi j'en ai parfois assez des réactions de Deidara et de Hidan, pour ne citer qu'eux. Je masquais mon sourire complice en baissant la tête et en me frottant la nuque. Kisame attendit quelques secondes avant de reprendre la parole pour poser une dernière question. -Et donc ? J'ai réussi ?
Je ne lui accordais pas la satisfaction de m'entendre lui répondre par l'affirmative. A la place, par esprit rebelle, je détachais les cheveux d'Itachi et pus enfin exécuter mon mouvement dédaigneux en rejetant ceux-ci en arrière.
- Peut-être.
L'air choqué de Kisame valait son pesant de ryôs. Je dus me mordre les lèvres pour ne pas exploser de rire face à son expression. Ça m'aurait pourtant fait du bien !
- Par pitié, ne fais pas ça devant Itachi. - me pria-t-il d'une voix blanche. - Il va nous claquer dans les bras.
Et voici la suite, merci à Habiibaa pour son petit message, ça fait plaisir !
