3x05 - Say the word

Telephone -Lady Gaga


*pov y/n*

Assise sur les marches de l'entrée du bâtiment C, je ne peux revenir à l'intérieur.

Maggie et Daryl sont rentrés à la nuit tombée hier. Le bébé hurlait depuis des heures et s'est tue dès qu'elle a été alimentée, minuscule dans les bras du chasseur.

Il était radieux. Un autre homme que je ne connais pas. Celui qu'il était peut être avant et dont on ignore tout. En tous cas, ça lui allait super bien. Il était fier du surnom débile qu'il a proposé pour la petite et que tout le monde présent a approuvé.
Sauf moi. Je déteste. J'en comprends le sens, évidemment, mais ce n'est que du Dixon tout craché. Ce n'est pas le style de Carl et encore moins de Rick. Mais ok, en son absence, flagrante, inquiétante, ça fera l'affaire. Pour ce qu'on m'en demande... ce sera Bébé pour moi, en attendant son vrai prénom.

Carl a quand même souri une seconde au surnom, ce qui m'a faite pleurer. Son hésitation à déterminer un prénom, reprenant celui de toutes nos amies perdues, ou disparue, a achevé de me briser le coeur. Cet enfant est détruit. Je le sais. Je l'imagine aisément du moins. Mais il reste debout pourtant, coûte que coûte. Il se fixe à Beth, à Maggie et Hershel. Il est fort. Super fort.

Une fois le bébé apaisée, tout le monde s'est éparpillé telle une nuée, chaque individu indifférent à tous les autres, la seconde après avoir été unis autour du même bonheur, du même espoir.

Le chasseur est passé près de moi sans me voir, si près à me bousculer mais sans me calculer un instant. Il m'ignore ostensiblement, maintenant que le soleil est levé je sais qu'il le fait exprès. Qu'est ce que je lui ai fait, que me reproche-t-il pour être si glacial, particulièrement avec moi...

Assise sur les marches, au soleil, je ferme les yeux une minute de cette fin de matinée. Je m'oblige à faire le vide. Je m'oblige à me concentrer sur cette couleur de lumière derrière mes paupières closes, qui n'est que la mienne. Je suis la seule à pouvoir la voir et prendre la paix qu'elle m'offre.

La porte grince derrière mon dos mais j'en fais facilement abstraction. Il peut aller mourir. Je ne suis plus dispo. C'est à son tour d'attendre maintenant. C'est pas mon mec non plus, merde. Je ne lui dois rien du tout. Il fait chier. Trop chier.

Où est la lumière là ? Ça aussi c'est que des conneries au fond.

-Y/n... J'ai besoin de toi...

La porte se referme sur les mots, calmes mais impératifs, du vieil homme.

J'ouvre les yeux, me concentrant encore fort durant une seconde, pour tâcher de garder la chaleur de la lumière dans ma mémoire autant que sur ma peau.
Je me lève et pivote en grimpant la première marche de béton. Je saisis la poignée et entre dans le bâtiment plongé dans le noir.

J'entends le vieux générique de The Walking Dead jouer dans ma tête, par dessus le claquement de la porte qui claque dans mon dos.

*Pov Daryl*

On déjeune, en silence, quand Rick surgit dans notre petit réfectoire. Il est propre, l'oeil plutôt lucide, quand il s'approche de moi. Je lui explique pour la salle du générateur, qu'on va nettoyer et qu'Oscar, mon nouveau pote black, se propose de réparer. Hershel lui expose nos plans pour la journée.
Rick semble calme, il reste près de son fils, qu'il observe sans relâche.

Y/n est assise dans un coin, à même le sol. Elle pinaille sur sa ration, jouant de sa fourchette dans son assiette à dessert. Rick ne la voit pas et elle ne lève pas plus les yeux à sa venue, non plus.

Le shérif approuve notre prochaine expédition avant de repartir dans les tréfonds d'où il vient.

Je ne suis plus certain qu'il soit si lucide que ça finalement.

Carl reste toujours silencieux, finissant son repas à la table, sagement. Il a fixé son père, intensément, je n'ai vu que ça. Mais il s'est à nouveau replié à son départ, déçu. Pauvre gosse.

*Pov Rick*

Hershel m'a rejoint.
Le téléphone n'a pas sonné depuis plusieurs minutes, depuis la conversation avec l'homme, tout à l'heure.

Hershel me parle, mais après lui avoir offert un vieux tabouret, je ne l'écoute qu'à peine. Je ne peux rester à moins d'un mètre de l'appareil. Je sais qu'il veut m'aider, que parler de Lori va me faire du bien.
Mais je n'ai que ça en tête et je ne tarde pas à lui lâcher le morceau.

Y a des gens.

Ailleurs, loin, mais bien là, en sécurité.

Il décroche et raccroche l'appareil la seconde d'après, alors que je tressaille qu'il ne le touche. Il veut attendre leur prochain appel avec moi. Mais je n'y tiens pas, je veux être seul. Ils ne le connaissent pas, lui. C'est moi qu'ils veulent, je ne dois pas prendre le risque de les effrayer et de les faire fuir. Ils doivent être en confiance pour venir nous aider, ou nous indiquer comment les rejoindre, où les retrouver. Il ne peut pas rester, c'est trop risqué.

Hershel me fixe un long moment, en silence, avant d'accepter.

"D'accord... Alors je te laisse gérer notre avenir avec eux...

Il remonte, plus laborieusement. Je savais que notre sage doyen saurait se montrer raisonnable et compréhensif. Il n'est pas d'accord avec ça, je le vois bien, mais il reste à l'écart, me laisse gérer. Parce qu'il sait que j'en suis capable.

Je me poste devant l'établi, prêt à décrocher dés la première sonnerie.

*pov Daryl*

Avec Oscar et Carl, j'avance dans les couloirs déjà plus calmes, moins peuplés de rôdeurs. Une des portes pleine du quartier d'isolement, s'ouvre par intermittence, calée par un cadavre étendu devant.

"Elle tient sûrement des rôdeurs fatigués à l'intérieur. On les finira au retour...

On passe notre chemin. Carl est devant moi, Oscar ferme la marche. Le petit mec est tellement renfermé que je me mets à lui parler d'ma mère. Je ne sais pas trop pourquoi, ça peut p't être l'aider à réaliser que sa mère est la meilleure, comparée à la mienne, toujours. Virginia Slims, bizarre que j'me souvienne encore de la marque de ses putain de clopes qui lui ont coûté la vie, mais aussi ma maison, mon enfance et ma famille toute entière.
Carl m'entend me plonger dans un de mes pires souvenirs, mais il garde la tête baissée. Je ne suis pas sûr qu'il m'écoute vraiment.

"J'ai tiré sur ma mère...

C'est vrai que c'est difficile de faire pire à 12 ou 13 ans.

"Je suis désolé pour la tienne... continue le petit mec.

-J'suis aussi désolé pour la tienne, me baissant un peu pour le regarder en face.

Son regard est glacé, vide et surtout furieux.
J'ai l'impression de me revoir et cette fureur me fait froid dans le dos.

*Pov Y/n*

"Je t'aimais... Je t'aime...

J'entends les mots en approchant du petit escalier derrière la porte restée ouverte. J'ai trouvé Rick et entendu ses mots.
Je l'ai trouvé. Enfin. Avec les indications d'Hershel, je suis parvenue à m'orienter et à retrouver le shérif.

J'entends ses mots et le vois raccrocher le vieux téléphone noir, quand je descends les quelques marches.

Dans la continuité, à quelques mètres au delà, un rôdeur au ventre très distendu est assis contre le mur, inerte comme une de ces poupées japonaises presqu'humaines, plus proches des mangas. Comme s'ils avaient fabriqué une version Rôdeurs, avant l'heure, aussi vraie que nature. Totalement pervers ces iliens.

Sur la gauche, avant la chose, un long établi, encombré d'outils plus ou moins en état, et plusieurs boîtes faites d'une multitude de petits tiroirs. On doit être dans un atelier de maintenance, au moins au rez de chaussée puisqu'une vitre condamnée ouvre sur la lumière du jour.

Il se retourne sur moi, passant son pouce sur un de ses yeux que je devine humide.
Je refoule mon froncement de sourcils, lui offrant un sourire plutôt timide.

"Voilà donc ton refuge... venant à lui. J'ai pensé que tu aurais faim...

Je pose la petite assiette de plastique pleine du pudding froid qu'on a tous eu ce midi.
Rick est appuyé contre la table, me tournant le dos.
Sur l'autre bord de l'établi, je le regarde fixer le téléphone en face de lui.

"Comment ça va ? dis je tout doucement.

Je pousse l'assiette du doigt vers lui.
Rick a les deux mains posées sur l'appareil.

"J'attends un appel... Important... sur le même volume que le mien.
-... incapable de dire un mot en comprenant les siens.
-Elle va appeler...
-Qui ça ?
-Lori... levant ses yeux d'eau sur moi.

Je sais qu'il me jauge. Alors je reste immobile.

"Ok...
-Tu ne me crois pas... déclare-t-il.

Je fais une moue à son sourire ironique. Il pousse de ses mains pour se décoller de sa position. Il fait les pas qui nous séparent, s'approchant bien plus vite et sûr de lui. Je me retourne en même temps pour lui faire face, appuyant mes fesses contre le bord de fer de l'établi maintenant derrière moi.

"Tu ne me crois pas... répète-t-il en s'approchant encore.

Il vient, si près, ne me lâchant pas des yeux. Comme m'accusant, alors que je n'ai encore rien dit, il s'appuie contre moi, posant ses mains à plat, sur la planche de bois, de chaque côté de mes hanches.

"Tu ne me crois pas...

Je ne bronche pas. Je tourne la tête vers le téléphone à portée de main. Tout contre moi, son bassin vient reposer sur mon ventre, comme en colère de mon silence obstiné. Il est soudain entreprenant, provocateur de ma réaction qui ne vient pas comme il veut.

Je le sens se raidir l'instant d'après, sursauter soudain, surpris lui-même.
Le prenant de court, je décroche l'appareil.

"C'est pour moi ! s'écrit il, sans pourtant oser me prendre le combiné des mains.

-Allo ? ... dis-je en le fixant calmement, appuyé sur moi. Oui...

Ses yeux comprennent, plongé dans les miens, que je le crois. Evidemment que je le crois. Ses prunelles s'éclaircissent à mon mot, convaincu.

"Très bien... Promis... Oui...

Je raccroche en souriant doucement, me penchant vers l'appareil mais sans qu'il ne bouge d'où il se trouve.

"Qu'est ce qu'elle a dit... ?
-C'était Dale... Il veut que je veille sur toi...
-Tu as répondu quoi ?
-A ton avis ? On ne peut rien refuser à Dale, si ?

Il opine du chef en baissant les yeux.

"Tu me crois mainten... commence-je.

Ses mains sur mes hanches me soulèvent d'un geste pour me poser sur la planche de bois sale. Le bord de l'établi en métal me marque l'arrière des cuisses qui s'écartent à son avancée lente vers moi.

"Elle va rappeler... dis-je en déglutissant soudain plus difficilement.

J'ignore si j'aime ça ou si je suis morte de peur. Je me gratte la nuque frénétiquement comme un réflexe de défense. Son regard sur moi est soudain très différent, comme un tout autre homme, posé sur une toute autre femme.

Pas celui de la cour, en chute libre, anéanti ; pas celui du réfectoire, indifférent et froid ; non, celui-ci est décidé et sombre, tellement sombre...

"Et que va-t-elle pouvoir me dire ?

-Qu'elle t'aime... Elle t'a toujours aimé...

-Tu m'fais rire... sarcastique.

-Ca se voyait, Rick. Tellement. Elle ne te l'a peut être pas assez dit... mais ça se voyait, n'osant plus le regarder en face.

-C'est moi qui ne lui ai jamais assez dit. Et regarde où j'en suis maintenant. Où elle est...

-Hey ! levant la tête vers lui, le découvrant à quelques centimètres seulement de mon visage. Elle n'est pas loin. Jamais elle ne sera loin.

-Elle va rappeler, tu dis ?

-Bien sûr... Et ensuite, elle sera toujours... là...

Je baisse encore les yeux, les posant sur son étoile dorée où je pose mon poing fermé.

Dans une inspiration sonore, il attrape ma tête de ses deux mains pour l'attirer contre lui. Je sens sa barbe courte, puis sa bouche sur mon crâne, ses paumes sur mes tempes, ses doigts dans mes cheveux. Une nouvelle pression pour me faire lever la tête vers lui alors qu'il se penche encore plus près.

Mais la trouille au ventre cette fois, j'esquive pour venir poser mon menton sur son épaule un peu plus haute. Je passe mes bras sous les siens, l'étreignant de toutes mes forces. Je ne veux lui donner que mon soutien, mon courage et ma bonne volonté. Je veux m'en convaincre en tous cas. Il soupire encore longuement dans mes cheveux alors que je tente de croire en ma propre honnêteté.

Je sens ses lèvres dans la cambrure de mon cou et ses mains qui descendent dans celle de mon dos, droit, tendu, pour résister à la pression qu'il pose sur mon propre corps contre le sien. Si je cède, si je pars en arrière, je sais que je vais perdre totalement le contrôle. Et ce n'est pas le moment. Et ce ne sera pas totalement de sa faute.

C'est comme si on luttait chacun l'un contre l'autre. L'un résistant encore contre quelque chose que l'autre a déjà cédé, ne faisant plus qu'attendre sa moitié.

Je sais que je finirai par perdre à ce jeu là. Mais ce n'est pas le moment. Il est trop tôt. Il se croit prêt mais ne l'est pas du tout.

"Reviens quand elle aura appelé... dis-je tout bas.

Cela relâche son étreinte autour de moi, instantanément.

Il s'écarte lentement alors qu'on se regarde déjà plus détendus, plus amicale, moins conquérant ; moins perdus surtout. Il fait encore un pas en arrière pour me laisser descendre de la table.

On tourne tous les deux la tête vers le téléphone, dans un mouvement synchronisé à la perfection. Ai-je bien entendu ?!

"Je te laisse répondre... c'est pour toi...

Rick me fixe, le regard interloqué de mes mots murmurés. Il me regarde sans interruption jusqu'à ce que je sois parvenue jusqu'en haut des quelques marches. Il s'est approché de l'appareil, la main posée sur le combiné. J'entends la troisième sonnerie déjà.

"Prends ton temps. Je t'attends dans le réfectoire. On t'attend tous, Shérif..."


Hey!
Il fait lourd non ?!
Ce jour de #nanowrimo n'a pas été le plus compliqué ma foi 😁
J'espère surtout que votre lecture n'a pas été trop douloureuse surtout...
Merci merci à vous !❤