Vendredi soir/samedi matin 00h12

Ses yeux bleus la fixaient depuis plus d'une minute désormais, et la jeune femme observait ses traits d'un air qu'elle voulait détaché. Mâchoire carrée, nez aquilin, cheveux châtains pas vraiment coiffés, barbe naissante. Assurément, l'homme n'était pas un canon de beauté, loin des traits parfaits de Killian, mais il dégageait une aura fort attirante. De plus, l'accent qu'elle avait entendu quelques minutes plus tôt semblait européen, aussi la jeune femme songeait qu'un peu d'exotisme ne lui ferait pas de mal. Elle finit sa gorgée de whisky d'une traite, passa une main assurée dans ses longs cheveux roux, et adressa un sourire des plus charmeurs à l'homme qui la détaillait depuis quelques minutes. Si il ne s'agissait pas d'un plan sur le long terme, il était clair qu'il ne serait pas nocif d'aspirer à une courte séance nocturne, songea Kelly en imaginant déjà le corps de l'inconnu collé au sien, ses forts doigts agrippant sa peau dans une étreinte aussi passionnelle que désespérée.

« K, il faut qu'on parle ! »

Les mots de Regina ramenèrent la rouquine à la réalité, et elle dut sortir de sa rêverie si parfaite pour ramener son attention vers sa meilleure amie de toujours.

« Tu viens de me faire perdre un coup exceptionnel et je te hais, Regina, » soupira la jeune femme d'un air agacé.

« Que se passe-t-il ? »

La portoricaine jeta un regard à l'homme qui observait toujours la rouquine et grimaça d'un air presque dégouté.

« Il a l'air de sortir tout droit de la forêt… T'as vu son jean old school et sa chemise de bûcheron ? » protesta-t-elle. « Je croyais que t'aimais les hommes qui ont du style, K.

-Mais peut être que justement son petit côté sauvage me donne des frissons jusqu'en bas, » ricana la rouquine qui avait clairement bu un verre de trop. « Et pour ce qui est du style vestimentaire, tu veux vraiment débattre sur ta jolie scientifique, ou ça va aller ?

-Écrase, K, » râla la latino qui était toujours aussi paniquée. « Faut vraiment que je te parle maintenant. C'est urgent et l'heure est très très grave…

-Ok, qu'est ce qu'il y a ?

-Pas ici, » lâcha la brune en faisant la moue. « On va aller dehors ou en haut pour en parler…

-Bon… Ok, je te suis.. » soupira Kelly en suivant son amie vers le premier étage, ou se situaient les chambres du manoir Monterrey.

00h17

« Et tu ne penses pas que si Emma Swan s'intéresse autant à ta vie amoureuse, c'est parce qu'elle en pince pour toi aussi ?

-J'en sais rien… C'était peut être juste une question comme ca parce qu'après tout on parlait de choses personnelles et elle m'a posé la question…

-Tu ne crois pas que lui dire ce que tu ressens serait un bon moyen de mettre fin à votre jeu éternel et terriblement chiant du chat et de la souris ? » ironisa alors la rousse qui commençait à perdre patience. Regina s'assit sur le lit de la chambre d'un air las et Kelly la suivit, ayant déjà hâte que leur conversation ne se termine pour qu'elle aille rejoindre le bel inconnu au rez de chaussée.

« K, je suis un nid à problèmes et en plus j'ai un enfant et une mère diabolique… clairement, je n'ai aucune chance avec elle parce que même si elle me trouvait attirante, elle se lasserait de moi et de tout cela assez rapidement…

-Alors pourquoi ca te travaille autant, si tu penses que tu n'as aucune chance avec elle ?

-J'en sais rien… peut être parce que j'aimerais espérer un peu… peut être parce que j'aimerais enfin pouvoir aspirer à un avenir plus radieux…

-Alors va lui en parler, Regina ! »

00h14

« Tu viens souvent ici ? » demanda la jeune femme rousse en s'asseyant maladroitement près d'Emma. La super-héroïne avait pris le parti de rester dehors et de s'allumer une seconde cigarette après le départ abrupt de Regina. Le comportement de la portoricaine était encore des plus énigmatiques, et la blonde était de plus en plus désemparée par son attitude. Toutefois, si le sujet Regina Mills tourmentait quelques peu la jeune femme, elle avait décidé de se mettre à agir de manière aussi insouciante qu'elle. Si la brunette ne semblait pas savoir ce qu'elle voulait et ne désirait pas être sincère, c'était désormais son problème et Emma Swan ne se préoccuperait plus de ses humeurs changeantes.

« Ça dépend… » maugréa la blonde en adressant un signe de tête à celle qui venait déranger sa quiétude. « C'est quoi ton nom ?

-Ruby Jenkins, je suis la cousine de David, » expliqua la rouquine d'un air détaché. Ses cheveux rouges témoignaient de sa personnalité apparemment un peu rock'n'roll, et allaient à merveille avec ses jeans troués, son tshirt d'un groupe de métal, et sa veste en cuir noire. Alors qu'elle essayait de la détailler discrètement, Emma se demanda soudain si une telle personne était une « paria » dans une famille aussi fortunée que celle des Monterrey, ou si ces gens là vivaient bien au-dessus des règles tacites et de la bienséance de la société. Comme de fait, la jeune femme enfonça sa main dans la poche de sa veste et en sortit deux petites pilules blanches. Elle tendit sa main à Emma pour lui en proposer une, mais la blonde refusa d'un simple mouvement de la tête. De son côté, la rouquine haussa les épaules et décida d'avaler les deux pilules d'une traite, sans même broncher.

« Je vis à Toronto, habituellement, mais je suis venue faire une session d'études ici et je vis chez ma tante pendant ce temps là, » expliqua alors l'intruse sans même qu'Emma ne lui ait posé la question. « Je t'ai repérée dès ton arrivée ce soir et depuis, je me demande comment t'aborder, » conclue-t-elle d'un air nonchalant.

« C'est assez direct comme approche, » gloussa la blonde qui ne put s'empêcher de songer que cela changeait un peu de toutes ses conversations avortées avec Regina.

« Pas le temps de niaiser dans la vie, soit tu dis ce que t'as à dire, soit tu la ferme, » trancha la rousse en sortant ensuite une cigarette de sa veste. Elle l'alluma en une fraction de seconde, et en tira une longue bouffée d'un air apaisé.

« T'es une amie proche de David ? Ou tu t'es simplement invitée comme la moitié du campus ?
-Euh on a des cours ensemble… » bredouilla Emma, quelque peu prise au dépourvu par la question. « Mais je suis surtout l'amie de sa copine, Mary-Margaret…
-Ouais, la belle littéraire qui idolâtre mon cousin comme s'il était Apollon réincarné ! » ricana Ruby. « Et je ne dis pas ça pour critiquer ton amie. Je me demande juste qu'est-ce qu'elle trouve de si extraordinaire à un gars qui ressemble au parfait dude américain tout droit sorti d'un film romantique. »

Emma gloussa de nouveau et la rouquine lui adressa un rictus satisfait. Au moins, elle avait réussi à sortir la blonde de son mutisme pour quelques minutes.

« Non mais sérieusement, le gars est blond, aux yeux bleus. Il fait 1m80, il est quaterback, il vit chez ses parents, il étudie en sciences comme 80% des gars un peu au dessus de la moyenne au lycée… C'est quoi qu'il a d'original, sérieux ? » poursuivit Ruby d'un air moqueur.

« J'imagine qu'on ne contrôle pas nécessairement de qui on tombe amoureux, » enchaina alors Emma d'un ton qu'elle voulut assuré.

« J'imagine aussi que 100 ans de cinéma et de films romantiques basés sur les mêmes critères débiles, ça doit pas aider les filles à se trouver des gars plus intéressants que ça… » soupira-t-elle en prenant une nouvelle bouffée cancérigène.

« Et toi ? T'as un copain ? » lança Emma, s'étonnant elle-même de son audace. Sans doute l'influence de la jeune femme qui se tenait à ses côtés. Cette dernière adressa d'ailleurs un clin d'œil aguicheur à la blonde avant d'éclater de rire.

« Honnêtement, on sait toutes les deux que je suis pas hétéro, girl… Mais non, j'ai pas de copine en ce moment. Mais si tu veux postuler, on peut faire ton entretien d'embauche sur le champ ! » dit-elle en riant de plus belle. Emma se mordilla la lèvre inférieure pour dissimuler sa nervosité, et détourna un instant son regard pour ne pas croiser celui de la rouquine. Peut être qu'une personne aussi directe et sincère lui ferait du bien à l'âme, finalement…

Lundi, 15h02

Regina jeta un nouveau coup d'œil à l'écran de son téléphone et soupira en remarquant, une fois de plus, que le nom qu'elle aurait voulu voir s'afficher n'y était pas. Elle prit une dernière bouffée de sa cigarette avant de la laisser tomber à terre, puis de l'écraser soigneusement avec son talon haut. Elle leva un instant les yeux vers le ciel et se désola en observant la voute nuageuse. D'ici quelques heures, une nuée de petits flocons poudreux recouvrirait les toits de la Grande Pomme. Soudain, la porte arrière du café s'ouvrit et une jeune femme brune en sortit, son manteau à peine ajusté sur ses épaules, et son écharpe totalement débraillée. La portoricaine lui sourit malgré elle, et prit une grande inspiration avant de s'approcher de Mary-Margaret.

« Salut Regina, » bredouilla la barista en enroulant maladroitement son écharpe autour de son cou. « Tu m'attendais ? Que se passe-t-il ?

-Il faut que je te parle de quelque chose, » lança la brunette plus vite qu'elle ne l'aurait voulu. « Quelque chose d'important. »

Son regard était légèrement fuyant, et le ton de sa voix témoignait d'une certaine nervosité, aussi Mary comprit que la portoricaine ne l'avait pas attendue pour rien. Elle hocha la tête sans dire un mot, et lui fit signe de la suivre alors qu'elle se dirigeait vers la bibliothèque. Heureusement, les allées du campus étaient quasiment désertes, à cause du froid qui venait de s'installer sur la ville, et de la neige qui menaçait. Comme pour signifier qu'elle pouvait lui faire confiance et qu'elles étaient désormais plus proches qu'avant, Mary passa son bras sous celui de Regina, et fut presque surprise d'observer que la jeune femme ne s'en offusqua pas.

De son côté, Regina sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, et elle avait l'impression que ses bras tremblaient d'appréhension. Elle savait pertinemment qu'avec une personne aussi sincère que Mary, mettre quelque chose en mots le rendait indéniablement réel, et qu'une fois qu'elle lui aurait parlé, elle ne pourrait pas revenir en arrière. Mais c'était peut être sa dernière chance, comme le lui avait justement rappelé Kelly la veille, et s'il fallait se jeter dans le vide pour cela, la portoricaine était prête à faire tous les efforts possibles.

« Je… J'ai des sentiments pour Emma, » lâcha alors la brunette en un seul souffle.

Moins surprise par l'aveu que par le fait qu'elle lui en ai parlé à elle, Mary prit le parti de se taire et de la laisser parler, consciente que la brunette en aurait sûrement un peu plus à dire que cela.

« J'ai mis énormément de temps à… à me l'avouer, » bredouilla Regina. « Mais je pense que c'est le cas et… et je ne sais pas comment faire pour… pour lui en parler et si c'était possible de… »
Elle sentit son souffle devenir plus court à l'évocation du fait qu'elle devrait en parler à la concernée et la barista pinça légèrement son avant-bras comme pour la ramener sur Terre.

« Avant de paniquer à l'idée de devoir lui en parler, j'aimerais que tu m'en dises un peu plus, » dit-elle d'un ton qu'elle voulut rassurant.

« Emma a énormément de secrets et une vie très complexe et je suis consciente qu'il lui faut une personne capable de tenir le coup et d'être constante mais… Mais je ne peux pas réfréner ce que je… ce que je ressens pour elle et j'aimerais vraiment pouvoir essayer de lui en parler. Je doute d'avoir quelque chance que ce soit mais… Mais s'il y a une once d'espoir que tout cela soit réciproque, je veux saisir cette chance à tout prix… » continua la portoricaine, avec l'impression que chaque mot qu'elle prononçait lui brulait les entrailles. Est-ce que Mary-Margaret n'allait pas essayer de se venger d'elle avec cela ?

« Et Emma sait beaucoup de choses sur moi, aussi, et elle sait aussi que ce que je pourrais lui proposer -si jamais j'avais une chance- est à des lieues de ce que toutes les autres filles auraient à lui offrir. Elle pourrait avoir du fun en permanence avec les autres et sortir quand elle le voudrait et faire mille et une choses. Alors que même si j'essaie de montrer le contraire, ma vie est loin d'être passionnante. Et… et tu l'ignore mais je suis une mère et il est clair qu'en général, la plupart de mes soirées se concentrent autour de la même routine avec mon fils. Et c'est vraiment pas la chose la plus cool à proposer à une fille de 24 ans avec qui on veut sortir… »

Regina observa un instant les feuilles des arbres qui voletaient dans la brise, essayant plus que tout de ne pas croiser le regard de la barista après son aveu, tandis que sa rivale de toujours encaissait le coup de la nouvelle comme elle le pouvait. Il semblait donc que beaucoup de rumeurs étaient vraies, et que la leader du quatuor infernal avaient bien des squelettes dans son placard…

« Si Emma est au courant de tout cela, et qu'elle n'y semble pas hostile, peut être est-ce bon signe ? » suggéra alors Mary qui tentait de ne pas trahir sa surprise après l'annonce.

« Il y a un pas entre jouer quelques minutes avec mon fils quand elle vient réviser chez moi et sortir avec quelqu'un qui essaie de gérer sa vie entre ses études et celles de son enfant, » trancha la portoricaine, qui venait de réaliser qu'elle n'avait encore jamais mis ses doutes en mots.

« Pourquoi es-tu venue m'en parler, si tu penses que tu n'as aucune chance ?

-Parce que j'aimerais bien me tromper, » rétorqua Regina d'un ton mélancolique. « Et parce que tu es son amie la plus proche, apparemment. Alors je trouvais ça important de t'en parler, et de te dire ce qu'il en était. Je ne te demande absolument pas de m'aider pour quoi que ce soit, ni même de me dire si elle a quelqu'un dans sa vie en ce moment. Je voulais juste en parler à la personne la plus proche d'elle. Même si ça ne changera rien à la conclusion.

-Je pense qu'il serait bon que tu lui en parles à elle, » proposa la littéraire. « Emma ne parle pas souvent de ce qu'elle ressent mais peut être que si tu faisais le premier pas cela changerait la donne…

-Je vais y penser. Et essayer de trouver le courage –ou la folie- nécessaire pour le faire. Merci de m'avoir écoutée, Mary. »

C'était une des premières fois que Regina appelait sa rivale par son prénom, et la barista se dit que la jeune femme était bel et bien en train de changer. Elle lui souhaita donc une bonne soirée, et finit son chemin vers la bibliothèque, tandis que la portoricaine s'en allait chercher Henry à l'école. Alors qu'elle grimpait quatre à quatre les marches du bâtiment, Mary espéra que la jeune femme se dépêche de parler à la blonde qui, depuis quelques jours, paraissait plutôt décidée à profiter de son célibat…