3x06 - Hounded

The Ocean - Linnea Olsson


*pov Y/n*

Je retrouve le jour plus blanc du réfectoire. Mes jambes m'ont portée jusque là, en guidage automatique, la tête toujours à l'atelier de maintenance.

Je sais que j'ai joué son jeu, à faire mine d'entendre la sonnerie imaginaire du téléphone que j'ai pu déchiffrer sur les expressions marquant tellement ses traits torturés.

Mais lui, quel jeu a-t-il joué vraiment ? Qu'est ce qui était de la case des hallucinations et de celle de sa volonté propre dans le comportement qu'il a eu avec moi ? De quoi dois-je vraiment tenir compte ?

Avançant lentement dans le réfectoire presque désert, j'entends des pas arriver derrière moi.

"Dégage...

Le grognement du chasseur m'agresse en même temps les oreilles que le corps quand son coup dans mon épaule me pousse en avant alors qu'il me dépasse déjà.

"Va t'faire... !

Je ravale mes mots hargneux en découvrant son fardeau.

Il avance rapidement vers les cellules et pivote sur la gauche, dans la deuxième ou troisième cellule.

"Beth ! Où est ce que je peux trouver un verre d'eau ?

- Je m'en occupe...

La blonde me donne le petit être qu'elle cajolait jusque là, pour se précipiter vers le coin cuisine qu'elle et Carol ont mis sur pieds pour préparer nos repas à tous.

J'approche lentement de la cellule ouverte. Le bébé ne bronche pas, tournant la tête vers ma poitrine, fermant à nouveau les yeux.

Je lève les miens à l'intérieur de ce qui est dorénavant une chambre à deux lits superposés.

Daryl est agenouillé à même le sol, la main sur l'épaule de son amie, inerte.

"Beth amène un peu d'eau... dis je tout bas autant pour ne pas déranger le couple que le bébé contre moi.

Le chasseur tourne la tête vers moi. Son expression et son regard sombre me saisissent le cœur.

*Pov Daryl*

Je ne suis qu'un con. Un putain de connard de cul-terreux.

Pourquoi n'ai-je pas vérifié cette saleté de cellule dès le début ?! Pourquoi j'ai encore hésité, laissé monter la rage, après avoir trouvé le couteau de Carol planté dans la carotide du rôdeur ? Alors qu'elle était juste là, à mourir de soif, à me faire signe, inlassablement. Putain d'connard.

La ramenant jusqu'à sa cellule, j'ai trouvé le dos de Y/n planté sur mon chemin. Je l'ai volontairement bousculée pour qu'elle bouge de là. J'ai étendu Carol sur le lit du bas entendant Y/n dire quelque chose à quelqu'un que je n'ai pas identifié, trop inquiet pour mon amie.

Carol est mon amie, elle comptait sur moi et je n'ai pas été à la hauteur. J'ai préféré jouer la facilité et me focaliser sur les mauvaises personnes.

Quelqu'un approche de la grille de la cellule. C'est encore Y/n qui se présente là. Je n'aurais pas du réagir, et encore moins me tourner vers elle. Je reporte mon attention sur Carol. Elle n'est pas inconsciente, mais totalement épuisée. Elle a tournée la tête vers le mur et semble s'être déjà assoupie.

"J'ai amené un peu d'eau... intervient Beth en entrant dans la pièce minuscule.

-Je crois qu'elle dort...

-Je vais m'occuper d'elle si tu veux... propose Beth gentiment.

Elle tient un verre rempli à moitié et un linge qui baigne dans un petit récipient plein d'eau. Je me redresse pour lui céder la place. La gamine me sourit encore, l'air si triste, avant de se pencher à son tour sur la convalescente.

Je la contourne pour sortir et trouve encore Y/n qui n'a pas bougé, sur le seuil. Sa main se porte sur la petite tête chauve du minuscule bébé.

"Y a que des nanas dans c'te tôle ?! ne puis je m'empêcher de grogner en passant la sortie.

Beth tourne vivement la tête vers moi, mais ne proteste rien. Y/n accentue son froncement de sourcils à mes mots mais ne bronche pas davantage sur le moment.

"C'est quoi ton problème, Dixon ?! demande-t-elle enfin en me suivant.

Ça m'étonnait aussi.

Le bébé geint suite à ses mots qui ont du lui exploser aux oreilles.

"Tu vas perturber la petite... dis je gravement en me retournant pour lui faire face.

Elle pile pour éviter de me percuter. Son sourcil de soulève de provocation, de colère évidente. Elle n'est pas contente en plus, la minus ! Elle se prend pour qui cette moins que rien ?

"Qu'est ce qui te constipe, putain ?! Tu as retrouvé Carol, c'est super ! C'est la meilleure nouvelle depuis vingt-quatre heures... Alors pourquoi t'es pas content là ?!

-Parce que je vois ta gueule...

Je pivote, hors de moi et ignorant pourquoi.

*pov Y/n*

Daryl me fusille du regard en sortant de la cellule. Inconsciemment, je serre le bébé un peu plus fort contre moi je ne comprends pas cet homme et ne le comprendrai jamais.

*pov Rick*

Lori a appelé. Elle avait raison. Lori a rappelé et elle m'a montré la voie.

J'arrive lentement au réfectoire. J'ai l'impression d'avoir accompli mon chemin de croix.

Une porte menant au dehors claque derrière moi.

Je découvre Y/n, assise, toute seule, me tournant à moitié le dos, sur un des bancs soudés au sol et à la table.

Elle est penchée en avant, comme appuyant sa tête sur quelque chose devant elle. J'approche encore, la faisant réagir, calmement. J'entends son inspiration, naturelle et douce.

Elle me regarde.

Pour la première fois.

Comme si rien ne s'était passé entre elle et moi ; comme si je n'avais pas dépassé les bornes avec elle, dans le sous-sol.

Comme si elle me pardonnait.

Je découvre ce qu'elle tient entre les bras alors qu'elle se lève toujours très lentement.

« Il faut que je te présente quelqu'un, Bébé... chuchote-t-elle.

Elle me fixe, un petit sourire au coin des lèvres, s'approchant de moi avec autant de précaution. J'ignore si c'est pour moi ou si c'est pour la petite chose qu'elle tient blottie contre elle.

« C'est la personne la plus importante du monde... Bébé, je te présente... ton papa... »

Je baisse les yeux sur la petite tête qu'elle dévoile devant elle, ouvrant comme ses bras sur un trésor précieux. Elle ne me lâche pas du regard alors que... je tombe en amour.

*pov Daryl*

Je ne peux que sortir de là, fuir un truc qui me dépasse, qui m'étouffe. Je ne peux plus lutter. Contre rien.

Carol, d'abord. Je commençais à adopter l'idée qu'on l'avait définitivement perdue. Avant de la retrouver, in extremis. Avec T-Dog, ça aurait été la goutte. J'aurais pas supporté. Je le sais aujourd'hui. Je ne supporterai sans doute plus de perdre qui que ce soit. Et surtout pas elle.

La p'tite, après. Comment on va faire ? Comment on va faire pour la garder ? Pour qu'elle grandisse dans ce monde déjà trop pourri pour nous ? C'est trop lourd pour moi, faut que je le reconnaisse, que je le dise tout haut, que je le hurle tout fort. Et puis quelque part, elle a un père... Même si on est tous son père.

Et puis Y/n... Pourquoi j'ai cette rage toute contre elle ? Alors que c'est bien le reste qui me bouffe davantage ? Pourquoi tout se dirige contre elle ? Dès que je la vois, j'ai envie de la frapper, de l'anéantir... pour calmer cette rage au fond de mes tripes. Qu'est ce qu'elle m'a fait si ce n'est me dire ce mot qui m'arrache le cœur et qui me met hors de moi contre elle. Maintenant que je lui ai craché à mon tour, est ce qu'on est quitte ? Est ce que je me sens davantage soulagé ? Pas sûr...

La seule chose positive dans cette journée de merde, c'est le hoquet que j'ai eu en la voyant toujours plantée sur mon chemin. Elle tenait le bébé contre elle. Elle semblait tellement à l'aise avec ce minuscule fardeau entre les doigts. Comme si elle avait déjà fait ça. Comme si cette responsabilité énorme ne l'effrayait pas le moins du monde alors que c'est tout ce qui me fait peur à moi.

Je tourne depuis un moment dans la cour, tirant sur ma clope qui me brule déjà les doigts. J'ai l'impression d'être là depuis trois minutes à peine, en plein soleil.

Je reviens vers l'entrée du bloc C. Le haut de l'escalier est désert. Je repars pour refaire encore un tour...

La p'tite dure à cuire a un père. C'est sûr. Faut que j'arrête de m'accaparer un poids qui n'est pas le mien. Je continue à faire mon job, et ça ira bien. J'ai pas fait d'gosse moi... j'ai rien à porter que je ne fais déjà.

Un claquement résonne dans la cour, quelque part. Mais je m'en fous... j'ai plus important à penser.

Je revois la brune dans ce couloir, tenant l'enfant, encore et encore et encore. J'ignore ce que je ressens vraiment, j'en perds les pédales. J'ignore pourquoi j'me prends la tête la dessus depuis des heures maintenant ! Mais ça tourne et ça tourne et ça tourne encore.

La p'tite dure à cuire s'est récupéré une mère aussi.

L'idée me frappe de plein fouet quand j'arrête mes pas face à l'escalier qui monte au bloc C.

Y/n est assise là-haut. Sur la première marche, toute petite qu'elle est déjà. Le front contre ses genoux ramassés, elle ne me voit pas... ses boucles sont ramenées tout devant, lui couvrant les jambes presque jusqu'au milieu des tibias. Ses mèches bougent, ondulent, brillent au soleil alors que je réalise son comportement.

Prostrée, elle se gratte la nuque d'un geste complètement frénétique. Le visage enfoui, j'entends son gémissement faible d'ici mais sortant fort de sa bouche lointaine.

Ma rage contre cette petite créature fond instantanément. Mon fardeau est dérisoire.