Sans plus tarder, la suite ! Sponsorisée cette fois-ci par Marc Dorcel ;)

Note: Rating du chapitre : M - explicite

Note2: Suite à une remarque très pertinente de Daidaiiro30, la fuite de la grand-salle a été un poil modifiée dans le chapitre précédent. Hohenheim était effectivement un peu passé à la trappe mais il est bien sorti avec le reste du groupe. Je suis sadique sur les bords, mais pas au point de priver Ed et Al de leur paternel une deuxième fois.

Enjoy!


Chapitre 29 :

Roy reprit conscience à plusieurs moments de la journée mais son cerveau n'enregistra pas tout, et il se retrouva à devoir replacer dans l'ordre chronologique toute une série de scènes décousues dans lesquelles défilaient le personnel médical, des uniformes à la démarche solennelle et quelques visages familiers dans une chambre à l'éclairage toujours changeant. Des bribes de conversation flottaient au-dessus de sa compréhension. Le mot 'chanceux' sortit plusieurs fois de la bouche de blouses blanches mais Mustang n'était pas en capacité d'en comprendre la raison ni le contexte. La nuit plongea sa chambre dans un calme bref avant que le cycle des blouses blanches, des lumières éblouissantes dans les yeux et des questions interminables ne reprenne, lui faisant douter d'avoir jamais vu la chambre silencieuse, la lumière de la lune filtrant au travers des stores et éclaboussant une silhouette immobile à son chevet.

La douleur donna une définition plus désagréable à ses phases d'éveil et il luttait désormais pour replonger dans ce sommeil salvateur de la veille. Son flanc le brulait de part en part, comme si les chirurgiens avaient bouché le trou laissé par le passage de la balle avec un tisonnier encore rougeoyant. Une infirmière fit rouler la molette de sa perfusion à la mi-journée et seulement alors Mustang arriva-t-il à glaner quelques heures de sommeil.

Sa chambre était de nouveau plongée dans le noir lorsqu'il ouvrit les yeux, le retour soudain de toutes ses capacités mentales lui faisant prendre une inspiration surprise. Outre l'impression d'avoir été régurgité par un monstre préhistorique, et la pression constante au niveau de son flanc, Mustang se sentait de nouveau maître de son corps – et non plus le spectateur drogué dans une salle de cinéma crasseuse. Il allait chercher de quoi dissiper cette sensation d'avoir passé la séance avec du sable dans la bouche lorsque du mouvement sur sa gauche attira son attention.

Là, appuyé sur le bord de son lit, Edward finissait de se frotter les yeux. Il avait rapproché ce qui ressemblait à un fauteuil de salle d'attente et avait tout l'air d'avoir utilisé le bord de son matelas en guise d'oreiller.

_ « Edward ? Croassa-t-il.

_ Ça va ?

_ J'ai connu mieux, soupira Mustang en essayant de se redresser. Mais j'imagine que le plus dur est derrière moi. »

Edward eut un soupir étranglé.

_ « Les médecins ont refusé de se prononcer sur ton pronostic vital jusqu'à hier matin. »

Même dans son état comateux, Mustang arrivait à lire la détresse du jeune homme entre ces quelques lignes.

Edward portait une tenue de papier similaire à la sienne, et sa tempe droite était décorée de deux pansements de suture. Même dans la pénombre, Mustang ne manqua pas à quel point il avait l'air fatigué – aussi bien physiquement qu'émotionnellement. Il essaya de lui offrir une caresse rassurante mais la perfusion l'empêcha de plier suffisamment le bras pour l'atteindre.

_ « Mais je suis là maintenant. »

Le jeune homme le regarda avec un air peu convaincu et le besoin soudain de le tenir dans ses bras lui traversa la poitrine comme si on lui avait tiré une flèche en plein cœur. Il roula sur son flanc indemne et transféra son corps endolori sur le bord opposé du lit, de façon à pouvoir laisser une petite place pour son amant. Il l'invita en tapotant gentiment sur le matelas.

_ « Viens. »

Preuve de la détresse du jeune homme, celui-ci n'hésita pas une seconde avant de grimper sur le lit. Tout en jonglant tant bien que mal avec la perfusion, sa blessure et la largeur dérisoire du matelas, Edward l'aida à se repositionner afin de leur permettre de s'allonger tous les deux sur le lit sans risquer de tomber par-dessus bord. Au bout de quelques laborieuse minutes, les deux alchimistes s'immobilisèrent enfin, emboités l'un contre l'autre tels deux cuillères particulièrement fusionnelles.

Savourant ce moment de calme partagé, le nez enfoncé dans l'épaisse chevelure de son amant, Mustang serra ce dernier aussi fermement qu'une bouée pendant la tempête. Il inspira l'odeur familière et une petite partie de lui pria pour que l'horloge s'arrête à jamais et que personne ne vienne les déranger – et encore moins les séparer. Il laissa sa main parcourir les formes familières qu'il avait cru un instant ne plus jamais pouvoir toucher – ses hanches, son torse, ses cheveux.

Alors qu'il écartait une mèche blonde pour venir découvrir le profil du jeune alchimiste, une inspiration crispée lui rappela la présence des deux petits pansements. Il murmura des excuses en s'approchant pour examiner l'étendue des dégâts. L'angle formé par la jonction de son arcade et de sa tempe était un peu gonflé, la chair rougie et la peau nettement fendue sur un bon centimètre.

_ « Qui t'as fait ça ?

_ Ça ? Demanda Ed en se toucha la tempe. C'est mon insolence qui m'a encore coûté une cicatrice. »

Connaissant la tendance de son subordonné à minimiser toute blessure, comme il pouvait minimiser les confrontations et difficultés dans ses rapports de mission, Mustang chercha furtivement sous le t-shirt en papier de son amant qui grogna sous l'auscultation.

_ « Tu n'as rien de cassé ? Pourquoi tu es encore en tenue d'hôpital ?

_ Ils me gardent en observation au cas où j'aurais quelque chose de plus grave, genre une commotion ou un hématome intracrânien. Mais les médecins n'arrêtent pas de faire toute une série de tests pour évaluer les réflexes de mon bras droit et ma jambe gauche, soupira-t-il avec agacement. Je les soupçonne d'être moins intéressés par l'état de ma boîte crânienne que par la raison pour laquelle j'ai pu retrouver le parfait usage de mes membres aussi rapidement. Je te jure, le prochain qui m'enfonce une aiguille pour stimuler un de mes muscles, je la lui plante dans l'œil. »

Mustang eut un rire amusé en imaginant la scène - et la plainte associée qui atterrirait obligatoirement sur son bureau par la suite.

Comme Ed l'avait démontré maintes fois avec sa fâcheuse tendance à signer ses papiers de décharge contre l'avis des médecins, les hôpitaux étaient un lieu que le jeune alchimiste abhorrait. Avoir des médecins profitant de l'avoir sous la main pour satisfaire leur curiosité professionnelle devait le rendre fou. Ses neurones sortant de stase avec difficulté, Mustang rumina l'information avec léthargie. Il avait bien dû rester inconscient plusieurs jours après son opération. Une commotion cérébrale était écartée en 24h environ et Ed ne montrait pas d'autres blessures visibles, à part un bandage à l'avant-bras droit. Le Fullmetal qu'il connaissait aurait déjà envoyé les papiers de sortie au visage du médecin en charge.

Il tenta une autre approche.

_ « Qu'est-ce que j'ai loupé depuis ces derniers jours ? »

Contrairement à ses rapports de mission flous et incomplets – en plus d'être illisibles - Edward commença son récit depuis la seconde où ils s'étaient quittés. L'épisode de l'ascenseur et son sacrifice pseudo héroïque lui valurent moult reproches incendiaires mais Roy n'essaya pas de se justifier, laissant Ed poursuivre son récit.

S'il s'était préparé à l'entendre lui décrire la bataille qui lui avait permis de s'exfiltrer du quatrième sous-sol, Mustang n'était en revanche pas préparé aux révélations du jeune homme sur le passé incroyable de son père, ni sur les raisons qui avaient amené Dante à venir servir le jeune alchimiste sur un plateau doré. Lorsque son amant conclut son histoire, la main du colonel avait cessé ses caresses réconfortantes et reposait mollement sur le cœur du jeune homme, clouée sur place par la sidération.

Ses neurones ré-agençant avec peine ces nouvelles informations, Mustang eut tout le mal du monde à forcer son cerveau à reprendre le fil de leur conversation, qu'il amorça d'une banalité digne d'un ivrogne accoudé de bon matin au comptoir.

_ « On peut dire que tu n'as pas chômé. »

Edward eut un rire creux, presque trop faible pour sortir de sa gorge comprimée par la fatigue.

_ « En moins de cinq jours, j'ai récupéré mes deux membres – après que ces derniers aient été utilisés par un putain d'homonculus – et j'ai retrouvé un père disparu depuis mon enfance. Celui-là même qui m'apprend que mon patrimoine génétique provient du connard qui nous a torturé des semaines durant. Oui, l'univers m'a plutôt gâté… »

L'amertume avec laquelle Edward prononça ce dernier mot lui fit un instant douter du sens à lui donner. Ed était recroquevillé sur le lit, la tête rentrée dans les épaules et les muscles toujours crispés. Devant la détresse grandissante du jeune homme, Mustang cravacha son restant de matière grise, de façon à pouvoir enfin sortir du tourbillon confus de ses questionnements et de son soulagement à avoir son amant de nouveau avec lui

Sauf que, lui aussi clairement en proie à une tempête intérieure, son amant n'était pas vraiment avec lui. Pas tout à fait.

Doucement, comme face à un tigre farouche esseulé dans la jungle, Mustang reprit ses caresses, commençant cette fois par ce bras fraîchement retrouvé qu'Edward semblait mépriser. Il passa ses doigts sur l'épaule découverte avant de descendre lentement jusqu'au bandage épais qui recouvrait l'avant-bras de son amant. Edward resta silencieux et Roy ne sut dire si le frisson qu'il provoqua était un frisson de dégoût ou de plaisir.

Il se pencha en avant de façon à pouvoir étudier le visage du jeune alchimiste mais celui-ci se cacha un peu plus dans l'excuse qui lui servait de matelas. Le geste suffit à lui donner une idée de l'état d'esprit du jeune homme.

_ « Ed, l'implora Mustang en se serrant contre lui. Ça ne change en rien qui tu es. »

Le silence qui suivit l'incita à poursuivre sur cette piste, à rattraper Edward sur ce chemin glacial bordé de ronces - ces même ronces de dégoût sur lesquelles il s'était déjà blessé, et presque échoué, après la guerre d'Ishbal. Priant pour que le jeune homme ne soit pas engagé trop loin dans ce sentier de répugnance, Mustang poursuit.

_ « Tu es le fils de la douce Trisha Elric et du grand Van Hohenheim le Lumineux, lui rappela-t-il avec conviction. Mais avant tout, tu es Edward Elric, le Fullmetal alchimiste. Le plus jeune alchimiste d'état, le plus brillant alchimiste de tout le pays, le plus insupportable des subordonnés – »

Malgré le baiser déposé sur la nuque de son amant entre chaque compliment, ce dernier commentaire lui valut un bref coup de talon dans le tibia qui écourta sa respiration en un gloussement amusé. Néanmoins, la faible attaque de son subordonné ne l'empêcha pas de continuer, ses lèvres effleurant cette peau si délicieuse à chaque syllabe.

_ « Et peu m'importe l'origine de tes gènes ou de ta chair, ça ne changera rien aux sentiments que j'éprouve pour toi. Pour autant que je sache, murmura Mustang en laissant glisser une main sous le t-shirt en papier de son amant. Ce corps et cet esprit sont un cadeau du ciel qui doit être vénéré comme tel. »

Mustang laissa ses doigts parcourir le torse du jeune homme comme un pianiste jouant une sonate mélancolique, son toucher intense mais délicat, effleurant les muscles frémissants avant de passer au suivant comme les doigts du pianiste sur les touches de son piano favoris. Sa partition l'amena sous le sternum du jeune homme et il laissa sa mélodie prendre forme sur un ventre qui se gonflait en de brèves inspirations, bien trop brèves pour traduire le bien-être du jeune homme et pas assez saccadées pour l'informer d'une quelconque excitation. Il continua sa caresse, sotto voce.

Edward ne distinguait plus le monde qu'en clé mineure, ajoutant un bémol sur tout argument, tout compliment adressé à son égard, mais Roy persista, enveloppant son cadet en une étreinte aussi rassurante que révérencieuse. Ses doigts dessinèrent une clé de sol sur le relief aiguisé de ses clavicules avant de glisser plus bas en un geste fluide. Il reproduisit sa caresse avec application, encore et encore, jusqu'à ce que le jeune homme commence à frissonner sous ses doigts. Là seulement – et seulement là - Mustang s'autorisa à amplifier sa caresse un en crescendo enflammé, sa passion nourrie à mesure que le jeune alchimiste revenait vers lui - à mesure qu'il rebroussait chemin sur ce sentier poisseux d'autodépréciation.

Une vague de soulagement lui arracha un soupir qu'il enfouit entre leurs deux corps enlacés avant de laisser sa main descendre sur l'arrête ventrale de son amant, dépassant la dépression de son nombril, ses doigts suivant à tâtons le chemin duveteux plein de promesses qui disparaissait sous l'élastique d'un pantalon trop grand. En un soupir Edward se cambra sous la caresse de ses doigts aventuriers, allongeant sa silhouette, comme pour savourer la sensation des doigts rugueux du colonel glissant sur la peau de son ventre un peu plus longtemps. Approchant dangereusement de la limite de ce que l'on pouvait encore qualifier de ventre – et même de bas-ventre - Mustang se força à remonter, faisant rouler des doigts dans la toison naissante à cet endroit avant de repartir vers le Nord – non sans une certaine hésitation.

Profitant de cet instant de flottement, Edward se contorsionna tel un chat jusqu'à ce que les deux alchimistes se retrouvent face à face, dans un entrelacs de cathéters et de draps insipides. Les yeux assombris par la pénombre, Ed prit une fraction de seconde pour s'assurer qu'il n'avait rien délogé avant de se coller complètement à son amant. Satisfait de son opération fructueuse, Mustang laissa le jeune alchimiste occulter son champ de vision, n'opposant aucune résistance lorsque celui-ci prit la direction de leur baiser avec une passion fiévreuse tout juste contenue.

Il se laissa embrasser, glissant ses doigts dans ce qui avait été une tresse soyeuse pendant qu'une moitié de cerveau essayait d'ignorer le couinement d'un chariot qui traversait le couloir plus loin. La forme frémissante de son amant contre lui, son cœur palpitant contre le sien en un rythme rassurant et son souffle chaud sur son visage auraient dû suffire à le maintenir dans leur petite bulle intime, mais c'était sans compter sur la petite voix nasillarde qui lui fit remarquer chaque murmure, chaque grincement, chaque bruit de pas dans le couloir et avec eux, la même conclusion : ils risquaient à tout moment d'être découverts – et certainement envoyés en cour martiale.

Ils étaient, après tout, dans un hôpital militaire et même si le personnel passait moins souvent la nuit, les infirmières de garde ne seraient certainement pas enjouées de les surprendre en flagrant délit de fraternisation – surtout quand ils devaient tous deux récupérer de leurs blessures. Edward devrait d'ailleurs à minima rependre sa place dans le fauteuil inconfortable avant que leur ronde ne commence. Et encore là, Mustang devrait trouver comment subtilement justifier la présence de son subordonné dans sa chambre, en pleine nuit.

L'idée de mettre fin au contact avec son amant le déchirait de l'intérieur, la séparation rendue à peine plus supportable par la réalisation que, la brulure qui lui irradiait le flanc droit ne lui permettrait pas de rester dans cette position bien longtemps de toute façon.

Ses lèvres durent trahir son inconfort car Edward se redressa promptement.

_ « Ça ne va pas ?

_ Je pense que ma blessure requiert une position sur le dos, soupira Mustang en serrant les dents. Mais je peux tenir encore quelques minutes. »

Le jeune alchimiste fit claquer sa langue en signe de mécontentement avant de descendre du lit en un mouvement souple.

_ « Imbécile. Tu aurais dû me le dire plus tôt ! »

Malgré l'intervention de la petite voix nasillarde de la raison, Mustang grogna de déception face au départ de son subordonné et son incapacité à retenir ce dernier, ses muscles encore trop faibles. Une moue boudeuse au visage, il se laissa faire lorsqu'Edward l'aida à se remettre à plat sur le dos, ignorant les contestations de ce qui lui restait de fierté. En plus d'être physiquement douloureux, le vide laissé par son amant à ses côtés laissa place nette pour le retour importun de son sens du professionnalisme. Il serra la main droite du jeune alchimiste et en embrassa les phalanges délicates en espérant que le contact renvoie au placard cette petite voix qui piaillait en lui – en vain.

Il soupira, ruminant ses mots à la recherche d'une formulation qui ne lui vaudrait pas un coup de coude dans les côtes – ou pire. Après plusieurs secondes de silence, seulement dérangées par le bip de son moniteur et les bruits nocturnes de l'hôpital, Mustang céda sous l'insistance de cette petite voix.

_ « Tu devrais peut-être retourner dans ta chambre avant que ton frère ne s'aperçoive de ton absence, murmura Mustang. »

Les deux billes d'or du jeune alchimiste disparurent presque sous un plissement d'yeux calculateur, mais Edward ne bougea pas plus qu'il ne lui répondit. Au bout de quelques secondes de silence, le colonel essaya un autre argument.

_ « Au-delà de la panique certaine de ton frère, si une infirmière passe et trouve ton lit vide, la sécurité va certainement retourner tout l'hôpital. »

L'absence de réponse commençant à vaguement l'inquiéter, le colonel se surprit à tester la tangibilité de son environnement en laissant le coton rêche glisser sous ses doigts. Sa vision était claire et sa chambre aussi déprimante que sa literie rien n'était assez inhabituel pour lui faire croire à un rêve éveillé ou un transfert soudain dans une dimension parallèle où les gens ne l'entendaient plus – rien n'était assez inhabituel sauf le silence prolongé de son amant. Le doute s'immisçant en lui, Mustang finit par céder.

_ « Edward ?

_ Me chauffer pour me renvoyer dans mes quartiers tout de suite après, c'est bas, accusa Edward d'un air mi agacé, mi taquin. Une telle bassesse exige une réponse à la hauteur du préjudice. »

Une main experte se posa au niveau de sa cuisse avant de remonter lentement sur le coton rêche.

_ « Peut-être devrais-je te rendre la pareille avant de partir. Histoire de laisser de quoi alimenter les commérages du matin dans la salle de repos des infirmières. »

Des centaines de scénarios défilèrent devant ses yeux et les pupilles dilatées de son amant lui laissèrent entrevoir au moins autant de scénarios en cours d'élaboration dans le cerveau du Fullmetal.

_ « Edward... »

Il avait voulu son ton implorant mais l'ambiance clairement militaire de sa chambre d'hôpital avait déjà fini de broder ses étoiles sur ses épaules et mettre en place son masque de colonel. Plutôt que de traduire son tiraillement face à des propositions bien trop appétissantes pour son état actuel, sa voix sonna comme une réprobation fatiguée.

Sans surprise, le visage de son amant se ferma immédiatement et Mustang eut tout juste la présence d'esprit de refermer ses doigts sur les phalanges du jeune chimiste qui s'enfuyait déjà.

_ « C'est bon j'ai compris.

_ Edward, attends... »

Le jeune alchimiste résista sous la poigne, reculant vers la sortie et grognant sous son incapacité à se libérer. Il soupira amèrement, la défaite et la déception irradiant autour de lui.

_ « Je savais que le personnage du colonel reviendrait sur scène mais j'espérais qu'il le fasse un peu plus tard. »

La tristesse affichée sur le visage de son compagnon lui brisa littéralement le cœur et ses tripes prirent la parole avant que son cerveau ne puisse le censurer.

_ « Ce n'est pas parce que je ne peux plus montrer de marque d'affection en public que mes sentiments ont changés. Je n'essayais pas de t'acheter en te murmurant des mots doux à l'oreille. Je t'aime, Edward et chaque moment passé à prétendre que rien ne s'est passé entre nous est la plus abominable des tortures. »

Son aveu stoppa l'alchimiste dans sa tentative d'évasion mais Mustang préféra continuer, profitant d'avoir toute l'attention de son amant pour finir de se justifier.

_ « Mais c'est une torture à laquelle nous ne pouvons pas couper. Tant que tu seras un alchimiste d'état, et mon subordonné, nous risquons tous les deux la cour martiale et ce n'est pas quelque chose que nous pouvons nous permettre avec l'administration actuelle. »

Ignorant la petite voix réprobatrice qui lui rappela qu'une infirmière ne tarderait pas à les surprendre, Roy se redressa autant que sa blessure le lui permit et attira son subordonné vers lui. Ce dernier hésita avant de céder à l'impulsion du Colonel, fermant les yeux lorsque leurs fronts reposèrent l'un contre l'autre.

Sans jamais lâcher prise sur la main délicate du jeune alchimiste, Mustang vint placer ses doigts sur la tresse à moitié défaite de son amant, retenant ce dernier par la nuque avant de le forcer à le regarder dans les yeux. Leur relation ne serait certainement jamais aussi simple qu'elle ne l'avait été au sein du manoir, et les nombreuses contraintes de leur ancienne vie seraient dures à assimiler au début mais il ne fallait pas laisser cette pollution s'interposer entre eux, ni dans les prochaines semaines à venir, ni maintenant – surtout pas maintenant.

Une seule solution palliative pour rendre cette transition supportable lui vint à l'esprit. Edward n'était peut-être pas dans la meilleure des humeurs pour recevoir cette proposition mais il passa outre son inquiétude.

_ « Lorsque tu ne seras pas en mission, murmura Mustang, tu es le bienvenu chez moi si tu veux. »

Le silence qui accompagna sa presque-question lui parût durer une éternité et c'est seulement alors qu'il réalisa l'ampleur de sa suggestion. Il proposait à Edward de venir vivre avec lui, comme un couple normal.

Normal, s'esclaffa une petite voix. Comme si.

Rien de ce qu'ils avaient pu vivre ensemble ne pouvait être qualifié de normal – pas de dîner aux chandelles dans un restaurant, pas de sortie au théâtre en amoureux, pas de promenade au parc main dans la main, mais leur niveau d'intimité dépassait bien tout ce qu'il avait pu vivre auparavant et il ne pouvait imaginer passer une soirée seul chez lui sans avoir Edward nu sous ses draps, à moitié endormi dans sa cuisine avec une tasse de café à la main ou encore lové contre lui sur le canapé, plongé dans sa lecture.

Pour le moment il n'avait en face de lui qu'un jeune homme les yeux fermés et une posture froide et distante – et c'était tout simplement insupportable.

_ « En visiteur nocturne de temps en temps ou en résident permanent ? Demanda Edward, les yeux toujours fermés.

_ Permanent. »

La force et la vitesse à laquelle il répondit ne laissa aucun doute quant à sa sincérité. Surement Edward devait bien le voir.

Au bout de plusieurs interminables secondes, Edward releva ses paupières sur deux étoiles qui illuminèrent son visage d'une détermination familière et Mustang sentit l'espoir renaitre en lui comme une fleur se redressant sous les premiers rayons du soleil.

_ « Ne t'attend pas à ce que je fasse la cuisine, et je refuse de te servir de soubrette pour les autres corvées. »

Mustang eut un rire soulagé.

_ « J'imagine qu'il faudra que je trouve un mensonge pour justifier le soudain changement de quantité à mon livreur.

_ Tu lui diras que tu fais du sport et qu'il te faut plus d'énergie.

_ Un semi-mensonge acceptable. »

Il passa un pouce sur les joues anormalement pâles du blond, réfléchissant vaguement à comment il allait pouvoir éviter les ragots de ses voisins ou la suspicion de l'armée à voir le Fullmetal rentrer chez son officier supérieur tous les soirs. Peut-être un accès par l'arrière-cour suffirait. Mais dans tous les cas-

_ « Il faudra être discrets, précisa Roy. En public et surtout au QG, jusqu'à ce que ton contrat se termine, il faudra se limiter à une relation strictement professionnelle.

_ Jusqu'à ce que mon contrat se termine.

_ Jusqu'à ce que ton contrat se termine.

_ À partir de ce moment-là, je pourrais t'embrasser en public ?

_ Tu pourras faire tout ce que tu veux.

_ Vraiment ?

_ Tout. »

Un sourire sincère se dessina sur le visage de son amant et Edward l'embrassa tendrement avant de lui répondre.

_ « Marché conclu. »

Mustang prolongea leur étreinte et leur baiser encore quelques secondes, son cœur battant assez fort contre ses tempes pour noyer toute protestation de la petite voix alarmiste qui lui calculait déjà la probabilité de voir débarquer une infirmière dans la seconde.

Peu importe la probabilité, c'était un risque qu'il avait décidé de prendre.

ø-¤-Ø-¤-ø

Non sans avoir rassuré son lieutenant une énième fois sur le fait qu'il n'hésiterait pas à l'appeler en cas de besoin Roy remercia Riza de l'avoir raccompagné chez lui, récupéra ses affaires posées en travers de l'entrée et referma la porte en un clic final.

Le silence le frappa en premier, lui faisant siffler les oreilles, alors que l'immobilité de l'air autour de lui et la tristesse du reste de son mobilier le firent reculer jusqu'à ce que son dos repose contre le bois massif de la porte d'entrée. Il était de nouveau chez lui, libre de ses mouvements, libre de son emploi du temps – tout du moins jusqu'à la fin de sa convalescence.

Après des semaines d'emprisonnement, ces concepts eurent du mal à prendre racine dans son esprit, ces libertés pourtant triviales lui paraissant presque anormales. Il les considéra de nouveau et avança dans la pièce pour les mettre à l'épreuve de la réalité.

Le salon comme la cuisine était plus propre que dans son souvenir et le frigo avait été rempli de victuailles fraiches – sans doute une attention de son lieutenant. C'était tant mieux, car il n'avait pas vraiment envie de sortir de chez lui – encore moins pour aller faire les courses. Son estomac grogna sa gratitude en une protestation sonore mais Mustang ignora sa demande pour monter à l'étage afin de débarrasser sa peau de la patine poisseuse de l'hôpital.

Il se glissa sous la douche bouillante en un grognement d'extase, le jet d'eau cascadant sur ses épaules pendant de longues minutes sans qu'il ne juge utilise de faire le moindre mouvement. C'est finalement sa blessure et un léger vertige qu'il le poussèrent à expédier sa toilette. Comme l'infirmière le lui avait montré, Mustang remis en place un bandage neuf et enfila un T-shirt et un pantalon de pyjama délavé.

C'est seulement lorsqu'il redescendit au rez-de-chaussée que Roy aperçu la paire de gants posée sur la table du salon, et dessous, une carte de bon rétablissement signée par toute son équipe. Il la parcourut en diagonale, identifiant rapidement l'écriture en pattes de mouches de son subordonné préféré.

Il ne put réprimer un sourire en coin à son paragraphe tout aussi concis qu'insultant. Reposant le papier cartonné sur la table, Mustang contempla sa paire de gants avec une pointe d'anxiété, pas vraiment sûr d'être le même homme à qui appartenait ces gants. Il les enfila cependant, appréciant la caresse du tissu sur ses mains avant de claquer des doigts. La cheminée prit vie en un ronflement rassurant et son salon retrouva un peu de son caractère familier.

La respiration plus profonde, Mustang se retourna vers la cuisine afin de faire taire son estomac qui avait pris de mauvaises habitudes à force de fréquenter un certain alchimiste et réclamait sa pitance avec une force dont le colonel ne le savait pas capable. Deux tranches de pain et un peu de jambon le firent heureusement taire en quelques bouchées.

Le sandwich avalé, Mustang transhuma lentement vers la cheminée, le pas lourd. La douche et la digestion de son petit encas l'avaient vidé de toute son énergie et il s'écroula sans grâce sur le canapé, basculant sur le flanc et ferma les yeux en un soupir – juste pour cinq minutes.

Un tambourinement insistant le tira d'un sommeil profond et il se redressa d'un bond, perplexe devant l'obscurité de la pièce, seulement repoussée par la lueur du feu qui crépitait faiblement dans l'âtre de la cheminée.

Merde.

Les yeux bouffis de sommeil, Mustang se massa le visage en un soupir fatigué. L'impact sur le bois de sa porte reprit soudain à quelques mètres de lui et il sursauta presque, pas vraiment habitué à ce que des visiteurs viennent l'interpeller depuis la porte arrière qui reliait son salon au petit carré de jardin – en friche - coincé derrière sa maisonnette. Une seule personne avait néanmoins eu l'instruction de passer par cette porte.

Mustang se leva d'un bond et déverrouilla la porte avec empressement, sans même prendre le temps d'allumer quelque éclairage que ce soit. Ça serait plus discret ainsi. C'était après tout leur maitre mot pour commencer leur liaison secrète.

Une capuche noire sur la tête et le regard perçant, Edward attendait sur son perron avec un air contrit – bien vite remplacé par un mélange d'amusement et d'inquiétude.

_ « Je te réveille ? Demanda le jeune alchimiste.

_ Non pas du tout. »

Ed lui fit part de son scepticisme en un ronflement amusé avant de pousser la porte et de s'inviter dans le salon du colonel comme s'il était venu là des centaines de fois.

_ « Pas étonnant que tu te fasses griller en train de faire la sieste au bureau si tu mens aussi mal à Riza. »

Mustang observa son amant déposer une petite besace au sol.

_ « C'est tout ce que tu as pris ? »

_ Je me suis dit que c'était plus discret qu'un camion de déménagement, répondit Edward en haussant des épaules. Et puis peut-être que d'ici une semaine tu en auras marre de mon sale caractère et tu me foutras à la porte, plaisanta-t-il en observant la pièce d'un air faussement nonchalant. Ça fera moins de trucs à ressortir. »

Le ton de la plaisanterie ne cachait pas entièrement l'incertitude du jeune homme et Mustang referma la porte silencieusement avant de venir enlacer son amant. Celui-ci resta interdit quelques secondes avant de retourner son étreinte avec force. Les mains délicates se refermant dans son dos, Roy ne put retenir son soupir de contentement devant l'impression d'avoir la dernière pièce du puzzle enfin mise en place.

Les murs se firent moins oppressants et le bruissement de leur respiration s'associa au crépitement du feu pour venir chasser ce silence désagréable qui lui pesait sur les épaules depuis qu'il avait mis les pieds chez lui. Le nez coincé dans la nuque de son subordonné, il inspira profondément avant de murmurer.

_ « Tu m'as tellement manqué. »

Si Edward avait pu signer sa décharge assez rapidement la semaine précédente, les médecins avaient insisté pour garder le colonel sous observation pendant encore plusieurs jours. Ses subordonnés étaient passés plusieurs fois lui rendre visite, surtout Hawkeye qui l'avait tenu au courant de la débâcle en cours depuis l'arrivée à Central de centaines de personnes disparues et la mise en lumière des activités d'Arawn par la presse. La proximité avec son équipe justifiait la fréquence de leur visite mais Edward quant à lui, électron libre de nature et nourrissant un désamour farouche envers le milieu hospitalier, n'avait pas remis les pieds dans sa chambre depuis que son médecin l'avait décrété apte à rentrer chez lui. Mustang avait raisonné son chagrin en félicitant le jeune homme pour son choix tactique. Ils devaient maintenir l'illusion que rien n'avait changé. La distance était une véritable torture mais c'était un mal nécessaire.

À la fin de la semaine, impatient de sortir de cette chambre, Mustang avait dû choisir ses mots avec grande précaution devant Hawkeye. Riza le briefait sur les dernières nouvelles, sur comment la presse s'emparait de l'affaire et comment de nombreux coupables prenaient la poudre d'escampette les uns après les autres. Il écoutait d'une oreille distraite, mais son esprit ne cessait de dérailler sur l'idée de pouvoir se rouler en boule sous la couette, le nez plongé dans la chevelure dorée de son amant.

Après s'être humidifié les lèvres, Mustang avait nonchalamment pris des nouvelles du Fullmetal – du moins, il essaya d'être nonchalant. Après tout, lui aussi avait vécu le même calvaire que son supérieur - même s'il s'en était sorti avec des blessures physiques moins graves – il était en droit de s'enquérir de son état. D'après Hawkeye, qui l'avait regardé suspicieusement avant de répondre, Edward résidait avec son frère, Winry et Hohenheim. Devant le peu de détails qu'elle put lui fournir, Riza lui avait promis de l'appeler pour se tenir au courant des dernières nouvelles de leur réunion familiale.

Avec sa plus belle poker-face, Mustang l'avait remerciée et plongé son nez dans un rapport – l'air captivé par les mots alors que son esprit déraillait de nouveau sur ses futures retrouvailles.

Ces retrouvailles, il les avait imaginées nuit et jour, mais rien ne pouvait le préparer à la puissance de la vague de soulagement qui lui comprima la gorge et lui fit trembler les genoux.

Edward décolla son visage du torse de son supérieur afin de sonder le regard de ce dernier, une expression vaguement inquiète lui fronçant les sourcils.

_ « Ça va ? »

Oui, songea Roy en essayant de se souvenir de la méthode à employer pour forcer sa bouche à former une réponse à la question posée. Après plusieurs secondes de non coopération de ses cordes vocales et devant l'inquiétude grandissante sur le visage de son amant, il opta pour une option alternative, courbant l'échine de façon à pouvoir capturer les lèvres du jeune homme en un tendre baiser.

Sa question vite oubliée, le jeune alchimiste répondit immédiatement, grognant son appréciation lorsque que le colonel s'appliqua à savourer ses lèvres avec lenteur. Un soupir parvenant à remonter dans sa gorge nouée par l'émotion, Mustang approfondit leur baiser, serrant le jeune alchimiste plus fort contre lui dans un fébrile espoir de pouvoir fusionner avec lui et pouvoir ainsi parcourir chaque atome de son être avec la même révérence qu'il embrassait cette bouche exquise – et merveilleusement malléable sous sa direction. Il fit un pas titubant en avant et c'est seulement alors qu'il se rendit compte que le jeune alchimiste était bien la seule chose qui le gardait encore debout.

Celui-ci rompit le baiser en un grognement presque paniqué.

_ « Bon sang Mustang ! s'exclama Edward. Assieds-toi avant de tomber par terre ! »

Le trainant à moitié vers le canapé, il les installa sur les coussins en face de la cheminée, posant une main délicate sur le front du colonel. Celui-ci ferma les yeux sous le contact.

_ « Pas de fièvre, médita Edward. Mais tu as l'air à moitié mort sur tes pieds. Il serait peut-être mieux de t'installer dans ton lit.

_ C'est une invitation ?

_ Imbécile, soupira Edward en retenant un sourire. Ça serait une invitation si tu n'étais à deux doigts de t'évanouir rien qu'à rester debout deux minutes.

_ On n'est pas obligé de faire ça debout.

_ Ouais, ouais, c'est ça, gloussa sèchement Edward. Et qui c'est qui va devoir expliquer à Hawkeye pourquoi le colonel Mustang a cassé sa pipe parce qu'il se pensait assez rétabli pour une partie de jambes en l'air ? Hein ? »

Basculant sa tête sur le dossier, Roy ferma les yeux, un sourire amusé étirant ses lèvres devant la scène fictive de son lieutenant réprimandant le Fullmetal pour avoir tué son supérieur de la plus belle des façons. Il resta dans cette position plusieurs minutes avant de sentir des doigts se faufiler dans ses cheveux.

_ « Hey, murmura Edward. Ne te rendors pas tout de suite. »

Les mots étant bien au-delà de ses forces, Mustang se contenta d'un grognement négatif. Non, il ne comptait pas se rendormir ici. Il faisait juste une petite pause le temps de retrouver ses esprits – juste quelques minutes.

Un souffle amusé lui caressa la joue et c'est tout ce dont il se souvint avant de sombrer dans un sommeil profond.

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Ce fut son nez qui le réveilla en premier, l'attirant hors des limbes sous un doux fumet de viande grillée. Son oreille nota le crépitement de la graisse dans la poêle et il n'en fallut pas plus à son estomac pour le jeter dans le monde éveillé d'un violent coup de talon. Mustang ouvrit les yeux pour se retrouver allongé sur son canapé, salivant déjà à l'idée de pouvoir faire croustiller sa première tranche de bacon sous sa dent.

Sa blessure lui rappelant sa présence au premier mouvement, Mustang se redressa lentement, faisant tomber de ses épaules la couverture que son amant avait placée sur sa forme inconsciente. Malgré la douleur, l'attention le fit sourire chaudement et il s'appuya sur cette chaleur intérieure pour se mettre promptement sur ses deux pieds. La terre tangua les premières secondes, mais le colonel parvint à rester en position verticale.

Fier de son exploit, Mustang ignora les protestations de son corps à se voir tiré aussi subitement de son doux cocon, et se dirigea vers la cuisine d'un pas presque assuré. Il y trouva son amant qui s'affairait aux fourneaux, taquinant de sa spatule toute une colonie de tranches de lard frétillantes tout en observant Central au travers de la grande fenêtre placée devant lui.

Les rayons du soleil de fin de matinée éclaboussaient la pièce et donnait à Edward une allure angélique, sa chevelure auréolée de lumière. La vision le fit presque chanceler, et s'il arriva à ne pas trébucher, il ne put en revanche maintenir la discrétion de son approche plus longtemps. Edward tourna partiellement la tête, juste à temps pour apercevoir Mustang avant que celui-ci ne vienne croiser les mains sur son bas-ventre et déposer un baiser sur la joue ainsi offerte. Il resserra son étreinte et enfonça furtivement son nez dans le cou de son amant. Bien que l'odeur fit naitre en lui une tout autre sorte de faim, son estomac garda la main mise sur le fil de ses pensées.

_ « Je croyais que tu ne voulais pas faire la cuisine, remarqua Mustang en posant son menton sur l'épaule du jeune homme.

_ J'avais faim, grommela Edward. Et je n'avais plus la force d'attendre que tu lèves tes fesses de feignasse pour manger.

_ Il y en a assez pour moi aussi ?

_ Je peux voir pour te laisser une tranche ou deux, mais pas plus. »

Quatre œufs furent sacrifiés sur l'autel crépitant de leur petit déjeuner et Edward le repoussa dans le fond d'une chaise en laissant échapper un grognement amusé devant la difficulté à se désincarcérer de l'étreinte de son amant. Face à la sérénité irréelle qui se dégageait de la scène, Mustang craignait de le voir disparaitre en un nuage de fumée opaque s'il le laissait s'éloigner, dissipant le rêve duquel il ne s'était de toute évidence pas encore réveillé.

Mais se désincarcérer, Edward y parvint tout de même, souple comme une anguille et bien mieux réveillé que son supérieur qui grogna son inconfort au contact du mobilier bien moins accueillant. Sa déception fut néanmoins éclipsée par une faim ravageuse lorsque qu'Edward déposa une assiette pleine devant son nez.

_ « Je ne crois pas t'avoir déjà vu avaler un plat avec autant d'engouement, remarqua Edward en un sourire tendre. C'est une façon détournée de flatter mes talents de cuisinier et m'inciter à rester aux fourneaux ?

_ C'est juste que ton appétit a déteint sur moi, accusa Mustang. Nos estomacs ont dû se synchroniser à un moment.

_ Ça va encore être de ma faute. »

S'enfonçant dans le dossier de sa chaise, Mustang laissa échapper un grognement amusé. Oui, c'était de sa faute, et il y avait de fortes chances pour que, à l'avenir, ses actions soient toutes plus ou moins directement influencées par le jeune alchimiste. Déjà depuis quelques semaines, songea Mustang, ses pensées se trouvaient sans cesse attirées vers le jeune homme, telle l'orbite une comète déviée par une planète massive. Maintenant qu'ils n'avaient plus aucun obstacle entre leurs orbites respectives, le colonel parvenait difficilement à trouver de la matière grise restante pour songer à des problématiques qui l'avaient pourtant obnubilé jadis : Amestris, l'armée, sa carrière, ses collègues…

Il les chassa sans peine de son esprit, savourant le calme régnant dans la cuisine, le feu brulant plus loin dans le salon, et Edward qui se léchait les doigts avec régal. Une braise s'échauffa au fond de son estomac, mais sa chaleur diffuse ne provoqua en lui qu'un immense sentiment de fatigue. Il grogna devant la léthargie qui reprenait lentement le dessus et alourdissait déjà ses paupières – encore une fois.

_ « Allez, soupira Edward, vaguement amusé. Cette fois va au moins te poser dans ton lit avant de t'effondrer. »

Les escaliers furent une épreuve bien plus difficile qu'il ne l'aurait anticipée et, même épaulé par son amant, Mustang arriva au palier supérieur avec le souffle court et la tête comme prise dans du coton. Un juron lui échappa devant tant de faiblesse, mais Edward ne perdit pas une seconde pour lui offrir ses réassurances. Il fallait du temps à son corps pour récupérer et c'était normal d'être aussi fatigué.

Désormais installé sous la couette et luttant pour garder les yeux ouverts, il se retint de lui faire part de sa frustration à ne pouvoir savourer leur temps passé à deux, mais il soupçonna Ed d'en avoir saisi l'idée au travers de la moue boudeuse de son supérieur. Ed secoua lentement la tête devant tant d'entêtement avant de s'installer sur le duvet à ses côtés, jouant avec sa tignasse emmêlée jusqu'à ce que Morphée ne vienne l'arracher à cette douce caresse.

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Il se réveilla en milieu d'après-midi, avec la désagréable impression d'avoir été régurgité par un animal malade. La bouche pâteuse et les yeux agressés par le peu de lumière qui filtrait dans sa chambre, Mustang se consola tant bien que mal par la présence de son amant resté proche de lui – mais la consolation fût bien maigre face à l'intensité de sa gueule de bois.

_ « Tu as besoin de quelque chose ? »

Avant que ses cordes vocales ne demandent à abréger ses souffrances par une injection de morphine pure, Mustang considéra un instant son besoin le plus urgent et le plus facilement réalisable. Frissonnant sous la couette, il suait pourtant comme si son corps avait été placé dans une étuve, son pyjama collant à sa peau de la plus désagréable des façons. Il renifla l'air rance avec une grimace. Même si l'idée de bouger le moindre muscle lui paraissait insupportable, une douche lui serait certainement bénéfique.

Infirmier silencieux et étonnamment dévoué, Edward l'aida à s'extraire de son duvet, et le guida vers la salle de bain où il l'effeuilla avec des gestes presque professionnels, ses yeux aussitôt attirés vers le blanc éclatant de son bandage. La plaie devait rester au sec, aussi Edward prépara le film plastique et le sparadrap pour remplacer son pansement le temps de la douche. Se soumettant sans bouger au traitement, Mustang ne manqua pas le temps d'arrêt marqué par son subordonné lorsque la blessure fut mise à nu. Il baissa les yeux sur sa plaie, et les mains de son amant, crispées sur le bandage souillé qui pendait désormais entre leurs corps.

La chair était vivement colorée, recouverte d'un hématome impressionnant qui entourait une incision nette de plusieurs centimètres – une incision certainement réalisée pour permettre aux chirurgiens de stopper l'hémorragie. Les points de suture marquaient sa peau irritée tels des pointillés noirs et réguliers dont il garderait certainement une longue cicatrice. C'était néanmoins un faible prix à payer pour pouvoir se tenir là debout, à moitié nu, sous le regard attentif du Fullmetal.

Celui-ci était toujours figé sur place, les yeux rivés sur sa blessure et l'air contrit – une expression qu'il se fit pour mission de chasser au plus vite.

Récupérant le film plastique, Mustang recouvrit sa blessure et attendit que son amant sorte de sa rêverie et ne vienne appliquer le sparadrap. Edward se saisit finalement des bandes collantes, ses doigts délicats effleurant à peine sa chair meurtrie, la pression si faible que Mustang dut repasser après lui de façon à s'assurer de la bonne étanchéité du pansement provisoire. Satisfait du résultat, mais toujours dérangé par l'immobilité et le silence de son amant, il glissa furtivement ses mains sous le T-shirt noir du Fullmetal.

Le geste suffit à sortir Edward de sa transe – mais pas assez tôt pour empêcher le colonel de lui passer le bout de tissu par-dessus la tête et de l'envoyer voler au sol de sa salle de bain.

_ « Roy ! objecta le jeune homme. Tu n'es clairement pa- »

Connaissant déjà la fin de cette phrase, Mustang avala l'objection en un baiser déterminé – du moins, aussi déterminé que ses forces le lui permettaient sur le moment. Il garda son subordonné en place d'une main sur la nuque, relâchant seulement la pression lorsque le jeune homme cessa de lutter et commença à répondre à son baiser. Il posa son front contre celui de son amant, le souffle court.

_ « J'ai juste besoin de toi pour me retenir si je me sens faible, murmura Mustang. Rien d'autre. »

Enfin, s'il pouvait voler quelques caresses au passage, Mustang ne s'en priverait évidemment pas – mais Edward n'avait pas besoin qu'il lui précise.

Cédant finalement en un soupir, Ed déboutonna son pantalon avant de le laisser tomber au sol, lui et son caleçon. Habitué aux automails de son subordonné depuis des années, se trouver face à toute cette peau le troubla plus qu'il n'osa l'admettre. Avant qu'il ne puisse réagir, comme le papillon attiré par la flamme, ses doigts se posèrent sur la clavicule du jeune homme, là où son automail avait jadis été vissé à son squelette. A part une légère variation de bronzage, la peau ne montrait aucun signe de cicatrice, ni à l'emplacement de la visserie, ni à la jonction entre la chair et l'acier. Même celle qui lui recouvrait jadis une partie du muscle pectoral avait été comme effacée. Il n'y trouva qu'une peau uniforme et un bouton de peau qu'il n'avait jamais vu jusque là – un attribut que la platine de son automail recouvrait normalement, si tant bien était que la transmutation humaine ne l'avait pas déjà emporté à ses onze ans.

Ses lèvres se remémorant avec délectation la topographie d'un tel bouton de peau, et de la réaction produite, ses doigts furent immédiatement attirés et glissèrent inexorablement vers le sud.

Comme électrisé par le contact, Edward s'éloigna promptement, maintenant ses distances d'une main fermement posée sur la poitrine du colonel. Il lui envoya un regard accusateur avant de grogner.

_ « Rien d'autre, hein ? »

Sortant difficilement de sa fascination et toujours un peu groggy, Mustang ne trouva pas de mots assez justes pour justifier son geste. Il se contenta de s'excuser faiblement avant de faire glisser son bas de pyjama le long de ses jambes et de se laisser guider sous la douche, une main au creux de ses omoplates s'assurant de son équilibre. La cascade d'eau chaude ruissela sur son visage de la plus délicieuse des façons et il laissa échapper un grognement guttural. Le jet puissant décapait chacun des pores de sa peau, retirant cette gangue putride qui l'emprisonnait depuis son réveil et le laissant, si ce n'est rafraichi, au moins un peu moins misérable.

Il soupira de contentement lorsqu'Edward profita de sa position pour lui appliquer une généreuse dose de shampoing et pour masser avec insistance son cuir chevelu. Les gestes lents de son amant faisant ensuite mousser le savon et massant ses muscles douloureux n'attisèrent en lui aucun désir sinon celui de vouloir passer sa journée ici, dans le cocon embué de sa douche.

Sa facture d'eau sur la sellette, Mustang dût cependant écourter leur interlude lorsqu'il sentit, comme la veille, son corps fatiguer rapidement devant cette station debout prolongée. Les médecins l'avaient prévenu de cette fatigue les premiers jours après sa sortie de l'hôpital, mais il n'en lâcha pas moins un grondement agacé devant ce handicap.

Ses genoux faibles et son équilibre tout relatif, Mustang se laissa guider vers le siège rabattu de ses toilettes. Il plongea sa tête tourbillonnante dans le creux de ses mains en lâchant un gémissement plaintif. Dieu qu'il en avait assez de cette situation. C'était comme un enfant diabétique dans un magasin de confiseries. Il avait quartier libre et de quoi acheter tout le magasin mais ne pouvait en profiter à cause de sa maladie.

_ « Tu as besoin de quelque chose ? demanda Edward en s'accroupissant en face de lui. Un verre d'eau ? des antidouleurs ?

_ Oui.

_ Oui pour quoi ? le verre d'eau ?

_ Les deux, grinça faiblement Mustang, soudain nauséeux. Dans le sachet. Sur le comptoir. »

Il n'eut pas la force d'indiquer le sachet en papier à quelques mètres de lui mais avait confiance en la capacité d'Edward pour tirer les déductions nécessaires assez facilement – il bénéficiait après tout de toutes ses capacités physiques et cognitives, lui. Une pointe de jalousie lui chatouilla le fond de la gorge avant d'être chassée par une nouvelle vague de vertiges. Fidèle à ses espoirs, il entendit Edward farfouiller dans le sac de provisions médicales avant de marquer une pause.

_ « La notice conseille de le prendre l'estomac plein, lui indiqua le jeune homme. Tu te sens de pouvoir manger quelque chose ? »

L'idée de faire passer quoi que ce soit de solide au-delà de sa glotte lui tira une grimace misérable.

_ « Ok, ok, le rassura Ed. J'ai vu des oranges dans le frigo. Tu saurais garder un peu de jus frais ? ou on reste sur le verre d'eau ? »

De toute évidence, Edward plaçait beaucoup trop d'attentes envers la forme presque liquide du cerveau du colonel – cerveau qui arrivait à peine à décider si l'air était encore une bonne chose pour lui, alors se positionner sur son système digestif… Il se contenta d'un grognement indéterminé.

En un soupir mi amusé, mi compatissant, Edward lui plaça l'antidouleur dans une main et le verre d'eau dans l'autre avec l'instruction d'essayer d'avaler son cachet le temps qu'il revienne, et de surtout rester assis là où il était. Vu sa forme fébrile, l'instruction était parfaitement superflue mais il se garda bien de lui faire remarquer, plaçant plutôt toute son énergie dans l'absorption du composé chimique sensé lui apporter un peu de répit. Il se redressa tant bien que mal avant d'avaler son cachet d'une traite.

Les pas du Fullmetal, anormalement discrets depuis qu'il n'avait plus d'automail, résonnèrent dans l'escalier quelques minutes plus tard avant que la silhouette de son amant ne réapparaisse furtivement dans l'embrasure de la porte. Edward n'avait pas pris la peine de sécher ses cheveux avant de descendre dans la cuisine, pas plus, semblait-il, qu'il n'avait pris la peine de s'habiller.

Soudain distrait de son état de déliquescence avancé, Mustang l'observa finalement pénétrer dans la salle de bain tel une apparition divine, ses gestes fluides et mesurés – et glorieusement nus. Attendri par l'état semi végétatif de son supérieur, mais loin de le prendre en pitié ou lui laisser profiter de la vue, Edward lui déposa une petite serviette de bain sur la tête. Ignorant ses protestations, il commença aussitôt un massage de son cuir chevelu au travers le tissu-éponge.

Bien vite, l'association de l'antidouleur, de l'ambiance tamisée sous la serviette et de la lente oscillation de sa boite crânienne sous le massage de son amant le firent tomber dans un état second.

Loin de sa léthargie maladive qui l'avait accompagné dès son réveil, la fatigue qui bourgeonna en lui se répandit dans ses veines et le remplit rapidement d'une douce chaleur. Il ferma les yeux, jurant un instant pouvoir sentir ses cils s'entrelacer comme des racines plongeant dans une terre riche et fertile. Ses épaules retombèrent et sa colonne vertébrale se liquéfia, si bien que seules les mains de son amant le retenaient encore en position verticale.

Modelant à sa guise le cadavre docile et malléable de son supérieur, Edward en profita pour lui refaire son pansement avant de le ramener dans sa chambre, l'installer sur le lit et le glisser sous la couette. Il parvint même à lui faire boire un verre entier de jus d'orange frais comme si celui-ci n'était autre qu'un élixir de jouvence.

Son cerveau éteignit la lumière avant que quiconque ne puisse lui révéler la supercherie.

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Lorsqu'il se réveilla au petit matin, la gueule de bois de la veille avait été miraculeusement remplacée par le doux sentiment d'avoir dormi juste ce qu'il lui fallait. De l'autre côté des épais rideaux de sa chambre, Central dormait encore, seuls quelques oiseaux ponctuant le silence matinal. Il s'étira lascivement, jubilant de se voir enfin libéré de la douleur et la fatigue écrasante qui l'avaient entravé jusque-là. A côté de lui, la respiration profonde de son compagnon s'interrompit momentanément avant de reprendre en un gémissement endormi.

Le bruit pourtant familier fit naitre en lui une chaleur qu'il n'avait pas eu la force de considérer depuis plusieurs jours. Le retour de cette faim primaire, et les picotements en son bas ventre qui l'accompagnèrent, le firent subitement saliver. La vue de son amant finit de raviver la braise de sa libido.

Toujours profondément endormi, Edward profitait pleinement de la taille royale du matelas et avait troqué sa position contenue pour un étalement complet de sa personne, les bras de chaque côté de sa tête et le nez enfoncé dans le doux matelassage de son oreiller. Délicatement, Mustang écarta les mèches folles qui s'étaient échappées de son éternelle tresse afin de dégager le visage du jeune homme. La blessure au niveau de sa tempe avait presque complètement cicatrisé mais la zone restait sensible, si bien que le plus léger des effleurements suffit à tirer Edward de son sommeil.

Il grogna de confusion avant d'ouvrir enfin les yeux.

_ « Bonjour. »

La salutation fût soufflée par le jeune homme qui s'étira dans la foulée, clairement inconscient de ce que cet étalage de lascivité était en train de faire gonfler chez son amant. Devant la forme cambrée de l'alchimiste, Mustang sentit les premières flammes du désir lécher sa paroi abdominale, la fumée assombrissant son regard et son attention focalisée sur le roulement des muscles devant lui.

Attiré comme un aimant par le plus pur des composés ferreux, Mustang ne put s'empêcher de toucher, s'émerveillant de l'ondulation de ces muscles tendus sur le squelette saillant de son amant. Celui-ci inspira sèchement, frémissant avec une telle force que Roy décolla aussitôt ses doigts sous la crainte de lui avoir causé de l'inconfort.

Après tout, Edward venait tout juste de récupérer ce bras et les signaux renvoyés à son cerveau n'étaient peut-être pas encore bien calibrés. Pour tout ce que Mustang savait, au vu de la réaction du jeune homme dans la salle de bain la veille, le moindre contact pouvait être interprété comme une torture.

_ « Pardon, s'excusa Mustang par réflexe. Je t'ai fait mal ? »

Edward bascula sur le flanc pour lui faire face, le souffle court et le regard de plus en plus noir.

_ « Nan, c'est juste que mon cerveau n'est pas habitué à recevoir des informations de ce côté. Tout est décuplé, et parfois c'est presque trop intense. »

L'information fut comme un bidon d'essence balancé sur le feu de son imagination et l'idée de voir Edward se tordre de plaisir sous ses caresses fit monter en flèche son désir. Il roula sur son amant dans la seconde qui suivit, écartant la couette de façon à pouvoir coller leurs corps nus, du bassin jusqu'à leurs épaules. Sous l'assaut soudain, Edward laissa échapper un grognement rauque que Mustang ne perdit pas une seconde à avaler, roulant son bassin contre l'érection naissante du jeune homme et profita de sa surprise pour introduire sa langue à la recherche de sa collègue endormie.

Ne résistant pas à la tentation, ses doigts migrèrent bien vite sur leur nouvelle aire de jeu pendant que sa bouche récoltait avec délectation les gémissements de son amant qui se tortillait sous lui de la plus délicieuse des façons. Prenant finalement pitié de ce dernier, il le laissa enfin prendre une inspiration d'air frais avant de reporter sa bouche le long de sa clavicule, passant sa langue sur l'os partiellement caché avant de refermer ses lèvres sur la peau délicate à cet endroit.

Incapable de rester immobile sous la torture, mais tout aussi incapable de se défaire du poids du colonel, Edward s'agrippa aux épaules de ce dernier et l'implora de multiples gémissements plaintifs – sans pour autant préciser s'il désirait un cessez-le-feu ou une exécution en bonne et due forme. Dessinant un chemin humide le long de son muscle pectoral frémissant, Mustang opta pour la deuxième option avant de refermer ses lèvres sur le téton droit du jeune homme.

Celui-ci se cambra, comme frappé par la foudre, avant de renverser leur position en un geste fluide. Figé devant la force de sa réaction, Mustang craignit un instant avoir fait basculer l'alchimiste sur la pente vertigineuse de son orgasme. A moitié assis au-dessus de lui, Edward était parfaitement immobile, seule sa respiration erratique trahissant son état extrême d'excitation. Caressant les flancs frémissants de son amant, Mustang baissa les yeux sur leurs deux érections ainsi pressées l'une contre l'autre, qui reposaient lourdement sur son ventre luisant de sueur.

Une fois ses esprits retrouvés, Edward releva vers lui des yeux noirs de désir et Mustang sut qu'il allait être profondément embrassé en représailles avant même que le jeune homme ne franchisse la faible distance qui séparait leurs visages. Il accepta sa punition avec dignité – jusqu'à ce que ses mains ne glissent naturellement vers la taille de son amant, puis vers ses hanches, et reposent enfin sur deux poignées pleines d'un fessier tout à fait remarquable.

Grognant dangereusement, Edward se redressa tel un officier sur sa monture, une main fermement serrée sur les rênes de son plaisir. Toisant son supérieur plusieurs secondes, Ed s'humidifia rapidement les doigts avant de se contorsionner en un arc digne d'une statue de marbre. Fasciné, Mustang l'observa se préparer, la tête basculée en arrière et l'expression figée sous la concentration. Distrait par l'exposition de luxure offerte à lui, Mustang se souvint de justesse qu'ils se trouvaient chez lui, dans sa chambre et disposaient en conséquence de tous ses équipements. Il agrippa les cuisses du jeune alchimiste avant de lui indiquer l'emplacement d'un accessoire indispensable.

_ « Tiroir du haut. Tube bleu. »

Edward marqua un temps d'arrêt avant de s'étirer au travers du lit, laissant le colonel soutenir une partie de son poids alors qu'il fouillait ledit tiroir. Il jeta le tube sur la poitrine de son supérieur avant de se rasseoir sur le sexe incandescent de ce dernier.

La pression soudaine sur son membre fut comme un coup de pieds dans la ruche de son désir. Fermant les yeux sous la chaleur moite et pleine de promesses et ignorant les milliers d'abeilles qui bourdonnaient entre leurs deux corps, Mustang se força à respirer profondément. Lorsqu'il rouvrit les yeux, figé sous la peur de finir la course comme un adolescent, Edward le regardait patiemment, un sourire narquois lui étirant les lèvres. Au bout de plusieurs secondes de silence, Ed reporta son attention sur le petit tube de lubrifiant avec un haussement de sourcil lourd de sens.

_ « Je vais faire tout le travail, tu peux au moins te charger de ça.

_ Volontiers. »

Sa voix, normalement suave dans ce genre de situation, avait pris une teinte râpeuse sous l'excitation et l'impatience de pouvoir sentir cette chair bouillante et horriblement douce se refermer autour de lui. Il répandit une dose généreuse de lubrifiant sur ses doigts avant de contourner les hanches de son amant. Celui-ci avança son bassin pour lui donner un accès plus aisé, grognant de plaisir lorsque Mustang inséra un premier doigt.

Prenant appui sur la tête du lit, Edward chercha rapidement plus, ses hanches ondulant imperceptiblement et son érection frémissant à quelques centimètres du visage de son supérieur. Le mouvement attira immédiatement son attention et la vue de cette chair luisante de plaisir lui donna soudain faim.

Il rajouta un doigt dans l'espoir de voir cette dernière arriver à portée de bouche et Edward avala un hoquet de plaisir, courbant l'échine et baissant la tête vers son amant. Il dût y reconnaitre l'expression affamée de ce dernier car il l'implora immédiatement.

_ « Pas maintenant, je t'en prie. »

Ses yeux n'arrivant pas à se détacher de l'offrande, Mustang ne put empêcher sa langue de venir humidifier ses lèvres, anticipant déjà le contact avec la peau délicate à quelques centimètres. Il recourba son majeur, testant l'élasticité de l'anneau frémissant avant d'y plonger un troisième doigt avec allégresse, jubilant déjà à l'idée de voir Edward projeter son bassin en avant sous l'extase.

Mais contre toute attente, son poignet fut violemment délogé et ses doigts éloignés. Loin de se retrouver capturé par ses lèvres avides, le sexe gonflé de son amant s'éloigna subitement tandis qu'Edward réajustait ses appuis un peu plus bas sur le lit. Sa déception lui arracha une protestation qui fut vite réduite au silence lorsqu'Edward se contorsionna pour le guider en lui.

Crispé par l'empressement, Ed s'empala sur son supérieur en un gémissement saccadé, partagé entre le plaisir de se joindre enfin à son amant et l'inconfort de cette première intrusion. Mustang pour sa part avait basculé la tête en arrière, incapable de regarder la scène plus longtemps et savourant la pression perlée qui engloutissait son membre hypersensible. Assis complètement sur le bassin du colonel, Ed resta immobile plusieurs secondes, son ventre pris de spasmes délicieux et son souffle erratique.

Caressant les hanches de son subordonné d'une façon plus réconfortante qu'aguicheuse, Roy tenta de calmer sa respiration afin de s'éloigner lui aussi de la crête de son orgasme. Ils ne dureraient pas longtemps, mais cette certitude ne l'empêcha pas de chercher à faire durer ce moment de communion le plus longtemps possible, de savourer la chaleur de son amant autour de lui, son poids ferme sur son bassin, ses mains crispées sur sa poitrine et cette expression de concentration béate qui lui illumina le visage lorsqu'il commença à se redresser sur ses appuis, le sexe du colonel glissant hors de lui en un son humide tout à fait décadent.

Après deux lents aller-retours sur toute la longueur de son membre, Edward imposa un rythme plus efficace, gardant le colonel à la limite de son intimité. Au bout de plusieurs passages au travers cet étranglement exquis, Mustang comprit que son subordonné n'avait pas en tête de leur faire courir un marathon. Conscient de ses propres limites et saluant ce choix, il monta à bord du train emballé de leur ébat.

Bien décidé malgré tout à voir venir son subordonné en premier avant que son orgasme ne l'aveugle et l'empêche d'enregistrer quoi que ce soit, le colonel plaça son poing toujours humide autour de son amant et appliqua un mouvement de va-et-vient bref et efficace. Leur respiration haletante prenant une teinte bien plus désespérée, Mustang se sentit presque basculer plusieurs fois avant de se reprendre de justesse. Mais sa volonté s'étiolait rapidement à mesure qu'Edward se laissait tomber sur lui, le corps tendu comme un arc bandé et la peau couverte de sueur. Il ferma les yeux un instant.

Soudain, Edward laissa échapper un hoquet étranglé et Roy ouvrit les yeux juste à temps pour voir son amant se figer au-dessus de lui, son visage crispé sous l'intensité de son orgasme. Son bassin s'immobilisa et son intimité se resserra sur lui comme la plus délicieuse des entraves. Malgré l'envie primaire de saisir à deux mains ces hanches afin de leur imposer de nouveau ce rythme effréné, combinant la vitesse à la pression exquise qui le comprimait avec force, Mustang resta concentré sur le plaisir de son compagnon. Tandis que celui-ci répandait une patine de décadence sur son ventre, Roy continua sa caresse sur la chair pulsant sous ses doigts jusqu'à ce qu'Edward ne gémisse sous l'intensité et réclame sa libération en un baiser passionné.

Agressant presque la bouche de son supérieur, Ed remit en marche la locomotive infernale de son orgasme, imposant un rythme implacable à ses hanches. Mustang grogna sous les agressions impitoyables de son amant avant de se faire submerger par son plaisir qui dévala la pente de son orgasme en une dangereuse avalanche. Il s'agrippa aux hanches de son amant, faible devant le déferlement de plaisir qui lui fit rompre le baiser et le courba en deux sur le matelas jusqu'à ce que son front de vienne rencontrer l'épaule du jeune homme.

Lorsque la fumée de son extase se dissipa et que son corps cessa de frissonner sous la puissance de son orgasme, Mustang rouvrit les yeux pour tomber nez-à-nez avec son amant qui le regardait attentivement, l'air vaguement inquiet.

_ « Ça va ? »

Il laissa échapper un rire essoufflé en enfonçant sa tête dans l'oreiller. 'Ça va' était bien faible pour décrire la plénitude qu'il ressentait en cet instant, couvert de sueur et toujours intimement lié avec son amant. Il laissa le sourire béat répondre à la question – avant de rajouter :

_ « Je t'avais dit qu'on n'avait pas besoin de faire ça debout. »


Après l'effort du chapitre précédent, le réconfort - ou bien une bonne grosse dose de chantilly avant de poser la cerise finale au prochain chapitre !

Merci encore pour vos commentaires et à très bientôt ;)

Des gros poutoux.