Time after time. Cut after cut. Every word you say is a bullet in my heart.
Merci à :lyloo0145 qui a encore relu mon chapitre. Et aux quelques personnes qui ont pris le temps d'écrire quelques mots sur le derniers chapitres, je n'aurai jamais assez de mots pour vous remercier.
That's a sick world :Le quotidien a changé pour beaucoup du jour au lendemain. J'entends les récits de confinement, de télétravail et de chômage technique. La douleur de ne plus pouvoir sortir, de ne pas pouvoir voir ses proches. Ironie du sort, pour moi rien n'a changé, je continue à travailler et je ne sortais plus que pour mes besoins vitaux depuis déjà longtemps. Je m'en sortirais toujours, n'est ce pas ? Le monde peut bien s'écrouler, je resterais debout jusqu'à la fin. C'est ma malédiction. Je suis vouée à gagner même quand je voudrais désespérément perdre.
Bonne lecture.
C'est ton nom que je crains
Septième chapitre
Espoir
Je rassemble mes vêtements épars et les enfile en silence. Je le regarde faire de même du coin de l'œil, nos regards se croisent et un lent sourire étire ses lèvres. Je me réinstalle dans le fauteuil, il reste debout à mes côtés, indécis.
« Tu veux en parler maintenant ? »
Je secoue la tête, savoir qu'on doit le faire ne veut pas dire qu'on doit le faire immédiatement. Je ne suis pas prêt et nos non-dits peuvent attendre, ça fait dix ans qu'ils attendent. Non, il est venu pour une raison précise et comprendre les événements des derniers jours me paraît plus important.
Il a l'air soulagé et je ne peux que comprendre. Ce ne sera pas une conversation facile, je le sais aussi bien que lui. Il se rassois face à moi et j'essaye de mettre de l'ordre dans mes pensées. C'est finalement lui qui brise le silence.
« Tes visions, ça a commencé quand ?
- Il y a trois jours.
- Juste après qu'on se soit vu ? »
J'acquiesce en silence. Effectivement, je n'y avais pas pensé. J'évite soigneusement de repenser à cette nuit, on s'est déjà laissé emporter une fois de trop ce soir. J'ai besoin de trouver des réponses pour le moment.
« Tu étais étrange ce soir là. »
Je penche la tête, cette journée est assez floue dans ma tête. Ce n'était qu'une journée ordinaire de plus, rien d'important, ni de marquant, en dehors de sa venue. En dehors de ses mots qui me hantent encore. Pourquoi a-t-il fallu qu'il le dise ?
« Tu avais oublié mon message et tu as cru que je débarquais à l'improviste. Ça ne te ressemble pas. Tu étais en tenue décontracté et ça n'était jamais arrivé.
- C'est vrai, j'avais oublié ça.
- Tu as oublié quoi d'autre ? Raconte moi tout de ta journée. »
Je commence mon récit, c'était une journée tout à fait ordinaire. Pas de commande étrange, ni de client suspect, tout était parfaitement banal et ennuyeux. Il m'écoute en silence, finalement j'arrive au moment où je ferme la boutique.
Je me revois répondre à son message et ensuite rien, le noir total. J'ai beau fouiller ma mémoire, je me revois dans le Manoir par la suite mais entre les deux rien, le néant. Pire encore, je me rends compte que ce n'est pas la première fois que je m'interroge sur cette perte de mémoire.
« J'ai peut être un moyen de t'aider à te rappeler. Tu as confiance en moi?
- Oui, entièrement. »
J'ai répondu sans la moindre hésitation. Il me jette un regard, mélange de surprise et d'une sorte de fierté. Sa surprise me fait mal, me rappelle les erreurs que j'ai commise dans notre relation. Pourtant c'est un fait, j'ai une confiance absolue en lui.
Je sais qu'il ne fera jamais rien qui puisse me blesser, qu'il ne tirera jamais avantage de mes faiblesses, qu'il ne cessera jamais de m'accepter tel que je suis. Cette confiance, on l'a construite avec le temps, petit à petit.
Un secret à la fois, une blessure après l'autre, chaque confidence, chaque étape dans notre relation a mené à celle-ci. Je peux fermer les yeux et sauter sans crainte auprès de lui parce que je sais avec une certitude inébranlable qu'il me rattrapera. A chaque fois.
J'ai foi en lui, en cette folie qui nous traîne depuis déjà dix ans. Une foi sauvage que rien n'altère, ni le temps, ni les épreuves. Il n'y a pas d'agenda secret, d'attente cachée, il n'y a que la vérité. Alors, oui, je lui fais confiance comme je n'ai jamais fait confiance à personne.
« Il faudra que tu me confies tes souvenirs de cette journée, je vais les examiner dans une pensine et essayer de comprendre ce qu'il s'est passé, d'accord ? »
J'acquiesce et il m'explique la procédure. Je pose la baguette sur ma tempe et me concentre sur cette journée. J'extrais les souvenirs avec délicatesse, essayant de ne pas faire d'erreur. Quand j'arrive au moment qu'on a passé ensemble, un autre souvenir remonte à la surface.
J'essaye de le chasser en vain, je ne peux qu'espérer qu'il ne se mêlera pas aux autres. Je fais glisser les derniers souvenirs dans une fiole. Je la referme et l'observe un instant. Les filaments argentés s'agitent doucement derrière le verre.
Je tiens dans la main mes propres souvenirs et je m'apprête à les confier à quelqu'un. L'intimité de la chose me submerge, je le laisse littéralement entrer dans ma tête et pourtant je n'ai aucune crainte. Je lui tends la fiole et il entoure ma main des siennes sans la prendre. Il me regarde droit dans les yeux.
« Je ferais tout pour t'aider, Draco, je te le promets. »
Sa voix est déterminée. Il se penche et m'embrasse rapidement. Juste un baiser pour sceller sa promesse, pour m'assurer qu'il le fera, qu'importe les conséquences. Il prends la fiole et il transplane.
Je devrais lui en vouloir d'être parti ainsi mais au fond je le comprends. On a déjà craqué une fois ce soir, s'il était resté plus longtemps, ça n'aurait rendu les choses que plus douloureuses. On s'est plus vu en une semaine qu'au cours des derniers mois et c'est perturbant.
C'est plus facile de se mentir quand on n'a pas un rappel constant de ce à quoi on renonce. Entre son devoir et ce qu'il désire, il est toujours partagé. Dilemme impossible, on ne peut décemment pas demander à quelqu'un d'ignorer ce qu'il ressent, c'est pourtant ce qu'on exige de lui.
Alors je ne le juge pas, je ne l'ai jamais fait. Ce n'était pas sa faute, qu'importe à quel point j'ai voulu le croire. On a jamais été deux dans cette histoire en réalité. On était trois et si j'ai accepté ma part de responsabilité, qu'il assume son choix, la vérité c'est qu'on souffre par sa faute à elle.
Je suis revenu, j'hésite encore à rentrer mais je suis revenu. Harry n'a peut être pas été surpris de mon geste mais moi si. Il a toujours vu en moi ce que personne d'autre ne voyait. Il ne m'a jamais demandé de m'expliquer pour mon passé de Mangemort parce qu'il savait.
Il m'a simplement dit qu'il ne voulait plus vivre dans l'ombre de ceux qu'on était. Et il savait que je reviendrais parce qu'il sait qui je suis. Il voit le meilleur en moi quand je ne vois que le pire. Je continue à me dire que je ne peux pas faire le bon choix. Que face aux difficultés je tournerais les talons.
Qu'importe que ce ne soit plus vrai depuis longtemps, qu'importe que j'ai choisi de la sauver et de l'aider, une part de moi s'en étonnera toujours. Se dira toujours que je vais merder et la blesser. Alors je me dis que je ne veux pas l'aider, que je ne suis pas la bonne personne.
Parce que si j'échoue au moins j'aurai une excuse, je n'aurai pas à affronter mon échec. Je l'aurai choisi. Je m'approche de la porte, à travers la vitre je la vois me faire un signe m'invitant à entrer. Il y a tant d'espoir dans ses yeux bleus. Je ne veux pas être celui qui lui prendra.
C'est le problème quand tu en as quelque chose à faire, quand tu t'impliques. Et c'est ce qui me terrifie. Je ne veux pas être celui sur lequel tu comptes parce que j'ai trop peur de te décevoir, de ne pas être celui que tu espérais. Je m'installe sur le fauteuil à ses côtés.
Physiquement elle a déjà l'air en meilleur état que la veille, les plus petites cicatrices ont disparu et les plus importantes sont moins visibles. Je m'apprête à prendre la parole mais elle m'arrête d'un geste.
« Ils m'ont dit … Pour la magie je veux dire. Pourquoi tu ne m'en as parlé ? »
Je sors ma baguette et joue avec, mal à l'aise. Son ton n'est pas accusateur, plutôt perplexe. Elle a penché la tête et me dévisage avec curiosité, attendant ma réponse pour savoir comment réagir.
« Je ne savais pas comment aborder le sujet. J'ai grandi en sachant qu'elle existait, j'avais peur de ne pas trouver les mots pour l'expliquer. Et je me suis dit que tu méritais une journée pour penser à toi, pour prendre soin de toi avant qu'on bouleverse à nouveau ton univers. »
Je hausse les épaules. Elle fronce les sourcils, semblant évaluer si ma réponse est sincère ou non. Finalement elle pousse un profond soupir et lance un regard en direction de ma baguette. Elle tend la main et je la laisse la prendre.
« Je me demandais à quoi ça pouvait te servir hier mais je n'ai pas osé poser la question. Je crois que je comprends ce que tu veux dire. »
Elle l'observe un instant en silence, la soupesant et la faisant rouler entre ses doigts fins. On jurerait que ce n'est pas la première fois qu'elle en tient une. Finalement, elle finit par me la rendre.
« On m'a dit que je pourrais sortir d'ici quelques jours. Ils sont en train de chercher une famille de sorciers prête à m'accueillir.
- C'est ce que tu veux aussi ? »
Elle semble mal à l'aise, son regard s'est fait lointain. Ses doigts pianotent nerveusement sur les draps. Quand elle reprends la parole c'est d'une voix faible mais déterminée.
« Non, je ne veux pas vivre avec des inconnus. »
Elle avance sa main vers la mienne et je la laisse la prendre. Je serre sa main pour l'encourager à poursuivre. Je devine les mots qui vont suivre et si ça me fait peur, je suis prêt à l'entendre. Je lui adresse un sourire d'encouragement.
« Tu es le seul en qui j'ai confiance pour le moment, Draco. Mais si toi ou ta famille ne voulez pas, je comprendrais.
- Je veux bien. »
Les mots sont sortis tout seuls et je suis surpris de réaliser que je les pense. Elle souri, le soulagement est visible sur ses traits. Elle se rembrunie quasi immédiatement pourtant.
« Et ta famille, tu es sûr qu'ils seront d'accord ? »
Une pointe douloureuse me serre le cœur. Elle semble si sûre que j'ai une famille. La vérité me brûle de l'intérieur. J'ai bien des nouvelles de Blaise ou Théodore parfois, quelques lettres, un dîner de temps en temps et il y a bien sûr Harry, mais ça fait longtemps que je n'ai rien eu s'approchant d'une famille.
« Ne t'en fais pas pour ça. Je vais demander à l'Auror si c'est possible, d'accord ? »
Elle accepte avec enthousiasme et je me détourne encore mal à l'aise. J'aurai pu attendre pour poser la question mais j'ai besoin de prendre l'air. Je ne me sens pas prêt à parler de mon absence de famille. Je ne veux pas montrer mes faiblesses devant elle, elle a besoin que je sois fort.
Elle risque de le savoir bien assez tôt de toutes façons. Et il y a autre chose, quelque chose que je n'ose qu'à peine m'avouer. Cet espoir fou qu'elle et moi on puisse être la famille dont on a besoin. Je n'ai jamais voulu d'enfant mais quand je la regarde …
Je veux la voir s'en sortir, je veux être là pour elle, la protéger contre ceux qui voudraient la blesser encore et l'accompagner vers la guérison. Je n'avais jamais ressenti ça, jamais ressenti ce désir profond de prendre soin de quelqu'un d'autre.
Non je n'ai jamais voulu d'enfant mais quand je la regarde, j'ai envie d'être le parent dont elle a désespérément besoin.
A suivre ...
Posté le 17 mars 2020 à environ 5h20.
J'espère que vous allez tous bien et que ce chapitre a pu changé les idées à ceux qui en auraient besoin pendant cette période compliquée. En espérant avoir quelque retours de votre part.
Merci de continuer à me lire.
Mary J. Anna.
