Chap. 27 Sacrilege || Yeah Yeah Yeahs

De retour parmi mes hommes, je les saluais un peu gauchement, sentant le rouge me monter aux joues. C'est ce que se passe lorsqu'on est aussi pale ! Je laissais retombais ma main rapidement, me sentant encore obligée de me racler la gorge pour masquer ma gêne. C'est une situation embarrassante pour tout le monde, ils pourraient se montrer un peu plus compréhensifs en agissant comme si de rien n'était… Heureusement, Kisame apparut juste derrière moi, posant son énorme main sur mon épaule et s'exclamant avec entrain qu'il avait hâte de voir comme Tadao se débrouillait avec les rations alimentaires qui nous restaient.

Tadao ne se fit pas prier pour se lancer dans une explication détaillée de son mode opératoire pour les rendre moins détestables, m'adressant discrètement un signe de tête encourageant. Je ne pense pas que ce soit uniquement pour m'accueillir parmi eux après ma brève absence. De ce que j'ai pu voir, il est plutôt du genre à verbaliser ce qu'il pense, contrairement à la plupart des membres de cette organisation, ce qui est, notons le, un changement très agréable. Hum… Je ne sais pas vous, mais il y a quelque chose qui sent mauvais. Je cherchais Fuhito des yeux et le trouvait déjà allongé sur un de nos sacs de couchage de fortune, un bras sur ses yeux pour se plonger artificiellement dans le noir. Ouf, au moins, ce n'est pas avec lui. Je n'allais pas le blâmer de tenter de se reposer, il était autant secoué que moi. Quelle situation catastrophique…

Je m'avançais près du feu et retint de justesse un glapissement lorsqu'une main m'attrapa par la ceinture et me força à m'asseoir brutalement à même le sol.

- Non mais ça va dit ? Tu pouvais aussi me le demander ! - m'offusquais-je en fusillant du regard Itachi. Je ne sais pas comment il fait pour rendre être aussi inexpressif même avec mes traits, à croire qu'il ignore vraiment comment bouger les muscles du visage. En revanche, au niveau des regards assassins, il s'en sort comme un petit chef. Je me ferai presque peur. - Quoi ? Tu vas encore me reprocher d'être la cause de tout ça ? Eh ben c'est vrai. On peut avancer maintenant ?

- C'est à demander qui est le plus agressif de nous deux.

Mon dieu, Itachi qui se moque. On aura vraiment tout vu. Le monde n'a plus aucun sens en ce moment, on ne sait plus qui est qui. C'est moi ou il sourit ? Mais si, c'est bien un sourire en coin que je distingue à la lueur dorée du feu ! Donc il sait effectivement utiliser les muscles faciaux, il nous ment depuis le début ! Aha, mon corps l'influence donc plus qu'il ne pense, il est quand même plus expressif que d'habitude ! Je m'installais en tailleur et lui renvoyais la balle, appréciant ma petite découverte.

- Oh, arrête de jouer au plus malin avec moi. Qu'est-ce qu'il y a ?

- J'ai réfléchi à ton idée. Elle n'est pas idiote.

- Ravie que tu le reconnaisse. Et du coup ? Comment procède-t-on ? On se raconte nos épreuves respectives, on pleure dans les bras de l'autre, on en appelle à la mémoire corporelle ?

- Je pense qu'il est possible que je te montre, tout simplement.

- Heu… Je ne veux pas mourir, merci.

- Tu n'as pas confiance en moi ?

Je me contentais de hausser un sourcil, surprise qu'il ose utiliser cet argument avec moi. Se retrouver dans mon corps ne lui réussissait pas. C'était une excellente question, cela dit. Pouvais-je parler de confiance envers lui ? Certes, je le respectais et je l'admirais même par certains aspects. Cependant… Il restais un assassin renégat. Peut-on vraiment parler de confiance dans ce genre de cas extrême ? Et cela s'applique aussi aux autres. Oui, je leur faisais confiance jusqu'à une certaine mesure pour me garder en vie, aussi longtemps que cela servirait leurs intérêts bien sûr. Confiance en général…

- Si.

Ma réponse sobre et ferme fit grandir son sourire. Il se pencha vers moi et laissa sa tête se poser sur mon épaule, me prenant une nouvelle fois de court. Mais ils me l'ont drogué ou quoi ?

- Tu te sens bien ?

- Beaucoup mieux depuis qu'ils ont allumé ce feu. Je suis transi de froid depuis notre arrivée ici. C'est affreux, j'ai l'impression d'avoir les os gelés.

- Oh… Je suis désolée. C'est vrai que tu es froid.

- Je suis disposé à te pardonner si tu restes près de moi. Tu irradies de chaleur.

- C'est fou… Je ne pensais pas que les différences entre nos deux clans iraient si loin.

- Le chakra est une chose spéciale.

- Hum… Oh ! Je t'ai fait mal tout à l'heure ?

Itachi devait avoir épuisé son quota de mots car il se contenta de lever un de ses bras. Comme il le maintint à hauteur d'yeux de manière insistante, j'en saisis l'avant-bras et observais son biceps. En découvrant les marques de brûlure, je lâchais un sifflement impressionné.

- Ah oui, quand même ! Tu as encore mal ?

- Zetsu a appliqué un onguent.- il retira son bras tout en continuant à voix plus basse sur un autre sujet que sa douleur. Je dus me concentrer pour comprendre ses mots. - La douleur m'a réveillé. J'ai réagi de manière puérile. J'en suis désolé.

Ses excuses inattendues me laissèrent sans voix. Nous allions progresser bien plus vite que prévu si je n'avais pas à me battre pour qu'il m'écoute. Quel petit miracle ! Avec sa coopération, nous avions bien plus de chance de résoudre cet énième problème rapidement. J'imagine que je ne suis pas la seule à vouloir retrouver mon corps au plus vite, surtout après que certains besoins physiques primaires aient exigé d'être assouvis. Je souris et émis simplement un son d'assentiment, ne me faisant pas confiance pour ne pas sauter sur l'occasion de le taquiner. J'aurais d'autres occasions.

- Alors, comment procède-t-on ? On attend demain ?

- J'aimerai autant attendre de retrouver tout le groupe. Je préfère avoir l'assistance d'autres érudits et familiers du mode de fonctionnement des pupilles. Et si nous nous perdons encore davantage…

- Tu penses qu'on pourrait perdre complètement l'esprit ?

- C'est une possibilité. Et elle implique qu'on nous immobilise au plus vite si elle se produit. Avec nos capacités respectives, nous pourrions causer des dégâts terribles.

- Si soucieux de la sécurité des autres, c'est beau… J'en verserai une petite larme.

- Suzuki… Parfois, le silence est la seule réponse à choisir.

C'était bien mal me connaître de penser que j'allais choisir le silence en seule réponse. Cependant, pour ne pas jouer avec ses nerfs déjà bien secoués, je me contentais d'un petit ricanement avant d'observer tranquillement le feu crépiter.

Nous voyant calmes et pensifs, les autres membres de notre petit groupe se rapprochèrent chacun à leur tour, sauf Fuhito, qui s'était endormi. Tadao vint s'installer de mon côté, laissant Kisame s'asseoir près d'Itachi et Zetsu se poser en tailleur en face de nous. Je jetais un regard froid vers le dernier sans rien dire, imitant de mon mieux le fameux dédain Uchiha. Il avait joué et perdu, j'étais maintenant en colère contre lui et surtout déçue par son attitude. Je ne le pensais pas si égoïste. Qu'il fasse passer la réussite de ses missions avant notre bien-être… Bon, certes, nous parlions là d'un ninja renégat. Je ne pouvais pas non plus lui en vouloir de mettre la réussite de sa mission dans ses priorités : mais essayer de me manipuler pour quoi, toucher une prime à la fin du mois ? Juste pour de l'argent ? Je le pensais au-dessus de ça.

L'homme planta ses yeux dans les miens, le visage fermé. Un rictus déforma ma lèvre supérieure sans que je ne puisse le maîtriser. Itachi était donc plutôt dans le style grimaçant quand il ne se maîtrisait pas… Intéressant. J'aimerai avoir un miroir à ma disposition pour voir ce que ça donne, si c'est aussi impressionnant que son visage de marbre. Sûrement, connaissant le personnage… Zetsu tiqua et montra les dents. Malheureusement, comme il était de l'autre côté du feu, je n'arrivais pas à savoir s'il se préparait à se jeter sur moi ou non.

-Eh bien, j'avoue compter cette mission comme l'une des plus expéditive et particulière auxquelles j'ai pu participer. C'est coutumier ? - intervint Tadao l'air de rien, sentant le pugilat arriver. Les réponses tardèrent à arriver et étrangement, ce fut Itachi qui se dévoua pour lui fournir la première.

- On frôle toujours l'absurde.

- Disons qu'on a dépassé le stade des missions de rang A, donc ça ne laisse que celles dont personne ne veut : les missions suicides.

- Le pire, ce sont les exposés de mission. - Zetsu parlait d'une voix neutre, je le vis s'installer plus confortablement. Bien. Je n'avais pas envie de me battre avec lui ce soir, pas avec le corps d'Itachi. Pour un peu que nous nous égorgions mutuellement… - Plus c'est dangereux, plus on se demande comment les gars en face en sont arrivés à là. On arrive à des triples murs de soldats, des armes improbables, des personnalités hors-du-commun…

- Non, le mot que tu cherches, c'est « prétentieuses ». On se tape toujours un mégalo qui compte asservir le monde sans se rendre compte que c'est crevant, de gérer le monde, et qu'il ferait tout aussi bien de tout faire cramer vu la patience dont il dispose déjà pour gérer ses affaires.

- J'ai l'impression que vous parlez d'expérience, Hoshigaki-san.

- J'ai eu le temps d'en rencontrer, crois-moi. Et je ne parle pas que des mecs qui se sont fait bannir de leur village. On en connaît tous, des politiciens et des hommes d'affaires véreux.

-Malheureusement… Nous sommes obligés de faire avec. Il ne faut pas oublier ceux qui sont encore honnêtes. On ne peut pas abandonner les civils, n'est-ce pas ?

- Ah, t'es pas encore devenu si cynique que ça si tu y crois encore… Pour un jônin, c'est rare. En général, l'envers du décors te dégoûte.

- Le sens de devoir m'incite à continuer sur cette voie, même si je n'aime pas ce que j'y trouve.

- Ouais… Le sens du devoir. Regarde où ça nous amène.

La voix de Kisame sonnait étrangement dure, pleine de ressentiment. Je ne pensais pas qu'il regrettait son statut de renégat. D'ailleurs, je ne sais même pas ce qui l'a poussé à renier son village et à embrasser la vie de criminelle.

Je tournais la tête vers Tadao, attendant sa réponse qui ne venait pas. Il semblait troublé. Ayant pu apercevoir ce qui se cachait derrière ces grands yeux bleus, je me doutais qu'il comprenait la position de Kisame et pouvait même se mettre à sa place. Et pour être tombé amoureux d'un clone à la personnalité tirée du mélange de celles de neuf criminels… Il faut bien qu'il sache parfaitement ce qui pouvait amener un ninja à renier son serment et son village.

- Que regrettez-vous le plus, Hoshigaki-san ?

- Ouh, les discussions au coin du feu, ça appelle les confessions, hein ? Il ne manquerait plus qu'on fasse le tour du cercle, pas vrai Zetsu ?

- Je n'appartenais à aucun village, je n'ai pas de confessions à vous offrir sur le traitement des ninjas.

- Ah bon ? - m'étonnais-je à haute voix, ignorant les regards de confusion des hommes, qui disparurent bien vite. Vraiment, Itachi gagnerait à s'exprimer un peu plus souvent, juste pour que les gens ne soient pas surpris d'entendre le son de sa voix lors de nos discussions. Zetsu ramena une de ses jambes devant lui et appuya négligemment sa joue contre celle-ci après avoir haussé les épaules.

- Eh non, ça arrive. Entre les clans, les organisations, les orphelinats, les sociétés secrètes, les expériences… Appartenir à un village n'est pas l'option par défaut pour devenir ninja. Je suis mon propre maître, je choisis à qui je vends mes services.

- L'Akatsuki vous paye un salaire ?

- Bien sûr. On n'agit pas par pure bonté d'âme ou par conviction. Il faut bien qu'on ait une compensation pour les peines qu'on se donne.

J'apprenais quelque chose. C'était logique, finalement. Et ça expliquait mieux pourquoi les membres râlaient autant après Kakuzu et ses décisions concernant l'argent des missions. Je hochais la tête et redevins muette, me concentrant sur la fraîcheur bienvenue de mon corps contre celui d'Itachi, qui ne bougeait pas d'un pouce. Surprise, je baissais les yeux vers lui et le trouvais endormi, blotti contre moi.

- C'est vraiment bizarre. - résuma pour nous tous Tadao alors que tous les regards se posaient sur lui.

- Heureusement, ça ne devrait pas durer. - lui répondis-je en manœuvrant doucement Itachi pour l'installer contre mon torse, où il serait plus à l'aise. Je posais ensuite mon menton sur le haut de son crâne et repris d'une voix assurée. - Je vais tout faire pour. On attend d'être entouré de tout le groupe pour essayer notre idée, si ça tourne mal, il vaut mieux que nous soyons rapidement pris en main.

- Messieurs… Y verrez-vous un inconvénient si je vous accompagne ?

- Tadao, même si tu es sympa, tu restes un jônin du village de la Cascade. On ne peut pas prendre le risque de t'emmener avec nous. - s'excusa presque Kisame, l'air sincèrement navré de devoir lui refuser sa demande.

- Alors je le renie. - déclara sereinement Tadao, le regard droit et clair, le visage ouvert. Il se tourna vers moi alors que je m'exclamais qu'il ne pouvait pas faire ça : son sourire assuré me tira un rougissement violent et me rendis muette. Comment refuser quoi que ce soit à ces yeux ?

Les hommes, restés muets de stupeur, échangèrent un regard confus. Personne n'avait vu ça venir. Tadao ne pouvait pas changer de camp aussi aisément, pas quand il parlait du sens du devoir envers son village quelques minutes auparavant ! Depuis quand prévoyait-il de partir ? Et même s'il prenait le dangereux statut de renégat, allait-il pour autant rejoindre les rangs de l'Akatsuki ? Avait-il seulement conscience de la profondeur du bourbier où il comptait mettre les pieds ?

- Même si tu le renies, tu-

- Ne vous inquiétez pas. Les mots de Hoshigaki-san ont résumé une longue réflexion qui me préoccupait depuis quelques mois. Je ne peux plus œuvrer pour mon village. J'ai trop de ressentiment envers ses dirigeants et plus assez d'amitié pour mes compatriotes pour accepter d'endurer les vexations et les humiliations qu'ils me font vivre. J'ai accompli mon devoir. Et la sagesse populaire ne dit-elle pas que soit on meurt en héros, soit on survit assez longtemps pour devenir un monstre ? Je pense être en train de vérifier cette maxime.

- Tadao, tu ne vas pas rejoindre l'Akatsuki sur un coup de tête.

- D'autant qu'on recrute nos membres. On n'accepte pas vraiment les candidatures spontanées.

- Tu te rends comptes de ce que ça signifierait ?

- Je ne fais pas ça pour l'Akatsuki, mais pour toi, Suzuki. J'ignore le but de votre organisation, messieurs, mais je sais que le projet de rebâtir un clan oublié est plein de noblesse. Je me mets au service de Suzuki. Considérez-moi comme vous pourriez considérer un de vos intermédiaires. Zetsu, en tant que maître espion, vous devez être familier de ce concept. Et pour le bien de son objectif, je n'ai aucun intérêt à trahir la position de l'organisation dont elle fait momentanément partie.

- Tadao, tu es fou… - murmurais-je en l'observant avec de grands yeux paniqués, incapable de former un argument assez cohérent pour lui montrer toute la folie de son projet.

Il haussa simplement les épaules en m'adressant un nouveau sourire. Même si je n'étais pas dans mon corps, il me regardait avec douceur. Cet homme était un mystère ambulant. Si gentil, tellement triste… Les vrais renégats aussi semblaient avoir perdu leurs mots. Le silence qui suivit sa déclaration d'allégeance durant longtemps, seulement troublé par le craquement du bois sous la chaleur. Nous étions tous pris de court. Il n'y avait pas de mode d'emploi pour gérer ce genre de retournement de situation. Je devrais peut-être penser à le rédiger moi-même, avec tout ce que je suis amenée à vivre depuis ces derniers mois… Je suis sûre que ça ferait un tabac. « Comment gérer vos criminels ingérables » avec des cas concrets pour appuyer mes leçons, par Suzuki Yasaemon, spécialiste de la débrouille. Et ça me permettrait sûrement de financer le « renouveau » de mon clan disparu.

- Eh bien… Il me semble que c'est à Suzuki de trancher. - s'exprima prudemment Kisame, endossant sans mal le rôle de leader de notre petit groupe. Zetsu hocha la tête sans rien ajouter. Je regrettais encore une fois qu'il soit de l'autre côté de notre feu de camp, ce qui m'empêchais de lire sur son visage ses expressions. Mise sous les feux des projecteurs, je me retrouvais à déglutir péniblement alors que Tadao m'observait avec espoir.

- Je ne… Tu es sûr de toi ? - pris-je la peine de lui redemander, ne sachant si j'allais encore une fois prendre une mauvaise décision pour l'avenir. J'avais déjà le futur de Fuhito sur mes épaules, voilà que j'allais porter en plus celui du jônin… On ne cessait de me confier de nouvelles responsabilités, de plus en plus lourdes. Je n'aurai décidément plus droit à l'erreur.

- Certain. - le brun hocha la tête avec aplomb.

- Alors… Alors dans ce cas, bienvenue parmi les Yasaemon. Ou ce qu'il en reste.

J'inclinais légèrement ma tête pour marquer notre accord et il pencha le buste en retour pour me marquer sa reconnaissance. Eh bien c'était dit. Ça y est. Me voilà avec mon premier « soldat ». Quoique, avec son niveau, je dirai plutôt général. Allais-je devoir monter ma propre armée ? Alors que je suis incapable de gérer correctement mes propres combats ? Je suis tout de même avec Itachi Uchiha entre mes bras, dans mon corps, et un petit cousin qui risque de me faire une dépression nerveuse suite à l'assassinat de sa sœur aînée à la solde de la Vipère, qu'il pensait perdue.

Sans oublier bien sûr ma « mission » auprès de l'Akatsuki pour leur servir de soutien lors de leurs attaques.

Et maintenant, si je pouvais aller m'oublier dans le sommeil pour quelques heures, ce serait parfait. Qu'on garde les prochains événements marquants pour demain, voir même pour la semaine prochaine. Voyant le silence s'installer définitivement, Zetsu se désigna pour prendre le premier tour de garde et s'éloigna sans attendre nos réponses. Kisame nous sourit puis indiqua mon corps et me conseilla d'aller l'allonger et d'en faire autant. J'acquiesçais et le soulevais avec douceur. J'étais plus lourde que j'en avais l'air, mais avec les muscles d'Itachi pour me soulever, ce n'était pas un exercice trop compliqué. C'est vraiment bizarre. Oh, il faut que j'arrête de me le répéter, moins je me focaliserais sur l'étrangeté de la situation, moins elle sera difficile à vivre.

Je souhaitais une bonne nuit à Tadao et Kisame sans les regarder dans les yeux avant de m'éloigner du feu de camp.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

Dès les premières du jour, nous partîmes. Pas un mot sur la décision surprenante de Tadao ne fut prononcé, si ce n'est pour en informer Fuhito. Il félicita son aîné pour son courage et le remercia de bien vouloir nous prêter son aide dans la reconstruction de notre clan. Ce fut tout.

Le chemin du retour aurait pu se passer sans autres événements notoires que les erreurs à répétition des hommes concernant notre échange de corps : Itachi se retrouvait régulièrement à s'agacer de leur proximité et de leurs tentatives de discussion. Ce n'est pas parce qu'il était dans mon corps qu'il était devenu plus bavard, ou même plus aimable. Moi, à l'inverse, je vivais plutôt mal le fait d'être laissée de côté. J'avais l'impression d'être doublement punie.

Fuhito vint me donner son ressenti quant à la situation de lui-même alors que je traînassais à l'arrière, le visage fermé, me demandant si j'allais vraiment devoir m'habituer à cette vie d'ermite pour la suite. Le garçon vint se placer près de moi et démarra les hostilités d'une voix acide. Mon Dieu, j'allais aussi devoir gérer sa rancœur à propos des autres, merveilleux. Je vais finir par faire payer mes services d'assistante sociale.

- Maintenant, tu vois la différence de traitement ?

- Tu penses vraiment que des renégats de leur stature font une différence entre deux novices comme nous ? Ils me connaissent depuis plus longtemps, c'est tout.

- Je ne les vois pas venir vers toi même s'ils savent très bien que c'est Itachi aux commandes de ton corps. Comment t'expliques-tu ça ?

- Fuhito, tu es vraiment en train d'insinuer qu'ils viennent me parler davantage parce que je suis une fille et pas toi ? Je pense qu'ils sont capable de passer outre la présence de ma poitrine.

- Ils te couvent et tu ne le vois même pas.

- Oh, bien sûr, maintenant tu vas les traiter de mères-poules. C'est vrai que je me sens couvée, à être lancée dans des combats contre mon gré. On en parle, de mes cicatrices, ou ça aussi c'est une marque d'affection pour toi ?

-Alors comment expliques-tu le fait qu'ils écoutent ton avis alors que tu n'es qu'une novice ? Ma sœur, même si elle m'a raconté beaucoup de choses fausses, a eu assez d'arguments pour me faire ouvrir les yeux sur leur manière de me traiter par rapport à toi. Je sais plus de choses que toi sur notre famille, j'apprends plus vite, je serai probablement plus fort que toi, et pourtant, je passe toujours en second plan.

- Tu es arrivé à une période compliquée, d'accord ? On a à peine eu le temps de t'accueillir qu'il fallait déjà repartir, comment veux-tu qu'ils aient eu le temps de découvrir pleinement tes capacités, hein ? Alors oui, en ce moment, ils se concentrent principalement sur moi, mais je te garantis que lorsque le centre de leur attention changera, tu vas pleurer. Parce qu'en plus il faut que les capacités de notre pupille soient différentes en fonction du sexe du porteur, donc ce qui ne marche pas avec moi fonctionnera peut-être avec toi. Amuse-toi bien à être jeté dans la gueule du loup sans prévenir. Et surtout, vas-y, prends ma place, ne te gêne pas. Montre que tu es meilleur que moi : ça me fera des vacances.

Je n'avais pas élevé la voix, à ma grande surprise. J'énonçais simplement une série de vérités. S'il prenait mal le fait d'être mis de côté, eh bien je lui cède ma place bien volontiers, mais qu'il ne vienne pas me dire que c'est grâce à mes seins. Surtout pas après tout ce que j'ai pu vivre à cause d'eux.

Furieux parce que je refusais de lui donner raison et de le conforter dans son délire de persécution, il accéléra le rythme de ses pas et repartit à l'avant de notre convoi. Il ne m'adressa plus un mot durant notre voyage de deux jours. Si le clan Yasaemon recommence déjà avec les querelles intestines alors qu'il ne reste plus que nous deux, nous sommes sur le bon chemin pour le reconstruire...

Lorsque, enfin, nous arrivâmes à l'énième base de l'Akatsuki, nous étions tous plus ou moins sur les nerfs. Itachi et moi en particulier. Allez marcher avec de la fièvre durant deux jours en plus de découvrir les spécificités du corps du genre opposé. Une partie de plaisir. Son problème de vision me préoccupait, mais je n'osais pas lui en parler. Pas tout de suite, peut-être lorsque les choses seront redevenues normales. Les autres mirent mes hésitations sur le compte de la « prise en main » d'un nouveau corps.

Cette fois-ci, ils s'étaient trouvés un abri souterrain, en plein milieu d'un terrain aride. Pas de risque de trous dans le sol, je présume. La base était indétectable pour un œil non averti. J'espère juste que l'intérieur ne sera pas aussi glauque qu'on pourrait attendre venant d'une base déserte enterrée dans le sol… Zetsu exécuta un jutsu qui fit s'élever l'entrée rapidement, tel un ascenseur en terre et nous fit signe de nous y placer. Je me retrouvais coincée entre Tadao et Kisame, pestant pour la première fois contre les muscles des deux hommes durant la longue descente.

En quittant le petit habitacle, je fus soulagée de voir que l'électricité fonctionnait et que les couloirs semblaient bien illuminés. Pas de risques de cauchemar au détour d'un couloir sombre. C'est déjà ça de gagné. Quoi que… En croisant Kakuzu… En parlant de lui, nous fûmes rapidement accueillis par celui-ci en personne, suivit de près par Sasori et, étrangement, Konan. Pour les deux derniers, il était facile de lire la préoccupation sur leur visage alors qu'ils me cherchaient moi et Itachi des yeux. L'armoire à glace était, comme d'habitude, aussi expressive qu'une pierre. Cependant, dès qu'il vit apparaître Tadao, l'éclat dans ses yeux rouges devant glacial. En deux pas, il fut sur le jeune homme, la main prête à lui serrer le cou. Tadao eut à peine le temps de lever sa main vers son sabre que Kisame s'interposait, attrapant leur poignet respectif. C'est plutôt impressionnant et carrément sexy.

- Tout va bien. Il est avec Suzuki. - je remarquais alors l'étrange regard que lui lancèrent Konan et Sasori, comme s'ils ne savaient pas trop comment réagir à son égard. Au lieu de le réduire en charpie, ils avaient laissé Kisame le « protéger ». Est-ce en rapport avec les souvenirs du clone que nous nous sommes, paraît-il, tous pris de plein fouet ?

- C'est-à-dire ?

- Il a renié son serment pour prêter allégeance à notre future chef de clan. Pas de soucis à se faire.

- J'espère pour toi. - conclut-il d'une voix d'outre-tombe en se tournant vers moi, et pas mon corps. Je serais presque impressionnée par la vitesse à laquelle il s'est fait au changement de corps si je n'étais pas si terrifiée.

L'Akatsuki, une organisation chaleureuse, comme toujours. Il va vraiment falloir qu'ils revoient leur manière d'accueillir leurs visiteurs, surtout lorsqu'ils sont à peu près au courant de leur arrivée. Sans me laisser le temps de m'excuser pour eux auprès du jônin, Sasori attira mon attention en saisissant mon avant-bras. Il n'était pas seulement préoccupé. J'aurais presque pu dire qu'il tombait des nues.

- Suzuki, c'est toi ?

- Eh oui… - je serrais les lèvres puis incapable de rester silencieuse, ne pus m'empêcher d'essayer de briser l'atmosphère pesante qui régnait entre nous tous. - Surprise ?

- Je suis en train de me demander si vous n'avez pas passé un pacte Deidara et toi pour me rendre chèvre ou si tu es vraiment simplement malchanceuse.

- La deuxième option. Jamais je n'aurais choisi en partenaire avec un enjeu de cette taille en plus.

- Ce n'est vraiment pas le moment de faire de l'humour, Suzuki. - me gronda Konan, les yeux furibonds. Je me raclais la gorge, mal à l'aise.

- Si j'arrête, je vous le dis honnêtement, je pleure. Je suis aussi perdue que vous face à ça. - j'écartais les bras en signe d'impuissance puis les posais sur mes hanches, bien plus sérieuse pour marquer mes prochaines paroles. - Et je pense qu'il n'y a que Itachi et moi pour décider de notre manière d'affronter ça. Si je m'en sors en faisant de l'humour, tu peux bien me laisser ça.

- Tu penses peut-être que tu es la seule à être concernée par cette situation catastrophique ? - me rétorqua-t-elle en esquissant un pas vers moi, froide et hautaine. Elle tombait mal. Je me redressais de toute ma taille et levais le menton en signe de défi.

- Je suis en tout cas la seule à pouvoir y faire quoi que ce soit, exception faite d'Itachi. En fait, seuls les porteurs de pupille pourraient donner leur opinion là-dessus. L'ennui, c'est que nous sommes quasiment tous ici. En tout cas, tous les concernés. Ou nous aurais-tu caché quelque chose ? Hum ?

- Ton insolence te perdra.

-Il faut bien mourir de quelque chose.

Je haussais les épaules et la dépassais sans plus lui accorder d'attention, attrapant le bras de Sasori au passage pour qu'il puisse nous guider jusqu'à Pein. J'avais d'autres choses à faire que d'écouter une de ses leçons de morale. Je sais bien qu'il s'agit du bras droit de notre « leader » et que je ferai mieux de me préparer à être toujours armée lorsque je marche dans les couloirs, mais eh : il faut bien marquer les limites de temps en temps, et je commence à être vraiment fatiguée d'être prise pour une ignare et une incapable.

Sasori ne laissa aucun sentiment paraître par rapport à mon irrespect. Je savais parfaitement qu'il n'en pensait pas moins. J'aurais probablement droit à une remise dans le droit chemin de sa part, ce qui se révélerait très ironique venant d'un renégat. Plutôt que de me faire la moindre remarque, il prit le rôle du guide sans discuter et nous orienta dans les couloirs, nous indiquant ceux qui étaient condamnés, dangereux ou encore inexplorés. Zetsu serait mis à contribution pour rectifier ceci. Celui-ci, d'ailleurs, ne nous avait pas suivi, ni Kakuzu ou Konan… Je sens que si ce n'est pas moi qui prends, c'est que c'est lui qui subit pour l'instant… Je le plaindrais presque.

Nous marchâmes cinq longues minutes silencieusement avant de pénétrer dans une grande salle éclairée d'une lumière naturelle, profonde et au plafond bien plus haut que ce que je n'aurais pensé pour une pièce souterraine. Je m'étonnais intérieurement de cette prouesse. Peut-être étions nous bien plus loin sous terre que ce que je pensais… Je n'aime pas trop ça. Si on se retrouve coincé… Oh, et puis zut, ce n'est pas le moment de penser à ça, j'ai déjà assez à me soucier avec la possibilité de rester coincée dans le corps d'Itachi.

Hidan et Deidara nous attendaient assis autour d'une table ronde, jouant tranquillement aux cartes. Je levais la main pour les saluer avant de me rendre compte de la stupidité de mon geste. Tout ce que j'obtins d'eux fut des yeux ronds et la bouche ouverte. Un mort qui se serait relevé et les aurait salué ne les aurait pas plus surpris. J'entendis Itachi pousser un long soupir de fatigue.

Après ce bref instant de stupeur, Hidan se leva en vitesse et fondit sur Itachi, suivit de près par son comparse blond, le prenant par les épaules brutalement. Je suis presque soulagée qu'il se soit trompé.

- Qu'est-ce qu'on lui a fait ?! Il est malade ? Drogué ? Il va nous tuer ? Non, il va mourir ? Pourquoi vous l'avez ramené ? - à chaque question il le secouait, l'air de se choquer lui-même au fur et à mesure qu'il s'inventait des scénarii. Itachi se dégagea avec fermeté, le maintenant à distance d'une main tout en me pointant de l'autre.

- C'est elle, Suzuki.

- Est-ce que tu pourrais essayer de suivre, pour une fois ? - l'apostrophais-je en croisant les bras, me demandant bien ce que je pouvais trouver à cette andouille. A part peut-être qu'il soit vraiment mignon avec cet air perdu. Ses yeux violets me détaillèrent de haut en bas, s'agrandissant à chaque nouvelle seconde.

- Mais non…

- Mais si. Contente de te revoir Hidan.

- Vous êtes dans la merde. - compatit à sa façon Deidara avant de se rapprocher de mon cousin pour lui taper dans le dos. - Et toi, t'as rien ? - Fuhito secoua négativement la tête, sans répondre. Deidara haussa un sourcil puis lui entoura les épaules. - Bah ça fait de toi le meilleur porteur de pupille du lot, du coup, hm. Je savais bien que tu nous apporterais moins de soucis.

- Ben voyons, fallait insister davantage auprès de tes patrons pour le récupérer alors. - grinçais-je entre mes dents alors que Hidan s'approchait de moi en hésitant à chaque pas. Énervée par l'accueil, je lui aboyais dessus un « quoi ? » qui le figea sur place. J'en profitais pour attirer leur attention sur Tadao. Mieux valait que je me charge des présentations tout de suite. Ils se focaliseraient moins sur lui comme ça, trop choqués par le changement de corps. - Si tu te retournes, tu peux tomber sur Tadao Hayashi, mon premier… - sbire ? Assistant ? Ministre ? Conseiller ? - Partenaire pour la reconstruction du clan Yasaemon, même si, franchement, vu le lot de problèmes que cette ascendance m'apporte, j'ai vraiment de moins en moins envie de le reconstruire, et accessoirement l'ex de mon clône. Donc il a eu la chance de sortir avec vous tous en même temps, et si, ça, c'est pas du courage, je ne sais pas ce que c'est. Ça force le respect.

- Ton ex ? Tu t'étais trouvée quelqu'un là-bas ?

- J'avais oublié que tu ne retiens que ce qui t'intéresse… L'ex de mon clone, Hidan. Je n'ai, pardon Tadao, rien à voir là dedans.

- Ah, voilà pourquoi tu me dis quelque chose ! - s'écria Deidara en claquant des doigts, heureux d'avoir eu une réponse sans avoir à poser sa question. Hidan se contenta de lui jeter un regard mauvais pendant que son ami s'enthousiasmait. Il lui sourit amicalement avant de froncer les sourcils, frappé d'un doute. - Heu… T'es pas jônin ?

- Non, plus maintenant. - répondit simplement Tadao, ses grands yeux bleus brillant d'honnêteté. - Je suis ravi de vous rencontrer. J'avoue être curieux de reconnaître certains de ses traits de caractère chez vous, j'espère que nous nous entendrons le temps de notre cohabitation.

A mon grand étonnement, Deidara en perdit tous ses mots et ses joues prirent une intéressante couleur rosée. Oh oh oh, mais le charme de Tadao fonctionnerait-il donc bel et bien sur ces criminels ? Finalement, l'attraction que ressentait mon clone pour lui ne viendrait pas que de moi… Étonnée mais intéressée, je jetais un coup d'œil vers Hidan pour voir s'il avait le même type de réaction face à lui.

Le regard de tueur qu'il lui lançait m'indiqua que non.

Je voulus poser ma main sur son épaule pour le calmer avant de me souvenir que ce geste serait probablement très mal perçu par tout le monde, étant toujours dans le corps de monsieur Itachi-j'ai-besoin-de-deux-mètres-entre-moi-et-les-autres-merci. Ouch. Ses noms sont de plus en plus longs. Blague à part, je crains une autre embuscade dans les couloirs maintenant… Tadao a tout intérêt à garder son sabre à la main. Hidan reporta son attention sur moi et murmura sombrement :

- Tu vas ramener un mec après chacune de tes sorties ?

Je le dévisageais sans accepter de comprendre ce qu'il sous-entendait. Il soutint mon regard pendant quelques secondes, refusant catégoriquement de faire machine arrière. Je n'aurais donc pas qu'à gérer un échange de corps et un cousin en mal de reconnaissance, il va aussi falloir que je gère dans l'immédiat la jalousie de mon « c'est compliqué ». Merveilleux. Mais de quoi se plaint-on, franchement. Un tic nerveux agita le coin de ma bouche et je lui répliquais sur le même ton, quoi qu'un peu plus sec encore.

- Que je ramène un mec t'importe plus que le fait que j'ai perdu un de mes frères aînés, attaqué un château à six, assassiné ma cousine et échangé mon corps depuis plus de trois jours avec un de mes ennemis héréditaires ? J'apprécie ton sens des priorités. Non ! - je levais une main pour le couper avant qu'il ne puisse répondre vertement, détournant la tête pour marquer mon désintérêt. - C'est bon. Ça va. A peine arrivée, on me prend la tête. Je veux juste qu'on m'indique un lit.

- Pour t'y installer avec ton nouvel ami ?

- Pour t'étouffer avec l'oreiller.

Sur ces bonnes paroles, je marchais vers Sasori et lui pris le bras, l'entraînant vers le fond de la salle. Je n'ai qu'une envie : m'oublier dans le sommeil. Je verrais la suite à mon réveil. Sasori comprit que, dans l'intérêt de tout le monde, il était plus intelligent de m'accorder ce répit et me guida efficacement jusqu'à une chambre dortoir. Je ne m'intéressais même pas à la répartition et m'écroulais sur le premier lit qu'il m'indiqua. J'enregistrais vaguement qu'Itachi suivait mon exemple et s'allongeait sur le futon près du mien avant de perdre conscience.

Nous verrons la suite plus tard.