Sources : RDV sur mon blog page 1

Le quotidien de Cosmo redevint aussi banal que jamais. Ces lettres, ces dessins et ces tentatives de séduction qu'elle recevait de la part de Shadow en firent bientôt parti. Avec l'habitude, tout cela lui parut aussi normal que de prendre une douche. Elle remarqua seulement un petit changement dans les dessins et les lettres. Les tenues dessinées sur ses portraits devenaient de plus en plus légères, style chemise de nuit, petite robe de soirée, mini jupe et petit haut. Elle en reçut même un avec son maillot de bain en train d'arranger ses cheveux sous une petite cascade artificielle comme pendant sa sortie à la piscine avec ses amis. Pour ce qui est des lettres, il y avait une seconde couche de sensualité et de désir dans ses propos. Elle continua malgré tout de les ignorer et de les ranger dans son porte document prévu. Elle reçut chaque jour deux feuilles, soit deux dessins, soit un dessin et une lettre d'amour. Elle fut bientôt obligée d'utiliser un deuxième porte document avec son habitude de mettre une feuille dans chaque pochette.


Au deuxième mois de lettres, dessins et harcèlement sexuel de la part du hérisson, soit un samedi soir du mois de mai, elle reçut dans sa chambre la visite de Cream, Marine, Honey, Amy et Blaze invitées par sa sœur. Elles étaient toutes surexcitées, tellement que la plante commença à avoir peur.

"- Bon alors vous allez me dire ce qui se passe ? Pourquoi vous êtes comme ça ?

- Disons qu'on a été envoyées par quelqu'un qui demande à sortir avec toi ce soir, répondit Amy en gloussant.

- Qui donc ?

- Ah non surprise, refusa Marine !

- Tu le sauras ce soir à 20h devant l'université, expliqua Blaze. C'est là qu'il t'attendra.

- Mais...

- Ne t'inquiète pas pour les parents, rassura Galaxina. Je leur ai fait croire qu'on serait toutes au cinéma ce soir et qu'on dormirait chez Marine. Et puis tu t'es déjà bien avancée pour tes contrôles de la semaine prochaine ?

- Bah oui.

- Et bah voilà qui est arrangé !

- Du coup après ça je vous rejoindrai chez Marine ?

- On pense plutôt que tu ne voudras plus rentrer, sourit ironiquement Cream.

- (Au secours qu'est-ce qui se passe ?)

- Il a lui-même prévu ta tenue pour ce soir, ajouta Honey.

- Ah oui et laquelle ?

- Celle-là."

La chatte posa sur le lit un grand panier en osier blanc. Les filles en sortirent une jolie tenue du style sweet lolita. La robe était bleue et blanche à manches longues et rondes découvrant la gorge. La jupe était courte jusqu'aux genoux et bouffante. Elle était lacée au niveau du buste et des manches. Les manches possédaient des froufrous dentelés et le même tissu que les jupons. Sur le haut et les manches, un rectangle de dentelle entourait le côté lacé. Une ligne de dentelle était également cousue sur la partie bleue de la jupe. En chaussures, des Mary Jane blanches avec deux lanières croisées, un petit talon et un nœud fixé derrière. En chaussettes, des bas blancs montants jusqu'aux genoux avec une ligne noire verticale coupée par plusieurs traits horizontaux dessinée sur le côté. Pour compléter la coiffure, un gros nœud blanc avec le bord des boucles dentelé et une lignée de petites perles joignant les deux bouts. Les nœuds et le centre possédaient des barrettes camouflées pour le fixer. Tout cela donnait un aspect enfantin. Cosmo regarda cette tenue avec un air attendri.

"- Et bien c'est très mimi tout ça. Bon quand est-ce que j'essaie ?

- Ah ça fait plaisir de t'entendre dire ça, fut ravie Blaze !

- Bah maintenant si tu ne veux pas être en retard, proposa Cream.

- Il peut pas être si tard quand même.

- Pourtant il est 19h30, avertit Amy.

- Quoi déjà ! Putain je vais donner une mauvaise impression en arrivant à la bourre ! Vous auriez pu me prévenir avant quand même !

- Relax il se doute que les filles ont besoin de temps et de concentration pour se pomponner, rassura Honey.

- Et en plus t'exagère c'est rapide à mettre ça, remarqua Marine. Un léger coup de maquillage et de brosse sur tes ondulations, c'est parfait.

- Bon c'est pas tout ça faut te préparer, ordonna Galaxina."

Elles laissèrent la plante enfiler sa tenue. Elle se regarda dans le miroir. Un sourire illumina son visage en se voyant aussi belle. Elle ressemblait certes à une poupée avec sa taille de jeune adolescente mais elle était très mignonne, et ce malgré les manches un peu trop longues recouvrant ses mains. Les filles la firent s'asseoir. Elles s'occupèrent de son maquillage et de sa coiffure. Ses cheveux furent soigneusement brossés avec soin pour ne pas casser leurs belles ondulations et décorés avec le nœud fixé vers le côté gauche de la tête. Pour le maquillage, un teint rosé, une bouche rose transparente, du mascara, le contour de l'œil dessiné au crayon noir, son parfum préféré et les ongles argentés. Elle était une superbe poupée. Une fois leur travail terminé, les filles décidèrent qu'il était temps d'y aller. Par chance, Luc et Earthia ne remarquèrent pas la tenue de Cosmo. Occupés à regarder la télé, ils souhaitèrent une bonne soirée aux filles de loin en croyant à leur mensonge. Elles prirent la voiture personnelle des sœurs, sauf Amy et Blaze qui prirent la voiture de la hérissonne, en route vers l'université. Arrivées devant le bâtiment fermé pour le week-end, elles descendirent en demandant à Cosmo de rester quelques secondes. Galaxina lui ouvrit ensuite la portière. Sa sœur descendit toute souriante. Mais son sourire se figea en une expression de surprise profondément déçue en voyant ce qu'elle voyait. Ce garçon qui désirait sortir avec elle était tout sauf ce qu'elle voulait. Sa garde a été baissée par la robe qu'il lui avait envoyé. Shadow venait de gagner son détestable jeu du chat et de la souris. Il dévisagea Cosmo de haut en bas. Un sourire narquois indiquait qu'il savourait pleinement sa victoire. La plante, furieuse de s'être laissée prendre au piège une deuxième fois mais en plus que ses principales amies et sa propre sœur aient encore participé, lui adressa une grimace remplie de colère les dents serrées. Elle se tourna vers les filles, surprises quelques mètres plus loin, et se dirigea vers elles. Elle s'arrêta devant elles, rouge de colère et poings serrés.

"- Comment vous avez osé me faire ça ! Je croyais avoir été claire là-dessus !

- Mais Cosmo on pensait pas faire mal, essaya Amy pour la calmer.

- Vous vous foutez de moi ! Là vous avez vraiment fait exprès ! C'est encore Sally qui vous a demandé de m'emmerder pour me montrer que j'avais raison à son sujet ?

- Ah non là elle y est pour rien, coupa Blaze !

- Dans ce cas c'est quoi votre problème putain de merde ? Je vous ai fait quoi ? Vous tenez à me faire payer d'avoir gâché sa soirée de merde ? Vous m'avez manipulée pour abuser de mon amitié ?

- Hé oh tu vas te calmer et arrêter de nous accuser pour quelque chose qu'on pensait bien faire, protesta Marine !

- Si tu continues comme ça c'est ce qui pourrait arriver, menaça Honey !"

Le visage de Cosmo se durcit encore plus. Elle attrapa sa camarade par le haut de sa robe et colla son front au sien.

"- Tu crois vraiment me faire peur avec tes menaces à la con espèce de sale balance, dit-elle sur un ton sombre ? Pour ton info t'as raconté ce qu'il m'a fait à la rentrée aux autres et ma sœur a tout balancé à ma mère grâce à toi. Je pensais avoir la paix mais vous devez toujours automatiquement me faire chier avec ça. Si tu crois que je vais te laisser t'approcher de moi après ça, tu te fourres le doigt dans l'œil ma cocotte.

- Bon Cosmo maintenant tu te calmes c'est toi qui abuse, ordonna Cream en libérant la chatte de son emprise !

- T'es qui pour me donner des ordres, gronda la plante de nouveau ? Retourne donc dans ton terrier grignoter tes carottes !

- Cosmo ça suffit, gronda Galaxina !"

Les deux sœurs restèrent plusieurs minutes à se fixer dans les yeux, l'aînée les yeux grands ouverts et les dents serrés et la cadette les sourcils froncés.

"Je te déteste."

Sa sœur laissa sa colère tomber en la regardant avec une expression de stupeur. La plus jeune des plantes fusilla du regard celles dont elle avait eu l'audace de prendre pour des amies et un membre de sa famille.

"Je vous déteste toutes ! Depuis mon arrivée ici vous cherchez à me forcer à sortir avec cet enfoiré de première classe ! Depuis le début vous vous faîtes passer pour mes proches alors qu'en fait vous faîtes tout pour me gâcher la vie ! Je veux plus jamais vous revoir à partir de maintenant ! Croyez le ou non, c'est terminé notre amitié et ma relation avec ça, continua-t-elle en montrant le hérisson narquois du doigt ! Quant à toi tu n'es pas ma sœur ! Elle m'a été volée et tu as pris sa place ! Tu es une usurpatrice qui l'imite super mal ! Elle n'a jamais été aussi conne ! Rien de le crâne, tout dans le silicone !"

Elle tourna les talons d'un coup et se dirigea vers Shadow, toujours souriant de victoire. Elle lui prit la main et l'entraîna loin du groupe.

"Viens-là toi ! Je préfère encore te supporter plutôt que les supporter alors ne commence pas s'il te plaît !"

Les filles attendirent qu'ils s'éloignent pour faire entendre leur mécontentement.

"- Il faudra qu'elle revoit sa façon de nous parler celle-là, s'énerva Marine !

- Clair, admit Blaze.

- Je sais pas vous mais je suis enchantée qu'elle pense passer une soirée de merde, dit Amy sur un ton et un visage ironique.

- T'as raison ça lui apprendra à nous insulter, se réjouit Cream.

- Bon on se le fait ce ciné, s'impatienta Honey ?

- Partez sans moi, dit Galaxina la tête baissée.

- Tu vas pas nous planter toi aussi, soupira la chatte !

- Écoutez ça me branche plus voilà. Maintenant laissez-moi tranquille s'il vous plaît.

- Comme tu veux, accepta Amy. Venez les filles c'est pas la peine d'insister."

Pendant que ses amies grimpèrent dans la voiture d'Amy, la plante se laissa tomber sur le bord du trottoir, abattue. Les larmes ne tardèrent pas à couler et les sanglots à l'envahir. Elle venait d'être reniée par sa chère petite sœur. Pour la troisième fois de sa vie, elle venait de ne pas respecter son rôle de sœur aînée et donc de la protéger. Ces propos n'étaient que la pure vérité. Il est maintenant certain qu'elle ne pourra plus lui adresser la parole ni même se faire pardonner. Elle rentra en pleurant et raconta tout à ses parents. Ils furent tristes et déçus d'entendre que cette fragile chaîne invisible qui reliait leurs filles était brisée à jamais.

"- Tu te rends compte que tu as engagé ta sœur dans une relation qui ne lui tenait guère à cœur, demanda son père sur un ton mélant déception et colère ?

- Mais comment pouvais-je savoir que ça devenait tendu entre eux, sanglota-t-elle ?

- Si elle restait seule toute la journée il y avait une raison, dit sa mère sur le même ton.

- Mais je croyais qu'elle voulait être seule avec lui parce que...Oh et puis merde ! C'est la dernière fois que j'accepte les idées de ces gamines immatures !

- Qui a eu cette idée ?

- D'après les filles, Shadow est venu les voir pour la première fois depuis deux mois pour leur demander de préparer Cosmo à un rendez-vous surprise avec lui. Il leur a d'ailleurs donné une boite qui contenait une tenue de sweet lolita complète pour cette occasion.

- Une quoi, demanda Luc intrigué ?

- Une mode japonaise des années 90 inspirée des jeux vidéos et mangas, expliqua Earthia. Généralement une robe bouffante avec un côté petite fille accompagnée de souliers d'enfants ou de vieilles bottines anglaises. Ça se porte aussi souvent avec un nœud, une ombrelle ou un sac à main.

- Hé bien ma fille qui transforme sa sœur en poupée, j'aurais bien voulu voir le résultat ! En attendant dans ta chambre pour nous avoir menti et ridiculisé Cosmo. Plus de sorties pendant un mois et interdiction d'encourager tes amies à leurs idioties.

- Oui papa.

- Ta mère te montrera un plateau dans une heure tout à l'heure et tu iras te coucher sans discuter.

- Oui papa."

Elle monta dans sa chambre toujours aussi triste. Si elle savait ce qui attend sa sœur, elle ne pourrait jamais se le pardonner. Du côté de Cosmo, Shadow l'emmena au cinéma. Ils ne croisèrent pas les filles, leur film était apparemment déjà commencé. Ce soir dans la catégorie de films rediffusés, la version de 1968 de "Roméo et Juliette" de Franco Zeffirelli. Même si la plante n'était pas d'humeur à voir un film d'amour dans un moment pareil, elle accepta dès que le hérisson lui proposa. Ils choisirent des places au milieu d'un rang vide. Dès le début du film, elle n'arrêta pas d'imaginer le film avec ses amis, Shadow et elle-même dans les rôles. Pour les personnages principaux, c'était bien sûr elle et le hérisson. Elle finit bientôt par se reconnaître en Juliette. Malgré le changement radicale de celui avec qui elle a failli sortir, il est vrai que ses sentiments changeaient une nouvelle fois. Les trop nombreux comportements du hérisson ne l'aident pourtant pas. Elle n'arrête pas de douter et ne sait pas ce qu'elle veut.

Après le film, Shadow l'emmena dans un bar dansant pas loin déjà bien animé. Il lui offrit un verre qu'elle refusa. Il s'en prit malgré tout un. Bientôt retentit une chanson très entraînante qui lui donna une folle envie de danser. Il fonça sur la piste de danse disco pour entamer une chorégraphie en accord. Tout le monde dansa autour de lui en essayant de l'imiter. D'un geste de la main, il invita Cosmo à le rejoindre. Elle haussa les épaules et le rejoignit. Après tout qu'est-ce qu'elle a à perdre ? Sur la piste, elle imita le hérisson. Tous deux réalisèrent un parfait duo. Elle reconnut volontiers qu'elle s'amusait comme une folle. À la fin de la chanson, ils se regardèrent les yeux dans les yeux pendant plusieurs minutes sous les applaudissements et les sifflets de la salle. Le monde semblait s'effacer autour d'eux. Le hérisson brisa ce moment de perfection en lui proposant de passer chez lui boire un verre. Une invitation qu'elle accepta à contrecœur. Après vingt minutes de marche, ils arrivèrent devant une belle maison plain pied grise à toit plat garnie de petites fenêtres entourée d'un petit jardin. Le hérisson fit entrer la plante dans une cuisine moderne précédant un salon. Il sortit deux verres d'un placard et une bouteille de whisky du frigo. Il posa le tout sur la table et remplit les verres à moitié. Il rangea la bouteille dans le frigo et sortit des glaçons de la partie congélation. Il s'en servit et en proposa à Cosmo. Elle refusa d'un mouvement de main en s'asseyant en face de lui. Pendant que Shadow vida son verre en quelques gorgées, la plante se contentait de suivre l'ouverture du cylindre de son doigt. Son visage indiquait clairement que quelque chose n'allait pas.

"- Bah alors c'est quoi cette tête ? Ça t'a pas plu cette soirée ensemble ?

- Non au contraire c'était génial ! Je me suis pas autant amusée depuis bien longtemps !

- C'est à cause des filles ?

- Peut-être bien. En faite non, c'est autre chose.

- Dis toujours. Tu permets que je me resserve un verre ? Mais ça ne m'empêche pas de t'écouter.

- Fais ce que tu veux."

Il ouvrit le frigo et ressortit la bouteille. Il se resservit. Son regard s'arrêta sur la plante qui venait de baisser la tête, surpris de ne pas l'entendre s'expliquer.

"- Bah alors Cosmo pour ton problème ?

- Non c'est rien laisse tomber.

- Si raconte je t'écoute !

- C'est pas important.

- Pour moi si ! Accouche je vais pas te manger !

- Bon d'accord si tu insistes. Alors voilà c'est au sujet de nous.

- C'est à dire, demanda-t-il en se levant ?

- Notre relation."

Elle leva les yeux à l'absence de bruits. Le hérisson s'était soudain immobilisé face au frigo. Sa peur commença à se manifester. De dos, bras tendus vers le bas et poings serrés, il lui glaça le sang bien qu'elle ne voyait pas son visage. Il y avait quelque chose de malsain dans sa réaction.

"- Sois plus précise s'il te plaît, ordonna-t-il sur un ton menaçant.

- Disons que je préfère qu'on ne se voit plus. Sache qu'après ce qu'il s'est passé dans la forêt, sans compter la couche que tu as rajouté depuis deux mois, je n'arrive plus à vivre tranquille. Si ton jeu débile est très amusant pour toi, de mon point de vue il est de très mauvais goût. Alors je te demanderai juste, de me laisser tranquille à partir de maintenant et de rompre le contact avec moi. Tout ce que je veux c'est retrouver une vie normale d'étudiante et fréquenter mes amis de nouveau sans avoir peur de leurs incessantes questions et remarques sur nous. Tu peux comprendre que tu me fais vivre un quotidien infernal ?"

Sa phrase terminée, elle sursauta en entendant un bruit de verre éclaté. Elle baissa les yeux sur la main du hérisson. Ses yeux s'emplirent d'horreur. Il venait de serrer la bouteille dans son poing, tellement fort qu'il l'avait brisée. Des éclats de verre gisaient dans un rayon de plusieurs centimètres dans une flaque d'alcool. Quelques morceaux se trouvaient dans sa main dégoulinante de whisky. Des gouttes de sang s'échappèrent de plusieurs coupures pour se mélanger au liquide. Il ouvrit un tiroir du meuble juste à côté du frigo. Il en sortit un couteau de cuisine avec le manche noir. Il se tourna vers Cosmo, le visage déformé d'un sourire fou. La plante se leva à la vue de la lame levée dans sa direction. Elle recula jusqu'à être bloquée par un meuble terrifiée.

"Viens ici que je te déchire cette jolie robe !"

Il laissa retomber son bras sur la plante figée d'horreur. Il ne réussit qu'à atteindre du vide. Le couteau se planta dans le bois du meuble. Il l'empoigna à deux mains pour le dégager. Il se retourna, grimaçant de colère pour trouver Cosmo de l'autre côté de la table. En une fraction de secondes, elle saisit son verre pour jeter son contenu à la figure du hérisson. Aveuglé par l'alcool, il laissa tomber son couteau. Ses mains cachèrent ses yeux en poussant un cri mêlant douleur et colère. La jeune femme se sentit bête d'avoir agi sans réfléchir. Elle chercha des yeux un endroit où se cacher. Elle se précipita vers le couloir et se plaqua contre le mur. Elle trembla en entendant le monstre la chercher sans succès dans sa crise de rage.

"OÙ TE CACHES-TU SALE PETITE TRICHEUSE ? TU PEUX PAS TE CACHER BIEN LOIN ESPÈCE DE PETITE ÉGOÏSTE !"

Il redevint calme pour se servir de son audition. La plante recula discrètement toujours collée au mur. Mal lui en prit car elle heurta une console sur laquelle des vases étaient posés. Elle essaya de les empêcher de tomber mais l'un d'eux se cassa en touchant le sol. Le bruit alerta Shadow qui se tourna en direction du couloir. Il ramassa son couteau en courant derrière Cosmo. Elle fonça en suivant le couloir, poursuivit par la voix moqueuse et menaçante du hérisson.

"Une partie de cache-cache j'adore ça ! Je vais te trouver !"

La jeune femme, effrayée et vite essoufflée, continua de courir jusqu'à apercevoir une porte.

"Je sais que tu es là !"

Cela suffit pour la forcer à ouvrir cette porte et se réfugier derrière. Elle trouva immédiatement une clé dans la serrure qu'elle tourna. La porte fut tout de suite verrouillée. La pièce où elle avait atterri était sûrement la chambre, elle aperçut un lit dans la pénombre. Elle recula encore plus en entendant des pas s'approcher. Elle vit avec horreur la clé tomber. Un œil rouge lumineux apparut dans la serrure.

"Je te vois chérie !"

À l'aide du couteau, il déverrouilla la porte. La barrière s'ouvrit avec un grincement d'enfer. Il se précipita sur la jeune femme qui l'esquiva encore une fois de justesse. Elle sortit de la pièce en attrapant la clé au passage. Elle enferma le hérisson dans la chambre. Elle revint sur ses pas en courant. Elle accéléra au bout de quelques centimètres en l'entendant défoncer la porte. Arrivée dans la cuisine, elle s'arrêta en l'entendant l'interpeller par son prénom. Elle tourna la tête vers lui pour le voir reprendre son souffle immobile, son sourire fou et son regard rempli de tendresse.

"Sois raisonnable Cosmo, dit-il de sa voix la plus douce. Cesse donc de me fuir et vois la vérité en face. Nous sommes faits l'un pour l'autre et tu ne peux rien y changer. Accepte cette idée et aime-moi comme je t'ai aimé depuis le premier soir. Il n'y a que notre amour pour l'éternité."

Elle le regarda, la moindre peur remplacée cette fois par de l'admiration. Il se rapprocha d'elle sans qu'elle ne fasse un seul mouvement pour se défendre. Elle le laissa même l'embrasser avec une passion brûlante. Il la relâcha. Ses yeux se plongèrent dans les siens avec la plus grande tendresse. Elle posa sa main gauche sur la joue du hérisson, toujours le regard rempli d'admiration. Mais une étincelle s'alluma soudain dans son regard, faisant perdre son sourire au hérisson. Son autre main se leva, pour le faire tomber au sol d'une puissante gifle.

"Pas pour l'éternité !"

Tout alla très vite. Alors que le hérisson se relevait, elle attrapa son couteau tombé à quelques centimètres. La lame se planta dans son côté droit. La douleur traversa le corps du hérisson qui s'écroula à terre en vomissant du sang. Il gémit, les yeux levés vers la plante. La réalisation de son geste la frappa comme la foudre. L'horreur à l'état envahit son visage. Ses yeux fixèrent le couteau couvert de sang qu'elle tenait à deux mains. Le liquide rouge dégoulina sur ses doigts pour finir sur sa robe. La lame glissa de ses mains. Elle recula en poussant un gémissement d'horreur. Après quelques secondes, tétanisée, elle tourna les talons. Elle se jeta sur la porte d'entrée et s'enfuit. Le hérisson leva le bras vers elle en tentant de se relever. Ses efforts furent vains, il retomba sur le sol.

"Reviens Cosmo ! Ne me laisse pas ! Je vais mourir sans toi !"

Mais Cosmo était loin. Elle courait jusqu'à prendre la direction de la forêt. Pas question de se faire voir et encore moins accuser de meurtre même si ce n'était que de la légitime défense. Il avait lui-même essayé de la tuer en la menaçant sexuellement. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était se réfugier dans sa chambre et pleurer. Il est en train de se vider de son sang et n'aura pas le courage d'appeler les urgences. On le retrouvera mort demain, la police trouvera ses empreintes sur le couteau et la mettra en prison, peut-être pour la vie. Elle ralentit, ses genoux la lâchèrent. Elle appuya son bras sur le tronc face à elle en sanglotant. Sa main vint soudain effleurer quelque chose de dur dans la poche de sa robe. Elle sortit l'objet en question, son téléphone. En appelant les urgences, elle pourrait le sauver. Mais il lui faut appeler en numéro masqué sinon la police remontrera jusqu'à elle et l'accusera immédiatement. Les empreintes resteront une preuve mais elle pourra dire la vérité sur le déroulement des événements. Il y a de nombreuses techniques qui permettent aujourd'hui de voir si une personne accusée de meurtre à tort dit la vérité. Elle écopera certes d'une peine pour homicide volontaire mais pas à perpétuité puisqu'il s'agit de légitime défense. Elle composa le numéro des urgences. Elle se prépara à prendre la voix d'une vieille dame. Au bout de trois sonneries, une voix masculine lui répondit.

"- Urgences de Mobotropolis.

- Oui un jeune homme a été poignardé à son domicile. Il perd beaucoup de sang...

- Nous sommes sur place madame, nous avons été prévenus.

- Comment ça vous avez été prévenus ?

- Une jeune femme vient de nous prévenir il y a cinq minutes. Nous n'étions pas loin pour un arrêt cardiaque alors nous sommes vite arrivés. Il sera bientôt hors de danger. Avez-vous vu quelqu'un s'enfuir ?

- Non j'ai juste entendu une agitation en passant devant le domicile alors que je me promenais et j'ai vu ce jeune homme baignant dans son sang. J'ai alors décidé de vous prévenir.

- Merci pour votre dévouement madame. Nous pouvons vous prévenir sur son état si vous le désirez.

- Non merci j'espère juste qu'il sera sauvé. Bonne soirée monsieur."

Elle raccrocha avant que l'homme puisse la complimenter d'avantage. Elle rangea le téléphone dans sa poche, le visage figé d'effroi. Il n'était pas tout seul, une autre a tout vu et ne manquera sûrement pas de la dénoncer. Cette fois tout est fini pour elle. Elle est devenue une criminelle recherchée pour meurtre de légitime défense. Toujours avec la même expression, elle marcha lentement avec le démarche d'un revenant vide de l'intérieur. Il lui fallut près d'une heure avant d'atteindre sa maison. Elle ouvrit et referma doucement la porte pour ne pas réveiller ses parents même s'ils devaient déjà dormir à 1h du matin. Elle se colla contre la porte d'entrée. Ses yeux se posèrent sur ses mains. Le sang avait maintenant coagulé. Elle se lava les mains en vitesse dans la salle de bain avant de s'enfermer. Elle enfila son pyjama puis s'empressa de nettoyer le sang sur sa robe. Avec du savon de Marseille et de l'eau froide, elle frotta avec tant d'activité que les taches disparurent. Mais la robe restant mouillée, elle descendit à la cave la sécher avec son sèche-cheveux. Elle brancha l'appareil sur une prise et se mit à l'œuvre. Le tissu retrouva son éclat comme s'il ne s'était rien passé. En remontant, elle vérifia qu'il ne restait aucune trace de sang partout où elle était passée. Elle inspecta ses chaussures et ses bas au cas où du sang aurait éclaboussé dessus. Elle se réfugia discrètement dans sa chambre. Sa robe reposa sur un buste féminin de mannequin décorant sa chambre. Ses chaussures et ses chaussettes étaient posés au pied et son nœud sur le bout du haut. Elle éteignit la lumière et se cacha sous ses couvertures. Pas moyen de s'endormir, sachant qu'elle n'était plus en sécurité désormais. Si le hérisson s'en sort, il peut venir à n'importe quel moment se venger. Il pourrait très bien parler et salir sa réputation. Tout le monde la rejettera et la regardera comme un monstre. Au moins en prison elle n'aura pas à supporter leurs remarques désobligeantes, mais elle fera honte à sa famille.