CHAPITRE 26 :

?, 22 Janvier, 22h.

Clara était allongée sur le dos, dans son lit. Il fallait se dire qu'il était déjà assez tard. Elle ne connaissait pas l'heure exacte ; mais en tout cas la nuit était déjà tombée dehors. Elle soupira.

Elle avait, à ce moment précis, très envie de manger un bon beignet sucré, venu de sa boulangerie favorite du Royaume Koopa. Un beignet aux pommes, plus précisément. Ou à la framboise. Voire même à la mûre. Clara s'en fichait pas mal du goût de son beignet, puisque tout ce qu'elle voulait, c'était de toute manière un beignet. Peu importe s'il venait d'être sorti du four ou s'il était périmé et sec depuis cinq jours. La fin justifie les moyens, et elle voulait juste goûter à son maudit beignet.

Un beignet... un beignet... un beignet... cela devait faire cinq bonnes minutes que Clara répétait, dans sa tête, ce mot. Elle avait si faim. Elle n'avait pu manger que vite fait un repas de sa journée, à midi. Il fallait se dire que la journée avait été longue, et éprouvante pour celle qui avait pourtant toujours bien vécu. Ou plutôt relativement bien vécu. Elle avait tout de même été trahie par sa sœur, sa propre sœur, qui lui avait planté un couteau dans le dos avant de le remuer dans sa quête, égoïste, vers le pouvoir.

Mais malgré tout, elle avait quand même assez bien vécu. Meilleur que le plus lambda des paysans, des ouvriers, qui, pour la plupart, crèvent littéralement de faim actuellement, parce qu'ils n'ont pas un seul repas à se mettre sous la dent, mais zéro. Zéro... à l'évocation de ce nombre, Clara aurait probablement immédiatement rétorqué zéro, comme la tête à Toto. Cette dernière bénéficiait en effet d'un humour, selon son cercle d'amis le plus rapproché, d' « hilarant ». Bien entendu, c'était quelque chose d'exagéré, qui était dit seulement pour la faire plaisir, mais Clara était en avant tout une personne très naïve...

Et qu'allait-elle faire pour son beignet, alors ?

- C'est décidé ! s'écria-t-elle.

Clara sortit de son lit, tout en affichant un regard visiblement motivé. Cela dit, son expression motivée ne resta pas figée sur son visage bien longtemps. Elle s'emmêla les pieds dans sa couverture, et tomba, la tête la première, sur le plancher. Si quelqu'un avait ouvert la porte à ce moment précis, il aurait fait face à une scène... comme on en voyait peu dans la vie de tous les jours, et plus qu'humiliante pour la pauvre Clara. Alors, Clara se ressaisit et ouvrit la porte de sa chambre, en espérant que personne n'avait entendu le vacarme qu'elle avait provoqué.

Clara se situait dans un camp de survivants. Elle avait encore beaucoup de mal à se rendre compte de comment la situation avait accéléré. Comment en était-on arrivé là ? C'était la question qu'elle se reposait, dans sa tête, sans cesse. Effectivement, la proposition soutenue par Kammy, qui consistait à ordonner la mise en place en un rien de temps de camps de survivants dans tout le royaume avait été votée à la majorité. Clara et Pommy avaient annoncé leur ralliement à Kammy, et Bowser avait fini par changer d'avis. Seul le Duo Duck Hunt était resté opposé jusqu'au bout, mais ils avaient dû finir par céder.

Dans le camp de Clara, ils étaient quatre vingt dix, dont elle, Duck, Hunt, et Pommy. Kammy et Bowser ont en effet décliné de les rejoindre, et ils n'ont indiqué personne de où ils allaient partir. Ils se situent dans le camp le plus « luxueux » du royaume sûrement, parce qu'il était le moins peuplé surtout. En somme, ils avaient la chance de se retrouver dans l'endroit du pays le moins infesté par les zombies, en étant non loin du château Koopa. Leur camp, qui n'en est pas vraiment un en vérité puisque c'est juste un bâtiment, un ancien hôtel plus exactement qui a été reconverti pour l'occasion, est en plus facilement défendable, étant assez isolé du pâté de maisons de la ville.

Quoi qu'il en soit, Clara ferma délicatement la porte de sa chambre pour éviter de faire trop de bruit, et marcha sur la pointe des pieds à travers l'hôtel. Elle arriva au rez-de-chaussée, et fit bien attention à ce qu'il n'y ait personne dans les parages. Elle regarda à droite, à gauche, devant elle, derrière elle... victoire. Elle était bien seule, personne ne serait là pour la déranger. Tout le monde était déjà parti au lit, et personne n'avait encore été chargé de monter la garde puisque les zombies n'étaient pas encore arrivés dans la région. La porte d'entrée du bâtiment était juste à côté d'elle, ainsi que la porte menant à la cuisine.

Clara avait faim... très faim... mais elle ne voulait pas transgresser les règles. Elle repensa alors à son beignet. Elle pourrait probablement en trouver un, et même plus encore, dans la cuisine de l'hôtel ! Mais si jamais quelqu'un remarque le vol, elle devra faire très attention de ne pas se faire griller, tout simplement... elle pourrait aussi décider de sortir de l'hôtel, et essayer, en faisant très attention puisqu'elle s'armerait d'un couteau de cuisine, de récupérer quelques vivres pour l'avenir.

Ce que Clara ne savait pas, c'est qu'au même moment, Pommy avait eu une réflexion identique à elle. Il avait un sérieux creux, et se prépara à quitter sa chambre pour chercher à manger dans une vingtaine de minutes... ou pas, puisqu'il hésitait encore.

Royaume Sarasaland, 22 Janvier, 17h.

Toad rebroussa chemin.

Oui, c'était la vérité.

Toad, oui, Toad avait bien fait cela. Il avait abandonné une innocente personne à son triste destin.

Toad avait laissé la Toadette se faire écraser, oui, écraser, dans le sens littéral du terme, devant cette cathédrale. Il courra, le plus loin possible, pour s'enfuir de cet endroit. Il ne pouvait pas... non, c'était de toute manière trop tard se disait-il. Lui qui n'avait que fait être jugé par ses amis soldats du Royaume Champignon pour sa gentillesse, voilà qu'il avait commis un acte... juste méchant, tout simplement, en laissant quelqu'un à la mort. Enfin... Toad avait un faible espoir au fond de lui. Il ne saura probablement jamais ce qu'il était finalement advenu de cette fille, puisqu'en s'enfuyant, il avait refusé de regarder derrière lui. Le passé était le passé après tout, et maintenant, Toad devait aller de l'avant...

Mais Toad sentit une petite larme couler sur son visage, alors qu'il courrait pour rejoindre le château de Daisy. La société était déjà bien trop dure pour lui quand tout allait bien, et cette dureté n'allait que faire être amplifiée au vue de la situation, catastrophique, de Sarasaland. Et pourtant, « l'invasion » zombie n'avait même pas commencé dans la capitale, alors qu'est ce que ça serait demain, se disait-il...

Au fur et à mesure qu'il s'éloignait de la cathédrale et se rapprochait du château, Toad croisait de moins en moins de personnes dans la rue. Il se fit juste aborder par un étrange personnage qui lui distribua un tract politique dénonçant la reine Daisy et son soi-disant « complot » contre l'Eglise, qu'il jeta dans la poubelle la plus proche aussitôt. Il arriva enfin dans le château, salua Daisy, et accourut pour s'installer dans une chambre d'amis. Daisy fronça les sourcils devant ce spectacle.

Quelques instants plus tard, Samus rentra dans le château à son tour, cigarette à la bouche. Par coïncidence, Tullia avait fini sa sieste pile à ce moment-là.

- Où est Shulk ? demanda Samus.

- Il dort, rétorqua Daisy.

C'est alors que Daisy demanda à Tullia et Samus de s'approcher d'elle. Elle leur chuchota à l'oreille.

- Vous savez... je me demande si on ne ferait pas mieux de laisser Toad au château ou quelque chose comme ça plutôt que de l'emmener avec nous...

- Quoi... ? hurla Tullia, surprise par cette idée soudaine.

Samus s'approcha de sa « coéquipière » pour lui mettre la main sur la bouche. Elle attendit que Tullia se calme pour la retirer.

- Je... je veux dire, non, je ne dis pas qu'il faut l'abandonner hein... normalement il y aurait quelques soldats pour protéger le château aussi. Mais je veux dire, je l'ai vu tout à l'heure et je le trouve vraiment trop fragile, trop... mignon. Ce qu'il risque de voir lorsqu'on arrivera demain au fort, ce sera vraiment trop dur pour lui... si on le laisse venir, j'ai bien peur que le pire lui arrive... en tout cas, si l'une d'entre vous s'oppose à cette idée, qu'elle me le fasse savoir, et Toad viendra avec nous, je vous le promets... mais je réfléchis à ce qui est mieux pour lui, et puis pour nous...

Daisy baissa la tête, comme si elle avait presque honte d'elle quand elle finit de parler. Samus déclara simplement qu'elle s'en fichait et qu'elle laisserait Daisy faire ce qu'elle veut. Daisy se tourna alors vers Tullia.