Chap. 28 Right Now || KORN
Lorsque j'ouvris les yeux le lendemain, je poussais un grognement et les refermais aussitôt. Une présence masculine près de moi me tapotait avec insistance le bras, refusant de se laisser oublier gentiment. Ils ne pouvaient même pas attendre cinq minutes après mon réveil pour recommencer à me pourrir la vie ?
- Tobi, qu'est-ce que tu veux… - croassais-je, la voix rauque. Je ne pense pas pouvoir m'y faire un jour. Tout comme au poids de ce corps et tous les événements qui ponctuent le quotidien d'un corps masculin. Et pourtant j'y ai été plus ou moins confrontée avec tous mes frangins !
- Ah oui, c'est vraiment impressionnant…
- Je serai d'humeur, je t'aurai fait une blague de merde sur cette remarque, mais comme tu me prends au pied-levé et que voir ton masque dès le matin ne m'enchante pas vraiment, je la garderai pour moi.
- Comme j'ai de la chance. - répondit-il, incapable d'empêcher une pointe d'agacement percer dans son intonation. Je me tournais sur le côté pour lui présenter ostensiblement mon dos. Quelle idée de venir s'asseoir près de moi en attendant que je me réveille, ce n'est pas flippant, ça va ! Ils n'ont vraiment aucune notion d'espace personnel, lui encore moins que les autres. - Eh ! Ne te rendors pas ! - me gronda-t-il en me forçant à revenir sur le dos. - Je vais avoir besoin de toute ton attention et je n'ai pas beaucoup de temps.
- Pourquoi tu ne vas pas emmerder Itachi dès le matin à la place…. Lui est vraiment intelligent en plus. Je suis sûre que vous gagnerez un temps fou.
Je me passais les mains sur le visage, cherchant à me réveiller rapidement. Tobi n'allait jamais suivre mon « conseil ». Et maintenant que j'y pense… Je retirais une de mes mains pour l'étudier d'un seul œil, regrettant encore une fois qu'il porte cet affreux masque orangé.
- Eh… Où est passé le « Tobi veut te faire chier » ? Pourquoi le « je » ?
- Ce n'est pas vraiment la question la plus urgente pour l'instant, tu ne crois pas ?
- Chacun voit midi à sa porte.
- Je commence à penser que le talent de ta famille, c'est de rendre les choses plus compliquées qu'elles ne le sont par pur plaisir de faire perdre du temps et de l'énergie aux autres.
- Fascinante théorie. C'est toi qui parles le plus pour le moment.
S'il avait été à visage découvert, je suis sûre que j'aurai pu le voir lever les yeux au ciel. Je me redressais et posais mes coudes sur mes genoux, lui indiquant qu'il était temps d'accélérer les choses. Si c'était si urgent, pourquoi faire encore durer le suspense ? A mon haussement de sourcil suggestif, il se lança enfin.
- Ce qui se passe est une chance incroyable pour choisir une option imprévue : j'ai besoin de toute ton attention. Et de ta parole. Tu dois garder ce que je te dirai pour toi, uniquement pour toi, jusqu'à la fin de tes jours ou jusqu'à ce que chacun des membres de cette organisation soit mort, selon le plus rapide. J'ai ta parole ?
J'hésitais, inquiète de devoir tenir une telle promesse. L'Akatsuki avait tendance à tout dramatiser, mais si c'était vraiment aussi grave… Avais-je envie de l'entendre et de garder un tel secret ? Je fronçais les sourcils et cherchais mes mots. Non, je n'avais aucune envie qu'il me confie une responsabilité supplémentaire vis-à-vis de cette organisation. Surtout venant de lui. Ce qui nous arrivait à Itachi et à moi, ce n'était pas une « chance » et la seule chose que je tenais à changer, c'était cet échange de corps. Je m'éloignais de lui et me levais, me dirigeant doucement vers la porte de la pièce. Il comprit ma réponse implicite et tenta immédiatement de m'appâter.
- Suzuki, crois-moi : tu veux savoir. Tu as le moyen de nous offrir une porte de sortie qu'on n'envisageait même pas. Tu peux sauver des gens.
- Je peux sauver des gens même sans savoir. Et pourquoi je ne pourrai en parler à personne, hum ? - J'étais presque à la porte, j'allais pouvoir m'échapper… Je lui parlais en le regardant, posant ma main sur la porte et cherchant à tâtons le moyen de l'ouvrir. Au moment où je l'entrouvrais, Tobi me rejoingnit et me saisit par l'épaule, la serrant presque douloureusement. Son unique œil visible me cloua sur place. Allait-il… Allait-il utiliser son Sharringan ? - Tobi… Pourquoi viens-tu me voir moi ? Tu sais bien que je n'ai pas les compétences des autres pour gérer ce genre de chamboulement pour le futur…
- Pas encore, mais crois-moi, tu les auras. Tu les égaleras. Tu les dépasseras même. Je viens te voir toi parce que je vois un moyen de sauver les Uchiha.
- Itachi n'est pas avec nous ? - le coupais, essayant de gagner du temps par n'importe quel moyen. Maîtriser ma nervosité grandissante suite à cette confrontation seul-à-seul n'était pas chose aisée. Tobi secoua la tête négativement et appuya sur mon épaule pour retrouver mon attention. Et dire que la porte de sortie est juste là…
- Non, il s'est réveillé plus tôt et a rejoins les autres. Veux-tu m'écouter ?
- Non. - lui répondis-je honnêtement, repoussant sa main fermement. Je lui tournais résolument le dos et sortais dans le couloir. Je n'avais pas besoin de ça à peine réveillée, il allait avoir la politesse d'attendre que je mange quelque chose avant de me prendre la tête comme il sait si bien le faire.
Ma décision lui déplut, évidemment, et il m'emboîta le pas, agissant telle une présence silencieuse et inquiétante dans mon dos. Il n'a vraiment rien de plus urgent à faire ? Je décidais de l'ignorer. Il allait forcément se lasser à un moment ou un autre et abandonner. Marchant d'un pas résolu, je tentais de retrouver mon chemin à travers ce dédale, refusant de lui demander des indications. La cuisine… Ou ce qui s'en rapproche le plus… Peut-être par là ?
Mon exploration à l'aveugle dura bien vingt minutes avant que je ne jette l'éponge la première. En désespoir de cause, je poussais un long et douloureux soupir avant de me retourner vers lui en croisant les bras. Pour une fois qu'il restait muet, voilà que j'allais lui demander de me parler. Génial. Nous nous dévisageâmes un long moment. Finalement, il me surprit en prenant la parole en premier.
- J'ai vraiment hâte que les choses reviennent à la normale, voir tes expressions sur le visage d'Itachi…
- Oui, oui, je sais, c'est perturbant, tout le monde nous le dit. Et encore, tu n'as pas eu à vivre longtemps avec ce changement, contrairement aux autres.
- Suzuki, tu ne veux pas que ça change ? - il posa à nouveau sa main sur mon épaule, plus doucement cette fois-ci. Je ne le pensais pas si tactile. Ou était-ce pour mieux m'empêcher de fuir encore une fois ? - Écoute-moi. Tu ne le regretteras pas.
- Comme je n'ai jamais rien regretté dès que ça venait de vous… Allez. Dis-moi. Comment puis-je sauver les deux Uchiha restants, hum ? D'ailleurs, les deux… Ais-je vraiment le bon compte ?
Je serrais les dents alors que sa prise sur mon épaule se resserra brutalement. Un ange passa, je crus qu'il allait se raviser et faire machine arrière. Ce serait bien son genre. J'avais touché un point sensible, sûrement un énième secret issu d'un traumatisme de champ de bataille ou de missions-suicide… Quelque chose de si personnel qu'il allait fuir plutôt que de s'y confronter en me l'avouant.
J'avais tort.
- Nous sommes quatre. Et on risque de n'être plus qu'un si on continue sur cette voie.
- Quatre ? C'est incroyable ! Comme quoi mon clan n'est pas le seul à voir réapparaître des membres à l'improviste, c'est vraiment-
Sa main libre vola vers ma bouche pour me bâillonner. Manifestement, mon enthousiasme était déplacé. Il ne ne prenait pas les avis constructifs. Je fronçais à nouveau les sourcils sans pour autant chercher à me soustraire à sa main. Ce n'était pas le moment de le couper dans son élan. Un nouveau silence pesant s'installa, nos respirations s'emmêlant tant nous étions proches. Si j'avais été dans mon corps, je m'en serai inquiétée. Mon cœur s'accéléra et je me sentis rosir : je savais qu'il pouvait entendre ses battements désordonnés. C'était idiot de se mettre dans cet état juste à cause de cette proximité inattendue, surtout avec lui, je le savais bien. Cependant, quelque chose dans sa présence et son silence me mettait en émoi.
Quand j'y pense, lors de notre dernier face-à-face j'avais été trop focalisée sur ma pupille et ses actions complètement folle pour le remarquer sur le moment, mais il s'était là aussi montré très tactile. Trop pour quelqu'un cachant une personnalité plus sombre que celle montrée au reste du monde. Était-ce juste sa façon de s'exprimer ? Et même s'il m'avait surtout crié dessus, il était resté pour me forcer à retrouver mes esprits. Ou juste pour voir ce que donnait un Tenshingan libéré de toutes contraintes ?
Je m'obligeais à me reconcentrer seulement sur lui et notre discussion actuelle. Je ne pouvais pas me laisser distraire par ces divagations sans fondement. Délibérément, je plantais mes yeux dans les siens. Je le sentais hésiter, je pouvais presque le voir peser le pour et le contre de sa prochaine action. Je ne voulais rien faire pour l'influencer. La décision de se confier devait être seulement sienne, issue de ses propres réflexions.
Finalement, il me libéra du poids de sa main sur ma bouche pour la porter vers son masque orange. Lentement, avec beaucoup de précaution, il le retira.
Ce que je vis m'ôta la parole.
Tobi était terriblement marqué. Son visage m'indiquait qu'il approchait sans doute de la trentaine. Enfin… La moitié de son visage. Tout le côté droit était un chaos de cicatrices qui, même si elles étaient « propres », déformaient ses traits et le rendait méconnaissable. Avec une telle blessure… Ne devrait-il pas être mort ? D'autant que je pouvais voir que ces cicatrices ne s'arrêtaient pas à sa mâchoire : elles continuaient jusque dans son cou, probablement plus loin encore. Impossible à dire sans le voir torse nu, ce qui n'arriverait heureusement jamais, me promis-je fermement.
Conscient du spectacle qu'il offrait, il me laisse le temps de digérer le choc, ne s'offusquant pas de ma réaction. J'avais mal pour lui. Voilà ce que ça donne de rester dans cette organisation : je ressens lde la compassion à l'égard de monstres sanguinaires recherchés dans tous les pays ninjas.
Doucement, pour ne pas l'effrayer, je levais ma main vers sa joue lisse, les yeux rivés sur son côté intouché. Il me laissa la poser. J'ignorais l'incongruité que devait représenter la main d'Itachi contre sa joue, oubliant momentanément que je n'étais pas dans le bon corps.
- C'est Itachi ? Quand il a attaqué tout votre clan ? C'est pour ça que tu portes un masque ?
Il eut un sourire triste et résigné avant de fermer les yeux, toujours immobile sous ma main. Cet homme était un véritable mystère ambulant… Que pouvaient être ses motivations pour se retrouver dans une organisation criminelle avec le responsable du massacre de son clan ? Pourquoi jouer un rôle de simple d'esprit pour rester avec des ninjas renégats ? Et pourquoi me révéler le secret de son ascendance à moi, une ennemie héréditaire de son clan et surtout une novice totale dans les arts de la guerre des shinobis ?
- Pourquoi Tobi ?
- Parce que tu n'es pas comme les autres. Tu ne réfléchis pas comme nous : tu n'as pas les mêmes raisonnements qu'on nous a forcé à intégrer.
- Tu as peur que les autres te dénoncent à Itachi ?
- Non Suzuki, pas du toute. Je me cache pour autre chose. Et je me montre à toi aujourd'hui, c'est parce que je sais que tu voudras me protéger aussi, en plus de protéger Itachi.
- Comment peux-tu en être aussi sûr ?
J'allais me sentir mal. Mon cœur battait bien trop vite et trop fort dans ma poitrine. Comment pouvait-il se sentir si confiant en déclarant ces mots ? Nous n'avions pas passé de temps ensemble, je n'avais jamais été qu'une fillette enquiquinante et capricieuse à ses yeux, alors pourquoi me confier un secret si grave et m'accorder une telle confiance ? Je retirais ma main de sa joue comme si je m'étais brûlée. D'ailleurs, c'est lui que j'aurais du brûler. Je baissais les yeux vers les doigts fins d'Itachi, suspicieuse. Que se passait-il encore avec ce corps, hein ?
- Il faut que tu le gardes. - intervint Tobi en saisissant ma main. Je le fixais sans comprendre.
- Pardon ? Que j'empêche Itachi de retrouver son corps de ninja sur-entraîné ? Aurais-tu perdu l'esprit ? Vous avez besoin de lui !
- On peut s'en passer. On peut s'en passer si tu réussis à activer le Sharringan mais que tu restes dans son corps. Ne le lui rends pas.
- Tobi, ça n'a aucun sens, je ne-
- Itachi veut mourir.
- Que… Quoi ?
- Itachi veut que Sasuke devienne plus fort et pour ça, il veut être tué par sa main.
J'eus l'impression d'être frappée en plein ventre. Quand je dis que tous ces gars ont un gros, gros problème… Son raisonnement est complètement fou ! Personne ne réfléchit comme ça, s'il veut que ce Sasuke devienne plus fort mais qu'il aille passer du temps avec lui pour l'entraîner ! Et pour l'empêcher de mener à bien sa connerie, il faudrait que je renonce à mon propre corps ? Mais ils sont fous ces ninjas !
- Vous êtes malades ? Tu ne veux pas aller lui dire à lui que c'est une idée de merde ? Peut-être que tu as peur ? Tu veux que j'y aille à ta place ? Parce que moi ça ne me dérange pas ! - je me dégageais de sa prise seulement pour qu'il l'affermisse encore. La moutarde me montait au nez. - C'est moi qui dois jouer les gardes-chiourmes en l'empêchant d'avoir accès à son corps ? Oh, et si il y va quand même, hein, retrouver ce Sasu-
Un nœud apparut soudainement dans ma gorge, me coupant momentanément la parole. Ce prénom réveillait comme une ancienne douleur dans ce corps, je sentais mon estomac se serrer et ma gorge s'assécher. D'ailleurs, qui est Sasuke déjà ? Ce prénom réveillait quelque chose en moi, une sorte de réflexe, l'envie de me jeter à la gorge du premier qui s'approcherait trop de lui. Je déglutis péniblement alors qu'un visage s'imposait à moi, accompagné d'une voix d'enfant. Sasuke, le petit frère laissé en vie… Il l'aurait épargné juste pour qu'il puisse mettre un terme à son existence plus tard ? Comme si ça allait lui permettre de se racheter s'il laissait son petit frère le tuer ? Mais quel genre de raisonnement suivait-il ?
Je fermais les yeux, me concentrant sur ma respiration, les traits tirés par la douleur. Des souvenirs s'imposaient à moi, que je les accepte ou non. Je le voyais, le visage du petit Sasuke. J'en souffrais. Je ne connaissais pas cet enfant et pourtant, je ressentais un profond amour et beaucoup, beaucoup de pitié pour lui. Sasuke était le trésor d'Itachi, ce pour quoi il continuait à se lever, à se battre. Juste pour se jeter sur sa lame ? C'était incompréhensible.
Lorsque je rouvris les yeux, je réagis avec violence, cherchant par tous les moyens à me distancer des sentiments d'Itachi pour retrouver les miens. Je ne pouvais pas me laisser envahir par ses émotions, j'avais besoin de rester moi, juste moi.
- Sasuke, je m'en fiche, on fait quoi ? On le laisse se faire trucider avec mon corps ? Ça t'arrangerait en plus je suis sûre !
- Non, on te protégera et on l'empêchera de retrouver Sasuke comme ça, mais le temps de mener à bien notre mission et de le convaincre, reste dans le sien !
- Mais j'ai des choses à faire aussi ! Notamment par rapport à mon propre clan !
- Ils ont attendu dix-neuf ans, ils peuvent bien attendre encore un peu. Je te jure,Suzuki, e te le promets, je t'aidera personnellement à découvrir ce qui s'est passé et à le faire revivre mais avant ça, tu dois empêcher Itachi de mourir.
- Tobi, je ne peux pas. Tu me demandes quelque chose d'impossible. - je me dégageais enfin et m'éloignais de plusieurs pas, les nerfs en pelote, cherchant à reprendre ma respiration sans me sentir encerclée.
Nerveusement, je me mis à faire les cent pas dans ce couloir sombre, énumérant les raisons pour lesquelles je ne pouvais rien lui promettre. Il y avait Fuhito, Tadao, ma famille, mon clan et Itachi avait sa propre vie à mener, qui étais-je a rapport à lui pour savoir ce qu'il devait faire avec son clan et pouvait-on vraiment empêcher l'assassin de ce même clan de se donner la mort en se jetant sur l'arme de ce Sasuke ?
- Beaucoup d'espoirs reposent sur lui et ses capacités. Bien plus que sur toi.
- Oh, alors puisque j'ai moins de valeur qu'un Uchiha, je dois renoncer à ma vie pour la garantir la réussite de ses projets ? Tu trouves ça juste toi ? Tobi, tu ne peux pas me demander ça, rends-toi compte de ce que ça signifie !
- Tu ne veux pas sauver Itachi ?
- Itachi est un ninja renégat, parjure et parricide qui a détruit tout le clan Uchiha en une nuit.
- Ce n'est pas ton ami ?
- Ce n'est… Tobi, tu ne… N'utilise pas ce genre d'argument avec moi. - je m'arrêtais dans mes pas et croisais les bras en me retournant vers lui. Ses yeux noirs me dévisageaient froidement. Non… Son œil noir. L'autre était étrange. Comme abîmé lui aussi et pourtant fonctionnel. Dans la pénombre et avec la vision d'Itachi, je n'arrivais pas à distinguer ses particularités, mais je savais qu'il était différent. Je décidais de ne pas poser de question là dessus pour le moment. - Je ne peux pas accepter.
- Tu refuses de nous aider par pur égoïsme ?
- Qui est le plus égoïste de nous deux ici au juste ? Tu me demandes de mettre encore en parenthèses ma vie pour une durée indéterminée dans l'hypothèse où tu parviendrais à faire changer d'avis Itachi quant à son suicide assisté ? Youhou, ça ne te semble pas fou ?
-La seule chose folle, c'est que j'ai pu penser qu'on accepterait de m'aider. Tu es comme tous les autres en fait. - il se leva abruptement, les yeux étincelant de colère. - C'est toi d'abord, les autres après ! C'est toujours, toujours la même chose ! Tous ces gens doués qui pensent que tout leur est du et qui ne se rendent pas compte des sacrifices que l'on fait pour eux !
- Je n'ai jamais rien demandé ! Je n'ai jamais prétendue être douée, ni voulu vivre tout ça, c'est de votre faute si je me retrouve aujourd'hui à devoir assumer une telle ascendance ! Alors ne viens pas me parler « d'égoïsme » quand vous m'avez enlevée seulement pour servir vos ambitions de criminels complètement barjos !
En deux pas, il fut sur moi.
J'évitais souplement sa main volant vers ma gorge et lui décochais deux coups dans le ventre avant d'être envoyée dans le mur. Apparemment, ce ne serait pas un combat la loyale. Très bien. Ma journée vient de commencer il y a exactement dix minutes et on me tape déjà dessus. J'ai sûrement battu un record.
La colère m'envahit : lorsque je me désencastrais du mur, une trace noire resta derrière moi alors qu'une odeur de brûlé se faisait sentir. Parfait, toujours en accord avec mes émotions. Toujours aussi intuitivement, les signes d'un jutsu s'imposèrent à moi et je les exécutais à toute vitesse. Une immense boule de feu quitta ma bouche, s'écrasant sur Tobi. Du moins, devait s'écraser sur lui : elle passa au travers de son corps sans lui faire le moindre mal. Ma colère se mua alors en rage. Je n'aurais donc pas droit à quelques secondes de répit parmi eux, il faudra toujours que je suive leurs ordres et supporte leur condescendance à mon égard ? Qu'ils aillent tous se faire voir.
Tobi avait de la chance que je n'ai aucune arme sur moi. Je l'aurais éventré à la moindre chance donnée. Sans attendre, je me jetais à nouveau sur lui, parant efficacement ses coups. L'entraînement d'Itachi était un atout précieux dans ce combat en corps-à-corps, je me serait fait mettre k.o. en deux frappes sinon. Au lieu de ça, chacun de mes gestes touchait l'homme. Ils ne lui infligeaient peut-être pas beaucoup de douleur, mais je pouvais sentir son corps sous mes poings un bref instant un bref instant avant qu'il n'utilise son horripilante technique de dématérialisation. Si je pouvais le prendre de court et de vitesse juste un moment…. Juste pour le déstabiliser et lui asséner le coup de grâce durant ce moment de faiblesse.
C'était bien trop ambitieux pour moi. Je cessais rapidement de compter les coups pour me concentrer sur sses gestes et essayer d'y reconnaître une suite de katas. Si je parvenais à prédire son prochain coup, peut-être parviendrai-je à le déstabiliser ? J'exécutais les signes d'un nouveau jutsu, sentant le feu remonter dans ma gorge. C'était grisant. En face, Tobi se mis à esquisser également plusieurs signes. C'était à celui qui terminerait le plus vite son invocation. Je le battis de quelques millièmes de secondes.
Un jet de flammes s'échappa de ma bouche. Je contrôlais avec précision le flux en prenant de grandes inspirations et expirations maîtrisées. Impossible de savoir si je le touchais à cause des vagues de chaleur devant mes yeux. Lorsque, à bout de souffle, les flammes s'amenuisèrent et le jet se tarit, je déglutis avec peine, vidée de toute chaleur interne. Des frissons parcouraient mon corps alors que je me rendais compte que je ne trouvais Tobi nulle part.
L'avais-je… Oh non ! Je ne pouvais pas l'avoir réduit en cendres, pas lui, pas comme ça ! Un membre de l'Akatsuuki ne pouvait tout simplement pas mourir par ma main, je n'étais pas un adversaire à la hauteur ! L'angoisse se mêla à la colère et à la panique. Je ne pouvais pas avoir tué Tobi !
Je tournais sur moi-même en cherchant à le trouver dans la pièce ravagée malgré ma pauvre vision. Peut-être s'était-il dématérialisé et transporté dans une autre pièce, prévenir les autres pour me maîtriser ? Ou...
La douleur vive d'une lame s'enfonçant dans mon dos me coupa le souffle. Le salaud s'était planqué quelque part pour mieux me prendre de court. Je vis rouge. Littéralement.
La colère, la peur, la rancœur et maintenant la douleur combinées l'angoisse plus ou gardée à distance ces derniers jours venaient de se conjuguer pour me laisser dans un chaos d'émotions violentes. Je me savais livrée à mon sort et les responsabilités m'écrasaient. J'étais seule et faible. Une bonne à rien. Et j'allais mourir dans le corps d'un autre si je ne faisais rien ! Avec un cri de rage, je me tournais vers mon agresseur, lui arrachant son kunaï de la mai. Je le retirai de mon dos avec une grimace de souffrance. J'étais maintenant armée, enfin.
Je constatais avec plaisir que ma vision avait retrouvé son acuité. Les traits de Tobi m'étaient lisibles et ce que j'y voyais me plaisait : le doute. Je souris et levais une main : un simple signe et je me muais en un nuage de corbeaux. Hors de question que je me prive de l'occasion d'exécuter ce tout r de passe-passe.
Ce changement d'énergie allait jour en ma faveur. Il s'attendait à ce que j'utilise le même stratagème que lui. Que je me glisse dans son dos et que j'attaque. Non. Ce ne serait pas le cas. A la place, je repris forme humain devant lui, assez près pour être presque dans ses bras Ses yeux s'écarquillèrent de surprise quand j'enfonçais son kunaï dans son ventre, le faisant remonter vers ses côtes, jusqu'à ce qu'il soit bloqué. Tout ça sans jamais lâcher son regard du mien.
- C'est toi qui as voulu ça. - crachais-je haineusement, les dents visibles, prête à mordre si on m'en donnait l'occasion.
- Il y a beaucoup de choses que j'ai voulues et qui ne se sont jamais produites. -il me saisit le poignet et me le tordit, m'obligeant à lâcher le kunaï. - que ça, ça fonctionne, je m'en serai bien passé.
Son corps se mis à disparaître en cercles et finalement, je fus laissée seule dans la pièce. Le tintement clair due l'arme tombant sur le sol marqua son départ définitif.
Je respirais de manière désordonnée. Je voyais toujours rouge. Lentement, très lentement, la réalisation de ce qui venait de se passer s'imposa à moi. Tobi avait réussi. Son plan n'était probablement pas d'épargner Itachi, mais bien de s'assurer que je sois capable d'activer ce fichu Sharringan. J'allais pouvoir tenter de rectifier la situation. Tout ça grâce à Tobi.
Parce que c'était bien le cas : j'avais enfin activé cette pupille.
OoOoOoOoOoOoOoOoO
- Itachi ! Itachi ! - criais-je en courant dans les couloirs, négociant tant bien que mal les virages soudains et les culs-de-sac m'obligeant à freiner des quatre fers pour éviter une collision.
C'est toujours lorsque je veux les voir qu'ils sont introuvables, bien entendu… Pourtant cette énième cachette ne peut pas être si grande et je suis immanquable pour le premier pseudo-ninja venu ! Il faut que j'en trouve au moins un pour me conduire à Itachi, le plus rapidement possible avant que la pupille ne se désactive… J'ai tellement peur qu'elle puisse disparaître aussi subitement qu'elle est apparue ! Je ne saurais pas m'y prendre pour faire revenir cette coloration rouge et je ne tiens vraiment pas à me disputer encore avec Tobi. Je me pose beaucoup trop de questions à l'issue de nos « discussions ».
Avec beaucoup de chance, me voir avec le Sharringan devrait déclencher une sorte de réaction du Tenshingan… Oh mon Dieu, et si je dois l'attaquer lui aussi ? Je n'ai vraiment aucune envie de revivre l'échange de souvenirs traumatisants, merci bien. Si je peux me l'éviter… D'ailleurs, en parlant de souvenirs et mémoires… Je ne lui ai pas demandé ce à quoi il avait eu droit lui lors de l'échange. Je n'avais sûrement rien vécu d'aussi violent et sanglant que le massacre de mon clan entier, ça avait du lui paraître au mieux reposant, au pire ridicule.
Je continuais ma course effrénée en l'appelant, le félicitant pour son endurance bien utile en ce moment. Je me demandais si j'oserai lui poser la question pour savoir ce qu'il avait vu de mon passé et ce qu'il en avait pensé. Surtout qu'il me la renverrait sûrement. Serais-je capable de trouver les mots pour exprimer le désarroi et la tristesse qui m'avaient envahie lors de l'échange ? Est-ce que je devais lui dire, ou plutôt lui confirmer qu'il avait vécu un véritable cauchemar ?
Brusquement, je frais devant un mur. Toujours pas une âme. Je posais une main contre le ciment, reprenant mon souffle, les yeux fixant un point dans le vague. J'ignorais tout des raisons qui l'avaient poussé à accomplir cet acte ignoble. Pourquoi ? Si je me concentrais suffisamment, pourrais-je savoir ?
En avais-je le droit ?
Si je me permettais de fouiller dans sa mémoire, il serait impossible de faire machine arrière. Il pourrait m'en vouloir à mort. Je pourrais apprendre de terribles secrets ou bien tout simplement me rendre compte qu'il a bien toute sa place dans cette organisation. Souhaitais-je vraiment obtenir ce genre de confirmation ? Un frisson me parcourut de la tête aux pieds. Non. La priorité, c'était de lui rendre son corps en retrouvant le mien par la même occasion. Je n'avais pas à me mêler de ses histoires de famille. Les miennes me suffisaient.
Je repris ma course et débouchais sur l'immense pièce où jouaient Hidan et Deidara aux cartes hier, m'attirant tous les regards des hommes. Ils entouraient mon corps, me bloquant la vue sur celui-ci. Sans attendre davantage, je les rejoignis et les écartais sans façon, ignorant leur stupéfaction générale probablement due au Sharringan.
- Itachi ! Enfin ! Regarde, j'ai activé ta pupille, on va pouvoir-
Son regard bleu me cloua sur place, m'ôtant la parole. Lui aussi ! Mais comment ?
- J'avais deviné. - répondit-il sobrement, le visage fermé. Je pensais qu'il serait un petit peu plus heureux et soulagé que ça, c'est tout de même une bonne chose… Les sourcils froncés, je cherchais à lire sur son visage ou son attitude un indice. Pourquoi n'était-il pas plus satisfait ?
- Alors procédons à l'échange ?
- J'aimerais beaucoup. Si seulement je parvenais à avoir seulement deux minutes pour moi seul !
Sa phrase s'était transformée en cri de rage et de frustration, incitant tout notre public à prendre un pas de recul tandis que je me figeais sur place, mes yeux s'agrandissant face à la réalisation. Le lien n'était pas brisé. Itachi devait gérer tous les membres du clan Yasaemon en même temps : une centaine de voix ayant une haine viscérale pour tous les Uchiha, ce qu'il s'avérait être. Horrifiée, je plaquais une main sur ma bouche tout en attrapant une des siennes. Devait-il endurer cette torture bien particulière depuis que j'avais activé le Sharringan ? Nous devions agir, et vite.
- Je sais ce que c'est, respire, focalise-toi sur des sensations physiques. Et n'hésites pas à exiger le silence, c'est toi qui est en vie, pas eux. - l'encourageais-je en saisissant sa seconde main, cherchant à capter son attention. - Regarde-moi. Ça va s'arranger, tu n'en as plus pour longtemps.
- Suzuki, peut-on- ?
- Non, c'est bon, laissez-nous gérer ça Sasori, on va s'en sortir. - je n'osais pas lâcher des yeux Itachi, qui me regarder enfin, pour voir comment Sasori prenait ma demande, mais en me fiant aux froissements de tissus et aux bruits de pas qui suivirent ma phrase, j'en conclus qu'ils acceptaient de nous laisser gérer ça seuls. Itachi me fixait d'un regard flou, comme s'il n'était pas entièrement présent avec moi.
Je ne pouvais qu'imaginer l'enfer que devaient lui faire vivre mes ancêtres. S'ils me rendaient déjà folle alors que j'étais l'une des leurs, que pouvaient-ils faire subir à un Uchiha ? Doucement, je posais une main sur sa joue, espérant qu'un contact physique pourrait l'aider à instaurer de la distance avec les attaques mentales qu'il devait endurer. Il était toujours glacé.
- Itachi ? Tu m'entends ?
- Oui… Bien sûr.
- Bien. Regarde-moi, vraiment. - courageusement, il secoua la tête et se concentra sur moi. Ses yeux bleus m'impressionnèrent. Ou devrais-je dire mes yeux ? Je pense que ça restera l'une des expériences les plus étranges que j'aurais pu vivre avec ces allumés de l'Akatsuki. - C'est très bien. Maintenant essaye de te projeter, essaye de deviner mes pensées. Concentre-toi sur mes yeux Itachi, que vois-tu derrière ?
- Je… Je ne vois rien… Ce n'est pas comme ça que nous utilisons notre pupille, je ne-
- Chut, Itachi, on ne parle pas du Sharringan mais du Tenshingan, et c'est comme ça que moi je l'utilise. Qu'est-ce que je suis derrière la surface, quels sont mes désirs, mes craintes, mes pensées ? Qui suis-je, Itachi ?
Il me dévisagea un long moment, ses yeux bleus sondant avec un désespoir croissant mon visage. Ses traits se tordaient sous la douleur et la concentration. J'étais frustrée de ne rien pouvoir faire de plus pour l'aider, j'aurais voulu trouver des mots plus précis pour mieux le guider dans l'utilisation de ma pupille. Je ne pouvais lui offrir que cette aide. De mon côté, j'hésitais à utiliser le Sharringan, j'avais peur de lui causer des dommages dont il ne pourrait jamais se remettre. Si je l'utilisais une fraction de secondes avant lui, je craignais que nous ne nous retrouvions dans la même situation que j'avais vécue avec Tobi. Cela ne nous rendrait pas nos corps, ça ajouterait seulement encore à la confusion entre nos deux esprits et nos souvenirs respectifs.
Quel spectacle nous devions offrir, à nous dévisager sans rien dire, ma main sur sa joue, ses poings crispés sur les manches de son haut ! Deux individus partageant un sort terrible, ne pouvant compter que l'un sur l'autre pour se tirer de cette situation qui pourrait, probablement, nous coûter nos vies. Une vraie tragédie. Un sourire vacillant étira mes lèvres. Mes nerfs réclamaient un instant de répit. J'allais partager mon observation avec lui lorsqu'il se mit à sourire lui aussi, plus timidement que moi, mais à sourire tout de même. Se pourrait-il que…
- Il ne manquerait plus que tu me déclare ta flamme et nous pouvons être les têtes d'affiche de la prochaine grande production de l'année…
- Tu serais mignon, en héroïne perdue luttant courageusement contre son destin.
- Et toi insupportable en protagoniste toujours prêt à sauver le monde avant lui-même. Ou peut-être en antagoniste ? D'ennemis à amants ?
- Tu aimerais. - lui rétorquais-je en lui adressant un clin d'œil.
Quand je rouvris cet œil, une sensation de vertige me prit, m'obligeant à m'agripper fermement à lui. Je sentais quelque chose là, dans ma tête, la même sensation que lorsque quelqu'un ou quelque chose vous observe sans que vous ne puissiez dire d'où exactement. Une sorte de sixième sens vous indiquant que vous n'êtes pas seul, sauf que rien ne vient étayer cette théorie.
Suzuki ?
Oh ! Tu as réussi Itachi ! Tu as réussi !
Je… n'en suis pas sûr. Je suis toujours dans ton corps.
Ah, oui, mais tu as réussi à comprendre comment utiliser ma pupille, donc ça reste une petite victoire ! Je suis si fière de toi !
Dans le monde tangible, je vis Itachi rosir face à ma joie, qu'il ressentait comme la sienne. Nos émotions s'échangeaient sans que nous n'ayons besoin de les exprimer verbalement, tout était brut, honnête, vrai. Les siennes me parvenaient de manière diffuses, elles m'entouraient presque dans une sorte de coton. Je trouvais difficile de me concentrer sur les miennes, les siennes avaient la priorité, tout comme ses pensées. Je me sentais obligée de l'écouter et de respecter ses choix.
Que fait-on maintenant ?
Je pense que nous devons rompre le contact, non ? Il faut que nous utilisions nos pupilles en même temps.
Suzuki… Est-ce normal que je revois mes souvenirs quand je cherche les tiens ?
Heu… Je suis quand même dans ton corps, donc j'imagine que oui ? Que vois-tu ?
C'est comme ci… Nous avions grandi ensemble. Comme si nous partagions des souvenirs communs d'événements que nous n'avons pourtant pas vécu tous les deux. Je me souviens de l'examen de genin d'un de tes frères. J'ai l'impression que tu as suivi les mêmes entraînements que moi, ce qui est impossible. Je te vois dans un coin de ma vision le soir où j'ai…
Je me concentrais sur ce dont il parlait, affolée à l'idée que la limite entre nos deux êtres ait pu devenir si floue en si peu de temps. Nos souvenirs ne pouvaient pas s'être entremêlés ! Dans la panique, je me remémorais des fragments de mon enfance, des souvenirs très personnels et insignifiants, comme lorsque je m'étais coupée la première fois avec un kunaï ou que ma mère m'avait grondée pour avoir poussé mon petit frère, une soirée-pyjama avec quelques amies… Et à ma plus grande stupéfaction et angoisse, je constatais qu'Itachi avait mis le doigt sur un réel problème. Du coin de l'œil, jamais complètement visible, je voyais le gamin qu'il avait été, très silencieux, le visage fermé, juste là, assis, debout ou couché, observant paisiblement les scènes se déroulant devant lui.
La panique me submergea, j'en oubliais de continuer à me tenir debout. Mes genoux cédèrent sous mon poids et je m'effondrais au sol, retenue tant bien que mal dans ma chute par Itachi, qui ne me lâchait pas des yeux.
Restes calme. Nous savions que cet échange aurait des conséquences et celle-ci n'est pas aussi préoccupante que ce que nous pouvions craindre.
Nous allons devenir fous ! Itachi, tu me vois dans tes souvenirs, tu es dans les miens ! Et si je commençais à me prendre pour toi ? Et si je voyais tout ce que tu as fait de pire ?
Hélas, ça, je crains que tu ne le vois déjà…
Pas entièrement ! Des bribes seulement, et c'est déjà trop !
Nous allons nous en sortir, je te le promets.
Et toi, que vois-tu ?
Je… Ta famille, principalement.
En mauvais souvenirs !
Suzuki, tu n'as pas que des bons souvenirs avec ta famille. Je vois la mort de Thakara. Je vois Kotaro lors de l'enterrement de son meilleur ami. Je vois Eiji à l'hôpital. Je vois Kakuru fondre en larmes après que ton père l'ait renié. Et je te vois toi, poursuivie par Kakuzu, Hidan, par Sasori, par Okada, les morts que tu as causé, je ressens la douleur de tes cicatrices… Je vois et ressens beaucoup trop de choses, Suzuki.
Peut-être est-il déjà trop tard pour que tu redeviennes comme avant…
Oui. Cependant, cela ne veut pas dire qu'il faut cesser d'avancer parce que la destination ne te ramène pas chez toi. Courage. C'est presque fini. Utilises mon Sharringan. Je pense que tu souffres assez pour réussir.
Je hochais la tête, incapable de poser des mots sur mes sentiments. Ce n'était pas tant de la souffrance, mais de la peur, de la colère, de l'incompréhension. Une sorte de blessure béante et purulente, une douleur omniprésente qui vous fait serrer les dents et vous serre la gorge. Impossible de parler, impossible d'en parler.
J'avais juste mal.
Itachi quitta mon esprit avec douceur. Avec la même gentillesse, il entremêla ses doigts avec les miens et exerça une pression rapide sur eux pour m'encourager. Nous devions en terminer avec cet échange. De manière décidée, je relevais la tête, inspirais profondément, puis utilisais le Sharringan sur lui.
