CHAPITRE 27 :
Dans une forêt, 22 Janvier, 21h.
En un instant, Yoso analysa la situation. Il était fatigué, malade aussi, mais ne voulait pas mourir, pas maintenant, pas comme ça. Alors il proposa une stratégie pour réagir et survivre face à ces zombies, en hurlant...
- Zelda ! Prépare la téléportation, maintenant, s'il te plaît !
Yoso n'était pas quelqu'un de très réactif pour beaucoup de ses -anciens- amis de son village. Il était constamment en retrait, n'hésitait pas à s'effacer presque au profit de ceux qui avaient un plus grand charisme ou étaient mieux gradés que lui. La situation qu'il vivait était donc assez étrange, lui, Yoso, individu tout droit venu de la plèbe, était en train de donner des ordres à... une Reine. Ou plutôt, une ancienne reine. Dans ce monde post-apocalyptique, Yoso et Zelda, que tout opposait i peine une semaine, étaient des semblables, qui n'avaient nul autre choix que de s'entraider s'ils voulaient survivre. L'appartenance religieuse, ethnique, le métier, tout cela représentait des vestiges du passé qu'ils appartenaient à chacun de devoir dépasser. Et c'était finalement la même chose pour le caractère. Dans ce monde, il y a deux types d'individus qui seront les premiers à trépasser, d'abord les non-sportifs, puis les gens trop effacés ou trop timides. N'ayons pas peur de dire qu'en somme, c'était maintenant la loi de la jungle et du plus fort, qui régnait de manière incontestée.
Zelda sembla réfléchir un petit instant avant d'exécuter la demande de Yoso. C'est alors que d'un coup, elle commença à réciter des paroles anciennes tout en fermant les yeux. Yoso ne savait pas, ou plutôt plus, combien de temps cela prendrait, et Daraen, comme Tsumugi, semblaient complètement dépassés par la situation.
- Si vous avez une arme ou quoi que ce soit sur vous, donnez-la moi !
Yoso avait prononcé cette phrase sans même regarder ses deux « coéquipiers » qu'il ne connaissait même pas. Son regard restait figé sur une seule chose, un ancien humain, en somme, un zombie, qui s'approchait dangereusement de lui en courant, à sa droite.
Tsumugi sortit un couteau de sa poche gauche. L'expression de son visage auparavant si calme, s'était en quelques secondes métamorphosé sur tous les points de vue, digne d'un véritable schizophrène. Elle affichait désormais un regard féroce, prêt à en découdre. Quant à Daraen, celui-ci hurla un énorme « Attrape » à Yoso, et lui lança l'épée qu'il tenait entre ses mains pour sortir un étrange livre. Yoso fut surpris sur le coup, se tourna et attrapa l'épée. Il avait une chance monstre d'en avoir déjà manier une pendant son enfance grâce à un cours d'autodéfense que ses parents l'avaient inscrit, sinon il serait mort. C'était quelque chose de simple, clair, net et précis.
- Protégez Zelda, hurla Yoso.
Si Zelda mourrait maintenant, ils mourraient tous quelques instants plus tard. C'était une réflexion pleine de bon sens, facile à comprendre. Yoso et Zelda se souvenaient bien de l'attaque d'Hyrule, et des macchabées au physique repoussant qu'ils avaient pu voir là-bas. Mais là, ils étaient encore plus horribles à observer. Certains avaient la peau rongée par les insectes, et n'avaient plus que les os et quelques organes. L'on aurait dit des squelettes venus d'un mauvais film d'horreur, remplis de boue et de feuilles d'arbres.
D'un point de vue esthétique, les zombies qui étaient présents là, étaient bien différents de ceux que Yoso avaient vu à Hyrule. En y réfléchissant, c'était évident. L'extrême majorité des morts-vivants d'Hyrule avaient vécu une transformation très récente. Mais pour ceux-là dans cette forêt, la métamorphose datait, sans aucun doute, de quelques jours. La plupart n'avaient plus de cheveux, ce qui attisa dans un premier temps la curiosité de Yoso. Certains avaient de la chair d'animaux entre leurs ongles sales ou coincés entre leurs dents jaunis, ce qui laissait penser que cette horde de zombies, bien qu'elle avait su profiter d'un repas récent, avait encore faim.
Yoso se dirigea quelques mètres à droite de Zelda, Tsumugi quelques mètres à son sud, et Daraen quelques mètres à sa gauche. Aucun zombie ne semblait venir du nord, grâce au feu de forêt que Zelda avait enclenché quelques instants plus tôt. Dans un premier temps, une explosion se fit entendre. Daraen avait éclaté la tête d'un zombie avec ce qui ressemblait très fortement au sort de feu de Zelda. Le corps de ce zombie tomba en arrière, mais cela n'arrêta pas le reste des troupes.
- La tête, il faut viser la tête !
Tsumugi lâcha un faible oui à Daraen, puis fonça vers un « Toad » à qui elle enfonça de toutes ses forces son couteau, aiguisé, dans sa boîte crânienne. Elle tenta de le retirer – et elle réussit. Inévitablement, du sang avait attiré sur ses habits, et son visage. Elle fit cependant à une chose en particulier ; fermer sa bouche. Serait bien malin celui qui dirait ce qu'il adviendrait de celui qui ferait l'évidente bêtise d'avaler du sang, ou un organe, de zombie.
Yoso, grâce à la présence de ce fameux lac juste à côté de lui, disposait d'un avantage technique majeur face aux zombies qui, à part foncer sur tout être humain qu'ils voyaient bouger, n'avaient aucune stratégie. Ainsi, à moins de faire un détour logique pour l'attaquer vers le sud et croiser la route de Tsumugi, les zombies fonçaient tous un à un à sa droite bêtement. Du coup, Yoso n'avait plus qu'à théoriquement enfoncer son épée dans la tête d'un mort-vivant, la retirer le plus rapidement possible, puis l'enfoncer de nouveau sur le prochain mort-vivant qui viendrait. Et comme ces zombies étaient déjà plus ou moins « âgés », bien que leur processus de décomposition inévitable prendrait encore probablement quelques jours voire semaines, leur corps était beaucoup plus fragile, et il ne fallait pas disposer d'une très grande force pour pouvoir retirer toute arme qui se serait logée trop profondément dans un zombie. Ceci aida grandement Yoso, qui semblait s'en tirer très bien.
Mais Tsumugi et Daraen ne pouvaient pas se vanter de réussir aussi bien que Yoso. Ils étaient clairement des guerriers plus aguerris que Yoso mais ils n'allaient pas tenir bien longtemps. Ils disposaient non seulement d'un handicap numérique majeur, mais ils ne pouvaient pas se vanter en plus d'un avantage stratégique identique à celui connu par Yoso. Très rapidement, les zombies commençaient à venir de partout, du nord-ouest jusqu'au sud-ouest pour Daraen, et du sud-ouest jusqu'au sud-est pour Tsumugi. Tsumugi comprit qu'elle ne ferait pas long feu, et se décala légèrement à gauche pour se rapprocher du lac. De justesse, elle parvint à empêcher un autre zombie Toad de mordre la reine Zelda, tout en tuant de sang-froid quelques secondes plus tard un second qui s'approchait dangereusement d'elle et s'apprêtait à la mordre à son bras gauche.
La magie de Daraen lui permettait surtout d'attaquer à une distance qui se devait d'être un minimum raisonnable. Mais les zombies avaient tendance à se rapprocher de plus en plus, et la magie de Daraen était de moins en moins précise. L'inévitable arriva. Alors que Daraen réussit à exploser la tête d'un nouveau zombie à quelques mètres de lui, un autre, qu'il n'avait pas vu venir, lui sauta à la gorge et lui arracha la peau de son cou. Daraen cria et en quelques millisecondes, c'est une dizaine de zombies qui fonça à son tour sur le mage. Le sang gicla et Tsumugi cria. La mort de Daraen vint aider cette dernière à se débarrasser de quelques macchabées, qui au lieu de continuer de tenter de s'attaquer à elle et Zelda, vinrent profiter du festin et manger Daraen, ou du moins ce qu'il en restait.
Et c'est ce qui les sauva. Le processus de téléportation avait été achevé.
Tsumugi, Yoso et Zelda atterrirent devant un pommier.
Il n'y avait aucune présence à l'horizon à part le bruit des insectes, tout était calme.
C'était un fort contraste par rapport à ce qu'ils faisaient face il y a quelques secondes à peine.
Mais quelque chose clochait. Deux choses.
Soudainement, Yoso cria. Il se tourna à sa gauche tout d'abord, où était Zelda.
- Z... Zelda... tu... tu...
Zelda était en train de cracher du sang, la téléportation l'avait épuisé. Elle respirait très fort, et avec difficulté.
Paniqué, Yoso se tourna. Cette fois, à sa droite, où était censé être Tsumugi. Tsumugi... ?
... Je... qui es-tu ?!
Tsumugi n'était plus là, et à la place, un Homme, vraiment lambda, assez grand, pas spécialement costaud, aux cheveux bruns et vêtu d'une salopette bleue océan était là.
- … Maxhu. En réalité, je... je m'appelle Maxhu...
22 Janvier, 23h.
Que faisait-elle là ? Elle ne le savait pas.
Pourquoi elle ? Encore moins.
Avait-elle fait quelque chose de mal ? Non, ce n'était pas possible, elle avait toujours su rester gentille avec tout le monde.
Et pourtant...
Cela faisait un certain temps que Tourne était la captive d'individus qu'elle ne connaissait pas jusqu'alors -et dont elle aurait bien préféré ne jamais croiser le chemin-. Quelques temps, oui elle ne connaissait pas la date. Elle se souvenait juste qu'elle avait perdu connaissance après que ses ravisseurs lui avait versé un liquide dans la bouche.
Au moins, elle ne manquait pas de nourriture. Cette Harmonie était déjà venu la voir trois fois depuis son réveil lui apporter de l'eau, et du pain. Elle aurait bien voulu manger un bon repas bien chaud à la place, bien entendu. Mais elle repensait à Peach, et tous ses anciens compagnons de route qui lui avait plus ou moins sauvé la vie, que devenaient-ils ? Avaient-ils, comme elle, de quoi manger ? Tourne ne savait même pas s'ils étaient encore en vie ou non, et c'était vraiment frustrant.
Tourne se situait dans ce mystérieux laboratoire depuis son réveil, et l'ambiance était encore plus glauque qu'auparavant. La pièce avait été intégralement, ou presque, vidée. Il ne restait à Tourne que un lit et sa couverture dans laquelle elle était enveloppée et l'armoire d'où venait cette fiole qui l'avait faite s'endormir. Et pour couronner le tout, la porte avait été fermée à clé. En analysant le laboratoire peint entièrement en blanc, Tourne n'avait pas remarqué la présence de vitres transparentes, à une hauteur plus que raisonnable. De toute manière, la quasi intégralité du bâtiment, en dehors du laboratoire, était peinte en blanc. Voir la présence de ces vitres était donc une chose vraiment pas évidente.
La demoiselle s'ennuyait vraiment. C'est alors qu'elle entendit des voix, venant du couloir. Ce n'était pas spécialement dur de deviner que c'était celles de Cloud et Harmonie.
Réactive, elle sortit de son lit, sur la pointe des pieds, tâchant de faire le minimum de bruit possible. Elle alla se placer devant la porte, s'accroupit, et pencha son oreille gauche contre cette dernière.
- …pas marché... crût entendre Tourne, d'une voix masculine.
- C'est effectivement bien dommage, répliqua Harmonie, visiblement assez fatiguée.
- On a l'temps, ce sera finalisé demain soir.
Tourne n'entendit plus rien de concret à partir de cet instant. Ils s'étaient probablement décidé à parler moins fort, ou alors ils étaient tout simplement partis. Mais Tourne, qui n'avait de toute façon rien à perdre, ne bougea pas, bien qu'elle commençait à perdre espoir d'obtenir une quelconque information utile. Cependant, elle fit bien. Elle reconnut alors la voix de Cloud.
- Bordel, ça fait chier !
- Calme-toi, sembla s'emporter Harmonie.
- On en r'parlera plus tard, façon. Tu montes la garde ce soir ou ?
- Mehdi s'en occupe.
Tourne n'entendit alors plus rien. Elle resta néanmoins, pour être sûre, là au moins quinze bonnes minutes. Elle commençait à être fatiguée.
Pendant ce temps, dans le couloir, Mehdi arriva. Et il soupira.
Mehdi était très frustré de cette situation. Il ne savait pas ce que cette fille Tourne, avait fait pour être là. Il avait juste aidé son ami Cloud à la capturer simplement pour « suivre les ordres ». Un peu comme la Gestapo. Mais même s'il ne savait juste pas ce « qu'ils » lui voulaient, Mehdi avait un sentiment, une conviction, ce n'était pas des choses très catholiques.
Alors, qu'allait-il faire ? Il était ennuyé de rester là, dans ce bâtiment, à ne rien faire. Il avait de quoi boire, de quoi manger... mais il avait un mauvais pressentiment. Il avait peut-être juste tort, mais tout de même...
