Chap. 29 Bad Boys || Lilly Ahlberg

L'échange se fit sans sa dose de souvenirs sanglants.

Non, à la place, je redécouvrir les visages des membres du clan Uchiha, et plus particulièrement ceux des parents d'Itachi. Même face à la mort, ils continuèrent à sourire à leur fils. Je ne savais plus si c'était mes mains ou les siennes qui tremblaient alors qu'il abattait son sabre sur ceux qui lui avaient donné la vie. J'entendis la voix de son meilleur ami alors qu'il lui donnait des conseils, une mélancolie terrible enserrant mon cœur. Sasuke me regardait avec ses grands yeux noirs, tout petit, tout curieux, l'amour fraternel se lisant dans son regard. Sa petite main posa dans la mienne un bateau en papier.

Des larmes chaudes dégoulinaient le long de mes joues lorsque je revins à moi, des cheveux roux me tombant devant les yeux, des mains féminines m'empêchant de m'écrouler totalement au sol alors que des sanglots incontrôlables me déchiraient.

J'avais mal, si mal. Le poids d'un deuil qui n'était pas le mien m'écrasait le cœur, je peinais à reprendre mon souffle alors que je pleurais tous ces gens qui avaient disparu et tout ce qu'avait enduré stoïquement Itachi. Des bras vinrent m'enlacer, je me laissais aller contre le torse et continuais à sangloter, incapable de maîtriser ce torrent d'émotions douces-amères et ces déceptions profondes.

- Oh, Suzuki… ça va aller. Ça ne sert à rien de pleurer pour ce qui est fait. - entendre sa voix prononcer des mots qui ne venaient pas de moi me dérangea presque. Ce changement de corps avait été éprouvant et nous laisserait probablement à tous les deux de nouveaux regrets. Néanmoins, grâce à celui-ci, je comprenais mieux les intonations de sa voix, je détectais les tremolos qui m'auraient échappé auparavant. - Ne pleures pas ni pour mes actions ni pour moi. Il y a des choses qui doivent être faites, c'est tout.

- Si tu ne pleures même pas pour toi, qui le fera ? Laisses-moi le faire.

- Tu t'infliges du mal pour rien.

- Je crois que c'est que je fais de mieux, depuis que je suis avec vous.

- Toujours le dernier mot, n'est-ce pas ?

J'enfouis mon visage contre son torse alors que mes pleurs se calmaient peu à peu. L'humour restait mon seul rempart face à toutes mes épreuves. Doucement, mes larmes se tarirent. Toute énergie avait quitté mon corps. Je n'étais même plus sûre d'être heureuse de l'avoir retrouvé. Je me sentais insignifiante et dépossédée de mon identité propre. Et surtout, j'étais épuisée.

- Itachi… Tu veux vraiment laisser Sasuke se venger sur toi ? - face à son mutisme, j'en conclus que oui. Ces ninjas… -Et après ? Qui veillera sur lui ?

- Je l'ignore… J'espère juste le rendre assez fort pour qu'il puisse affronter les prochaines épreuves qui l'attendent. - il poussa un soupir avant de poser son menton sur le haut de mon crâne. Ses bras se resserrèrent autour de moi. Il était tout aussi épuisé et ébranlé que moi. Connaissant maintenant intimement ses peines et ses inquiétudes, je lui offris ce que je pensais être le mieux que je puisse. Peu importait que cela ajoute encore au poids des responsabilités pesant déjà sur mes épaules.

- Je peux le faire. Veiller sur lui. M'assurer qu'il soit maître de son destin.

L'effet qu'eut ma proposition sur lui m'échappa, étant coincée contre son torse, incapable de relever la tête pour le jauger aux micro-expressions de son visage. Sa voix n'était pas plus qu'un murmure lorsqu'il me répondit de manière hésitante.

- Tu le ferai réellement ?

- Je ne le proposerais pas sinon. - il garda le silence quelques longues secondes, j'écoutais attentivement les battements de son cœur. Mon cœur ?

- Merci…

Je souris et me blottis un peu plus contre lui. Pour lui, je le ferai. L'avant-dernière des Yasaemon veillera sur le dernier Uchiha. Quelle belle ironie.

Nous restâmes longtemps ainsi, blottis l'un contre l'autre, refusant inconsciemment de récupérer son propre corps après avoir passé plusieurs jours dans celui de l'autre. Un lien étrange s'était tissé entre nous, différent de celui que j'avais pu créer avec Hidan lorsque je l'avais tiré des griffes du Tenshingan de Fuhito. Ce n'était pas un lien amoureux, loin de là, plutôt quelque chose de fraternel ou… Y avait-il seulement un mot pour le décrire ? Je me sentais plus proche de lui que de n'importe qui d'autre, je le connaissais aussi bien que moi-même et c'était réciproque.

Finalement, je fus la première à m'éloigner. Gentiment, je tapotais son torse et caressais sa joue lorsque je me dégageais de son étreinte. Je souris en le voyant essuyer rapidement les traces des quelques larmes qu'il avait pu verser puis m'offrir la même attention. Nous nous aidâmes mutuellement à nous relever, les jambes tremblantes, les mains moites. Je venais peut-être d'à peine me lever, mais je n'avais déjà plus qu'une seule envie : aller me recoucher !

- Tu n'as plus froid ? - demandais-je après avoir reniflé sans façon, essuyant une dernière larme encore prisonnière de ma paupière. Il sourit et secoua la tête. - Moi, je n'ai qu'une envie, c'est de plonger dans de l'eau fraîche et y rester jusqu'à ce que je fonde, comme un morceau de sucre.

- Si nous trouvons un lac lors de notre prochaine sortie…

- Oh, avec ce qui s'est passé, nous ne sommes pas prêts d'être autorisés à repartir en mission ensemble !

Il hocha la tête, me concédant ce point. Nous fîmes quelques pas pour traverser la grande salle et chercher les autres pour leur annoncer la bonne nouvelle. Nous n'eûmes pas à aller bien loin, Sasori et Kisame apparaissant les premiers, l'air inquiet. Face à nos sourires respectifs, Kisame poussa un grand soupir de soulagement et vint nous taper sur l'épaule alors que Sasori nous offrait un de ses rarissimes sourires. C'est bête qu'il en soit si avare, ça lui va bien, de sourire. On remarque ses jolis yeux noisettes et il a presque l'air sympathique.

- La crise est finie. - annonçais-je d'une voix chantante avant d'être vite étouffée contre le torse de Kisame. Très bien, il est donc tout aussi soulagé que nous ! Je fus relâchée juste à temps avant de manquer d'oxygène et j'en profitais pour pousser ma chance et enlacer aussi Sasori. A ma grande surprise, il ne résista pas au contact, allant même jusqu'à me rendre mon accolade. Eh bien, c'est véritablement une journée à marquer d'une pierre blanche !

- Tu nous en vois ravis, Suzuki.

- Comment vous vous sentez ? Vous avez vraiment une sale tête. - Kisame rayonnait littéralement de joie, c'était touchant. Il secouait doucement Itachi par l'épaule, trop heureux de savoir que nous étions enfin dans le bon corps. Fini, les confusions gênantes pour tout le monde ! - Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y aura pas de mission pour vous pour les prochains jours !

Avant que nous puissions répondre, le reste de l'Akatsuki débarqua dans la grande salle, Konan et Pein également. Je me rapprochais d'Itachi, impressionnée par leur nombre. C'est que ça faisait beaucoup de personnes à gérer, après avoir vécu quelque chose d'aussi crevant… Pourvu que nous ne parlions de rien de trop important ou compliqué à suivre.

Pein étudia nos visages avec attention avant de donner un signe de la tête à Konan. Celle-ci croisa alors les bras et prit la parole par dessus le brouhaha de questions des autres membres, qui se turent aussitôt. Quelle autorité. Je ne m'y habituerai jamais. Tadao se faufila entre les membres pour se rapprocher de nous et m'offrit un grand sourire ravi. Je le lui rendis, touchée qu'il se réjouisse autant pour nous. Quelle perle, cet homme… Itachi lui rendit son signe de tête et daigna même relever légèrement le coin de ses lèvres. Quel succès il a !

- Bien, maintenant que tout est redevenu normal, Itachi, Suzuki, il est temps que vous nous

- Est-ce qu'on ne pourrait pas s'accorder une petite pause dans toutes ces péripéties ? - la coupais-je sans hésiter, refusant d'entendre que j'avais encore une fois quelque chose d'irréalisable à réaliser. Je voulais juste souffler un jour ou deux.

- Oh, un mot de plus de deux syllabes… Mais arrêtes de lire Suzuki.

- Pardon, je ne voulais pas que tu te sentes mis à l'écart avec mes mots compliqués Deidara. On t'apprendra à lire aussi, ne t'inquiètes pas.

Avant que le blondinet ne puisse enchaîner, Sasori vint appuyer ma proposition, l'air extrêmement sérieux. Trop sérieux. Il insistait trop pour qu'on accède à mon idée. Quelque chose m'échappait, il ne pouvait pas abonder dans mon sens seulement pour mon bien. Même s'il m'avait prouvé qu'il s'était attaché à moi, Sasori était bien trop terre-à-terre pour ne se soucier que du bien-être d'une personne, pas avec de tels enjeux. Que prévoyait l'organisation en mon absence ? Les sourcils froncés, je l'écoutais donner son avis en m'appuyant sur Itachi. Notre proximité nous valut quelques regards inquiets et un meurtrier venant d'un homme aux yeux violets dont je ne saurais citer le nom.

- Je suis d'avis qu'on l'emmène dans un endroit inaccessible aux autres ninjas. Qu'elle soit éloignée de Itachi pour un moment me semble bon, qu'ils puissent retrouver tous les deux leurs habitudes sans être influencé mutuellement.

Les autres membres acquiescèrent : eux aussi avaient été grandement perturbés par ce changement de corps. Si, pour certains, ça avait été relativement court, Kisame et Zetsu semblaient être les plus gênés par cet événement improbable. Le dernier probablement parce qu'on allait lui faire porter le chapeau pour cet échange.

- Je connais un endroit. - intervint Hidan en interrompant nos aînés, sans gêne comme toujours. Tout le monde se tu en attendant la suite. Sacrée façon de capter l'attention de son auditoire… Je haussais un sourcil, curieuse d'entendre sa solution. - Je peux l'emmener dans mon clan.

Une cacophonie d'avis, de remarques et de refus retentit dans la pièce après cette annonce. Manifestement, l'idée ne faisait pas consensus parmi les membres de l'organisation. J'étais étonnée qu'il avance cette solution : il ne s'était jamais trop attardé sur son clan, j'en avais déduit qu'il ne s'en sentait pas particulièrement proche. Et c'était un ninja renégat : il ne devait pas s'attendre être accueilli à bras ouverts en rentrant chez eux. Pourquoi proposer cette solution alors qu'il se doutait qu'elle serait mal reçue ? Itachi me coula un regard surpris et je haussais les épaules. Je ne pouvais pas savoir ce qui se passait à l'intérieur de cette petite tête.

Au milieu du vacarme, je lâchais le bras du brun pour me rapprocher de Hidan. Je me penchais vers lui, lui tapotant doucement l'avant-bras pour attirer son attention et lui parlant doucement, profitant du fait que personne ne me prête attention. Il m'attrapa aussitôt par la taille pour me rapprocher de lui. Je trouvais le geste un peu cavalier, puis en levant les yeux vers Tadao et Itachi, je compris qu'il cherchait surtout à « marquer son territoire ». Hum. Il faudra que nous ayons une énième petite discussion sur ce qu'il peut et ne peut pas faire avec moi, comme par exemple me traiter en trophée.

- Tu ne m'as jamais parlé de ton clan avant, tu es sûr que

- Oui, c'est une bonne idée, et je n'ai jamais eu l'occasion avant de t'en parler. Tu ne m'as pas non plus beaucoup parlé de ta famille. - il marquait un point. Je n'avais pas été très bavarde là-dessus, je ne pense même pas qu'il connaisse le nom de chacun de mes frères. Mea culpa. Je passais donc à ma seconde question.

- Tu penses vraiment qu'ils seraient prêts à nous cacher ?

- Ils feront ce que je leur demanderai de faire.

Sur ces mots, il se redressa et défendit son idée avec véhémence, me laissant perplexe. Comment ça, « il feront ce que je demande » ? Quelle arrogance… Enfin, venant de lui, je ne devrais pas être étonnée. Il va les terroriser pour les obliger à nous cacher le temps nécessaire ? Ça ne me surprendrait même pas, mais ça semble être un peu contre-productif. L'objectif est que je puisse me remettre des récents événements, si je regarde constamment derrière mon épaule en craignant qu'on nous dénonce… Si je peux m'épargner ce stress supplémentaire, ce serait parfait.

Kisame et Tadao semblent être de mon avis. Sasori est prêt à mettre son réseau d'espions à contribution pour trouver un endroit suffisamment perdu pour m'y cacher un moment. Nos deux grands pontes, Konan et Pein, semblent être plutôt en faveur de Hidan. Discrètement, je jetais un coup d'œil vers Tobi son langage corporel ne laissait rien paraître quant à son avis sur la question. Et pourquoi est-ce que son avis m'importerait au juste ? Je m'en moque bien, de ce que pense cet allumé. Tout comme je me moque bien de ce que peut en penser Deidara, qui reste tranquillement à côté de mon cousin, un bras nonchalemment posé sur son épaule. Copains comme cochons, on dirait… Je ne sais pas trop quoi penser de cette amitié.

- S'il y a bien une chose que l'on sache faire, c'est se planquer. - continuait Hidan, défendant toujours aussi farouchement sa proposition. - Et on pourra la défendre sans problème si jamais quelqu'un apprenait qu'on la planque ici. Franchement, qui viendrait nous faire chier volontairement ? Ils font déjà dans leur froc à l'idée d'affronter un seul Jashiniste, alors tout un clan ? J'aimerais bien voir ça. Et faut vraiment que je vous dise ce qu'on fait aux intrus ? Quand vous me voyez tous les jours ?

- On ne remet pas en cause tes capacités ou celles de ton clan, c'est juste que-

- Les Jashinistes sont assoiffés de sang, tu l'as dit toi-même ! - intervint Tadao en avançant d'un pas vers lui, ignorant tous les regards posés sur lui. C'était courageux. A sa place, j'aurais attendu un peu avant de contredire un membre de l'Akatsuki devant tous les autres. Ou pas ? - On ne va pas y envoyer Suzuki, elle va se faire bouffer.

- Ce ne sera pas un intrus, mais un invité. Pourquoi tu viens m'emmerder connard ? Y'a aucune raison valable pour que tu sois ici, tu veux vraiment que je te montre pourquoi on nous qualifie de « sanguinaire » ?

- J'ai juré d'aider Suzuki, cela me donne l'obligation de donner mon avis sur ce genre de questions la concernant.

- Elle s'en fout de ton avis, elle s'est débrouillée sans jusque là !

- Et regardez-moi où ça l'a menée. Je reste convaincu que rejoindre un culte vénérant une divinité assoiffée de sang pour se remettre est une terrible idée.

- T'es en train de me casser les couilles, je vais te-

-C'est d'accord.

La voix grave de Pein nous figea tous alors que j'empêchais Hidan de dégainer une arme tout en maintenant Tadao à distance de bras. Itachi était prêt à le retenir de son côté également, preuve qu'il se souciait un minimum de son sort. Eh bien, ça s'appelle trancher dans le vif. Un rapide regard sur l'assistance m'apprit que celle-ci était mitigée sur la décision arbitraire de notre chef. Hidan adressa un sourire triomphant à Tadao, accompagné d'un geste obscène. Je lui décochais une tape, qu'il sentit à peine. Sa pression autour de ma taille s'accentua. J'adore avoir le sentiment d'être un prix, c'est vraiment très valorisant.

- C'est une erreur. - déclara laconiquement Kisame avant de quitter la pièce. C'était étrange de le voir partir sans chercher à agir en diplomate, je m'en inquiétais. Pour qu'il soit si opposé à cette idée… Pourtant je serait protégée et introuvable, comme ils le souhaitent, tout devrait bien se passer… Non ?

-Ce sera à Hidan de nous garantir le contraire. - annonça Konan d'une voix menaçante, défiant quiconque de suivre l'avis de Kisame. Pour une fois, les membres se montrèrent obéissants.

Sasori fut le deuxième à quitter la pièce, l'air encore plus fermé que d'habitude. Il avait pourtant eu ce qu'il voulait, non ? Je partais me « reposer » quelques jours. Ce n'était pas ce qu'il avait en tête… Où aurait-il voulu me cacher exactement ? Kakuzu échangea un long, très long regard avec son partenaire avant de le suivre, rapidement rejoint par Zetsu, Deidara et Fuhito. Mon cousin me lança un étrange regard, comme s'il hésitait à s'approcher de moi, puis décida finalement de suivre son nouveau meilleur copain. Je crains que notre dispute n'ait vraiment abîmé quelque chose dans notre relation…

- Vous saurez où me trouver. - annonça finalement Itachi, qui se tourna ensuite vers Tadao. Ce dernier ne cacha pas sa surprise de le voir s'adresser à lui, effaçant aussitôt son mécontentement de voir notre chef prendre la décision en faveur de Hidan. - Suis-moi.

- Uchiha-san, je ne-

Un regard hautain du brun suffit pour lui imposer le silence et l'inciter à le suivre. Le jônin me lança un regard inquiet : je comprenais sans mal son appréhension à l'idée de subir un entretien en tête-à-tête avec l'Uchiha. Plutôt que de le laisser partir, je me dégageais de la prise de Hidan pour me poster près de lui tout en suggérant une alternative.

- Peut-être que Tadao peut m'accompagner ?

- T'es mignonne, mais autant je peux justifier ta présence, autant la sienne…

- Et pourquoi pas ? Il peut avoir besoin de se cacher lui aussi, surtout après avoir déserté son village.

- Suzuki, ça reste un jônin, la nouvelle ne s'est pas répandue. J'ai carrément pas envie d'avoir à couvrir pour lui aussi.

- Toujours aussi généreux… Et comment comptes-tu justifier ma présence dans ton clan au juste, hein ? Dis-moi, ça m'intéresse.

- Tu verras.

- C'est vraiment une réponse de merde, j'en ai marre qu'on ne joue jamais cartes sur table avec moi.

- Toujours est-il que s'est décidé. Suzuki, tu pars aujourd'hui avec Hidan. Plus tôt tu partiras, plus vite tu reviendras. Hidan, suis-nous. Nous avons à te parler.

Je l'observais les suivre à son tour avec appréhension. C'était trop facile. Qu'ils acceptent aussi vite et qu'ils insistent pour que je parte aussi tôt ? On cherchait à se débarrasser de moi, je ne voyais que ça. Je me doutais bien qu'ils ne souhaitaient pas me voir m'éloigner quelques temps juste pour que je puisse « rebondir ». Ils ne pratiquaient pas la charité. Accepter la première solution, sans chercher à négocier… Hum, j'avais toutes les raisons de me méfier.

Restée seule avec Tobi, je me tournais vers lui et masquais mon inquiétude en l'interpellant agressivement :

- Et je suis sûre que tu n'as absolument rien à voir dans tout ça.

- Toujours si suspicieuse envers moi… Je vais finir par croire que tu ne m'aimes pas. Alors que je fais tant pour toi !

- Je suis ingrate, comme c'est terrible. Dis-moi la vérité pour une fois : tu savais que Hidan allait proposer cette « solution » ?

L'homme soupira et s'adossa contre le mur en écartant les bras dans un geste d'impuissance. Je le vais les yeux au ciel. Il n'allait pas me jouer la comédie, comme si ça, ça le fatiguait plus que moi !

- Tu ne trompes personne tu sais. Pourquoi sont-ils si pressés de me voir partir ? Pour pouvoir se concentrer sur Fuhito, le traumatiser à son tour ? C'est vrai qu'il y avait échappé. Ce serait dommage que vous perdiez l'occasion de lui créer de nouveaux cauchemars !

- Voyons, ils veulent simplement que tu te reposes quelques jours pour nous revenir en pleine forme.

- Oh Tobi… Pourquoi est-ce que ce n'est jamais simple avec vous ? On sort tout juste d'une situation d'urgence, on a tous été secoués, est-ce que ce n'est pas le moment d'abandonner les mystères inutiles ? Ça nous fait perdre du temps et c'est vraiment épuisant à la longue.

- Eh, ça s'appelle la politique trésor. Ou l'instinct de survie.

- Si ta prochaine phrase, c'est « et je suis surpris que tu ais survécu si longtemps alors que tu en es dépourvue », je te jure que-

Tobi s'avança jusqu'à moi et m'attrapa le poignet. Le contact me prit de court et m'empêcha de terminer ma phrase. Je me figeais, ne sachant pas à quoi m'attendre et en même temps, une part de moi espérait quelque chose que je n'osais même pas formuler dans ma tête. Il faut croire que notre dernier échange m'a vraiment chamboulée. Ignorant mon trouble, il désigna sans un mot la cicatrice ornant mon cou de sa main libre. Effectivement, c'était un excellent argument pour prouver son point. Je pris une petite inspiration pour me remettre de cette montagne russe, notant que je tremblais. Il dut lire sur mon visage mon trouble mais se trompa sur son origine car il pencha la tête sur le côté en s'exclamant joyeusement qu'il adorait avoir raison. Mon attitude signifiait pour lui que je me rendais à l'évidence de son argument. La troisième personne avait fait son retour. Je compris que je ne tirerai rien de lui, encore une fois.

Silencieuse, je l'écoutais s'enthousiasmer et se lancer dans un monologue. Ces homme dansaient toujours autour de la vérité : je n'apprenais jamais rien sans avoir à insister lourdement ou à carrément les menacer pour me faire entendre. Pourquoi devais-je toujours marchander ou quémander ? Que voulaient-ils me cacher de si important pour me laisser partir avec Hidan si vite ? Je poussais un long soupir avant de lever les mains au ciel. Je m'avouais vaincue pour cette fois. Je n'avais plus la force de me battre pour obtenir une réponse stérile.

Sans rien ajouter, je tournais les talons et quittais à mon tour la pièce de réunion. J'avais un sac à préparer. Encore. Quand aurais-je un jour le droit de me reposer plus de deux heures, ou mieux, de faire une vraie nuit de sommeil et d'avoir droit à un réveil naturel, en paix, sans personne pour me sauter dessus à peine les yeux ouverts ? Je commence à ne rêver que ça, ce qui est triste tout de même, comme ambition personnelle.

Avant que je ne l'abandonne, la voix de Tobi changea à nouveau, redevenant grave. Je tournais seulement la tête vers lui, espérant que ça suffirait à lui faire comprendre que je n'étais pas prête pour repartir dans une discussion difficile. J'avais assez donné. Son langage corporel s'était fait moins expansif, il se tenait droit, les bras croisés. Je regrettais que son masque soit en place.

- Méfie-toi, là-bas.

- Je fais toujours attention.

- Oui, ce que tu viens de vivre en est la preuve vivante.

- Tu t'inquiètes ?

- J'aimerais pouvoir me concentrer sur autre chose que te sauver la mise.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

De nouveau seule dans les couloirs, je marchais lentement. Je prenais le temps de reprendre possession de mon corps. Le changement de poids me perturbait, tout comme la réponse différente des muscles. Ah, on sentait tout de suite la différence entre ceux sur-entraînés d'Itachi et les miens, flambant neufs comparés aux siens ! Je n'étais pas molle, certes, n'empêche que ce n'était pas aussi solide et réactif que notre nukenin. Je fermais et ouvris mes mains, inspectant mes bras, les levant par dessus ma tête pour m'étirer de toute ma hauteur. J'étais quand même aussi souple que lui, et ça, ça me faisait bien plaisir.

Je continuais mes étirements, appréciant jusqu'à la réponse de mes orteils. C'était mes cheveux qui me tombaient dans les yeux, mon souffle levant ma cage thoracique, mes muscles travaillant. C'était mon corps. Un sourire éclaira mon visage alors que mon front reposait contre mes genoux. J'étais complète.

- Heu… C'est comme ça que tu célèbres tes victoires maintenant ? Non, parce que même si je trouve personnellement la vue sympa, c'est un peu bizarre.

- Hidan ! - m'exclamais-je en me redressant brusquement vers lui, droite comme un piquet. J'aurais du me douter qu'il n'irait pas loin ! Écarlate, je cachais mes fesses de mes mains même si je l'avais maintenant en face de moi. Je suis sûre qu'il ne s'est pas gêné pour mater ! - Tu as déjà saoulé Konan et Pein ? C'était rapide, tu as fait encore plus fort que d'habitude !

- C'est ça le talent. Je suis très convaincant quand je veux.

Sa voix était plus basse que d'habitude et il semblait étrangement attentif à mes gestes. Son regard violet parcourait mon corps lentement. Louche, louche, louche, c'était très louche. Je n'aime pas ça. Je croisais les bras devant moi, haussant un sourcil. Je ne sais pas ce qu'il a en tête, mais ce n'est même pas en rêve.

- Je suis encore énervée contre toi.

- Quoi, vraiment ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Ne joues pas l'innocent. Je n'ai pas aimé ce que tu impliqué lorsque je suis arrivée. J'ai eu droit à de bien meilleurs accueils, soit dit en passant.

- Je peux toujours me rattraper. - rétorqua-t-il avec un sourire narquois avant d'ouvrir les bras et de s'exclamer – Suzuki, ma poule, comme je suis content de te retrouver ! T'as bronzé, non ? Je pensais pas que c'était possible pour une rousse.

- Hop là, pas si vite ! - j'esquivais habilement ses mains et m'éloignais de quelques pas. Je ne pardonne pas si aisément les gens qui me traitent de fille facile. - Je viens de vivre plusieurs événements éprouvants, merci de me laisser reprendre mon souffle.

- Je te propose justement de m'occuper de toi, c'est pas sympa ça ?

- Bien sûr, c'est toi qui me frottera le dos dans mon bain lorsqu'on sera dans ton clan ? D'ailleurs, parlons en de ton « clan », je crois avoir compris que c'était plutôt une communauté de hors-la-lois : c'est quoi cette idée de m'y emmener, hein ? Et qui sont les gens qui le forment, hum ? Pourquoi tu ne m'en as jamais parlé ?

- Parce que c'est chiant, c'est des paumés coincés dans leur vallée et qui ne savent gérer que leurs sources chaudes.

- En plus de tuer les gens qui viendraient leur rendre visite ?

- On a tous nos coutumes. - dit-il en balayant ma question d'un geste de la main et en comblant la distance entre nous. Il me saisit par l'épaule et la frotta, sa voix redevenant caressante. Je frissonnais à son contact. Il y avait quelque chose de neuf dans cette sensation. Il était plus insistant qu'avant. Sa prise n'était pas douce, c'était comme si il se préparait à me retenir contre mon gré si je tentais de lui échapper. - Toi en revanche, ils ne te feront aucun mal. Tu seras traitée comme une princesse. Ce que tu es, à ce que j'ai pu entendre. Tu n'es pas fière ?

- Pas particulièrement. Je ne suis la princesse d'aucun clan, puisqu'il a été annihilé. - je m'échappais encore une fois à son contact, fronçant les sourcils. - C'est ça en fait ? Tu es ravi de te dire que tu vas pouvoir leur présenter une princesse sans famille ? T'es au courant que je n'ai pas d'argent, pas de terre, pas d'armée ?

Hidan soupira et baissa les mains pour les poser sur sa taille. Je lui mettais sciemment des bâtons dans les roues et il semblait être déjà à bout de patience. Eh, c'est ce qu'on récolte quand on me traite quasiment de marie-couche-toi-là. Je le dévisageais froidement, lui laissant tout de même la possibilité de répliquer quelque chose pour se défendre. On ne sait jamais. Un éclair de génie dans sa petite tête… Il garda le silence un instant, soutenant mon regard avec ténacité et finalement, il m'offrit une démonstration de son tact légendaire.

- Et même pas vraiment les manières, si tu veux être exhaustive dans ta liste.

- T'as traîné trop longtemps avec Sasori toi. - rétorquais-je aussitôt, piquée au vif par sa réponse. Il aurait au moins pu essayer de trouver quelque chose de flatteur à me dire pour m'amadouer ! - Pauvre Deidara, il doit vraiment se sentir seul maintenant. Et ne crois pas que je sois impressionnée par l'usage d'un mot de plus de trois syllabes, je viens de passer quasiment une semaine dans le corps de monsieur Itachi.

J'eus la satisfaction malsaine de voir apparaître un éclair de colère dans son regard suite à mes mots. Il se redressa, bombant le torse et arborant un sourire carnassier, mais c'était trop tard : je savais que je lui avais fait mal. Derrière son ton assuré, je pouvais entendre son impatience. Je ne lui donnais pas ce qu'il voulait : et de quoi s'agissait-il exactement ?

- Pourquoi c'est toujours compliqué avec toi ?

- Tiens, tu peux demander à Zetsu de former un club, vous vous posez les mêmes questions. - son visage se durcit en entendant le nom de son ancien rival. J'enfonçais le clou. - Tadao essaye au moins de passer outre cette difficulté, lui. Il a supporté mon clone sans se plaindre. Il me supporterait sûrement aussi, quand bien même je suis si « compliquée ».

- Arrête Suzuki.

- Ou quoi ? Je pense que j'ai vécu mon lot de situations de merde, si tu te sens de m'en faire vivre encore une autre, vas-y, ne te gêne pas, de toute manière tout le monde le fait ! Qu'est-ce qu'il y a Hidan, qu'es-ce que tu veux me dire ? - je ne m'arrêtais pas alors qu'il m'empoignait par les épaules, les yeux furibonds. N'importe qui d'autre aurait tremblé face à son expression, je ne m'en enhardissais que davantage. - Alors, on a perdu sa langue ? Tu vas me frapper pour me faire taire ? On en est vraiment rendu à là ? Tadao n'aurait jamais- Hmpf !

Ses lèvres s'écrasèrent sur les miennes alors que je me retrouvais plaquée entre le mur et lui.

Je l'avoue, je ne lui opposais aucune résistance, mes mains volant aussitôt vers son cou et ses cheveux pour l'attirer encore plus près. Son poids contre mon corps me rassurait. Je me sentais ancrée dans la réalité de façon concrète. J'étais moi, dans mon corps et il m'embrassait moi. Seulement moi. Une main sur ma taille, l'autre contre le mur pour se soutenir, il semblait être partout. Nous nous embrassions voracement, passionnément, comme si nous ne pouvions survivre sans sentir l'autre contre soi.

Lorsque, à bout de souffle, j'écartais mon visage du sien, je rencontrais ses yeux violet brillant d'une lueur que je n'avais encore jamais vue. Je me sentis rougir. Qu'il me contemple comme ça… Je commence à mieux comprendre pourquoi on en parle autant dans les livres et les films. Après avoir récupéré suffisamment d'air, je résumais simplement la situation par un petit « eh ben » qui le fit rire. C'était idiot, mais c'était la seule chose que je trouvais appropriée pour exprimer mon sentiment face à cet échange imprévu.

Il déposa d'autres baisers plus doux sur mes lèvres, semblant ne pas se lasser de ce contact. J'en étais bien contente. Finalement, il s'éloigna et je ressentis immédiatement le froid maintenant que son corps n'était plus collé au mien. Je souris, sûrement un peu bêtement, puisqu'il me décocha une pichenette sur le bras. Toujours aussi délicat, ce jeune homme… Ce n'est pas une façon de ramener quelqu'un à la réalité alors qu'on vient de l'embrasser ! Je me raclais la gorge et coinçais une de mes mèches derrière mon oreille, ne sachant pas quoi dire d'autre après cette « attaque » surprise.

- Tu as un sac à préparer, je crois ? - m'aida-t-il, un sourire goguenard sur les lèvres. Comment peut-il être aussi craquant et horripilant à la fois ? Je me contentais de hocher lentement la tête, n'ayant pas confiance en ma voix. - Tu vas voir, ça se passera bien. Tu vas vraiment pouvoir te reposer.

Oui, enfin… Vu la démonstration d'affection à laquelle j'avais eu droit, j'avais comme des doutes là-dessus. Je me décollais du mur et époussetais mes vêtements pour reprendre une contenance, histoire d'avoir les joues moins rouges pour lui répondre. Et histoire de ne pas bégayer !

- J'ai un peu peur de ce que tu nous réserves dans ta communauté maintenant, si tout le monde est aussi… accueillant que toi. - mon sous-entendu lui tira un de ses fameux sourires carnassiers.

- Oh, Suzuki… T'as pas confiance en moi ? Allez, vas te préparer.