Chapitre 31 :
Dix mois s'étaient presque écoulés depuis la fin de leur séquestration et le début de leur relation secrète lorsqu'Edward fut convié à se rapprocher des ressources humaines pour le renouvellement de son contrat. La surprise sur le visage des deux secrétaires lorsqu'il leur avait répondu qu'il choisissait la porte de sortie était à jamais gravée dans son esprit et il s'était fait un plaisir de la décrire aussi fidèlement que possible à son amant le soir même.
Hilare, il avait tenté d'imiter Josiane qui l'avait engueulé comme on réprimande un chien qui a détruit l'appartement de son maitre en son absence. Pointant un doigt vengeur en sa direction, elle l'avait vivement accusé de fermer la porte d'une carrière extraordinairement prometteuse alors que certains devaient trimer des dizaines d'années pour arriver au même point.
S'affalant à moitié sur son subordonné qui peinait à retrouver sa respiration, Mustang avait ri de bon cœur – jusqu'à ce que l'hilarité fasse place à autre chose et qu'il renverse le jeune alchimiste sur le canapé, chassant son rire d'une langue experte.
Mettant de côté le souvenir de cette soirée pour plus tard, Edward pénétra dans le bureau du Colonel – non, du Général – Mustang avec un sourire enjoué et une démarche tout à fait guillerette. En garde du corps averti, le lieutenant Hawkeye remarqua immédiatement sa mine machiavélique et l'interpella avant qu'il n'ait fait plus d'un mètre dans l'antichambre où elle et Fuery travaillaient silencieusement.
_ « Une bonne nouvelle à nous annoncer ? Demanda Hawkeye en se plaçant sur sa route.
_ Oui, déclara Edward avec un sourire sincère. Mon contrat est terminé. »
Hawkeye eut un léger froncement de sourcil avant de se reprendre, toujours professionnelle.
_ « Je ne suis pas sûre d'avoir vu un nouveau contrat passer sur le bureau du Général. Tu en as parlé avec lui ?
_ Nous en avons discuté en long et en large. »
Ils en avaient discuté ce matin même, nus et encore essoufflés, s'esclaffant devant leur état de débauche avancé et l'urgence de prendre une douche.
Avant que son cerveau ne déraille une nouvelle fois, Edward s'éclaircit la voix.
_ « Les papiers sont signés à l'administration, je viens juste lui déposer ma montre.
_ Il est en train de débriefer avec Breda et Havoc. Il ne devrait plus en avoir pour très longtemps. Je vais le prévenir de ton arrivée. »
Alors que Hawkeye disparaissait dans le bureau du Général, Edward attrapa un journal qui traînait sur le bord du bureau et s'installa sur le fauteuil de Jean Havoc, posant ses pieds sur le meuble avec nonchalance sous le regard amusé de Fuery. Le contenu des journaux offrait peu de changements depuis plusieurs mois mais il ne se lassait pas d'en lire les articles tous plus racoleurs les uns que les autres. Il survola l'article sur les mises au pilori de plusieurs généraux véreux, pour se concentrer sur les 'dessous de l'affaire' – des enquêtes journalistiques dans lesquelles il aimait chasser les approximations et exagérations inhérentes à tout article de ce genre.
Le procès qui avait suivi le scandale du collectionneur fou et de son laboratoire secret avait duré plusieurs mois et avait été suivi de très près par la presse et la population civile. La mise en lumière des pots de vin versés par Arawn pour s'assurer sa tranquillité avait conduit à la chute de plusieurs têtes au sein de la Mairie de Central, du commissariat de police et, surtout, au sein du commandement militaire.
Le lynchage médiatique et la promesse d'un procès intransigeant avait poussé plusieurs officiers hauts placés de l'armée au suicide ou à la fuite. En plus d'enflammer les journaux, cette disparition laissa un vide conséquent, faisant tomber des branches entières de leur hiérarchie et laissant l'armée faible et décrédibilisée. Devant l'ampleur du tôlé, les derniers généraux, ceux qui n'étaient ni emprisonnés, ni en fuite, ni défenestrés, s'étaient réunis à Central pendant plusieurs jours afin de remettre au moins un pilote dans leur navire en perdition.
Au grand soulagement de tous, c'est le vieux Grumman qui fut désigné.
Aussi expérimenté que foncièrement bon, Grumman sélectionna lui-même les Généraux qui devraient l'épauler dans sa mission de redressement, misant sur les capacités et caractères des candidats plutôt que leur grade. Ce fut ainsi l'occasion pour le colonel Mustang de sortir du placard dans lequel ses anciens supérieurs l'avaient enfermé et plusieurs éléments prometteurs avaient vu leur carrière faire un bond de façon similaire.
Le généralissime lui avait également offert une médaille et une promotion historique – le plus jeune colonel de l'histoire d'Amestris – mais Edward avait platement refusé. Il n'était pas dans l'armée pour les décorations et son statut lui convenait très bien – moins de paperasse, plus de temps libre pour écumer les allées de la librairie et surtout plus de temps pour galocher son officier supérieur entre deux de ses rendez-vous. Il s'était évidemment gardé de lui avancer cet argument, tout comme il s'était gardé de lui dire que, de toute façon, il ne comptait pas renouveler son contrat et préférait que la promotion aille à quelqu'un de plus impliqué.
Le journal retraçait rapidement l'affaire qui avait secoué la société, s'étonnant de voir la police prendre le dossier en main plutôt que l'armée et critiquant déjà le peu de miettes que la police laissait filtrer sur le collectionneur fou et son manoir de l'enfer. En cette période de perte de confiance de la population, Mustang avait rapidement suggéré au Généralissime Grumman une étroite collaboration avec la police plutôt qu'une prise en charge complète par l'armée corrompue. C'était faire preuve de bonne foi auprès de la population déjà méfiante.
Et si, par ailleurs, cette cession de pouvoir offrait à Edward la possibilité de travailler au plus proche des travaux alchimiques d'Arawn, sans avoir besoin d'un contrat avec l'armée, ça n'était que pure coïncidence.
Un dernier article attira son attention et il jubila devant l'air fatigué d'Arawn sur la photo imprimée en noir et blanc. Cet enculé avait survécu à ses blessures et avait été capturé lors de l'assaut conjoint de l'armée et de la police, au bout de trois jours de résistance. La forte couverture médiatique de l'affaire avait à la fois assuré que l'armée ne puisse pas faire disparaitre Arawn dans un de leur laboratoire mais aussi assuré la rapidité de sa condamnation. Ce dernier encourait la peine capitale et, même si l'alchimiste en lui regrettait de voir un puits de connaissance tel que lui disparaitre, sa réponse viscérale fut un rire satisfait devant l'idée de le voir sa tête rouler sur le sol de la Grand-Place.
Malgré la protection de ses fidèles homonculus, Dante avait également été capturée. Si quelques monstres s'étaient échappés, Envy avait lui été retrouvé dans le fond d'une cellule drainante – suite sans doute à la punition infligée par Arawn suite à son insubordination. Si la capture du collectionneur fou et de sa compagne avait été fortement médiatisée, la présence de chimères, d'homonculus et l'ampleur des recherches menées au sein du manoir avaient été cachées à la presse, la police et l'armée s'étant vite accordés sur le caractère explosif de ce genre d'information. Le personnel du manoir avait été emprisonné en attendant leur jugement et Envy laissé à moisir dans sa cellule en attendant que l'armée ou la police trouvent que faire de lui.
Expert non officiel mais reconnu sur le sujet des monstres alchimiques, Ed avait été consulté sur le sujet et il avait profité de l'occasion pour rajouter un cercle à la cellule de l'homonculus, augmentant le drainage et veillant bien à ce que l'opération se fasse de la plus douloureuse des façons.
Retour de karma, connard.
Au bout de cinq minutes, la porte finit par s'ouvrir pour laisser apparaître le visage du lieutenant Hawkeye qui l'invita à l'intérieur.
_ « Ils sont en train de finir, tu peux rentrer. »
Repliant le journal à la va-vite Edward se remit sur pied et rentra dans la pièce avec un air victorieux. C'était encore mieux s'il avait du public.
Havoc et Breda étaient encore assis sur le canapé, refermant leurs stylos et rassemblant leurs papiers éparpillés sur la table basse. Mustang rejoignait son bureau et s'arrêta au milieu de la pièce lorsqu'il l'aperçut.
_ « Ah Edward, je t'attendais plus tard.
_ Les secrétaires aux ressources humaines ont été efficaces. Je n'ai plus qu'à rendre ma montre à mon ancien responsable hiérarchique. »
Il lui tendit la montre en question, la laissant pendre du bout de ses doigts avec un regard intense, le cliquetis de la chaîne lui rappelant furtivement une nuit, quelques semaines plus tôt. Un sourire langoureux se dessina sur ses lèvres.
Profitant de son entretien au commissariat de police, Edward avait réussi à y subtiliser deux paires de menottes qu'il s'était empressé de tester sur son amant le soir même. Durant son enfance à la campagne, on lui avait toujours déconseillé de monter sur un cheval attaché à un point fixe, l'animal pouvant se sentir piégé et tirer à s'en briser la longe – écrasant son cavalier dans sa chute – mais il devait bien avouer avoir particulièrement apprécié les ruades de sa monture ce soir-là. A en croire l'endurance record et la promptitude avec laquelle Mustang avait pu lui offrir un deuxième round, l'expérience avait été appréciée des deux côtés.
Néanmoins, Mustang avait été obligé le lendemain de porter un peu plus d'attention sur son habillement, déplaçant ses boutons de manchette de façon à ce que sa chemise reste bien serrée autour de ses poignets et ne dévoile pas les marques de la nuit précédente. Le problème avait duré toute la semaine, grâce à la capacité remarquable que la peau de Mustang avait de bleuir – et à cause aussi de l'intensité de leur ébat ce soir-là.
Edward avait en conséquence recherché des remplacements en cuir. La nouvelle paire était déjà emballée dans un paquet cadeau qui les attendait sur la table du salon – et le jeune alchimiste mourait d'impatience de les utiliser.
Au vu de la noirceur du regard de son amant, dont le marron de ses iris disparaissait progressivement sous la dilatation de sa pupille, Mustang devait avoir senti son humeur affamée – tel le requin repérant une goutte de sang dans l'océan.
_ « C'est tout ce que tu devais me donner ?
_ Maintenant que tu en parles... »
Profitant du silence interloqué du reste de l'équipe, Hawkeye inclue, qui ne l'avait jusque-là jamais entendu tutoyer le Général, Edward saisit le col de ce dernier et pressa ses lèvres contre les siennes en un baiser passionné.
Surpris, Mustang ne réagit pas immédiatement, mais une main gantée vint rapidement se poser à l'arrière de sa nuque, le maintenant fermement en position alors que le Général prenait la direction du baiser. Il sentit les lèvres de Mustang s'étirer en un léger sourire avant que ce dernier n'approfondisse leur baiser avec un peu trop de langue pour être classé dans la catégorie "baiser chaste".
Edward s'éloigna à regret lorsqu'il sentit cette petite étincelle grouiller en son bas-ventre. Il avait désormais le droit d'embrasser Roy en public, mais leurs camarades n'avaient pas besoin de les voir rouler sur le bureau comme un couple de belettes en rut.
Il ajusta le col froissé de son supérieur le temps de retrouver une composition décente et Mustang eut un rire amusé avant de faire de même avec sa coiffure dont il pouvait sentir les mèches folles lui chatouiller les joues. Deux billes d'obsidienne happèrent son regard avec une intensité pleine d'affection qui arrêta le temps et les enferma dans un cocon duveteux duquel il espérait ne jamais avoir à sortir.
Comme pour la plupart de ses aspirations, l'univers avait hélas d'autres plans pour lui.
Un stylo tomba au sol et la bulle éclata, les replongeant dans le bureau du Général en compagnie de ses subordonnés qui les dévisageaient avec une expression lui rappelant une carpe que lui et son frère avaient péchée étant enfants. Retenant difficilement un sourire, Edward fit un pas en arrière avant de se retourner vers le reste de ses camarades qui n'avaient pas bougé d'un poil, toujours figés la bouche ouverte et les doigts fermés sur un stylo pourtant tombé au sol.
_ « Bière vendredi ? demanda Edward. Mustang me doit une petite fête pour mon départ. »
L'absence de réponse ne fut pas une surprise, aussi Ed se retourna vers son ex-supérieur, pour préciser l'organisation.
_ « Alors ?
_ Si c'est moi qui paye, déclara Mustang après un soupir presque théâtral, j'ai au moins le droit de choisir le bar ?
_ Ça peut se négocier. Mais pas de bar miteux où la bière est moins chère qu'une limonade. Je connais bien ton gène de radin.
_ Edward, s'offusqua Mustang, tes années de service méritent au moins du milieu de gamme. D'ailleurs, il y a une nouvelle adresse qui vient d'ouvrir au centre-ville, annonça-t-il avec un sourire. "Le nain pervers". Je pense que c'est tout à fait approprié pour l'occasion. »
Sentant sa célèbre colère grimper en lui comme l'encre sur du buvard, Edward le regarda avec méfiance, pas tout à fait sûr de l'existence de ce bar ailleurs que dans l'esprit narquois de son amant. Le sourire de Mustang se fit plus lascif et Edward sentit sa colère muter en une chose dangereuse, un monstre au souffle chaud et au grognement rauque. Mustang n'avait même plus besoin de claquer ses doigts pour l'enflammer de l'intérieur.
La petite voix de Fuery dans son dos le fit presque sursauter. Il avait oublié que Kain était resté dans l'antichambre.
_ « C'est pas plutôt "les deux nains verts" ?
_ Ah oui ? S'étonna faussement Mustang. Au temps pour moi. »
Le sourire du Général trahit immédiatement son altération délibérée du nom du bar et Edward ne manqua pas de lui envoyer un regard noir. Leurs mois de cohabitation n'avaient pas arrangé cette habitude que Mustang avait de venir presser les boutons de son agacement jusqu'à le voir exploser de colère.
Déjà grand adepte à l'époque où ils n'étaient que simples collègues, Roy ne manquait désormais plus une seule occasion depuis qu'ils vivaient ensemble. Si le spectacle du Fullmetal fulminant de colère pouvait avoir été divertissant à l'époque, Mustang semblait encore plus apprécier la façon spéciale qu'Edward avait de lui faire part de son mécontentement – généralement dès son entrée dans l'appartement le soir, dans une bataille de langues et de dents, tous deux pressés contre le bois rêche de la porte.
_ « Ok, grogna dangereusement Edward. Va pour les deux nains verts. »
Tout comme Mustang, Edward savait quelle intonation prendre et quel regard envoyer à son amant pour réorienter le flux sanguin vers une route bien plus prometteuse. Réservant sa colère pour plus tard, Edward s'humecta les lèvres assez lentement pour que le regard de son amant soit entièrement focalisé sur la langue ainsi découverte.
_ « Voilà qui est fixé, interrompit Fuery qui n'avait toujours capté le malaise de ses collègues. Je réserve pour dix-neuf heures ?
_ Oui dix-neuf heure conviendra très bien, répondit Mustang après s'être éclairci la voix. Tu voulais nous partager autre-chose avant de quitter le QG ?
_ Non, répondit Ed en le déshabillant du regard. J'ai tout ce qu'il me faut. »
Breda laissa échapper un couinement étranglé devant l'échange et Ed se rappela de l'activité prévue ce soir.
_ « Ne tarde juste pas trop ce soir, conseilla Ed à son amant. J'ai commandé deux repas chez "l'âne bâté", ça me ferait de la peine de commencer sans toi. »
Il scruta le visage de Mustang assez longtemps pour voir la compréhension assombrir son regard avant de prendre congé de ses collègues toujours stupéfiés. Dans son dos, encore, il entendit Fuery se renseigner sur la spécialité culinaire de ce restaurant mais les doubles portes donnant sur l'antichambre se refermèrent avant qu'il ne puisse entendre la réponse collégiale.
Traversant les couloirs avec un sourire machiavélique au visage, il imagina le menu de ce restaurant aussi spécial qu'imaginaire, qui proposait en deuxième page une photo de son amant nu sur des draps de satin, la peau couverte d'huile et les membres entravés par de minces bandelettes de cuir : le plat du chef.
Son repas pour ce soir.
Et pour tous les soirs à venir.
THE FUCKING END
\o/ Il aura fallu dix ans mais j'en serais finalement venu à bout! \o/
Les mots me manquent pour conclure cette longue aventure mais j'espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cette humble contribution au fandom RoyEd que je n'ai pris à l'écrire (même si ça a été parfois laborieux). Un gros merci à ceux qui ont commenté. Des gros poutoux partout pour ma bêta. et un big up pour ceux qui ont lu jusque ici ;)
Je vous dis peut-être à bientôt pour des petits one-shot FMA si l'inspiration me prend.
Et sinon n'hésitez pas à laisser un ptit commentaire si le cœur vous en dit, ça fait toujours plaisir et ça peut parfois amener à des chapitres bonus (oui je sais Maître, j'ai une fic DBH à finir avant XD)
Des poutoux, prenez soin de vous. Prenez soin des autres. Restez au chaud :v
