Le lendemain, 10h37
Regina Mills était toujours studieuse. Elle avait beau prétendre se foutre de tout et ne penser qu'à ses petits plaisirs, elle avait toujours suivi tous ses cours avec une extrême assiduité, et sa meilleure amie l'avait souvent taquinée pour cette raison. Toutefois, la rouquine savait que la rigueur de la latino en ce qui concernait ses études ne répondait qu'à un désir profond de s'assurer un brillant avenir et, surtout, une certaine indépendance financière vis à vis de sa génitrice.
Mais ce matin, Regina était ailleurs. Elle quittait sans cesse la page de traitement de texte sur son ordi pour regarder la météo, ses emails, ou même des sites commerciaux. Elle paraissait ailleurs, jouait avec ses ongles et ne semblait pas écouter le professeur qui, lui aussi, avait l'air de ne pas souhaiter être là.
Lorsqu'elles arrivèrent devant leur café de prédilection, la brunette prétendit avoir un appel important à passer et s'éloigna de ses trois autres amies, une cigarette déjà allumée à la main. Kelly entra donc dans le petit bâtiment en silence, accompagnée des deux autres éléments du quatuor infernal, l'esprit rempli d'interrogations et d'inquiétudes.
10h41
Mary ne remarqua pas tout de suite l'absence de Regina, lorsque les fameuses pestes du campus firent irruption dans le café. Mais elle fut frappée par l'expression livide de la rouquine et comprit ainsi, aux quelques regards discrets qu'elle jeta à Emma, qu'il y avait un problème. Car s'il y avait bien une seule personne au monde pour laquelle la rousse pouvait être inquiète, c'était sa meilleure amie d'enfance.
Kelly commanda quatre cafés latte au lait de soya d'une voix calme, presque douce, qui contrastait énormément avec ses habituelles notes aigües lorsqu'elle prenait son ton de peste. Mary transmit les informations à Emma, qui n'avait pas dit un mot depuis le matin et se contentait de faire les boissons dans la plus grande concentration, et la rouquine paya les breuvages sans faire aucune remarque désobligeante à la littéraire. Le monde ne tournait décidément pas rond, ce matin.
10h43
Victoria et Mal s'étaient accoudées à une table vide, quelques mètres plus loin, et riaient en regardant des vidéos d'une nouvelle application de partage qui prenait de plus en plus d'ampleur. Aussi Kelly se rapprocha t'elle du comptoir oú elle était supposée récupérer ses boissons. Emma lui tendit alors les quatre cafés en silence, et jeta un regard par dessus l'épaule de la rouquine, comme pour vérifier que le quatuor était bien incomplet.
"Faudrait peut être… qu'on se parle," suggéra la rousse à voix basse. "Qu'on aille prendre un verre ou un café ensemble…
-Ça m'intéresse pas," marmonna la barista en mettant les couvercles en plastique sur les gobelets de cafés.
"Je pense que ça pourrait être important…" insista Kelly.
"Je t'ai dit que ça m'intéressait pas," répéta la blonde d'une voix un peu plus forte.
"Écoute," reprit la rouquine en saisissant instinctivement son poignet pour la retenir. "J'ai aucune fucking idée de ce qu'il se passe mais y a clairement quelque chose qui cloche et je pense que peut être en parlant on pourrait arran…
-Passe une bonne journée," la coupa Emma en récupérant son poignet d'un geste vif, sans effort.
La rousse fit claquer sa langue et finit par attraper les gobelets d'un air résigné avant de s'éloigner vers ses amies.
Qu'est ce que t'as foutu Regina, bordel…
11h02
Le rush du matin était passé, et les deux baristas prirent une petite pause le temps de savourer leurs cafés en silence.
"Rude nuit ?" interrogea Mary d'une voix taquine, essayant de briser la glace.
"On peut dire ça, ouais," soupira Emma en sirotant son espresso.
"Regina ou Ruby ?" demanda la littéraire d'un air amusé, se doutant pourtant que la réponse ne serait surement pas aussi enjouée.
"Aucune des deux," trancha la blonde. "La situation est juste… enfin ça me tente pas vraiment d'en parler…
-Il s'est passé quelque chose avec Regina, n'est ce pas ?" s'empressa d'ajouter la brunette. "Elle est venue m'en parler…
-Elle est venue te dire qu'elle se foutait de ma gueule?" ironisa la scientifique, visiblement assez agacée.
"Qu'est ce que tu veux dire ?
-J'aurais du t'écouter, May," soupira Emma en finissant sa tasse de café brulant. "Regina Mills est une manipulatrice et prend beaucoup de plaisir à se jouer du monde autour d'elle…
-Qu… quoi ?
-Hier soir Regina m'a demandé de la rejoindre chez elle pour me parler," expliqua la blonde, l'air agacé. "Au final elle voulait juste essayer de me faire croire qu'elle avait des sentiments pour moi…" sa voix parut se briser, mais elle se racla la gorge pour tenter de le dissimilar. "Sans doute un pari débile avec ses amies insupportables…"
Elle déposa sa tasse vide dans l'évier d'un geste rapide et soupira comme pour retrouver son calme.
"Mais…. Mais et si c'était vrai ?" bredouilla Mary qui n'arrivait pas à croire que Regina ait réussi à baisser sa garde pour ouvrir son coeur à la scientifique.
"Après ce qu'elle m'a dit sur ses standards de date et de fréquentation ?" ironisa Emma qui avait l'air visiblement très irritée par la situation.
"Écoute… Elle est venue m'en parler il y a quelques jours et elle m'a même parlé de son fils…" Emma sourcilla mais sa mâchoire ne se desserra pas. "Je ne pense vraiment pas qu'elle soit allée aussi loin pour un pari ou simplement pour se jouer de toi…
-Elle est peut être juste bien plus cruelle que ce que tu imaginais," trancha la blonde avant de quitter l'arrière du comptoir pour mettre fin à la conversation. Elle s'éloigna pour nettoyer des tables et Mary comprit qu'elle n'obtiendrait rien à essayer de la convaincre…
14h26
« Bon… Tu vas finir par nous en parler, oui ou non ? » éructa la rousse avant de faire claquer sa langue d'agacement.
« De quoi tu parles… » marmonna la portoricaine qui n'avait même pas pris la peine de prendre un plateau à la cafétéria. Elle jouait distraitement avec la pomme qu'elle avait entre les mains, n'ayant vraiment pas l'air d'être intéressée par les conversations de ses amies.
Comme de fait, Victoria et Mal s'étaient tournées vers Regina et Kelly, attendant comme la rouquine les révélations de la brune.
« Comment ça se passe avec le gars qui a l'air de vivre dans une forêt ? » ricana la brunette pour se donner une contenance.
« Ne change pas de sujet, Roni, et dis moi ce qui cloche, » insista la rousse. Elle n'employait que très rarement le surnom qu'elle avait donné à sa meilleure amie lorsqu'elles étaient adolescentes mais, lorsqu'elle le faisait, l'heure était grave. Regina releva d'ailleurs son regard charbon vers celle qu'elle considérait comme sa soeur.
« Rien d'important…. Je suis juste épuisée aujourd'hui… »
Elle se leva rapidement, rangea sa pomme dans son sac, et se dirigea vers la sortie de la cafétéria. Kelly la suivit en un éclair, et fit signe aux deux autres de rester là pour le moment.
Regina prit une grande inspiration lorsqu'elle eut dépassé les lourdes portes coupe-feu, et s'empressa d'allumer une cigarette dès qu'elle fut à distance raisonnable du bâtiment. Alors qu'elle prenait avec joie une première latte toxique, la rouquine lui saisit le bras d'un air des plus sérieux.
« Qu'est-ce qui s'est passé avec Emma ? Tu lui as parlé au moins ? » demanda-t-elle d'un ton grave.
« Je pense que je me suis un peu emballée sur le sujet, et je crois vraiment qu'il y avait rien de spécial en fait… Je me suis trompée sur ce que je ressentais…
-Te fous pas de moi, Roni, » râla Kelly. « Dis moi ce qu'il s'est passé et je suis sûre qu'on va trouver une solution, ok ?
-Y a vraiment rien à dire, K, » insista la brunette. « Je t'assure que tout va bien. »
Elle se détacha rapidement de l'emprise de son amie et s'éloigna tranquillement vers la salle de son prochain court. Assurément la conversation était finie, et Kelly savait d'avance qu'elle aurait beaucoup de mal à en savoir plus sur la situation.
14h44
Regina monta les marches du bâtiment avec peine, pas du tout motivée à affronter les deux derniers cours de sa journée, et se demandait déjà comment allait se passer la fin de sa semaine. Elle ouvrit en silence les portes du couloir, consciente que les autres étudiants ne seraient pas là avant une bonne demi-heure, pour le début du cours, et se dirigea tranquillement vers l'amphithéâtre qui faisait office de classe.
Toutefois, lorsqu'elle pénétra dans la salle, elle fut surprise de voir que le professeur était déjà là… et qu'il n'était malheureusement pas tout seul.
« Je veux juste changer de partenaire… n'importe qui d'autre fera l'affaire…
-Mademoiselle Swan, les équipes ont été formées il y a plusieurs semaines et les premiers examens sont déjà passé, » expliqua le professeur qui avait l'air quelque peu agacé. « Les seconds examens sont dans une dizaine de jours et je vous conseille fortement de continuer à aider votre partenaire si vous comptez qu'elle réussisse aussi bien que la première fois. Je pense qu'il n'est pas nécessaire de vous rappeler que sa note en statistiques va influencer grandement sur les crédits que vous allez pouvoir valider ou non cette année… »
La jeune femme blonde poussa un profond soupir d'énervement. Elle ajusta son sac à dos sur son épaule en un éclair, et remonta les marches de l'amphithéâtre en toute hâte pour se diriger vers la sortie. Elle passa la porte sans même jeter un seul regard à Regina, et ses pas rapides commencèrent à résonner decrescendo dans le couloir du bâtiment universitaire. Quelque peu décontenancée par ce qu'il venait de se passer, Regina prit quand même son courage à deux mains et décida de suivre la blonde dans le couloir.
« Emma, attends ! » l'interpella-t-elle dès qu'elle fut à distance raisonnable de son amie.
Cette dernière fit volte-face d'un air agacé et plongea immédiatement son regard émeraude dans les yeux de la brunette.
« Faut vraiment qu'on se parle. S'il te plait, » déglutit la portoricaine.
« J'ai rien à te dire, » siffla la scientifique.
« Moi si. Et je veux commencer par te demander pardon, si je t'ai blessée... » bredouilla Regina, ne saisissant pas d'où lui venait ce besoin d'être aussi sincère avec la blonde.
« Je voulais simplement te dire ce que je ressentais et à aucun moment je ne souhaitais te faire de mal. Et surtout pas de cette manière. Mais il ne tient qu'à toi de me croire ou non, et d'interpréter tout cela comme tu le veux… »
La blonde inspira comme pour lui répondre, mais la journaliste l'interrompit d'un geste de la main.
« Cependant, que tu le veuille ou non, on doit continuer de réviser ensemble. Et ça implique que l'on se voit au moins jusqu'à la fin de l'année. Alors je pense qu'il serait mieux de rendre ça agréable pour tout le monde, tu crois pas ? » Emma acquiesça en silence. « Mais j'aimerais vraiment qu'on puisse reparler de tout ça… de tout ce que je t'ai dit hier et de ta réaction et…
-Je t'assure que ça vaut vraiment pas la peine, » répliqua la super-héroïne d'un ton sec.
« Et je suis sûre que c'est primordial de pouvoir mettre tout ça au clair, et je ne changerai pas de position sur le sujet, » imposa la portoricaine d'un air assuré. « Et si c'est parce que t'as quelqu'un d'autre, je peux très bien comprendre… Mais il faut vraiment qu'on puisse régler ça parce que, quoi qu'il arrive, j'aime beaucoup l'amitié qui s'est créée entre nous. Et quoi que tu en pense… je tiens à toi. »
Elle avait bredouillé les derniers mots, sentant son souffle devenir court dans sa gorge, mais tâcha de garder un air naturel. Regina savait qu'avouer ses sentiments avait toujours été une épreuve, et elle n'était pas prête de pouvoir mettre des mots sur ce qu'elle ressentait sans avoir l'impression de suffoquer. Toutefois, elle ne lâcha pas la blonde du regard, et crut voir ses yeux être un instant plus brillants qu'auparavant.
« T'es à des années lumières de la situation, » soupira la scientifique d'un air las.
« Alors explique moi ! » insista la portoricaine, qui sentit son coeur se serrer.
« Faut vraiment que j'y aille. À plus tard, » conclut Emma en continuant son chemin dans le couloir pour sortir du bâtiment.
Regina prit une grande inspiration et songea que tout n'était finalement peut être pas perdu. Au moins, elle pourrait toujours passer du temps avec Emma durant leurs révisions et quoi qu'il advienne de leur amitié, la portoricaine était prête à se contenter de cela...
