Bonjour tout le monde! J'espère que vous allez bien en ces temps de confinement et surtout, que vous êtes tous en bonne santé. Cette période off me permet de me recentrer sur des choses que j'avais depuis longtemps oubliées et l'écriture en fait partie. L'inspiration est revenue, voici donc la suite de cette histoire. J'espère que ça vous plaira.

Prenez soin de vous 3


-C'était un très bon premier essai ! Je dois encore voir un candidat aujourd'hui mais je suis très satisfaite de ton travail, tu as un très bon feeling avec les animaux !

-M-Merci beaucoup ! répondit Milo, un sourire timide ornant ses lèvres.

-Je te recontacte dans la journée pour te faire part de notre décision.

-D'accord, merci beaucoup !

Quelques jours après avoir déposé des lettres de motivation avec Camus, alors qu'il désespérait de trouver un travail, Milo avait été recontacté par la gérante d'une petite animalerie où il avait déposé son CV. Aujourd'hui, c'était son premier jour d'essai et il n'avait jamais été aussi stressé de toute sa vie.

Son travail était simple : il devait nettoyer les cages, nourrir les animaux et réassortir les rayons avant l'ouverture du magasin pour ensuite renseigner et servir les clients intéressés par l'achat d'un animal. Il commençait à 6h et terminait à 13h. Le matin même, il avait dû assimiler une incroyable quantité d'informations avant d'être jeté dans la fosse aux lions. Il en avait le tournis.

Lorsque son réveil avait sonné à 5h30, Camus préparait déjà le café dans la cuisine. Milo s'était levé, la boule au ventre, nauséeux, se croyant incapable d'y arriver. Mais son amour l'avait pris dans ses bras et lui avait répété, encore et encore, à quel point il croyait en lui, à quel point il était fier. Et Milo n'avait pas voulu le décevoir. Alors il avait pris sur lui et s'était rendu sur son potentiel futur lieu de travail. Il avait eu plusieurs fois envie de rebrousser chemin mais une fois qu'il s'était retrouvé seul au milieu de tous ces petits êtres à quatre pattes, il s'était senti incroyablement bien.

Il avait apprécié chaque nettoyage, chaque nourrissage. Il s'était même pris au jeu de l'expert en poissons rouges et rongeurs, quand des clients s'approchaient de lui pour lui demander des renseignements. Pour la première fois de sa vie, il travaillait sans avoir honte, sans avoir mal. Il se sentait gorgé de bien-être et de fierté, bien loin du dégoût qu'il avait de lui-même après une nuit de passes.

Il salua la gérante et quitta le magasin. Le large sourire qui s'était dessiné sur ses lèvres s'agrandit davantage lorsqu'il vit que Camus l'attendait, un peu plus loin.

-Camus ! se réjouit-il en se jetant dans ses bras. Qu'est-ce que tu fais ici ?

-Je me suis dit que tu serais très certainement affamé après ta journée de travail et il fait un temps magnifique. Qu'est-ce que tu dirais qu'on sorte déjeuner tous les deux ? D'autant plus qu'aujourd'hui, on fête nos 3 mois tous les deux.

Milo sourit davantage avant de l'embrasser : Camus s'en était rappelé ! Après l'immense déception qu'il avait ressentie quand Camus avait préféré passer la journée avec Hyoga le jour de leurs deux mois ensemble sans oublier le fiasco qui avait couronné la fin de cette journée, Milo n'avait pas souhaité remémorer à Camus la date du jour. Et pourtant, il chérissait secrètement ce jour dans un coin de son cœur, plus reconnaissant que jamais d'avoir un homme tendre et attentionné comme Camus dans sa vie. Ces dernières semaines avaient été compliquées pour lui, semées de doute et d'incertitudes, mais son beau français ne l'avait pas laissé tomber. Au contraire, il était resté auprès de lui et l'avait encouragé à aller de l'avant.

-J'adorerais aller déjeuner avec toi, mon amour, murmura-t-il. Merci de t'en être souvenu, ça compte tellement pour moi, tu sais ! Je t'aime mon Camus !

Le dit Camus se contenta de sourire et l'embrassa doucement à la commissure des lèvres avant de saisir sa main pour l'entraîner derrière lui.


-Vous voulez un jus de fruit, maître Mu ?

Le concerné n'eut pas le temps de répondre que déjà une furie blonde arrachait la bouteille des mains bienveillantes du petit atlante.

-Pauvre fou ! hurla la furie blonde en question. Cherches-tu à présent à lui déclencher du diabète ? Ça ne t'a pas suffis de lui faire frôler la mort ?

Parce que oui, pour Shaka il n'y avait aucun doute : Kiki était le seul et unique responsable du malaise de son bien aimé Mu. S'il n'avait pas perturbé leur paisible ascension avec ses cris d'orang-outan, Mu et lui auraient à présent atteint le lotus doré tant chéri et ils couleraient des jours paisibles auprès de bouddha.

-Mu, mon petit Mu, minauda-t-il d'une voix suave, je vais te préparer un thé aux feuilles de thym séché, c'est excellent pour ta circulation sanguine.

Kiki ne put s'empêcher de grimacer :

-C'est ces trucs tout moisis, qui vont le tuer ! hurla-t-il. Maître Mu, est-ce que vous voulez un cookie ?

Cette fois, Shaka faillit s'étouffer.

-Par bouddha, que ne comprends-tu pas quand je te dis que toutes ces sucreries ne sont que du poison ?! Tes dents cariées et ton ventre flasque ne peuvent peut-être plus être sauvés mais il est hors de question que je te laisse entraîner Mu dans le pêché de la gourmandise !

Kiki rua des sabots, blessé jusqu'à la moelle d'être dépeint de façon aussi peu gracile.

-J'ai pas de conseils à recevoir de quelqu'un qui passe son temps à manger des graines et à boire de l'eau parfumée et qui croit être la réincarnation d'un sumo !

Ce fut au tour de Shaka de sentir ses poils se hérisser : parler ainsi de bouddha ! Ce petit vaurien ne perdait rien pour atteindre, le courroux de bouddha s'abattrait bientôt sur son horrible tête carotte, preuve de plus s'il en fallait une que cet enfant était un envoyé de satan.

Et Mu dans tout ça ? Il les regardait se disputer et, au bout de quelques minutes, il décida qu'il en avait assez vu pour aujourd'hui. Il quitta la table sans un mot, bien décidé à aller savourer son café sur la terrasse, regrettant presque le calme de l'hôpital. Les deux hommes de sa vie étaient si occupés à se prendre le chou qu'ils ne remarquèrent même pas qu'il s'était éclipsé.


-Oh et il y avait ce petit chaton vraiment trop mignon ! Il m'a fait penser à Mitsou ! J'aimerais pouvoir tous les adopter ! Et j'ai aussi nourri des serpents ! Tu n'aurais pas aimé, mon Camus, ces bestioles ne mangent pas de croquettes !

Camus grimaça, se remémorant l'épisode de la souris. Effectivement, il n'aimerait certainement pas assister à ce qu'il considérait comme de la barbarie. Il écoutait Milo lui raconter sa matinée depuis de longues minutes, sirotant un cocktail sans alcool et dégustant une délicieuse salade. Il était heureux de voir que Milo semblait l'être lui aussi. Les dernières semaines avaient été éprouvantes pour chacun d'eux et Milo lui avait semblé vraiment préoccupé. Il ignorait ce qu'il lui cachait mais il était certain qu'il ne lui disait pas tout.

-Je suis content que cette première journée t'ait plu, affirma-t-il, c'est important que tu te sentes bien sur ton lieu de travail.

Milo hocha la tête en se délectant d'une gorge de son cocktail.

-Oui, j'aime vraiment beaucoup mais… je n'ai pas envie de me faire de faux espoirs ! Les autres candidats doivent être très doués…

Milo baissa la tête et Camus fronça les sourcils : encore cet incroyable manque de confiance dont il pouvait faire preuve ! Il attrapa sa main et entrelaça leurs doigts, le faisant doucement sourire tandis qu'il plongeait ses yeux dans les siens.

-Toi aussi tu es doué, Milo. Tu as toutes tes chances, tu dois croire en toi. Et, quoiqu'il arrive, je suis très fier de toi.

Une lueur de fierté traversa les prunelles de Milo tandis qu'il resserrait un peu ses doigts contre les siens.

-Merci, mon amour, je n'y serais jamais arrivé sans toi.

-Tu es trop modeste.

-Non, c'est vrai. Tu m'as toujours soutenu, tu as toujours été là pour moi… je ne mérite vraiment pas quelqu'un d'aussi parfait que toi ! J'ai vraiment trop de chance de t'avoir, je t'aime tu sais.

Milo et son éternelle mièvrerie ! Camus détourna les yeux, légèrement gêné d'une telle démonstration publique et il entendit Milo glousser face à lui.

-Je sais, mon Camus, tu n'as pas besoin de parler !

C'est une autre chose qu'il aimait chez Milo : il le comprenait d'un seul regard et ne lui demandait jamais de se faire passer pour quelqu'un d'autre. Il savait qu'il n'était pas quelqu'un de très démonstratif et il l'acceptait le couvrant de compliments et de preuves d'amour multiples sans jamais rien exiger en retour. Décidément, sa relation avec Milo était bien différente de celle qu'il avait eue avec Shura.

-Wooow ! Regarde cette énorme part de gâteau au chocolat, Camus ! Tu penses qu'ils en ont encore ?!

Camus se contenta de sourire en appelant le serveur : Milo était un estomac sur pattes lorsqu'il était heureux mais il préférait largement le voir comme ça plutôt que roulé un boule dans un coin du canapé, le regard perdu et les traits rongés par l'inquiétude.


-Bordel Aphro, qu'est-ce que c'est que cette merde encore ?

Angelo regardait d'un air dépité son assiette, désespérément verte.

-Cette « merde », mon cher Angie, c'est une salade aux graines de courge. C'est excellent pour la santé.

La santé ? Il lui en foutrait, lui ! Depuis qu'Aphrodite avait décrété qu'il devait absolument perdre ''tout le gras qui s'était accumulé sur ses hanches et ses fesses'', il s'était transformé en vache des prés et passait ses journées à brouter de la laitue. Soit, s'il voulait finir rachitique et dépressif, c'était bien son problème. Sauf que, le matin même, alors qu'il le regardait se régaler de délicieux pancakes, il avait clamé haut et fort qu'il mangeait bien trop gras et qu'il en était de son devoir de petit ami de prendre son régime alimentaire en mains.

Angelo avait alors failli s'étouffer : tout d'abord parce que, officiellement, Aphrodite et lui n'étaient pas en couple. Certes ils vivaient à présent 24h/24 ensemble et étaient exclusifs mais rien n'avait jamais été formulé explicitement. Ensuite, parce qu'il était hors de question qu'il fasse une croix sur ses sources de graisses et de glucides.

-C'est de la connerie, Aphro ! Tu crois vraiment que tu vas tenir le coup longtemps, en bouffant de la chicorée ?!

-C'est de la salade !

-C'est la même chose ! Regarde-toi, tu es blanc comme un linge, Aphro ! C'est quoi ton but, au juste ? De devenir tellement maigre que tu ressembleras à fantomas ?

Parce que c'était bien ça, qui le rendait fou : Aphrodite était déjà très mince. Un peu trop d'ailleurs. Il n'était pas malade, il s'était seulement découvert une nouvelle lubie : il voulait maigrir. C'était son petit challenge personnel mais ça en devenait dangereux. Qu'Aphrodite surveille son alimentation, c'était une chose. Qu'il se prive et s'affame, c'en était une autre !

-Il est hors de question que je devienne gros, Angelo ! Et tu ferais bien de surveiller ton alimentation toi aussi, ta consommation de gras est…

-Tu m'emmerdes, Aphro ! cria-t-il en se levant. Arrête ton délire ! Si tu continues comme ça tu ne vas pas devenir gros, tu vas devenir anorexique ! C'est ce que tu veux ?

-Je veux être mince !

-Tu l'es déjà, bordel ! Sérieusement, j'ai peur de te casser un truc quand je te touche ! L'anorexie c'est une maladie, tu ne devrais pas jouer avec le feu. Tu t'inventes des problèmes que tu n'as pas.

-Arrête de jouer au rabat-joie, Angie ! Tu ne te plaindras plus quand tu auras une bombe auprès de toi !

Cette fois s'en était trop pour Angelo : Aphrodite continuait de se voiler la face et ne l'écoutait pas du tout. Il se leva d'un bond en tapant des poings sur la table, faisant sursauter Aphrodite.

-Tu veux jouer avec ta santé ? C'est ton problème ! Mais tu ne me forceras pas à bouffer des racines de pissenlit, ni à te regarder t'effacer petit à petit.

-Où est-ce que tu vas ? demanda le suédois tandis qu'il le voyait enfiler sa veste.

-Je me barre, j'en ai marre de tes conneries.

-Mais Angie, c'est juste…

-Et pour ton information, on est pas ensemble ! cracha-t-il en claquant la porte derrière lui.

Aphrodite resta là, les bras le long du corps, sans bouger. Angelo venait-il vraiment de le quitter ? Il sentit des larmes traitresses monter jusqu'à ses yeux et il prit peur : il ne pleurait jamais et certainement pas pour un homme.

-Espèce de connard ! hurla-t-il en lançant son assiette contre le mur, la regardant se briser en mille morceaux.

Angelo voulait le quitter ? Soit ! Il regretterait bien vite son geste quand il le verrait se pavaner au bras d'un autre, dans un slim moulant criant d'extravagance et de minceur.


-C'était dé-li-cieux ! S'extasia Milo en se laissant retomber contre le dossier de sa chaise, les mains posées contre son ventre tendu.

Cela faisait au moins 2h qu'ils étaient en terrasse à présent, profitant d'une après-midi ensoleillée, ne se souciant de rien d'autre que d'eux-mêmes. C'était vraiment agréable de prendre le temps de profiter de la sorte et, à en juger par son visage rayonnant, Milo était au summum du bonheur.

-C'était le meilleur repas de toute ma vie, merci mon Camus !

A vrai dire, Milo n'avait pas l'habitude des restaurants. D'aussi loin qu'il se souvienne, il n'en avait fréquentés que très peu et ils relevaient généralement plus du fast-food que du restaurant gastronomique.

-On pourra revenir, si la cuisine t'a plu.

Les yeux de Milo brillèrent l'espace d'un instant avant qu'il demande :

-Vraiment ?

-Bien sûr.

Un large sourire prit place sur ses lèvres tandis qu'en face de lui, Camus s'étirait.

-On peut y aller ? J'aimerais me dégourdir un peu les jambes avant de rentrer.

Milo hocha la tête avant de déclarer :

-Je passe aux toilettes et je suis tout à toi !

Il envoya un sourire charmeur à Camus avant de se relever. Il fit quelques pas avant de se figer, perdant son sourire et sa bonne humeur. Son sang se glaça : là, devant lui, un homme qu'il connaissait bien le dévisageait. C'était un client très régulier lorsqu'il faisait ses passes.

-Eh ! On ne te voit plus dans le milieu ! l'interpella l'homme. Ton petit cul me manque.

Les gens à la table à sa gauche le dévisagèrent d'un air scandalisé tandis qu'il pouvait déjà entre ceux à sa droite murmurer des paroles qu'il n'avait que trop souvent entendues. Heureusement, Camus était trop loin pour l'avoir entendu. Il fit volte-face, tentant de calmer le rouge qui lui était monté aux joues de honte et se jeta presque sur Camus.

-Allons-y !

-Quoi ? Mais je pensais que tu devais…

-J'ai changé d'avis ! Allons-y, Camus !

Le français n'eut pas le temps de poser plus de questions que déjà Milo le tirait par la main pour l'éloigner de la terrasse. Il marchait d'un pas si rapide que Camus avait du mal à le suivre et se retournait toutes les deux secondes, comme pour s'assurer que personne ne les suivait. Au bout de quelques minutes de ce qui ressemblait presque à une préparation de marathon, Camus l'obligea à s'arrêter.

-Stop, intima-t-il, à bout de souffle. Qu'est-ce qu'il y a ?

-On doit continuer à avancer !

Il releva la tête et tomba sur Milo, en larmes. Il s'approcha de lui d'un pas rapide et encadra son visage de ses mains, essuyant doucement les larmes qui sillonnaient sur celui-ci.

-Milo ?! Mais enfin qu'est-ce que tu as ?

-Tu ne comprends pas, Camus ! Cette ville… ces gens… ils me rappellent tout ce que je veux oublier.

-Et qu'est-ce que tu veux tant oublier, Milo ?

-Tout ! Je veux tout oublier, Camus ! Je veux commencer une nouvelle vie, avec toi ! Tout le reste, ça n'a pas d'importance, tout le reste ce n'est pas vraiment moi, tu dois me croire !

Camus resta un instant interdit, tentant de lire entre les lignes mais il n'y arrivait pas. Il ne comprenait pas le message que Milo tentait de lui faire passer.

-Calme-toi.

-Tu ne dois pas me voir à travers leurs yeux, Camus ! Je sais que je… que je ne suis pas parfait mais je veux vraiment changer, je fais tout pour devenir une meilleure personne, je te le jure !

Décidément, Camus n'y comprenait plus rien. Il savait que Milo lui cachait quelque chose, il le sentait. Il n'était pas dupe. Mais il ne semblait pas prêt à lui en parler et, même s'il voulait plus que tout connaître la vérité, il n'était pas certain qu'elle lui plairait. Pour l'heure, il avait simplement envie de le rassurer. Il l'attira doucement contre lui.

-Viens là.

Milo se blottit avec joie contre lui, le serrant contre son torse de toutes ses forces.

-Je ne sais pas ce qui te met dans cet état, Milo, mais tu dois te calmer. Je ne compte pas laisser qui qui ce soit te faire du mal, d'accord ?

Milo inspira profondément tout en hochant légèrement la tête.

-Je sais que… tu n'es pas encore prêt à me parler de ce qui te tracasse. Je comprends. Et j'espère qu'un jour tu auras suffisamment confiance en moi pour te confier.

Confiance ? Il ne s'agissait pas de confiance. Il avait confiance en lui. Il lui faisait confiance plus qu'à quiconque. Mais il ne pouvait pas lui en parler, il ne pouvait pas tout lui avouer sinon il le perdrait. Et c'est la dernière chose qu'il voulait. Il ne pourrait pas continuer sans lui.

-Je suis désolé, Camus, murmura-t-il.

-Tu n'as pas à t'excuser, Milo. Tu veux rentrer ?

Milo répondit par la négative. Les battements de son cœur s'étaient calmés à présent et il ne voulait pas gâcher cette journée.

-Non, marchons un peu.

-Tu es sûr ?

-Oui, allons-y, promit-il en entrelaçant leurs doigts.

-Attends…

Il se retourna vers Camus et le dévisagea d'un air interrogateur tandis qu'il l'attirait à lui pour venir poser ses lèvres contre les siennes : ça ne ressemblait pas du tout à Camus de se montrer aussi démonstratif en public.

-Je t'aime, tu le sais n'est-ce pas ?

Milo plongea son regard dans le sien et sentit de nouvelles larmes lui monter aux yeux : Camus lui disait très rarement qu'il l'aimait, pour son plus grand désarroi. Alors à chaque fois qu'il lui murmurait ces trois mots, il les enfermait précieusement au creux de son cœur. Il l'embrassa à son tour avant de lui clamer haut et fort que lui aussi l'aimait, plus que tout. Camus était tout pour lui, il serait toujours ce qu'il avait de plus cher.


-Tu peux ouvrir les yeux.

Kanon, qui se tortillait sur son lit depuis de longues secondes, ne perdit pas une seconde pour exécuter l'ordre de Hyoga.

-Bon anniversaire, murmura le blond.

-Wow… tu t'en es souvenu, répondit Kanon sur le même ton, légèrement ému malgré lui.

-Bien sûr ! Ouvre ton cadeau !

Il ne fallut pas lui répéter à deux fois ! Kanon se jeta presque sur l'emballage et l'arracha pour tomber sur… un livre.

-« Il suffit d'une rencontre pour changer de vie », lit-il à voix haute. Merci, Hyoga, dit-il poliment, même s'il n'avait jamais vraiment aimé lire.

-C'est un livre que je trouve très intéressant, j'espère que tu l'aimeras.

Kanon hocha la tête.

-Je te dirai ce que j'en ai pensé, promit-il, se jurant de lire ce livre jusqu'à la dernière page.

-Tu ne l'ouvres pas ?

Kanon fronça les sourcils : Hyoga ne voulait tout de même pas qu'il commence sa lecture alors qu'il était là ? Ça aurait été impoli ! Et puis il aimait profiter du temps qu'il passait avec le blondinet, profitant de cet instant pour se ressourcer complètement. Il finit par se décider à feuilleter quelques pages, s'arrêtant rapidement lorsqu'il trouva un papier plié en deux, semblable à une lettre. Il haussa les sourcils tout en lançant un regard amusé à Hyoga.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.

-Lis-le, tu verras !

Il s'exécuta et déplia le papier sur lequel était simplement inscrit :

« Ta surprise t'attendra demain à 11h, sur le banc face au grand chêne ».

Kanon ne sut pas s'il devait se réjouir ou craindre ce moment : il n'avait jamais vraiment aimé les surprises. Simplement parce que, la plupart du temps, ça finissait en fiasco. Il se souvenait encore comment la dernière surprise qu'il avait voulu faire à Rhadamanthe les avait menés à une mémorable dispute.

-Hyoga… qu'est-ce que ça signifie ?

-Un peu de patience, tu le sauras très bientôt !

-Je ne veux pas gâcher ton enthousiasme mais… je n'aime pas trop les surprises.

-Tu aimeras celle-là, assura-t-il.

-Comment peux-tu en être certain ?

-Je le suis, c'est tout.

-Ca y est, tu débloques ! Tu te mets à parler comme un vieux sage !

Hyoga se contenta de sourire.

-Je dois tenir ça de mon maître.

-Franchement… cette histoire de surprise… je ne suis pas certain que ça soit une bonne idée, tu sais.

A vrai dire, il n'avait pas envie d'être de nouveau déçu. Qu'est-ce que Hyoga avait prévu ? Une sortie qui risquait de le mettre dans un état de stress intense ? Un baiser volé qui chamboulerait son cœur à peine cicatrisé ? Un cadeau qu'il devrait faire semblant d'aimer ? Il ne savait pas à quoi s'attendre et il ne voulait pas faire de plans sur la comète : c'était le meilleur moyen d'être déçu, le meilleur moyen d'être blessé.

-Tu ne me fais pas confiance ?

Kanon resta silencieux. Lui faire confiance ? Il le connaissait depuis quelques semaines à peine et, même s'il s'était déjà vraiment attaché à lui, son cœur lui criait de rester sur ses gardes. Il avait trop souvent accordé sa confiance rapidement et ça lui avait toujours porté préjudice. Aujourd'hui il avait appris de ses erreurs passées, hors de question qu'il soit de nouveau détruit, et qu'il détruise ceux qu'il aimait. Comme Saga.

-Désolé, je n'aurais pas dû te poser cette question, déclara Hyoga en se relevant. Je dois continuer mon service, je repasse plus tard.

-Eh ! le retint Kanon en l'attrapant par la main. Ce n'est pas contre toi, d'accord ? Je… j'ai envie de te faire confiance mais… c'est…difficile pour moi. Je crois que j'ai besoin de temps.

-Je comprends.

-Alors… il n'y a pas de malaise entre nous, hein ?

-Bien sûr que non.

-Certain ?

-Certain, répondit Hyoga avec un léger sourire qui réchauffa doucement le cœur du marina.

Ce dernier hocha simplement la tête et lui grommela de ne pas disparaître trop longtemps de son champ de vision, faisant sourire une dernière fois le blond avant qu'il ne quitte finalement la chambre. Réussirait-il à lui redonner confiance en la vie ?


-Quel con !

Aphrodite, avachi sur le canapé, les yeux rivés sur une série à l'eau de rose qui ne faisait que lui rappeler à quel point lui n'avait pas droit à temps de romantisme et de guimauve, ne s'était toujours pas remis de sa dispute avec Angelo.

-J'espère qu'il ne reviendra jamais ! Il ne sait pas ce qu'il perd ! pleurnicha-t-il en plongeant une main dans la boîte de pralines qu'il avait ouverte pour noyer son chagrin et obtenir un peu de réconfort.

Boîte à présent presque vide. Boîte désormais vide.

-Je n'ai pas besoin de lui, de toute façon ! se jura-t-il en se rendant dans la cuisine pour en revenir quelques secondes plus tard avec un paquer de chips.

Il se vautra de nouveau dans le canapé, un coussin serré contre son torse, sentant les larmes revenir dangereusement à la charge. Il fourra une généreuse poignée de chips dans sa bouche avant d'attraper un mouchoir. Même s'il essayait de se convaincre du contraire, il s'était vraiment attaché à Angelo. Il ne s'était intéressé à personne d'autre pendant ces mois de vie commune, préférant largement tenter de résoudre l'énigme de l'italien. Il le fascinait. Il le faisait vibrer. Ils étaient si différents et pourtant il avait le sentiment de ne pas pouvoir être complet sans lui. C'était une sensation qu'il n'avait jamais ressentie.

Il n'avait jamais vraiment eu de relation sérieuse, préférant enchaîner les plans cul sans se poser de questions. Il vivait une vie amoureuse anarchique et ça lui convenait très bien. Jusqu'à ce qu'il rencontre Angelo. Oh bien sûr, au début ça n'avait rien de sérieux. Ils se voyaient de temps en temps pour s'envoyer en l'air. Puis Angelo était resté, et Aphrodite s'était étonné d'apprécier cette présence permanente, d'apprécier leurs échanges. Il aimait autant coucher avec lui que parler actualité et politique. Angelo était quelqu'un de très intelligent, de très cultivé. Il l'attirait indéniablement. Mais aujourd'hui, il était parti. Et pourquoi ? Parce qu'il voulait se montrer plus désirable à ses yeux.

Même s'il arborait aujourd'hui un corps fin et élancé, ça n'avait pas toujours été le cas. Et Aphrodite en avait énormément souffert. Il s'était convaincu, des années plus tard, que son physique devait être irréprochable s'il voulait être aimé. Il s'était juré de ne jamais redevenir comme avant, contrôlant son poids à coups de privations et d'interdits. Alors forcément, quand Angelo avait commencé à lui concocter de bons petits plats, quand il avait senti les coutures de son jeans devenir plus serrées contre sa peau, il avait pris peur.

Ce n'était que 500 grammes. Ce n'était rien. Mais ça avait suffis à le faire retomber dans une véritable psychose. Il s'était convaincu qu'Angelo le trouvait moins beau, moins désirable et il s'était promis de perdre au moins un kilo en moins d'une semaine. Ce matin il avait semblé satisfait, la balance affichait plus d'un kilo de perdu. Encore quelques jours de privation et il pourrait peut-être en perdre un supplémentaire ! Oui, il avait perdu du poids, mais il avait aussi perdu Angelo. Et ça, ça lui pesait bien plus que quelques centaines de grammes.

-Je suis vraiment trop con, s'avoua-t-il finalement avant de fondre en larmes, seul sur son canapé, des miettes de chips parsemant ses cheveux.


-Cap ou pas cap de manger un ver de terre ?

-Pas cap ! C'est dégoûtant, Milo ! affirma Camus en arborant une mine de profond dégoût.

-A ton tour !

Camus soupira : certes, Milo avait tout retrouvé de sa bonne humeur mais il aurait largement préféré profiter du soleil en silence, le nez plongé dans un livre, plutôt que d'avoir à jouer à ce jeu ridicule.

-On peut peut-être se remettre en route ? tenta-t-il.

-Encore une question chacun, Camus ! S'il te plaît !

Nouveau soupir de la part du principal intéressé : le comportement bipolaire et enfantin de Milo finirait par avoir raison de lui.

-Cap ou pas cap de passer une semaine sans manger de sucre ?

Milo grimaça : c'était quoi cette question bizarre ?

-Bien sûr, répondit-il sans trop d'entrain.

-Il y a du sucre dans les pizzas industrielles et les gâteaux dont tu te goinfres à longueur de journée, tu sais ?

Milo déglutit difficilement.

-T-Tu es sûr ? demanda-t-il.

Camus se contenta de hocher la tête et sourit d'un air machiavélique tandis qu'il voyait la mine déconfite de Milo.

-Mais trop tard, Milo, tu as accepté de relever le défi ! déclara-t-il d'un air triomphant, ravi que son petit subterfuge ait fonctionné comme prévu.

Il savait que l'esprit de compétition de son petit ami était plus fort que tout. Il ne se serait jamais permis de s'avouer ouvertement vaincu !

-C'est à mon tour ! clama le blond pour changer de sujet.

Camus voulait jouer ? Il allait jouer !

-Cap ou pas cap de rentrer torse nu ?

Ravi de son petit effet, Milo arbora un large sourire. Camus était bien trop pudique pour s'afficher de la sorte. Il refusait déjà de se promener sans son t-shirt dans leur propre appartement, pour son plus grand désarroi ! Mais il n'avait pas prévu que cette fois, l'esprit joueur de son amoureux décide de le prendre à son propre piège. Son sourire se fana comme une fleur en hiver lorsqu'il l'entendit lui répondre « cap » et qu'il vit qu'il se levait pour enlever sa veste. Il bondit alors du banc sur lequel il était assis.

-Camus ! s'insurgea-t-il, tu ne vas quand même pas le faire ?!

-Et pourquoi pas ? C'est le but du jeu, non ?

-Non non non ! C'est bon, on arrête de jouer ! Rentrons à la maison. Et remets ta veste, Camus !

Le français parut très satisfait lorsque Milo attrapa les pants de sa veste pour la réajuster sur ses épaules et qu'il enroula son bras autour du sien en grommelant.

-Quel jeu stupide, mon Camus ! Qui a eu l'idée d'inventer un truc aussi débile ?

Il se retint de souligner que c'est lui qui avait insisté pour jouer et se contenta de se féliciter intérieurement d'avoir un esprit aussi malin. A présent il pourrait profiter du beau temps sans devoir jouer à ce jeu débile qui troublait sa tranquillité.


-Mais à quel point faut-il être stupide pour confondre des pétales de roses avec des feuilles de basilic ?!

-C'est pas de ma faute si vous ne rangez rien !

Là, Kiki marquait un point. Pour un homme qui se croyait le plus proche des dieux, Shaka manquait cruellement d'ordre.

-Silence, ineptie ! A cause de toi nous allons devoir jeter ces précieux vivres, souillant la terre de ce qu'elle nous a offert, commentant un immonde crime aux yeux de bouddha !

-Et alors ? Il s'en fout il est mort !

-Tes immondes petites joues parsemées de taches de rousseur brûleront en enfer, Kiki !

-Shaka, mon lotus, tes paroles ne sont-elles pas un peu excessives ? tenta d'intervenir Mu.

-C'est une conversation entre ton ignoble disciple et moi-même, Mu ! Tu ne dois pas intervenir sinon les conséquences pourraient encore déteindre sur ta santé.

Difficile d'y échapper, quand on vivait sous le même toit que deux êtres qui se détestent au point de ne pas pouvoir échanger deux phrases de façon cordiale et polie. L'atlante allait pour répondre lorsque le téléphone sonna, interrompant la joute verbale entre les deux ennemis jurés.

-Un peu de silence, demanda tout de même Mu tandis qu'il répondait.

L'échange ne dura que quelques minutes et, lorsqu'il raccrocha, Shaka ne put s'empêcher de demander :

-Qui était-ce ?

-C'était le médecin, il aimerait me voir demain.

-A quel sujet ?

-Il ne me l'a pas vraiment dit. Je suppose que c'est pour s'assurer que tout va bien.

Et s'il supposait mal ?


-Ow oui oui bien sûr, je comprends !

Camus fronça les sourcils : Milo venait de répondre au téléphone et était devenu blanc comme un linge après seulement quelques secondes.

-Il n'y a pas de problème !

Il tentait pourtant de lui faire des signes pour attirer son attention mais il gardait obstinément les yeux baissés, le teint livide.

-O-Oui ! Merci !

Quand Milo finit par raccrocher, après ce qui avait semblé être une éternité pour Camus, il resta stoïque, son téléphone portable en main.

-Milo ? demanda Camus.

Pas de réaction. Le français s'approcha de lui et posa une main sur son épaule, légèrement inquiet de le voir aussi calme.

-Qu'est-ce que tu as ? Tu as appris une mauvaise nouvelle ?

Son inquiétude monta en flèche lorsque Milo plongea ses yeux larmoyants dans les siens.

-Milo ?

-C-Camus ! sanglota le dit Milo en se jetant à son cou. Je l'ai ! J'ai le job ! Je… je n'en reviens pas ! Tout ça c'est grâce à toi !

Les muscles de Camus se détendirent enfin tandis qu'il refermait à son tour ses bras autour de lui. Ce crétin lui avait fait une de ces frayeurs ! Il caressa doucement ses cheveux tout en murmurant :

-C'est génial ça, mimi, je suis tellement fier de toi. Tu le mérites vraiment.

Milo resta de longues minutes dans ses bras en pleurant: il était tellement heureux d'avoir eu cette nouvelle. Pour la première fois depuis des années, il pouvait croire en un avenir autre que dans la rue. Il s'en voulut de ne pas avoir tenté sa chance plus tôt mais, sans Camus dans sa vie, il ne s'était jamais imaginé capable de gagner de l'argent autrement qu'en se vendant.

Il se sentait incroyablement bien en ce moment même, incroyablement serein et confiant en l'avenir. Un avenir propre, un avenir dont il pourrait être fier, un avenir avec l'amour de sa vie.

-Je n'en reviens pas, mon Camus…

-Je t'avais bien dit que tu y arriverais.

-Mais il y avait tellement d'autres candidats… pourquoi moi ?

Camus se détacha de lui et posa une main sous son menton pour l'obliger à le regarder.

-Parce que tu es unique. Parce que tu as été meilleur. Tu mérites ce job, Milo. Contente-toi de savourer cette victoire plutôt que de te remettre en question, d'accord ?

Le blond hocha simplement la tête avant de venir l'embrasser.

-Merci mon amour, pour tout…

Camus se contenta de lui sourire avant de se lever pour aller chercher quelque chose dans son sac.

-Fêtons ça dignement, déclara-t-il, champagne !

-Camus ! Quand est-ce que tu as acheté ça ? demanda Milo, l'air ébahi.

-Je suis passé au supermarché ce matin.

-Mais tu ne savais même pas si j'aurais le job !

Camus s'approcha alors de lui pour venir l'embrasser à son tour, le laissant bouche bée.

-Je n'ai jamais douté de toi.

Alors Milo ne put s'empêcher de sangloter à nouveau en se jetant dans ses bras. Il ne savait même pas quel goût avait le champagne mais, auprès de Camus, rien ne pouvait avoir un goût amer.


Angelo avait longtemps hésité à rentrer, ignorant comment il réagirait si par malheur il trouvait Aphrodite dans les bras d'un autre. Il aurait bien été capable d'étriper le porc qui oserait poser les mains sur le corps divin du suédois. Il inspira profondément pour se calmer avant de finalement ouvrir la porte. Il s'était préparé à devoir mettre un intrus à la porte ou à recevoir un vase en pleine tête, mais certainement pas à se retrouver face à un Aphrodite aux yeux rougis par les larmes, des traces de mascara sur les joues et des miettes de gâteau au chocolat collées à son rouge à lèvres glossé.

-Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Aphrodite d'un ton chargé de reproche, tentant de calmer les battements bien trop rapides de son cœur.

-Je…

-Je pensais que tu avais décidé de partir. Ne te gêne donc pas, repars.

Il ne pensait pas un mot de ce qu'il disait mais il avait bien trop de fierté pour l'admettre. Face à lui, Angelo sera les poings et déglutit, se faisant violence pour ne pas mettre les ordres d'Aphrodite à exécution. Il savait que c'était la tristesse qui parlait à sa place, il ne le connaissait pas si mal que ça, finalement.

-On peut parler ? demanda-t-il.

Aphrodite hésita avant de répondre :

-Tu as 5 minutes.

L'italien inspira profondément pour se donner du courage : il n'avait pas du tout l'habitude de s'excuser mais il avait bien conscience d'être allé trop loin dans ses paroles et, à en juger par la mine affreuse d'Aphrodite, il l'avait vraiment blessé. Et ça le mettait en rogne contre lui-même parce qu'il tenait bien plus à lui qu'il voulait l'avouer.

-Je suis désolé de t'avoir parlé de cette façon. Mes mots ont dépassé ma pensée. J'étais en colère de te voir te bousiller comme ça… j'ai pas envie que tu te fasses du mal. T'as pas besoin de perdre de poids, Aphro. T'as pas besoin de changer quoi que ce soit pour plaire. Même sans ton maquillage, même sans tes faux cils, même si tu prenais du poids tu me plairais. Arrête de croire que tu n'es qu'un corps. T'es pas un objet, bordel Aphro ! T'es tellement plus que ça, t'es tellement plus pour moi.

Aphrodite l'écoutait attentivement, les larmes ayant recommencé à couler le long de ses joues sans qu'il ne cherche plus à les arrêter.

-Merde, Aphro, pleure pas !

Angelo franchit rapidement la distance qui le séparait de lui et, si Aphrodite tenta d'abord de se débattre entre ses bras, il se laissa bien vite aller contre son épaule lorsqu'Angelo lui murmura :

-Arrête de pleurer. J'ai été con, je suis désolé. Arrête, s'il te plaît, ça me rend dingue de te voir comme ça.

-Je te déteste, Angelo.

-Je sais.

-Je te déteste autant que je t'aime.

L'italien se raidit lorsqu'il entendit ses mots, tout comme Aphrodite. Il n'avait jamais dit ces mots à qui que ce soit. Il n'était jamais tombé amoureux. Mais Angelo avait été bien clair : ils n'étaient pas ensemble.

-Désolé, je… tenta-t-il de se reprendre.

-Sors avec moi.

-Q-Quoi ?

-Sors avec moi, Aphro. Je veux que ce soit officiel entre nous. Plus de faux semblants, plus de non-dits. Tu es à moi et je suis à toi. Je peux pas vivre sans toi, je peux plus. Tu comprends ? Sors avec moi, Aphrodite.

C'en était trop pour le petit cœur guimauve du suédois, qui avait attendu ces paroles toute sa vie. Il s'était toujours demandé si lui aussi aurait droit à ce genre de déclaration enflammée et, quand il regardait dans les yeux d'Angelo, il n'y avait pas de doute, pas de mensonge. Lorsqu'il sentit ses mains sur ses joues et ses doigts essuyer ses larmes, il sourit timidement.

-Même quand tu pleures, tu es magnifique.

Il n'en fallut pas plus à Aphrodite pour se jeter sur ses lèvres et l'embrasser passionnément. Angelo lui avait beaucoup trop manqué durant cette journée. Avec ce baiser, il balaya les longues heures qu'il avait passées à se demander s'il reviendrait, il oublia ses mots durs, se focalisant uniquement sur ses excuses et sa déclaration.

-Bien sûr que je veux sortir avec toi, idiot.

Il n'attendait que ça.