Chap. 30 No New Friends || LSD

Seule dans la chambre qui m'était plus ou moins réservée, je me rendis compte que je n'avais en fait quasiment rien à fourrer dans un sac. La réalisation ne m'attrista pas autant que je m'y serais attendue. Je décidais donc de ne pas m'attarder dessus : mieux valait se focaliser sur un point positif, comme la joie d'avoir enfin retrouvé mon corps. J'aurais sûrement l'occasion de m'acheter des vêtements et autres sur le chemin ou… Peut-être que je pourrais compter sur la générosité d'un membre du clan de Hidan pour me reconstituer un début de gade-robe ? Ou au moins me donner une tenue de rechange… Ah… J'aimerais vraiment que ce soit mon problème principal…

Je m'étirais avant de m'installer sur le futon déroulé, observant distraitement le plafond. Je me sentais vidée de toute énergie et en même temps, étrangement revigorée. Bien sûr, c'était probablement normal : j'avais passé presque une semaine dans le corps d'Itachi, perdu un de mes frères aînés, dit adieu à ma famille, assassinée ma « cousine » et recruté mon premier « lieutenant »… En plus de cette attaque surprise dans les couloirs par un prétendant affamé. Je pense que cette suite d'événements aurait fatigué n'importe qui.

Partir avec Hidan tombait finalement à pic, quand bien même c'était pour me jeter dans la gueule d'un clan particulier et d'un ambassadeur entreprenant. Mais quel clan pouvait se vanter d'être banal et qui pouvait s'offusquer des manières d'un tel ambassadeur ? Surtout quand elles étaient aussi bien maîtrisées ?

Je me sentis rougir de nouveau et me tournais en boule sur le côté. Mon Dieu… Voilà que je n'arrive même plus à penser clairement. Voyons. Mis à part ses lèvres, de quoi dois-je m'inquiéter ? Peut-être de la réaction des membres et de celle de leurs leaders à l'annonce de Hidan. Certes, ce baiser avait été… intense, c'était parfaitement normal que je sois troublée, mais ce n'était pas seulement ça. Pourquoi ressentais-je des sentiments aussi mitigés par rapport à ce départ précipité ? J'avais peur de laisser Fuhito et Tadao derrière moi, bien sûr, mais ce n'était pas uniquement cette inquiétude qui me tourmentait.

Pourquoi étaient-ils si pressés de me voir partir loin d'eux ? Et Hidan… J'avais maintenant un peu peur de me retrouver seule avec lui à nouveau. Je n'avais pas prévu ça. Je n'avais toujours pas osé lui poser la moindre question concernant la fois où je l'avais sauvé de Fuhito et encore moins concernant ses souvenirs quant à ce sauvetage. Plus particulièrement ses souvenirs concernant mon intervention mentale. S'il se souvenait… Comment réagir ? Quelle était la meilleure attitude à adopter ? La meilleure option pour nous deux ? Devions-nous seulement en parler, au moins pour crever l'abcès ? Et si j'en parlais… Allait-ce changer quelque chose entre nous deux ?

Que ressentais-je vraiment par rapport à lui maintenant ? Oui, je l'avais toujours trouvé drôle, souvent malgré lui, sa gaucherie était devenue attendrissante et physiquement… Ce baiser m'avait prise de court. Eh bien oui, je le trouvais mignon. Cependant, je n'oubliais pas qu'il était avant tout un renégat. Et un membre d'un culte sanguinaire. Était-ce seulement raisonnable d'envisager une relation avec lui ? Bien sûr que non. Et s'il s'avérait être comme tous les autres et vouloir m'utiliser pour ses desseins personnels ? Je ne pouvais pas prendre ce risque. J'allais encore une fois devoir prendre le taureau par les cornes et tuer dans l'œuf toute tentative de rapprochement.

Je grognais en me cachant les yeux. Je n'avais vraiment aucune envie de me montrer raisonnable. En vérité, je commençais à en avoir plus qu'assez d'être obligée de constamment peser le pour et le contre de chaque action. J'en avais par dessus la tête de me refuser des petits moments de bonheur juste par peur. J'avais tout donné ces derniers jours, n'avais-je pas le droit de prendre un instant rien que pour moi, d'agir en égoïste, avant de recommencer à me faire souffrir gratuitement pour l'Akatsuki ?

Je l'aimais bien oui ! Je l'avoue, j'aimais bien Hidan et j'avais envie d'apprendre à mieux le connaître. On allait encore me donner des leçons de morale, me dire que j'étais folle et trop bête, stupide de penser qu'il pouvait partager cette inclination, mais j'avais vraiment envie de voir où nous pouvions aller. Alors tant pis. Je traçais mes lèvres doucement, me remémorant le goût des siennes.

Pour cette fois, je n'écouterai pas cette petite voix raisonnable qui m'avait jusque là presque toujours rendu service. Avec lui, qu'est- ce qui pourrait bien m'arriver de mal ?

OoOoOoOoOoOoOoOoO

Marcher, marcher, pourquoi fallait-il toujours marcher avec eux ? Il y avait bien un moyen d'aller plus vite en se fatiguant moins ! Je grimaçais derrière mon guide en tentant tant bien que mal de suivre sa cadence. Pour un gars renié par son clan, il était bien pressé de le retrouver !

Nous marchions à cette allure depuis deux jours. J'avais laissé derrière moi un Tadao ne cachant pas son inquiétude et un Fuhito agissant comme s'il n'en avait absolument rien à faire de me voir le laisser au milieu de tous ces renégats. Néanmoins, au regard désemparé que je surpris en me retournant avant de partir, je savais qu'il ne s'agissait que d'une façade. J'avais demandé à Tadao de veiller sur lui en mon absence. Je m'inquiétais sincèrement pour lui, et je craignais que Deidara n'exerce une mauvaise influence sur lui. Le jônin se fia à mon sentiment et me promit d'y faire attention. En échange, je lui promis de trouver un moyen de l'avertir si jamais les choses se passaient mal. Sasori et Kisame me prirent à part suite à cette promesse, me demandant d'être également tenus au courant. Ils semblaient anxieux. J'eus droit à l'apprentissage express du genjutsu de communication, au cas où. Cela ne m'aida pas à partir en confiance avec mon seul et unique guide.

Guide qui ne me ménageait pas du tout en plus ! J'en ai marre qu'on m'oblige toujours à me dépêcher et qu'en plus on vienne me traiter de tire-au-flanc ! Je n'ai pas eu le droit à leur entraînement de plusieurs années et dans mon ancienne vie, les gens comme moi prenaient une charrette ! Ou n'importe quoi d'autre avec des roues !

- Je peux t'entendre te plaindre de là où je suis. - se moqua Hidan sans se donner la peine de se retourner. Je fusillais son dos du regard et m'arrêtais net, croisant les bras de manière décidée. Tiens, finalement, il est capable de sentir quelque chose ! Mais ferait-il enfin preuve d'empathie ? Suis-je en train d'assister à un événement extraordinaire ? Quelle chanceuse je fais. Quand il s'arrêta à son tour, je lui répondis.

- Si c'est pour en plus me retrouver dans un endroit désert et aride, là, tu verras ce que ça donne vraiment lorsque je me plains.

- Ouh, c'est que j'aurais presque peur. Et qu'est-ce que ça donne quand tu te donnes à fond ? Tu fronces vraiment beaucoup les sourcils ? Tu tapes du pied ? - il haussa un sourcil et me défia du regard – Montre un peu, que je me prépare mentalement ?

Je franchis les quelques mètres qui nous séparaient et soutins son regard moqueur avec aplomb. Comme ni l'un ni l'autre ne s'avouait vaincu au bout de quelques secondes, je lui décochais une paire de tapes légères sur le bras. Bien sûr, il grimaça à peine : j'eus le droit à la place à un sourire ravi.

- C'est quand même mieux quand tu es toi ! C'était trop malsain de voir les maniérismes d'Itachi sur toi.

Étonnée qu'il m'en fasse part, mon énervement s'amenuisa, laissant place à la curiosité. Je décidais qu'il était temps que nous abordions ce sujet. Nous voir échanger nos habitudes avait mis tous les membres de l'organisation mal à l'aise, ils ne savaient plus comment se comporter par rapport à nous. Itachi et moi avions beau en être conscients, nous avions trop été imprégnés des gestes et habitudes de l'autre pour rectifier aussi rapidement nos façons d'agir. Itachi souriait- quand il souriait, ce qui restait tout de même assez rare- de la même manière que moi et Hidan s'était plaint que je les regardais maintenant sans expression, le visage neutre, le regard froid. Si c'était le résultat après six jours passés dans le corps de l'autre, je n'osais pas imaginer ce que ça pouvait donner après dix ans ou plus comme dans le cas de Chiko. J'en avais eu seulement un petit aperçu et déjà, je me retrouvais avec des faux souvenirs communs. Alors pour lui ? Où Reiji commençait-il ? Qu'est-ce qui venait de lui, qu'est-ce qui venait de son ennemi ? Il y avait vraiment moyen de devenir fou.

C'était donc bien aimable de sa part d'aborder ce sujet de lui-même.

- Qu'est-ce que tu as trouvé le plus étrange ?

- Que tu nous parles à tous froidement. Et que tu ne nous touches plus. T'es vachement tactile l'air de rien, alors te voir nous juger de loin et t'écarter comme si nous étions des pestiférés… Ouais, c'était carrément perturbant.

- Et… c'est tout ? - comme il me regardait sans comprendre, j'insistais en formulant autrement ma question, le rose aux joues. - Ce sont les seules différences qui t'ont marqué ?

- Bah… C'étaient les principales. Après, si tu veux aller dans le détail… Tu ne souriais plus. Mais ça, c'est normal avec Itachi aux commandes. Tu restais silencieuse tout le temps. Et parfois… Parfois, c'est comme si Itachi devait lutter contre certaines de tes habitudes. Il se laissait aller contre l'un de nous et se redressait aussi sec. Je – il s'interrompit et tourna la tête. Je serrais légèrement son bras pour l'inciter à reprendre. Hors de question qu'il change de sujet maintenant ! Il resta muet et je me lançais alors dans une litanie ininterrompue de « s'il te plaît », qui eu finalement gain de cause. - Ok, c'est bon ! J'ai oublié que c'était Itachi et pas toi et je l'ai… j'ai des frissons rien qu'à y repenser, je l'ai pris dans mes bras sans prévenir et il a « oublié » que ce n'était pas lui. On est resté comme ça bien cinq minutes avant qu'il ne se rappelle qui il était et je me prenne une mandale. C'était le matin. - se justifia-t-il immédiatement après en me regardant à nouveau. Je fis de mon mieux pour étouffer mon ricanement. - On était dans le paté tous les deux. Et si jamais quelqu'un m'en parle, je saurai que ça vient de toi.

- Ouh, c'est que j'aurais presque peur ! - me moquais-je à mon tour, ignorant son froncement de sourcils. Il ne pouvait pas me cacher ce petit sourire de connivence, pas à moi ! Cet idiot était vraiment mignon, de temps en temps !

Je repris ma marche avec un nouvel entrain, le sourire sur mes lèvres refusant de disparaître. D'un pas léger, je pris de l'avance sur mon guide, oubliant momentanément la brume et l'ambiance morne du paysage désolé que nous traversions. Embêter Hidan me mettait toujours du baume au cœur.

Après plusieurs mètres, je m'aperçus que l'idiot ne me rejoignait pas. Surprise qu'il ait ralenti, je me tournais vers lui, me demandant si je ne l'avais pas vexé sans le vouloir. Tout de même, se vexer pour si peu… Ce n'était pas son genre, si ? Il ne m'en avait pas donné l'impression. Et pourtant, sa tête chafouine m'indiquait le contraire.

- Eh bien ? Tu es déçu de ne pas me terroriser comme Kakuzu ? Tu sais qu'être aussi terrifiant que lui est un véritable handicap pour entretenir des relations humaines.

Hidan leva dramatiquement les yeux au ciel, laissant tomber ses épaules tout en grognant. Loquace et expressif, comme toujours. Je crois que ma tentative d'humour n'a pas fonctionné, ce qui est dommage, je l'aimais bien, cette blague. Et quand je pense que ce monsieur a réussi à se marier ! Un jour, j'aimerai vraiment rencontrer celle qui a accepté de passer sa vie avec cette armoire à glace terrifiante.

- Vraiment, ça me casse les couilles !

- Très bien, bel usage de tes mots, mais encore ? - répliquais-je calmement en me rapprochant de lui. Suzuki, psychologue pour nukenins. Je vais vraiment finir par réclamer un salaire à l'organisation pour ce que je fais là.

- C'est compliqué, merde… Pourquoi ça l'est toujours avec toi ?

- Encore cette question ! Je vais me vexer.

- Écoute, normalement, j'évite ça au maximum. Ça me fait chier, le sentimentalisme. J'ai pas le temps pour cette merde. Mais là, avec ce qui s'est passé, l'échange avec Itachi, Tadao qui s'est rajouté… est-ce que… est-ce que t'es toujours intéressée ? Par moi, je veux dire ? Parce que sinon, je préfère être fixé avant de devoir m'occuper de mon clan.

Son aveu me prit totalement de court. Je ne m'attendais vraiment pas à ce qu'il soit le premier à s'inquiéter sur ce qui se passait entre nous, surtout après ce baiser dont aucun de nous n'avait osé reparler en premier. Je pensais que j'aurais à le préparer psychologiquement en faisant preuve d'adresse pour ne pas l'effaroucher, ou… Enfin, que ce soit lui qui me parle de ses inquiétudes nous concernant, c'est vraiment...

- Je… Je ne m'attendais pas à ça. Hum. C'est… - je commençais à bégayer, cherchant désespérément mes mots, sentant le rouge me monter aux joues. Je n'avais pas eu le temps de me préparer, de répéter mon petit discours ! Il était fou, de me prendre au dépourvu comme ça, ça demande une certaine atmosphère ce genre de conversation, ça ne se fait pas comme ça dans la nature sur la route ! Et il n'allait manifestement pas lâcher l'affaire avant que je ne lui donne une réponse, vu son air décidé.

- Tu sais, pour une fille aussi grande gueule, je me serai attendu à quelque chose de mieux formulé.

- Oui, bon, je fais ce que je peux, d'accord ? Ce n'est pas pareil que devoir marchander pour sa vie !

- Et si ça l'était ? Si c'était la seule garantie pour pouvoir quitter mon clan ?

J'ouvris de grands yeux inquiets face à cette menace implicite. Si je ne lui donnais pas la réponse qu'il espérait, allait-il… Oserait-il me… Non, quand même pas, il n'oserait pas me tuer parce que je l'aurais repoussé, pas pour quelque chose d'aussi insignifiant ! Il se vante tout le temps de son succès auprès de la gente féminine, il ne se vexerait pas parce que moi, une petite danseuse, je l'aurais repoussé ! Ou pas ? Il a quand même un ego assez impressionnant pour quelqu'un de son âge, peut-être qu'il pourrait vraiment…

Constatant ma panique, il se rapprocha et posa ses mains sur ma taille, cherchant mes yeux des siens. Le contact physique ne me calma pas, au contraire. Il ressemblait trop à celui qui avait précédé notre embrassade passionnée. Mes joues me brûlaient presque désormais, et j'étais bien incapable de lui répondre de manière cohérente, constatant avec déplaisir que le tic d'Itachi de se racler la gorge lorsqu'il était gêné m'était resté. Génial, c'est vraiment le seul truc que mon corps a jugé bon de garder ?

- Eh, stresse pas. Tu ressortiras de là en un seul morceau, je te le jure. C'est juste… Tu serais capable de me mentir sur tes sentiments si ça pouvait te permettre de survivre ?

- Non ! - ce cri du cœur le rassura et lui tira un sourire. Sa pression sur ma taille s'amenuisa et je me grondais de ressentir un soupçon de regret à cause de ça.

- Alors qu'est-ce que je suis pour toi ?

Oh mon Dieu. Je n'aurais donc réellement pas droit à un seul moment de répit en ce bas monde en présence des membres de l'Akatsuki. Merveilleux.

- Il y a le temps et la manière pour demander ce genre de chose, je ne-

- Tu n'avoueras jamais rien, tu évites toujours la discussion.

- La dernière fois, je n'ai pas tellement eu l'impression d'être celle cherchant à éviter la discussion…

- Et… ça te plairait qu'on continue à parler de cette façon ?

Rouge jusqu'aux oreilles, je hochais la tête en soutenant son regard. Ouais, ce serait effectivement plutôt sympa, comme discussion. Son sourire éclaira tout son visage. Il était beau. Doucement, il se pencha vers moi et m'embrassa une nouvelle fois, cette fois-ci de manière plus posée. Il prit le temps de redécouvrir mes lèvres et je lui rendis la pareille. C'était grisant, ce sentiment. Je ne sentais pas de papillons dans mon ventre, mais il se serrait tout de même.

Lorsqu'il s'éloigna, il rit de me voir le suivre inconsciemment, cherchant à prolonger le contact avec ses lèvres.

- Bon, au moins, on est d'accord sur ça. Je sais comment te motiver pour marcher maintenant. - conclut-il en m'adressant un sourire narquois avant de partir à grandes enjambées, me plantant là sur le chemin. Je l'observais s'éloigner sans comprendre, encore un peu à l'ouest à cause de lui. Il était grand… Grand et beau. Et moi complètement sous le charme. Suite à cette réalisation, je me secouais et marchais rapidement pour me mettre à sa hauteur sans le regarder.

Quand il attrapa ma main de la sienne, je ne la retirais pas.

Durant les trois jours de marche qui suivirent, nous apprîmes à intégrer cette inclination mutuelle dans nos habitudes. Hidan se révéla être plus tactile que ce que j'aurais pu croire et moi… eh bien, plus timide, à en juger par la facilité avec laquelle ses petites attentions me faisaient rougir. Nous discutions de tout et rien, apprenant ainsi à mieux nous connaître. Entre deux bavards, nous en avions, des choses à nous dire ! Je lui racontais mon enfance, pleurais encore une fois à chaudes larmes suite à l'évocation de Thakara, cette fois-ci dans ses bras. Il me donnait quelques conseils pour faire mon deuil, même si, deux semaines après, la blessure était loin d'être suffisamment cicatrisée pour que je puisse avoir la distance nécessaire pour les mettre en pratique.

De lui, j'eus droit à quelques informations supplémentaires sur ses relations avec les autres membres de l'Akatsuki notamment avec Deidara et Kakuzu. S'il considérait le premier comme une sorte de diablotin sur lequel il fallait garder un œil, il entretenait une véritable relation d'amour et de haine avec le second. Kakuzu incarnait tout ce qu'il ne comprenait pas. Sa passion pour l'argent, sa froideur, sa discrétion, son athéisme… Le personnage agissait souvent à l'inverse de ce qu'il aurait trouvé naturel. En revanche, il admirait sincèrement son professionnalisme et surtout, ses compétences. Il me confia sur le même ton qu'un fan aurait pu avoir en parlant de la dernière réussite de sa personnalité favorite que Kakuzu avait été mandaté pour assassiné le premier Kage du village du Feu, Konoha, mais que, suite à son échec, il avait été banni de son village. Le fait qu'il ait été banni et non pas qu'il ait déserté semblait racheter son caractère difficile, en plus du fait qu'il se soit forgé une « excellente » réputation de chasseur de primes.

En revanche, il était toujours aussi avare en détails sur son passé. Il semblait plus intéressé par celui d'Itachi : il semblait fasciné par l'échange qui s'était produit entre nous en matière de souvenirs. Dérangé par cette fascination malsaine, je restais volontairement vague là-dessus. Je ne tenais pas à causer d'autres soucis à l'avant-dernier Uchiha, j'avais eus toutes les preuves nécessaires pour savoir qu'il n'en avait vraiment pas besoin.

Nous étions en train de nous envoyer une série de piques lorsque Hidan déclara enfin que nous touchions au but. Voyant que je ne le croyais pas, il dévia légèrement notre route et nous fit grimper une colline. L'ascension dura une heure. J'allais vraiment devenir une marcheuse émérite à force, dommage que ce ne soit pas vraiment utile. Enfin, lorsque nous fûmes arrivés au sommet, Hidan me sourit et m'indiqua d'un geste fier le paysage en face de nous.

Du haut de notre colline, nous pûmes apercevoir plusieurs sources chaudes, à première vue laissées sauvages. Je ne voyais aucun bâtiment aux alentours. Étonnée, je me tournais vers Hidan, espérant obtenir quelques explications. Il n'y avait pas de quoi être si fier, même s'il s'agissait d'un paysage pittoresque. Je m'aperçus alors qu'il ne regardait pas la même chose que moi. Son regard observait un point dans les vapeurs des eaux chaudes, invisible pour moi. J'avais beau tenter de voir au travers de ce brouillard, rien ne transparaissait.

- Heu… Hidan ? J'imagine que ton village se trouve derrière cette purée de pois ?

- Tu l'as sous les yeux.

Je haussais les sourcils et clignais plusieurs fois des yeux, dubitative. Était-ce vraiment le bon moment pour se payer ma tête ?

- Donc trois bassins d'eau chaude et du brouillard à couper au couteau. C'est vraiment un beau petit village, débordant de vie, exactement ce que je m'imaginais pour le refuge d'une communauté sectaire. Même pas de murs. Ils sont vraiment en confiance chez toi.

- Joues pas l'idiote… -dit-il après avoir poussé un long grognement agacé pour me couper dans ma lancée. C'est bête, parce que j'avais encore beaucoup d'autres remarques. - Tu te doutes bien que je ne t'emmène pas à Yu, j'ai pas envie d'avoir à commettre un massacre juste pour obtenir une chambre dans une auberge de merde et se ramasser toute la flicaille qui reste au cul. Je suis un nukenin, tu te rappelles ?

- Oh, moi, tu sais, ce genre de détails… On m'a un peu forcée à m'asseoir dessus. - je levais les épaules de manière désinvolte, ce qui lui tira un petit sourire. J'eus droit d'être poussée gentiment, ce qui bien entendu me fit vaciller, pour l'avoir amusé malgré lui avant qu'il ne daigne développer.

- Ma communauté est loin de Yu et utilise cette astuce pour éloigner les gens comme toi.

- Super sympa ?

- Les non-croyants andouille.

- Tu peux aussi dire les non-endoctrinés, monsieur le religieux. D'ailleurs, tant qu'on y est, je t'informe que je ne suis pas venue pour être convertie mais pour me reposer. Les prières à trois heures du matin, ce sera sans moi.

- T'inquiètes, je m'en doutais. Allez, tu veux voir le village ?

Il se plaça derrière moi, collant son torse contre mon dos, puis exécuta un jutsu devant moi. J'observais attentivement les signes qu'il utilisait. On ne sait jamais, ça peut peut-être servir… Dès qu'il eut terminé, le nuage épais qui me bloquait la vue s'effaça, révélant une petite ville entière au bord d'un lac, avec des rues larges et de nombreuses maisons, aux murs noirs et aux toits peints avec de la laque rouge. Tu m'étonnes qu'ils aient eu besoin d'un jutsu pour dissimuler leur présence, on a vu mieux en matière de camouflage. Quelle idée d'être aussi voyant ! L'architecture restait traditionnelle et je notais la présence de plusieurs tours de guet au milieu des habitations. Ce n'était pas aussi paisible et insouciant qu'il n'y paraissait à première vue. Je penchais la tête sur le côté, cherchant à apercevoir des indices sur les activités présumées sanguinaires de ce village. Une demeure plus grande que les autres attira mon attention. Le lieu de prière peut-être ?

- Ça fait bizarre de le revoir. - me confia-t-il, songeur, près de mon oreille. Il avait posé son menton sur mon épaule et me tenait contre lui. J'étais touchée qu'il se montre aussi tactile.

- Tu angoisses d'y retourner ? - demandais-je en posant mes mains sur ses bras et en me laissant aller contre lui. C'était quand même bien plus agréable que de me faire brusquer à longueur de journée !

- Non, c'est juste que je sais comment ça va se passer et que ça me fait chier d'avance.

-Ne me dis pas que tu m'as emmenée ici par amour ? Si c'est trop difficile pour toi, on peut aussi rebrousser chemin et se trouver un autre endroit. On peut très bien masquer nos chakras et changer d'apparence, c'est peut-être même plus simple encore.

- J'ai promis que tu serais en sécurité, ailleurs, je ne pourrais pas le garantir. Et puis il est temps que je leur rappelle que je suis toujours en vie. Ils vont juste me gaver avec leurs ronds de jambe, mais ils ne t'emmerderont pas toi. - il me serra un peu plus fort contre lui et plaça un baiser sur ma joue. - Et ailleurs, je ne peux pas non plus promettre qu'il y ait des sources d'eau chaudes aussi cools !

- Hum hum, et elles sont mixtes tes sources chaudes je présume ?

- Peut-être bien, ça se pourrait.

Il me lâcha et se mit à marcher vers le village. J'observais un court instant sa silhouette avancer, notant la rigidité dans son dos. Pourquoi avoir insisté pour m'emmener dans son village si c'est pour angoisser d'y retourner une fois devant ? Que se passe-t-il vraiment entre lui et sa communauté ? Je pinçais les lèvres tout en lui emboîtant le pas, me demandant bien quel rôle j'allais avoir à jouer dans cette affaire.

En descendant de notre point d'observation, je tentais de creuser davantage le sujet de sa secte. Ça me semblait être le moment opportun pour en apprendre davantage là-dessus et, honnêtement, j'étais beaucoup moins sereine que je ne le paraissais à l'idée de rester sous leur protection pour les prochains jours. Vu les techniques de Hidan, ses « prières » et les récits de ses combats que m'en avaient fait les autres… J'avais peur que son « clan » ne m'accueille d'une manière bien particulière, comme en m'utilisant comme sacrifice par exemple.

- Comment es-tu tombé dedans ? - demandais-je sans y mettre particulièrement de forme. Hidan n'appréciait de toute manière pas les gens tournant autour du pot. Il ralentit l'allure, me permettant de le rejoindre et de marcher à sa hauteur.

- Je ne suis pas « tombé dedans ». Ils sont arrivés au bon moment. Tu sais que mon pays a pour ambition d'être un parc touristique glorifié ? Y'a plus aucun honneur à être un shinobi servant ce pays de merde. Dans mon village, le meilleur avenir qu'on nous proposait, c'était de tenir notre stand rempli de merdes attrape-touristes et de sourire au prochain pigeon à taxer. J'ai pas été choisi pour défendre un village et finalement me retrouver en con de commerçant.

- Hidan, ma mère est commerçante.

- Ouais, mais tu comprends l'idée quand même, j'ai été entraîné pour gagner des combats, pas me tourner les pouces derrière un comptoir.

- Donc tu t'ennuyais et tu as décidé de rejoindre une secte adorant un dieu obscur. C'est un raisonnement parfaitement logique.

- Suzuki, comment tu peux te dire shinobi si t'es jamais en train de te battre ? Les victoires, c'est ce qui forgent un pays. Les shinobis sont pas des ambassadeurs, on est là pour détruire l'ennemi. Transformer notre pays en bastion du pacifisme, c'est cracher à leur gueule, c'est être lâche et renier son indépendance en se mettant à la merci des autres pays, qui n'hésiteront pas à prendre de force ce qu'ils veulent. Alors plutôt que de rester avec des abrutis sans couilles, je me suis barré et j'ai rejoint de vrais combattants. J'emmerde le village de Yu, j'emmerde tout le pays des sources chaudes.

Eh ben, remonté le garçon. J'étais légèrement honteuse de ne m'être jamais intéressée plus que ça à la géopolitique des pays ninjas autres que les pays frontaliers au mien, celui de l'Herbe. Autant je savais que celui-ci privilégiait les relations commerciales et bénéficiait d'une alliance de longue date avec le célèbre pays du Feu, ce qui nous permettait de vivre en relative sécurité, autant pour ce qui se passait ailleurs… J'allais avoir de la lecture à rattraper. Peut-être que Sasori et Kisame, qui ont l'air d'être assez investis dans la politique des pays, ou en tout cas de l'avoir été, pourraient me donner quelques infos ? Oh, et Tadao aussi ! En tant que jônin proche du Kage de Taki, le village de la Cascade, il doit nécessairement être au fait de l'actualité politique et géo-politique dans la plupart des pays ninjas !

Néanmoins, la justification de Hidan pour avoir rejoint sa communauté me semblait légère. Il aurait pu s'engager ailleurs, non ? Même si son pays menait une politique pacifique qui lui déplaisait, ça ne l'empêchait pas de louer ses talents de guerrier ailleurs, pour le compte de seigneurs de guerre ou quelque chose dans le genre. Ou est-ce considéré comme une désertion ?

- Ton village n'a pas pu supprimer toute son armée, ils ont forcément besoin d'une force pour protéger les civils. Tu parlais des agents de la paix, tu n'as pas pensé à les rejoindre ?

- Et faire quoi ? Séparer deux connards lors d'une bagarre dans un bar ? Génial. J'ai pas été entraîné depuis mes cinq ans pour gérer ça. C'est comme si tu demandais à Kisame pourquoi il n'est pas devenu prof' ou Kakuzu comptable ! Depuis qu'on est gosse, on nous dresse pour devenir ou de la chair à canon ou des assassins spécialisés, on ne sait faire que ça, on n'attend que ça !

- Donc en fait… La vraie raison, c'est que tu n'as pas supporté qu'on t'annonce que tout ce que tu as enduré au cours des tes entraînements n'a servi à rien.

- Non, que ce soit moi qui ne serve à rien. Si je ne suis pas shinobi, si je n'ai personne à affronter, qu'est-ce que je fais ? Avec Jashin, je sais à quoi je sers et je sais que je me bats pour une cause. J'ai même été reconnu et récompensé par Jashin-sama lui-même en devenant immortel. Qu'est-ce que tu veux que des cons de bureaucrates trouillards viennent m'offrir face à ça ?

Effectivement, proposer quelque chose de mieux que ça allait être difficile. Peut-être même impossible. Je lui concédais à nouveau la victoire, aucun argument ne pouvant avoir de poids face à son immortalité. Ceci expliquant cela, je nous laisser avancer en silence une petite demi-heure avant de recommencer avec mes questions, sentant la nervosité m'envahir à mesure que nous nous voyions apparaître l'arche de l'entrée de ce petit village caché.

- Et sinon, ils sont comment vis-à-vis des non-initiés ?

- Comme t'es avec moi, ils seront tranquilles, t'inquiètes pas.

- Oh, je ne m'inquiète pas, pas du tout… Il y a des choses à éviter tout de même, j'imagine ?

- Dis pas que t'es pote avec un jônin, c'est tout.

Je lui coulais un regard moqueur. Il avait toujours la présence de Tadao près de moi en travers de la gorge. C'était amusant, de le voir se montrer ouvertement jaloux. Je lui attrapais la main et entremêlais mes doigts avec les siens, captant son regard.

- Et si je dis que je suis pote avec toi ?

- Là, ça passera crème. - je lui rendis son sourire, notant ses yeux brillants et la manière dont le coin de ses lèvres se relevait lorsqu'il essayait de maîtriser ses expressions. Il était vraiment mignon. Je me penchais vers lui et déposais un baiser aérien sur sa joue, juste comme ça. On dira que c'est pour le féliciter de sa chance avec le loto des bons gènes.

Au pied de l'arche, nous trouvâmes deux gardes, un homme et une femme, qui ne semblaient n'être ni particulièrement aux aguets ni particulièrement concernés par la présence d'étrangers devant eux. L'homme referma les yeux pour reprendre son somme après nous avoir jeté un bref regard agacé. Une étincelle apparut néanmoins dans le regard de la femme lorsqu'il se posa sur mon guide et elle se redressa, cessant de s'appuyer contre sa lance. Je ne m'étais pas vraiment attendue à ce genre d'accueil, mais ça me va aussi. Hidan, en revanche, s'énerva immédiatement. Son expression devint meurtrière et il tira sa faux de son dos.

- Vous vous foutez de ma gueule ? C'est quoi ça ?

- Eh, détends-toi… Si t'es arrivé là, c'est que tu connais déjà les lieux, on va pas s'exciter pour rien. - répondit l'homme en gardant les yeux fermés, allant même jusqu'à croiser les bras et se recaler contre le mur lui servant de dossier.

- Eh, Fusaaki… Je crois que c'est…

- Hidan, putain. Alors je sais que mon passage commence à dater, mais y'a normalement toujours mon visage placardé sur le mur des élus. Y'a quelque chose qui fonctionne là-haut ?

L'attitude des deux gardes changea du tout au tout, l'homme sauta sur ses pieds et s'inclina respectueusement, vite imité par la femme, qui peinait à détacher ses yeux du renégat. Un petit crush ?

- Excusez-nous, nous avons peu de passages et nous avons relâché notre vigilance, cela n'arrivera plus. Hidan, quel plaisir de vous retrouver ! Nous allons immédiatement prévenir Hisae. - déclara l'homme, Fusaaki, en se redressant, le poing placé martialement sur son torse, avant d'adresser un coup d'œil significative à sa collègue, qui disparut rapidement à l'intérieur du village.

- Super… Elle a pas changé, j'imagine ?

- Non, pas vraiment.

- C'est bien ma veine.

- Elle sera avertie de la présence de votre compagne.

- Putain, on va directement avoir droit à tout le cirque, ça va être chiant. - Fusaaki hocha imperceptiblement la tête, échangeant un regard de connivence avec mon guide.

Je n'arrivais pas à savoir s'il connaissait Hidan ou s'il était tout simplement particulièrement informel. Il posa ensuite son regard sur moi, m'étudiant des pieds à la tête. Je lui rendis la pareille. D'environ trente ans, il avait des cheveux blonds et des yeux d'un noir de jais et semblait assez frêle pour servir de garde à l'entrée d'un village secret. Quelque chose me disait qu'il devait compenser ce qui lui manquait en carrure par de la ruse. Quand ses yeux s'attardèrent sur la cicatrice ornant mon cou, je sus qu'il s'était fait sa petite idée sur ma personne.

Hidan ne patienta pas davantage et le dépassa d'un pas décidé. Je le suivis immédiatement, ne tenant pas à trop m'éloigner de mon sauf-conduit. En passant près de Fusaaki, celui-ci me glissa discrètement un « bonne chance » que je trouvais de mauvaise augure. Son sourire ne m'inspira pas davantage confiance envers lui, ni envers les prochaines rencontres que j'allais pouvoir faire dans cet "humble village".