Et le thème suivant est "Prison". Comme je vous l'avais dit, ce texte est en lien avec 'L'œil du cyclone' du 8 mars qui était sur le thème "Libre". Cet OS n'est pas hyper joyeux, je vous l'accorde, mais j'y ai longuement réfléchi et il contient pas mal d'éléments que j'ai ou j'aimerais développer dans d'autres textes.

J'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture


Nous

Nous…

C'est la première fois qu'il utilise ce mot, et même s'il ne l'a sûrement pas remarqué, je considère que c'est une petite victoire. Il nous aura fallu du temps, et bien des hésitations pour parvenir à ce minuscule mot, si plein de sens. Severus et moi avons dû surmonter bien des épreuves avant d'en arriver là. Je l'aime, j'en suis certaine. Il m'aime, j'en suis presque sûre aussi, même s'il n'a pas encore eu le courage de le dire à haute voix. Et petit à petit, nous levons les obstacles qui se dressent devant "nous". Lorsqu'il m'a proposé de faire cette balade, je me demandais ce qui lui prenait, mais à présent, cela m'importe peu. Nous sommes ensemble, et c'est le principal.

Je sais que le plus dur est encore devant nous. Le pire ennemi de Severus est Severus lui-même. Lorsque je ne le connaissais que de loin, je pensais que c'était une carapace qu'il s'était forgé pour se protéger contre le monde, mais maintenant que je le connais mieux, je comprends que je me suis trompée. C'est une prison dans lequel il s'est enfermé et dont il se sent incapable de sortir. Même en lui demandant, je ne suis pas sûre qu'il sache lui-même pourquoi il a fait ça, mais les bribes de son passé que je connais me font redouter le pire.

Un jour, j'ai appris que son père était moldu et qu'il ne supportait pas la magie. Une folle idée m'est venue à l'esprit et n'en sort plus depuis. J'ai longtemps cru que Severus voulait se protéger du monde, mais… Et s'il souhaitait surtout protéger le monde de lui ?

Lorsque j'ai imaginé cela, les indices m'ont sauté aux yeux. Comment avais-je été suffisamment aveugle pour ne pas comprendre et voir toutes ces petites choses qui me hurlaient son malaise. Les formes de son enfermement sont multiples, et même si j'en connais quelques-unes, je sais qu'il en reste bien d'autres, plus sournoises et insidieuses. Personne ne s'est-il jamais demandé pourquoi il ne s'ouvrait jamais à ses semblables ? Pourquoi lorsqu'on lui parlait, il nous repoussait systématiquement d'une réponse sèche et méchante ? Pourquoi il s'enfermait ainsi sous de multiples couches de vêtements, plus serrées les unes que les autres, et dont le nombre de boutons est parfaitement déraisonnable ? Severus s'enferme dans son esprit, mais dans son corps aussi.

De cela, je ne m'en suis rendu compte qu'en le découvrant davantage. J'ignore pourquoi il m'a laissée l'approcher suffisamment pour découvrir qui était caché sous ses multiples masques, mais je mesure l'honneur qui m'est fait. Je me rends aussi compte du mal que je pourrais lui faire en le trahissant. Cela serait si facile que cela me donne le vertige et me fait peur. Je ne veux pas le faire, mais un seul faux-pas serait suffisant pour détruire le fragile équilibre que nous avons construit. Il me fait confiance, et je fais attention de ne pas le brusquer. Chaque jour, j'ai peur de lui faire du mal, et chaque soir, je soupire de soulagement en réalisant qu'une journée de plus s'est passée sans incident. Avec lui, je marche sur un fil qui peut se briser à chaque instant.

A chaque fois que nous nous séparons, j'ai peur que ce soit notre dernière fois. Il semble pouvoir prendre peur et s'enfuir sans laisser la moindre trace. Il semble si incertain que je dois être forte pour deux. Mais combien de temps cela durera-t-il ?

La caresse des fougères sous mes doigts est agréable, l'été ne les a pas encore trop fait souffrir et elles sont encore luxuriantes. Je comprends mieux pourquoi il a voulu venir ici, cet endroit est magnifique. Sur ce camaïeu de vert si intense qu'il en parait surnaturel, la noirceur de ses vêtements contraste. Je vois les pans de sa cape qui s'accrochent dans les épines et les petites branches mais il ne semble pas s'en soucier. Il me suit, plongé dans ses pensées que je n'espère pas trop sombres.

Mais pour combien de temps encore ?