Snif, snif ?

Tiens. Vous sentez cette odeur, vous aussi ? Serait-ce celles de complications à venir ?

Plus ça va, et plus j'ai envie d'appeler mes chapitres "c'est la merde... partie 1". Mais ce faisant, j'en serais grosso modo à "c'est la merde... partie 12". Du coup, j'essaie d'éviter. (Mais diaaable ce que c'est tentant). Vous l'aurez donc compris, ça va se corser. Il serait temps. Un petit coup de fouet, ça fait pas de mal !

Navrée de vous avoir fait attendre une semaine de plus pour ce chapitre-ci, mais les enjeux commencent à le réclamer, m'voyez ? Faisons ça bien !

Itsme : et tu es en première classe :D tes commentaires ne sont pas redondants je t'assure, ou alors ils le sont, mais pour le moral de l'auteure c'est du pain béni donc ne t'en excuse surtout pas x) il faudrait que je compte un jour le nombre de personnages que j'ai introduit dans cette histoire... la plupart du temps j'essaie d'être fidèle aux relations suggérées par les films, mais il y a quand même quelques libertés que je me suis autorisée (forcément ! certaines sont encore à venir ^^). Tu me diras ce que tu en penseras :3

hanabatake : aaaah c'était donc ça ! Mais c'est une très bonne nouvelle alors ! Ravie d'avoir été difficile à lire xD (je pensais pas avoir à dire ça un jour). Violet ? Qui a dit violet ? Tu as vu du violet, toi ? Je vois pas de quoi tu parles. *toussote* ahem *toussote* Sais-tu que j'ai hésité à renommer le chapitre 31 "Une autre !" x) l'idée me plaît encore beaucoup, l'est pas impossible que je change ça dans la version finale, et ta review m'y encourage hehe. Au moins ça cale le contexte: on sait à quel Thor on a à faire ! (celui de Thor 1, pour ceux du fond qui n'auraient pas suivi :p) Last but not least : yes, that's how I see Stony now x) can't be unseen :3 ravie que ça te plaise, puisque c'est définitivement l'idée que je vais essayer de développer !


Chapitre 32 - Bulle d'air

Gamora s'éveillait d'une nuit peu réparatrice. Ils s'étaient endormis l'un sur l'autre, elle avait la tête dans le creux du cou de Peter Quill, qui lui nichait sa joue dans les cheveux de sa partenaire. En se redressant elle le réveilla immanquablement. Ils restèrent blottis en silence quelques minutes encore.

Malgré leur confort rudimentaire, Gamora se sentait bien. Elle ne savait pas si Peter soupçonnait le bien-être qu'il lui apportait. Elle ne l'avait jamais vraiment verbalisé – une certaine pudeur l'en empêchait.

Elle tenta de s'accrocher à ce bonheur volé encore un peu, mais la pensée de Nebula revint progressivement la hanter. Cela faisait des années qu'elle n'avait plus eu de nouvelle de sa cadette. La dernière fois qu'elle l'avait croisé elles travaillaient sur une même cible, et cette dernière avait bien failli leur échapper tant les deux sœurs avaient été occupées à essayer de s'entretuer. Gamora avait fini par triompher de sa benjamine et captura sa proie ; une hésitation de sa part avait permis à Nebula de fuir. Elle s'était juré que ça ne se reproduirait plus.

Pourtant, cela venait de se reproduire.

Elle avait bien compris que si elle s'était élancée à sa poursuite, la garde du Feu l'aurait arrêtée, elle aussi. Et si elle avait été arrêtée...

« Je suis prisonnière ! S'il découvre seulement que je suis ici il me tuera. »

Avait-elle dit vrai ? Le doute avait imposé à Gamora de ne pas chercher à la stopper.

Que se passait-il dans l'esprit de Nebula ? Pourquoi était-elle venue la chercher au dernier endroit au monde où elle serait en sécurité ? L'Île du Feu, l'enfer sur Terre pour des maîtresses comme elles. "Pour la prévenir"... Une ruse. Cela devait être une ruse.

Gamora cacha son visage dans le cou de Peter, ce dernier resserra sa prise en l'enveloppant fermement.

Elle ne voulait pas songer à ce qui se tramait. Elle l'avait craint, depuis son départ. Elle craignait que ce moment n'arrive. Et si les dires de sa sœur étaient avérés...

Le soleil commençait à s'infiltrer à travers l'unique fenêtre de leur cellule. Le jour se levait, il allait être temps de partir.

Elle allait doucement s'ôter de l'étreinte de son ami, mais un fracas de l'autre côté du couloir les dressa immédiatement au garde à vous. Il y eut le bruit d'une porte en métal qu'on expulse de ses gonds et qui s'effondre au sol, l'ombre fugace de quelques hommes affolés, silhouettes qui disparurent aussi vite que la vive lumière qui les avait matérialisées. Gamora pouvait sentir la panique, mais aucun combat, aucun coup porté. Des gardes médusés, tétanisés.

Et un homme qui s'avançait parmi eux.

Il les dépassa sans les considérer un instant.

Il se stoppa face à la cellule des prisonniers de la Terre, alluma une flamme au creux de sa main.

Tony.

Il étudia Gamora à la lumière de son feu, elle ferma un œil pour se protéger de la forte chaleur qui s'en dégageait. Il observa ensuite Star Lord qui était trop coi pour dire quoi que ce soit.

La mercenaire fut frappée de la gravité dans l'expression du maître du Feu. Elle n'eut pas le temps de l'étudier en détails, il s'était déjà tourné pour faire face aux gardes réunis derrière lui.

« Qui a fait ça ? »

Pas un soldat n'osa bouger.

« Qui a fait ça ?! » exigea-t-il plus fort, et la moitié de la garde sursauta.

Un soldat avec un casque un peu plus décoré que les autres s'avança.

« Monsieur Stark, ces individus ont été surpris en train de maîtriser la Terre et de mettre en danger l...

– À quel moment ça v- vous a semblé être une bonne idée ?

– P... pardon ? »

Le chef de la garde bafouillait et Tony aussi, mais pas pour les mêmes raisons. Le premier était effaré, le second... Gamora eut peur de comprendre.

« J'parle une autre langue ?

– Non, mais...

– Alors répond ! »

Le feu dans la main du milliardaire s'intensifia. Il commençait à faire chaud, dans ce couloir trop étroit.

« Elle a enfreint la loi, Monsieur.

– Elle a blessé des gens ?

– Elle était sur le point de... Elle aurait pu...

– Elle aurait pu quoi ?

– Elle aurait pu... blesser des gens.

– Les seuls tocards qu'elle aurait pu blesser, c'est t- toi, et ta bande de blaireaux ! »

L'ingénieur avait encore monté d'un ton, sa flamme virevoltait dangereusement. Il se rapprochait, le chef et sa garde reculaient d'autant.

« T'as une idée de ce qu'elle aurait pu te faire ? La moindre idée ?

– Tony. »

Il s'immobilisa à l'appel de la mercenaire, et tangua malgré lui.

« T'as de la chan- de la chance qu'elle ait un poil plus de cervelle que toi. Si elle est encore ici, c'est juste parce qu'elle le veut bien. »

Il se tourna enfin vers Gamora.

« On part. »

On ne lui proposerait pas deux fois. Elle leva trois doigts, la porte tressaillit. Elle les abaissa, la plaque de fer s'écroula au sol. Elle sortit de la cellule et rejoignit le maître du Feu qui déjà menait la marche vers la sortie. Elle dépassa les gardes abasourdis que Peter prit grand soin de narguer, et se libéra du sombre cachot sans un regard en arrière.

« Stark, » appela-t-elle en direction de l'ingénieur qui forçait le pas. Il l'ignora. Elle insista : « Eh ! » Il ne s'arrêta pas, elle tapa du pied au sol et un pan de terre se dressa devant le fugitif qui ne le vit pas venir. Il le percuta.

Il s'arrêta, sonné, porta une main à sa tempe, l'autre appuyée sur le mur nouvellement créé.

« Vous êtes soûl, constata la femme en vert.

– De rien, hein, grommela-t-il.

– Pourquoi ?

– Si j'avais voulu qu'on me juge j'aur- »

Elle le plaqua au mur, il eut un râle contrarié.

« Pourquoi, Stark ?

– Ah fous-moi la paix !

– Ne m'obligez pas à insister.

– T'as qu- qu'à demander à Rogers.

– Gaffe Gam', fit Quill en arrivant les mains dans les poches. Il est pas toujours commode, ton pote-au-feu. »

La maîtresse de la Terre relâcha la pression sur Tony qui commençait à s'encastrer dans le mur. Il s'en arracha.

« Racontez-moi, » exigea-t-elle.

Tony lui adressa un regard méfiant en époussetant maladroitement sa tunique brune.

« Qu'a-t-il fait ?

– Il s'est foutu de moi.

– À quel propos ?

– Mes parents. M'a toujours dit que c'était un accident... mon cul. C'est son pote. Il couvre son pote. »

Les sourcils de Gamora se rencontrèrent. Elle déploya un éventail de questions pour guider Tony dans son récit, l'ivresse lui faisant raconter tout et son contraire dans une même phrase.

Il évoqua le bateau, Bucky, l'enquête de Steve, la mort de Bucky, les recherches de son père, la transformation de Steve, la gentillesse de sa mère, le naufrage, tout ça, confus, par bribes et par à-coups, Gamora navigua à vue et recomposa l'histoire comme elle put.

« Où est-il maintenant, Steve ? »

Tony ferma les yeux un instant. La tête lui tournait.

« J'en sais rien. Loin.

– J'ai besoin de lui parler, et à vous aussi.

– À sa place je serai allé toquer au palais, intervint Quill. Ils doivent recevoir comme des rois là-bas.

– Au palais ? cracha Tony. Ce nid à espions ?

– Vous dites ?

– Rushman. Elle est autant conseillère que t'es nomade de l'A- »

Gamora l'interrompit d'un doigt sur la bouche. Ses prochains mots furent chuchotés :

« Vous développerez cette information, Stark, dans les conditions requises. Nous allons parler à Rogers.

– C- c'est mort.

– Rectification : d'abord vous dessoûlez, ensuite nous irons lui parler. »


Tony, Gamora et Peter Quill furent rentrés à la demeure du milliardaire avant que Tony ne comprenne qu'ils étaient en route. Star Lord flaira immédiatement le chemin de la cuisine, Gamora chercha à imposer à Tony un repos qu'il s'évertuait à refuser.

« Pourquoi vous vous infligez ça ! s'indigna-t-elle.

– J'ai pas demandé de leçon.

– Je ne cherche pas à vous en donner.

– Pourtant, tu trouves.

– Abandonnez ce cynisme, il ne vous mène nulle part. »

Renonçant enfin à se procurer une nouvelle bouteille, Tony s'assit en titubant. Il soutint d'une main sa tête devenue trop lourde. Il ne perçut pas Gamora se placer à ses côtés.

« Vous n'avez pas à traverser ça seul. »

Il se décala brusquement lorsqu'il sentit une main sur son épaule.

« J'ai pas besoin de ta pitié, maugréa-t-il.

– Alors prenez ma compassion ! »

Il arrivait à Gamora d'être impressionnée de la capacité du milliardaire d'user de sa patience – qu'elle avait pourtant grande.

« Ça n'est pas vous contre le reste du monde, Stark. Tout le monde n'est pas votre ennemi. Pas même Rogers. »

Il grommela sa désapprobation.

« Reconnaissez-le, persistait-elle. Il est juste... trop soucieux.

– Me pourrir la vie, c'est soucieux ?

– Ça n'est pas comme s'il le faisait exprès.

– Et manche en plus.

– Il est plein de bonnes intentions, et vous le savez très bien.

– Tu dis ça, t'es la première à lui monter au créneau.

– Je le trouve peut-être trop conciliant, mais ça ne m'empêche pas de lui reconnaître des qualités. Personne n'est sans défaut. Le plus tôt vous l'accepterez, le mieux vous vous en porterez. »

Elle parlait en connaissance de cause. Tony avait caché son visage de ses deux mains. Gamora murmura :

« Vous avez appris à lui faire confiance.

– Une belle bourde.

– Ça n'était pas pour rien, vous l'en savez digne. Vous devez lui accorder une seconde chance. »

Le regard interloqué qu'il lui lança fut assez explicite.

« Il la prendra, insista-t-elle. Surtout si elle vient de vous. »

Il bougonna à nouveau son mécontentement, et cette incapacité à faire des phrases entières, paradoxalement, les aidait à communiquer.

« Vous n'avez pas le choix de toute façon. Nous devons finir cette missi- Stark, où est l'Avatar ? » s'interrompit-elle soudain.

Il hocha la tête faiblement. Il en aurait oublié sa propre incompétence.

« Je ne sais pas.

– Quand l'avez vous vu pour la dernière fois ?

– Y'a un jour ou deux. Je lui ai dit... que je ne voulais pas le voir. »

Gamora se leva immédiatement, elle fit signe à Peter Quill, à l'entrée de la pièce, de les rejoindre.

« Je dois y aller. Garde un œil sur lui, s'il te plaît. »

La bouche pleine, Star Lord acquiesça. Il regarda Gamora s'évanouir par la porte d'entrée, puis vint s'asseoir avec nonchalance à côté de l'ingénieur. Tony l'observa sans rien dire. Le Gardien lui tendit l'un de ses deux maïs braisés, Tony considéra l'offre un instant, avant de la saisir.

Épis de maïs entre les doigts, il soupira.


À son grand soulagement, Gamora ne mit pas longtemps à retrouver le garçon. Elle l'observa à bonne distance, satisfaite de constater qu'il était parvenu à maîtriser un nouvel élément. Elle ne connaissait pas la maîtresse du Feu qui l'accompagnait, ses flammes à elle étaient d'un rouge hypnotisant, couleur unie traversée d'aucune impureté. Elle les observa suffisamment longtemps pour se convaincre que la femme était bienveillante, puis elle regagna le chemin de la villa.

Elle retrouva l'industriel dans son laboratoire. Il n'en avait pas fermé la porte. Elle s'y invita en silence, s'appuya contre une table et regarda l'ingénieur triturer un objet dont elle ne soupçonnait pas le début d'utilité.

Au bout d'un moment, il s'arrêta, demanda, à voix basse :

« Tu l'as trouvé ?

– Il est avec une femme, acquiesça-t-elle. Une maîtresse du Feu... aux flammes rouges. »

Il déposa son tournevis.

« Maximoff. C'est une fille bien.

– C'est de vous dont il a besoin. »

Tony ne répondit pas. Il fit rouler sa chaise pour saisir une clé à molette un peu plus loin, retrouva sa place pour entamer un nouveau mouvement répété sur sa création.

« J'ai vu Rogers, annonça Gamora. Il nous attendra ce soir. »

Tony ne réagit pas davantage, et Gamora l'avait un peu anticipé. Il s'abandonna aux vissages métalliques et autres bruits d'écrous que l'on ressert, sous l'œil silencieux de sa collègue.

Le temps s'écoula sans que rien ne vienne le perturber.

Au bout d'un moment, Gamora se redressa. Le soleil venait de se coucher. Ils sortirent de leur refuge et prirent la direction de la plage, l'obscurité n'allait pas tarder à les envelopper.

Sur le sable noir, à mi-chemin entre la villa et le palais, le soldat les attendait. Le capitaine ne parvint pas à croiser le regard de Tony qui mettait un point d'honneur à regarder ailleurs. Lorsqu'il leur demanda de les suivre en prenant la direction de l'océan, Gamora n'hésita pas vraiment, Tony s'immobilisa.

« C'est nécessaire, » justifia simplement le capitaine.

Tony voulut protester, mais la gueule de bois qui dansait la samba sous sa tempe le fit obtempérer. Il n'avait pas l'énergie à ça.

Ils se dirigèrent donc vers la mer, l'eau s'écarta à leur approche. Steve dégageait le passage, la mer se retroussait à mesure qu'ils progressaient sur le sable mouillé. Par des gestes experts, le soldat empêchait aux vagues de les atteindre, bientôt, des murs d'eau les encerclèrent, ils avancèrent jusqu'à ce que l'océan se referme au-dessus d'eux. Ils se retrouvèrent alors confinés dans une bulle d'air. D'un mouvement de bras plus large, Steve donna de l'élan à l'eau qui les entourait, elle tournoya vivement au sommet de leur tête.

Gamora étudia, impressionnée, le courant marin les encercler, les reflets de lune y danser. Elle approcha une main curieuse, retira ses doigts mouillés.

Tony regardait surtout dans le vide.

« Je n'ai pas vraiment de bons moyens d'annoncer ça, entama le capitaine, mais je dispose d'éléments dont je me dois de vous faire part. Cette bulle nous prémunit de toute écoute indiscrète. Tony, j'ai discuté avec Thor, il m'a appris des choses sur son frère. »

Le concerné ne tourna pas la tête.

« Loki serait capable de manipuler des illusions, » continua Steve.

Cette fois-ci, son attention fut acquise.

« Je me demande si votre vision d'Obadiah, et la mienne, de Bucky...

– Comment il aurait fait ça ?

– J'espérais que vous puissiez m'éclairez sur ce point.

– Il est maître de l'Air, pas de la lumière, songea alors Tony dans une moue d'intense réflexion. À moins... à moins qu'il joue avec la réfraction de la lumière. En manipulant l'air chaud et froid il pourrait créer différentes densités et courber les rayons lumineux. Mais ça ne suffirait pas, ça serait juste un mirage, pas u- il se coupa. C'est pour ça qu'il avait besoin de Quill et de la statue de marbre. Sans support ses mirages auraient été trop creux... Il a besoin d'un mannequin ! Quel enfoiré.

– Ça reste une supposition, tempéra le soldat, nous ne devons tirer aucune conclusion trop hâtive.

– Pourquoi est-ce que Loki aurait fait ça ? intervint Gamora.

– Difficile à dire. Mais lorsque Tony a eu sa vision à Gaoling, Loki avait disparu soi-disant pour calmer des esprits dont on n'a jamais entendu parler. La coïncidence est un peu grosse.

– Calmer des esprits... tu parles, commenta Tony. Je ne sais pas ce qu'il leur fait, mais il ne les calme certainement pas.

– Que voulez-vous dire ? s'inquiéta Gamora.

– Il ne fait pas appel à la même énergie que Strange, c'est autre chose. »

Steve acquiesça à contre-cœur. Il s'était fait la même remarque, pas plus tard que la veille.

« Vous voulez dire qu'il manipule les esprits ? répéta Gamora, craignant d'avoir compris.

– En tout cas il ne les calme pas, confirma Steve. C'est un autre type de force qu'il exerce sur eux. »

Ces derniers mots étant dits, le soldat entama une série de gestes pour redonner un peu d'élan à l'eau dont le tournoiement avait perdu en vitesse. De deux ou trois cercles répétés, il assura à leur bulle d'air un peu de sursis.

« C'est ennuyeux... » songea Gamora à haute voix.

Steve et Tony la dévisagèrent. Elle entama son explication :

« Lors de la destruction de la ville d'Omashu par les esprits, il y a plusieurs années de cela... Loki y était. Drax se souvient de l'avoir vu là-bas. Il ne se souvient pas l'avoir vu fuir ou combattre... ni même manipuler les esprits. Il l'a juste aperçu. »

Les trois mentors partagèrent un moment de lourde perplexité. Qu'est-ce que cela signifiait ? Loki, fils d'Odin et Mentor de l'Air, aurait-il des travers cachés ?

Quelque part, ces révélations confortèrent les maîtres dans leur bulle d'air. Depuis toutes ces semaines où le prince avait été en retrait, il leur avait inspiré, au mieux, un certain inconfort, et au pire de vrais questionnements. Chacun voyait ses doutes à présent confirmé par les deux autres. Ils pouvaient au moins se mettre d'accord sur ce point-ci : le maître de l'Air ne jouait pas franc-jeu.

« On fait quoi ? verbalisa enfin Tony.

– Rien, pour l'instant, affirma Steve. Il va nous falloir redoubler de vigilance, mais on ne peut tirer aucune conclusion.

– T'as besoin de quoi de plus ?

– De preuves irréfutables. Des soupçons ne suffisent pas.

– Tu veux attendre qu'il s'en prenne à Peter pour agir ?

– Steve a raison, soutint Gamora. On ne peut pas inculper Loki sans savoir de quoi il en retourne.

– Le mec traîne avec les esprits et essaie de nous faire perdre la boule, et vous ne voulez rien faire ?

– Vous voudriez faire quoi, répondit Steve, l'écarter ? Thor ne l'acceptera pas.

– Thor est un idiot ! On s'en fiche de ce qu'il en pense, le SHIELD l'embobine depuis le début.

– Le SHIELD ?

– La conseillère de Thor, Nathalie Rushman. Son vrai nom c'est Natasha Romanoff, elle bosse pour Fury.

– Depuis combien de temps est-ce qu-

– Je la soupçonne depuis le début.

– Vous en êtes sûr ? intervint Gamora.

– J'ai fait mes recherches. »

Steve ne répondit pas, à moitié vexé. Il se serait fait avoir par le charme de la conseillère-espionne... Il n'y avait vu que du feu. Il se félicita tout de même de ne rien lui avoir révélé, et préféra reporter son attention à leur abri qui menaçait de céder. De quelques gestes précis il octroya encore un peu de force à leur plafond aqueux, lorsqu'une association d'idées le rattrapa soudain. Il porta la main à sa ceinture, évita soigneusement la montre à gousset qui s'y trouvait et en extrait une flèche en acier qu'il présenta à l'ingénieur.

Tony la saisit, sourcils froncés.

« Qu'est-ce que c'est ?

– Je l'ai trouvé à Ba Sing Se, après l'attaque du Hulk. Pensez-vous qu'il puisse s'agir du SHIELD ?

– C'est moi qui l'ai fabriquée, » annonça l'ingénieur.

Ce doute-là, au moins, s'éclaircit dans l'esprit du soldat. Son intuition avait été fondée.

« J'en ai vendu au SHIELD, certifia ensuite Tony. Mais ce sont des flèches explosives, tu te balades avec ce truc depuis Ba Sing Se ? »

Steve grimaça. Il l'avait ignoré.

« Savez-vous qui a décoché cette flèche ?

– Clint Barton. C'est un archer, c'est pour lui que je l'ai fabriquée. Il doit être de pair avec Romanoff.

– Un autre agent du SHIELD ? questionna Gamora.

– Fury nous surveille depuis le début, » conclue Steve.

La situation gagnait en complexité.

« Il faut se rapprocher d'eux, estima Gamora. Ils disposent peut-être d'éléments sur Loki, le SHIELD ne doit pas nous surveiller pour rien.

– Je vais tenter ma chance avec Romanoff, approuva le soldat. Gamora, si vous le pouvez, essayez de garder un œil discret sur Loki. Et, Tony... »

Steve hésita, il croisa enfin son regard.

Un regard lourd de reproches. Tony avait toujours eu un visage très expressif. Impossible de cacher le moindre ressentiment : dans l'iris noir de l'ingénieur, Steve put lire sans mal toute la racune qu'il lui portait.

Il ne se laissa pas impressionner pour autant :

« Retrouvez Peter. »

Tony ne répondit pas, il détourna les yeux.

Sans être naïf, Steve se doutait qu'il ne lui ferait aucune faveur. Il compterait sur le fait qu'il ne le fasse pas pour lui, mais pour Peter.

Leur bulle de confidence faiblissait, et l'oxygène allait commencer à manquer. D'un accord tacite ils retrouvèrent la rive, et sans qu'un mot de plus ne soit échangé, ils se séparèrent.

Caché par la nuit et du haut d'un toit en brique rouge, Loki les observa se disperser.