Chap. 32 The Haunting || Set It Off
Je fus entraînée vers la salle qui m'avait laissé une mauvaise impression par le petit groupe sans pouvoir rien y faire. Rai me tenait fermement le bras. Comme si j'allais tenter de m'enfuir alors que je suis en pleine zone inconnue et que mon unique allié se trouve dans cette maison. Je suis peut-être encore novice en stratégie, mais j'ai quand même le sens de la survie, merci. Sinon, comment expliquer que je sois encore là aujourd'hui, au milieu d'inconnus recherchés par leur ancien village, hum ? Oui, moi aussi, j'ai du mal à trouver une explication qui tienne la route.
Les autres occupants de la maison se mirent à crier le nom de Hidan dans un concert assourdissant. Cette cacophonie me poussa à couvrir mes oreilles pour essayer de sauver mes tympans. Je commence à comprendre pourquoi il est lui-même si bruyant… Quand tu dois te faire entendre par dessus ces cris d'animaux, il faut y aller.
De tous, seule Saya gardait la bouche fermée. Je m'étonnais silencieusement qu'elle ne se prête pas au jeu. Du peu que j'avais pu voir d'elle, elle ne semblait pas avoir peur d'augmenter son volume sonore. Ses yeux violets croisèrent les miens et elle pourra un long soupir d'agacement. Je la fixai bêtement tant je n'étais plus habituée aux réactions normales chez quelqu'un d'autre que moi. Et encore, je commence à ne plus pouvoir être considérée comme une référence, vu tout ce que ces abrutis m'obligent à vivre. Comme mise au défi par mon manque de réaction, elle explicita sa pensée en mimant de s'ouvrir le ventre, grimaçant comme il le fallait. Cela me tira un sourire. Je lui adressais un hochement de tête, heureuse de voir que je n'étais pas seule dans cet asile.
Enfin, celui qu'ils réclamaient tous daigna nous faire le plaisir de nous rejoindre. Et avec sa meilleure expression meurtrière. Je me cachais le mien quelques secondes, e préparant mentalement à la scène qui allait se jouer. Et dire que normalement, j'adore les réunions de famille…
Rai, trop heureux de le voir apparaître pour se contenir, fut le premier à se jeter sur lui, se moquant bien d'être seulement en serviette. Il vit dans le danger, celui-ci, rien que de le voir gesticuler, j'ai des sueurs froides. Il est passé maître dans l'art d'attacher sa serviette solidement j'espère. La pudeur ici, ça a l'air d'être comme le silence : ça n'a pas sa place ici. J'en pris note.
- Hidan, frérot ! Comme tu as bonne mine ! C'est l'amour, ça y est ? Tu es heureux de vivre ? Cela dit, si ça, c'est ta tête extatique, elle doit bien s'ennuyer avec toi, ta gonze.
- Ta gueule Rai. Tu m'avais pas manqué toi… - soupira Hidan en le maintenant à distance, le fusillant du regard. Rai échappa souplement à sa prise et lui offrit une accolade avec son unique bras. ç'aurait presque pu être attendrissant si Hidan n'avait pas eu l'air de réfléchir à la possibilité de lui arracher celui-ci. Étonnamment, il ne chercha pas à se dérober.
Les autres se rapprochèrent également de lui. Tous, sauf Saya. Elle observait les retrouvailles les bras croisés, le visage fermé. Heureuse de retrouver Hidan, celle-ci, ça se voit tout de suite. Cette fille m'intriguait plus que les autres membres du gang des serviettes bien accrochées. Elle avait un sacré caractère et semblait être une figure d'autorité dans le groupe malgré son jeune âge. Pourquoi ? Où se situait-elle au niveau des grades ou… je ne sais pas, de l'échelle sociale dans ce village ?
Notant que je l'observais à la dérobée, elle bougea soudainement vers moi. Sans un mot, elle s'appuya contre le mur près de moi, les bras toujours croisés. J'attendis qu'elle prenne la parole, mais rien. Intriguée mais trop intimidée pour la presser, je détournais mon attention d'elle pour la reporter sur le groupe. Hidan tenait bon face aux assauts de ses camarades. Le plus amusé de tous par cette situation était sans aucun doute Rai, qui observait la scène avec un air ravi. Ennuyer Hidan semblait être tout ce qu'il fallait pour le rendre heureux. Y avait-il une rivalité entre eux ? Ou était-ce simplement une relation de frères d'armes ? Oh ! Ou de vrais frères ? Hidan ne m'avait jamais parlé de sa famille et avec leur ressemblance, la question était légitime.
Cela dit, ils se ressemblaient tous. Chacun d'eux, malgré des physiques différents, avaient les cheveux blanc et les yeux violet. Ils ne pouvaient quand même pas être tous frères et sœurs, ç'aurait été un peu gros à avaler. Je notais d'ailleurs avec une certaine pointe de fierté que Hidan était le plus beau d'entre eux.
Le sourire que ma vanité mal placée me tira sortit de son mutisme ma voisine.
- Tu sais ce qu'il fait ?
Je fus prise au dépourvu par la dureté de son ton et ses yeux froids. Je lui aurais bien répondu que ç'aurait été un peu tard pour me poser la question si je ne l'avais pas su, mais je me retins Ce n'était pas le moment de me faire une ennemie en la vexant. Pas tant que j'étais en terrain inconnu. C'est que je commence à devenir stratège moi ! Je lui répondis d'une voix tranquille en lui offrant un sourire serein.
- Je commence à bien le connaître maintenant, alors oui.
- Et tu l'as suivi malgré ça ?
- Est-ce qu'on va vraiment se lancer sur le sujet délicat de l'activité principale des ninjas alors que vous êtes en serviette Saya-san ?
- Je décide du temps et de la teneur de la discussion. Ton nom ?
- Vous avez tous le goût de l'autoritarisme dans le sang à ce que je vois. - déclarais-je en croisant à mon tour les bras, refusant puérilement de donner mon nom. Elle pourra l'avoir quand elle le demandera poliment. Ou quand elle ria se plaindre de mon attitude auprès de Hisae. Hum. Je crois que ma volonté de maîtriser mon mauvais caractère aura tenu le coup presque deux minutes. Je vais devoir travailler dessus.
- Tu apprends à l'avoir lorsque tu es entourée d'andouilles dans leur genre.
- Je n'ai aucun mal à vous croire, j'en sais quelque chose.
- Oh ? Tiens donc. - l'intérêt fit étinceler ses yeux une brève seconde avant qu'elle ne se maîtrise à nouveau et reprenne d'une voix dédaigneuse. - Comment es-tu tombée sur lui ? Ou plutôt, qu'est-ce qui t'a forcée à rester avec ?
- Une potentielle mise à mort si je tentais de partir, alors le choix est vite fait… - offris-je en réponse, plaisantant à moitié. Pour être franche, même en restant avec eux, je risquais la mort. - J'ai été… « recrutée », comme ils aiment le dire, par le même groupe auquel Hidan offre ses services en ce moment.
- Et tu t'es dit que quitte à bosser ensemble, autant en profiter pour lier connaissance ? Bizarre.
- Non, ça s'appelle être sympathique. S'intéresser aux autres même. Et, désolée de te l'annoncer aussi abruptement, c'est ce que tu es en train de faire.
- J'obtiens des informations, nuance.
- Appelle ça comme tu veux, Saya.
- Tiens, on laisse tomber la politesse aussi rapidement ? Intéressant. J'imagine que c'est ont côté irrévérencieux qui a plu au bébé.
- Bordel, mais arrêtez avec « le bébé », c'est pas moi le plus jeune !
Hidan s'était tant bien que mal rapproché de nous deux durant notre échange. Décoiffé et les joues rouges, il avait vraiment l'air jeune. Presque adolescent. Je ris face à son indignation et posais une main réconfortante sur son avant-bras.
- C'est affectueux, ne te mets pas dans tous tes états pour ça. Et je ne dirai rien aux autres, t'inquiètes pas.
- C'est pas toi qu'on appelle comme ça tout le temps. T'imagines si on t'appelait « la novice » H24 ?
- « On » ? Donc tu t'es vraiment trouvé un groupe Hidan ? - intervint Saya, l'air moqueur. Elle s'était raidie à l'approche de Hidan et semblait prête à sortir les griffes si jamais il osait combler la distance. Sa réaction était étrange pour une femme prétendant être une figure d'autorité dans son propre groupe.
- Ouais et eux au moins on pas peur d'appeler un chat un chat. Pousse-toi Saya, retourne dans ton bain.
- Pour que tu puisses ennuyer en paix ton… amie ? Je suis sûre qu'elle m'en voudrait si je l'abandonnais entre tes griffes. Tu sais, comme ce que tu as fait avec-
- Oh Saya, pas la peine d'ouvrir les hostilités tout de suite ! - la coupa Rai en l'attrapant par l'épaule et en l'attirant près de lui. Elle ne résista pas. Cependant, tout son corps criait qu'elle n'appréciait pas le contact. - Faisons les présentations plutôt ! Tous, je vous présente…
- Suzuki. - répondit pour moi Hidan avec une mauvaise volonté évidente.
- Suzuki, tu connais déjà mon nom et celui de notre délicieuse Saya, mais permets-moi de te présenter également Marise, - une petite femme boulotte aux cheveux courts et avec une cicatrice sur le ventre m'adressa un hochement de tête auquel je répondis de la même façon – Orino et Sen – les deux autres femmes du groupe qui se tenaient proches l'une de l'autre, la première avait deux doigts en moins sur sa main droite et la seconde, aux cheveux rasés, avait un impressionnant tatouage traditionnel courant de sa nuque jusqu'à son talon gauche. C'est ce qu'on appelle de la détermination. - et enfin, Kinmitsu. - un homme petit, l'air jeune, ne présentant aucun signe distinctif comme une cicatrice ou un tatouage. C'était peut-être le plus banal du lot.
La plupart d'entre eux ne m'adressèrent pas un mot, se contentant d'un salut bref de la tête à l'énoncé de leur nom, comme Marise, avant de se remettre à titiller Hidan. Rai se joignit à eux sans se faire prier. Seule Saya continuer à s'intéresser à moi. J'aurais presque préféré qu'elle m'oublie.
- Tu as des questions sur nous ?
- S'il y a bien une chose à éviter de me demander, c'est si j'ai des questions. Je ne m'arrête pas sinon.
- Grande curieuse ?
- Ce n'est pas tous les jours qu'on m'autorise à poser des questions. Après, l'autre grand jeu, c'est de me dire de les poser et de ne pas y répondre. Si c'est ce que tu comptes faire, épargnes-nous de perdre du temps à toutes les deux.
- J'y répondrai.
- A toutes ?
- Ah, ça dépendra de tes questions.
Bien sûr… Je poussais un long soupir de lassitude. Ce n'était jamais simple d'obtenir des réponses avec des ninjas. Et face à ma résignation, elle sourit pour la première fois. Cette expression lui donnait l'air jeune, mais triste. Bizarre non, de sourire et d'avoir quand même l'air triste…
- Tu n'as pas peur de nous.
- Heu… un peu quand même, je connais Hidan. Mais j'avoue que vous n'êtes pas les personnes les plus terrifiantes que j'ai pu croiser, ou en tout cas, pas dernièrement. Et surtout pas habillés comme ça. - terminais-je en pointant du doigt sa serviette. Elle souffla brièvement d'amusement, me donnant raison implicitement.
- Terre-à-terre. De quel village viens-tu ?
- De l'Herbe. Je suis une civile à la base. Les choses ont fait que je sois obligée d'apprendre rapidement vos petits tours.
Ma réponse lui tira un autre son amusé. C'est que j'allais presque réussir à la faire rire de bon cœur à force. C'était un jappement bref, qui me fit presque sursauter tant je ne m'attendais pas à ce genre de bruit.
- Ce n'est pas la peine de me mentir, à qui veux-tu faire croire cela ? Quand tu portes une telle cicatrice sur ton cou ? Quand Hidan t'amènes ici alors qu'il n'a jamais pris la peine de ramener personne ? Pas à moi Suzuki. Ne m'insultes pas.
Je haussais négligemment les épaules, me moquant bien qu'elle me prenne pour une menteuse. Son amusement disparut tout aussi vite qu'il était venu et elle m'observa avec un œil nouveau.
- Tu devrais être morte.
- Oui, c'est ce qu'on me dit souvent. Sauf que je suis toujours là.
- Tu sais te battre ?
- Il le faut bien. Saya, ce n'était pas à moi de poser les questions ? - elle se renfrogna avant de faire le signe de continuer. Bien. - Depuis combien de temps connais-tu Hidan ? Pourquoi êtes-vous traité différemment des autres ?
- Moi, depuis le début de nos classes. On a le même âge. Les autres, depuis un ou trois ans, ça varie en fonction de leur arrivée ici. Nous sommes traités différemment parce que nous sommes des êtres à part.
- D'accord, c'est-à-dire ?
- Hidan ne peut pas mourir.
- Oui, je sais. Vous non plus ? C'est pour ça ? D'où les cheveux et les yeux de ces couleurs ?
- C'est un des effets secondaires. Nous sommes les Sublimés. Ceux que Jashin-sama a tiré de la mort de sa propre main. Nous…
Je la regardais avec attention, suspendue à ses lèvres, attendant la suite avec impatience. Je tentais de l'encourager à poursuivre alors que sa pause s'éternisait. Elle ne termina jamais sa phrase, la laissant en suspend sans pitié pour ma curiosité.
- Je commence à avoir froid, je retourne dans la source. Hidan ! Demande à ce qu'on nous prépare le déjeuner. E prends soin de Suzuki. Demande un kimono et une maquilleuse, profites-en pour vous rendre présentables.
Elle m'adressa un « à plus tard » sec avant de rouvrir le panneau coulissant. Les autres la suivirent après quelques dernières taquineries lancées au bébé. Rai fut le dernier à passer la porte. Le dernier regard qu'il jeta à Hidan me mit mal à l'aise. Je ne savais pas s'il s'agissait d'un avertissement ou d'un encouragement à faire quelque chose. L'expression de Hidan n'aida pas à apaiser mon sentiment de malaise.
Seuls à nouveau, je me raclais la gorge avant de froncer les sourcils. Itachi, sors de ce corps ! Ce tic va vraiment finir par devenir un des miens ! Je levais les yeux au ciel et brisais le silence en tentant de trouver les bons mots pour résumer cette rencontre improbable.
- Ils sont…
- Carrément chiants. Et je pèse mes mots. Les autres ont presque l'air cool comparés à eux. Ils… Ils ne t'ont rien fait, hein ?
- Oh, juste une atteinte à la pudeur, mais j'ai vécu bien pire que ça dernièrement.
- Saya t'a pas lâchée. Elle est pas connue pour mettre les gens à l'aise. Enfin, encore moins que les autres.
- Et tu m'as quand même emmené les voir alors que tu sais qu'ils n'aiment pas trop les étrangers et qu'en plus ils ne sont pas particulièrement accueillants en général. Super. Merci du cadeau.
Hidan se frotta la nuque. C'était à son tour de se sentir mal à l'aise, bien fait. Il tenta un sourire séducteur et tendit son autre main vers moi pou que je la prenne. Je pinçais les lèvres et les dévisageais sans un mot. Il ne se découragea pas pour autant.
- C'est surtout pour t'offrir un endroit sûr ou aucun ninja ou espion ne pourra te retrouver. Et comme ça, on peut aussi passer un peu de temps juste tous les deux, c'est pas sympa ça ?
Je réprimais un sourire face à son haussement de sourcils suggestifs alors qu'il tentant tant bien que mal de me convaincre. Non, je n'allais pas céder faiblement face à son charme !
- Tu es prêt à supporter tes… camarades juste pour moi ? C'est adorable.
- Je suis très généreux. Tu te rends compte de la chance que t'as ?
- Hum, je pense que c'est toi le chanceux dans l'histoire. Si j'étais moins facile à vivre, ce serait-
- Eh, ce que je crois moi, c'est qu'on peut carrément dire qu'on forme un super couple toi et moi.
Il ouvrit ses bras dans un geste théâtral, m'adressant en même temps le sourire le plus éclatant qu'il avait en stock. Qu'est-ce qu'il se la pète quand il le veut. Il vient de se faire traiter de bébé devant mes yeux par six de ses compères et il agit comme s'il était le seigneur des lieux. Je crois qu'on ne peut plus rien faire pour lui ou son ego malheureusement. En désespoir de cause, je cessais de contrôler mes expressions et lui souris enfin. Franchement, je ne sais pas vers quoi nous allons tous les deux mais… il me plaît trop pour que je montre continuellement raisonnable. Oui, il m'avait fait peur avec son extrémisme, mais là, à cet instant, il était redevenu lui-même.
Je vins l'enlacer, mon sourire s'élargissant lorsqu'il referma ses bras autour de moi.
- Et si tu suivais les conseils de Saya au moins, hum ? Un bon repas dans des vêtements propres… ça peut être sympa. Et ça nous changerait après six jours à marcher !
- Hum… Ouais, pour une fois, elle a pas eu une idée de merde. - marmonna-t-il dans mes cheveux, les mouvements de sa mâchoire se répercutant sur le haut de mon crane. Il poussa un soupir et me serra plus fort contre lui.
- Oh, fais pas comme si ça te coûter d'avouer ça ! On pourra même peut-être tester les sources chaudes nous aussi quand ils seront partis, ça te dirait ?
- Toi, tu sais comment me parler.
- Eh, je commence à prendre le coup de main. Allez, ne perdons pas de temps. Je compte bien commencer à me reposer moi !
OoOoOoOoOoOoOoOoO
Je fus réveillée par une fanfare en bas de nos fenêtres. Déboussolée, je fis un bond hors de mon futon, réveillant au passage Hidan. Celui-ci, pris de court, saisit immédiatement le kunaï caché sous son oreiller, prêt à se jeter sur l'intrus. Après de longues secondes de tension, nous comprîmes en même temps que nous avions eu une réaction disproportionnée. Nous partageâmes un rire gêné et nerveux.
Nous étions dans le village depuis trois jours maintenant. Tout se passait bien. Personne ne m'avait encore provoquée en duel, tenté de me tuer ou ridiculisée en public. Pour moi, ça s'appelle une victoire et ça me fait effectivement des vacances. C'est dingue quand même que ça, ce soit des vacances pour moi. Enfin. Notre cohabitation avec les Sublimés se passaient sans anicroches autres que des taquineries continuelles au « bébé », qu'il supportait calmement. Il ne perdait pas son sang-froid comme il pouvait le faire avec les autres membres de l'Akatsuki. Je ne parvenais pas à savoir si c'est parce que les Sublimés savaient s'arrêter au bon moment ou si c'était par souci de ne pas montrer de faiblesse. Globalement, on nous avait intégré sans mal et je profitais des avantages normalement réservés à ce groupe à part.
Si on ne s'inclinait pas devant moi, on me traitait tout de même avec déférence. Les Sublimés, malgré leur suffisance, n'abusaient pas de leur statut : je n'avais été témoin d'aucun caprice, d'aucun mauvais traitement. Leurs réclamations étaient raisonnables. Rai surtout m'étonnait : je me serais attendue à ce qu'il ait un comportement princier, mais rien. C'était plutôt un seigneur de guerre. Les gens venaient régulièrement lui demander de trancher sur leurs problèmes. Saya aussi d'ailleurs, et au lieu de profiter de son statut pour ne rien faire, elle participait régulièrement aux travaux du village.
D'ailleurs, cette femme si exigeante et froide cachait une nature très généreuse. Lorsqu'elle avait appris que je n'avais pour tenue que celle que je portais sur le dos, elle s'était empressée de me faire confectionner deux kimonos et une tenue de combat, une vraie ! J'avais enfin l'air d'une vraie ninja. Hidan en était resté sans-voix quelques secondes avant de grommeler dans sa barbe qu'elle avait bon goût. Son visage rayonnant de fierté lui avait rendu son âge et, il fallait le reconnaître, sa beauté. Saya m'intriguait de plus en plus, je voulais connaître son histoire et surtout, le lien qu'elle avait avec Hidan. Pour avoir été une de ses camarades de classe, elle avait sûrement beaucoup de choses à raconter sur lui !
Somme toute, ces trois premiers jours s'étaient très bien passés. Je me sentais presque reposée. Je me réveillais tout de même plusieurs fois dans la nuit à cause des réminiscences des meurtres de Thakara et Yasuko, encore. Ces choses-là vous accompagnent longtemps. Et pour oublier ces mauvais souvenirs, je me réfugiais dans les bras de Hidan. Nos futons étaient côte-à-côte depuis le début de notre séjour.
Notre moment de panique passé, Hidan se laissa tomber en travers sur nos fûtons, se passant une main sur le visage en râlant contre un événement dont il ne m'avait jamais parlé. Intriguée, je me laissais également tomber près de lui, calant le haut de mon corps contre son torse, tapotant légèrement sur celui-ci pour obtenir son attention.
- Comment ça, « c'est aujourd'hui » ? Tu peux peut-être m'en dire plus ? C'est une fête traditionnelle ?
-Ouais, on peut dire ça comme ça… C'est… un jour spécial. Y'a pas de date fixe, c'est en fonction de Hisae. Je pensais pas qu'elle profiterait qu'on soit tous là pour lancer ça.
- Oh, c'est pour ça que travaillaient autant les gens ? Ça explique cette agitation constante ! Ça consiste en quoi ? Je peux regarder ?
- Tu voudras pas regarder. - affirma-t-il en m'attrapant pour me plaquer contre lui. Étouffée, je le forçais à relâcher un peu la pression pour pouvoir continuer, ne comptant pas me satisfaire de cette réponse.
- Peut-être que si ! Surtout si tu chantes ou que tu dois faire un discours. Dis-moi, ou je demande à Saya !
- On va se faire chier tout l'aprem' jusqu'à demain matin pendant que des « Choisis » s'affrontent pour le bon plaisir de Hisae, jusqu'à ce qu'il y en ai deux ou trois qui restent et qui gagnent le droit de tenter leur chance auprès de Jashin-sama. Franchement, c'est chiant.
- Pourquoi ?
- Parce qu'en général, y'a personne qui reste pour Jashin.
C'est morbide. Finalement, il a raison. Je n'ai pas vraiment envie de voir des gens s'entre-tuer sous mes yeux pour une hypothétique récompense. Je fis la grimace alors qu'il me serrait un peu plus fort contre lui. On ne va pas commencer maintenant les affrontements ! Plutôt que de résister, je me laissais aller, nichant mon visage dans le creux de son cou. Mes cheveux lui chatouillèrent le nez, je le sentis les repousser d'un geste tendre. J'aimais beaucoup ne l'avoir que pour moi : il s'autorisait une douceur attendrissante. Finalement, il pouvait être assez intentionné quand il le voulait.
Nous n'avions toujours pas abordé la question de notre baiser particulier, celui de l'esprit. Je ne savais pas comment lancer la discussion. « Tu te souviens quand Fuhito a essayé de te tuer et que j'ai du utiliser le Tenshingan sur toi ? Bah j'ai vu quasiment tous tes traumatismes et je t'ai roulé une pelle. ». Je pense que je peux trouver une manière plus subtile pour amener le sujet sur le tapis.
Et de toute manière, pour le moment, nous explorions surtout le côté physique. Il se faisait de plus en plus tactile avec moi, et j'avoue lui rendre la pareille. C'était grisant de savoir que j'avais le droit de le toucher quand je voulais, que ça lui faisait même plaisir. Et surtout, que cette montagne de muscles prenait soin de ne jamais me faire mal. Enfin, il le faisait quand même, on ne change pas une brute, mais il faisait des efforts notables et appréciables.
En plus, de dormir ensemble… Eh bien disons que je me posais des questions légitimes, sans pour autant oser les poser ni agir en accord avec les réponses que j'y apportais toute seule. Je préférais attendre encore un peu. Par principe. Lui de toute manière ne me pressait pas. Qui aurait cru que derrière ce nukenin recherché dans tous les pays se cachait un grand timide ?
- Tu sais, je n'ai pas envie de rester à l'écart toute une journée… - murmurais-je au bout de quelques minutes de silence. Sous moi, la poitrine de Hidan se souleva suite à la grande inspiration qu'il prenait. - Si je t'accompagnais et que je me faisais toute petite, ce serait bien non ? Et du coup, tu aurais quelqu'un pour te soutenir dans ton ennui ! - m'empressais-je d'ajouter, devançant son « non ».
- Suzuki… Faut que je demande à Hisae. Ou plutôt que je précise des trucs avec elle. C'est vraiment pas…
- Un truc ouvert aux étrangers ?
- Non, un truc que tu vas-
- Debout debout les amoureux ! Aujourd'hui est un grand jour, les oiseaux chantent, le soleil brille, le sang va couler, ça va être chouette ! - l'interrompit l'arrivée bruyant de Rai dans notre chambre
Hidan se redressa aussitôt, me tenant toujours fermement contre lui. J'oublie trop facilement qu'il est tout à fait capable de m'envoyer voler si jamais je vais trop loin, il faut que j'arrête de l'oublier, c'est un détail assez important.
- Dégage Rai !
- Oh, mais le bébé se réveille du mauvais pied on dirait ? Ou c'est parce que j'interromps quelque chose ? Désolé, désolé, j'aimerai vous laisser tranquille, mais on demande Suzuki de toute urgence en bas !
- Elle viendra pas !
- Si, elle viendra. - affirma froidement Rai, le changement de ton ne tolérant aucun refus d'obtempérer.
- Elle restera avec moi. Suzuki, tu descends, tu suis les consignes de…
- Oh, c'est Fusaaki et Ine qui vont s'occuper d'elle ! Vous vous êtes croisés à votre arrivé si j'ai bien compris !
- Tu les suis et surtout, tu me rejoins dès que t'as fini, ok ? Et tu me colles au train le reste des « festivités ». - le sérieux de sa voix m'inquiéta. Finalement, il avait raison : je n'avais peut-être pas tellement envie de participer à cet événement. Je m'écartais de lui quand il relâcha son étreinte, croisant son regard violet, n'y lisant rien me permettant de savoir ce qu'il pensait de ma participation. Avec Rai dans la pièce, je n'en tirerai malheureusement rien de plus. En parlant de Rai…
- Si elle y arrive… Allez, tout le monde en bas !
Très bien, c'est rassurant… Contrainte à me préparer en vitesse, j'eus à peine le temps d'enfiler mon kimono lorsque Ine débarqua dans la pièce, un grand sourire servile aux lèvres. Elle s'incline bien bas face à Hidan puis à moi, son regard s'attarda sur ce dernier. Oui, définitivement un petit crush… Je fronçais les sourcils et croisais les bras, n'appréciant pas vraiment cette attention. Elle se ressaisit rapidement et m'expliqua qu'elle allait me guider dans les préparatifs pour assister à l'événement du jour. Il va apparemment falloir que je passe une tenue traditionnelle et non, Hidan ne peut pas nous suivre, il doit aussi se préparer puisqu'il occupe une place à part dans le village !
Je pinçais les lèvres, échangeais un dernier regard avec mon compagnon, puis obtempérais. Nous verrons bien.
La tête de fouine de Fusaaki s'éclaira en me voyant descendre et il s'inclina aussitôt profondément, s'interrompant pour accomplir son geste. Saya, en train de parler avec lui, haussa les yeux au ciel. Elle m'adressa ensuite un signe de tête pour me montrer qu'elle m'avait vue, mais je n'eus droit à rien d'autre. Toujours aussi affable. Je lui adressais tout de même un petit salut accompagné d'un sourire avant de saluer Fusaaki.
Je fus aussitôt embarquée par mes deux « gardes du corps » vers la boutique des cousettes du village.
J'étais de moins en moins rassurée. J'aurais du suivre Hidan et refuser catégoriquement de suivre Ine et Fusaaki. Ma patience s'amenuisait à mesure que les tenues défilaient devant mes yeux. Ine m'agaçait avec sa fausse modestie et Fusaaki parlait absoluement tout le temps. Il n'avait besoin que d'un hochement de tête pour se relancer lui-même. Merveilleux. Agacée, je finis par désigner la tenue en face de moi, que Ine s'empressa de saisir pour me la présenter.
Fusaaki m'expliqua la signification des différents symboles cousus sur cette tunique noire, se perdant dans les détails. C'était franchement pénible. Je hochais de temps en temps poliment la tête tout en cherchant la meilleure excuse à leur donner pour leur fausser compagnie. Pas que je m'ennuie avec eux, plutôt l'inverse vu comme je suis stressée, mais j'ai vraiment d'autres choses à faire que de m'intéresser à la broderie traditionnelle du pays de Yu.
Finalement, pour couper court à cette initiation malvenue, j'annonçais à la cantonade que j'acceptais d'enfiler ces vêtements traditionnels pour peu que cela me permette de rejoindre rapidement Hidan. Ils semblèrent un peu trop satisfaits de me voir me plier à leur demande. Pourvu que ce soit la seule…
Une fois « correctement » vêtue, on daigna enfin me mettre sur le chemin de la grande salle. Au lieu de ressortir à l'air libre, on m'emmena dans une série de couloirs souterrains. Heureusement, nous n'étions pas les seuls à les emprunter. On m'informa que le hivers ici étaient rudes et que la neige pouvait bloquer les accès extérieurs. Cela justifiait la création d'un dédale souterrain. Et ça servait bien entendu de cachette lorsque des ennemis un peu trop proches de découvrir leur présence s'approchaient du village.
Fusaaki parlait tout le temps. Cela ne gênait pas Ine, mais moi, je commençais à en avoir assez d'entendre le son de sa voix. Le chemin commençait à être long. J'étais sur mes gardes, un sentiment d'inquiétude ne me quittait pas depuis que je les avais stupidement suivi sous terre.
- Et sinon, par rapport à la cérémonie de ce soir, il y a des choses que je dois savoir pour éviter les impairs ?
- Ne pas couper la parole me semble être un bon début.
- J'en prends note. Autre chose ?
Le silence outré qui suivit mon insolence valait d'avoir supporté ses explications continuelles durant plusieurs heures. Il darda un regard moralisateur sur moi, auquel je répliquais en battant innocemment des cils.
- Je comprends de mieux en mieux les raisons qui ont poussé Hidan à te choisir.
- J'en serai presque flattée, merci Fusaaki. Alors, les impairs ?
- Ne pas finir sa coupe me semble être le principal à fuir. - répondit-il finalement, après un bref instant de réflexion. Son sourire sournois était de retour. Ine baissa les yeux, dissimulant son visage avec ses cheveux défaits et je compris que je n'allais définitivement pas pouvoir compter sur elle pour me tirer de là. Paie la solidarité féminine.
Très bien. Donc je ne boirai absolument rien ce soir. Qui va passer une excellente soirée ? J'aurais du tout simplement formellement refuser de participer à cette soirée traditionnelle, comme me l'avait suggéré Hidan. J'aurais pu profiter une nouvelle fois des sources chaudes, pour me reposer par exemple !
Mais non, il avait fallu que ma curiosité prenne encore une fois le dessus, trop contente de pouvoir utiliser l'excuse d'être polie et respectueuse envers mes hôtes. Voilà où ça me menait. Le reste de notre chemin se fit en silence, Fusaaki ayant pris la mouche. Nous fûmes peu à peu rejoints par toute une foule et le brouhaha accompagnant ce genre de rassemblement. Les filles gloussaient, les voix graves des garçons résonnaient entre les murs. Je ne vis aucun enfant, et deux ou trois vieillards seulement. Les jeunes les évitaient. Je n'arrivais pas à savoir si c'était par respect ou par dégoût. La foule s'écartait en me reconnaissant, ce qui permit à mon petit groupe d'avancer sans difficultés.
Lorsque enfin nous arrivâmes au bout du tunnel, nous débouchâmes devant une gigantesque arène couverte. Voilà donc ce qui se cachait sous le dôme du bâtiment central. Pourquoi ne suis-je pas surprise par ça ? C'était exactement ce que j'attendais venant d'eux. L'arène était entourée de gradins surélevés déjà quasiment entièrement occupés par les fidèles. Une loge d'honneur se tenait au milieu de ces gradins et j'y aperçus Hidan, Hisae et d'autres Sublimés. Je commençais donc naturellement à m'y diriger lorsque Ine me retint par un pan de la tunique, les yeux toujours baissés. Elle commence à m'agacer celle-ci ! Fusaaki parla encore une fois à sa place.
- Tu ne peux pas encore aller les rejoindre, ils ne sont pas prêts.
- Je ne vois pas en quoi je les gênerai durant leur préparation. Je me mets dans un coin et j'attends gentiment. D'autant que ça y est, je me fonds dans le décor maintenant. - dans un geste impatient, je désignais ma tenue puis me libérais de Ine et avançais résolument vers la loge. Ça commençait à bien faire de me d'entendre dire constamment ce que je pouvais et ne pouvais pas faire !
- Non Suzuki, tu dois d'abord présenter tes respects avant de les rejoindre !
- Eh bien allons-y, qu'on en finisse ! - grognais-je en mettant Fusaaki devant moi pour qu'il me guide correctement. Il toussota pour se donner une contenance face à l'énième vexation que je venais de lui faire subir puis nous fraya un chemin à travers les gens. Je vis d'autres tuniques noires comme la mienne nous emboîter le pas.
Arrivés au centre de l'arène, le brouhaha s'affaiblit jusqu'à disparaître complètement lorsque Fusaaki, vite imité par Ine et les autres tuniques noires, s'inclina face à la tribune d'honneur. Hidan se tenait près du balcon mais était trop loin pour que je puisse lire correctement son expression en me voyant en bas. Hisae l'écarta pour occuper tout l'espace face aux spectateurs. Les autres Sublimés se tenaient sagement dans son dos. Pour que des excités dans leur genre se tiennent à carreau, c'est que cette cérémonie doit être vraiment importante. Ce n'est pas ce que m'avait vendu Hidan. Un mauvais pressentiment me gagna et je n'attendis pas que Hisae prenne la parole pour fausser compagnie au reste de la troupe.
Je commençais par m'écarter de quelques petits pas puis laissait passer une personne, puis deux, puis d'autres encore devant moi ? Fusaaki et Ine, focalisés sur Hisae, ne se rendirent compte de rien.
J'allais maintenant devoir traverser un espace vide alors que l'attention de la foule était braquée sur le petit groupe au centre de l'arène. C'est un challenge qui aurait sûrement plu à Zetsu, notre maître du camouflage. J'observais les murs de l'arène avec scepticisme, cherchant à y repérer une ouverture me permettant d'atteindre les gradins. C'était ça ou escalader. Malheureusement, rien. Il semble que la seule façon d'entrer dans l'arène soit par le passage souterrain. Zut.
- Mes amis ! Quelle joie de vous retrouver à l'occasion de ce Réveil ! Je vous suis reconnaissante de vous être déplacés de si loin, si nombreux, pour nous rejoindre ! - tonna la voix de Hisae, vite suivie par les vivas de la foule. Quelle oratrice.
En attendant , je ne vois aucune autre solution pour me tirer de l'arène que celle de sauter rejoindre les spectateurs sur leurs gradins. Si je le fais vite, pendant que Hisae s'accapare gentiment toute l'attention… Il n'y aura sûrement personne pour me stopper. Surtout pas ces idiots de Fusaaki et Ine.
Je continuais à esquisser quelques petits pas vers l'arrière du groupe en gardant les yeux fixés sur mes « compagnons ». On ne sait jamais, Fusaaki a l'air d'avoir un une intuition particulièrement développée. Doucement, comme ça, voilà…
Je manquais de pousse un cri perçant lorsque je cognais mon dos contre quelqu'un. Affolée, je me tournais aussitôt, prêtre à me confondre en excuses, lorsque, à deux mains, Saya m'obligea à rester à ma place et à garder mon calme. Cachée sous une capuche noire, elle me donna l'ordre du regard de me taire.
- Si tu restes dans cette arène, tu es dans la merde Suzuki. - sa voix trembla quand elle prononça les mots suivants. - C'est comme ça que je me suis fait avoir. Ne fais pas la même erreur que moi.
Ses yeux violet me clouèrent sur place. Derrière moi, la voix de Hisae annonça que seule la mort était une issue respectable à cette épreuve de leur dieu Jashin. Toutes les personnes présentes au centre de cette arène seraient fières de donner leur vie pour honorer leur divinité.
Nous sommes dans le pétrin.
