Chap. 33How do you sleep ? || Orianthi

Coincée au milieu d'une arène remplie de personnes désireuses de s'étriper pour rendre gloire à leur dieu et obtenir de lui une possible récompense pour leur peine… Ais-je jamais mentionné ces derniers jours comme j'étais heureuse de pouvoir enfin me détendre ? C'est à croire que depuis ma rencontre avec l'Akatsuki, le moindre instant de répit m'est interdit. Je ne pense pourtant pas demander beaucoup !

Je fis de mon mieux pour garder ma panique grandissante à distance, me focalisant sur Saya. Elle n'avait pas l'air plus rassurée que moi. Que faisait-il au milieu de l'arène ? Elle devrait être dans la tribune d'honneur, avec les autres Sublimés ! Que s'était-il passé au juste ? C'était quoi cette célébration, pourquoi l'avait-on avancée ? D'ailleurs, au vue de la foule qui observe nos gestes, je doute qu'on l'ait tellement avancée, les préparatifs pour ce genre d'événement doivent être énormes, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Hidan m'aurait-il encore caché quelque chose ? Ça me changerait tiens…

Sans y penser, je saisis Saya par les épaules, espérant que ce contact inattendu la tirerait de sa torpeur. Je la pressais de me donner des explications. Je devais savoir ce qui allait se passer : lorsque Hisae déclarerait le début des combats, ce serait le chaos dans cette arène. Nous avions quoi, encore cinq minutes peut-être, pour nous tirer de là et rejoindre les autres dans la tribune, à l'abri de toute effusion de sang. Il faut agir, vite !

- Comment sort-on d'ici Saya ?

- Tu ne devrais pas y être, Rai m'avait promis que tu n'y serais pas, que-

- Oui, on verra ça avec Rai après, quand on sera sorties ! Je ne me bats pas à mort pour les beaux yeux de Hisae, merci ! - m'énervais-je, la secouant un peu plus fort. La trahison de Rai semblait l'avoir profondément choquée, ses yeux violets fixaient le vide derrière moi. Qu'est-ce qu'elle me fait… Ce n'est pas le moment pour avoir un flashback de je ne sais quel traumatisme ninja !

- Notre porte-parole Saya se trouve au milieu de vous, nobles combattants, sa main sera guidée par Jashin-sama lui-même pour désigner les potentiels élus ! Montrez-vous dignes de cette glorieuse épreuve, rendez-nous fiers de vos combats !

Je grognais de dépit, comprenant que je ne tirerai rien de Saya, trop loin dans ses souvenirs pour réagir correctement. Je me tournais vers le reste du groupe, cherchant à repérer les plus dangereux. Fusaaki, cette belette, avait disparu. Je ne voyais plus qu'Ine. Son regard se posa sur moi, terriblement noir. Des frissons remontèrent le long de ma colonne vertébrale : dès que le signal retentirait, elle se jetterait probablement sur moi. J'aurais peut-être dû me montrer plus conciliante avec elle…

Comment assurer ma sécurité et celle de Saya face à tous ces fauves ? Je n'avais aucune envie de leur révéler l'existence du Tenshinan, mais comme d'habitude, cette pupille était sûrement mon unique chance de survie. D'ailleurs, fonctionnait-elle encore ? Je n'avais rien tenté avec elle depuis que j'avais récupéré mon corps, pensant qu'il valait mieux éviter d'y toucher pour un moment, le temps de me remettre de mes émotions. Si je devais me battre contre eux tous en comptant seulement sur mon entraînement de quelques mois… Je pouvais aussi bien dire mes prières. Oh, pourquoi avoir suivi bêtement Ine et Fusaaki, j'aurais du rester collée à Hidan…

- Nous verrons si la favorite de Hidan saura impressionner Jashin-sama lui aussi ! Régalons-nous de la démonstration de son pouvoir !

Je levais les yeux vers la tribune, ignorant Hisae pour chercher Hidan. Impressionner la divinité ? Ce n'était pas ce qui était prévu dans le séjour ! Et la favorite ? Juste parce qu'il m'avait amenée ici ? J'aurais voulu pouvoir le matérialiser ici, au milieu de l'arène avec moi pour lui poser toutes mes questions et profiter par la même occasion de ses capacités. Il était malheureusement au fond de la tribune, assis en seiza, le regard baissé. Je croisais à la place du sien le regard de Rai. L'homme m'adressa un petit signe de la main, tout sourire. Il leva ensuite cette même main jusqu'à sa bouche, mimant de boire, puis à sa gorge, mimant de se la faire trancher. Très bien, c'est rassurant dites moi. Lui, quand je sors d'ici, je me le fais.

Je lui écraserai sa petite tête prétentieuse contre un mur pour lui ôter ce sourire horripilant. Je mimais à mon tour de le frapper, cognant ma main dans l'autre en prenant un air belliqueux. Je le vis éclater de rire et partir s'asseoir près de Hidan. Très bien, le message est passé. Après ces politesses, je reportais mon attention sur Saya. Hisae continuait son discours, arrivant sur la fin. Les combats allaient commencer sans tarder.

Plus le temps de tergiverser. Je décochais une bonne grosse gifle à Saya. Celle-ci reprit ses esprits aussitôt, la trace cuisante de ma main rouge sur sa joue. C'est ce qui s'appelle un retour à la réalité musclé. J'aurais du le faire plus tôt, ça m'a calmé aussi par la même occasion.

- Je vais devoir te tuer !

- Non, tu vas essayer, comme les autres, mais tu n'y arriveras pas. Je ne mourrai pas devant une foule assoiffée de sang.

- Alors fais de ton mieux pour m'éviter. Éloigne-toi !

Je suivis son ordre immédiatement. Un gong retentit, suivit d'une clameur qui fit vibrer l'édifice tout entier. Les combats commençaient. Mes yeux cherchèrent instinctivement Ine : elle allait tenter quelque chose, je le savais. J'ignorais pourquoi elle m'avait dans le collimateur, mais je n'allais pas lui faciliter la tâche.

Bon, concentrons-nous : j'ai laissé mes armes dans la chambre, ma tunique entravait mes mouvements et le kimono que je portais en dessous, même si j'avais serré les manches, n'allait pas se révéler plus pratique. Et j'ignorais si j'allais pouvoir compter sur le Tenshingan. Bien, ça promet d'être palpitant. Je me mis en garde, guettant le premier des Jashinistes qui oserait se jeter sur moi pour la gloire de son dieu. Étrangement, les autres croyants préféraient m'éviter pour l'instant, agissant comme si j'étais invisible. Était-ce parce que j'avais été « choisie » par Hidan ? Se méfiaient-ils de mes capacités grâce à ça ? Super, ça me servirait au moins à ça.

Si le statut de « favorite » m'octroyait de facto le rôle de gros poisson de la mare, qui étais-je pour m'en plaindre ?

Ne voyant toujours rien venir d'Ine, je me retournais vers Saya. Celle-ci marchait d'un pas lent, ignorant les autres jusqu'à ce qu'ils soient à portée de ses mains. S'ils s'approchaient de trop près, c'était la fin. Ils ne se relevaient pas. Je réprimai un autre frisson d'effroi en m'apercevant que sur sa peau, peinte en noire, on avait en plus représenté les os de son squelette. L'apparition était terrifiante. Finalement, j'étais seulement le deuxième plus gros poisson de la mare, celui-ci avait tout du barracuda. J'avais tout intérêt à garder mes distances avec elle, comme elle me l'avait suggéré.

Mon statut-quo dura le temps que les adversaires les plus faibles soient éliminés. Des yeux avides se tournèrent vers moi. Je levais les mains, montrant que je n'allais pas me laisser faire. L'air sévère qu'arborait Itachi continuellement s'afficha naturellement sur mes traits. Qu'ils osent seulement me- Oh. Ils osent. Hum ! Eh bien cela semble être le moment idéal pour voir si les leçons des membres de l'Akatsuki ont porté leurs fruits.

Plus téméraire que les autres, un homme se jeta sur moi en tournoyant, manquant de me trancher un membre avec son sabre effilé. Je bondis, m'élevant au dessus de lui et lui assénais un coup retentissant sur le crâne en retombant à deux sur celui-ci. Sonné, il s'écroula au sol. Je m'emparais aussitôt de son arme. C'est bien plus prudent comme ça, dans mes mains et pas les siennes. Lentement, j'exécutais quelques mouvements avec pour en apprécier le poids. Allais-je vraiment oser m'en servir contre quelqu'une ? Passer la lame au travers d'un corps, comme ce que j'avais fait avec Yasuko ? Nécessité fait oi, je le sais bien , malgré ça… C'est autre chose quand on n'a pas une vendetta à accomplir.

Une autre suicidaire vint tenter sa chance, je dus garder mes considérations éthiques pour plus tard. Une nouvelle clameur s'éleva de la foule face à la férocité de notre passe d'arme. C'est que le spectacle plaît ! J'allais lui en faire la remarque lorsque je me retrouvais presque égorgée par une de ses dagues. Hargneuse ! Je lui résistais tant bien que mal, parant ses attaques suivantes, repoussant le moment fatidique où je devrais décider de son sort. J'allais pourtant devoir m'y résoudre.

Avec une fougue nouvelle, je partis à l'assaut, la peur décuplant mes forces. Mon adversaire montrait des signes d'hésitation face à moi. Je lus de l'incertitude dans ses yeux. Sans attendre, je changeais l'angle du sabre pour qu'il s'enfonce dans sa cuisse gauche. C'était comme enfoncer son couteau dans du beurre tant la lame était effilée.

J'allais laisser l'histoire s'arrêter là, me disant qu'avec une plaie ouverte, elle serait moins encline à continuer notre combat. Je me trompais. Elle se releva, les traits déformés par la colère et la douleur. Je m'éloignais de quelques mètres, reprenant ma garde. Coriace et hargneuse alors, très bien. Alors qu'elle allait se jeter à nouveau sur moi, j'eus le réflexe salvateur de m'écarter sur la droite : j'évitais de justesse de recevoir une de ses dagues en plein front.

- Oh ! Non mais vous êtes dingue ? Je me doute que c'est un combat, mais ça, c'est du sale !

- Tu vas voir espèce de traînée, je vais te rendre irreconnaissable !

- Méconnaissable. C'est méconnaissable.

- Tu te prends pour qui au juste ?

- Heu… Quelqu'un qui a gardé toute sa tête, déjà. Et qui compte bien la garder.

- Hidan n'aurait jamais du choisir une étrangère comme toi, tu n'es qu'un-

- Ne t'occupes pas de ce que tu n'es pas capable de gérer. Suzuki est à moi. - la coupa la voix d'Ine derrière moi. Mon adversaire s'écroula dans un grognement terrible, la gorge ouverte. Je fis volte-face, mon sabre brandit devant moi. Ine m'observait avec un mépris non-dissimulé. - Je pensais que tu serais au moins douée pour te battre. Faut croire que tu ne sais que baiser.

- Non mais ça suffit les gentillesses comme ça ? Il y a autre chose que le sang et le sexe dans la vie, sortez un peu de votre village ?

- Tu apprendras rapidement que non. Quoique. Comme tu ne sortiras pas de cette arène, on n'aura pas le temps de t'apprendre la vie. - elle poussa un soupir théâtral, consciente qu'elle avait un public suspendu à ses moindres gestes. Dans un geste délibérément lent, elle tira d'un étui accroché autour de sa cuisse un poignard au manche délicatement ciselé. J'y repérais le signe que portait Hidan en pendentif autour du cou. Des produits dérivés. Génial. -Avant que je n'en termine avec toi, dis-moi pourquoi Hidan t'as choisie toi.

- Comme je le disais, parce que j'ai encore toute ma tête.

- Saine d'esprit, toi ? Tu suis un nukenin de rang S jusqu'à son village réputé pour vénérer un dieu sanguinaire et tu squattes depuis des mois une organisation criminelle, tu te vois encore comme « saine d'esprit » ?

- C'est sûr que présenté de cette façon…

- Pourquoi toi ? Tu ne baises sûrement pas si bien que ça. Tu ne combats pas bien. Tu es faible. Pas drôle, pas très belle, pas très intelligente…

- Oui, on a compris l'idée, merci Ine. Je n'ai rien pour moi. Qu'est-ce que tu veux que je te dise, hein ? Il m'aime malgré mon manque de qualités. Et peut-être, je dis bien peut-être, parce que moi je ne vénère pas le sol sur lequel il marche. C'est qu'un grand con de vingt-et-un ans qui va avoir beaucoup de choses à se faire pardonner lorsque je sortirai d'ici. Il ne va pas aimer cette conversation, crois-moi.

- Je la lui épargnerais dans ce cas-là !

Elle se jeta sur moi, ses yeux brillant d'un éclat meurtrier. Qu'est-ce qu'elle a avec Hidan au juste, hein ? Je ne veux pas le dénigrer gratuitement, même s'il le mérite puisque c'est à cause de lui que je me retrouve à affronter cette furie, mais il n'a rien d'extraordinaire ! C'est juste pour son statut de Sublimé ? Il serait temps qu'elle se pose les bonnes questions à propos de son infatuation ridicule !

- Tu es la pire des personnes qu'il pouvait choisir ! - cria-t-elle dans le fracas de nos armes, clairement hors-d'elle. Elle ponctuait la rencontre de nos armes d'un nouveau cri, chaque coup plus violent que le précédent. - Pourquoi toi ? Alors qu'on donne tout ici pour retenir l'attention d'un des Sublimés, qu'on est fidèle aux enseignements de Jashin-sama, qu'on écoute les règles de Hisae ! As-tu la moindre idée du temps que j'ai passé à guetter l'horizon en l'attendant ? De tout ce que j'ai donné pour être ici, pour obtenir ma place dans cette arène ?

- On peut être deux à jouer ce jeu-là ! As-tu la moindre idée de ce que j'ai traversé pour justement, éviter de me retrouver encore dans une situation de ce genre ?! Laisse-moi tranquille Ine !

- Pour que tu puisses roucouler en paix avec lui, t'imaginant un avenir rose et glorieux à ses côtés ? Hors de question ! Tu n'auras pas le droit de goûter à l'éternité à ses côtés, pas toi !

- Je ne vois pas le rapport !

Je répliquais à un de ses coups particulièrement vicieux d'une claque retentissante assenée du dos de la main. La force de cette gifle la fit reculer de quelques pas, une main sur sa joue blessée, l'air de ne pas y croire. Si Itachi a réussi à prendre le dessus de cette manière sur Kisame, il n'y a pas de raison pour que je n'y arrive pas avec Ine. Il n'a pas le monopole de cette technique.

Sans attendre qu'elle ou que son ego se remette de cette vexation, je brandis mon sabre, la menaçant ouvertement. Ma patience avait atteint ses limites. Je n'étais certainement pas venue ici pour me battre à mort ou me faire traiter de traînée.

-Abandonne Ine, tant que tu le peux encore.

- Tu te prends pour qui ?

- Pour la dernière descendante des Yasaemon.

J'activais ma pupille, soulagée de voir le filtre bleu apparaître comme d'habitude et les mouvements des personnes m'entourant ralentir. Le changement de couleur de mes yeux lui tira une grimace d'incompréhension. Je frimais sans vergogne, je dois bien l'avouer. Pour une fois que je peux le faire… Ce n'est pas face aux membres de l'Akatsuki que je peux me permettre ce genre de choses.

-Ne crois pas que ce petit tour te sauvera. - elle pointa son poignard orné vers moi, relevant le menton dans un geste de de défi. - J'aurai ta tête, Suzuki.

- C'est marrant, vous répétez tous la même chose.

Je raffermis ma prise sur le sabre, mon attention focalisée sur mon adversaire. Aucune de nous deux n'esquissait le moindre geste, attendant que l'autre fasse le premier pas. Ine se méfiait de cette pupille qui ne lui disait rien, j'attendais simplement qu'elle se décide à me donner une raison de passer ce sabre en travers de son corps. Je n'irai pas provoquer sa mort, mais s'il fallait que je la lui donne, j'allais le faire. Je ne mourrai pas devant cette foule. Celle-ci commençait à s'impatienter, nous encourageant à passer à l'action. Je ne savais pas combien d'autres « gladiateurs » étaient encore debouts. Plus beaucoup, pour que la foule soit suspendue à nos gestes.

- Alors, qu'attends-tu exactement, Ine ? - la narguais-je, toujours en garde, attentive. - Une invitation ?

- Bats-toi correctement.

- Oh, parce que moi, je ne me bats pas correctement ? Ok, on va le faire à armes égales alors.

Je laissais tomber le sabre, un sourire narquois aux lèvres. La vexation la fit s'empourprer de colère. J'insultais ses capacités, les heures d'entraînement qu'elle avait derrière elle, ses instructeurs. En abandonnant mon arme, je clamais devant tout un public qu'elle était mauvaise.

Elle hésitait. La rage lui criait de me passer au fil de sa lame immédiatement mais sa raison, encore bien présente, la priait de se méfier de cette démonstration orgueilleuse de confiance. Je pense qu'il est temps pour moi d'utiliser le Tenshingan plus finement. Je pris une inspiration puis plongeais mon regard dans le sien.

Comme les autres fois, je me retrouvais plongée dans un chaos de pensées et de sentiments à donner le vertige. En revanche, cette fois-ci, je n'eus qu'à réclamer le calme pour l'avoir immédiatement. Tout m'apparut clairement. Ses peurs, ses désirs, ses projets, ses rêves… Je voyais tout. Je n'avais qu'à me pencher pour attraper ce qui m'intéressait. Et pour le moment, ce que je voulais savoir, c'était la raison de sa jalousie.

Cela m'amena aux raisons de son intégration à cette secte. Ine, guidée par la même déception que Hidan par rapport au sort réservé aux ninjas du village de Yu, s'était réfugiée dans la violence aveugle plutôt que de chercher à apprendre une autre manière de vivre. Elle avait embrassé les principes de cette religion avec un soulagement non dissimulé. Elle avait tout fait pour grimper les échelons et se rapprocher de Hisae, apparemment la grande prêtresse. La jeune femme s'était toujours vu refuser sa participation à cet événement, cette Illumination, jusqu'à maintenant, parce qu'aucun Sublimé ne s'était jamais arrêté sur elle. Ou plutôt, elle avait toujours tout fait pour éviter que leur choix se porte sur elle avant. Elle attendait que quelqu'un en particulier la désigne, quelqu'un qui venait de son propre village, qu'elle avait toujours admiré pas si secrètement que ça.

Elle faisait tout pour lui, et bien plus encore si seulement il le lui avait demandé. Elle l'aimait autant qu'il était permis dans une religion prônant la mort et le sang. Ses sentiments s'étaient exacerbés quand il était devenu Sublimé. Elle savait qu'il le méritait, il était tellement doué, tellement fort ! Sûrement la réincarnation cachée de Jashin-sama lui-même ! Elle l'aimait comme une folle.

Et il était parti. Il les avait tous abandonné derrière lui sans se retourner, en quête d'une pseudo-découverte de soi. Oh, elle lui en avait terriblement voulu, lui en voulait encore, et le pire, c'est qu'après des mois et des mois, il était revenu, avec une favorite ! Une étrangère ! Une inconnue qui lui avait volé la place qui lui revenait de droit auprès de lui une fois qu'elle aurait triomphé de l'épreuve ! Hidan s'était égaré sur le chemin de l'Illumination dans son voyage. Ce n'était pas grave : elle le ramènerait une fois qu'elle serait elle aussi devenue une Sublimée. Il ne pourrait plus l'ignorer, il devrait ouvrir les yeux : ils étaient faits pour être ensemble. Ils venaient du même village, vénéraient le même dieu, avaient eu la même éducation, les mêmes valeurs, les mêmes centres d'intérêt… Pourquoi refusait-il de la voir quand ils avaient tant de points communs ?

Ils seraient ensemble pour l'éternité, qu'il le veuille ou non.

Et pour y arriver, elle devait éliminer l'étrangère.

Je repris conscience de mes propres sentiments comme un enfant prend sa première inspiration. J'étais sous le choc de la violence de ses émotions et de ses souvenirs. Les tréfonds de l'âme de Ine étaient d'une noirceur terrifiante, qui aspirait toute émotion positive. Cette fille était comme pourrie de l'intérieur à cause de tout le sang qu'elle avait sur les mains et de la pure joie et fierté qu'elle ressentait à l'avoir. Je repris mon souffle avec peine, la regardant avec une inquiétude nouvelle : elle ne reculerait devant rien pour obtenir le statut de Sublimée, ça, c'était sûr. Ce qui était également sûr, c'est qu'elle allait en plus tout faire pour me tuer et « libérer » la place aux côtés de Hidan. Je me demandais bien comment elle allait lui faire accepter ce changement de partenaire, sachant comme le bonhomme peut être borné… Ceci dit, pour lui comme pour moi, je ne pouvais pas la laisser gagner.

Cependant, je ne tenais pas à avoir son sang sur mes mains. Je décidais de la soumettre à ma volonté et de l'envoyer affronter son sort sans que je n'y sois mêlée. Je trouvais instinctivement les leviers sur lesquels tirer pour la rendre incapable de résister à mes ordres. Je fus surprise et vaguement inquiète face à la facilité avec laquelle je la soumis. Mon échange avec Itachi m'avait rendu un Tenshingan presque plus simple à utiliser qu'à l'origine. Ou était-ce parce que je m'étais améliorée à force de l'utiliser ?

D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je n'ai pas été dérangée par les commentaires de mes ancêtres sur mes choix. J'y prêtais attention, essayant de les inciter à se manifester. Rien. Juste mes propres pensées. Je n'aime pas vraiment ce silence… Je savais bien que tout ne pouvait pas être intouché par cet échange de corps.

- Pars Ine. Vas demander le jugement de Saya, tu verras alors si tu mérites de passer l'éternité près de Hidan. Je n'ai rien à voir avec cette histoire et je ne veux y jouer aucun rôle.

Elle acquiesça, le visage neutre, les yeux vides. Utiliser le Tenshingan de cette façon me laissa un goût amer dans la bouche. Certes, c'était pour garantir ma survie, mais… Soumettre à ma volonté quelqu'un en le privant de son libre arbitre restait une action dont je ne pouvais pas être fière. Normalement, mes ancêtres se seraient empressés d'y aller de leurs petits commentaires, sauf qu'il n'y avait que moi dans ma tête. Et je ne pensais pas que je ressentirai un jour un soupçon de déception en prononçant cette phrase. Ni que je prononcerai celle-ci un jour d'ailleurs…

Son abandon déclencha les huées de la foule, qui réclamait sa dose de sang. J'eus le vertige face à cette clameur démultipliée par l'écho. La tête me tourna quelques secondes sous la violence de la réaction de ces gens. N'avaient-ils donc aucune empathie ? C'était facile de juger les choix des autres lorsqu'on était confortablement installés sur des gradins, en sécurité ! C'était terrifiant de se retrouver à la merci d'autant de personnes, jugeant le moindre de vos mouvements, réclamant votre mort ou celle de votre adversaire. Du sang et de la violence. Il en fallait toujours plus apparemment.

Libérée de Ine, j'observais le restant de l'arène, notant que nous n'étions maintenant plus que huit à être encore debouts. Sur une vingtaine de personnes. C'est un carnage auquel je suis bien contente de ne pas avoir participé. Enfin, je ne suis pas encore tirée d'affaire, je suis toujours coincée dans cette arène. Je cherchais Saya des yeux avant de les détourner aussitôt du spectacle macabre qu'elle offrait. Toujours couverte de sa peinture morbide, qui n'avait pas bougé, elle achevait un des croyants avant de se tourner lentement vers Ine, qui attendait patiemment son tour.

Au moins, elle est toujours en vie. On va prendre ça comme une bonne nouvelle, elle reste une de mes alliées potentielles au milieu de ce massacre.

J'ignorais le rôle qu'elle jouait exactement dans cet événement. De par son statut de Sublimée, la récompense accordée suite à la victoire ne l'intéressait pas. Elle se battait pourtant avec férocité, ne laissant aucune chance à ses adversaires. Son but semblait être d'éliminer tous les participants, purement et simplement. Ine n'échappa pas à la règle.

Nous n'étions plus que sept. Dans ce nombre restreint, je repérais enfin Fusaaki, qui réduisait encore à l'instant le nombre de survivant de une personne. Nous n'étions plus que six. Combien fallait-il de survivants au juste pour satisfaire Hisae ? Pourquoi personne n'avait jugé bon de me donner des informations somme toute vitales pour cette épreuve surprise ? Sans réfléchir, je marchais vers Fusaaki. L'énergie du chakra fila vers mes mains, je formais mes lames, prête à les utiliser si jamais il se décidait à jouer au plus malin avec moi. Ma patience atteignait ses limites.

Personne n'osa se mettre sur mon chemin. Les cinq autres survivants échangeaient des regards incertains, se rejetant mutuellement la folie de se jeter sur une « favorite » d'un Sublimé. Et si jamais l'un d'entre eux esquissait un pas vers moi, un seul regard suffisait à lui faire regretter sa témérité. Je rejoignis donc Fusaaki sans mal, celui-ci m'attendant de pied ferme, un sourire suffisant planté sur ses lèvres, quoi qu'un peu vacillant.

Je le menaçais en levant une main vers lui. Il l'étudia un bref moment : la conclusion qu'il en tira lui indiqua de m'écouter avec attention. Eh oui, ça coupe, ces lames de chakra. C'est tout de même bien pratique. Finalement, je devrais arrêter de dire que je n'ai pas d'armes sur moi, je me mens à moi-même.

- Qui t'a demandé de me conduire dans cette arène exactement ?

- Tu n'as toujours pas deviné ? - rétorqua-t-il en bombant le torse, essayant de se faire passer pour plus imposant qu'il ne l'était. Sa suffisance me donnait envie de le gifler. Peut-être après avoir obtenu mes informations. - C'est l'honneur accordé aux favoris ramenés ou choisis par nos Sublimés. Vous gagnez votre ticket pour l'arène sans rien avoir à faire. Tu te rend compte de l'honneur qui t'es accordé ? Surtout venant de Hidan ? Personne n'avait encore jamais trouvé grâce à ses yeux ! Lui, le plus proche de Jashin-sama lui-même, plus proche encore que Hisae !

Je me contentais de hausser un sourcil pour lui signifier tout le bien que je pensais de cet « honneur ». Il pinça les lèvres. Je pense que nous ne serions jamais entendu, même en d'autres occasions. Derrière lui, je vis Saya se touner vers nous. Elle ne marchait pas encore pour nous rejoindre, mais quelque chose me disait qu'elle n'allait pas tarder. Il me fallait mes réponses et vite.

- Donc je suis une favorite, super, quelle chance. Qu'est-ce qui se passe une fois qu'on quitte l'arène ?

- On ne pourra quitter l'arène que lorsque Saya déclarera qu'elle en a assez vu. Toutes les personnes vivantes gagnent alors le droit de partager le repas des Sublimés. La récompense de Jashin-sama vient après. J'ai hâte de voir quel sort il te réserve…

- Eh bien moi non.

Il faut que je trouve le moyen de prévenir les autres membres de l'Akatsuki, tout cela va beaucoup trop loin pour moi. L'ennui, c'est que je ne veux pas le faire à la vue de tous les Jashinistes, je doute qu'ils prennent bien le fait que je divulgue la position de leur village secret à des ninjas, même renégats. Dans l'ordre, mes priorités sont donc de convaincre Saya d'arrêter ce « test » barbare, de sortir de cette arène, de trouver un endroit calme et isolé et de contacter les gars pour… Pour quoi d'ailleurs ? Qu'ils viennent me chercher ? Seront-ils seulement capables de venir rapidement quand Hidan et moi avons presque marché une semaine pour arriver dans ce village perdu ? Cela dit, je ne peux pas compter uniquement sur lui, pas dans cette situation. Il aurait dû me protéger, m'empêcher par tous les moyens de me retrouver ici ! A la place, il assistait au spectacle du haut de sa tribune. Je ne pouvais pas m'en remettre à lui uniquement et si je devais effectivement mourir ici… Les autres devaient savoir ce qui m'était arrivé. Agir en conséquence.

Je sais donc ce qu'il me reste à faire.

A grands pas, je me dirigeais vers Saya, écartant d'un revers du coude Fusaaki de mon chemin. Je n'avais pas de temps à perdre avec lui. Peu m'importait qu'il puisse assister au festin, qu'il soit récompensé par son dieu ou qu'il meure ici, devant la foule de fidèles. Je n'avais que faire de cet homme.

- Saya ! - l'interpellais-je, ne cillant même pas face à ses yeux sanguinaires qui m'évaluaient froidement. - N'en as-tu pas vu assez ? Combien de temps encore avant que tu ne fasses ton choix ?

- Elle est folle… - entendis-je Fusaaki murmurer derrière moi. Je tournais la tête pour le fusiller du regard. Comment ose-t-il alors qu'il vénère Jashin ? C'est facile, ce genre de jugement ! Plusieurs autres acquiescèrent en silence sans pour autant oser se rapprocher de lui. Ils maintenaient tous entre eux une distance de sécurité. Je crois qu'ici, au milieu de cette arène, il n'y a plus de solidarité qui tienne…Ils seraient vraiment tous prêts à s'entre-tuer pour obtenir une hypothétique récompense. Je suis bien contente de ne pas faire partie des leurs.

- J'en ai assez de me donner en spectacle pour une bande d'égoïstes assoiffés de sang ! S'ils veulent des sensations fortes, qu'ils viennent se battre eux-mêmes au lieu d'observer les autres !

- Suzuki, il s'agit d'un honneur accordé aux plus valeureux. - me répondit-elle enfin. Sa voix était glaciale. - Ils seraient nombreux à tout donner pour se trouver à ta place.

- Oui, parce que ce sont des croyants. Moi, je ne le suis pas. Je n'apprécie pas cet honneur, je ne l'ai pas sollicité et je souhaite pas continuer à participer à cette tuerie gratuite. Il est temps que cette mascarade cesse. Fais ton choix et laisse-nous sortir.

- Ils sont encore trop nombreux.

- Combien t'en faut-il exactement ?

- Non, la véritable question est : combien peut-il en rester ? Combien dissimule une véritable bravoure, cache une dévotion sincère ? Combien sont dignes d'affronter le jugement de Jashin-sama ?

- Eh bien apparemment six. - concluais-je après avoir rapidement compté les survivants autour de nous. - Et j'imagine que tout le monde ne peut pas non plus prétendre mériter la récompense de Jashin, hum ? La sélection se fera en direct avec lui.

-Tu n'as donc aucun respect pour les dieux, Suzuki ? Aucune peur ? Ou peut-être considères-tu être au-dessus de tous péchés, ne rien craindre du verdict rendu par un dieu sur ta petite vie ? - elle brandit son arme vers moi, me menaçant ouvertement. En réponse, je me tendis et me mis en garde, prête à utiliser le Tenshingan. - Depuis que je suis ici, personne n'a jamais osé interpeller un Sublimé de la sorte. Qu'as-tu à dire pour te justifier de ton irrévérence ?

- Est-ce que cela ne montre pas ma « bravoure véritable » ? - lui répliquais-je, poussant l'insolence jusqu'au bout. Il faut bien une première fois à tout, je suis prête à me dévouer pour les autres personnes qui marcheront sur le chemin de mon « irrespect ».

Je crus un instant qu'elle allait se jeter sur moi. Je me raidis, prête à encaisser le choc et à lui rendre la pareille. A la place, elle éclata d'un rire bref et sans joie. Elle baissa son arme, sa peau retrouva sa couleur habituelle. Ce n'était donc pas de peintures tribales qu'il s'agissait, mais d'une sorte de jutsu…

- Eh bien, il semble que les raisons du choix de Hidan soient maintenant limpides. Suzuki, ravie de t'annoncer que tu n'as pas peur de la mort. Ne t'en réjouis pas. - me coupa-t-elle alors qu'un sourire ravi apparaissait sur mes lèvres. De la pitié sincère se lisait dans ses yeux. - Tu as toutes les chances de devenir comme nous. - Sur ces mots à la signification étrange, elle se tourna vers la maîtresse de cérémonie, levant les bras dans un geste théâtral. - Hisae ! J'ai fait mon choix ! Que l'épreuve s'achève !

Le bruit d'un gong résonna alors dans tout l'espace et deux sortes de clameurs s'élevèrent : une ravie de voir les vainqueurs, l'autre outrée que j'ai osé coupé court à leur amusement. Je me redressais de toute ma hauteur, refusant de me laisser impressionner. J'avais réussi, j'étais toujours en vie. N'avais-je pas gagné le droit de quitter cette arène et enfin ce village ? Je n'avais jamais voulu participer à cette tuerie publique. Il était maintenant temps pour moi de tout faire pour échapper aux réjouissances.

Dans un grondement sourd, une arche se dessina dans la paroi directement sous la tribune d'honneur. Saya, sans un regard pour les autres survivants, se dirigea vers moi et me prit par la main, me guidant jusqu'à cette sortie. Autant pour « leur fausser discrètement compagnie ». Entraînée à sa suite, nous traversâmes l'arène sous les vivas et les huées de la foule jusqu'à nous retrouver dans le noir complet. Involontairement, je resserrais ma prise autour des doigts de mon guide. Je n'aimais pas ça. Je voulais sortir à l'air libre le plus rapidement possible, j'avais assez donné avec les souterrains et les pièces sombres.

- Ne t'inquiètes pas Suzuki. - murmura Saya près de mon oreille. En dessus de mes pieds, un tremblement manqua de me faire perdre l'équilibre. Lentement, nous nous mîmes à monter. Le bruit du mécanisme permettant notre ascension rendait impossible aux autres personnes d'entendre les mots que m'adressait la Sublimée. - La seule personne qui puisse te faire du mal maintenant, c'est toi-même. Il faut que tu te fasses confiance, que tu fasses preuve de la même bravoure que tu m'as montrée dans l'arène.

- Merci ?

- Tu as été… impressionnante. Je comprends Hidan.

- Eh bien moi de moins en moins… - cela dit, une fois tirée de cette situation, je comptais bien avoir un petit tête-à-tête avec lui. Je voulais savoir si ce traquenard avait un rapport avec la discussion terriblement sérieuse que nous avions eu quelques jours plus tôt concernant son complexe d'infériorité. Si me forcer à participer à cet événement était pour lui la meilleure solution pour me garder à jamais à ses côtés, j'allais me faire une joie de lui expliquer en long, en large et en travers à quelle point cette idée était la pire de toutes celles qu'il aurait pu avoir nous concernant. Il n'était pas prêt de l'oublier, cette discussion-là.

- Quand nous serons en haut, restes près de moi. Ne laisses pas Rai t'accaparer.

- Et pourquoi ne pourrais-je pas rejoindre Hidan, tout simplement ? Rai n'a rien à voir avec moi, je n'ai aucune raison de le laisser s'approcher de moi. Alors que Hidan… Je suis sa favorite non ? Ce serait légitime qu'il m'adresse ses… félicitations. Ou que moi, je lui adresse mes « remerciements » de m'avoir accordé sa confiance.

- Hisae t'en empêchera et te gardera près d'elle pour le restant du festin. Tu seras alors perdue. Laisse-la choisir n'importe qui d'autre que toi si tu tiens à rester en vie.

Je déglutis, le cœur au bord des lèvres. Rester à la merci de Hisae signifiait aussi que je pouvais dire adieu à l'hypothètique moment de solitude pour prévenir l'Akatsuki de ce qui se passait ici. Je ne pouvais pas me le permettre. Je hochais donc la tête avant de me souvenir que nous étions dans le noir et de murmurer un petit « oui » tremblant. Saya me serra une dernière fois la main puis la relâcha. Je regrettais aussitôt la disparition de ce contact. Même si elle ne m'avait pas vraiment aidé dans l'arène, elle semblait maintenant être ma seule véritable alliée pour me tirer d'ici. Et son contact me donnait quelque chose de concret auquel me raccrocher pour ne pas laisser la panique s'emparer de moi.

Nous nous retrouvâmes à l'air libre, les rayons du soleil nous aveuglant tous momentanément. Juste avant que le grondement des machineries ne s'arrêtent, elle s'adressa une dernière fois à moi, la voix remplie d'espoir.

- Fais-moi confiance et peut-être pourrais-je t'éviter le sort de Shigure. Et avec l'aide de Jashin-sama, qui sait à quel point je m'en veux pour ce qui lui est arrivé, je te l'épargnerai.