Chapitre 35 – L'Ordre du Phénix (Partie 8)

A partir de là, l'ambiance au château devint proprement morne et déprimante, et même les jumeaux avaient du mal à remonter le moral des troupes, ne pouvant trop se faire remarquer à moins de vouloir écoper de deux heures de retenue à chaque fois. Avec Laureen, ils en firent les frais quelques fois, et en sortaient avec une grimace, et toujours la même idée en tête. Faire payer cette vache rose, au centuple.

Laureen réussit tout de même à conserver ses weekends à Pré-au-Lard pour aller voir Charlie, mais déprimait sérieusement parce qu'elle ne pouvait plus échanger de lettres avec lui, ni avec son père ou Remus. Ombrage faisait surveiller le courrier étroitement.

Un soir, deux jours à peine avant le début des examens, alors que Laureen, Fred et George rentraient de la bibliothèque après une séance de révisions organisée par la jeune fille, ils trouvèrent un première année, Gryffondor, pleurant dans un des couloirs qui bordaient la petite cour centrale. Aussitôt Laureen se précipita vers le garçon et le fit asseoir sur un banc à côté d'elle, après avoir vérifié que personne n'était dans les parages.

-Shh, tout va bien, c'est fini, dit-elle en passant un bras rassurant autour de ses épaules.

Les jumeaux s'accroupirent devant le bonhomme et lui offrirent des sourires rassurants.

-Hermione Granger a tout ce qu'il faut pour soigner ça, dit Fred en pointant la main ensanglantée du garçon. Elle a soigné les nôtres des dizaines de fois.

-Comment tu t'appelles ? demanda doucement George.

-Mickaël, répondit le garçon en reniflant.

Laureen lui offrit un mouchoir.

-Le petit frère de Colin Creevey ? demanda-t-elle.

Il hocha la tête en essuyant ses larmes.

-Ta main va guérir, le rassura-t-elle.

-Oui, ce n'est pas aussi terrible que ça en a l'air, ajouta George. Tu vois ? C'est en train de disparaître, on ne voit presque plus les nôtres.

-Et ça ne fait plus mal au bout d'un moment, c'est vrai, renchérit Fred. Et puis les filles aiment les garçons avec des cicatrices.

Il eut l'audace d'ajouter un clin d'œil, ce qui eut le mérite de faire sourire faiblement Mickaël. Laureen aurait bien rembarré son meilleur ami, mais décida que réconforter le garçon était plus urgent.

-Il a raison, sourit-elle. Mon petit-ami a des cicatrices partout à cause de son travail, et c'est très attirant.

-C'est vrai ? balbutia Mickaël en reniflant.

-Vrai de vrai, jura-t-elle.

Elle vit Harry s'approcher d'eux, et lui fit signe qu'ils maitrisaient la situation. Quelques secondes plus tard, un raclement de gorge insupportablement aigu retentit au bout du couloir. Laureen sentit la rage couler dans ses veines à la pensée que la meringue démoniaque avait osée s'en prendre ainsi à un enfant, et dut bander toute sa volonté pour ne pas la mettre en flammes sur le champ. Elle se leva en même temps que les jumeaux, et les trois se placèrent protectivement devant Mickaël et Harry, prêts à prendre une retenue à leur place s'il le fallait.

-Comme je vous l'ai déjà dit, monsieur Potter, les enfants désobéissants méritent d'être punis, dit-elle avec un sourire affreusement outrancier.

« La garce, elle aime nous torturer, en plus ! » pensa Laureen, serrant les poings derrière sa robe pour ne pas se faire remarquer. Ombrage tourna les talons et disparut dans le château.

-Tu sais George, je me suis toujours dit que notre avenir ne dépendait pas de notre réussite scolaire.

-Fred, je me suis dit exactement la même chose, sourit George d'un air machiavélique.

Laureen jeta un regard un peu inquiet à ses meilleurs amis, mais choisit de parer au plus pressé.

-Mickaël, si on allait dans la salle commune se boire un bon chocolat chaud. On va s'occuper de ta main, et puis je te montrerai une surprise.

Le garçon hocha la tête et prit la main qu'elle lui tendait. Ils firent un détour par la cuisine pour récupérer des tasses de chocolat chaud et des biscuits, et montèrent dans leur salle commune. Hermione les aida à soigner la cicatrice et puis Laureen offrit une petite boîte de dix bonbons fabriqués par les jumeaux : pastilles de gerbe, berlingots à fièvre, et autres joyeusetés. Les jumeaux voulurent protester, mais Laureen les calma en leur expliquant que le garçon allait forcément les utiliser contre Ombrage et ses toutous, et que cela leur ferait en plus de la promotion gratuitement.

Elle alla se coucher avec eux comme d'habitude, et s'endormit comme une masse.

Dans les jours qui suivirent, elle ne vit presque pas les jumeaux, qui semblaient lui cacher un secret important. Elle passa tous ses examens, plus ou moins contente de son travail, et attendait avec impatience que les BUSES se terminent pour pouvoir enfin rentrer chez elle et être loin de cette horrible bonne femme rose.

Ce jour-là, elle était en train de lire, assise sur un banc juste devant la grande salle alors que la BUSE de Théorie des Charmes et Sortilèges avait lieu à l'intérieur.

Un premier bruit d'explosion dans un couloir lui fit relever la tête. Elle se douta immédiatement des auteurs de l'explosion, et en conclut que c'était ça, ce qu'ils cachaient depuis l'autre soir. Puis d'autres explosions, suivies d'exclamations et de cris divers, succédèrent à la première. Laureen se leva, légèrement inquiète, se demandant si un troll avait fait irruption comme en troisième année.

Puis elle vit Ombrage ouvrir les portes de la salle et en sortir, regardant autour d'elle avec l'air mauvais. Laureen se glissa aussitôt derrière une colonne pour éviter des problèmes inutiles, alors qu'un pétard volant explosait à la figure de la directrice. Celle-ci fut projetée en arrière sur plusieurs mètres, et les jumeaux rentrèrent en courant et hurlant dans la salle, lançant pétards, feux d'artifices, bombes à paillettes et autres explosifs inoffensifs dans toute la salle, faisant voler les parchemins en tous sens sous les cris de joies, les rires et les applaudissements des élèves.

-Prêt quand tu le seras, lança Fred à son jumeau.

George laissa échapper un cri de victoire en lançant en l'air une fusée rouge, qui lorsqu'elle explosa, se transforma en une immense tête de dragon qui poursuivit Ombrage jusque dans la cour, faisant émettre des bruits de cochons qu'on égorge à la femme rose, et faisant exploser tous ses cadres de règles dans le hall. Aussitôt l'école entière sembla se précipiter dans la cour, et applaudit à tout rompre alors que les jumeaux arrivaient triomphalement, saluant la foule et lançant des baisers à droite et à gauche.

-Vous ! hurla Ombrage en pointant son index dodu vers eux.

-Nous ? firent innocemment les deux rouquins.

-Vous… vous… bégaya Ombrage.

-Ouh, je crois qu'on l'a cassée, ricana George.

-Retenue ! hurla Ombrage, le visage rougi par la colère.

-Hum… Non ! répondirent en même temps les jumeaux.

-Retenue jusqu'à la fin des cours ! réussit enfin à articuler la directrice. Monsieur Rusard, sortez le fouet !

-Ne vous embêtez pas pour nous, intervint Fred.

-On ne compte pas s'attarder, ajouta George.

-Retenue ! hurla encore Ombrage.

-Oh, change de disque ! répliqua George.

-Mieux encore, boucle-la ! renchérit Fred.

Ils échangèrent un regard et sortirent leurs baguettes.

-Tous nos produits sont disponibles chez Weasley, Farces Pour Sorciers Facétieux, sur le Chemin de Traverse ! crièrent-ils à la foule. Accio, balais !

Peeves apparut près d'eux tandis qu'Ombrage hurlait des punitions.

-Fais-lui vivre un enfer, Peeves ! sourit Fred.

Peeves le salua comme un soldat salue ses supérieurs. Ils sautèrent sur les balais qui étaient apparus entre temps et s'envolèrent en lançant une dernière poignée de feux d'artifices, qui explosèrent en un immense « W » dans le ciel.

Laureen les regarda voler jusqu'à ce qu'elle ne les voie plus dans le ciel, et fit la moue, un peu déçue d'avoir été laissée de côté pour leur grand départ de Poudlard. Elle se fit néanmoins une raison en pensant que c'était pour le mieux, et alla voir Ginny. Celle-ci l'entraîna dans un couloir et lui expliqua qu'ils devaient monter la garde pendant qu'Harry pénétrait dans le bureau d'Ombrage. Laureen, pensant à une blague pour ajouter à cette journée déjà bien remplie, se mit en position sans hésiter.

Lorsque Drago et le reste de la Brigade Inquisitoriale déboula dans le couloir, un duel de sortilèges eut lieu, mais Neville, Luna, Ginny et Laureen étaient trop peu nombreux pour résister longtemps et furent traînés dans le bureau, où Ron et Hermione étaient retenus par Crabbe et Goyle tandis qu'Harry était attaché à une chaise.

-Vous alliez voir Dumbledore, n'est-ce pas ? demanda Ombrage.

-Non, répondit Harry.

-Menteur ! s'exclama ombrage en le giflant.

-Vous vouliez me voir, madame la directrice ? fit une voix grave et traînante à la porte.

-Rogue ! Oui, j'ai besoin d'avoir des réponses, qu'il me les donne de son plein gré ou pas, se rengorgea Ombrage. Avez-vous le Verita Serum ?

-Je crains que vous n'ayez épuisé mes réserves en interrogeant des élèves, répondit Rogue. Les dernières gouttes ont été pour miss Chang. A moins que vous ne souhaitiez l'empoisonner, et croyez bien que ce geste m'inspirerait la plus grande sympathie, je ne peux rien pour vous.

Rogue tourna les talons et allait sortir quand Harry cria.

-Il détient Padfoot ! Il détient Padfoot là où la chose est cachée ! cria Harry.

Laureen devint blanche comme la craie et ses doigts se mirent à trembler. Voldemort… détenait… son père ?

-Padfoot ? C'est quoi Padfoot ? Qu'est-ce qui est caché ? De quoi veut-il parler, Rogue ? s'énerva Ombrage.

-Aucune idée, répondit le professeur en secouant la tête, l'air sincèrement surpris, avant de sortir en fermant la porte.

-Très bien, marmonna Ombrage. Vous ne me laissez pas le choix, Potter. S'agissant d'une question qui concerne la sécurité du Ministère, je n'ai pas d'autre alternative. Le sortilège Doloris devrait vous délier la langue.

-C'est illégal ! s'écria Hermione.

-Ce que Cornelius ignore, ne peut pas lui faire de tort, répliqua Ombrage en rabattant le cadre avec la photo de Cornelius Fudge contre son bureau.

Elle saisit sa baguette et inspira avant de lancer le sortilège, mais fut coupée par Hermione.

-Dis-lui Harry !

-Qu'il me dise quoi ? tempêta Ombrage.

-Si tu ne lui dis pas où elle est, continua Hermione, je vais lui dire.

-Où est quoi ? continua Ombrage.

-L'arme secrète de Dumbledore, souffla la jeune Gryffondor.

Aussitôt Ron et les autres se mirent à se débattre et à protester, mais Ombrage emmena Hermione et Harry hors du bureau. Laureen cherchait une idée pour se sortir de ce pétrin, quand Ron mit la main dans sa poche.

-J'ai faim ! dit-il avec un grand sourire en sortant des bonbons.

Les autres levèrent les yeux au ciel face à son comportement, mais Drago attrapa les bonbons.

-Oh non, Weasmoche, pas de bonbons pour toi !

Il en avala un et tendit les autres à ses camarades de la Brigade. Laureen écarquilla les yeux en voyant de quels bonbons il s'agissait. Effectivement, une poignée de secondes plus tard, toute la Brigade se mit à vomir. Laureen en profita pour saisir sa baguette et les stupéfixa tous un par un.

-Bien joué, la félicita Neville en sortant.

Ils se précipitèrent vers la Forêt Interdite, où étaient partis Ombrage, Harry et Hermione, mais ces deux derniers arrivèrent en courant face à eux.

-Comment vous-êtes-vous échappés ? s'étonna Hermione.

-Les pastilles de gerbe, répondit Ginny. Ce n'était pas beau à voir.

-J'ai dit que j'avais faim, que je voulais des bonbons, expliqua Ron en rendant leurs baguettes à Harry et Hermione. Ils m'ont dit d'aller me faire voir et ils les ont tous mangé !

-C'était intelligent, complimenta Hermione.

-Il m'arrive de l'être, se rengorgea Ron.

-C'était brillant, renchérit Neville. Et après Laureen les a tous stupéfixé, ça c'était terrifiant.

-Hey ! s'exclama la concernée avec indignation.

-Il a raison… marmonna Ron.

Laureen croisa les bras et releva le menton d'un air de défi.

-Bien, fit Neville. Et maintenant, comment va-t-on aller à Londres ?

-Écoutez, je vous suis reconnaissant de tout ce que vous avez fait, mais… je vous ai causé assez d'ennuis comme ça, répondit Harry.

-L'armée de Dumbledore est censée faire des choses concrètes, lui rappela Neville avec l'air sévère. Ou est-ce que ce n'était que des mots pour toi ?

-Tu n'es peut-être pas obligé d'affronter ça tout seul, acquiesça Ron.

-En ce qui me concerne tu n'as pas le choix, grogna Laureen en plissant les yeux de manière menaçante. Il s'agit de mon père, et tu n'irais pas que j'irais quand même !

Harry comprit que ses amis l'accompagneraient quoiqu'il arrive, et se fit une raison.

-Alors, comment on va se rendre à Londres ?

-En volant, bien sûr ! intervint Luna avec un sourire ravi.

Quelques minutes plus tard, ils étaient tous montés sur des Sombrals, et volaient vers le sud. La nuit était un peu avancée quand ils pénétrèrent dans le Ministère désert. Ils se rendirent au département des mystères, et passèrent la fameuse porte dont Harry leur avait parlé, baguettes en main. Des milliers de prophéties étaient rangées sur des étagères dans une pièce noire qui semblait infinie.

Harry s'élança en courant dans l'allée, suivi de près par Laureen qui se sentait prête à abattre une centaine de mangemorts s'il le fallait. Finalement Harry se stoppa.

-Il devait être là ! s'exclama-t-il avec frustration.

-Harry ! l'appela alors Neville qui fixait une boule de cristal. Il y a ton nom dessus.

Harry s'approcha et saisit la sphère prudemment.

-Celui qui a le pouvoir de vaincre le seigneur des ténèbres approche, fit une voix éthérée. Et le seigneur des ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le seigneur des ténèbres ignore. Car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit.

-Harry ! s'écria Hermione avec panique.