Chap. 34 Power & Control || Marina & The Diamonds
La foule en liesse qui nous cueillit à notre sortie de l'arène me sépara promptement du reste des survivants. Manifestement, la prochaine épreuve consistait à survivre à un bain de foule. Je rêvais qu'on me foute la paix, qu'on s'éloigne. Voir tous ces visages sourirent alors que les autres survivants et moi-même sortions tout juste d'un combat à mort sous leurs yeux, c'était obscène. J'étais dégoûtée de leur satisfaction illégitime. Comme s'ils estimaient qu'ils nous avaient aidé à survivre. Nous leur offrions juste un beau spectacle et ils rêvaient de prendre nos places. Répugnant.
Étant une « favorite », j'avais apparemment droit à des faveurs supplémentaires. On m'obligea à lever les bras pour enfiler une deuxième tunique, celle-ci sans manches, que j'eus à peine le temps d'étudier avant qu'on ne me pare de colliers de perles noires. Quand enfin je pus baisser les yeux, je m'aperçus que la tunique était rouge sang. Les motifs en fil d'argent dont elle était décorée représentait encore et encore le symbole des Jashinistes. Imagination, quand tu nous guides et nous inspires… Je pinçais les lèvres et résistais aux nouveaux assauts de mes admirateurs, enfilant encore et encore des colliers de perles, ce qui représentait apparemment pour eux un véritable honneur. Du genre qui valait la peine de marcher sur son voisin pour effleurer des doigts les perles.
Lorsqu'ils furent satisfaits du nombre qui pendait à mon cou, le poids terriblement lourd s'ajoutant encore à celui que pesait mon anxiété, je fus poussée jusqu'à un bâtiment. Jusque là dissimulé par celui sous lequel s'étendait l'arène, je le découvrir avec appréhension. Je n'aimais pas l'idée de rentrer dans un énième bâtiment caché : ça allait rendre la tâche de me retrouver beaucoup plus ardue aux hommes de l'Akatsuki. Je freinais des quatre fers, refusant de leur faciliter la tâche. Malheureusement, face aux milles bras d'une foule, je ne pouvais qu'opposer une maigre résistance.
On m'obligea à passer sous un porche gigantesque, aux lourdes portes sculptées de macabres prémonitions grandes ouvertes. Elles étaient imposantes et terriblement peu engageantes. Le genre de portes qu'on n'ouvraient que pour de très, très bonne raisons, ou contraint et forcé. Une fois passées, une pierre pesa sur mon estomac pour le restant de ma présence en ces lieux.
Je fus menée, plutôt poussée, à l'intérieur du bâtiment, toujours dans un style traditionnel du village de Yu. L'intérieur obéissait à la même tradition. On m'installa sur un coussin où je m'installais les jambes croisées, priant pour qu'on ne me place pas entre Hisae et Rai. Je n'avais pas le droit à l'erreur, pas maintenant, alors que je m'étais déjà fait avoir comme une bleue en me retrouvant dans l'arène. Du coin de l'œil, je vis Fusaaki encore hésiter devant les coussins vides. Je devinais qu'il cherchait la place d'où on pourrait mieux l'observer. Cet homme crevait d'envie d'avoir droit à son moment de gloire. Maintenant qu'on le lui offrait sur un plateau, il voulait s'assurer qu'il soit aussi parfait qu'il se l'était imaginé. Je me levais promptement et fis mine de chercher moi aussi ma place, prenant soin d'attirer son attention. Ses yeux se durcirent, il marcha vers moi et prit ma place avec un air hautain, l'air de vouloir me montrer l'exemple.
Je masquais de mon mieux le petit sourire victorieux que me tira notre échange. Cela allégea un peu le poids de la pierre sur mon ventre. Aussi discrètement qu'il m'était permis, je me rapprochais lentement de Saya. Les fidèles tendaient les mains vers moi, essayaient de toucher la tunique ou les perles. J'accrochais un sourire poli sur mes lèvres, le tenant solidement, offrant parfois un geste de tête aimable à ces croyants assoiffés de sang. Je frissonnais en sentant leurs doigts me toucher. Et parmi eux, impossible de repérer Hidan.
Ce salaud m'avait abandonnée à mon sort. Je m'en souviendrai.
La seule personne que je pouvais compter en alliée ici, c'était Saya, et elle devait tout faire pour maintenir les apparences en me laissant dans mon coin. J'avais peur que si un des hauts gradés venait à s'apercevoir de son attention, je pouvais dire adieu à mon ticket de sortie. C'était lui donner trop d'ascendance sur moi que de placer tous mes espoirs dans sa protection. Il était vital que je trouve un coin à l'écart pour prévenir l'Akatsuki. Plus la foule s'excitait, plus je voyais mincir mes chances de survie : l'événement qui allait suivre s'annonçait particulièrement déplaisant pour moi.
Alors je continuais mon cirque, accordant quelque fois à certains croyants l'honneur de toucher mes mains, me rapprochant de plus en plus d'un pan de mur où je voyais une petite ouverture. Plusieurs personnes entraient et sortaient par là, les bras chargés de plats de nourriture. Si je parvenais à m'y faufiler… La traversée de la foule me parut durer une éternité. Les gens étaient enchantés de me voir leur accorder quelques secondes, ils ne se méfiaient pas de me voir partir vers cette porte ouverte. Quand je me retrouvais devant, je m'y faufilais rapidement, bougeant bien plus vite grâce à mon Tenshigan toujours activé.
Un des serviteurs s'étonna de me voir ici, je lui adressais un sourire contrit et mentionnais une envie pressante. Il hocha la tête et me pointa du doigt les toilettes. Je m'y précipitais, me moquant bien de l'image que je pouvais lui renvoyer. Une terrible panique m'avait envahie, se manifestant avec un sentiment d'urgence, de détresse et d'horreur que seule une proie aux abois pouvait ressentir. Face à cette panique, une sorte de levier sauta. Des centaines de voix familières s'élevèrent dans mon esprit, enfin, me criant de fuir, de combattre ou de me livrer, réagissant purement à ma panique. La violence de la cacophonie me fit vaciller, je me rattrapais de justesse à un des murs de la pièce. Ravie de les retrouver. Complètement désorientée, les nerfs en vrac, je sentis mon estomac se récrier contre ce traitement. J'eus juste le temps de pousser une porte d'un box avant de m'écrouler la tête dans la cuvette, déversant le contenu de mon estomac dedans.
Le goût amer de la bile en bouche, je me redressais, tremblante, la sueur perlant à mon front. C'est ce qu'on appelle un contrecoup. Je soufflais plusieurs fois par la bouche. M'estimant assez en forme pour me relever, je me remis sur mes jambes, tirais la chasse et partis laver le goût restant sur ma langue avec l'eau d'un robinet.
Lorsqu'enfin, ils comprirent que j'étais en relative sécurité pour le moment, le vacarme se réduisit. Je soupirais de soulagement. Dans ma tête, mes ancêtres me soufflaient des conseils, s'échangeaient des remarques sur mes hôtes, s'étonnaient de me voir dans une telle situation. Ils prenaient la mesure des événements, se reconnectaient avec ma réalité. Finalement, alors que je m'enfermais dans un des box, Tetsuko réduisit les autres au silence pour me parler directement.
Ma chérie, je crains que tu ne sois dans de beaux draps.
Sérieusement, vous croyez ? Merci, je n'avais pas remarqué ! Et vous étiez où durant tout ce temps ? J'avais besoin de vous dans l'arène !
Hum. Je te ferai bien la morale sur ce ton que tu emploies avec moi mais le moment semble être peu approprié. Nous devons également parler de cette peur que tu nous a fait avec l'autre Uchiha, qui explique notre… absence de ton esprit. Nous t'avions perdue, mon enfant. Tu nous as terriblement inquiété. Nous y reviendrons plus tard.
C'est drôlement aimable de votre part. Vite, donnez moi des conseils, dites-moi quoi faire, c'est déjà sûrement arrivé à l'un d'entre vous de se retrouver en plein milieu d'un village ennemi ! Je ne peux pas sortir en les massacrant tous et on m'a à l'œil, et Hidan…
Oh, tu ne peux pas compter sur lui, c'est évident.
Je me recroquevillais sur moi-même, luttant pour maîtriser les larmes qui menaçaient de s'échapper. Comment avait-il pu me laisser me mettre dans ce pot de pus ? Pourquoi n'avait-il pas essayé de m'en protéger, de m'expliquer même tout simplement ce qui se tramait ? Pourquoi m'avait-il abandonnée ? Je pensais… Je pensais que je valais quelque chose à ses yeux. Que j'étais précieuse pour lui. Je veux dire… Il m'avait dit tellement de mots doux, ses regards m'avaient fait frémir, il m'avait confié des détails sur son passé… Je pensais qu'il me faisait confiance. Je le pensais sincère. Finalement, c'était juste un piège.
Oh, chérie, les hommes sont ainsi…
Eh ! Tetsuko-sama, vous avez deux fils !
Dans la plupart des cas, vous n'êtes pas des exemples.
Mère, vous nous avez élevés pour en être, nous avons-vous déçue ?
Mon fils, avant d'être un exemple, on fait bien des erreurs et on apprend bien des leçons. Ne me laissez pas commencer sur ce sujet, vous savez que celui-ci me tend. Suzuki, chérie, écoute-moi : cette Saya a des comptes personnels à régler avec ses compagnons, tu es une sorte d'exutoire. Use cela à ton avantage. Reste près d'elle, oublie que Hidan est dans la pièce, concentre-toi sur elle. Méfie-toi de tout ce qu'on pourrait te servir, arrange-toi pour laisser les honneurs à tes voisins, fais-toi fade et insignifiante. Moins on te portera d'attention, plus tu auras de chances de quitter cet endroit. Et préviens tes hommes.
Je hochais la tête en reniflant, même si Tetsuko ne pouvait techniquement pas voir mon geste. Elle avait raison. Ce n'était pas le moment pour m'effondrer. Si je lâchais prise maintenant, j'étais foutue. Je carrais les épaules et relevais la tête. Je m'étais promis que je ne mourrai pas en public. Je n'allais pas rompre ma promesse maintenant. Allez, les gestes du jutsu… Je fis plusieurs tentatives avant de retrouver les bons. Grâce à Tenshigan, j'avais absorbé suffisamment de chakra pour qu'il fonctionne. Les hommes m'avaient dit que plus la distance que devait parcourir la communication était grande, plus il fallait de chakra. J'étais heureusement bien fournie de ce côté-là, notamment grâce aux sept Sublimés, qui étaient de véritables phares dans la nuit.
Ma première pensée alla vers Kisame. Ce ne fut pas surprenant que ce soit vers lui qu'aille mon appel désespéré.
- Tu es blessée ? - fut sa première question, avant même qu'il ne s'étonne de me voir apparaître de manière intangible devant lui. Il était entouré d'Itachi, de Sasori et, étonnamment, de Tobi. Sur la table au milieu de laquelle je m'étais matérialisée, je pouvais voir des plats à moitié entamés.
- Je ne vais pas tarder à l'être. - avouais-je en souriant bravement alors que les larmes pointaient à nouveau. -Je suis terrifiée. Ce n'est pas du tout les vacances qu'on m'avait vendues.
- Je maintiens ce que je t'ai dit, tu as un don pour t'attirer les pires emmerdes. - déclarant sobrement Zetsu en reposant ses baguettes. Il se leva, déjà prêt à partir à ma recherche. Je fus touchée par la promptitude de sa réaction.
- Tu n'as pas beaucoup de temps, j'imagine. Donne-nous les coordonnées du village. - réclama Itachi. Il avait repris des couleurs, semblait plus à l'aise dans son corps. Et, si c'est possible, peut-être plus musclé qu'avant. S'est-il entraîné pour retrouver rapidement la maîtrise de tous ses membres ? J'ai dû le rouiller, à ne rien faire d'autre que m'inquiéter pour nous lorsque nous avions échangé de corps...
- Tobi connaît l'endroit ! Tobi peut vous guider !
- Parfait. En combien de temps pouvons-nous être là-bas ?
- Suzuki, te connaissant, c'est maintenant que tu as le plus besoin de nous ? - demande Sasori, l'air agacé. Son agacement se mua en lassitude lorsque je hochais la tête. - Vous n'apprenez jamais rien… Il faut anticiper les événements, ce n'est pourtant pas sorcier !
- Comment pouvais-je imaginer me retrouver dans un combat à mort en l'honneur d'une divinité sanguinaire devant un public de croyants assoiffés de sang, tout ça pour peut-être obtenir une récompense suprême de la dite-divinité ?
- Quand même. - admit Kisame pour les trois autres après le court silence qui suivit l'exposition de ma mésaventure actuelle.
- Suzuki ? C'est toi que j'entends ?
La voix féminine qui se fit entendre dans la salle d'eau fit remonter une série de frissons le long de ma colonne vertébrale. Mon expression changea, devenant paniquée, je perdis toute trace de couleur sur mon visage. Marise, la petite Sublimée boulotte, était venue me chercher. Les hommes, après un regard sombre, mirent fin à notre communication et je me retrouvais à nouveau enfermée dans un box, assisse sur des toilettes, bien loin de tout allié de confiance.
- Oui ?
Je grimaçais en constatant que ma voix était semblable à celle d'une enfant coupable. Plus suspicieuse, tu es en cellule.
- Oh, tu as probablement été plus secouée que ce que nous pensions… Hidan nous a prévenu que tu étais encore sujette à des états d'âme, tu vas voir, ça passe. Nous t'attendons pour notre festin. Réjouis-toi, tu as triomphé !
Ses paroles de réconfort achevèrent de me convaincre que je n'avais définitivement rien à faire ici avec eux. Nous étions profondément différents. Ce qu'elle appelait « états d'âme » étaient pour moi des garants de mon humanité. Je refusais de devenir comme eux, insensible à l'horreur de la mort et des combats.
Mon moment de répit touchant manifestement à sa fin, je sortis du box. Retour sur le ring. J'accrochais de nouveau un sourire poli sur mes lèvres, adressais un hochement de tête reconnaissant à Marise, puis partis me laver les mains. L'eau froide sur ma peau m'aida à me concentrer sur quelque chose de purement physique. Si je me focalisais seulement sur mes sensations plutôt que sur mes sentiments, j'allais pouvoir affronter ce festin en maîtrisant la panique qui me criait de fuir immédiatement. La pierre sur mon ventre doubla de poids.
Lorsque je me retournais vers la Sublimée, je surpris celle-ci en train de m'étudier des pieds à la tête, l'air dubitative. Elle changea presque assez rapidement d'expression pour qu'elle puisse penser que je n'avais rien noté de particulier. Une chance qu'elle ne soit pas au courant de l'existence du Tenshingan.
- Tiens, je n'avais jamais noté que tes yeux étaient si bleus…
- Merci. Nous n'avons pas passé beaucoup de temps ensemble, Marise-san.
- C'est vrai. Nous allons rattraper ça. Viens donc participer aux réjouissances Suzuki, nous t'attendons tous !
Elle me prit par le bras. Le geste, qui paraissait amical, était seulement une façon de s'assurer que je la suive sans faire d'histoires. Me tenant fermement contre elle, elle me ramena dans la grande salle. J'eus la satisfaction de voir que toutes les places à risque avaient été prises par les autres survivants, trop heureux de l'aubaine de voir la favorite absente. Fusaaki rayonnait entre Hisae et Rai. Hidan était entre deux survivantes, roses de plaisir à l'idée d'être aussi proches d'une de leurs idoles. Elles gloussaient et pouffaient, vivante image de la joie. Je pinçais les lèvres et me crispais. Intentionnellement, je cherchais son regard. Cette fois-ci, il ne pouvait pas prétendre ne pas me voir au milieu de la foule, presque tout le monde était installé, assis en tailleur sur des coussins.
Quand ses yeux violet croisèrent les miens, je ressentis une vive douleur au cœur. Il n'avait pas le droit. Non, il ne pouvait pas me regarder avec ce mélange de culpabilité et d'espérance, comme s'il était seulement désolé que j'ai dû affronter cette épreuve mais heureux que je puisse prétendre à cette foutue récompense inconnue ! Me sentant tirer pour lui échapper, Marise raffermit sa prise et m'installa finalement en bout de table, entre elle et Kinmitsu, le plus banal des Sublimés. Je me laissais faire de bonne grâce, continua à fixer Hidan, ne pouvant croire en ce que je voyais.
Kinmitsu suivit mon regard. Il posa ensuite une main sur mon avant-bras pour s'attirer mon attention, qu'il retira comme s'il s'était brûlé quand je posais mes yeux sur lui. Il les observa quelques secondes avec surprise. Je n'avais pas eu souvent l'occasion d'assister à l'effet que produisait ma pupille sur les gens. Dans les souvenirs d'Itachi, ils avaient la plupart du temps un mouvement de recul. Ils respectaient ensuite une certaine distance de sécurité. Avec le Tenshingan… Les gens contemplaient mes yeux, vaguement fascinés par ce qu'ils y voyaient, puis détournaient rapidement les leurs, leur instinct de survie prenant le dessus. Ils s'éloignaient aussi. Imperceptiblement pour d'autres personnes, Kinmitsu éloigna son coussin du mien puis se racla la gorge.
- Ne sois pas jalouse. - sa voix était plus grave que ce à quoi je m'attendais pour son petit gabarit. - Il y a peu de chances qu'elles soient retenues. Elles ont eu de la chance que ton intervention auprès de Saya leur gagne le droit de s'installer à nos côtés pour ce repas.
- Grand bien leur fasse. Et je me moque de savoir si Hidan les préférera à moi. Je n'en ai plus rien à faire.
- De l'eau dans le gaz ? - Je ne répondis pas. Il haussa les épaules et détourna le regard, appuyant son menton sur ses mains. Il jouait le nonchalant et ça lui allait bien. Il avait un beau profil, une mâchoire bien définie. Très viril. - Ce n'est pas moi qui te donnerai des conseils, vu comme je gère Rai. Les séducteurs s'ennuient vite, on s'en rend compte après qu'ils vous aient juré ne voir que vous dans l'assemblée. Mais bon, on s'attache. Ça devient une sorte de jeu. Et les retrouvailles au plumard valent le coup.
Je gardais le silence malgré son étonnante confession. Ainsi, lui et Rai étaient ensemble… Je ne l'aurais jamais pensé. En même temps, je ne m'étais pas franchement intéressée aux dynamiques entre les sept Sublimés. Qu'ils aient des relations entre eux n'était pas surprenant en soi. Je pensais néanmoins que Rai aimait les femmes, par défaut, d'autant que les séducteurs, comme disait Kinmitsu, prenaient souvent les femmes en proies. J'eus presque envie de lui taper sur l'épaule dans un signe de compassion, mais je m'abstins. Nous n'étions pas proches et ne le serions probablement jamais.
- J'ai été étonné, quand il m'a choisi en favori, - continua Kinmitsu, rendu bavard par l'attente, - surtout qu'il l'a fait sans me prévenir. Hisae n'a fait aucun commentaire, mais on voyait qu'elle aussi été surprise. Au moins, je faisais partie du village. Quand Hidan t'a ramené, ça a jasé dans les couloirs.
- Oui, les gens de l'extérieur, on évite de les ramener. Ils ont des a-prioris terribles. - confirma Marise, elle aussi désireuse de passer le temps. - Et puis il faut s'occuper de toute leur éducation après coup, c'est compliqué. Orino a mis du temps avant d'intégrer les grands principes. Cela dit, maintenant, c'est l'une des plus pieuses d'entre nous.
- Après Saya bien sûr. Pas étonnant que ce soit encore à elle de choisir les élus.
- Elle n'a pas ramené de favori depuis longtemps.
- Après Shigure…
Marise hocha la tête, l'air sombre. Mon intérêt bondit. Je le masquais néanmoins, craignant que si je le montrais trop ouvertement, ils changent immédiatement de sujet. Celui-ci avait l'air d'être tabou, ils ne l'évoquaient qu'à mots couverts et jamais en présence de Saya. Et quand elle avait mentionné son prénom à notre sortie de l'arène, elle avait eu une expression si triste sur le visage… Je voulais savoir ce qui été arrivé à ce Shigure. Et tout faire pour éviter son sort.
Hisae donna à nouveau le signal pour commencer la cérémonie. A peine nous eut-elle souhaité de savourer nos plats que tous les disciples se jetèrent sur la nourriture avec entrain. La salle s'emplit de la rumeur des conversations, donnant un aspect presque convivial à ce rassemblement. Marise prit une bouchée de son plat et gémit de plaisir. Kinmitsu eut un petit sourire moqueur avant de prendre lui aussi une bouchée. A son expression, je compris que ce qu'on nous servait devait être délicieux. L'odeur elle-même était appétissante. Cependant, je préférai suivre les conseils de mon arrière-grand-mère et ne toucher à rien. De toute manière, avec ce que je venais de traversais, j'avais l'estomac noué.
Je jouais avec la nourriture du bout de mes baguettes, mimant de picorer quelques miettes, ne participant pas à la conversation. Shigure avait été vite remplacé par les potins du village, à ma grande déception. Je subis avec patience cette deuxième épreuve, priant pour que quelque chose d'intéressant se passe ou que les membres de l'Akatsuki se matérialisent au milieu de la pièce et viennent me tirer de là. Un sauvetage rondement mené. On punirait après Hidan s'il osait se repointer à la base.
- C'est quand même dommage que Shigure n'ait pas résisté. Moi je l'aimais bien. Il remettait Rai à sa place, ça lui faisait du bien.
- Pourquoi tu es toujours avec lui s'il t'énerve ? Ça ne sert à rien de se faire des cheveux blancs à cause de lui, s'il te saoule, largue-le.
- L'amour, Marise, l'amour. Ça ne s'explique pas. Il m'énerve, mais je ne pourrais pas vivre sans lui.
- C'est mignon. Tu penses que Saya était amoureuse de Shigure ?
- J'en suis intimement convaincu. Comment expliquer qu'elle soit encore aussi sensible quand on parle de lui sinon ? Elle a été vraiment blessée de voir Jashin-sama le rejeter. Et c'est vexant, de voir qu'on n'a pas su répondre aux exigences de Jashin-sama avec son candidat.
- C'est sûr… Quand Abe est mort, j'ai eu du mal à regarder Hisae en face pendant un bon moment. Je peux te dire que ça m'a donné un coup de pied aux fesses pour me remettre à étudier les écritures.
Je restais soufflée par l'information. Shigure avait été le favori de Saya, elle l'avait aussi envoyé se faire tuer dans l'arène. Il s'en était sorti, comme moi, avait pu profiter de ce festin, comme moi et finalement… n'avait pas survécu à l'épreuve de leur Dieu ? En quoi consistait cette épreuve ? Ils en parlaient avec révérence, on pouvait presque sentir les lettres en majuscules quand ils parlaient des exigences ou des écritures concernant leur divinité.
Voulait-elle se racheter en m'épargnant le même sort que son ancien amant ?
Impossible de répondre à cette question. De toute façon, quelque chose se préparait : on faisait se lever les survivants un à un, sous les ovations des autres croyants. Marise me tapota la main. Je me levais également, à contre-coeur.
Le premier à avancer fut, sans surprise pour moi, Fusaaki. Fier et exalté, il semblait s'être laissé aller sur la boisson avant cette autre épreuve. Je levais un sourcil dans un geste princier, le jugeant sans me cacher. A le voir, on aurait pu penser qu'on lui avait offert le monde sur un plateau. C'était peut-être l'accomplissement de sa vie qui se jouait sous mes yeux aujourd'hui. On lui offrait ce dont il avait toujours rêvé. De toutes les personnes « choisies » par Saya, il était celle qui affichait le plus d'assurance à l'idée de se faire juger par sa propre divinité.
Les élus formèrent une ligne, débutée par Fusaaki, terminée par moi. Le silence se fit dans la salle. C'était terrifiant de se retrouver debout face à ce public en sachant que derrière se trouvaient tous les Sublimés. Je jetais un coup d'œil dans mon dos et tombais sur le visage avenant de Rai. Je me retournais aussitôt, la nuque raidie. Je ne pouvais pas avoir confiance en lui.
Orino, apparemment « la plus pieuse des Sublimés », s'empara d'une bouteille de sake et Sen d'un plateau où étaient disposées autant de coupelles que d'élus. Belle préparation. Les recommandations de toutes les personnes avec qui j'avais échangé avant ce moment me revinrent en tête : ne rien boire. Ne pas finir sa coupe. Brusquement, cet avertissement prit tout son sens. J'esquissais un pas en arrière. Immédiatement, la pointe d'une lame acérée se fit sentir dans mon dos.
- Voyons, ce n'est pas le moment de jouer les modestes. Tu le mérites, Suzuki.
- Rai…
- C'est un véritable honneur qui t'es fait.
- Ce n'est vraiment pas le moment de me forcer à faire quoi que ce soit. - le menaçais-je d'une voix tremblante, ruinant moi-même tout l'effet que ça aurait pu lui faire. - Je vais faire un scandale.
- Oh, ce serait vraiment malpoli, on t'a sûrement mieux élevée que ça. Sais-tu seulement ce qu'on t'offre ?
- Ce que Jashin m'offre, nuance.
- Disons qu'on vous met en relation. C'est à toi de faire tes preuves, c'est vrai, mais c'est bien normal : on ne se voit pas offrir l'immortalité tous les jours.
- Je ne sais pas ce qui me retiens de tous vous abandonner à votre petite fête.
- Mon charme, je pense. Et probablement aussi mon kunaï dans ton dos. Cela dit, je préfère croire que des deux arguments, c'est mon charme le plus efficace.
Pendant que nous parlions je voyais Orino et Sen progresser vers moi lentement. Tous les élus buvaient avec déférence la coupelle que remplissait Orino cérémonieusement et que leur tendait ensuite Sen. Je frémis et ce geste n'échappa pas à Rai, qui en rit doucement.
- Kinmitsu aussi a eu peur quand son tour est venu. Regarde où il est aujourd'hui. J'ai vu que vous vous parliez, comment l'as-tu trouvé ?
- Presque sain d'esprit. C'est à se demander comment tu as fait pour réussir à t'attirer ses faveurs.
- M'attirer ses… oh, Suzuki, tu es délicieuse. Personne ici n'aurait choisi ce sens. M'attirer ses faveurs… Eh bien, tu as raison de le formuler comme ça. C'est un petit miracle accordé par Jashin-sama qu'il m'ait accepté. Et maintenant, nous sommes ensemble pour l'éternité, n'est-ce pas romantique ?
- Il avait l'air de dire que c'était surtout néfaste pour ses nerfs.
- Vieille rengaine qu'il adore sortir dès qu'il le peut. Il ne peut pas se passer de moi. Tiens, je crois que c'est ton tour ?
Effectivement, Orino et Sen s'étaient finalement arrêtées devant moi. Sen me tendit la coupelle avec un sourire presque sympathique. J'eus froid dans le dos. Je levais une main pour repousser des doigts la coupelle et eus un mouvement de recul. La pointe du kunaï était tellement aiguisée qu'elle passa au travers des tuniques et que sa piqûre se fit sentir sur ma peau.
- J'ai hâte que nous puissions reprendre notre petite conversation. Je suis sûr qu'avec le temps, nous pourrions très bien nous entendre. Bois, Suzuki. Tout le monde t'observe.
Sen me tendit la coupelle avec plus d'insistance, m'incitant à la prendre en faisant aller et venir son regard de l'objet à moi. Je l'embarrassais avec mes réticences. Ce n'était pas le moment de mettre des bâtons dans les rouages de cet événement qui avait nécessité tant de préparations. A son expression, je compris que plus je la faisais attendre, plus l'alternative de m'obliger à la boire elle-même se faisait intéressante. Je secouais imperceptiblement la tête, la priant silencieusement de prendre pitié et de m'épargner cette épreuve.
Agacée par mes rebuffades, Sen me prit la main et y fourra la coupelle, me défiant silencieusement de la jeter. La pointe du kunaï se fit plus insistante. Je n'avais pas le choix. D'une main tremblante, je portais la coupelle remplie du sake à ma bouche et bus la boisson.
Sen récupéra d'un geste rapide la coupelle vide, un sourire satisfait aux lèvres. Le kunaï disparut.
Rien ne se passa dans les minutes qui suivirent. Je commençais à caresser l'espoir qu'il ne s'agisse que de simple sake et que tout ceci n'était qu'un délire de croyants, que rien de mal ne pouvait m'arriver, que Jashin-sama ne perdrait pas de temps à rencontrer une hérétique.
J'eus alors un coup au cœur et un étourdissement me prit. Des points noirs dansèrent devant mes yeux. Mes ancêtres se mirent à crier. Je portais les mains à mes oreilles, essayant d'une manière ou d'une autre d'atténuer ce bruit, sans succès. Je me retournais et instinctivement, je cherchais Hidan des yeux : il m'observait sans rien faire, se mordant le pouce dans un geste nerveux. Je sentis mes traits se déformer sous l'effet de la rage. Comment pouvait-il rester là à me regarder, sans rien faire, sans rien tenter pour m'aider ?
Le bruit d'un corps tombant au salle me fit sursauter. Une des filles qui étaient assises près de Hidan venait de s'écrouler. Elle convulsa quelques secondes puis son corps se figea. Sa peau devint fripée et rouge quelques secondes encore après qu'elle se soit rigidifiée. On aurait pu croire qu'elle avait été brûlée, mais de l'intérieur. Sa peau se noircit par endroit, des tâches brunes inquiétantes s'étendant à vue d'œil sur ses membres. Finalement, au bout de cinq minutes, son corps jeune et en pleine santé ressemblait à celui d'une vieille femme momifiée. Je faillais tourner de l'oeil face à ce spectacle macabre. Je priais les membres de l'Akatsuki d'arriver le plus rapidement possible : plus tard, ils ne pourraient probablement que récupérer mon corps, dans le même état que celui de cette fille.
- Jahin-sama ne l'a pas jugée digne. - déclara Hisae gravement. On se précipita pour emporter le corps. Un autre élu s'écroula, dans le même état que la première.
Étrangement, on traitait les corps des élus rejetés avec beaucoup de déférence. On ne les jetait pas sur les brancards pour les emporter en hâte en baissant la tête. A la place, on les recouvrait d'un drap rouge dans lequel on prenait le temps des les embaumer avec soin pour qu'il soit bien serré autour du corps. On leur passait ensuite autour du coup des colliers de fleurs blanches dont j'ignorais le nom. Une fois le corps méconnaissable soustrait à la vue des autres croyants, on l'emmenait. Y avait-il seulement des gens avec des liens de parenté ici ? Est-ce qu'on rendait les corps aux familles ? Est-ce qu'on leur rendait honneur ?
D'autres frissons me parcoururent des pieds à la tête, cette fois-ci du à un froid intense qui se répandit en moi. Une vague glaciale, qui disparut aussi vite qu'elle était apparue, me laissant transie et grelottante. Des gouttes de sueur perlèrent à mon front, je me mis à transpirer abondamment.
Bientôt, il ne resta plus que Fusaaki, moi et l'autre fille installée près de Hidan pour le festin.
Je fermais les yeux, peinant à respirer. Mon souffle semblait se bloquer à partir de ma gorge. Impossible de lui faire atteindre mes poumons. Mes ancêtres continuaient à hurler, mais cela me semblait presque lointain, insignifiant. Je perdais pied avec la réalité, oubliant ce qui m'entourait, oubliant même le sol sous mes pieds. J'avais l'impression de flotter. Mon souffle s'arrêta dans ma gorge. Je rouvris les yeux pour découvrir une noirceur intense. Une vibration intense me secoua dans tout mon corps. Une vois grave, si basse que j'en sentais les grondements dans mes membres, s'éleva.
ENFANT, TU N'ES PAS DES MIENS.
Qui êtes-vous ?
JE SUIS LA FIN ET LE COMMENCEMENT.
La mort ?
LA MORT N'A QU'UN NOM ET CE N'EST PAS LE MIEN.
Je ne devrais pas être ici.
NON.
Alors laissez-moi partir !
TU SERAIS ALORS À LA MERCI DE LA MORT. MAIS TU ES SPÉCIALE. POURQUOI ?
Je possède le Tenshingan, je suis l'un des deux derniers membres de la famille Yasaemon… Je ne peux pas disparaître ici.
JE CONNAIS CETTE LIGNÉE. J'AIME VOTRE ROUBLARDISE. CERTAINS M'ADORAIENT. M'ADORERAIS-TU ?
Non.
Un grand rire me secoua toute entière et je tombais. Ma chute dura une éternité. Je crus qu'elle ne s'arrêterait jamais, que je tomberai encore et encore, jamais vraiment vivante, jamais vraiment morte.
Quelque chose me rattrapa en pleine chute, enfin.
TU ES FOUGUEUSE. JE VOIS UN AVENIR TRÈSINTÉRESSANT, PETITE FILLE, TRÈSINTÉRESSANT. PLEIN DE BATAILLES, PLEIN DE TRAHISONS, DE MANIPULATIONS, DE MORTS. J'AIME CE QUE JE VOIS. ADORE MOI ET TU SERAS VICTORIEUSE JUSQU'À TA MORT.
Non.
Une douleur atroce se répandit dans tout mon corps, me crucifiant sur place. Une douleur si intense que les larmes m'échappèrent et que je me tordis de douleur, me lamentant sans cohérence, souffrant terriblement. IL fallait que ça s'arrête !
TU ES INDOMPTABLE. TU JOUES AVEC LE FEU MÊME SI TU CRAINS DE TE BRÛLER. LA PEUR NE T'ENTRAVE PAS. ADORE MOI ET TU INSPIRERAS LA CRAINTE SANS PLUS JAMAIS LA CONNAÎTRE.
Non !
Un hurlement de rage tonitruant secoua l'univers tout entier. La douleur se fit brûlante, j'avais l'impression d'être carbonisée de l'intérieur, une odeur de souffre envahit mes poumons, me prit à la gorge. Je sanglotais sans retenue, priant pour que ça cesse, regrettant de ne pas pouvoir échapper à mon propre corps pour y abandonner la douleur et être libre.
SOIT. JE N'AI PAS PLUS DE PATIENCE POUR TOI. VIS TA DESTINÉE, SOUVIENS-TOI DE MOI, N'OUBLIE JAMAIS QUE TU AS EU L'HONNEUR DE ME RENCONTRER.
Je portais la main à ma gorge, haletante, puis à mon cœur, que j'aurais voulu arracher de ma poitrine et lancer loin, très loin de moi. Autour de moi, l'univers recommençait à devenir tangible, matériel. En plissant les yeux, j'apercevais de la lumière chaude, rouge et jaune, qui perçait au milieu des ténèbres. Je tendis mon autre main vers elle et tentais de me relever. La douleur ne me permit pas de mettre un pied devant l'autre. Je brûlais de l'intérieur.
VAS TÉMOIGNER AU MONDE QUE LES DIEUX EXISTENT ET QUE J'EN SUIS LE PLUS TERRIBLE.
Je repris mon souffle avec un grand cri, qui se perdit dans le vacarme autour de moi. On s'invectivait, on se hurlait dessus, on se lançait des imprécations. L'odeur du feu envahit mes narines. Je toussais à en cracher mes poumons. J'avais toujours aussi mal. La fumée âcre de l'incendie qui s'était emparé des lieux me piqua les yeux, les faisant larmoyer. J'étais par terre. Ma bouche était pâteuse, j'avais l'impression que ma langue avait doublé de volume.
- Saya, ce n'est pas Shigure ! Laisse-nous t'aider au lieu de foutre le feu !
- On avait promis de ne plus jamais choisir d'inconnu au village ! Vous l'avez fait boire ! Vous l'avez fait boire !
Saya était en pleine crise d'hystérie. Ses cris montaient dans des aigus presque douloureux pour l'oreille. De loin, au milieu de la fumée noire, j'apercevais les silhouettes de Rai et Marise qui tentaient de lui arracher des mains les torches qu'elle agitait en tout sens, répandant les braises incandescentes dans toute la pièce. Je les observais se battre avec elle quelques minutes supplémentaires avant que Marise ne fasse fit de toute prudence et se jette sur elle, la plaquant au sol sous son poids. Ils disparurent tous les trois dans la fumée.
Je tentais de soulever le haut de mon corps sans succès. Dans la pagaille, on m'avait oubliée. Je fis appel à mes dernières forces pour retenter de me lever, mais ce fut inutile. J'étais coincée au sol. Avec beaucoup de souffrance, je basculais sur le dos. Je pris une grande inspiration, grimaçant et pleurant à nouveau lorsqu'elle me déchira la poitrine. Comment pouvais-je souffrir autant ? La pire douleur provenait de mon bras gauche, j'étais certaine qu'il était en feu. Je tournais la tête vers lui et ne pus rien voir sous la manche de la tunique, parfaitement intacte. Tout mon côté gauche me faisait souffrir, particulièrement mon œil gauche. J'aurais pu me l'arracher en utilisant seulement mes ongles. Peu importait la barbarie de la technique, du moment qu'elle me libère de cette douleur en particulier. On me plantait des centaines d'aiguilles incandescentes dans tout mon côté gauche. Je griffais inutilement mon visage, ignorant l'extrême sensibilité de ma peau avant d'arrêter, la douleur ne faisant qu'empirer.
Les battement de mon cœur s'emballaient, désordonnés et violents, comme si une énergie extérieure à celle de mon corps l'obligeait à accélérer sur un tempo qu'il ne pourrait pas suivre malgré tous ses efforts. J'avais le sentiment d'agoniser.
J'allais mourir.
Je fermais les yeux et laisser la fumée âcre remplir mes poumons, priant pour que la douleur s'arrête vite.
