Chapitre Vingt-Cinq : Cache-cache
Partie Un : Le fauteuil
Tic. Tac. Tic. Tac.
La grande horloge au mur se moquait de lui. Le bruit était assourdissant.
Le temps n'était définitivement pas de son côté.
Du milieu de la pièce, Drago ignora l'horloge et concentra toute son attention sur le fauteuil maudit. Le siège de son père était à l'extrémité d'une longue et étincelante table, dans la salle de réunion intelligemment conçue. Il y avait huit autres fauteuils autour de la table, quatre de chaque côté, tous parfaitement polis, rembourrés, et d'un vert émeraude, mais il se fichait de ces sièges ; sauf celui-ci. Tenant une tasse pleine d'un liquide chaud, que l'elfe de maison lui avait amenée, il fronça les sourcils, concentré, s'apprêtant à prendre une longue gorgée ses yeux ne quittant pas un instant le fauteuil vert et plaqué or.
Cela faisait une heure que les couleurs étaient finalement revenues dans son monde, et Drago se sentait – eh bien, il ne savait pas comment il se sentait, juste, bizarre. Tout était bien plus saisissant qu'auparavant.
C'en était presque aveuglant.
Tic. Tac.
Il aurait aimé jeter un sort à cette foutue horloge.
Il n'avait pas besoin d'un rappel du peu de temps qu'il lui restait pour réfléchir.
Draho soupira avant de prendre, enfin, une gorgée de sa tasse – et fit une grimace. Rien ne pouvait mieux ruiner un instant introspectif qu'une tasse de thé. Il abhorrait son goût et blêmit quand le liquide chaud toucha sa langue, mais ses yeux froncés ne quittèrent pas le fauteuil de son père. Il ne savait pas pourquoi c'était juste une chaise. Pourtant, il ne pouvait détourner les yeux. Son regard était si intense et dur qu'il était sûr qu'elle aurait pu prendre feu à tout moment.
Ses lèvres se plissèrent de concentration.
Stupide et foutu fauteuil.
Il aurait aimé le réduire en cendres, avec l'horloge. Pourquoi ? Parce que, l'horloge lui avait rappelé qu'il était en sursis, et le fauteuil – putain. Il avait regardé ce fauteuil – le fauteuil de son père – un nombre incalculable de fois avant ce jour, mais c'était seulement maintenant qu'il signifiait quelque chose pour lui. Et Drago avait réalisé, effrayé, qu'il n'était pas sûr de savoir comment gérer. Ce fauteuil n'était plus celui de son père. C'était le sien.
Il y avait beaucoup de choses qui n'appartenaient plus à son père. Les sièges, la table, la pièce, l'aile, le Manoir entier tout était à lui à présent. Chaque portrait sur les murs, chaque ensemble d'armures, chaque meuble, chaque elfe de maison tout cela lui appartenait. Quatre-vingt pourcents des parts de chacune des trois entreprises familiales étaient à lui, ainsi que les millions de Gallions qu'elles avaient amassés.
Drago comprit soudain pourquoi Emil convoitait tant les entreprises il comprit pourquoi l'homme souhaitait que Drago renonce à la totalité. Avec l'argent venait le pouvoir. Drago avait hérité d'une quantité considérable de pouvoir et il lui appartenait de l'utiliser comme bon lui semblait.
Tic. Tac.
Drago se passa la main dans les cheveux.
Et à présent, il devait prendre une décision. La putain d'horloge n'aidait pas non plus.
C'était tentant si foutrement tentant que ça le rendait malade. Il pouvait tout garder pour lui. Il pouvait quitter son boulot, mettre à profit ce qu'il avait appris, et vivre la vie d'un patron d'entreprise. Il avait réellement de bonnes idées il les avait glissées à Arcturus à chaque fois, sans s'en attribuer le mérite. Mais à présent… à présent il pouvait prendre le mérite et faire certains profits. Il saurait le faire. Et il avait le pouvoir de le faire. Il n'avait pas besoin d'eux. Cela lui appartenait. Tout cela lui appartenait.
Jusqu'à minuit, du moins, mais les accords pouvaient être rompus…
Drago posa la tasse de thé sur la table et fixa le fauteuil.
Voulait-il honnêtement cette vie pour lui ?
Tic. Tac.
Drago soupira.
Ça n'avait jamais été son rêve de faire quoi que ce soit de tout ça. Son père avait toujours voulu être un dirigeant, lui non. Il avait forcé Drago à assister à leurs réunions depuis l'âge de dix ans, et lui avait dit qu'un jour, tout ceci lui appartiendrait. Il ne l'avait pas cru, bien entendu, puisqu'il était sûr et certain que son père vivrait éternellement.
De toute évidence, cela n'avait pas été le cas.
Une fois encore, Lucius avait eu raison.
Drago avait passé la majorité de son enfance à observer et tout apprendre au sujet des entreprises. Il avait participé aux réunions, écouté patiemment toutes les idées qui fusaient des lèvres des membres du conseil, et, comme il était brillant avec les nombres, avait même parcouru les factures, statistiques, et graphiques de chaque entreprise. Au départ, il avait eu le choix, mais aussitôt que son père avait repéré son potentiel, sa présence aux réunions était devenue une obligation chaque fois qu'il était à la maison.
Il avait vu le comité dans ses plus beaux moments des jours où ils plaisantaient et riaient entre eux. Et il l'avait vu dans ses pires moments où des voix colériques et des menaces de destitution étaient jetées à l'intention de son père. Ces jours-là, son père l'escortait jusqu'à la porte de la salle en lui ordonnant d'aller étudier avant de lui claquer la double porte au nez. Pas une seule fois Drago n'avait obéi à son père. Non, il s'asseyait devant cette même salle de conférence et écoutait les cris glaçants de la personne qui avait osé parlé ainsi à son père – la personne qui avait osé essayer de s'emparer de son pouvoir.
Le pouvoir.
Il avait vu ce que le pouvoir et la convoitise pouvaient faire à un individu. C'était ce qui avait détruit son père. C'était aussi ce qui avait changé l'oncle Emil, qui lui donnait toujours des bonbons quand il était enfant, en un oncle qui voulait que le couperet s'abatte sur sa tête. Il n'était pas secret qu'Emil voulait l'évincer au cours de cette phase vulnérable de transition. Tout comme il n'était pas secret qu'Hesper n'avait aucun intérêt autre que celui de repousser les gens dans leurs retranchements. Emil avait cherché à ébranler son autorité à la moindre occasion en désapprouvant tout ce qu'il avait pu dire depuis la lecture du testament de son père.
Et ça l'avait fait réfléchir.
Voulait-il devenir la réincarnation de son père ? Voulait-il jouer le jeu d'Hesper ?
Voulait-il honnêtement rompre l'accord qu'il avait passé avec son oncle et permettre aux entreprises familiales de contrôler sa vie ?
Le pouvoir était tentant, mais il était aussi addictif et Drago ne voulait pas céder plus de contrôle sur sa vie que ce qu'il n'avait déjà fait. Donc, non. Il ne voulait pas être comme son oncle ou son père.
Non, tout serait transféré en temps et en heure.
Venir ici, contempler le fauteuil de son père, lui avait fait revoir sa vision des choses. Drago réalisait subitement qu'il se fichait bien de tout cela.
Et le tic-tac de l'horloge cessa.
Il leva les yeux vers l'emblème Malefoy, gravé dans la porte environ un siècle auparavant.
Quand il était jeune et impressionnable, il avait passé des journées à fixer ces armoiries, rêvant du jour où il pourrait prendre sa place légitime au côté de son père. Mais ces rêves avaient changé. Et ce n'était pas un changement qui ennuyait Drago, pas le moins du monde. Ce qui l'ennuyait était le sentiment étrange qui enflait dans son ventre. S'il ne souhaitait pas tout cela, s'il s'en fichait, alors qu'est-ce qu'il voulait ?
Il n'était plus sûr de rien à cet instant.
Mais à peine Drago se fut-il habitué au silence que la porte s'ouvrit. Tout juste se préparait-il à amorcer mentalement le questionnement de l'identité de l'intrus, que quelqu'un se racla la gorge. Il se tourna pendant qu'Arcturus entrait. Il était toujours paré de la robe qu'il portait à l'enterrement, mais ses lunettes étaient un peu de travers et de ses deux mains, il tenait fermement une pile bien droite et ordonnée de parchemins. Il avait toujours été un homme plutôt imposant et effrayant, aux yeux de tous les autres – sauf que c'était un leurre. Son oncle lui foutait les jetons quand il était petit comme tous les autres, enfin, excepté le benêt d'Emil.
« Perdu dans tes pensées, Drago ? » Sa voix profonde résonna dans la grande pièce et Drago, pendant un instant, se sentit comme la première fois où il avait rencontré son oncle à l'âge de six ans. Mal à l'aise.
Il détourna la tête de son Oncle Arcturus. Il préférait ne lui parler que lorsqu'ils seraient installés il ne se sentirait pas aussi intimidé, à ce moment-là. « Peut-être. »
Son Oncle Arcturus était grand, aussi grand que l'avait été son Père, mais il n'avait pas le tranchant qu'avait possédé son père. Il était une autre espèce de Malefoy, en ce sens qu'il n'avait pas recours à la violence pour parvenir à ses fins, ni ne l'utilisait pour forcer les autres à se soumettre. Il était intelligent, juste et calme. Somme toute, il était une rareté un loup végétarien dans une famille de carnivores.
Beaucoup avaient confondu sa réticence aux duels et son refus complet à l'utilisation des Impardonnables avec de la faiblesse, mais il les avait corrigés rapidement à l'aide de quelques sorts de sa propre invention qu'on aurait pu qualifier d'Impardonnables. Drago frissonna en se remémorant les quelques souvenirs qu'il avait des sorts de son oncle. Arcturus était foutrement impitoyable lorsqu'il était en colère, contrarié, et/ou moqué.
« Tu voudrais que je m'en aille afin que tu puisses continuer à essayer de stopper l'horloge avec tes yeux ? »
Drago jeta un regard noir à son oncle. « Non.
- Je suis sûr qu'il y a un sort qui pourrait la détruire, si tu le souhaites. »
Il ne répondit pas parce qu'il avait le sentiment que son oncle blaguait. Ou peut-être pas. Il était assez intelligent pour inventer un tel sort. Les Malefoy finissaient toujours à Serpentard, mais Arcturus était foutrement proche d'un Serdaigle. Pourquoi ? Il était probablement le Malefoy le plus brillant qui soit en vie. Non seulement il était un génie avec les nombres, mais Arcturus était aussi un cerveau du marketing, un perfectionniste dévoué, et un inventeur créatif. Toutefois, au final, c'était sa méchanceté sans pitié qui l'avait fait atterrir dans la maison Serpentard.
Toujours était-il qu'il y avait quelque chose de calme le concernant. Il y avait quelque chose à propos de son caractère qui avait fait que son père lui avait fait confiance plus qu'aux autres assez confiance pour lui céder un peu du pouvoir tant convoité. Et pour une bonne raison, aussi. Drago était peut-être l'héritier, mais Arcturus avait fait des miracles en coulisses et il avait ôté un fardeau incroyable des épaules de Drago. Sans mentionner que, grâce à Arcturus, ils avaient récupéré quasiment tout l'argent qu'ils avaient eu à payer en dédommagements.
Ses yeux retrouvèrent le fauteuil.
« Étais-tu en train de penser à ton père ?
- Qu'est-ce qui te fait penser cela ?
- Je suis rentré dans cette pièce trois fois et tu contemplais le vieux fauteuil de ton père. »
Drago se figea. Pourquoi ne l'avait-il pas entendu ? « Où étais-tu passé ? » demanda-t-il sèchement, pour changer de sujet.
La voix de son oncle répondit d'un ton tout aussi sec : « J'obéissais à tes ordres.
- Tu as pu trouver tout ce dont tu avais besoin ?
- Bien entendu. La prédictibilité d'Hesper est tout aussi légendaire que la stupidité d'Emil. » On ne pouvait se méprendre sur le dégoût qui transpirait de sa voix. « Tout ce dont nous avons besoin à présent est d'une raison pour les Aurors de lancer des recherches chez Hesper. Tu penses à quelque chose en particulier que nous pourrions utiliser contre lui ?
- Pas pour le moment. Je vais attendre qu'il creuse son propre trou.
- Merveilleux. »
Drago jeta un coup d'œil à l'homme qui fronçait les sourcils. L'animosité entre Arcturus et le reste des frères de son père était tristement célèbre, et en discuter était tabou. Lucius n'avait jamais eu le temps de gérer les querelles. Tout ce qu'il lui avait dit, c'était que c'était profond, personnel, et qu'il aurait utilisé le Sortilège de Mort s'il s'était trouvé dans sa situation.
« Tu as accompli ta part ?
- Oui, répondit Drago en regardant le siège dominant la tête de table. J'ai changé les sorts de protection pour qu'à l'instant même où ils quitteront le Manoir, ils ne puissent plus jamais y revenir. Les elfes de maison ont rassemblé leurs affaires, j'ai prévenu ma mère et mes amis, et changé les boucliers de ma propre maison, au cas où. Blaise a tiré quelques ficelles et une équipe d'Aurors attend patiemment ses ordres devant la maison d'Hesper en Écosse. Je leur ai donné les plans et ils connaissent la localisation de chacun de ses passages secrets. Rien ne peut mal se passer concernant cette partie de notre plan.
- Parfait. Et pour Emil ?
- Dès qu'on aura sorti Hesper de l'équation, je sais exactement comment me charger de lui.
- Et la fille Granger ? »
Drago se raidit. « Elle a été briefée comme il fallait sur ce sujet, même si je ne comprends pas pourquoi je dois tout lui dire concernant -
- Vous êtes proches, tous les deux, je me trompe ?
- Non, tu ne te trompes pas. » Il était bizarrement à l'aise avec le fait d'admettre que lui et Granger étaient proches. Après tout, il ne pouvait clairement pas mentir à ce propos. C'était plutôt évident. Les frontières entre eux s'étaient troublées depuis quatre jours. Peut-être plus. Et même s'il n'avait pas de terme exact pour désigner Hermione, il savait qu'elle était devenue une figurante permanente de sa vie. Et bon sang, elle n'en partait pas. Et peut-être qu'il ne le voulait pas, d'ailleurs. Peut-être. Et non, il n'allait pas le gueuler sur les toits, mais elle n'était pas exactement insignifiante à ses yeux…
« Eh bien, alors, la relation que tu entretiens avec elle sera utilisée contre toi de toutes les manières concevables possibles, donc garde tes émotions sous contrôle.
- Ce n'est pas un problème.
- J'espère que non. Hesper, en la personne d'Emil, essaiera de te faire réagir. C'est ainsi, il est comme ça. Emil est bien trop faible pour essayer quoi que ce soit sans Hesper pour le prendre par la main et le fourrer d'instructions.
- Vous agissez comme s'ils avaient un plan.
- Je suis sûr qu'ils en ont un. Ensemble, ils ne sont pas des imbéciles complets. Je suis sûr qu'ils ont quelque complot sous la veste, et nous devons être prêts à faire face à tout ce qu'ils pourront nous envoyer à la figure. Maintenant, je sais qu'ils n'oseraient pas poser la main sur Narcissa ou l'un de tes amis de sang-pur, mais il s'agit d'une Née-Moldue. Elle est peut-être suffisamment forte pour affronter Emil seul, mais Hesper ? C'est pour cela que j'ai convaincu ta mère de lui faire faire le Serment Inviolable. Il ne peut pas la toucher, et elle ne laissera pas Emil la toucher.
- Cela ne signifie pas qu'ils n'essaieront pas. » Drago savait qu'Hesper avait le coup de main pour le contournement de règles. Il n'était jamais fair-play.
« C'est sûr, mais nous devons espérer qu'il ne le fera pas. »
Ah, il y avait ce mot encore une fois. Espérer. Il s'était permis à contrecœur d'espérer un grand nombre de choses dernièrement, mais surtout, il espérait la normalité dans sa vie. Drago en crevait d'envie. Il espérait qu'après ce jour-ci, il l'aurait bien en main.
« Tu es prêt ? » demanda l'Oncle Arcturus, claquant l'immense porte derrière lui d'un mouvement de main.
Drago répondit honnêtement. « Si je ne le suis pas, je saurai faire en sorte que chaque foutue personne présente pense que je le suis. »
Le sorcier plus âgé ricana et prit place dans le siège vert directement à la droite de celui de son père – non – de son siège.
« Nous ne sommes pas obligés de faire ça aujourd'hui. Il y a le temps - »
Drago fronça les sourcils en entendant le dernier mot de son oncle. « Pas pour moi, il n'y en a pas. J'ai pris ma décision. Je ne veux ni n'ai besoin de cette merde, pour être tout à fait honnête.
- Pas plus que moi, mais j'ai besoin de quelque chose pour garder mes journées remplies.
- Eh bien, j'ai personnellement bien assez de problèmes pour me garder occupé. » Les mots douloureusement vrais planèrent dans l'air pendant un long moment avant que Drago ne claque des doigts. Un elfe de maison apparut. « Mazy, tu pourrais reprendre ça, » il pointa la tasse de thé avec une pointe de dégoût dans la voix, « et m'apporter une tasse de café. Tu sais comment je l'apprécie.
- Oui, Maître, je -
- Mazy, je ne veux pas que tu me lèches le cul, je veux juste du café. Merci. »
L'elfe parut secoué et perdu. « O-oui, Maître. » Il disparut dans un craquement. Quelques secondes plus tard, une tasse de café fumant apparut sur la table devant son fauteuil. Il fallut une minute à Drago pour marcher jusque là et récupérer la tasse.
« Ils sont supposés te vénérer, dit Arcturus d'un ton sévère.
- Non, ils sont supposés obéir à mes ordres.
- Tu es leur maître.
- Peu importe qui je suis pour eux, si je voulais qu'on me lèche le cul tout le temps, je continuerais à fréquenter la gente féminine.
- Tu ne le fais plus, du tout ? »
Drago se tendit. « Non que ça ne soit tes oignons en aucune manière, mon Oncle, mais non, plus du tout. »
Il eut l'air perdu. « J'avais supposé - »
Il plissa les yeux jusqu'à ce qu'ils ne soient rien de plus que des fentes. « Supposé quoi ? Demanda-t-il lentement.
- Que tu fréquentais la sorcière. »
Drago se raidit. Même s'il était habitué aux rumeurs qui couraient concernant sa relation avec Granger, il ne s'était pas attendu à ce que son oncle amène le sujet sur le tapis. Un flot de pensées assaillit son esprit à cet instant. L'absence de colère, de réprobation, ou de dégoût, de la part de son oncle, l'embrouillait totalement. Arcturus n'avait jamais été du genre à faire attention à la pureté du sang, mais Drago avait toujours pensé que c'était une mascarade de tolérance. Visiblement, non.
« Alors, tu sors avec la sorcière ? »
Ennuyé de la tournure que prenait la conversation, il leva les yeux au ciel. « Elle a un nom, mon Oncle.
- Oh, je le connais, et même sacrément bien. Miss Granger et moi-même avons échangé quelques mots. Elle est une sorcière plutôt douée et équilibrée. Intelligente mais modeste et sans prétention on ne trouve plus beaucoup ce genre de personnalité. Et elle est loyale – envers toi. Et il semblerait que cela soit réciproque.
- Nous n'aurons pas cette discussion, ni maintenant, ni jamais. »
Apparemment, Arcturus refusait de laisser tomber le sujet. « J'ai toujours dit qu'il n'y avait jamais de meilleur moment que l'instant présent.
- Dis ce que tu veux, tu ne pourras pas me convaincre de discuter de ce sujet avec toi.
- Elle compte à tes yeux, Drago. Et par-dessus tout, tu la défends.
- Il semblerait que j'ai pris pour habitude de le faire », constata-t-il sèchement.
Il y eut un court silence.
« Eh bien, éprouves-tu des sentiments pour elle ? »
Il leva les yeux vers l'homme comme s'il lui était soudain poussé des cornes. Arcturus était – il attendait une réponse. Eh bien, plutôt mourir. Drago se racla la gorge. « Je pensais que nous pourrions discuter de deux-trois choses avant la -
- Ahem, » fit son oncle avant de lui lancer un regard qui disait 'J'attends toujours'.
Drago se raidit quasiment au point où il avait l'impression d'être pris dans un Maléfice de Saucisson.
Il resserra sa prise sur la tasse de café. Bordel, comment était-il censé répondre à cette question ? C'était un piège ! Oui, elle était son amie oui elle comptait pour lui (même si parfois ça l'énervait au plus haut point), et oui elle était une personne importante de son monde. Mais Arcturus avait rappelé à Drago à quel point il était déchiré.
Peut-être que Pansy et Blaise avaient raison. Drago cligna des yeux.
De toute évidence, le choc de la mort de son père l'avait rendu malade mental. Bon, d'accord, peut-être pas. Peut-être qu'il avait commencé à voir le potentiel en elle. Arcturus avait raison à son propos. Elle était loyale, pas stupide, elle n'était pas parfaite, et elle – putain. Elle n'était très clairement pas l'idée la plus maligne qu'il ait jamais eue, mais peut-être. Ils auraient sans aucun doute beaucoup à déconstruire, mais peut-être qu'ils pourraient parvenir à quelque chose de fonctionnel. Ce ne serait pas facile, mais peut-être que ça marcherait. Peut-être qu'ils pourraient se rendre heureux sur le long terme. Ce n'était réellement pas le meilleur moment pour penser à entamer une relation avec qui que ce soit, mais peut-être que quand le moment serait venu, il pourrait envisager l'image que tout le monde avait placée dans son esprit…
Sa tête commença à tourner.
Mais la question était de savoir s'il éprouvait des sentiments. Des sentiments romantiques. Parfois, quand elle avait l'air bien, il se disait qu'elle était jolie comme le jour où il lui avait donné Apollon. Parfois, il la trouvait amusante comme quand elle avait fui de son appartement après l'avoir vu en serviette. Et parfois, il pouvait la regarder et voir qu'il comptait réellement pour elle comme quand leurs yeux s'étaient croisés après qu'il ait fini d'enterrer son père…
Bordel de merde. Il n'avait pas de temps pour ça, et Arcturus n'avait pas le droit d'instiller cette pensée dans son esprit ! Il s'y serait attendu de la part de Blaise, mais pas de son oncle, pas aujourd'hui, et pas comme ça.
« Je n'ai pas le temps pour ça. Nous n'avons pas le temps pour ça, lâcha-t-il sèchement.
- Tu as vingt-quatre ans. Saisis-toi de ce temps. Tu n'as pas l'éternité. Les Malefoy se marient jeunes. »
Drago ricana. « Dixit le célibataire endurci.
- Veuf. »
La douleur dans la voix d'Arcturus était évidente, et cela lui donna l'air vulnérable pour la première fois. Le mot lui-même resta en suspens, pris dans une bulle d'irrévocabilité. Il n'y avait rien que Drago puisse dire, et ça le mit très mal à l'aise.
« Ne te permets pas de penser que tu me connais, Drago. Je ne suis pas ce que tu penses que je suis. »
Il voulut répondre, mais les mots ne vinrent pas. 'Je ne suis pas ce que tu penses que je suis'. Il était clair qu'il allait falloir qu'il commence à faire plus attention, parce qu'il semblait qu'il s'était mépris sur le compte de tout le monde. Son Oncle, son Père, Granger… il avait mal jugé les deux derniers par-dessus tout. Son Père n'était pas l'homme qu'il avait pensé être, et Hermione – merde. Drago se pinça l'arête du nez.
Il fut soudain pris d'un mal de crâne qui martelait.
La porte s'ouvrit et un Hesper frustré entra, un Emil exténué et méprisant sur les talons. La pression augmenta. Il ne pensa pas à leur demander ce qui n'allait pas. Il le découvrirait bien assez tôt. Drago redressa les épaules, désigna d'un geste deux sièges à l'opposé de celui d'Arcturus, et s'assit à contrecœur dans son fauteuil.
L'horloge se remit à tic-taquer.
Partie Deux : Désir
« Je m'ennuie ! » déclara le garçon de sept ans en faisant la moue, ses cheveux passant d'un bleu électrique à un gris morne. Il se leva et soupira pour la troisième fois. « Nana et cette dame prennent trop de temps… gémit-il.
- Ce n'est pas juste une dame. C'est la sœur de ta grand-mère, expliqua gentiment Hermione. Et elles discutent. Elles ne se sont pas vues depuis très longtemps. »
Il eut l'air confus. « C'est ma nana, aussi ?
- Non, c'est ta grande-tante, » répondit Pansy, un peu maladroitement.
Teddy ne comprenait visiblement pas la manière dont fonctionnaient les relations, et après avoir eu l'air totalement perplexe, il haussa les épaules et se releva du sol. « Je veux aller au parc. J'adore jouer dans les cages à filets. Nana n'aime pas ça quand j'y grimpe tout seul. Elle dit que je pourrais me blesser, mais je lui répète tout le temps que je tomberai pas. Je suis fort. Tu vois ? » Il contracta ses petits biceps.
Hermione et Pansy retinrent leurs rires.
« Oh, oui. Tu es très fort. »
Teddy sourit d'un air entendu. « C'est ce que je lui répète, Miss 'Minie. Je peux grimper dans la cage tout seul. » Il planta son regard sur une Pansy amusée. « Tu peux aller chercher ma Nana, s'il te plaît Miss Pansy ? » dit-il avec un sourire adorable, à la dentition touée. Ses deux dents de devant manquaient.
Hermione sourit. « Elles sont en train de discuter, pour l'instant, Teddy. Elle sera de retour bientôt pour t'emmener au parc, d'accord ? »
Il fit la moue et soupira. « D'accord. » Il se laissa tomber dans le canapé à côté d'elle et grogna avant d'enfoncer sa tête dans les coussins. Et puis, ses cheveux devinrent orange vif et il bondit d'excitation. « Je sais ! Je sais ! Tu peux jouer à 'Cache-cache' avec moi, Miss 'Minie ? S'il te plaît ! »
Elle sourit. « Bien sûr que je peux jouer avec toi, Teddy. »
Le garçon leva les bras au ciel. « Youpi ! » Et puis, il enroula ses bras autour de son cou – la serrant très fort contre lui.
Elle sentit son cœur se serrer violemment. Teddy était le premier enfant qu'elle touchait depuis – Hermione ferma les yeux, prit une inspiration, et referma maladroitement ses bras autour du garçon. Putain, ça faisait mal. Ça faisait mal rien que de l'enlacer, mais elle ne pouvait plus lâcher.
Plus tôt dans la journée, quand elle et Drago étaient en train de discuter avec Andromeda, Teddy était arrivé en bondissant en bas des escaliers. Il sortait de sieste et avait faim d'un goûter. Elle avait dégluti. Pendant une seconde, elle aurait juré que Malefoy s'était tendu. Mais à présent, elle comprenait qu'il s'était tendu parce qu'elle s'était tendue. Elle tenait sa main, après tout. Ce n'était que maintenant qu'Hermione réalisait pourquoi elle s'était tendue plus tôt. C'était parce que, pendant une seconde, son esprit, son corps, et son âme avaient voulu que ce soit Matthew qui descende les escaliers, pas Teddy.
C'était un souhait irréalisable, au mieux.
Le simple souvenir lui fit monter les larmes aux yeux. Son cœur cognait contre ses côtes.
C'était complètement ridicule, elle le savait, mais elle ne pouvait l'empêcher. Teddy ne la lâchait pas. Assez étrangement, il eut l'air de s'apaiser dans son étreinte. Hermione savait qu'elle s'agripperait à lui au moins jusqu'à ce qu'il se recule. Elle voyait des parts de Matthew en Teddy – oh merde, de qui se moquait-elle ? Elle voyait des parts de Matthew dans chaque petit garçon âgé de quatre à sept ans qu'elle croisait dans la rue. Était-ce mal de vouloir ce que ces mères avaient ? Était-ce mal d'être si foutrement épuisée de se sentir incomplète ?
Parfois, quand l'envie était tout particulièrement douloureuse, elle se rendait au parc, s'asseyait, regardait, et espérait. Et si elle fermait les yeux suffisamment fort, elle pouvait voir Matthew courir vers elle. Ses yeux grand ouverts, remplis d'imaginaire, et farceurs. Et – ses mains tremblèrent. Penser à ça lui créeait juste un désir horrible, insupportable. Elle voulait détruire ces pensées, arrêter de penser au parc, et arrêter d'espérer quelque chose qui n'arriverait jamais, mais…
Voir les gamins sourire et rire et parler sans cesse de choses dénuées de logique – c'était presque insoutenable. Une palette d'émotions courut dans ses veines, se déversa dans ses muscles, et pesa sur ses os. Être une mère lui manquait – non, ce n'était pas ça. Être sa mère lui manquait.
La maternité était plus dure que tout ce qu'elle avait jamais vécu et expérimenté. Être la seule à subvenir aux besoins d'une famille était dur, et les maladies de Matthew avaient rendu les choses encore plus compliquées – mais avec Matthew, chaque seconde en avait valu la peine et plus encore. Toutes ces choses qu'il trouvait hilarantes lui manquaient. Son côté désordonné et ses manies de tout escalader lui manquaient. Sa fascination pour les insectes et les super-héros lui manquait. Tout lui manquait.
Sa tête palpitait, mais son cœur était bien plus douloureux.
Hermione se torturait elle-même, mais elle ne savait pas comment faire pour que cela cesse. Elle ne savait pas comment s'arrêter d'elle-même. Se sentirait-elle à jamais ainsi quand elle serait avec un enfant ? Se considérerait-elle à jamais comme quelqu'un ayant eu son fils ? Ces questions étaient trop compliquées pour avoir une réponse, surtout à cet instant.
Hermione ravala ses larmes et serra Teddy un peu plus fort.
Oui, c'était Teddy dans ses bras, mais – mais si elle fermait les yeux, elle pouvait se duper elle-même et se dire que c'était Matthew. Son doux Matthew qui était si bien élevé que c'en était presque alarmant. Son innocent Matthew, qui mangeait ses légumes et se barbouillait plus de dessert qu'il n'en mangeait.
Les larmes se mirent à couler le long de ses joues. Elle essaya de les retenir, mais en fut incapable. Elle n'avait pas pleuré comme ça depuis des lustres. Elle s'était bien battue, elle essayait de guérir son cœur, mais aujourd'hui l'avait prise par surprise. Tout comme Teddy.
« Hermione ? » La voix de Pansy sonnait alarmée.
Elle ne répondit pas.
« Miss 'Minie, dit Teddy en se reculant finalement. Pourquoi vous pleurez ? Je vous ai rendue triste ? »
Hermione s'essuya les yeux, captant le regard inquiet de Pansy du coin de l'œil.
« Non, Teddy.
- C'est pas grave, répondit le petit garçon en haussant les épaules nonchalamment. Nana est triste aussi. Des fois, elle m'appelle Ted, je ne lui en veux pas. Oncle Harry, aussi. » Hermione se raidit imperceptiblement au fil du tissu de paroles du garçon. « Il était vraiment triste, mais il ne m'a pas appelé Ted. » Il fronça les sourcils. « Il m'a appelé Matthew. Et puis il est devenu encore plus triste... » finit-il en soufflant. Ses cheveux passèrent de rouge à violet puis retournèrent au bleu.
Les mains d'Hermione tremblaient. Oh, Harry. « Teddy, il n'a pas fait exprès.
- Je sais. Nana a dit qu'il était blessé. Qui lui a fait du mal, Miss 'Minie ? Ce n'est pas gentil de faire du mal aux gens.
- Tu as raison, répondit-elle lentement. Harry a eu un petit garçon, comme toi.
- Avec les cheveux bleus ?! » dit-il en pointant les siens avec frénésie.
Pansy ricana et Hermione secoua la tête doucement, souriant. « Non, Matthew avait des cheveux d'un marron vraiment foncé.
- Oh, comme ça ? » et il fit prendre à ses cheveux un brun foncé. Pas comme ceux de Matthew mais très proche.
« Quelque chose comme ça, oui.
- Que lui est-il arrivé ? » Teddy se mit le doigt dans le nez et Hermione l'empêcha instinctivement de l'essuyer sur son t-shirt. Adorable.
Pansy lui tendit un mouchoir et elle essuya son doigt pendant qu'elle lui parlait. « Il était très malade et - »
Les cheveux de Teddy virèrent soudain au noir. « Il est mort, c'est ça ? »
Elle retint sa respiration, un peu choquée de son audace, mais acquiesça, lentement. « Oui.
- Ma maman et mon papa sont morts, aussi. »
Hermione se retrouva sans voix.
« Ils te manquent ? » demanda doucement Pansy.
Teddy se gratta la tête, regarda Pansy, réfléchit une minute, et haussa les épaules. « Des fois, quand Victoire parle de sa maman et son papa. Je sais pas. » Il eut l'air un peu frustré. « J'me souviens pas de quoi ils ont l'air. Nana doit me montrer des photos. » Il se redressa plus fièrement. « Ma maman avait les cheveux roses et mon papa était un – un – je sais plus ce qu'il était, mais c'était cool ! Oncle Harry dit qu'il était le meilleur ! »
Hermione hocha la tête. « Oh, oui, il l'était. »
Teddy la regarda, bouche bée. « Tu as connu mon papa ? »
Elle acquiesça, en souriant. « Et ta maman, aussi.
- Je veux être un attrapeur de sorciers des ténèbres, comme elle, » annonça fièrement Teddy. Ses petites épaules étaient relevées et il arborait un air déterminé.
Hermione lui ébouriffa les cheveux. « Je ne doute pas que tu seras grandiose. »
Il eut un grand sourire et raplatit ses cheveux à présent turquoise. Réfléchissant une seconde, le petit garçon fit une grimace avant de dire : « Quand ma maman et mon papa me manquent, Nana me montre des photos et me raconte des histoires sur eux. Ça me fait me sentir mieux. Elle pleure des fois. Je n'aime pas quand elle est triste. Je ne veux pas que tu sois triste, non plus. Ou Oncle Harry. Nana dit toujours que maman et papa voudraient que je sois heureux, pas triste. Je ne pense pas qu'elle se souvient de ça quand elle est triste, mais moi oui. » Il gonfla le torse comme s'il était la personne la plus importante sur Terre. « Vous vous rappellerez de ça, Miss 'Minie ? »
Elle essuya les larmes de ses joues. « Je m'en souviendrai. Merci, Teddy. »
Le petit garçon sourit de nouveau et se pencha en avant, demandant plus timidement : « On peut jouer maintenant ? Je peux me cacher en premier. T'as pas à le faire. Moi j'ai envie. Tout le monde dit que je suis le roi pour me cacher. »
Hermione ferma simplement les yeux et se mit à compter…
Partie Trois : Mieux que je ne me connais moi-même
Et puis ce fut le silence.
Tic. Tac.
Enfin, mis à part cette foutue horloge derrière lui.
Drago prit une gorgée de son café, nonchalamment, et attendit que la pièce, ou plutôt, que son oncle Emil, n'explose. Il venait de verbaliser ses projets futurs pour les entreprises familiales et, déjà, le poids sur ses épaules s'était un peu envolé. A présent, tout ce qu'il avait à faire était d'attendre que quelqu'un réagisse. Arcturus était calme, stoïque, et son visage faisait penser à du granite taillé. Hesper était adossé à son fauteuil et observait ses ongles comme s'il était ennuyé d'écouter. Le visage d'Emil rougissait de plus en plus à chaque instant.
Ce ne serait pas long.
Tic.
Ce truc pénible devait s'arrêter. Comment, ça, Drago s'en foutait, mais cette horloge allait devoir s'arrêter sur-le-champ ou bien il allait se tourner et faire exploser cette antiquité pour la réduire à l'état de poussière.
Tac.
Lorsqu'il s'était mis à penser à cette horloge, dans les instants qui avaient suivi sa décision, il s'était fait la réflexion que c'était une chose plutôt menaçante à avoir sur le mur derrière sa tête. Il s'était demandé pourquoi diable son père l'avait placée à cet endroit des années auparavant. C'était un symbole de sa mortalité, tout comme un signe plutôt dérangeant d'espoir pour quiconque siégeait dans une position de moindre pouvoir. Le temps s'écoulait toujours, chaque tic-tac en étant une preuve.
Rien ne durait éternellement.
Peut-être était-ce cela la leçon que son père avait essayé de lui enseigner subtilement quand il avait placé cette horloge sur le mur derrière le fauteuil. Ce n'était pas un signal lumineux clignotant, mais un pense-bête. Rien, pas même le pouvoir, n'était infini. Peut-être que son père l'avait placée pour lui-même il l'avait placée pour Drago, aussi.
Lucius lui disait qu'il avait du temps.
Il lui offrait le temps de prendre la bonne décision – merde, il avait deviné.
'Tu feras tout ce qui est possible pour éviter d'imiter ma vie.'
Tout ce temps, son père avait su ce qu'il ferait de son pouvoir. Réaliser ceci lui laissa un arrière-goût étrange et désagréable. Ce n'était pas le lieu pour de telles émotions, mais intérieurement, il était étourdi. Son père semblait l'avoir connu bien mieux que ce que Drago pensait.
Tic. Tac.
L'horloge. Elle avait fait son job. Elle lui avait donné le temps de réfléchir et de se rassurer quant au fait qu'il prenait la bonne décision. Il voulait… il… enfin, Drago ne savait pas ce qu'il voulait, mais il voulait plus que la gloire. Il voulait plus que ce que son père avait eu.
Il voulait.
Il voulait simplement.
Et ce n'était pas nécessairement une mauvaise chose, d'ailleurs.
Au final, peut-être que son père avait connu Drago mieux qu'il ne se connaissait lui-même. Au final, son père avait fait quelque chose de bien dans un océan de choses affreuses. Il avait permis à Drago de prendre sa propre décision, sans son influence.
Tic. Tac.
Peut-être – Drago avala difficilement sa salive.
Peut-être qu'il avait compté aux yeux de son père… dans sa propre manière distante et froide, bien sûr.
« C'est ça ton plan ? C'est définitif ? »
La voix enragée d'Emil surprit Drago dans sa réflexion. « Eh bien -
- Tu ne peux pas être sérieux ! »
Il planta son regard dans celui de son oncle en disant d'une voix traînante : « Ce n'est vraiment pas la peine de hurler.
- Je peux hurler tant que je veux !
- Peut-être, mais - »
Emil l'interrompit brutalement : « Il n'y a pas de 'mais', Drago ! Tu ne peux pas faire ça !
- Si tu n'apprécies pas ma décision, alors encaisse tes actions et va tenter ta propre chance dans ta propre entreprise. » Après une courte pause, il ajouta platement : « Je te souhaite toute la chance du monde. »
Le plus jeune des frères Malefoy bredouilla de colère : « C'est juste – je ne peux pas – non, je refuse de te laisser faire ça !
- C'est drôle, je me moque pas mal de ton refus. C'est déjà fait.
- Je te demande pardon ? »
Ils ne le savaient pas, mais lui et Arcturus avaient signé les papiers qui faisaient de son oncle le PDG un boulot qui amenait un salaire ridiculement énorme et du pouvoir, non seulement dans la famille, mais aussi dans le monde des affaires. C'était un boulot qu'Emil convoitait plus que tout au monde un boulot qu'il pensait pouvoir obtenir de Drago en l'intimidant. Le sorcier faillit ricaner en y pensant. Emil était à peu près aussi intimidant qu'un puzzle de quatre-pièces pour gamin.
Comme preuve d'accord, Drago avait déjà cédé vingt pourcents des parts qu'il avait héritées de chaque entreprise à son Oncle Arcturus, diminuant sa possession totale de chacune de quatre-vingts pourcents à soixante pourcents. C'était une manœuvre qui leur donnait une bonne assurance au cas où les choses se passaient mal.
Si la famille essayait de provoquer un coup d'État envers Arcturus, ce serait plutôt inutile vu que Drago possédait toujours la majorité des entreprises. Et s'ils essayaient de se débarrasser de Drago, eh bien, ils seraient témoins de la fin de tout ce qu'ils avaient connu. Aussi étrange que cela avait été d'écrire son propre testament à l'âge de vingt-quatre ans, il l'avait établi sous l'insistance de son oncle. Dans son écrit, il ordonnait que tout soit disloqué et offert à des œuvres de bienfaisance. Ce serait le bordel, clairement, mais sa mère s'en tirerait saine et sauve, il y avait veillé.
Emil semblait prêt à prendre feu. « C'est scandaleux !
- Non, ton comportement est scandaleux. Je pensais que nous étions des adultes matures. »
Emil jeta un regard noir à son neveu avant de tourner des yeux furieux sur Arcturus. « Arcturus nous mènera tous à notre perte ! Tu aurais pu me choisir !
- Allons, vraiment ? Répondit Drago de sa voix traînante.
- Oui ! »
Il ricana. « Qu'est-ce qui te fait penser que je peux te faire confiance sur quoi que ce soit ? »
Houspillé, il s'exclama : « Je suis plus que digne de confiance ! »
Drago faillit rire à gorge déployée, mais il garda une voix et un masque sérieux. « Je ne te ferais même pas confiance pour me donner l'heure exacte. Tu es fainéant, pourri gâté, et tes difficultés à gérer ta colère peinent fortement à te faire désirer -
- Quoi ?! Je te ferais dire que je suis -
- Franchement, je me fous pas mal de tout ce que tu as à dire. Tu poignarderas les gens dans le dos parce que tu es trop lâche pour le faire en face. Et le pire, c'est que tu ne le feras pas toi-même. Tu enverras Hesper faire ta sale besogne.
- Lâche ? Répondit Emil en bondissant de son siège. Je ne suis pas un lâche – tu n'es rien qu'un enfant !
- Et si tu as fini d'agir comme tel, j'aimerais poursuivre, » rétorqua-t-il. Les yeux d'Emil se plissèrent de fureur et ses lèvres marmonnèrent des mots que Drago ne pouvait entendre – et alors, il se rassit sur son fauteuil. Lentement. « A présent, je pense qu'il est nécessaire de discuter -
- Je ne discuterai de rien du tout ! Coupa Emil. Je ne peux pas croire que tu prévoies de tout donner à ce -
- Ce quoi, Emil ? » La voix d'Arcturus était aussi glaciale que l'air dans la pièce, méprisante et mortelle.
Le plus jeune des frères fronça les sourcils, et sa moustache frémit. « Tu sais ce que tu es, » sourit-il avec mépris une fois qu'il eut réalisé qu'il était à une distance notable de son frère aîné. Putain de lâche.
« Puisque tu sembles penser que tu me connais mieux que je ne me connais moi-même, peut-être aurais-je besoin de quelques rappels. » Le dernier mot était dit d'un ton paisible, mais la tension dans la pièce était si lourde qu'Hesper commença à s'en rendre compte.
Le sourcil zen du sorcier se haussa quasi imperceptiblement. Son regard alterna entre ses frères avant de se poser définitivement sur Arcturus. Il bailla : « Je ne suis pas du style subtile donc je vais aller droit au but. Cela concerne cette petite souillon de sang-mêlée avec qui tu faisais des cabrioles -
- Je ne faisais pas des cabrioles avec elle, Hesper. C'était ma femme. »
La dernière phrase fut accompagnée d'un tintement de l'horloge. Ils étaient à la moitié de l'heure et Drago avait l'impression qu'ils venaient tout juste de commencer. Il faillit montrer son étonnement, mais parvint à garder une expression neutre. Arcturus avait eu une femme – mais il était veuf. Sa femme décédée était une sang- bordel ! Bien entendu, Drago s'en fichait, mais le reste de sa famille – bordel de merde, c'était des putains de timbrés quand il s'agissait de garder la pureté.
Il avait juste toujours supposé – merde, encore ce mot. Supposé.
Par-dessus tout, il avait grand besoin de cesser de supposer.
Il n'aurait rien dû supposer au sujet d'Arcturus. Après tout, l'homme avait passé les trente-et-une dernières années dans un isolement quasi complet. Il ne voulait rien avoir à faire avec les autres, qui ne le tenaient pas non plus particulièrement en haute estime. Seul son père avait semblé avoir accordé une chance à son frère, mais surtout pour des raisons égoïstes et pragmatiques.
Ou non.
Peut-être qu'il lui avait en fait accordé de l'importance. Putain, Drago ne savait pas. Il ne savait rien des trois hommes présents dans la salle de conférence. Ils étaient de sa famille, mais aussi des étrangers.
« Mmh, vraiment…, fit Hesper en pianotant calmement des doigts sur la table. Comment aurait-elle pu être ta femme en n'ayant même pas vécu assez longtemps après la fugue amoureuse pour apparaître sur la tapisserie ? »
La rage brilla derrière les yeux d'Arcturus, comme un éclair, mais elle repartit avant même d'avoir réellement été là. Toutefois, c'était suffisant pour laisser savoir à Drago que la situation actuelle était en train d'échapper rapidement à tout contrôle. La tension leur tombait dessus comme une couette épaisse. C'était douloureusement évident que quelque chose se passait juste sous son nez, et Drago ne voulait honnêtement rien avoir à faire avec.
Il avait déjà fait le curieux et voyez où ça l'avait mené.
Il voulait leur énoncer les stipulations du contrat, signer la paperasse pour Arcturus, et être débarrassé une bonne fois pour toutes de ce foutu bazar. Il voulait tourner une page de sa vie. Il était prêt.
« Je suis sûr que tu as joué un rôle là-dedans. » La dureté de la voix de son oncle préféré était sans ambiguïté.
Les yeux d'Hesper prirent une lueur dangereuse. « Y a-t-il quelque chose dont tu m'accuses, Arcturus ?
- Je pense que tu vois très bien de quoi -
- Messieurs, s'il vous plaît. Nous avons à parler affaires. Je n'ai même pas fini de parler, » interrompit calmement Drago, laissant juste une pointe d'irritation accompagner ses paroles.
Les deux hommes au regard noir fixèrent leurs yeux sur le sorcier assis à la tête de la table, pendant que le troisième marmonnait de colère dans sa barbe.
« J'espère que tu ne crois pas qu'on va autoriser ce traître à son sang à gérer les entreprises, » dit Hesper d'un ton désinvolte. C'était comme s'il faisait exprès d'être en désaccord juste pour énerver son frère. Terriblement immature. Arcturus sourit d'un air méprisant.
Drago ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. « Vous l'avez laissé les diriger pendant six ans à la place de mon père. »
Emil bafouilla : « C'était différent. Ton père a pris sa retraite.
- C'est vrai. Et non seulement la valeur des actions a quadruplé rien que dans la première année, mais en plus elles n'ont pas arrêté de multiplier leur valeur, ce qu'on ne doit qu'à Arcturus. Traître à son sang ou non, il est qualifié et il a plus d'expérience que nous trois réunis.
- Moi aussi.
- Ne m'en parle pas, ricana Arcturus. J'ai dû fermer trois départements que tu dirigeais rien que dans la première année où tu as pris ton poste. Pourquoi ? Parce que tu as 'mal géré' les fonds et harcelé sexuellement les employées féminines.
- Tu - » Emil se figea lorsque son frère lui lança un regard appuyé. Puis, il baissa la tête.
« Assez, assena Drago. Ma décision est prise, et elle est définitive. Si vous ne l'aimez pas, tant pis. Je n'ai aucune intention de changer d'avis. Si tu souhaites gérer les entreprises, Emil, d'accord. Tu peux avoir cette conversation avec ton frère, pas avec moi. » Drago sourit d'un air railleur. « Je peux seulement imaginer comment cette discussion se passera.
- Tu ne sauras pas, car cette conversation n'aura jamais lieu. Comme si j'allais supplier ce traître à son sang pour un boulot. Hors de question ! » L'homme rondelet sortit maladroitement sa baguette de sa poche et la pointa sur son neveu. « Ce que tu vas faire, c'est tout modifier ! Tu vas tout me donner ! » Sa voix était aussi tremblante que la main qui tenait sa baguette, et Drago savait qu'il serait incapable de jeter un sort correctement même s'il essayait.
Il resta donc calme. « Ah oui ?
- Oui !
- Et si je ne le fais pas ? Demanda-t-il en prenant une gorgée de son café. Avant que tu ne menaces ma personne, puis-je me permettre de te rappeler qu'à l'instant même où tu useras de magie sur moi, tu perdras ton siège au conseil et chaque petite parcelle de pouvoir que tu possèdes. »
Emil marmonna furieusement en baissant sa baguette.
Les yeux gris de Drago se plissèrent. « Que dis-tu ?
- Je ne sais pas comment, mais un jour je te donnerai une leçon.
- Vraiment ? C'est mignon, » répondit-il, narquois.
Les yeux d'Emil flambèrent de colère : « Je ne pense pas que tu m'aies compris, je ferai de ta vie un enfer, j'en ai les moyens !
- Je t'ai parfaitement compris, et pour être franc, je n'en ai rien à foutre. Vas-y, menace-moi. En quoi ça m'importe ? » Il se devait de rester calme, mais il sentait l'agitation monter en lui. Ce n'était pas bon. Pas bon du tout. L'agitation menait à la colère, la colère menait à la passion, et la passion faisait perdre toute pensée rationnelle et agir de façon impulsive. D'accord, Drago n'était pas impulsif par nature, mais il avait récemment eu des épisodes où il avait perdu son sang-froid. Il n'avait certainement pas besoin que cela arrive maintenant. Pas un jour comme celui-ci.
« Que je ne puisse pas te toucher physiquement ou magiquement ne veut pas dire que je ne peux pas faire de ta vie un enfer. Tu ne prends pas de recul, Drago. Ton père avait le même problème. Il était un bâtard égoïste, hein ? » Drago se tendit visiblement et Emil sourit d'un air sadique. « Oh, ne prends pas cet air. C'est la vérité. Ton père était un égocentrique aux grandes ambitions et il a mérité tout ce qu'il a eu. »
Une semaine auparavant, il aurait approuvé de tout son cœur, mais les choses avaient changé. Il ne prétendait pas avoir beaucoup apprécié son père, mais ce dernier n'avait mérité aucune des choses qui lui étaient arrivées. Son père avait été une victime de circonstances et de mauvaises prises de décision. Drago n'avait aucune difficulté à admettre cela. Et de voir cet Emil minaudant, qui n'avait jamais pris de grosse décision de toute sa vie, assis là, nonchalant, à vautrer le nom de son père dans la poussière – la colère bouillait dans ses veines.
Il sentait son visage devenir brûlant et il savait qu'il avait mis un orteil dans une agitation généralisée qui frisait la fureur. Et il ne parvenait pas à s'arrêter. « Ne laisse plus un seul mot négatif à propos de mon père sortir de tes pathétiques lèvres, bouillonna Drago. Il était trois fois l'homme que tu ne seras jamais, Emil. » Il se surprit lui-même dans l'ardeur de sa défense.
« Je suis plus un homme que ton père n'a jamais été !
- Un homme ? Dit Drago en élevant la voix. Tu penses que tu es un homme ? » Et il cracha : « Je n'ai jamais vu pire insulte à l'être humain de toute ma vie ! »
Le visage d'Emil vira au cramoisi. « Pourquoi tu -
- Tu es un parasite et tu n'as aucun souci à sucer la vie de chaque chose tant que ça comble tes désirs. » Drago s'avança dans son fauteuil. « Tu es plein de mots et de menaces incohérentes auxquelles tu ne donneras jamais suite.
- Je -
- Je n'ai pas fini de parler ! Explosa Drago.
- Eh bien, j'en ai assez d'écouter ! »
A la suite de quoi les seuls sons emplissant l'air furent le halètement enragé d'Emil et le léger gloussement d'Arcturus. Enfin, avant qu'Hesper ne se recule dans son siège avec désinvolture. « Eh bien, eh bien, cela devient intéressant.
- La ferme, Hesper, » lâcha Emil.
Quelque chose scintilla dans les yeux de son oncle. Drago ne savait pas quoi, mais cela fit tressaillir Emil qui murmura des excuses.
Il lui fallut quelques minutes, mais Drago parvint à reprendre son calme. Il prit la plume à sa gauche et commença à feuilleter des documents légaux. « Maintenant, il y a quelques stipulations dont nous devons discuter. Tout d'abord, je tiens à dire que ce n'est pas simplement un plan, ça a été -
- Je ne discuterai de rien du tout. »
Drago faillit casser la plume qu'il tenait et jeta un regard noir à Emil. « Tu dois vraiment adorer les punitions. »
Hesper ricana.
Emil frappa ses gros poings sur la table, de frustration et de rage. « Et tu dois vraiment être un idiot si tu penses que tu peux m'arrêter. Rien ne m'empêche d'obtenir ce que je veux, pas toi, ni personne ! Ce serait approprié que tu réalises que je parle affaires.
- C'est bien, mais rien de ce que tu pourrais faire ne pourrait me causer du mal. Ça serait -
- Eh bien, eh bien, c'est qu'il ne s'agit pas que de toi, dorénavant, pas vrai, petit Drago ? » Déclara finalement Hesper d'un ton neutre.
Oh, merde. « Tu n'as aucun intérêt dans tout ce dont on est en train de parler, donc -
- Peut-être que si, peut-être que non, sourit-il d'un air menaçant. Tout ce que je sais, c'est que ça a l'air prometteur.
- Je te conseille de garder ton clapet fermé, prévint Arcturus.
- Pourquoi ? Rétorqua-t-il. Peut-être qu'Emil marque un point. N'ai-je pas mon mot à dire, moi aussi ? »
Drago observa le visage d'Emil s'éclairer après le commentaire de son frère. Il avait son allié à ses côtés. Putain.
« Tu sais, tu es bien plus semblable à ton père que ce que j'avais jamais anticipé, Drago, » dit Hesper en souriant et en faisant craquer ses phalanges. « Tu marches comme lui, tu as la même allure, et tu prends même ta plume de la même façon qu'il le faisait quand il était au bord de la fureur. » Ses mots auraient dû réconforter Drago, au lieu de quoi ils le laissèrent mal à l'aise. « Je parie qu'il y a des facettes de ta personnalité qui sont similaires à la sienne. Ton père avait un point de rupture. C'était ta mère. Il faisait très attention à veiller à ce qu'on ne lui fasse aucun mal, même quand je n'en aurais rien eu à faire. Enfin, ça, c'était avant que tu naisses. » Drago se raidit et posa sa plume sur la table. Hesper s'engonça dans son siège. « Je sais que tu veux que je reste en-dehors de ça, alors fais-moi un peu plaisir.
- Et comment est-ce que je suis censé le faire ? » A cet instant, il était sûr d'être devenu une statue.
« Tout le monde a un point de rupture. Trouvons le tien, veux-tu ? »
Le sorcier se tendit encore, et se maudit intérieurement d'avoir une telle réaction. Ce n'était pas comme s'il ne s'était pas attendu à ce que ses oncles agissent de la sorte. « Je ne resterai pas là à jouer à tes petits jeux psychotiques. Nous avons des affaires à régler.
- Bien sûr, bien sûr. Je sais, les affaires d'abord. Après tout, je siège au conseil depuis aussi longtemps que tu es né, » répondit-il doucereusement. Cela ne l'empêcha pas de poursuivre : « Avant la réunion, Emil et moi discutions de ce joli fruit de sang-pur, mûr à point, que tu détiens dans tes filets. Pansy, c'est cela ? Elle est vraiment délectable, n'est-ce pas, Emil ? »
Le sorcier questionné sourit d'un air narquois. « J'adorerais pouvoir la mordre à pleines dents. »
Drago se tendit, nerveux. Ils l'appâtaient, essayaient de le provoquer et de le forcer à jouer le jeu malade de Hesper. Eh bien, il ne le ferait pas. « Bien. Même si j'apprécie vos tactiques d'intimidation irritables -
- Tactiques d'intimidation irritables ? Se moqua Hesper. Ce n'est pas de l'intimidation, pas le moins du monde. Je pourrais rester au côté d'Emil et rendre ta vie infernale, Drago, et crois-moi, je sais le faire. Toutefois, je suis prêt à te donner une chance de, eh bien, me convaincre que ton plan est meilleur que le sien. Je ne veux pas entendre de faits ou de statistiques, montre-moi ton pouvoir. Montre-moi que tu peux prendre de bonnes décisions sous pression. J'aime vraiment te regarder te dépatouiller.
- Tu bluffes, lui dit Arcturus. Tu ne sais rien.
- Ah ? Mmh. Pansy vit seule, n'est-ce pas ? Et elle dort la lumière allumée, non ? Elle fait des heures supplémentaires pour un magasine, et elle est toujours en train d'aller et venir entre ici et Madère. Je me demande pourquoi elle crie la nuit... » Il laissa sa phrase en suspens, pensif, mais poursuivit rapidement : « Sa maison possède des barrières impénétrables des sorts que je n'ai jamais rencontrés auparavant, mais je suis sûr qu'avec du temps et de l'aide, je peux les percer et les franchir. »
Bingo. Le visage de Drago resta neutre, mais son cœur martelait dans sa poitrine, et son sang bouillonnait. Il n'était pas censé être en colère. Il avait enfin trouvé quelque chose qu'il pouvait utiliser contre Hesper. Mais, pour une raison ou une autre, il n'arrivait pas à s'extirper de sa rage. Pas du tout. Il semblait qu'Hesper pouvait sentir son changement d'humeur, et il sourit. « Je m'y prends bien ? »
Il n'offrit aucune réponse en récompense au travail de détective.
« Bien, puisque tu as décidé de devenir taciturne, Drago, je vais continuer de parler. Donc, ensuite, ta mère. Elle est probablement la plus vulnérable de tous - »
La rage crépita en lui. « Laisse ma mère en-dehors de ça, l'interrompit-il, la mâchoire contractée. Elle n'a rien à voir avec ça. »
Emil s'en mêla, se lançant dans une diatribe folle furieuse : « Elle a tout à voir avec ça ! Et elle a le culot de se dire Black. Elle est faible - »
Drago Malefoy fut sur ses pieds, baguette en main, en moins d'une seconde. La colère s'était muée en passion, et il s'était totalement perdu dedans. Rien ne pourrait l'arrêter. « Tu as environ trois secondes pour fermer ta putain de gueule ou -
- Calmons-nous, » suggéra Arcturus.
Emil regarda Hesper, qui acquiesça. Sachant qu'il avait son frère à son côté, il décida de jouer le téméraire. « Ou alors quoi ? Tu ne me feras rien. Tu n'es pas capable de tuer. On le sait tous. »
Drago éructa : « Tu ne sais pas de quoi je suis capable, Emil.
- Tu n'as pas le cran, Drago. Avoue-le. Tu es faible, comme ta mère. Tu n'es pas juste une honte pour le nom Malefoy, tu es une honte pour ton père mort.
- Écoute, si tu as un problème, d'accord. Je m'en contre-fous. La porte est là-bas, dit-il en tendant le bras. Tu peux sortir quand tu veux, mais menacer ma mère et mes amis ne me feront pas changer d'avis en ta faveur, Emil. Essayer de me contraindre à jouer à ton stupide petit jeu ne fera rien non plus pour faire avancer ta cause, Hesper. Si je souhaite léguer à Arcturus, c'est ma décision.
- Emil. Assez, » ordonna Hesper d'un claquement de doigt.
Comme on pouvait s'y attendre, l'homme recula sous l'ordre de son frère. Pathétique.
Drago se tourna pour ôter un parchemin des mains d'un Arcturus aux yeux écarquillés. Il s'était presque totalement détourné des deux autres lorsqu'il entendit : « C'est drôle. Sa petite-amie Sang-de-Bourbe s'était bien plus maîtrisée, sous pression. »
Drago se figea.
« Tout à fait. Nous devons lui reconnaître de bonnes manières, pas vrai ?
- Oh que oui. » Il plissa les yeux.
La voix de Drago était grave et menaçante. « Sortez.
- Pardon ? »
Il se tourna pour leur faire face. « J'ai dit, sortez.
- Drago, le plan - »
Il coupa furieusement Arcturus. « J'emmerde le plan ! Je n'en ai rien à foutre ! Que tout le monde sorte d'ici ! » Il planta son regard dans ceux de ses oncles. « Pour récapituler, tout part dans les mains d'Arcturus et il est seul décideur de chaque petite action venant des entreprises, y compris qui peut siéger au comité. Les chances sont élevées qu'il ne s'agisse d'aucun de vous, considérez-vous donc rayés. Les elfes de maison ont préparé vos valises. Prenez votre merde, et débarrassez-moi le plancher. »
Hesper se leva nonchalamment. « Très bien. »
Emil ricana. « Oui, très bien. Nous avons plus important à faire, de toute façon. Nous avons rendez-vous avec une petite Sang-de-Bourbe quelque part à l'intérieur de ces murs. J'espère qu'elle est seule parce que j'ai l'intention de tout enseigner sur la supériorité à cette gamine. Je garantis qu'elle ne s'en sortira pas avec autant de chance que la dernière fois. »
Drago fut scié. « La dernière fois ? »
L'atmosphère crépitait de magie pure.
Emil lança un coup d'œil à Hesper qui hocha la tête. Il dit d'un ton impudent : « Oh, la petite sorcière ne t'a pas dit ? C'est que, nous avons pu faire connaissance dans le couloir. Elle - »
Des jets rouges jaillirent de la baguette de Drago et l'horloge carillonna pour annoncer une nouvelle heure.
Bonjour tout le monde,
Après un an sans publier, me voilà de retour. Je ne compte pas, et n'ai jamais compté, abandonner cette traduction, mais la vie cette année a été plus que mouvementée.
Confinement oblige, j'ai du temps à tuer, et j'ai retrouvé le goût et l'envie de traduire.
J'ai lu au fil de l'année les quelques reviews qui me parvenaient, et votre gentillesse me touche toujours autant.
Merci Mouic, Eirhyal, AlExIsAtO, Nayla04, Nedwige Stark, Zucca666, Zebulonrr, Math'L, woody16, plinchy, Jasmineetaladin, Bartonned, NeverForgeett, Bestanonymous, Lolita KALA, et Constancelcd.
Mon copain s'est mis à lire la fiction (alors qu'il est anti-fic-HP) et il apprécie, alors… ça devrait me motiver encore plus à traduire la suite rapidement :p !
Je vous dis "au plus vite", n'hésitez pas à me re-motiver,
Bien à vous,
little-Sniks
