Chapitre Vingt-Sept : Une Étincelle Dans L'Obscurité

Partie Une : Questions de science.

5 avril

Cela devenait une très mauvaise habitude.

Drago voulait préciser qu'après ce jour, il n'accepterait plus ce genre de comportement venant de lui-même. C'était indigne de lui et ça ne lui ressemblait pas. Il voulait aussi préciser que, non, il ne souhaitait pas être là, mais c'était comme ça il était devant le bureau de Granger, en train d'attendre.

Sa secrétaire, qui lui jetait des coups d'œil à la dérobée par-dessus son magazine Sorcière Hebdo, lui avait dit qu'elle était actuellement en réunion et qu'il pouvait patienter dans la salle d'attente jusqu'à ce qu'elle ait terminé, mais Drago avait refusé. Enfin, ce n'était pas vrai. Il n'avait juste pas bougé. Son cerveau avait envoyé l'ordre à ses jambes de marcher, pas seulement jusqu'à la salle d'attente, mais carrément hors de l'immeuble, avant qu'il ne soit trop tard. Et ses jambes, eh bien, elle ne se montraient pas vraiment coopératives.

La secrétaire se racla la gorge pour la dixième fois et Drago serra les dents pour réprimer son agacement. A quatre occasions différentes, la sorcière, qui ne lui rappelait que trop bien la Belette-fille, avait tenté de lui parler. A chaque fois, son choix de conversation avait dérivé de 'faire la discussion' vers les contrées du 'flirt éhonté'. Il se força à ne pas lever les yeux au ciel. Tout ce qu'elle avait dit à propos de la météo, de la qualité de sa robe, de ses plans pour la soirée, et son invitation audacieuse à dîner, avait été soit ignoré, soit rejeté net. Donc, elle avait décidé de faire du bruit pour obtenir son attention.

Drago fronça les sourcils, et leva les yeux du sol. Il fixa Granger pour la troisième fois depuis que Cecilia – ou Cynthia – la lui avait pointée du doigt. Tous les bureaux de l'immeuble étaient plutôt bizarres. Au lieu de murs solides, ils étaient faits faits de vitres au travers desquelles on ne pouvait voir que d'un côté. Il pouvait la voir, mais elle ne pouvait pas le voir.

Merci Merlin.

Il ne l'avait pas revue depuis cette soirée étrange sur le ponton, qui avait viré au cauchemar devenant réalité pour elle. Et même si, il y a quelque temps, ne pas la voir n'aurait pas contrarié Drago, cette fois, ça avait été le cas un peu plus que ce à quoi il s'était attendu, et un peu plus que ce qu'il aurait imaginé.

Ça avait commencé par un petit élancement le troisième jour quand il s'était réveillé dans une maison silencieuse. Puis c'était devenu source de questionnement le sixième jour lorsqu'il avait dîné avec Pansy et Blaise. Ça s'était terminé le douzième jour, aujourd'hui, lorsqu'il avait fini par se montrer à son bureau. Si Drago devait être honnête, il dirait que ne pas voir Granger pendant les douze derniers jours lui avait fait réaliser – et il en était presque horrifié – qu'il appréciait la voir tous les jours. Il avait fini par s'habituer à ses intrusions, ses omelettes, sa simplicité, et sa compagnie. Il avait finir par s'habituer à elle.

Drago marqua une pause à cette pensée.

Il avait réfléchi, un peu. Le temps ne lui avait pas manqué pour réfléchir. Il était en congés depuis la mort de son père. Il avait passé ses journées à évaluer, réfléchir, peser le pour et le contre des possibilités qui s'offraient à lui avant de finalement accepter qu'il existait quelque chose entre lui et Granger. Il ne savait pas quoi exactement, par contre. Ça avait été une pilule déjà bien assez dure à avaler, et Drago ne prendrait ce train de pensée que quand il n'aurait nulle part ailleurs où aller.

Tout était si soudain. Ou peut-être pas. Drago n'en savait rien, mais ce qu'il savait, c'était que tout cela avait évolué en douceur, et soudain – bam ! Enfin, ce n'était pas vrai. Tout s'était lentement construit. Il pouvait le voir avec beaucoup plus de clarté, à présent. C'était comme l'eau de pluie derrière un barrage en terre – inefficace. Ce n'était qu'une question de temps.

Il grogna intérieurement.

Ces temps-ci, toutes les pensées en rapport avec Hermione Granger induisaient des maux de tête aux proportions épiques, et ne pas être avec elle – bordel de merde. En un mois même pas, il était passé d'une ignorance bienheureuse à des prises de conscience intenses. Il était passé de vivre une vie sans heurts, à devoir s'accrocher à quelque chose en tenant bon. Et que Drago veuille bien l'admettre ou non, il était plus que frustré. Il était aussi un peu nerveux. Il n'avait jamais été dans une telle situation.

Mais il devait garder la tête froide. Il devait les sortir de cette situation. Il aurait été facile de céder à la panique, et une partie de lui le voulait. Drago avait peut-être perdu le contrôle avec ses oncles, mais il ne le perdrait pas dans cette 'situation Granger'. C'était juste une phase. Ça passerait. Il en était sûr.

Donc, pourquoi était-il là ?

Il ne pouvait répondre à cette question, et ça le fit froncer les sourcils. Il les fronçait aussi pour une autre raison : la vision de Granger.

Quand Drago était entré dans les bureaux des Briseurs de Maléfice, trente minutes plus tôt, il s'était attendu à trouver une personne ravagée et épuisée qui ne mangeait plus, mais il s'était retrouvé devant quelque chose de tout à fait différent. Elle avait l'air parfaitement bien, comme si rien n'était arrivé et qu'aujourd'hui était un autre de ces jours ordinaires. Mais rien de tout ceci n'était vrai.

Granger se tenait à l'extrémité de la longue table, agitant les mains en parlant aux treize autres personnes présentes dans la pièce tous griffonnaient des notes sur leur parchemin. Sa posture était autoritaire et confiante, et c'était ce qui l'avait le plus surpris. De temps à autre, quelqu'un disait quelque chose ou posait une question, et elle s'autorisait à sourire légèrement en se référant aux graphiques flottant de part et d'autre de son corps.

Drago se rendit compte qu'il admirait la façon dont elle tenait bon même quand tout s'écroulait autour d'elle.

Granger, remarqua-t-il, était habillée de manière totalement Moldue, mais c'était prévisible. La voir en robe de sorcier était très rare. Ce n'était pas parce que son patron les encourageait à porter des vêtements Moldus, moins restrictifs, quand ils n'étaient pas sur le terrain c'était parce qu'ils se donnaient habituellement rendez-vous dans des restaurants Moldus pour le déjeuner. Il devait toujours transformer sa robe pour se fondre dans la masse. Drago en était à remarquer avec réticence la longueur de sa jupe noire et la façon dont sa chemise bleu roi moulait parfaitement son corps, quand les personnes dans la pièce commencèrent à réunir leurs affaires et se lever de leur siège.

S'il voulait partir, c'était maintenant ou jamais.

La première personne sortit de la salle.

Maintenant. La seconde personne sortit, rapidement suivie par une troisième. Les quatrième et cinquième sortirent ensemble, bavardant. Elles le regardèrent avec stupeur avant que la sixième personne ne les entraîne avec elle. Pourquoi ses pieds ne bougeaient pas ? Drago soupira intérieurement. Peut-être que ses pieds ne bougeaient pas parce qu'il n'avait pas réellement l'intention de quitter ce lieu.

Eh bien, il emmerdait ce fait.

Drago se força à tourner les talons, et il était sur le point de faire le premier sacro-saint pas pour se sortir de ce foutu merdier quand il entendit : « Drago ? »

Putain de bordel de merde.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Un tas de gros mots faillit passer la barrière de ses lèvres, et son corps tout entier se raidit, mais il empêcha les mots de sortir et se tourna lentement vers Granger. Elle avait l'air contente mais étonnée de le voir. Du coin de l'œil, il pouvait voir la secrétaire les regarder attentivement et avec curiosité. Quelques-uns de ses 'étudiants' s'attardèrent, également, semblant hautement intéressés de voir ce qui allait sortir de sa bouche.

Drago se fichait pas mal de l'audience, et il se rendit vite compte que se rendre dans son bureau serait une mauvaise idée probablement la pire qu'il aurait jamais pu avoir. Merde, il ne savait même pas pourquoi il était là, pour commencer.

Ça ne commençait pas bien.

« Eh bien, Granger, je -

- Miss Granger, j'ai une dernière question concernant le protocole dans les situations d'urgence, » le coupa un sorcier blond à lunettes. Il avait ses notes à cinq centimètres du visage et un livre de protocoles de sécurité bloqué sous le bras. Il leva les yeux : « Oh, je vous ai interrompus ? » Avant que l'un d'eux ne puisse répondre, il reprit : « Je ne prendrai qu'un peu de votre temps, mais je suis curieux du nouveau système que vous avez créé. Bien qu'il soit brillant, » il émit un son bizarre qui oscillait entre un rire nerveux et un renâclement involontaire, « Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qu'il se passerait s'il y avait une urgence au Ministère. »

Une des sorcières restées en arrière se frappa le front de la paume de sa main, exaspérée, mais Drago voulait sincèrement remercier l'intello pour son intrusion. Il n'entendit pas la réponse d'Hermione, trop occupé à esquisser son mensonge, mais il eut conscience du sorcier qui finit par s'éloigner.

« Je suis désolée pour ça. On vient juste d'embaucher un groupe de nouveaux Briseurs de Maléfice et je leur donnais une introduction à la sécurité. Tu disais ?

- J'étais - »

Elle jeta un coup d'œil à sa montre. « J'ai une dernière réunion d'intégration dans à peu près deux heures, et ensuite - » ses yeux se voilèrent un moment avant qu'elle ne revienne sur terre. « Je vais prendre le déjeuner, et, enfin, si tu veux te joindre à moi, je pourrais profiter de la compagnie... » La voix de Granger s'éteignit, et elle releva les yeux après les avoir baissés.

Son esprit lui cria de dire non, mais Drago opta pour une autre réponse, haussant les épaules : « Très bien. »

Granger resta plantée là. « Eh bien… très bien, alors.

- D'accord. »

Mentalement, il essayait de discerner s'il s'imaginait le malaise ou si celui-ci était vraiment présent. Quand est-ce que les choses étaient devenues gênantes entre eux, au juste ? Bon, c'était une question plutôt stupide. Il y avait toujours eu des ombres de malaise, mais jamais à ce point manifestes. Il avait ses hypothèses quant au pourquoi, mais il se fichait bien de les vérifier tout de suite.

Granger sourit un peu et pour la première fois, il pouvait voir le stress qu'elle avait tenté de garder caché. Elle se tourna vers sa secrétaire : « Je reviens dans moins de deux heures, Callista. Prends tous mes appels, s'il te plaît. »

C'était donc ça son nom…

« Oui, Miss Granger. »

Elle se retourna vers lui : « Je dois aller prendre deux-trois trucs à mon bureau, tu m'accompagnes ? »

Une fois de plus, son esprit lui ordonna de partir, mais il ne le fit pas. Au lieu de cela, il hocha la tête et la suivit, passant devant les derniers étudiants, jusqu'à son bureau. Drago observa autour de lui. Son bureau était aussi simple et ennuyeux que sa maison. De là où il était, sur le palier, il pouvait voir les murs nus, l'âtre de la cheminée, le bureau bien rangé en face de lui, les trois étagères de bibliothèque derrière ce bureau, un meuble de rangement pour les dossiers dans le coin gauche, et une chaise à sa droite.

Et puis, Drago remarqua un cadre photo sur son bureau.

Il n'y avait rien de particulièrement saisissant avec ce cadre, juste qu'il était tourné vers lui. Bizarre. Il s'avança vers le bureau et regarda Granger. Elle marmonnait dans sa barbe, cherchant quelque chose dans le grand meuble de rangement.

Parfait. Elle ne verrait pas ce qu'il allait faire.

Il ramena son attention sur la photo et n'hésita pas avant de la soulever. Il ne fut pas surpris de voir qu'il s'agissait d'une photo d'un Matthew souriant et rieur, qui soufflait pour faire des bulles, mais Drago était surpris que Granger l'ait tournée de sorte qu'elle ne pouvait la voir lorsqu'elle était assise à son bureau.

Pourquoi ferait-elle ça ?

Il réfléchit. Peut-être qu'elle traversait une journée compliquée il ne la blâmerait certainement pas pour ça. Peut-être qu'elle était stressée Granger avait toutes les raisons de l'être. Peut-être – il cligna des yeux. Son inquiétude pour elle, ces derniers temps, était alarmante, même si justifiable.

Penser cela le secoua et il voulut remettre le cadre là où il l'avait pris, mais le garçon dans la photo capta son regard. Il avait déjà vu des photos de Matthew, avant, mais le sorcier ne put détourner les yeux. Le garçon ressemblait tellement à sa mère.

C'était presque troublant. C'était - « C'est sûrement l'une de mes préférées de lui. »

Surpris par l'interruption de Granger, Drago reposa la photo sur son bureau avec un peu trop de force, et fit volte-face. Et elle était – putain. Elle était juste là. Pas trop proche, mais assez proche. Plus proche qu'ils ne l'avaient été depuis des jours, et plus proche qu'il ne voulait qu'ils soient, en toute honnêteté.

Parce qu'il ne se sentait pas si confortable, proche d'elle comme ça.

La dernière fois qu'ils s'étaient trouvés ainsi, il n'avait pas su ce qui allait se passer. Au début, ils échangeaient des paroles sarcastiques. La pression entre eux était tangible. Drago ne savait pas pourquoi, mais il avait été en colère contre lui-même et de sa réaction face à ses oncles, même si ce n'était pas sa faute à elle. Il avait voulu lui faire mal avec ses mots, mais elle ne l'avait pas laissé faire.

Et Granger, eh bien, elle s'était approchée de trop près trop près des sources de sa colère.

Les peut-êtres leur volaient tout autour, sa colère à elle augmentait, l'horloge dans sa tête tournait, elle l'avait critiqué sur son attitude envers elle, et alors… quelque chose s'était passé.

Il n'avait même pas planifié d'aller chez elle ce soir-là. Il était rentré chez lui, avait savouré le silence pendant à peu près quinze minutes. Et puis il avait réalisé qu'il ne faisait que fixer les murs. Et il avait attrapé sa baguette, pris d'une impulsion, pour Transplaner chez elle, plutôt qu'une autre. Et il aurait donné n'importe quoi pour revenir en arrière et changer cet acte.

C'était la vraie raison pour laquelle il était là, dans son bureau, aujourd'hui.

Drago s'en était pris à elle ce soir-là. Il voulait se sentir mal à ce sujet, mais le malheur avait toujours adoré sa compagnie. Et il s'était retrouvé dans un état franchement misérable. Les paroles d'Arcturus, les prises de conscience, les menaces d'Emil, son point faible, sa perte de contrôle, toute cette journée, enterrer son père avec cette satanée pelle, et la voir elle en couleurs – il avait été jeté de force dans une situation injuste où il avait été injustement contraint de voir le monde différemment – de la voir elle différemment.

Et à la toute fin de sa tentative ratée de la blesser, quelque chose s'était passé. Drago avait mis ça, après coup, sur le compte de tout le reste, même de choses qui n'avaient aucun rapport.

Il était sur le point de craquer quand c'était arrivé. Drago n'était pas certain de ce que c'était, par contre. Tout ce qu'il savait, c'était que la tension s'était évaporée en laissant quelque chose derrière elle quelque chose qu'il ne pouvait expliquer quelque chose qui l'avait cloué et rendu muet. Drago se souvenait d'avoir respiré, mais plus que ça, il se souvenait de l'air qu'avait arboré Hermione. Elle était passée d'un air irrité à inquiet à… autre chose. Il se souvenait d'avoir vu le changement dans ses yeux, et se souvenait avoir pensé toutes sortes de choses absurdes.

Mais il y avait surtout eu une seconde vacillante où Drago avait pensé qu'elle allait le faire combler les quelques centimètres les séparant et… l'embrasser.

Néanmoins, ça n'avait pas été le problème, pas tout à fait. Oh, ne vous méprenez pas, c'était un problème un problème majeur, mais pas le plus gros. Non, friser le baiser n'avait pas été le problème qui lui secouait le cerveau depuis plusieurs jours. C'était tout à fait autre chose…

« Tu es prêt ? demanda-t-elle, le regardant curieusement en se reculant de lui. Il y a un restaurant sympa en bas de la rue. On y va à pied ? »

Ce qui avait réellement troublé Drago, c'était que pendant cette seconde, il avait envisagé l'idée de la laisser faire.

Et depuis qu'il avait réalisé ça, il avait été incapable d'agir comme d'habitude avec elle.

« Ça me va. » Il déglutit péniblement.

La promenade jusqu'au restaurant se fit en silence. Drago était perdu dans ses propres pensées et Granger réussissait à suivre son rythme sans tenir sa main. Pour ça, il lui en était reconnaissant. Les rues étaient à moitié vides, parce qu'il pleuvait, une fois encore juste un crachin. La vraie pluie n'allait pas tarder il en était sûr. On aurait dit que les nuages s'assombrissaient de plus en plus à chaque instant, et le ciel commençait à gronder.

Une journée comme les autres à Londres.

Le parapluie Moldu de Granger pendait à son bras, et quand cette chose bleu marine capta son regard, Drago abandonna toutes ses pensées dérangeantes pour lever les yeux au ciel. Il ne comprendrait jamais cet aspect d'Hermione. Elle était la sorcière la plus brillante de leur génération, mais parfois il se demandait si elle n'avait pas vécu trop longtemps parmi les Moldus. Les sorcières n'avaient pas besoin de babioles du style parapluies, mais il ne le lui dit pas.

La devanture du restaurant italien n'était pas très recherchée, juste un mur de briques et une enseigne un vrai trou sur la Grand Place, et pas engageant pour trois Noises. Malgré cela, il ne se demanda pas ce qui lui avait pris d'accepter son invitation à déjeuner. Étrange. Il était toujours méfiant quant aux choix de restaurants de Pansy, mais il avait confiance en ceux d'Hermione.

Et pour de bonnes raisons.

L'intérieur était différent, et son esprit lui rappela de ne jamais juger un livre par sa couverture. Il prit un air renfrogné, agacé. Il ne l'avait pas jugé, il avait simplement commenté le fait que l'extérieur était peu attrayant. Drago prit un instant pour observer autour de lui. C'était d'un charme désuet et plaisant. Il s'y était attendu.

Dès qu'Hermione donna son nom, la serveuse eut un grand sourire, l'accueillit chaleureusement, et lui demanda s'ils pouvaient patienter un instant pendant qu'ils préparaient sa table favorite. Drago l'observa. Les cheveux de Granger étaient humides et quand ils sécheraient, il était certain que cela ressemblerait à une crinière de lion. « Tu as droit à un traitement de faveur dans tous les restaurants du Londres Moldu ? »

Elle haussa les épaules. « J'ai beaucoup mangé ici quand je suis rentrée à Londres. Je me suis dit que ça serait un bon endroit pour manger aujourd'hui. Ils n'ont aucune idée de qui on est ou de pourquoi on ne devrait pas être là. Enfin, ensemble, je veux dire. »

Il admit à contrecœur qu'elle avait raison.

S'ils étaient allés sur le Chemin de Traverse, ils auraient fait leur journée aux médias. Il n'aimait pas ça, mais c'était la vérité. Les spéculations et les rumeurs auraient abondé pendant des jours, puis elles seraient redescendues à leur niveau habituel ; niveau auquel ils s'étaient accoutumés au fil des mois, depuis leur voyage à Paris et depuis qu'ils étaient devenus amis.

Quand la serveuse les fit asseoir dans un recoin du restaurant, elle prit leur commande de boisson et les laissa dans le silence. Quand elle revint avec leur consommation, il répondit aux questions de la femme de manière presque mécanique, tout en dévisageant Granger. Non, ils n'avaient pas encore décidé. Oui, ils comprenaient tout ce qu'il y avait sur le menu. Non, ils n'étaient pas intéressés par le Menu du Jour.

Quand elle repartit, Granger gigota, pianota des doigts sur la table, observa autour d'elle. A un moment, elle fixait la table si intensément qu'il souleva sa boisson de peur que la table ne soit réduite en cendres par son simple regard. Il était évident que quelque chose la tourmentait, de plus en plus à chaque seconde, mais elle était en train de le rendre fou.

Encore plus que d'habitude. « Écoute, Granger -

- Est-ce qu'on peut parler ? »

Pris de court, il cligna des yeux plusieurs fois avant de répondre : « Je te demande pardon ? »

Ce fut son tour de froncer les sourcils, l'air frustrée. « Je veux dire, est-ce qu'on peut parler pour de vrai ?

- On parle, là, » répondit-il. Quand il vit son visage s'assombrir, Drago se redressa sur sa chaise. « Très bien. S'il le faut.

- Je suis stressée, » laissa-t-elle échapper.

Tout à coup, Drago se sentit mal à l'aise. Enfin, plus que d'ordinaire. « Tu devrais peut-être en parler à Pansy - »

Granger fronça les sourcils. « Elle est déjà inquiète à mon sujet, et sincèrement, je ne veux pas avoir à confirmer ses angoisses.

- Je doute que je serai d'une quelconque aide.

- Tu m'as déjà aidée plus que tu ne le penses, » murmura-t-elle.

C'était drôle, une très minuscule partie de lui voulait lui dire la même chose.

« A propos de quoi es-tu stressée ?

- Ce soir. »

Sa réponse lui fit repenser à la soirée qu'il aurait aimé oublier.

Une pagaille avait explosé. Il ne se souvenait pas bien de tous les détails seulement qu'il avait été fou de rage pendant presque toute la durée. Weasley l'avait tenu responsable, comme toujours, Blaise s'était occupé de maintenir Pansy hors de la dispute, et lui avait fait en sorte de se retenir de jeter un sort au connard de rouquin et l'expédier dans le coma. Granger était restée plantée là, fixant le papier. Il se souvenait très bien de ça.

Drago se voyait comme un expert pour prédire ses réactions. Si ses réactions passées étaient toujours d'actualité, ce soir-là, deux d'entre elles auxquelles il s'était attendu après le choc initial ne s'étaient pas produites : avoir les jambes tremblantes et éclater en sanglots. Les larmes étaient pourtant presque garanties. Non, il ne les aimait toujours pas, mais il s'était attendu à ce qu'Hermione se perde dedans.

Mais il avait eu tort, sur ces deux prévisions.

Granger n'avait pas perdu l'équilibre, et elle n'avait pas éclaté en sanglots. Non, elle n'avait même pas craqué. Elle s'était, par contre, mise dans une colère incroyable et féroce.

« Ne le tiens pas pour responsable, Weasley ! » hurla Pansy violemment, Blaise la tenant en arrière.

Apollon était sur le canapé, miaulant à la mort comme s'il essayait d'attirer leur attention. Drago commença à deviner le point de vue de la brute, sans y croire. « Ce n'est pas -

- Ça pue le 'Malefoy' à plein nez !

- Oh, vraiment ? Ironisa Drago en croisant les bras.

- Oui ! Ça pue - »

Pansy grogna : « C'est n'est pas -

- Le bâtard manipulateur et sournois à plein nez -

- La ferme ! » cria Granger si fort qu'ils se bouchèrent tous aussitôt les oreilles. C'était donc de ça qu'essayait de les prévenir Apollon. Bordel. Le plus choquant, c'était qu'elle n'avait pas utilisé le sort Sonorus. « Ça suffit – les hurlements ça ne change rien, ça ne résout rien. Ça me complique juste la tâche de réussir à m'entendre penser.

- Mais -

- Ron ! Nous sommes adultes, pour l'amour de Merlin ! Agis comme tel !

- Il -

- Écoute, je me fiche de ce que tu penses de Drago. Déteste-le, pour tout ce que ça me fait, mais fais-le quand tu seras seul. Là tout de suite, ceci a l'air d'une menace et j'escompte concentrer toute mon attention dessus, et pas sur cette guerre du blâme que tu as lancée.

- Je »

Elle souleva le certificat de naissance. « Là maintenant, ce papier est plus important à mes yeux que ta rancune d'enfance. C'est plus important que toi. Et si tu n'arrives pas à l'accepter, alors tu ne peux décemment pas croire que nous serons de nouveau amis. » En voyant l'air meurtri sur le visage de la Belette, Granger s'adoucit légèrement : « Je sais que tu n'apprécies pas Drago, je suis sûre que c'est mutuel, » elle lança un regard sévère à Drago quand il grogna, « mais si tu pouvais dépasser ta haine envers lui assez longtemps pour m'aider, j'apprécierais vraiment. »

Ils n'entendirent ensuite que les ronronnements d'Apollon, mais alors il se passa une chose. Les yeux de Weasley perdirent leur agressivité. « Je suis désolé, » prononça-t-il comme si c'était les mots les plus durs qu'il ait jamais dû dire.

Granger sourit imperceptiblement, baissa les yeux sur le certificat, et fronça les sourcils. « Tu es pardonné… seulement si tu commences à agir de façon civilisée et que tu nous expliques ta journée en détail jusqu'à cette lettre. »

Weasley obtempéra lentement et la tension dans la pièce devint stagnante, mais pas la tension dans le cerveau de Drago. Il restait bloqué sur un mot qui se répétait encore et encore dans son esprit. Nous. Drago la regarda. Nous. Il fronça les sourcils. Nous. Qu'est-ce qui n'allait pas avec lui ?

Elle baissa les yeux sur le papier entre ses mains, avant de le tendre à Pansy. « Tu peux aller vérifier, qu'on soit sûrs que mon duplicata est ici. Je n'aime pas l'idée que quelqu'un ait pu potentiellement s'introduire chez moi.

- Ce n'est pas le cas, du moins je ne pense pas. J'ai essayé de t'envoyer ce courrier par Hibou, mais c'était impossible. Mon hibou n'a pas su te trouver, et je n'ai pas pu venir par Cheminée parce que nous ne sommes pas reliés, donc j'ai écrit à quelqu'un que tu connaissais. Parkinson. Blaise m'a donné rendez-vous au Ministère il y a quelques heures. »

Granger se tut un moment, en pleine réflexion, avant de hocher la tête. « Je veux quand même vérifier qu'il est ici. C'est dans la boîte avec le - »

Pansy l'interrompit gentiment : « Je sais.

- Tu es sûre qu'on devrait parler alors que -

- Drago n'a pas fait ça. » Après un regard qui en disait long dans sa direction, Hermione ajouta quelque chose qu'il fut le seul à entendre : « Il ne ferait pas ça. »

Pansy avait été la première à remarquer la note écrite à l'arrière du certificat de naissance.

'5 avril. Sept heures. Chaudron Baveur.'

Ce soir.

Il revint dans la conversation quand Granger lui dit : « Je ne sais honnêtement pas comment je vais réagir. »

Eh bien, heureusement, c'était quelque chose qu'il n'aurait pas à gérer. Blaise avait été choisi pour se rendre au rendez-vous avec elle. C'était l'ultime décision qu'ils avaient prise cette nuit-là après que la Belette soit parti et que Pansy se soit rendue dans la chambre d'amis de Granger pour dormir.

Blaise était le plus raisonnable du groupe. Pansy était trop émotionnelle. Drago avait besoin d'un répit temporaire de toute forme de drame, et Weasley n'était même pas une option envisageable. Il aurait pu recevoir cette enveloppe pour de nombreuses raisons et ils avaient passé des heures à spéculer dessus jusqu'à ce qu'elle conseille gentiment à Blaise, qui était épuisé, d'aller au lit. Il avait lentement gravi les marches pour aller rejoindre Pansy dans la chambre d'amis. Drago n'était pas sûr du temps qu'ils avaient passé assis dans son patio cette nuit-là, mais ils avaient parlé de tout et de rien, rien qui n'impliquât les événements de la journée. Fort heureusement.

La conversation s'était finie sur des phrases éparses. Apollon ronronnait de contentement sur les genoux de Granger. Il faisait froid, Drago était irrité, et il n'aimait pas forcément le chocolat chaud qu'elle lui avait préparé, mais il ne s'était pas plaint. Il n'était pas sûr de savoir pourquoi il n'était pas parti ou pourquoi elle ne lui avait pas juste dit de partir. Donc il était resté. Ce n'était pas comme s'il avait autre chose à faire.

Le soleil pointait à l'horizon quand il avait finalement pris congé pour rentrer chez lui.

« Je déteste être assise là à parler de... » Granger se tut.

Oh, elle était en train de parler ? Zut, il n'avait pas écouté, mais elle n'avait pas besoin de le savoir. Et elle n'avait pas besoin de savoir ce qui l'avait distrait, non plus. « Ça va aller. » Il ouvrit son menu et commença à sélectionner ce qui lui faisait envie.

Un peu embarrassée, elle lui demanda : « Comment tu vas, depuis ?

- Bien, répondit-il honnêtement.

- Et le raid ? J'ai su qu'ils avaient trouvé beaucoup d'objets de Magie Noir, mais est-ce qu'ils ont –

- Non, ils n'ont trouvé aucune de ses femmes disparues ni rien à propos de la femme d'Arcturus. Il n'en reste pas moins qu'avec tout ce qu'ils ont trouvé, il est bon pour un long séjour à Azkaban. Arcturus est ravi… enfin, autant qu'il puisse l'être dans cette situation. L'essentiel c'est que tout aille bien. »

Il pouvait sentir ses yeux sur lui quand elle dit : « C'est un soulagement, j'en suis sûre. Quand débute son procès ? »

Drago ne la regarda pas. « Je ne sais pas vraiment. Ce n'est pas une de mes affaires, pour des raisons évidentes. »

Et il en était plus que soulagé.

« Et Emil ?

- Arcturus a modifié ses souvenirs, lui a donné un job qui lui permettra de garder un œil sur lui, et l'a renvoyé chez lui.

- Et -

- Il est reparti ce matin, répondit-il automatiquement. Tu en as fini avec l'interrogatoire ? »

Elle s'excusa d'un air hésitant : « Je ne voulais pas que tu penses que c'était un interrogatoire. Je faisais juste la conversation… J'étais, disons, curieuse. Je ne t'ai pas vu depuis dix jours. »

Un peu stupéfait, Drago leva les yeux de son menu. « Tu comptais ? » Il se sentit bizarre.

Granger baissa la tête, haussa les épaules, et fit courir un doigt le long de son verre. « Je me suis juste habituée à te voir, c'est tout. C'est une mauvaise chose, dis-moi ? »

Drago ne répondit pas.


Partie Deux : Un pas.

Les attaques de panique étaient toujours un genre de paradoxe.

Hermione s'humecta la lèvre inférieure délibérément tout en essayant de contrôler sa respiration. En une heure, Blaise lui avait demandé deux fois si elle voulait un Philtre Calmant, mais elle avait refusé. Ils la fatiguaient, et elle voulait être en pleine possession de ses moyens pour ce qui s'annonçait. Ils se tenaient à l'entrée du Chaudron Baveur. L'inconvénient, c'était cette agitation démente, cette incapacité à tenir en place, les palpitations cardiaques, l'anxiété épouvantable, et l'hystérie pure qui allaient bon train dans sa tête.

Elle s'était réveillée ce matin-là prête à se battre contre quiconque avait osé envisager d'exploiter son fils décédé, mais ce zèle était rapidement retombé. Il avait tourné au malaise pendant le petit-déjeuner, à la nervosité pendant le déjeuner, et puis à la terreur absolue à peu près vingt minutes auparavant quand elle et Blaise s'étaient assis en silence dans un café Moldu.

L'angoisse s'était intensifiée pendant leur dernier déplacement, et depuis qu'ils étaient arrivés à destination, elle avait juste l'impression que quelqu'un lui avait injecté du plomb dans les jambes. En tout bon gentleman, Blaise tint la porte du Chaudron Baveur ouverte pour elle, mais Hermione se trouva incapable d'en franchir le seuil.

« Ça ne va pas ? » La voix profonde de Blaise fit lever la tête à Hermione, et elle croisa son regard inquiet.

« Je ne peux pas rentrer là-dedans.

- Qu'est-il arrivé à ton courage de Gryffondor ?

- Eh bien, il est toujours en réparation, comme tout le reste. »

Blaise laissa la porte se refermer et il posa ses mains sur les épaules d'Hermione. Il se pencha en avant, mais pas trop près. Assez bizarrement, se tenir tout près de Blaise était différent de se tenir tout près de Malefoy.

Ses yeux débordaient d'une détermination féroce quand il lui dit : « Personne ne saura pour Matthew, à moins que tu ne l'aies décidé. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour veiller à ce que cela n'arrive pas. Tu me crois ? » Et à cet instant, elle le crut réellement. « Je ne suis pas tout seul, non plus. Tu as à tes côtés un procureur, un Auror, une éditrice de magazines, et apparemment un joueur de Quidditch connu. Peu importe ce que cette personne dira ou fera, souviens-toi qu'il n'y a rien qu'un charme d'Oubliettes ne puisse régler. »

Hermione sourit malgré la boule dans son ventre. « Voilà des mots dignes d'un Serpentard. »

Il lui sourit et se recula pour lui rouvrir la porte. Elle fixa l'ouverture et prit une grande inspiration. C'était drôle comme marcher six pas était plus compliqué que courir un demi kilomètre sous la pluie. Comme elle ne faisait pas mine d'avancer vers l'intérieur du Chaudron Baveur, Blaise lui rappela : « Un pas à la fois. »

Oui. Un pas. Et c'en fut un hésitant. Le deuxième fut plus confiant. Les troisième et quatrième furent faits d'une traite. Et les cinquième et sixième furent plus faciles que ce qu'elle avait escompté. Très vite, Blaise alla parler à Tom tandis qu'Hermione observait autour d'elle. Elle avait l'impression que tous les yeux étaient braqués sur elle, mais ça n'était pas un fait extraordinaire. Heureusement, c'était un soir de semaine et, en conséquence, le lieu n'était pas bondé. Non que cela importait il y avait déjà plus qu'assez de paires d'yeux qui détaillaient chacun de ses mouvements.

« Hermione, » Blaise l'invita d'un geste à le rejoindre et elle s'avança vers lui, essayant de garder son sang-froid malgré la pression qu'elle subissait. Il posa une main sur son épaule et l'informa : « On nous attend dans la zone privée. Tom ne peut pas nous dire de qui il s'agit, mais il m'a assuré que personne ne nous dérangerait tant que nous serions là. Tu es prête ? »

Était-elle prête ? Assurément non, mais ça n'était pas important. Son estomac faisait encore des nœuds lorsqu'elle redressa les épaules et lui dit : « Je suis prête. »

Blaise lui sourit et les guida loin des yeux qui traînaient.

Sans toquer, il poussa pour elle la lourde porte en bois et elle s'introduisit dans la pièce. Ses yeux dardèrent la seule personne présente et sa bouche s'ouvrit sous le choc et l'incrédulité. Non.

Lavande.

Celle-ci leva les yeux, surprise par l'intrusion, et les pieds d'Hermione s'enracinèrent dans le sol. Lavande avait envoyé cette enveloppe à Ron. Lavande savait pour Matthew. Lavande avait manigancé tout le rendez-vous. Lavande.

Ça n'avait pas de sens.

« Oh ! Tu es là.

- Toi ? » dit Hermione, encore incrédule.

Où étaient les indices ? Hermione eut beau tout retourner dans son esprit, elle ne trouva rien de significatif. Elle n'avait pas pris la peine de garder contact avec elle après qu'elles se soient croisées des mois auparavant, mais elles n'avaient jamais été amies et les gens faisaient des promesses vides tout le temps. Ça n'avait pas de sens. Blaise ferma la porte derrière eux et cela sembla sortir tout le monde de sa transe.

Lavande ouvrit la bouche pour parler, mais un rire espiègle la coupa. Un rire d'enfant. Hermione avait été tellement concentrée sur son ancienne camarade de classe qu'elle n'avait même pas remarqué le petit garçon assis sur une chaise haute. Elle fit quelques pas vers la table. Chubby Chase.

Il avait bien grandi depuis qu'Hermione l'avait vu, mais il était toujours aussi mignon, potelet, et blond. Au moins il souriait cette fois. Il portait ce qui semblait être des cache-oreilles noirs. Hermione sut immédiatement de quoi il s'agissait. Elle en avait achetés à Matthew. Ils étaient ensorcelés pour bloquer tous les sons extérieurs, et ils jouaient de la musique, aussi.

« Hermione, je - » elle plissa les yeux, et demanda d'un ton curieux : « Zabini ? »

Quand sa mère se mit debout, Chase tourna la tête autour de lui d'un air intéressé et sourit. Ouvrant et fermant ses poings, il dit joyeusement : « Coucou. » Lavande posa son doigt sur ses lèvres, lui ordonnant de rester silencieux. Il l'imita, ajoutant un petit : « Chuut.

- Il ne peut pas nous entendre, ce qui est une bonne chose, dit finalement Lavande avant de croiser les mains. Je pense que nous devrions parler.

- Parler ? Rétorqua Hermione, croisant les bras de manière défensive. Tu veux sérieusement qu'on parle ? Tu es celle qui m'a envoyé cette enveloppe avec le certificat de naissance de mon fils ? »

Lavande défroissa les plis de sa jupe. « Oui, enfin - »

Hermione secoua la tête, riant tristement : « Tu sais, quand je t'ai vue en août dernier, je pensais que tu avais peut-être changé et mûri par rapport à la fouineuse obsédée des ragots que tu étais à l'école. Je pensais que peut-être que te marier et avoir un enfant t'avait fait grandir, mais maintenant je peux voir que tu n'as pas changé le moins du monde. »

Lavande eut l'air blessée par ses mots : « Ce n'est pas juste. »

Blaise tenta d'apaiser la situation : « Écoute Hermione, et si on - »

Elle répondit d'une voix ferme et grave : « Non.

- N'écoutait pas Blaise, » termina-t-il en chuchotant, mais Hermione était trop fâchée pour le regarder.

Chase se mit à faire un bruit rythmé. Instinctivement, les deux femmes se quittèrent du regard pour regarder le garçon, et elles purent voir Blaise s'installer à la table et prendre un petit Lego que Chase lui tendait. La tension dans la pièce s'amenuisa, légèrement. Lavande sourit doucement en voyant cela, avant de se retourner vers Hermione, dont les yeux s'attardèrent plus longtemps sur la scène.

« Hermione, on doit parler.

- Dis-moi juste ce que tu veux ?

- Rien ! s'exclama Lavande avec véhémence. Je ne veux rien de toi, Hermione ! Je suis une mère au foyer, et ma vie était un milliard de fois plus chouette il y a douze jours, crois-moi. Je ne suis plus dans les ragots. Je ne veux même pas être ici, et ton attitude me donne encore moins envie de l'être. »

Elle dévisagea Lavande d'un air dubitatif. « Comment as-tu mis la main dessus ?

- C'était un accident, en fait.

- De quoi parles-tu ? »

Le visage de Lavande s'adoucit un peu. « Je comprends pourquoi tu es si méfiante, vraiment. Si quelqu'un menaçait Chase, Seamus et moi ferions tout notre possible pour le protéger. » Elle fit une pause, pensive. « C'est normal que tu fasse la même chose pour le tien.

- Qu'est-ce que tu -

- Je ne suis pas là pour te faire du mal. Je ne suis pas là pour t'exploiter. Je me fiche de ton passé, mais je suis là pour t'aider. » Quand Hermione laissa tomber ses bras le long de son corps, Lavande en fit de même. « J'aurais aimé voir les signes quand je t'ai vue en août. J'aurais dû savoir que c'était pour ça que tu savais que Chase faisait ses dents. Tout s'explique, maintenant. » Elle posa sa main sur l'épaule d'Hermione. « Je ne savais pas que tu avais un fils. »

Le cœur d'Hermione se mit à tambouriner douloureusement. Elle regarda autour d'elle avant de croiser le regard de son ancienne camarade. Si cela s'était produit six mois auparavant, Hermione était sûre qu'elle aurait fondu en larmes. Là, il n'y en avait pas, mais la douleur au cœur était bien présente. Elle le serait toujours elle avait accepté ce fait. Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure quand elle dit : « Plus maintenant. »

La réaction de Lavande fut immédiate, comme elle s'y attendait : « Je ne peux imaginer ce que tu dois traverser je n'essaierai même pas.

- Il ne vaut mieux pas. »

Le visage de Lavande se fit soudain très sérieux. « Il faut qu'on parle, si tu es encline à m'écouter. » Quand Hermione acquiesça, elle poursuivit : « Je ne t'ai pas envoyé ce certificat de naissance pour te faire peur, mais je pense que ça a été le cas. Je suis désolée. Je l'ai envoyé pour te prévenir. Quelqu'un sait pour ton fils et veut le dévoiler, mais ce n'est pas moi. C'est Parvati. »

C'était ce qu'elle avait craint, et deviné.

Ça, ça avait un sens. Elle avait toutes les raisons de vouloir exploiter Matthew. L'article seul en ferait une riche et très célèbre journaliste. Mais Lavande - « Tu es sa meilleure amie. Pourquoi es-tu venue me dire quelque chose qui peut potentiellement ruiner sa carrière ? »

Elle soupira tristement. « J'aime Parvati, comme une sœur, mais elle a changé même Padma le dit. Elles étaient inséparables à Poudlard, mais ne se parlent même plus tu le savais ? »

Hermione secoua la tête.

« Padma s'est mariée avec Anthony Goldstein il y a deux ans, et Parvati n'est même pas venue à son mariage. Pourquoi ? Parce qu'elle était trop occupée à bosser sur un article et ne voulait pas être dérangée. Elles ne se sont pas parlé depuis. » Lavande semblait remuée. « Le boulot l'a bouffée, et j'ai essayé de la soutenir parce que c'est ce que sont censés faire les amis, mais je ne peux plus. » Elle essuya une larme de son œil et prit quelques secondes pour respirer. « C'était ma meilleure amie, mais je ne la reconnais plus, et ça me fait peur. Elle me fait peur, et je ne sais pas de quoi elle est capable. Quel genre de personne pourrait chercher à exploiter un enfant innocent et la seconde suivante être gaga du mien sans même cligner des yeux ? Je ne sais pas répondre, mais je sais que je ne veux pas de cette personne autour de mon enfant.

- Mais Rita Skeeter fait la même chose.

- Je sais, mais c'est différent. Avec Rita Skeeter, tu sais à quoi t'attendre. Tu sais qu'elle fait du sale boulot dès l'instant où tu la rencontres. Elle est ce qu'elle est, et à chacun de décider si c'est à prendre ou à laisser. Avec Parvati, impossible de savoir, alors qu'à une époque j'ai pu dire que je la connaissais mieux que personne. Je ne suis pas ici parce que je la déteste. J'ai toujours de l'affection pour elle, mais je ne resterai pas assise là à la regarder faire du mal à quelqu'un qui ne le mérite pas. Et elle peut me détester, je m'en fiche, je ne la laisserai pas cibler des personnes innocentes. Hors de question.

- Peut-être que vous pourriez vous asseoir, » leur dit Blaise depuis la table. Chase était occupé à tirer sur sa cravate d'un bleu électrique, curieux. Lavande se précipita pour lui faire lâcher prise, se répandant en excuses qu'il balaya de la main. « Pas la peine de s'en faire pour ça. La pièce est privée, pas vrai ?

- Oui, j'ai mis les sorts de protection moi-même, » répondit Lavande en s'asseyant. Chase bailla. Elle regarda Hermione, qui venait de prendre place en face d'elle, à côté de Blaise. « Mais, si tu veux en poser par toi-même, ne te gêne surtout pas. »

Et Blaise s'en occupa pendant qu'Hermione continuait la discussion : « Je suis désolée de t'avoir sauté dessus comme je l'ai fait. »

Lavande acquiesça.

« Maintenant, comment pouvons-nous être sûrs que tu nous dis la vérité ? Demanda Blaise.

- Hormis le fait que je ne mentirais pas à propos de quelque chose comme ça, vous ne pouvez pas. Vous allez devoir me croire sur parole, à moins que vous n'ayez d'autres alternatives.

- J'en ai. Du Veritaserum.

- J'avais le sentiment que tu dirais ça, » répondit-elle d'un air sombre en soulevant Chase hors de sa chaise haute. Elle la transforma en poussette, et l'installa dedans. Il bailla encore et passa rapidement d'éveillé à somnolent. Il tritura les cache-oreilles, mais n'arriva pas à les enlever. « Je ne suis pas très fan de cette potion depuis la Cinquième Année, mais si c'est ce que tu penses qu'il y a de mieux à faire, alors d'accord. »

Hermione regarda Blaise récupérer la petite fiole de sa poche. Elle posa sa main par-dessus. « Pas de potions.

- Ce n'est pas malin, Hermione.

- Je sais, mais, » elle planta son regard dans celui de Lavande, « Elle ne gagne rien à être ici. Pire, elle y perd. » Blaise consentit d'un signe de tête, et remit la fiole dans sa poche pendant qu'Hermione demandait à Lavande de tout reprendre depuis le début.

Et elle le fit.

« J'étais à l'appartement de Parvati pour dîner. Seamus allait au bar avec Dean, Terry, et quelques autres pour leur Soirée Entre Mecs – ou un truc comme ça. Elle n'avait pas vu Chase depuis un moment parce qu'elle était partie à l'étranger un temps. En Italie, je pense. »

Le cœur d'Hermione manqua un battement. « Elle a dit quelle région ?

- Venise, mais elle n'a pas été particulièrement causante sur son voyage.

- Combien de temps y est-elle restée ?

- Trois mois, je crois. Skeeter l'a renvoyée après l'affaire des photos truquées. »

Blaise et Hermione échangèrent un regard. Son esprit flottait, mais elle demanda : « Comment s'est passé le dîner ?

- Bien, au début. On aurait dit que l'Italie avait fait des merveilles sur son moral parce qu'elle avait l'air bien plus heureuse que quand elle était partie. Elle m'a demandé si je t'avais vue ou parlé depuis août, mais je n'ai pas tilté parce que c'était dit d'un ton tellement désinvolte. Je lui ai dit que non. Et alors, elle a reçu un appel par le réseau des Cheminées, dans l'autre pièce, elle n'a pas dit qui c'était, mais elle m'a dit que c'était pour les affaires et que ça ne durerait que quinze minutes. »

Hermione assimila toutes ses paroles. Elle avait presque oublié à quel point Lavande radotait, et si ça avait pu lui taper sur les nerfs par le passé, ce jour-là ça s'avérait très informateur, pour le moment en tout cas.

« Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Demanda Blaise.

- Chase a disparu. Le silence n'est pas un mot que j'utilise pour décrire la vie avec un bébé de quinze mois. » Hermione eut une moue d'approbation et Lavande eut l'air de ne pas savoir si elle devait sourire ou être compatissante. « Donc je me suis mise à sa recherche, et je l'ai trouvé dans le bureau de Parvati. »

Lavande regarda son fils à présent endormi avec amour.

« Ne vous méprenez pas. Je suis toujours aussi fouineuse qu'à l'école, mais je pense que c'est plus de la curiosité qu'autre chose. J'étais curieuse d'elle. On s'était éloignées depuis son renvoi. Elle était tellement furieuse. Sa crédibilité était boiteuse, personne ne voulait plus rien publier d'elle, et la Gazette du Sorcier l'avait traitée de boulet. Rien n'avait changé, donc je voulais savoir pourquoi elle, elle avait changé. Donc, j'ai commencé à fourrer mon nez. Je n'ai rien trouvé d'intéressant jusqu'à ce que je jette un coup d'œil à son bureau. Il y avait une photo de toi et Malefoy, assis dans un restaurant, ensemble. Tu regardais par la fenêtre et il te regardait plutôt intensément c'est à peu près tout ce dont je me souviens.

- Que- » Et elle se rappela alors que la photo n'avait absolument rien à voir avec le problème actuel, mais tout à voir avec un certain Malefoy. « Rien. »

Blaise et Lavande la regardèrent en fronçant les sourcils, mais Blaise intima à cette dernière de poursuivre.

« Oui, donc, j'ai pris la photo pour la regarder de plus près, et le certificat de naissance était juste en dessous, ainsi que tous ces documents et papiers te concernant, des articles sur Malefoy datant des dernières années, et des notes de ce qui semblait être un article sur lequel elle bossait. Et autre chose, il y avait des copies du certificat de naissance partout dans la pièce. Celui que je t'ai envoyé était un doublon, je pense. »

Hermione se redressa : « Quoi ?

- Certains n'avaient pas le nom du père écrit dessus, mais d'autres oui. J'en ai juste pris un qui n'avait pas le nom écrit dessus. » Lavande eut soudain l'air de nouveau mal à l'aise. Elle jeta un coup d'œil pour être sûre que son fils était endormi avant de demander : « As-tu mentionné le nom du père sur le certificat ?

- Non. »

Lavande baissa les yeux. « Alors je ne comprends pas.

- Comprendre quoi ? » demanda Blaise.

Lavande observa la table un moment avant de demander : « Drago Malefoy est-il le père de ton fils ? »

Hermione se moqua : « Bien sûr que non. Non seulement c'est absurde, mais c'est surtout impossible. »

La blonde semblait tenter d'assimiler tout ce qu'elle apprenait. « Oui, mais il fallait que je demande. Tu vois, son nom était contrefait sur certains des certificats. » La bouche d'Hermione tomba, sous le choc, et lentement, les pièces du puzzle s'assemblèrent dans sa tête. « J'en ai mis un dans ma poche, j'ai pris Chase dans les bras, et je suis allée lui dire que je partais. Il fallait que je sorte de là parce que, en toute honnêteté, je ne savais plus qui était ma meilleure amie, et je n'aimais pas la nouvelle personne qu'elle était devenue. Mais quand je suis allée lui dire que je partais, elle était toujours en ligne avec son interlocuteur.

- Tu as entendu une partie de la conversation ? questionna Blaise.

- Une partie seulement. Parvati disait à quelqu'un qu'elle ne se sentait pas de mêler Malefoy à la situation.

- Qu'est-ce que Drago a à voir avec ça ? » s'interrogea Blaise à voix haute.

Elle ne le dit pas ouvertement, mais c'était du Ginny tout craché. Hermione se morigéna de pointer illico Ginny du doigt, mais jusqu'à preuve du contraire, elle était le suspect le plus vraisemblable. Personne ne rêvait de changer la réalité plus que Ginny.

Et elle se préparait à avoir une conversation très compliquée avec Harry.

« Bon, on sait qu'elle n'a pas encore écrit l'article -

- Mais on ne sait pas quand elle le fera, non plus, insista Lavande.

- Avec un peu de chance, on aura tout ce qu'il nous faut pour l'arrêter avant que ça n'arrive, dit Hermione.

- Qu'est-ce qu'il nous faut ?

- On doit savoir avec qui elle travaille, et on doit trouver comment elle s'est procuré ce certificat de naissance. Vu que j'ai le mien et qu'il n'y a pas moyen qu'elle ait pu s'introduire chez moi sans que je le sache, elle a dû l'obtenir de l'hôpital où Matthew est né, conclut Hermione. Et pour avoir fait ça, elle a forcément dû faire quelque chose d'illégal, parce que les Moldus ne laissent pas les gens entrer et embarquer des archives. »

Blaise demanda à Lavande si c'était tout, et elle acquiesça vivement.

Hermione la remercia.

« On est censées déjeuner ensemble après-demain. Je pourrais fourrer un peu plus mon nez, et obtenir des informations pour toi. Je pourrais aider encore un peu, comme ça. Mais, c'est si tu veux. »

Un petit sourire naquit sur le visage d'Hermione. « Ce serait super, Lavande. Merci. »

Ils restèrent assis en silence pendant quelques minutes, tentant d'intégrer tout ce qu'il s'était passé en une heure. Blaise fut le premier à reprendre la parole : « Donc, Weasley n'a rien à voir avec tout ça ? Eh bien, Pansy me doit un massage. Elle était tellement sûre que c'était son plan diabolique. »

Lavande gloussa. « Je l'ai croisé le lendemain de ce repas chez Parvati. J'étais chez l'Apothicaire, pour acheter des potions à ma mère, et je l'ai vu entrer. On est toujours amis, mais je ne lui avais pas parlé depuis un bout de temps. Je t'ai mentionnée par hasard et son ton n'était plus le même que la dernière fois que j'avais dit t'avoir vue. Ron m'a dit que vous vous étiez réconciliés. Il m'a dit qu'il espérait que vous redeviendriez amis, un jour. »

Hermione resta sans voix.

« On est allés prendre une glace au Florean Fortescue's et il m'a parlé un peu, mais je sais qu'il préfère garder ça privé. Le fait est que je ne savais pas comment te faire parvenir l'avertissement ta Cheminée est privée, mes hiboux ne te trouvaient pas, ta maison est Intraçable, et ton bureau filtrait toutes les lettres extérieures que tu recevais. Donc, je l'ai envoyée à Ron de façon anonyme, en espérant qu'il te la ferait parvenir. Et il l'a fait. »

Hermione fut impressionnée par l'effort qu'elle avait fait. « Lavande, je ne sais vraiment pas quoi dire.

- Ne dis rien. Je sais que nous ne sommes pas les meilleures amies du monde, mais peut-être qu'on peut essayer, maintenant. »

Essayer. Eh bien, c'était un nouveau mot. Essayer. « D'accord, on peut essayer. »

Lavande eut un grand sourire qui s'estompa quand elle regarda sa montre. « Oh Merlin, il est presque neuf heures ! Je dois vraiment y aller. » Elle se leva et rassembla ses affaires. « Tu m'écriras ?

- Mieux que ça toi et Seamus accepteriez de venir dîner chez moi vendredi soir ? » Hermione se leva également et poursuivit : « Pansy et Drago seront là, aussi, et peut-être même Ron, mais je ne peux pas garantir -

- Ce serait génial. J'en parlerai avec Seamus, mais je suis sûr qu'il acceptera. » Lavande se tut puis gloussa : « Tu sais le plus drôle ? Je m'attendais à ce que tu viennes avec Malefoy, plutôt que Blaise Zabini. »

Hermione savait exactement pourquoi Lavande avait eu cette pensée. « Tu penses qu'on sort ensemble, hein ?

- Eh bien, oui, répondit-elle.

- En fait, non. »

Elle eut l'air stupéfaite. « Mais il y a tellement de photos de vous deux ensemble. Et la manière dont il te regarde… tu en es sûre ? »

Hermione ne répondit pas.


Partie Trois : L'Équipe A.

Pansy Parkinson était à exactement douze mots de se faire jeter un sort. Pas dix. Pas quinze. Douze.

L'agacement qu'elle avait causé chez Drago avait commencé peu après qu'il soit arrivé chez elle, endroit qui avait été désigné comme lieu de rendez-vous. Elle avait commenté le fait qu'il soit arrivé si tôt, et ces mots avaient eu le même effet qu'un coup de pistolet au départ d'une course. Il était pratiquement sûr qu'elle adorait l'agacer, parce que chaque fois qu'elle lui tapait sur les nerfs, son petit sourire s'agrandissait.

« J'ai su que tu avais déjeuné avec Hermione aujourd'hui. » Pansy arborait un sourire rayonnant.

Il la fusilla du regard. Il ne lui restait plus que neuf mots, déjà. « Et en quoi c'est ton problème ?

- Pas besoin d'être sur la défensive, Drago, je faisais simplement la remarque. »

Et à présent, elle avait dépassé son quota. « On dirait plutôt que tu te mêles de ce qui ne te regarde pas, maugréa-t-il.

- Eh bien, quelqu'un doit bien s'en mêler. Vous êtes tous les deux longs à la détente, et encore, c'est un euphémisme.

- Reste en-dehors de ça, lui rétorqua brutalement Drago, laissant finalement son irritation se voir. Ce ne sont pas tes oignons. »

Pansy haussa nonchalamment des épaules. « Peut-être, mais c'est carrément dur de faire abstraction d'un truc aussi flagrant, en permanence devant moi, et que vous ignorez totalement. » Il ouvrit la bouche pour objecter, mais elle leva la main et refusa de le laisser placer un mot. « Tu es dans le déni, Drago. Je le sais, tu le sais, Blaise le sait, ta mère le sait, et même Granger le sait – enfin, elle le sait depuis que je lui ai dit. »

Il pâlit. « Excuse-moi ? »

Pansy l'observa un moment avant de se lever et lui dire impunément : « J'ai dit à Hermione que tu avais des sentiments pour elle. »

Drago voulut l'étrangler. « Tu as fait quoi ? » C'était pour ça que tout était si gênant entre eux. La mâchoire serrée, il reprit : « Tu ferais mieux de retirer ce que tu lui as dit, Pansy, et tu ferais mieux de le faire aujourd'hui. »

Elle sembla insensible à sa colère. « Tu peux le nier, mais ce que tu ressens pour elle est putain de voyant. Elle te plaît, Drago. Tout a changé entre vous deux, et il était temps. Il est aussi temps que l'un de vous l'admette. Hermione, c'est mort, elle a failli avoir une crise de panique quand j'ai suggéré qu'elle ajoute le mot relation à son vocabulaire. Donc ça nous laisse… toi. »

Drago se mit debout et croisa les bras. Il en avait assez de toutes ces forces extérieures qui avaient l'air d'adorer faire des ravages dans sa vie. « Tu ne vas pas me forcer à faire quoi que ce soit, donc laisse tomber, et laisse tomber très vite. » Il amorça un pas pour s'éloigner, mais se retourna : « Et peut-être que Granger a failli avoir une crise de panique parce que tu la précipitais dans une chose pour laquelle elle n'était pas prête.

- Eh bien, si c'était le cas, pourquoi m'aurait-elle dit hier qu'elle ne prendrait pas mon conseil à la légère ?

- Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête. Je m'en fiche.

- Oh, tu t'en fiches ?

- Oui.

- Tu demandes toujours après elle quand elle n'est pas là. Si tu t'en fiches, alors pourquoi tu es allé la voir au boulot aujourd'hui ? Pourquoi – mais merde quoi, je connais la réponse à toutes ces questions et ce n'est pas que tu t'en fiches c'est que tu es attaché à elle, et pas qu'un peu. »

Drago fronça les sourcils. « Peu importe. Le fait est que tu n'as pas le droit de -

- Mens-moi, si ça te fait te sentir mieux, mais pour l'amour du ciel, arrête de te mentir à toi-même. »

Il ne répondit rien.

Si – et c'était un si très puissant – cette chose entre eux relevait de sentiments, Drago voulait que l'idiot qui les leur avait donnés les reprenne pour remboursement. Il voulait en être débarrassé le plus vite possible, parce qu'ils ne lui rendaient pas la vie plus facile. Il n'était pas prêt pour eux, il n'était pas prêt pour elle. Elle lui donnait la chair de poule de la pire des manières possibles, parce qu'elle ne le regardait jamais lui elle essayait de regarder à travers lui. Granger le mettait foutrement mal à l'aise comme s'il était un étranger dans son propre corps.

Blaise et Hermione Transplanèrent dans la pièce dans deux pops distincts, qui mirent fin à la discussion.

Blaise remarqua leur posture défensive et demanda : « Tout va bien ? »

Hermione marcha directement vers la Cheminée et appela l'idiot, Ronald Weasley.

« Pourquoi tu l'appelles ? Demanda Pansy d'un air renfrogné.

- Parce qu'on a besoin de lui. Et de toi. » Elle se tourna vers Drago et lui fit un de ces regards qui le convainquit qu'elle tentait de voir à travers lui. « Et de toi, aussi. »

Weasley débarqua de la cheminée un petit instant après et regarda autour de lui, perdu. Ses yeux rencontrèrent d'abord Hermione, et l'air renfrogné de Drago s'accentua quand il plaça une main sur son épaule, la pressant doucement. Il salua Blaise de manière décontractée, Pansy plus raidement, et ne salua tout simplement pas Drago ils se dévisagèrent un moment avant de rejoindre les autres à table.

Weasley prit le dernier siège à côté de Granger, tandis que Drago ramenait une chaise supplémentaire, perturbé.

Drago écouta Granger et Blaise raconter tout ce qu'il s'était passé plus tôt dans la soirée, mais il était très distrait. Comportement plutôt atypique, il ne parvenait à saisir que quelques bribes de conversation alors que la Belette semblait boire les paroles de Granger. Drago fronça les sourcils.

Il n'était pas surpris, pour Patil. Après tout, Pansy l'avait averti qu'un jour, quelqu'un irait en Italie fouiller dans le passé de Granger. Il n'eut pas le temps d'assimiler l'idée d'une seconde personne travaillant avec Parvati, parce que tout devint subitement très silencieux. Drago leva la tête et vit que tout le monde le regardait.

Weasley lui jeta un regard noir. « Pourquoi Malefoy ? »

Drago réalisa qu'il aurait peut-être dû écouter avec un peu plus d'attention.

Il s'adossa à sa chaise et demanda : « Pourquoi Malefoy, quoi ?

- Tu n'écoutais pas ? s'étrangla Pansy d'une voix hystérique. Parvati prévoit de falsifier ton nom sur le certificat de naissance de Matthew pour dire que tu es son père, et non Harry. »

Il se massa les tempes quatre fois dans le sens des aiguilles d'une montre, puis deux fois dans le sens inverse. « Granger, il faut que tu fasses une liste de toutes les personnes que tu t'es mises à dos. »

Weasley riposta immédiatement : « Si elle doit faire une liste, alors toi auss-

- Il ne s'agit pas de moi, crétin, il s'agit d'elle, grogna Drago en pointant Hermione, qui baissa un peu la tête. Elle s'est mis quelqu'un à dos très récemment. Et à en juger par sa tête, je pense qu'elle sait de qui il est question. »

Weasley reporta son attention sur Granger. « Qui ?

- Ta sœur, » répondit Drago avant qu'elle n'ait pu.

Weasley lui jeta un regard féroce : « Mais Ginny ne ferait pas -

- Je pense qu'on a tous compris que ta sœur n'était pas une princesse, répliqua-t-il. Même si je suis persuadé que Patil est allée en Italie et a trouvé le certificat, ta sœur – je ne sais pas comment – est impliquée. Elle est bien plus compétente que ce que toi ou Harry semblez penser.

- C'est ça, intervint Blaise. Potter. Il faut qu'on le recrute. »

Hermione se redressa. « J'ai déjà prévu d'avoir une discussion avec lui. Ils vivent ensemble, déclara-t-elle simplement. Il est la seule personne qui puisse découvrir si elle mijote quelque chose. »

La Belette sembla mal à l'aise. « C'est ma sœur. Je ne sais pas comment prendre -

- Tu sais où se trouve la Cheminée, lança Drago, et le rouquin le fusilla du regard. Ne te brûle pas le -

- Drago ! » s'exclama Hermione. Il n'éprouva aucun remords et la Belette eut l'air furieux. Elle secoua la tête et poursuivit : « On ne sait pas si c'est Ginny, avec exactitude. On sait juste qu'elle est suspecte. Si on mobilise Harry, on pourra éliminer Ginny, si et seulement si elle ne fait rien de soupçonneux. »

Elle était définitivement plus réactive et futée, ces jours-ci.

Weasley sembla pensif un moment avant de hocher la tête. « Je devrais lui parler. »

Drago prit appui sur sa chaise, se prenant le menton dans la main, pour réfléchir. Il y avait un petit détail concernant Potter et Granger que Weasley n'avait pas besoin de connaître. Drago n'avait jamais eu de problème pour lui parler. D'accord, la dernière fois qu'ils s'étaient entretenus, les choses avaient failli tourner vinaigre, mais si Weasley était là, il pourrait servir de tampon parfait. Après tout, ces deux idiots étaient sur un terrain glissant l'un avec l'autre et les chances qu'ils s'allient contre lui étaient proches de zéro.

Il fronça les sourcils. Merde.

« Même si ça me pèse de l'admettre, il se pourrait que j'aie une chance de convaincre Potter d'espionner sa petite amie.

- Toi ? Ricana Weasley.

- Oui, moi… et toi. » Il le dévisagea, et les yeux du roux faillirent sortir de leur orbite.

Pansy gloussa. « J'adorerais être une mouche sur le mur pendant cette conversation. »

Drago fronça les sourcils.

« Tu es sûr ? Demanda Granger, hésitante.

- Je bosse sur un dossier dont Potter est l'Auror en chef, et on a la réunion pré-procès vendredi prochain. C'est l'occasion parfaite pour lui mettre le grappin dessus. Si Weasley prévoit avec Potter -

- On vient tout juste de recommencer à s'adresser la parole.

- Et alors, où est le problème ?

- Je n'ai même pas encore accepté. »

Drago claqua des doigts d'impatience. « Alors accepte. Je n'ai pas toute la journée. Écoute, Weasley, je ne t'aime pas. Je ne t'ai jamais aimé et je ne t'aimerai jamais. Tu es irritant et à peu près aussi moralisateur que Potter, mais il ne s'agit pas de moi, et il ne s'agit pas de toi. » Il jeta un coup d'œil à Hermione qui semblait littéralement sidérée. Il avait trop développé. Putain de merde, il fallait qu'il aille plus vite. « Et, enfin, je ne veux pas que cet article sorte, pas plus que n'importe qui, donc si Potter est la clé, je suis de la partie. »

Weasley bougonna une minute avant d'accepter les dents serrées.

Granger sourit à Weasley et il finit par lui sourire en retour.

Drago fronça les sourcils. « Donc, pendant qu'on recrute Potter, qu'est-ce que vous allez faire, vous ?

- Je pars en Italie, » annonça Blaise.

Pansy poussa une exclamation et frappa son petit ami sur le bras. « Et tu n'allais pas me le dire ! »

Il lui sourit d'un air narquois. « Je viens de le faire, en fait. » Elle lui adressa un regard noir, ce qui le fit continuer : « Je pars pour une semaine, max. Je vais faire quelques recherches, voir si Parvati a utilisé la magie sur les Moldus pour obtenir le certificat de naissance de Matthew.

- Et comment tu comptes le prouver, exactement ?

- C'est illégal d'utiliser de la magie sur les Moldus, ou même près d'eux, comme vous le savez tous. Le Ministère est très sérieux quand il s'agit d'enquêter sur toute forme de magie utilisée dans leur environnement. C'est plus dur à faire sans la Trace, mais c'est vraiment facile de dire si on a modifié ou altéré la mémoire d'un Moldu, expliqua calmement Blaise.

- Et si tu ne trouves pas de preuve ? Demanda Pansy.

- On trouvera un autre moyen si et quand on y sera. »

Elle soupira et se tourna vers Hermione : « Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse ?

- Il faut que tu parles à Rita. Il faudrait que tu la convainques de garder un œil sur Parvati et de s'assurer qu'elle reste trop occupée pour pouvoir bosser sur son projet personnel. » Pansy accepta sans hésiter et un silence tomba. Il y avait beaucoup à faire, et si peu de temps. C'était légèrement suffocant.

Quand Drago demanda à Hermione ce qu'elle comptait faire, elle se leva de sa chaise et dit : « Me préparer. »

C'était légitime.

« Excusez-moi, j'ai besoin d'air. » Elle sortit du salon de Pansy pour aller dans sa véranda la porte se referma dans un petit claquement audible. Weasley se leva rapidement et la suivit. Il ne resta pas longtemps là-bas et leur dit au-revoir en revenant. Lui et Drago reprendraient contact, à leur plus grand désarroi mutuel.

Il fallut quatorze minutes pour qu'il se décide à laisser Blaise et Pansy dans leur discussion sur le voyage en Italie. Il se leva, défroissa sa robe, et s'excusa. Il avait besoin de sommeil. Il avait besoin de temps. Il avait besoin d'une pause pour bien considérer chaque chose. Pansy lui proposa de l'accompagner au salon, mais il supposa qu'elle essayait d'obtenir une réponse à sa question posée plus tôt.

Il n'était pas prêt à répondre.

Drago se tenait face à la cheminée, une poignée de poudre de Cheminette en main. Il avait l'impression d'être à un embranchement sur une route. Deux chemins s'offraient à lui. Il pouvait courir et tout ignorer jusqu'à nouvel ordre, ou il pouvait rester. Partir serait plus facile. Combien de fois comptait-il jouer cette bataille contre lui-même ?

Autant de fois que ça prendrait pour se débarrasser du problème, certainement ?

Et voilà, son esprit lui disait une chose et son corps décida d'en faire une autre.

Il se détourna brusquement et se dirigea vers la véranda de Pansy. C'était stupide. Il était stupide. Il n'était pas sûr de savoir s'il allait là pour vérifier que tout allait bien pour elle, ou s'il y allait pour lui-même. Toujours est-il qu'il était là, devant la porte vitrée, une poignée de poudre de Cheminette serrée au creux du poing, toujours indécis quant à la route qu'il comptait emprunter.

Granger semblait sonder le ciel pour y trouver les réponses à ses questions, et il se demanda si les réponses à ses propres questions y étaient, aussi. Elle avait croisé les bras sur sa poitrine, et ses épaules tremblaient légèrement, signe qu'elle avait froid. De son autre main, Drago saisit la poignée de la porte. A présent, il était réellement dans une impasse.

Poudre de Cheminette ou poignée de porte.

Granger tourna soudain la tête et lui fit signe de la rejoindre d'un air enthousiaste. Elle s'approcha pour venir à lui, et Drago se sentit bizarre quand elle ouvrit la porte vitrée entre eux avec tant d'aisance.

« Je ne peux pas croire que tu te sois porté volontaire pour faire équipe avec Ron.

- Peut-être qu'en faisant une séance de méditation profonde juste avant, on ne s'entre-tuera pas. »

Il était juste à moitié sérieux.

Granger eut l'air amusée. « Peut-être, mais merci quand même. Je sais que vous deux avez vos propres soucis... »

Drago observait actuellement son propre souci, mais il ne le lui dit pas.

Elle fit un pas de côté. « Tu viens ? »

C'était dur de se remémorer une époque où il n'était pas aussi mal à l'aise avec elle. « J'étais devant la cheminée. Je partais. » Il ouvrit la main pour prouver que oui, il partait réellement.

Les yeux de Granger se plissèrent de curiosité : « Alors, pourquoi tu n'es pas parti ? »

Drago ouvrit la bouche pour répondre, mais il s'étrangla avec ses mots.


Disclaimer: Le décor, les personnages, appartiennet à JK Rowling. L'histoire est d'inadaze22.

Bonsoir !

Voici un nouveau chapitre, moins d'une semaine avant le précédent, je crois que c'est un record pour moi x)

On peut tous remercier le confinement et mon petit ami, mes 2 grandes motivations :p Et je n'oublie bien sûr pas mes lectrices (lecteurs ?) qui me motivent sans relâche, à chaque chapitre. Merci Nedwige Stark, Alohomora, Eirhyal, NeverForgeett, Llew haul, Ivy, Constancelcd.

J'ai 2 chapitres traduits, il en reste 9 (il y en a 36 en tout, en plus du prologue). Et oui, on approche de la fin! J'escompte bien vous offrir tous ces chapitres d'ici la fin du mois de mai !

En attendant, j'espère que ce chapitre vous a plu. A bientôt. N'hésitez pas à me laisser un petit mot ;)

Bien à vous

little-Sniks