Chapitre 30 : Le marché

Avec du recul, ils avaient été stupides. Stupides de penser que ce plan fonctionnerait. Stupides de croire qu'ils parviendraient à pénétrer et puis à s'échapper de la prison la mieux gardée au monde. Stupides de penser qu'à eux seuls, ils seraient en mesure de déjouer en un tour de main parmi les membres les plus influents du Ministère de la magie alors que ces escrocs étaient passés à travers deux guerres en s'en tirant à chaque fois sans même une estafilade. Entre un mage noir mégalomaniaque et des fonctionnaires désabusés, il semblerait que le péril ne se trouva pas où on l'aurait soupçonné.

Par ailleurs, il leur apparaissait maintenant que ce n'était pas parce qu'un plan avait pour cosignataire le Sauveur du monde sorcier qu'il était garant de succès. Et à bien y réfléchir, toutes ces fois où ils étaient passés à un cheveu de la mort pour finalement s'en sortir in extremis n'étaient probablement qu'une série de bienheureux hasards relevant plus de la grâce divine que d'un réel talent. Et cette chance s'était encore étendue, un moment, du moins, à leur arrivée à Azkaban.

Ce matin-là, personne ne n'avait avisé Robert Griers, l'agent des services correctionnels en service à l'entrée de la prison, que des aurors arrivaient avec un nouveau détenu. Il avait cependant appuyé sur le bouton déclenchant l'ouverture de la large porte en fer en maugréant que, de toute manière, ce n'était pas vraiment surprenant puisque personne ne l'avisait jamais de rien et qu'il était pourtant un gardien au même titre que tous les autres. Mais parce qu'il travaillait de nuit et que depuis deux ans, on l'avait posté à l'admission, c'est-à-dire derrière un comptoir que quasi personne ne fréquentait aux heures où il y était affecté, on oubliait son existence.

On avait même oublié de l'inviter à la dernière fête des employés, pas qu'il y serait allé de toute manière, il en avait assez de croiser ses collègues au début et à la fin de son quart de travail, merci bien. Il n'avait certainement pas besoin de passer une soirée au pub à les voir renverser de la bière et poser leurs doigts graisseux d'avoir touchés à la pizza et aux frites, un peu partout sur la table. Mais tout de même.

Il avait poussé un soupir en jetant un regard à l'horloge accrochée au mur devant lui. Il était clair que l'idée de devoir remplir toute la paperasse requise pour l'admission d'un nouveau détenu, si près de la fin de son quart de travail, lui répugnait. Et ça avait sûrement aidé à faire en sorte qu'il ne pose pas trop de questions. À moins que ce fut son attitude habituelle, ce qui était également fort possible.

Bien entendu que ses sourcils s'étaient haussés en constatant l'identité de celui qui se tenait bien droit, le visage froid et indifférent, entre les deux aurors qu'il ne connaissait pas. Et bien entendu qu'il avait aussitôt jeté un coup d'œil vers la Gazette du sorcier de la veille qui traînait encore sur un coin de son bureau et où on pouvait voir sa photo en première page et, au-dessus de celle-ci, un titre en lettre majuscules : MALFOY EN CAVALE!

Mais la surprise avait été bien vite remplacée par l'urgence de débuter au plus tôt les procédures requises pour son admission. Dépasser d'une seule minute la fin de son quart de travail lui apparaissant comme une impossibilité à sa face même.

Hermione était nerveuse et tenait le bras de Lucius avec la poigne de celui qui tente de maîtriser un hippogriffe enragé. Ron, quant à lui, semblait calme et avait même tenté de blaguer avec le gardien, avec assez peu de succès. À trois pas derrière, Alice Stuart observait la scène sous la cape d'invisibilité appartenant à Harry. Pour le moment, le plan allait comme prévu.

Ils savaient déjà qu'ils ne pourraient avoir leur baguette à l'intérieur de la prison. En effet, pour éviter d'une façon absolue qu'une baguette tombe en la possession d'un détenu avec toutes les conséquences auxquelles on pourrait s'attendre que cela aurait, personne ne pouvait franchir les portes menant à l'intérieur de la prison avec une baguette magique. Pour s'en assurer, les portes avaient été enchantées pour détecter n'importe quel artéfact magique qui tenterait de les franchir. Une série de casiers sécurisés garnissaient donc les murs de l'entrée et quiconque désirait pénétrer plus loin dans l'établissement carcéral devait y laisser sa baguette.

Ils en avaient discuté et rediscuté à plusieurs reprises durant l'élaboration du plan. Draco et Narcissa avaient demandé s'il était possible de déjouer le sort apposé sur la porte, mais Alice avait répondu qu'elle ne croyait pas que ce le soit et qu'ils ne pourraient prendre la chance de le tester. Lucius avait pincé les lèvres, mais, pour une fois, n'avait rien dit. Ils étaient tous capables de lancer quelques sorts très basiques sans l'aide de leur baguette, mais un alohomora ou un accio de faible portée ne leur serait d'aucune aide face à quiconque maniant une baguette.

Et peut-être était-ce à cette réalisation qu'ils auraient dû s'arrêter et revoir leur plan. Mais en franchissant la porte les mains vides, ils s'étaient plutôt réjouis intérieurement de la progression jusqu'ici sans faute de leur mission.

Hermione n'avait jamais mis les pieds à Azkaban auparavant. Évidemment, elle n'avait eu, jusqu'à présent, aucune raison de le faire. Elle savait pourtant presque tout de l'histoire de la seule prison sorcière du Royaume-Uni. Elle savait également tout de la réforme qui avait été instaurée suivant la deuxième guerre du monde sorcier, des lois adoptées pour assurer la dignité et un traitement civilisé et humain de ses détenus.

Bien sûr, il n'y avait plus de détraqueurs qui gardaient l'endroit depuis quelques années et par les fenêtres protégées par des barreaux de métal, elle pouvait même apercevoir une cour intérieure, des arbres et un terrain de foot, désert pour le moment. Elle peinait à imaginer Lucius Malfoy ou, à bien y penser, n'importe lequel des autres mangemorts emprisonnés en ces murs, s'adonnant à ce genre d'activité. L'idée était absurde même.

L'apathique agent qui avait procédé à l'admission de Lucius avait eu tôt fait de les mener jusqu'au bout du long couloir qui menait jusqu'à une deuxième porte qui donnait cette fois sur la partie de la prison à laquelle les détenus avaient accès.

Une agente était assise près de la porte, le nez plongé dans un roman posé sur le bureau devant elle. Elle leva les yeux vers eux et si elle reconnut Lucius, rien ne le laissa paraître puisqu'aucune émotion ne passa sur son visage. Son regard s'attarda davantage sur Ron et Hermione. Hermione crut y percevoir une once de quelque chose s'apparentant de près à du dégoût ou, du moins, à une assurance de sa propre supériorité. Ce n'était pas sans rappeler les regards que leur avait jeté Draco tout au long de leurs études à Poudlard, à bien y penser. Mais, évidemment, ce n'était pas le moment de faire un tel genre de remarque.

-Formulaire, avait dit l'agente en direction de Ron qui, pendant un instant avait été pris au dépourvu par la brusquerie de son interlocutrice et avait semblé oublier qu'il tenait entre ses mains le formulaire d'admission de Lucius.

Sans même prendre la peine de répéter l'unique mot qu'elle venait de prononcer, l'agente s'était contentée de soupirer et de pointer d'un geste las le document que Ron tenait entre ses doigts.

-Ah! Oui! Le… le formulaire! s'était exclamé Ron un peu trop fort en tendant maladroitement la liasse de feuilles qu'il était parvenu à froisser en moins de cinq minutes.

Lucius lui avait jeté un regard dédaigneux et il ne s'agissait sans doute pas là d'un jeu d'acteur.

C'est alors que les choses s'étaient un peu compliquées. En effet, c'était normalement à ce moment-là que les aurors laissaient leurs détenus à la charge de la prison et quittaient, ne pénétrant pas plus avant dans la prison. Mais encore là, ce n'était rien qu'ils n'avaient déjà prévus. Non, c'était plus tard que les réels problèmes étaient survenus. Non pas ceux qu'ils avaient prévus, mais bien ceux qu'ils auraient sans doute dû prévoir.

-Vous pouvez quitter, je m'en charge, avait répondu la gardienne en esquissant un geste de la main signifiant aux deux aurors qu'ils pouvaient retourner d'où ils venaient.

-Non! s'était exclamée Hermione avec un peu trop d'empressement.

Ron s'était retenu de lui faire les gros yeux devant son manque de subtilité.

-C'est que… c'est une nouvelle recrue, était intervenu Ron en désignant Hermione. Je voulais qu'elle voie un peu de quoi la prison avait l'air.

L'air de dégoût s'intensifia sur le visage de l'agente des services correctionnels à cette mention et Hermione se demanda si c'était lié à la mention de son statut de nouvelle recrue ou à l'idée de devoir leur faire faire une visite guidée ou les deux. Mais la femme ne s'y était pas objectée, se contentant de se lever de derrière son bureau et de soupirer en déverrouillant avec une lenteur calculée la porte constituée de barreaux de métal et menant à l'intérieur de la prison.

-Charmante, avait murmuré Lucius entre ses dents pour que seule Hermione l'entende, mais celle-ci l'avait ignoré.

Si jusqu'ici les couloirs avaient été vides de gens, bientôt, ils s'étaient mis à croiser des agents qui les saluèrent d'un signe de tête ou d'un mot ou deux. Le jour se levait à peine et les détenus étaient encore dans leurs cellules. Ils croisèrent cependant un petit groupe qui marchait en direction des cuisines, escorté de deux gardiens. Se devait sans doute être l'équipe en charge de la préparation des repas.

L'un d'eux avait la moitié du visage recouvert de tatouages, mais les autres, outre le fait qu'ils portaient l'uniforme de la prison, avaient une apparence tout à fait ordinaire. Rien n'aurait pu laisser penser, s'ils les avaient croisés dans un autre contexte, qu'ils étaient des criminels suffisamment dangereux ou ayant commis des crimes suffisamment graves pour être emprisonnés à Azkaban.

Bien vite, ils étaient arrivés à nouveau devant une autre porte, plus grande gardée par un jeune homme aux cheveux longs et noués en un chignon serré. Il s'était levé en les voyant approcher et tout sourire.

-Ah! Vous êtes matinal pour une visite! s'était-il exclamé après que sa collègue lui ait expliqué la raison pour laquelle ils l'accompagnaient.

Il s'était ensuite tourné vers Lucius.

-Déjà de retour parmi nous, monsieur Malfoy?

Et le ton avec lequel il avait dit cela ne permettait pas de savoir si c'était par dérision envers le prisonnier ou simplement par politesse et Hermione eu tendance à penser que c'était le second. Lucius ne répondit rien, en apparence toujours imperceptible.

Le jeune gardien avait haussé les épaules devant le silence de l'homme et s'était tourné vers Hermione en souriant.

-Habituellement, tout le monde aime me parler, mais faut croire que je ne fais pas le même effet à tous, s'était-il moqué.

La gardienne qui les accompagnait avait levé les yeux au ciel.

-La porte, avant que mon quart de travail ne se termine, avait-elle soupiré.

Il lui avait lancé un regard circonspect.

-Tu ne viens pas juste de débuter?

-Oui, justement.

Il était parti dans un grand éclat de rire comme si elle venait de lui faire la blague du siècle, ignorant volontairement ou pas la pique qu'elle lui avait lancé par le fait même. Mais il s'était néanmoins détourné d'Hermione pour s'attarder sur la porte de métal, faisant glisser l'une des clés du trousseau qui pendait à sa ceinture dans la serrure.

Lorsqu'il avait ouvert la porte, Hermione avait été étonnée de voir qu'elle ne donnait non pas sur une autre aile de la prison, comme elle l'avait présupposée, mais sur l'extérieur. Le vent s'était aussitôt engouffré dans le couloir avec une force surprenante, tout comme le bruit de frappement des vagues qui se fracassaient sur les rochers entourant les fondations de la prison.

Pourquoi une porte donnait-elle directement sur l'extérieur? Cela semblait pour le moins dangereux pour les évasions, malgré la violence de la mer, des évasions désespérées s'étaient déjà vues réussir dans des contextes plus périlleux encore.

À l'extérieur, ils s'étaient retrouvés sur une sorte de terrasse en pierres. Aussitôt, le jeune gardien avait refermé la porte derrière eux après avoir salué Hermione une dernière fois. La mer éclaboussait le sol et le rendait glissant par endroit. Devant eux, une petite cabane, assez grande pour accueillir une seule personne, abritait un garde qui les avait regardé approcher sans en sortir.

Hermione s'était apprêtée à demander ce qu'ils faisaient ici lorsque leur guide les avait enjoint de s'approcher. Devant eux, une plateforme dépourvue de rambarde lévitait à quelques centimètres du sol. L'agente se tourna vers eux, l'ombre d'un sourire sur les lèvres en constatant l'incertitude peinte sur le visage d'Hermione. Elle les invita à prendre place sur ladite plateforme et ferma la marche.

-Une nouveauté, les détraqueurs n'avaient pas besoin d'ascenseur eux, dit l'agente en pointant le mur extérieur de la prison qui s'élevait à une altitude impressionnante et qui était ponctué, à chaque étage, d'une large porte en fer.

Hermione avait senti son cœur se serrer en comprenant ce qui allait se produire. Évidemment, la seule explication que la gardienne avait choisi de lui donner depuis qu'ils avaient pénétré dans la prison était celle-ci.

Sans attendre, l'agente avait fait signe à celui qui se tenait toujours assis dans sa cabane et la plateforme s'était élevée rapidement vers le ciel. Le regard d'Hermione, lui, était rivé sur le sol, les vagues, les rochers, qui s'éloignaient à une vitesse folle. Elle fut tenter de fermer les yeux, mais se retint, le cœur au bord des lèvres, s'agrippant malgré elle un peu plus fortement au bras de Lucius Malfoy.

Et puis c'est là que tout était parti en vrille.

La plateforme s'était arrêtée devant la porte menant à l'étage où devait être détenu Lucius et à peine avaient-ils franchi le seuil qu'un sort avait fusé à quelques centimètres à peine de Ron pour atteindre la gardienne qui les avait accompagnés jusque-là. Elle s'effondra sur place, stupéfixée.

Devant eux se tenaient six personnes dont quatre qu'Hermione reconnut aussitôt puisque deux étaient membres du magenmagot, Tiberius Ogden et Peneloppe Schutte, et que les deux autres étaient des aurors qu'elle avait croisé dans divers évènements sociaux, Paul Travers et George Fox. Les deux autres qu'elle ne connaissait pas avaient chacun leur baguette pointée sur eux, tout comme Travers et Fox. Mais elle se doutait que tous devaient être armés.

Derrière eux, la porte finissait de se refermer, leur barrant la route, devant, il n'y avait qu'un long couloir ponctué de portes de cellules numérotées et leurs assaillants. Aucune possibilité de fuir ni même de se cacher. Comment les avaient-ils trouvés?

Ron fit mine de se positionner devant elle, mais l'un de ceux qui les menaçait de sa baguette leur jappa de ne pas bouger. Si les gens du ministère étaient parvenus jusqu'ici cela signifiait-il que le personnel de la prison était de mèche? Et si c'était le cas, pourquoi s'en être pris à cette agente?

Hermione jeta un regard vers la gardienne, mais elle était toujours inconsciente sur le sol, les yeux figés dans une expression de stupeur. Non, si le personnel de la prison avait été au courant, ils ne s'en seraient pas pris à elle de la sorte.

C'est alors que Lucius Malfoy avança vers eux.

-Qu'est-ce que vous… commença Hermione, mais elle s'interrompit alors que Tiberius Ogden se mit à parler de son habituelle voix tonitruante et du ton autoritaire de celui qui a présidé des audiences criminelles pour la plus grande partie de sa vie.

-Où est le contrat, Lucius? demanda-t-il sans préambule.

Hermione se tourna aussitôt vers le père de Draco qui ne semblait nullement surprit de la tournure actuelle des événements.

-En sécurité.

-Espèce d'enfoiré! s'écria Hermione avec rage, mais Lucius ne lui jeta pas même un regard et Ron, qui sembla comprendre en même temps qu'elle qu'ils venaient de se faire trahir poussa un juron.


C'était lors de cette première nuit à l'appartement appartenant à l'amie moldue de l'auror Stuart que Lucius avait pris sa décision. Après la discussion qu'il avait eue avec Narcissa, après s'être levé au milieu de la nuit pour aller à la salle de bain, après avoir jeté un œil vers le salon, vers les deux silhouettes immobiles, toutes deux couchées sur un matelas posé par terre, le canapé maintenant déserté.

Il avait réellement cru perdre Draco lors de l'accident de voiture. Pendant un moment, il avait été certain que son fils était mort, parce qu'aussi petit qu'était son savoir le monde moldu, il en connaissait suffisamment pour savoir qu'ils se tuaient sans cesse dans des accidents de la route. Il avait donc ressenti la mort de son fils pendant de longues minutes, ça avait été réel pendant quelques instants et cela lui avait suffi.

Il ne mettrait pas la vie de son fils entre les mains maladroites de gens en qui il n'avait absolument pas confiance et dans un plan aussi absurde que risqué.

Les jours qui avaient suivis, leurs discussions, l'élaboration dudit plan, n'avait fait que renforcer cette certitude. Personne ne lui demandait son avis et certainement pas Potter, qui peinait à le regarder plus de quelques instants. Était-ce à cause de ce qu'il avait un jour pour lui, un ennemi? Était-ce à cause de ce qu'il demeurerait toujours dans son esprit, un mangemort? Ou était-ce parce qu'il était le père de l'homme qui partageait sa vie et qu'il le haïssait pour tout ce qu'il lui avait subir?

Cette vie que Narcissa lui avait décrite, tant dans ses lettres que lors de leurs conversations, il savait qu'elle n'existerait jamais pour lui. Malgré les quelques tentatives de Narcissa pour animer les conversations lors des repas, Draco ne lui adressait la parole que lorsqu'il se devait de le faire par politesse et encore. La proximité de Harry n'y était certainement pas étrangère, en plus de tout le reste.

Par le biais d'appels vidéo, Hermione et Ron se joignaient à eux puisque ce seraient eux qui infiltreraient la prison moldu en compagnie d'Alice et, bien entendu, de Lucius. Ils préféraient communiquer de la sorte pour éviter d'attirer l'attention sur leur planque.

Draco se remettait avec lenteur de l'opération qu'il avait subi, privé des soins qu'il aurait pu recevoir à Sainte-Mangouste, il devait se contenter des potions que leur avait laissé l'ancienne médicomage de l'Ordre du Phénix. Quant à Lucius, la nature magique de la blessure subit avait fait en sorte qu'il avait pu être guéri presque aussi rapidement qu'elle avait été infligée. Néanmoins, une vilaine cicatrice déformait toujours son abdomen et il doutait qu'elle disparaisse un jour. Qu'importe, il était suffisamment remis pour ce à quoi il se préparait.

Deux jours après leur arrivée à l'appartement, en plein milieu de la nuit, il descendit l'escalier intérieur de l'immeuble, la baguette de Narcissa à la main et transplana avant même de poser le pied sur la dernière marche. Il apparut l'instant suivant sur le trottoir en face d'un hôtel et jeta rapidement un regard aux alentours avant de pénétrer dans l'établissement dont les vitres sales et l'éclairage au néon laissait présager du peu de raffinement de sa clientèle. C'était le genre d'hôtel qui loue ses chambres à l'heure et qui ne voit pas de touristes franchir ses portes, à moins qu'ils soient très égarés.

Une cloche tinta lorsqu'il poussa la porte et une femme d'un certain âge, assise derrière le comptoir de la réception, leva lentement le regard vers lui sans mot dire, une cigarette entre ses lèvres peintes en rose. Il s'approcha d'elle d'un pas assuré et lui murmura quelque chose qui la fit aussitôt se redresser et écarquiller les yeux. Elle lui tendit la clé d'une chambre et il la remercia du bout des lèvres, prenant la clé sans se retourner.

Cet hôtel et plus précisément, cette chambre, avait été l'un des accès au réseau de cheminette qu'avaient utilisé les mangemorts tout au long de la première et de la deuxième guerre du monde sorcier. Les aurors n'avaient jamais soupçonnés qu'un hôtel moldu de mauvaise réputation ait pu être employé ainsi par les serviteurs de Lord Voldemort. Et la somme rondelette qui avait été versé à l'établissement pour l'emploi de la chambre avait suffi à faire taire ces moldus stupides et avaricieux.

Personne ne s'était jamais rendu compte que souvent, les gens qui y pénétraient n'en ressortaient pas ou que certains en sortaient qui ne semblaient pas avoir passés par la réception. Cela n'avait en soi rien de vraiment étonnant puisque c'était le genre d'établissement où les moldus allaient et venaient en employant souvent pour sortir la porte donnant sur la ruelle plutôt que celle sur la rue où n'importe quel passant pouvait les identifier. Ce n'était pas le genre d'endroit où on souhaitait être reconnu.

La propriétaire de l'hôtel avait dû croire que les mangemorts étaient une organisation criminelle, ce qui n'était pas faux, tout bien considéré. Cela ne semblait pas lui déranger outre mesure, le reste de sa clientèle n'étant guère plus reluisante. Au moins, cette mafia payait toujours rubis sur l'ongle et ses membres ne faisaient jamais de dégât, sauf peut-être quelques traces de cendre sur le plancher.

Cela faisait cependant de nombreuses années qu'aucune membre de cette organisation n'était venu et elle avait peut-être cru qu'ils ne reviendraient plus. D'où sa surprise lorsque Lucius lui avait murmuré le mot de passe qu'ils avaient toujours employé pour indiquer à quel compte devait être porté la location de la chambre sans mentionner aucun nom ou soulever davantage de questions.

Il y avait bien des années qu'il n'avait pas vu cette chambre. Il n'avait jamais vraiment porté attention à la décoration et il ne le fit pas non plus en cet instant. Comme à chaque fois qu'il était venu en cet endroit, il se dirigea rapidement vers le foyer qui occupait plus de la moitié du mur faisant face au lit à l'édredon satiné et rose vif.

Il avait communiqué assez souvent avec le ministère de la magie, dans une autre vie, pour savoir comment le faire sans être retracé, du moins, si la conversation ne s'étendait pas. Celle-ci ne prit que quelques minutes et l'affaire fut réglée.

Il sortit ensuite par derrière, laissant la clé dans la chambre. De retour dans la rue, il transplana à quelques reprises pour s'assurer qu'il n'était pas suivi et lorsqu'il pénétra de nouveau dans l'appartement, ses autres occupants étaient toujours endormis.


Lucius les avait trahis. Mais pourquoi étaient-ils surpris? Ils n'auraient jamais dû lui faire confiance, un ex-mangemort, un homme qui, tout sa vie, n'avait fait passer ses propres intérêts avant ceux des autres et même de sa propre famille. À quoi s'étaient-ils attendus au juste? Et cette passivité avec laquelle il s'était soumis à ce plan plus que douteux, c'est là qu'ils auraient dû y voir clair.

Et maintenant ils étaient piégés, sans leur baguette et avec aucun moyen d'appeler quiconque en renfort. Hermione réfléchissait à toute allure, mais pour une rare fois dans sa vie, elle n'avait aucune idée de ce qu'ils pourraient faire pour s'en sortir. Et il y avait peut-être une limite, justement, au nombre de fois auquel on peut se sauver de situations désespérées. Peut-être avaient-ils atteint leur quota après tout ce qu'ils avaient vécu.

À ses côtés, Ron serrait les dents et scrutait les visages de leurs opposants, cherchant sans doute une faille lui aussi. Et cet auror qui avait retourné sa veste, qui les regardait avec cette esquisse de sourire aux lèvres, elle l'aurait frappé en plein visage pour lui enlever cet air arrogant.

-Nous nous étions entendus, tu amenais le contrat et en échange… insista Ogden.

-Le serment inviolable et puis tu auras le contrat, Tiberius, le coupa Lucius.

-Et eux? demanda Peneloppe Schutte en désignant du regard Hermione et Ron.

Hermione la dévisageait avec colère, cette femme était venue l'années précédente pour donner une conférence à la faculté de droit sorcier en tant que membre du magenmagot. Elle était dégoûtée de voir qu'une sommité dans le domaine de la justice pouvait être mêlée à une telle histoire. Ça n'avait malheureusement pas été une surprise d'apprendre que la corruption régnait encore au sein du ministère malgré la fin de la guerre, mais ce n'en était pas moins une déception.

-Rien qu'un sortilège d'oubliettes ne peut régler, répondit Lucius froidement.

La vieille femme pinça les lèvres, comme s'il s'agissait là d'une solution particulièrement répugnante.

Hermione perdit son sang-froid.

-VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT DE FAIRE ÇA! COMMENT POUVEZ-VOUS FAIRE UNE TELLE CHOSE? ET VOUS, MONSIEUR MALFOY, VOUS ALLEZ SACRIFIER DRACO? ENCORE? VOUS N'ÊTES QUE…

Mais la voix d'Hermione s'interrompit d'un coup lorsque la femme sortit agilement sa baguette de la poche de sa robe et lui jeta à elle et à Ron un sort de silence. Ogden se racla bruyamment la gorge et lorsqu'il parla, son débit était rapide, nerveux, il souhaitait clairement que cet échange se conclut au plus vite.

-Et l'autre… il n'est pas ici, dit Ogden en regardant stupidement aux alentours comme s'il était possible qu'il n'eut pas remarqué la présence d'une autre personne.

-Potter? J'ai déjà dit que je me chargerais de lui, répondit Lucius.

En entendant le nom de leur ami, Hermione et Ron échangèrent un regard choqué. Lucius allait se charger de Harry? Était-il réellement en train de sous-entendre ce qu'ils croyaient?

-Comment pouvez-vous nous assurer que ce sera fait, il s'agit tout de même de celui qui a défait Vous-savez-qui et vous pensez vraiment…

-Vous savez comme moi qu'il n'est plus le même, il est malade, et puis, ce sera compris dans le serment, ne pensez-vous pas que j'aurai intérêt à le mener à bien? trancha Malfoy. Potter a corrompu mon fils, Tiberius, ne pensez-vous pas que je ne me ferai pas une joie de me faire justice?

-Justement, Potter et votre fils sont ensemble depuis des années, comment pensez-vous que réagira votre fils? intervint Schutte.

-Mon fils fera ce que je lui dirai de faire, pour le bien et l'honneur de sa famille. Qui plus est, il n'en saura rien, Potter aura été la victime de son propre mal, une terrible tragédie, vraiment. Mais qui sera surpris d'apprendre qu'après tant d'horreurs, le Sauveur du monde sorcier en soit venu à une telle extrémité, considérant ses antécédents médicaux, qui plus est.

Hermione tenta de se jeter sur Lucius, mais Fox la vit et lança un sort dans sa direction, aussitôt, elle se retrouva ligotée aux poignets et aux chevilles et tomba à la renverse. Ron ne put l'attraper, car les liens magiques s'enroulèrent également autour de ses membres la seconde suivante.

-Il serait préférable de se débarrasser d'eux, dit George Fox en désignant Hermione et Ron de sa baguette.

Lucius fronça les sourcils aussitôt.

-Non, personne ne croira à cette histoire si les deux meilleurs amis de Potter disparaissent en même temps que lui! Nous devons faire en sorte qu'ils oublient ce qu'ils savent, ce ne devrait pas être trop difficile considérant qu'ils n'en savent pas trop, intervint Malfoy.

-Il a raison, dit Peneloppe Schutte en observant les deux sorciers ligotés.

-Bien, allons-y, qu'on en finisse, dit Ogden en commençant à retrousser sa manche avec empressement.

Plutôt que d'imiter Ogden et de s'approcher de lui pour accomplir le serment, Lucius se tourna alors en direction d'Hermione et de Ron et un air étrange passa sur son visage, comme s'il attendait qu'un quelque chose se produise. Hermione fronça les sourcils sans comprendre ce qui se passait. Et soudain, la baguette d'Ogden, qui était demeurée dans la poche intérieure de son trois-pièces fila dans l'air à la surprise de tous, passa entre Hermione et Ron et disparut. C'est alors que les deux plus jeunes comprirent ce qui venait de se passer : Alice.

L'élément de surprise figea les six sorciers adverses et Alice, toujours dissimulée sous la cape d'invisibilité, désarma l'un des deux sous-fifres qui n'avaient pas dit mot jusqu'ici. Rapidement, cependant, Peneloppe Schutte et Paul Travers jetèrent des sorts à l'aveuglette en direction de l'endroit où la baguette d'Ogden avait disparu. George Fox lança un sort de protection pour se couvrir ainsi que son oncle.

Tant bien que mal considérant leurs liens, Ron poussa Hermione contre le mur pour la protéger des sorts qui volaient de part et d'autre. Un éclat de pierre provenant du mur vola dans l'air et manqua de frapper Ron à la tête, mais il l'évita juste à temps. Ils se couchèrent au sol, tentant de se rendre moins facile à toucher. Ils sentirent quelque chose les frôler et comprirent que c'était Alice qui venait de se positionner devant eux pour les protéger.

L'instant suivant, Lucius se positionnait près d'eux également, il tenait une baguette qui devait être celle de l'homme qu'Alice avait désarmé. Il lança un sort de protection sur lequel rebondit un maléfice lancé par Peneloppe Schutte. Au deuxième assaut, le sort se fissura, mais tint bon. Les liens qui retenaient Ron et Hermione disparurent alors qu'Alice agitait sa baguette dans leur direction. Le sort de silence tomba au même moment.

-C'est quoi ce bordel? s'exclama aussitôt Ron, rouge de colère.

-Ce n'est vraiment pas le moment, Ron! intervint Alice en jetant un sort en direction de Fox, mais ce dernier frappa son bouclier magique dans un craquement.

Elle jura alors qu'un maléfice fit trembler le sol sous leurs pieds, manquant de les faire tomber.

-Tu es dans le coup? Tu étais au courant de… de tout ça? dit Hermione avec colère et incompréhension.

-Oui, mais comme je viens de dire, pas le moment! répondit Alice.

Lucius poussa un soupir d'effort en maintenant toujours son sort de protection.

-Je peux savoir ce qu'ils attendent? demanda-t-il en serrant les dents alors que son bouclier magique semblait sur le point de se rompre.

-Je ne sais pas! Il faut les retenir ici! répondit la voix d'Alice qui était toujours dissimulée sous la cape.

Hermione jeta un regard d'incompréhension à Ron, mais ce dernier semblait tout aussi confus. Et soudain, la porte par où ils étaient entrés quelques minutes auparavant s'ouvrit et quelqu'un cria, d'une voix forte et autoritaire : « AURORS! LÂCHEZ VOS BAGUETTES ET QUE PERSONNE NE BOUGE! ».


Note de l'auteur:

Chers lecteurs,

Tel que promis, même si cela a pris du temps, la suite de cette histoire qui tire à sa fin. En vous remerciant de lire et également, de commenter et de me suivre. J'espère que ce chapitre a su vous plaire.

Harley