Chapitre 31 : Fin

MÉNAGE AU MINISTÈRE : Fonctionnaires du ministère et aurors arrêtés!

Ce matin aux alentours de cinq heures, une arrestation massive de hauts placés du magenmagot et du ministère ainsi que de deux aurors s'est déroulée. C'est suivant une opération des aurors que les membres du ministère ont pu être appréhendés et mis en état d'arrestation pour corruption, complot et malversations.

Dans les minutes qui ont suivi, d'autres fonctionnaires du ministère, dont deux à la retraite ont également été mis en état d'arrestation pour des chefs d'accusation similaires. En tout, douze personnes ont été arrêtées, mais leurs identités n'ont pas encore été révélées à la presse pour ne pas nuire à l'enquête des aurors.

Nos sources affirment que toute cette histoire pourrait être mêlée au mandat d'arrestation qui a été lancé plus tôt cette semaine à l'encontre de Harry Potter et de plusieurs de ses proches. Le Survivant, héros ou criminel?

LE SURVIVANT LIBÉRÉ : HARRY POTTER ET SON AMANT INNOCENTÉS

L'avis de recherche qui avait été lancé contre Harry Potter et son amant, le mangemort repenti Draco Malfoy, ainsi que contre plusieurs autres de leurs proches a été officiellement annulé ce soir par le ministère de la magie.

Après les arrestations de la veille touchant plusieurs membres du magenmagot, dont Tiberius Ogden et Peneloppe Schrutte, ainsi que certaines autres fonctionnaires du ministère de la magie et deux aurors, c'est avec soulagement que la communauté sorcière d'Angleterre a pu voir être libéré son héros national, quelques heures après qu'il se fut rendu aux autorités en compagnie de Draco Malfoy.

Le ministre de la magie a annoncé dans un communiqué que toute l'affaire ne serait qu'un large complot dont les détails n'ont pas encore été divulgués. Néanmoins, nos sources ont pu nous informer qu'il s'agirait d'une histoire de corruption datant de la deuxième guerre du monde magique et qui impliquerait de près l'ex-mangemort, Lucius Malfoy. Ce dernier, qui avait obtenu sa libération conditionnelle dans les derniers mois et contre qui avait été émis un mandat d'arrestation suite à un bris de ses conditions dans un événement où il s'en serait prise à son épouse, Narcissa Malfoy, est de nouveau derrière les barreaux et, on l'espère, pour longtemps.

Lucius Malfoy a été déclaré coupable de nombreux crimes commis pendant la première et la deuxième guerre du monde sorcier, dont complot pour meurtre, voies de fait graves, extorsion et crime haineux. Tant monsieur Potter que son conjoint ont refusé tout commentaire à la presse.


-Est-ce que c'est toujours comme ça? demanda Draco, brisant le silence qui s'était installé entre eux depuis un moment déjà dans le salon du Square Grimmaurd.

Hermione, Ron et Harry se tournèrent vers lui d'un même mouvement. L'effet aurait pu être comique, mais Draco n'avait pas le cœur à rire.

-Après avoir remporté la mise et défait les méchants, je veux dire. Je demande, puisque j'ai passé sept ans de ma vie à vous voir faire et ça ne m'a jamais semblé aussi peu réjouissant, ajouta-t-il.

Ron jeta un regard furtif à Harry, ne sachant pas comment prendre Draco, mais ce dernier le vit et cela ne fit qu'amplifier l'agacement qu'il ressentait déjà et dont il ne pouvait expliquer la cause. Il se retint de lancer une pique à son ami, conscient qu'il ne le méritait pas et qu'il n'avait pas à lui faire subir sa mauvaise humeur. À la place, il se leva et annonça qu'il allait voir si Teddy s'était endormi, même s'il savait très bien que c'était le cas. Teddy s'endormait toujours en un instant ou presque et dormait si profondément que même si un géant secouait soudainement la maison, cela ne le réveillerait pas.

Il monta tout de même l'escalier menant au deuxième et pénétra à pas feutrés dans la chambre de celui qui était comme son fils. La lumière bleutée de la veilleuse en forme de dragon qui voletait paresseusement dans la pièce permettait de distinguer la silhouette de l'enfant endormi et du chiot pelotonné contre ses jambes. Ce dernier leva la tête en voyant Draco approcher, mais la reposa alors que Draco passait une main entre ses oreilles démesurées pour l'apaiser.

Comme souvent, Teddy dormait sur le ventre, une main posée près de sa tête sur son oreiller et Draco caressa doucement ses cheveux qui avaient été d'un rose vif toute la journée et posa un baiser dans les mèches folles.

Ça faisait un peu plus d'une semaine que leur vie était redevenue ce qu'elle était. Après la vague d'arrestations, les interrogatoires et finalement, la confirmation du bureau des Aurors et du procureur qu'ils étaient désormais disculpés de toute accusation, ils avaient pu enfin retrouver leur quotidien.

Draco fut surpris de constater à quel point la vieille demeure des Black lui avait manquée en y pénétrant de nouveau. Sa mère avait sûrement demandé à Mimi, son elfe de maison, de faire le ménage et de préparer la demeure pour leur retour puisque la maison était impeccable et que le garde-manger était rempli de plats conservés magiquement.

Teddy aussi avait été content de retrouver ses parents et sa maison. Malgré son jeune âge, il avait compris que quelque chose de grave s'était passé pour qu'il soit ainsi séparé d'eux et cela l'avait affecté puisque dans les premiers jours, il s'était montré émotif et ne les lâchait pas d'une semelle.

Durant les deux premiers jours, ils étaient restés à la maison, les trois ensembles. Ils n'avaient eu envie de parler à personne, ne souhaitant que se retrouver. Le troisième jour, Pansy et Daphnée s'étaient présentées à la porte de leur domicile. Elles avaient pris un portoloin dès qu'elles avaient été mises au courant de la situation en lisant les journaux et Draco avait bien dû les faire entrer et leur raconter toute l'histoire. Elles avaient annoncé qu'elles resteraient encore une semaine en Angleterre et Draco n'était pas dupe, il savait que c'était pour être là pour lui. Et il les en remercia.

Puis, la vie avait repris son cours. Son père étant désormais de retour en prison, Narcissa vivait de nouveau seule au manoir et Draco y ramena ses chevaux, tant pour lui que pour elle. Il s'y rendait quotidiennement, la majorité du temps avec Teddy qui était enthousiaste à l'idée de retrouver son poney. Narcissa se rendait également à l'écurie, pansant et même, montant Blossom, en même temps qu'eux s'occupaient de leurs chevaux. Draco savait que c'était pour être avec eux plutôt que par une soudaine passion pour les chevaux, mais ça n'avait, au fond, pas d'importance. Il était également heureux de passer du temps avec sa mère.

Harry avait repris son suivi avec sa psychomage et, étonnamment, malgré toute cette situation, il se portait bien. Il n'avait évidemment pas repris ses études, mais il sortait, accompagnant même parfois Draco à l'écurie. Il s'était mis en tête de revamper la minuscule cour arrière du Square Grimmaurd et qui n'avait été jusqu'ici qu'un rectangle de pelouse entouré d'une clôture et de quelques buissons. Il y passait donc la majeure partie de ses après-midis, allant et venant entre le manoir où Narcissa l'avait invité à se servir dans les innombrables plantes des jardins et leur maison.

Malgré tout cela, Draco sentait que quelque chose avait changé. Évidemment, une telle histoire ne pouvait laisser inchangé les personnes qui y avaient été mêlées. Par ailleurs, il ne pouvait affirmer que, jusque-là, sa vie avait été un long fleuve tranquille. En fait, comparativement à tout ce qu'il avait vécu précédemment, cette histoire était loin d'être la pire chose qui lui soit arrivée. Mais cela ne changeait pas ce qu'il ressentait. Et ce qui le troublait c'était qu'il lui semblait être le seul qui fut autant affecté.

Bien entendu, Ron, Hermione et Harry étaient secoués. La mort de Matthew Holloway les avait également attristés. Ron n'avait pas encore recommencé son stage, mais son retour au bureau était prévu pour dans une semaine. Hermione avait presque immédiatement recommencé ses études, elle, disant que c'était ce dont elle avait besoin. Mais leur humeur était celle que Draco leur connaissait, tandis que lui se sentait à fleur de peau constamment.

Il faisait tout pour dissimuler son humeur, pour se contenir, pour se montrer patient envers Teddy, mais cela lui demandait toute son énergie. Et le pire dans tout cela, c'était qu'il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il se sentait ainsi. En fait, il n'arrivait même pas à mettre un mot sur ce qu'il ressentait. C'était comme si des milliers de fourmis marchaient sous sa peau, c'était de l'agacement, de la fébrilité et une sorte de tristesse latente. Il se réveillait ainsi et peinait à trouver le sommeil la nuit venue, tournant et retournant dans son lit. C'était tout bonnement insupportable.

Bien entendu, Harry s'était aperçu de la situation et il avait tenté de se montrer réconfortant, avenant, mais Draco ne savait pas quoi répondre lorsqu'il lui demandait comment il allait. Lui-même ne le savait pas.

Lorsque Harry avait suggéré d'inviter Ron et Hermione pour le diner, Draco avait accepté, pensant que ce serait une bonne distraction et que Teddy serait ravi de les voir. Cependant, alors que la soirée s'étirait, il avait bien dû se rendre à l'évidence, la distraction n'avait été que de courte durée et à peine le repas principal terminé, les fourmis avaient recommencé leur marche infernale.

Il soupira et, jetant un dernier regard à Teddy, quitta sa chambre. Dans le couloir, il réalise qu'il n'avait aucune envie de retourner au premier pour rejoindre les autres. Une grincement attira son attention et il vit que Harry gravissait l'escalier, approchant d'un pas lent.

-Il dort?

-Il dort, répondit Draco.

-Ils sont partis, ils m'ont demandé de te faire leurs salutations, dit Harry en arrivant à ses côtés.

Doucement, il prit sa main dans la sienne.

-J'aurais pu descendre leur dire aurevoir, je ne veux pas qu'ils pensent que…

-Non, ils comprennent.

Draco fronça légèrement les sourcils, serrant un peu plus fort la main de son petit-ami. « Ils comprennent »? Comment pouvaient-ils comprendre alors que lui-même n'y arrivait pas? Et que pensaient-ils comprendre au juste?

-Je sais que ça a toujours été compliqué entre vous, continua Harry, doucement. Et aussi, par rapport à moi, mais je veux que tu saches que tu peux m'en parler, que je comprends si tu as envie de le voir…

Cette fois, ce fut une profonde incompréhension qui s'étala sur le visage de Draco.

-De quoi tu parles?

Harry hésita un instant, soudain incertain.

-Euh… et bien… de ton père? Ce… ce n'est pas…? Je ne veux dire, on croyait que c'était parce qu'il était retourné en prison, peut-être et que… je ne sais pas…

Draco ne répondit rien, parce qu'il ne savait tout simplement pas quoi répondre. Son père. Contrairement à eux, il n'avait pas été relâché suite à son interrogatoire par les aurors. Il n'y avait rien d'étonnant là-dedans considérant que le processus par lequel il avait été remis en liberté avait été vicié au départ et qu'il n'aurait jamais dû obtenir sa libération conditionnelle, n'eût été des manigances de ceux qui voulaient l'éliminer. Draco ne l'avait donc pas revu depuis et n'avait pas non plus eu de contact de quelque nature que ce soit avec lui.

Ce serait faux de dire qu'il n'avait pas repensé à lui, cependant. Comment aurait-il pu ne pas y penser vu le dénouement de toute cette histoire? Comment oublié la manière dont il avait fait dérailler leur plan en n'en faisant qu'à sa tête, cette manière de se sacrifier pour eux lui, ou du moins, d'avoir été prêt à le faire? Parce que c'était ça n'est-ce pas? Cette fois, pour la première fois, il avait choisi son fils, il avait même été prêt à s'engager dans un serment inviolable pour alors qu'il savait d'avance qu'il devrait le violer et donc, à mourir pour lui.

Et qu'est-ce que Draco était supposé faire de cela? Était-il sensé tout lui pardonner à cause de cet ultime sacrifice? Tout oublier du passé? Et s'il choisissait de ne pas en tenir compte, de tout de même ne pas lui pardonner, alors était-ce lui qui devenait blâmable dans tout cela?

Il n'avait pas reparlé à son père et il ne comptait pas le faire. Son père était et resterait toujours un mangemort, un extrémiste, un criminel de guerre. Ce sont le genre de choses dont on ne peut jamais se laver, même si on passe une vie à tenter de se racheter. Et de seulement penser qu'il pouvait être le moindrement affecté à l'idée de ne plus le voir ou lui parler était, pour Draco, insoutenable.

Cela n'aurait pas dû l'affecter, parce que c'est plutôt la présence d'un tel homme dans sa vie qui aurait dû lui être intolérable et non son absence. Parce qu'il partageait sa vie avec Harry Potter, le Sauveur du monde sorcier, le héro qui avait tué Voldemort et remporté la guerre contre des gens comme son père. Parce que depuis des années, il s'acharnait à redonner à son nom la réputation qu'il souhaitait y voir apposer, par pour lui, même s'il aurait menti en disant que cela lui était égal, mais pour celui qui partageait sa vie et, plus que tout, son fils et es futurs enfants s'ils naissaient un jour.

Néanmoins, quoiqu'il en pense, quand les mots avaient franchi les lèvres de Harry, il avait été incapable d'en nier la vérité et c'était pire que tout. Mais Harry était là, devant lui, et il lui disait qu'il comprenait, qu'il savait, alors que Draco lui-même n'avait pas voulu voir. Il savait peut-être depuis le début et il était là tout de même, à tenir sa main dans la sienne. Et Draco ne voulait pas lui mentir, il ne voulait plus jamais le faire, ils se l'étaient promis et c'était une promesse qu'il ne briserait pas.

Mais il était incapable de répondre. Subitement, il se trouvait incapable de parler, mais, cela n'eut pas d'importance, puisque ça aussi, son amant le comprit et le prit dans ses bras. Draco enfouit son visage dans son cou, il sentait bon, cette odeur qui n'appartenait qu'à lui et la lotion après-rasage que Draco lui avait offerte. Il ferma les yeux et réalisa qu'il tremblait.

Après un long moment, très lentement, Harry relâcha son étreinte, mais ce ne fut que pour le guider vers leur chambre. Une fois à l'intérieur, Harry le fit s'assoir sur leur lit et il prit place à ses côtés, aussitôt, Draco se coucha sur le côté, la tête sur ses cuisses.

-Tu n'es pas obligé d'en parler si tu n'en as pas envie, mais je voulais que tu saches que je suis là, dit finalement Harry d'une voix douce, passant une main dans ses cheveux.

-Je ne saurais quoi te dire que tu ne sais déjà, tu sembles même en savoir plus que moi, répondit Draco sans la moindre ironie, parce que c'était la vérité.

-Je peux t'accompagner, si c'est ce que tu veux, si tu as envie d'aller le visiter, je veux dire.

-Je ne sais pas. Je n'ai aucune idée de ce que je veux.

-Ok.

Draco ferma les yeux, se concentrant uniquement sur la sensation de cette main qui passait et repassait avec à la fois force et douceur dans ses cheveux. Les fourmis semblaient s'être calmées un moment. Puis, il réalisa qu'il pleurait.

-Je ne sais pas pourquoi je pleure, dit-il.

-Ce n'est pas grave, le rassura Harry.

-Ça va aller.

-Oui, répondit son amoureux, ne sachant trop s'il s'agissait d'une question ou d'une affirmation, peut-être que Draco ne le savait pas lui-même.


Kinglsey Shacklebolt se leva en voyant Harry pénétrer dans le bureau qu'il occupait depuis la mort de Matthew Holloway, ayant été nommé chef du bureau des Aurors de manière intérimaire. Il n'avait évidemment pas pu mener l'enquête concernant les fonctionnaires véreux du Ministère, en tant qu'ancien membre de l'Ordre du Phénix, il était trop près de Harry et de Draco pour cela. Cela faisait un moment qu'ils ne s'étaient pas vus en personne, cependant.

-Pas besoin de te lever, dit aussitôt Harry en s'approchant, serrant la main que l'homme lui tendait.

-Bonjour Harry, c'est agréable de te revoir, sourit-il.

Ce n'était pas une visite surprise, Harry lui avait dit qu'il passerait le voir à cette heure-là et en voyant l'enveloppe qu'il tenait à la main, l'Auror comprit qu'il n'était pas revenu sur sa décision. Le procès de Tiberius Ogden, Peneloppe Schrutte et leurs acolytes s'était terminé une semaine plus tôt et ils avaient tous été condamnés à plusieurs années derrière les barreaux. Ron Weasley était de retour au bureau des Aurors depuis quelques semaines déjà et Shacklebolt avait espéré que Harry en fasse de même puisqu'il avait su qu'il avait obtenu la permission de sa psychomage de faire un retour au travail.

C'est pour cela qu'il avait été à la fois surpris et déçu lorsqu'il avait reçu le hibou lui annonçant la visite de Harry et la raison de celle-ci, un peu plus tôt cette semaine-là.

-Je… je préférais te la donner en mains propres, dit Harry en lui tendant l'enveloppe, mais Shacklebolt ne la prit pas immédiatement.

-Ce n'est pas une urgence, tu peux encore réfléchir.

-C'est tout réfléchi.

L'auror ne put empêcher un soupir de franchir ses lèvres en prenant l'enveloppe. Depuis qu'il connaissait Harry Potter, ce dernier avait toujours dit qu'il deviendrait un jour un auror et considérant son vécu et ce qu'il avait accompli, ça avait été une certitude pour tous. Même suivant son arrêt de travail, ils avaient continué à croire qu'il reviendrait, plus déterminé que jamais et que cet accident de parcours n'était qu'une pause, le temps de reprendre son souffle avant d'entamer ce qui s'annonçait être une longue carrière au sein des forces de l'ordre. Mais l'enveloppe qu'il tenait désormais entre ses mains annonçait un avenir tout autre.

-Je comprends, mais tu sais que si tu changes d'idée, tu auras toujours ta place parmi nous, dit tout de même le plus âgé, mais, en lisant l'assurance dans le regard de son vis-à-vis, il comprit que c'était bien inutile.

-Merci, répondit simplement Harry.

-Et… tu as une idée de ce que tu vas faire maintenant?

-Pas la moindre, dit Harry avec un sourire sincère.

En sortant du bureau de Shacklebolt, Harry fit un détour par celui qu'occupait désormais Alice Stuart. Suivant les événements qui avaient conduit à l'arrestation massive des gens du Ministère et à la mise au jour de leur complot, après que la vérité eut été mise au jour, Alice avait reçu une promotion au poste d'auror en charge des enquêtes spéciales. C'était la plus jeune auror à avoir obtenu ce poste et même si en apparence elle ne semblait pas en faire de cas, Harry savait combien elle en était fière.

Si dans les premiers jours suivant le dénouement de toute cette histoire, Harry et les autres lui en avaient voulu de les avoir ainsi doublés, au fil du temps, ce sentiment s'était atténué. Alice était une auror avant tout et elle avait fait le choix de miser sur ce qu'elle avait sincèrement cru être la bonne manière d'obtenir le résultat qu'elle recherchait, c'est-à-dire de s'assurer que tous ces gens soient arrêtés et condamnés. Ce qui l'avait guidé n'était basé sur rien d'autre et c'était ce qui faisait en sorte qu'elle était si douée dans son travail, elle faisait toujours passer le devoir et l'intérêt supérieur avant ses propres envies. C'est aussi ce qui faisait en sorte que ses collègues de travail l'avaient toujours trouvée froide, coincée et trop sérieuse.

Harry avait également dû s'avouer et Ron était d'accord avec lui, que sans elle, leur plan n'aurait probablement pas fonctionné. Et si c'eut été le cas, dans quelle situation se trouveraient-ils aujourd'hui? L'instinct de l'auror Stuart avait été le bon, voilà tout. Qui plus est, Ron devrait continuer à travailler avec elle pour de nombreuses années et il désirait que cela se fasse sur de bonnes bases.

Ce à quoi ils ne s'étaient pas attendus, cependant, fut qu'elle leur présenta des excuses, mais elle le fit. Alice Stuart, qui vivait seule, qui n'avait d'autres ambitions que de devenir la meilleure auror que le bureau eut connu depuis sa création, qui n'avait ni amis ni famille, s'était rapprochée d'eux durant ces jours de cavale. Et elle ne désirait pas les perdre. Harry et Ron, qui la connaissait pour avoir travaillé avec elle auparavant, se demandèrent combien un tel aveu avait dû lui coûter, elle qui ne s'épanchait jamais sur rien. Et ils acceptèrent ses excuses, réalisant qu'eux aussi souhaitaient continuer à profiter de sa compagnie dans un cadre moins formel que le travail.

Il cogna au cadre de la porte qui était ouverte en pénétrant dans son bureau.

-Ah! Harry! Shacklebolt m'a dit que tu passerais aujourd'hui, dit-elle en l'invitant à entrer d'un geste. Il était terriblement déçu que tu remettes ta démission, mais il va s'en remettre, j'imagine.

-Je ne me fais pas trop de souci pour lui.

-Non, et encore moins pour toi. Vous partez cette semaine?

-Les nouvelles vont vites à ce que je vois, fit-il remarquer en haussant un sourcil.

-C'est Ron qui me l'a dit.

-Évidemment, sourit-il et l'ombre d'un sourire passa en retour sur les lèvres d'Alice.

Ron avait beau être le meilleur ami de Harry et un excellent auror, c'était une véritable pie.

-Donc, j'imagine qu'on ne vous reverra pas avant un moment, dit Alice. Six mois, c'est ça?

-Oui, mais c'est certain que nous allons revenir en Angleterre à chaque mois et peut-être plus souvent, la mère de Draco est ici et les grands-parents de Teddy.

-Oui, bien sûr et Lucius aussi.

Harry leva les mains devant lui à la mention de ce nom.

-Ça, c'est plus compliqué.

-J'ai su qu'il était allé le voir à Azkaban quelques fois, dit Alice et elle n'eut par besoin de spécifier que cette information lui était également parvenue de Ron.

-Comme je te dis, c'est compliqué, mais oui… il y est allé deux ou trois fois.

Elle hocha légèrement la tête.

-En tous les cas, c'est… euh… c'est à Ron que… que vous allez manquer, il risque de me rabâcher les oreilles avec ça à longueur de journée.

Harry retint un sourire, il n'était pas dupe.

-Ouais… toi aussi tu vas nous manquer, Alice, répondit-il.


Le cœur de Harry manqua un battement tandis que la jument accélérait à ce qui lui semblait une vitesse folle vers ce qu'il ne pourrait décrire que comme étant un immense trou suivi d'un obstacle formé de deux troncs empilés et surmonté d'une haie. Quelques foulées avant, Draco se rassit un peu dans sa selle et ralentit Lolita qui donna un coup de tête en réponse et, quelques secondes plus tard, ils volaient tous deux au-dessus de l'obstacle. Teddy poussa une exclamation contenue et Narcissa, qui était venue assister à la finale de la saison, murmura quelque chose que Harry ne comprit pas.

La jument noire filait déjà vers le prochain obstacle, chacun de ses muscles et de ses veines étaient visibles sous sa robe luisante de sueur, ses antérieurs étaient blanc de cet enduit qu'ils mettaient aux chevaux si jamais ceux-ci accrochaient l'obstacle, ses naseaux étaient largement ouverts. Elle tourna ses oreilles vers l'avant et leva la tête en voyant l'étendue d'eau devant elle, mais Draco dû la rassurer d'une manière puisqu'elle se détendit finalement en franchissant le contre-bas menant dans l'eau, en ressortant quelques foulées après. Ils disparurent un moment, le terrain étant trop grand pour qu'ils soient en mesure de tout voir depuis l'endroit où ils se trouvaient et puis, ils revinrent.

Draco dirigea la jument vers un obstacle en coin, puis fila vers les fanions rouge et blanc qui se trouvaient devant eux, ils avaient conclu leur parcours. Harry quitta l'endroit où il se trouvait pour aller rejoindre son petit-ami, mais Teddy insista auprès de Narcissa pour regarder les prochains concurrents.

Harry retrouva Draco près des trois boxes qu'ils avaient loué dans l'une des écuries qui faisaient partie des installations du site de concours. Il était en présence d'un homme grand et mince, définitivement plus âgé qu'eux et qui semblaient être en train de le féliciter. Lolita devait être avec son groom, en train de récupérer.

En voyant Harry arriver, Draco se tourna vers lui avec un sourire.

-Ça a bien été! s'exclama Harry en l'embrassant sur la joue. Vous étiez géniaux!

-Merci, murmura Draco.

-Vous êtes sans doute Harry! s'exclama l'homme à qui Draco parlait jusque-là. Ne prenez pas cette mine étonnée, évidemment que je connais votre prénom, Draco m'a tellement parlé de vous. Je suis enchanté d'avoir enfin le bonheur de faire votre connaissance! Louis Grazinski, se présenta l'homme en lui tendant la main que Harry serra en jetant un regard en biais à Draco qui ne lui avait jamais parlé de cet homme qui semblait si bien le connaître.

-Louis est l'un des propriétaires du haras dont je t'ai déjà parlé, en France, expliqua Draco.

-Oui! C'est bien ça et si vous étiez assez aimable pour faire comprendre à Draco combien il pourrait être heureux en France et combien cela servirait sa carrière de cavalier professionnel, ce serait vraiment parfait, ajouta le dénommé Grazinski en posant sa main sur l'avant-bras de Harry avec un air complice.

Draco leva les yeux au ciel.

-Comme je vous l'ai dit…

-Je t'ai déjà dit d'arrêter de me vouvoyer, Draco! interrompit l'homme en secouant la tête, faussement déçu.

-Comme je te l'ai dit et répété, corrigea le blond, nous rentrons en Angleterre à la fin de la semaine et tout ce que je désire, après avoir passé les derniers six mois loin de chez moi, c'est de retrouver ma maison et tout ce qui va avec. Donc, merci beaucoup pour ton offre, mais je vais passer.

-Ah! C'est bien dommage… terriblement dommage, mais, comme on dit, ce n'est que partie remise, je ne m'avoue pas vaincu et je t'invite quand tu veux à venir au haras voir ce à quoi tu t'acharnes à dire non. Je vous laisse, mon cavalier devrait passer d'un moment à l'autre, conclut-il en serrant de nouveau la main de Harry et en embrassant Draco sur les deux joues. Un plaisir, Harry, vraiment! Et vous êtes également invité à venir nous visiter!

Il quitta l'écurie, les laissant seuls.

-Tout un personnage, fit remarquer Harry en regardant l'endroit par où l'homme était parti pour s'assurer qu'il ne revenait pas.

Draco haussa les sourcils.

-Tu l'as dit. Je pense que ça fait mille fois que j'ai cette conversation avec lui, habituellement j'essaie de le fuir, mais là je dois dire qu'il m'a pris de court.

-Ce qu'il t'offre, c'est… euh…

Draco se tourna aussitôt vers lui.

-Je t'arrête tout de suite. Non, je n'ai pas envie d'emménager en France et de devenir l'un de ses cavaliers. Ça fait six mois que nous sommes en Floride, tout ce dont j'ai envie, c'est d'être de nouveau à la maison avec toi et Teddy, de voir nos amis, de recommencer les rénovations du manoir et de retrouver un pays dans lequel les gens sont en mesure de servir une tasse de thé qui soit buvable. Ce que je lui ai dit, je le pense vraiment. Par ailleurs, je ne sacrifierais jamais l'indépendance que j'ai présentement pour une vie à l'écouter me dire ce que j'ai fait de mal avec ses chevaux. Donc, inutile de finir cette phrase.

-Ok, répondit Harry en posant un baiser sur ses lèvres auquel son amant répondit avec douceur. Tu sens les chevaux, ajouta-t-il en rompant leur baiser.

-Je peux difficilement imaginer comment il pourrait en être autrement, ironisa Draco.

Harry l'embrasse de nouveau pour toute réponse.

-Bon, je vais aller voir comment Lolita a récupéré, dit Draco après un moment, se détachant de Harry.

Harry le retint cependant et Draco fronça les sourcils en voyant une sorte d'hésitation passer sur el visage de son petit-ami.

-Tu as dit que tu voulais rentrer à la maison, commença Harry et son ton de voix ne fit rien pour rassurer Draco qui n'aimait pas ne pas savoir ce qu'il avait à lui annoncer.

Ils avaient parlé cent fois de leur retour en Angleterre dans les dernières semaines et pas une fois Harry n'avait dit quoi que ce soit de ce qu'il s'apprêtait vraisemblablement à dire à présent. Ils en avaient parlé pas plus tard que deux jours auparavant, par Merlin!

-Tu me stresses, dit Draco.

-Non! Non, non, non, c'est… relaxes.

-Je suis encore plus stressé maintenant.

-J'ai parlé avec ta mère…

Draco fronça les sourcils, comprenant encore moins vers où Harry s'en allait avec tout cela et souhaitant qu'il cesse tous ces préambules et lui dise simplement ce qu'il avait à lui dire.

-Fais juste… dis-moi ce qui ne va pas, le coupa-t-il d'un geste.

-J'ai pensé qu'on pourrait emménager au manoir.

Draco se serait attendu à tout sauf à ça.

-Pardon? se contenta-t-il de répondre.

-Tu en parles depuis qu'on est ensemble, je sais combien tu as mis d'effort à effectuer tous ces travaux et… Teddy adorerait, les chevaux y sont et je sais que c'est ce que tu as toujours souhaité.

Le cœur de Draco s'emballa. Bien sûr, Harry avait raison, il avait toujours voulu qu'ils emménagent dans le manoir qui l'avait vu grandir, dans la demeure qu'occupait sa famille depuis des générations. Il en avait parlé de nombreuses fois à son petit-ami, mais celui-ci avait toujours refusé avec véhémence. Il pouvait comprendre, pour lui, cette demeure représentait tout autre chose, ça avait été le quartier général de Voldemort, l'endroit où Hermione s'était fait torturée par Bellatrix, la demeure de Lucius Malfoy et, dans un autre ordre d'idées, la représentation même du privilège indu des familles de sang-pur dans la communauté magique.

-Et toi?

-J'ai réfléchi et, je pense que ce n'est qu'une maison, après tout. Des choses toutes aussi dérangeantes se sont produites au Square. Et aussi… j'espère que tu ne m'en voudras pas, mais pendant que nous étions ici, j'ai fait compléter les travaux de la salle de bal, donc j'imagine que ça signifie que si tu dis oui, on pourra organiser la plus grande fête que cette salle est vue.

-Je ne sais pas.

-Tu ne sais pas, répéta Harry, sans comprendre.

-Il paraît que mon ancêtre Hadriannus Malfoy organisait de sacrées fêtes, continua Draco, un sourire contenu trahissant ses véritables émotions et faisant rugir Harry qui s'était laissé prendre.

-Alors c'est oui?

-As-tu vraiment besoin de demander? répondit Draco en ne pouvant retenir son excitation plus longtemps, se jetant dans les bras de Harry.


-Ta mère m'a dit que Harry avait commencé à enseigner à Poudlard, dit Lucius en posant ses mains sur la table entre eux.

Draco devait bien reconnaître que son père faisait des efforts. Il n'y avait pas si longtemps, jamais il n'aurait pu s'imaginer qu'ils puissent avoir une telle conversation. Depuis son retour de Floride, Draco avait recommencé à aller visiter son père à Azkaban. Narcissa y allait à toutes les semaines, mais, pour lui, une fois par mois lui suffisait. Harry n'en disait rien, étant simplement là pour l'écouter s'il désirait lui en parler et il lui était reconnaissant pour cela.

-Oui, il donne le cours de défense contre les forces de mal, répondit Draco.

-Bien entendu.

Draco n'arrivait pas à percevoir s'il avait dit cela avec ironie ou non. Ces visites avec son père lui avait fait réaliser qu'il n'avait jamais vraiment discuté avec son père, même lorsqu'il était plus jeune. Si Lucius avait réalisé depuis longtemps qu'il ne connaissait pas vraiment son fils, pour Draco, cette vérité lui était apparue plus tardivement. Il avait toujours eu l'impression de le connaître, ne serait-ce qu'en l'observant diriger leurs vies et en entendant toutes ces choses qu'on disait de lui.

Ces visites se déroulaient donc différemment de ce qu'il avait d'abord cru et c'était une bonne chose.

-On m'a dit qu'il était possible que tu obtiennes des permissions de sortie.

Lucius haussa un sourcil, seul signe apparent de l'émotion qui avait passé à cette phrase.

-Oui, je dois le faire à l'avance, mais, oui, c'est possible.

Draco acquiesça lentement, réfléchissant.

-Mère fête son cinquantième anniversaire le mois prochain, Harry et moi lui organisons une petite fête. J'ai pensé que tu pourrais peut-être venir.

Cette fois, Lucius ne put dissimuler le choc qui s'afficha sur son visage. Ses yeux d'un gris habituellement glacial semblèrent prendre vie d'un coup. Visiblement, il s'était attendu à tout sauf à cela. Draco détourna les yeux, posant son regard sur les murs abîmés de la pièce exigüe dans laquelle ils se trouvaient.

-Il y aura moi, Harry, Teddy et Andromeda. Mère préférait garder cela en famille, continua Draco. Évidemment, je leur ai demandé leur avis avant de t'inviter, ils sont d'accord, même si Andromeda n'était pas très chaude à l'idée. Par contre, je dois te dire que Teddy est très excité, même si je ne comprends pas vraiment pourquoi. Je sais que ça fera plaisir à Mère si tu es là.

-Merci.

Draco se contenta d'hocher la tête, toujours incertain de si le tout était une bonne idée ou pas et presque certain que ça ne l'était pas.


Draco avait remarqué que Harry allait moins bien depuis quelques jours, mais il n'avait rien dit. Les choses n'étaient plus comme avant, désormais, Harry s'ouvrait à lui concernant son état, il avait un suivi régulier avec sa psychomage, il prenait sa médication assidûment. Ce n'était pas toujours aisé, mais au moins, ils pouvaient en parler.

Harry n'avait rien dit mis à part qu'il était fatigué et Draco ne s'y était pas trop attardé, occupé par les nombreux rendez-vous qu'il avait eu cette semaine-là avec les autres investisseurs de la dernière entreprise dans laquelle il venait tout juste d'investir. Mais en s'éveillant au beau milieu de la nuit et en voyant que Harry n'était plus à ses côtés dans leur lit et que la salle de bain adjacente était plongée dans le noir, Draco eut un mauvais pressentiment. Il l'ignora un moment, inutile de s'inquiéter sans vraiment savoir. Il sortit de leur chambre et vit que la porte de celle de Teddy était fermée et qu'il n'y avait pas de lumière qui filtrait sous elle. Tout de même, il ouvrit doucement la porte pour y jeter un œil. Il pouvait voir la silhouette de l'enfant endormi sous les draps, mais Harry ne s'y trouvait pas.

Il traversa les couloirs silencieux et faiblement éclairés du manoir, ouvrant parfois une porte ou jetant un œil dans une pièce déserte. Puis, en descendant l'escalier menant au rez-de-chaussée, il l'entendit. En pénétrant dans le grand salon, il vit aussitôt Harry, marchant de long en large, les mains agrippées à ses coudes, le souffle court et la respiration saccadée. Il appela son nom pour éviter de le faire sursauter. Ce n'était pas la première fois qu'il assistait à une telle scène, mais à chaque fois, cela était toujours aussi insoutenable.

Harry lui jeta un rapide coup d'œil et s'immobilisa en entendant son nom.

-Tu n'arrivais plus à dormir? demanda stupidement Draco, rien que pour meubler le silence.

-Non, parvint-il à répondre, le souffle court.

-As-tu pris une potion calmante?

-Oui, ça ne fonctionne pas!

Draco s'approcha de lui et posa délicatement une main sur son avant-bras. Harry se laissa alors fondre contre lui et Draco l'entoura de ses bras alors qu'il fondait en sanglots, sa respiration de plus en plus erratique.

-J'ai essayé, Draco! Je te jure, j'ai pris ma médication, je… j'étais juste fatigué, avec les examens de fin d'année à préparer et le remplacement que j'ai dû faire depuis le départ en congé de maternité de Katie… C'était correct, mais maintenant… je te jure que je ne savais pas que ce serait aussi pire! s'emporta alors Harry en paniquant de plus en plus. Il… il faut que tu me crois, j'ai été voir ma psy, j'ai pris ce que je devais prendre, je te jure!

-Calme-toi, je te crois voyons, ce n'est pas grave…

-Poudlard compte sur moi et Teddy et toi! Je ne veux pas vous laisser tomber! J'étais juste fatigué et puis c'est parti tout seul… Je sais que tu vas me laisser, Draco! Je le sais! Mais je te jure que ce n'est pas de ma faute, je te jure que je n'ai pas arrêté ma médication… Ne me laisse pas! Je vais mourir…

Draco savait qu'il ne servait à rien de tenter de le raisonner lorsqu'il était dans cet état, il était en pleine crise de panique. Sans pour autant cesser ses paroles apaisantes, il força gentiment Harry à s'asseoir sur le canapé et enfouit sa main dans la poche de sa robe de chambre pour y prendre sa baguette. Il jeta un sort pour réveiller sa mère et la prévenir de la situation. Moins de quinze minutes plus tard, Harry et lui arrivaient par cheminette à Sainte-Mangouste.

Cette fois-là, Harry demeura hospitalisée deux jours. Lorsqu'il ressortit, il n'était plus en état de crise, au contraire, il était abruti par les médicaments qu'on lui avait prescrit. C'était parfois comme ça après un nouveau dosage, difficile de tomber dans le mile immédiatement. Mais, au fil des jours, la situation s'améliora. Il était calme, semblait avoir l'esprit plus clair. Un matin, il se sentit même assez bien pour corriger les copies d'examen de ses élèves.

Puis, il se remit à se plaindre d'être fatigué. Il se mit à se lever de plus en plus tard, jusqu'à ce qu'il en vienne à ne plus se lever du tout.

Cette fois, la psychomage se déplaça au manoir, elle réajusta sa médication, mais la situation ne changea pas. Harry ne parlait presque plus, passait ses journées couché et ne mangeait que du bout des lèvres ce que Mimi, l'elfe de maison, lui apportait. Harry fut hospitalisé pour une deuxième fois en un mois.

Ce soir-là, Draco débarqua chez Ron et Hermione et s'effondra dans les bras de son amie alors que Ron se tenait à côté d'eux, ne sachant quoi dire, au fond tout aussi perturbé par l'état de son meilleur ami que Draco. Ce dernier rendait visite à Harry à tous les jours.

Draco s'emporta contre son père lorsque celui-ci laisse sous-entendre que l'état de Harry ne s'améliorerait sans doute vraiment jamais et qu'il serait condamné, en restant à ses côtés, à vivre un cycle incessant d'événements de la sorte. Craignant au fond de lui que Lucius eut raison, mais refusant de l'entendre.

Lorsqu'il obtenu son congé, cette fois Harry allait véritablement mieux. Draco refusa d'entendre ses excuses. L'années scolaire était terminée et ils décidèrent de prendre des vacances à Paris avec Teddy, profitant de l'appartement que Draco possédait là-bas.

En septembre, Harry recommença à enseigner. La tempête était passée.


-Trois ans plus tard-

En voyant Draco et Harry pénétrer dans la pièce, le sourire aux lèvres et la main de Harry posée amoureusement contre la hanche de Draco, Narcissa interrompit sa conversation avec Andromeda et scruta le regard de son fils. Ce dernier lui répondit par le plus subtil des hochements de tête et elle sourit à son tour. Andromeda, à qui jamais rien n'échappait, fronça légèrement les sourcils pour tenter de comprendre la signification de cette conversation silencieuse, mais elle ne dit rien.

Molly pénétra dans le salon les bras chargés d'un plat sur lequel était posé une multitude de bouchées et deux assiettes remplies la suivait en flottant derrière elle et allèrent se poser d'elles-mêmes sur la table basse. Elle embrassa Harry et Draco tandis que ceux-ci finissaient de saluer le reste des invités qui était constitué de l'ensemble de la famille Weasley et de leurs conjoints et enfants, mis à part Charlie qui n'avait pu quitter la Roumanie, l'œuf d'un de leur vert gallois venait d'éclore. Molly en avait été fort déçue que la famille ne puisse être réunie en entier pour Noël.

-Harry et moi avons quelque chose à vous annoncer, commença Draco, mais fut aussitôt interrompu par Molly.

-Vous allez vous marier! s'exclama-t-elle en jetant un regard assez peu subtil sur leurs mains respectives.

Draco secoua la tête en signe de négation, sans néanmoins perdre son sourire.

-Non. Nous sommes allés au Ministère cet après-midi pour finaliser certaines procédures et nous sommes maintenant officiellement en attente pour l'adoption.

-Je ne peux pas croire que vous ne m'ayez rien dit! s'exclama Ron en donnant une claque amicale sur le bras de Harry, tout sourire.

-Je voulais éviter que tout le monde soit mis au courant dans la seconde, c'est tout, le taquina Harry.

-Oh, je suis vraiment contente pour vous! ajouta Fleur avec excitation.

Les autres invités en firent de même, seule Molly affichait une mine où l'incertitude était lisible.

-C'est… c'est un très beau projet, mais…, elle hésita et posa une main sur celle de Harry, ne sachant trop comment aborder la question que tous pouvaient deviner. Êtes-vous bien certain que ce ne sera pas trop?

Draco déglutit et se tourna vers Harry, guettant sa réaction. Évidemment, avant de prendre cette décision qui était sans doute la plus sérieuse de toute leur vie, ils en avaient très longuement discuté. Draco savait depuis des années qu'il voulait un autre enfant, en fait, il en parlait à Harry depuis que Teddy était venu vivre avec eux. Néanmoins, son petit-ami s'était toujours montré hésitant, il trouvait que s'occuper d'un seul enfant, surtout à leur âge, était déjà une très grosse responsabilité. Puis, il y avait eu tous les évènements entourant Lucius et le Ministère, puis il restait la condition de Harry qui demeurait instable. Draco avait donc attendu plus de deux ans avant de lui en reparler, mais son désir n'en était pas moins disparu.

Mais cette conversation avait fini par revenir sur la table. Et si Harry y prêtait l'oreille, cette fois, il ne pouvait s'empêcher à chaque fois de dire à son amant qu'il ne voulait pas lui mettra un autre fardeau sur les épaules. Parce que même si Draco détestait qu'il parle ainsi de lui-même, Harry continuait de se considérer comme un poids pour lui. Il savait trop bien qu'il n'était pas toujours disponible pour Teddy, que parfois son état faisait en sorte qu'il n'était même pas en état de s'occuper de lui-même. Et chaque fois, c'était à Draco qu'il incombait de prendre en charge la situation. Même s'il ne s'en plaignait jamais, cela ne signifiait pas que c'était aisé.

-Nous y avons longtemps réfléchi et notre décision est prise, trancha Draco qui n'avait aucune envie d'argumenter avec quiconque concernant cette décision qui ne concernait qu'eux.

-Ce que Draco veut dire, tempéra Harry, c'est que nous sommes bien au fait de toutes les responsabilités que représentent un deuxième enfant et que nous avons également considérer ma… mes difficultés, avant de prendre cette décision.

Draco pinça les lèvres, n'aimant pas qu'ils doivent se défendre ainsi. Quand Hermione avait annoncé, quelques semaines plus tôt, qu'elle était enceinte, personne ne lui avait servi un tel discours. Évidemment, leur situation était différente, mais cela ne signifiait pas qu'ils ne pouvaient pas avoir cela. Narcissa, qui vivait avec eux, s'était également engagée à les aider. Non pas qu'il comptait sur elle pour élever son deuxième enfant, mais c'était tout de même une aide sur laquelle il pouvait compter. Qui plus est, il était capable de s'occuper de deux enfants, seul s'il le fallait, même si ce n'était parfois que passager.

-Je pense que c'est une merveilleuse nouvelle, intervint Arthur pour calmer le jeu. Et vous savez que vous pourrez toujours compter sur nous quoi qu'il arrive.

-Et sur nous aussi! ajouta Hermione.

-Et nous! ajouta Georges.

Et, l'un après l'autre, les membres de leur famille ajoutèrent leur voix à cette promesse. Draco se sentit mal d'avoir douté, même pendant un instant. Il se tourna vers Harry qui le regardait, ému, et il eut la certitude que malgré les écueils qui les attendaient certainement encore dans le futur, tout irait bien.

-Fin-


Note de l'auteur :

Chers lecteurs,

Je tiens d'abord à vous remercier pour votre soutien continuel tout au long de la rédaction de cette histoire et de vos bons mots. Sans vous, cette histoire n'aurait pas pu exister.

J'espère sincèrement qu'elle a su vous plaire et que la fin a su vous satisfaire. J'ai choisi de ne pas faire d'épilogue, puisque contrairement à mes autres histoires, je ne veux pas clore cette fiction. Harry et Draco sont encore très jeunes au moment où nous les quittons et ils auront encore toute une vie à écrire ensemble et j'ai envie de leur laisser ça.

J'espère également vous retrouver dans mes publications futures, Trou noir demeure en rédaction et une nouvelle histoire est également en préparation... à suivre.

Encore une fois merci et faites attention à vous en ces temps difficiles,

Harley Q.