Hello ! Oui, je sais ça faisait longtemps ! Je fais rapidement cette petite note pour remercier tous les Guests ainsi que Sakka-sensei et Rozenn Selwyn pour les reviews que j'ai toutes lues avec attention ! J'y répondrai dès que j'ai un peu de temps (malgré le confinement, il faut toujours bien travailler pour les cours haha), mais vraiment merci beaucoup, ça m'a fait super plaisir !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !


Lorsqu'Eirin arriva devant la porte de sa maison, elle sentit immédiatement que quelque chose clochait. Les sourcils froncés, elle posa sa main sur la poignée et pénétra en silence dans l'habitation. Un regard à droite puis à gauche l'informa que personne ne semblait l'avoir entendue. Parfait ! Avec un peu de chance, elle échapperait ainsi au courroux de Mitsuki ! Sur la pointe des pieds, aussi discrètement que possible, Eirin tenta de se faufiler jusqu'aux escaliers menant aux chambres… quand une voix familière l'interrompit dans tout mouvement.

— Et on peut savoir d'où tu reviens comme ça ?

Figée sur place telle une statue, la Sayuki risqua une œillade derrière elle pour apercevoir la silhouette de son frère, visiblement mécontent. Les bras croisés, il tenait dans sa main une louche qui menaçait à tout instant de devenir une arme fatale. Son pied tapait en rythme contre le sol tandis que toute son attitude criait à Eirin de s'enfuir et vite. Et pour couronner le tout, Mitsuki la toisait de ce regard noir capable de la paralyser sur place depuis qu'elle était enfant.

— Euh… je… c'est-à-dire que… bafouilla-t-elle de façon très élégante.

— J'attends une réponse, Eirin. Où as-tu passé la nuit ?

La jeune fille déglutit. Inutile d'être un génie pour savoir que peu importe la réponse, elle passerait un sale quart d'heure. Le cœur battant et le regard fuyant, Eirin décida que, quitte à subir un savon, autant dire la vérité.

— J'étais au clan Uchiha.

— Et tu n'as pas jugé bon de me prévenir ?

Eirin garda le silence, la tête basse. Comment pourrait-elle lui dire qu'elle était trop ivre pour penser à le prévenir ? La honte enflamma son visage tandis qu'elle n'osait affronter le regard accusateur de son frère. Heureusement, une voix familière vint la sauver de ce mauvais pas.

— Mitsuki, laisse-la donc un peu tranquille, sourit Inokei d'un ton doux. Je suis sûr qu'Eirin a passé une excellente soirée, n'est-ce pas ?

Le clin d'œil que le Yamanaka lui adressa ne fit qu'accentuer les rougeurs déjà bien présentes sur les joues de la jeune fille. Est-ce qu'il l'avait vue embrasser Madara ? Ou pire l'avait-il aperçue alors qu'elle titubait sous les effets de l'alcool ?

— Inokei, soupira Mitsuki, inconscient des troubles qui agitaient sa sœur. Tu es vraiment trop gentil.

Pourtant, l'intervention de son mari avait eu le don de l'adoucir. Il posa une main ferme sur l'épaule d'Eirin, mais son expression n'arborait plus cet éclat de colère que craignait tant la jeune fille.

— La prochaine fois, pense à m'avertir. Je m'inquiétais pour toi, Eirin.

— Je suis désolée.

L'atmosphère lourde s'allégea, au plus grand bonheur d'Eirin. Tout comme elle, Mitsuki avait vu son unique famille disparaître dans de tragiques circonstances. Depuis, il se montrait protecteur envers la jeune fille, beaucoup plus qu'il ne l'avait jamais été. Il essayait à sa manière d'honorer les mémoires d'Aiko et de Seijuro, et d'ainsi remplir la mission qu'il lui avait été confiée. Parfois, Eirin avait la sensation que le sujet de ses parents était presque devenu tabou entre eux, mais chassa aussitôt ses noires pensées de son esprit.

Elle avait du pain sur la planche ! Son rôle d'Hokage ne s'accomplirait pas tout seul !

— Au fait, est-ce que Hana est bien rentrée ? demanda-t-elle subitement.

— Oui, mais là, elle dort toujours et il vaut mieux ne pas la réveiller, répondit Inokei dans un rire. C'est Tobirama-san qui l'a ramenée. Si tu le croises, pense à le remercier de notre part !

Eirin haussa un sourcil, à la fois surprise et sceptique. Elle avait un peu de mal à croire que Tobirama Senju se soit montré aimable au point de l'accompagner jusqu'ici, mais Inokei n'avait aucune raison de lui mentir. Au final, il pouvait se montrer bienveillant quand il ne se méfiait pas de tout ce qui l'entourait.

— J'y songerai.

Sur ces mots, Eirin s'empara des quelques affaires dont elle avait besoin et fit route vers son lieu de travail. Plusieurs passants la saluèrent au passage, et elle leur rendit leur sourire, heureuse.

Les jours puis les semaines s'écoulèrent et Konoha commençait enfin à ressembler au village de leur rêve. Un village de paix et d'harmonie, où tout un chacun se sentirait en sécurité. Un village digne de leurs souffrances et de leurs sacrifices. Un village où plus aucun enfant ne serait obligé de combattre.

Un village qu'elle avait le devoir de protéger.

Eirin prenait de plus en plus en conscience de l'importance de son rôle au fil du temps qui filait bien trop vite à son goût. En dehors des Senju, des Uchiha et des Yamanaka, Cinq clans, tous reconnus à travers le Pays du Feu, avaient maintenant rejoint Konoha : les Hyûga, les Sarutobi, les Inuzuka, les Nara et les Akimichi. Les chefs de ces deux derniers étaient des amis de longue date de Ryuko et en particulier de son défunt mari, Inobu. La matriarche Yamanaka lui avait raconté ses souvenirs d'un temps qui lui paraissait si lointain dorénavant autour d'une tasse de thé.

En plus de l'arrivée de nouveaux clans, Konoha était dorénavant dotée d'une académie ninja où Mitsuki exerçait en tant que professeur, d'un hôpital et de divers commerces dont un restaurant de ramen.

Et ce n'est que le début, songea l'Hokage.

Alors que le soleil s'était couché voilà quelques heures déjà, Eirin contemplait toujours le paysage vaste de la forêt du Feu. L'éclat discret de la lune créait des ombres intimidantes pour un œil étranger, mais qui s'apparentaient à de vieilles connaissances éphémères pour Eirin. Depuis qu'elle avait déménagé, elle savourait une indépendance nouvelle. Bien entendu, Mitsuki et Inokei lui rendaient toujours visite, parfois accompagnés de Hana, qui ne manquait pas de lui expliquer ses « progrès » dans son projet de séduire Tobirama. Malgré tout, la jeune fille appréciait profiter de sa solitude quelques fois.

Avec un soupir, la Sayuki ferma la fenêtre et rentra dans son appartement. Elle savait qu'elle devrait se reposer, mais la tentation du terrain d'entraînement restait bien trop forte. Voilà quelques temps qu'elle s'exerçait sans relâche afin de perfectionner cette technique qui lui permettrait de protéger chaque habitant de ce village. Cependant, il lui manquait encore… quelque chose. Eirin ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, et cette absence de réponse la frustrait.

Peut-être pourrais-je demander à Madara ?

Elle secoua la tête. Bien qu'ils sortent ensemble depuis presque deux mois, Eirin avait toujours quelques réserves à le solliciter pour un oui ou pour un non. Il restait un chef de clan respecté de tous et certainement très occupé. Et puis, elle aussi possédait un emploi du temps chargé et préférait donc savourer leurs bien trop brefs rendez-vous, l'esprit léger.

Lorsque la jeune fille affronta l'air frais de la nuit hivernale, un frisson parcourut son échine. Elle ajusta la veste sur ses épaules, resserra son écharpe et dans un soupir glacé, elle se mit en route vers les terrains d'entraînement. Eirin salua d'un mouvement de tête une sentinelle non sans étouffer un rire lorsque celle-ci sembla réveiller son camarade d'un coup de coude dans les côtes. Le reste de son trajet se passa dans un silence, uniquement rompu par les hululements de quelques chouettes ici et là. Le village endormi dégageait une atmosphère apaisante pour la jeune Hokage. Ce calme presque cotonneux la détendait et amenait un léger sourire sur ses lèvres. Quelque part, elle n'en revenait toujours pas que leurs efforts aient porté leurs fruits.

Lorsqu'Eirin arriva à destination, elle se dirigea vers une des bûches qui servaient de cible à l'entraînement du lancer de shuriken et noua une paire de clochettes à son index. Une fois tout en place, elle recula de deux pas et ferma les yeux.

Étape un : malaxer mon chakra et en insuffler une partie au creux des clochettes.

Un sentiment familier électrisa tout son corps. Eirin fronça les sourcils, tendue et à l'affût de la moindre irrégularité dans le flux de chakra qui parcourait ses veines pour se concentrer dans ses doigts. L'exercice s'avérait plus difficile qu'il n'y paraissait si elle équilibrait mal son énergie, elle risquait de se blesser dans la manœuvre. Et même si elle possédait la capacité de se soigner, en situation de combat, elle n'aurait pas forcément le loisir d'utiliser le Keaton.

Étape deux : produire un léger tintement de clochettes

Le bruit était un petit peu plus fort que prévu. Juste un tout petit peu. Et pourtant, Eirin crut entendre une symphonie. La puissance de la vibration la poussa en arrière tandis qu'elle observait bouche bée la bûche réduite en une multitude de petits copeaux à ses pieds. Le cœur battant et la joie au bord des lèvres, la jeune fille devait se retenir de toutes ses forces pour ne pas hurler sa victoire. Elle avait réussi, enfin ! Après des mois de travail, elle avait inventé sa propre technique basée sur les vibrations de ses clochettes !

Avec ça et le Keaton, elle détenait le pouvoir de protéger tous les habitants de Konoha !

— Eirin ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

Cette voix grave et familière la sortit de son euphorie. Comme une apparition fantomatique, Madara venait de surgir derrière elle, armé de plusieurs kunaïs et shurikens. Avec un sourire jusqu'aux oreilles, la Sayuki profita qu'ils soient seuls pour l'enlacer. Son amant se raidit de surprise, mais lui rendit bien vite son étreinte. Elle nicha sa tête au creux de sa nuque il avait toujours cette odeur piquante qui le caractérisait, curieux mélange entre la chaleur d'un feu de camp et le parfum d'une forêt de sapins. Le temps passait, mais jamais elle ne s'en lassait.

— J'ai réussi Madara ! s'exclama-t-elle. J'ai achevé cette technique !

Ses iris d'ébène s'illuminèrent de compréhension en un instant. Il lui rendit un sourire doux, un sourire qu'elle seule avait le droit d'apercevoir et contempler, un sourire qu'elle chérissait plus que tout au monde.

— Je savais que tu y arriverais. Mais, tu devrais retourner te coucher, tu as sans doute besoin de repos.

Eirin se recula pour lui adresser un regard espiègle.

— Toi aussi, je te ferais remarquer. Et pourtant, regarde où on en est !

Mais loin de réagir à sa plaisanterie, Madara resta songeur. La jeune fille fronça les sourcils. Elle le connaissait depuis assez d'années pour comprendre que quelque chose n'allait pas. Il y a deux mois, elle avait déjà essayé de lui arracher la vérité, sans succès. Au fil des jours, Eirin avait tenté encore et encore, mais à chaque fois Madara se dérobait, prétextait des réunions de clan ou lui répondait que « tous les problèmes étaient réglés » et qu'elle « n'avait pas à s'en faire pour lui ».

Mais, ce soir, elle obtiendrait des réponses.

— Madara. Dis-moi ce qui ne va pas.

Il l'observa quelques secondes avant de prendre place sur un tronc d'arbre couché au sol. Eirin s'installa à ses côtés et observa son visage pensif rivé vers le ciel nocturne. La lumière des étoiles se reflétaient dans les pupilles onyx de Madara et les illuminaient d'un éclat étrange presque mystique. La jeune fille pourrait contempler ce tableau silencieux des heures durant, mais l'Uchiha reprit la parole, l'air grave.

— Est-ce que tu penses que les Uchiha et les Senju sont égaux ?

Elle fronça les sourcils, interpellée par la question.

— Pourquoi ne le seraient-ils pas ? Depuis le traité vous avez la même place au sein du village, même si j'ai conscience que des décennies de rancune ne disparaissent pas en quelques mois.

Madara secoua la tête.

— Ce n'est pas de ça dont il est question, mais de l'attitude des villageois à notre égard. Tu n'as vraiment rien remarqué ?

L'attitude des villageois ? Que voulait-il dire par là ? Bien sûr, elle avait pu observer la distance que les habitants maintenaient vis-à-vis de Madara, distance qu'ils ne semblaient pas instaurer avec Hashirama. La Sayuki pensait qu'il ne s'agissait que d'un effet de « l'aura » de l'Uchiha. De façon générale, il paraissait bien plus intimidant que son ami Senju. Mais l'intonation du chef de clan lui disait qu'il était question de tout autre chose.

Face à son silence, il poussa un profond soupir.

— Madara, je suis désolée…

— Je ne t'en veux pas, la coupa-t-il. Tu es certainement la dernière personne que j'accuserai de quoi que ce soit.

Il marqua une pause. Eirin ne répondit pas elle avait la sensation que cette conversation était d'une importance capitale. Madara paraissait si fatigué à cet instant, comme le poids de ses responsabilités courbait son dos et arquait ses épaules. Cette impression ne dura qu'une seconde puisqu'aussitôt il se redressa, fier et digne, comme à son habitude.

— Nous sommes traités comme des monstres, Eirin.

Ses paroles eurent l'effet d'une bombe. La jeune fille écarquilla les yeux, abasourdie, et, pendant une seconde, seul un tintement de clochettes répondit à Madara.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? souffla-t-elle. Je croyais qu'avec l'accord de paix et le village…

— Je te l'ai dit. « Le champ de bataille n'est pas toujours là où tu le penses. »

— Mais, tu parlais de tensions au sein de ton clan.

— Les deux sont liés, Eirin. Les Uchiha sont sous tension parce que les habitants nous voient comme des meurtriers, des êtres abjects qui ont assassiné leurs parents, leurs enfants, leurs amis. Et certains d'entre eux n'ont pas tort, je ne compte plus le nombre de vies que j'ai enlevées au cours de la mienne… Mais le problème est le suivant : nous sommes les seuls qu'ils considèrent de cette façon tandis que les Senju sont acclamés en héros.

La jeune fille ne sut que dire. Elle savait la peur du Sharingan ancrée au plus profond de beaucoup de ninjas et même des civils, mais le récit de Madara la confrontait à une réalité sur laquelle elle avait fermé les yeux trop longtemps. Eirin s'en voulait de ne rien avoir remarqué avant qu'il ne lui dise. En tant qu'Hokage, elle avait juré de protéger chaque habitant et voilà qu'elle faillait à son devoir ! Ce n'était néanmoins pas le temps de se lamenter. Madara lui avait confié ses problèmes, et elle y trouverait une solution, foi de Sayuki.

— Quoiqu'ils en pensent, toi et tous les autres Uchiha avez votre place à Konoha, affirma Eirin en posant sa tête sur son épaule.

Elle sentit plus qu'elle ne vit l'Uchiha se détendre et esquisser un fin sourire.

— J'ai passé l'âge d'avoir besoin de réconfort, tu sais.

Malgré ces mots, Madara passa un bras autour de sa taille et embrassa son front avec une douceur que seule Eirin lui connaissait.

Une brise glaciale agita leurs chevelures respectives et arracha un frisson à la jeune fille, qui se blottit un plus près de son compagnon. Alors qu'elle soufflait sur ses doigts gelés pour tenter de se réchauffer, elle perçut Madara s'agiter à côté d'elle.

— Prends ça.

Il lui tendit sa paire de gants d'un air qu'il voulait nonchalant. Eirin sourit et les enfila en le remerciant. La sensation du tissu contre sa peau lui paraissait peu familière. Comment Madara pouvait-il les garder en toute circonstance ? Son regard doré descendit sur les mains de l'Uchiha, qu'elle décida d'entourer des siennes. Des cicatrices en tout genre parsemaient le dos de ses mains, ses paumes, ses phalanges…, mais Eirin les aimait comme ça.

— On devrait rentrer, murmura-t-elle.

— En effet.

Un silence.

— Mais j'en ai pas envie.

— Moi non plus.

Ils échangèrent une œillade complice et décidèrent donc de rester là à observer la reine d'argent qui trônait au milieu de ses sujets étoilés sur la voûte nocturne.

Je voudrais que jamais ce moment ne s'achève.