Épisode 11 – Partie 1

1

— Tifa ?

Le lendemain matin, peu avant l'ouverture du Septième Ciel. Loz et Tifa s'occupent des derniers préparatifs du déjeuner, tandis que Yazoo termine son café au comptoir. Près de lui, Marlène prend un petit déjeuner tardif et émet parfois de petits bruits gourmands.

Lui tournant le dos, la jeune femme laisse entendre un « Mhhh… ? ». Yazoo prend une dernière gorgée de son café puis, reposant sa tasse, questionne :

— Maintenant, tu es notre grande sœur à moi et Loz, pas vrai ?

Trouvant la question quelque peu étrange, Tifa cesse de jouer du couteau. Devant elle, différents légumes coupés en tranches, que Loz récupère en sifflotant pour les plonger dans l'eau qui bout devant lui. Prudente, la jeune femme répond :

— Plus ou moins…

— Ça veut dire oui ?

Elle soupire, comprenant qu'elle ne s'en tirera pas aussi facilement.

— Oui, Yazoo.

S'attend déjà au pire, d'autant que celui-ci n'a jusqu'à présent évoqué leur nouveau lien de parenté que pour s'en plaindre. Croisant les bras sur le comptoir, Yazoo a un petit sourire quand il s'enquiert :

— Dans ce cas, comment ça se fait que Kadaj et Denzel ont eu droit à un téléphone portable, mais pas nous ?

Tifa se crispe.

Oh non !

Elle peut entendre Loz émettre un petit rire, mais celui-ci ne semble pas décidé à se mêler à la conversation et se contente de contrôler la cuisson des tartes salées qu'ils ont au four. Tifa, elle, prend une longue, très longue inspiration – consciente que l'échange à venir s'annonce éprouvant.

— Ça coûte cher, Yazoo.

Ce qui est la pure vérité. Ce type d'appareils n'étant actuellement plus fabriqués, les revendeurs en profitent pour gonfler leurs prix, à tel point que nombreux sont ceux qui ne peuvent même pas se procurer les modèles les plus anciens.

En réponse, Yazoo se contente d'un laconique :

— Et ?

— Et on ne peut pas vous en acheter aussi facilement.

— Dans ce cas, pourquoi eux plutôt que nous ?

Tifa, qui attrape un des oignons se trouvant devant elle, se mord la lèvre. Sent qu'elle se trouve déjà sur une pente glissante.

— Parce que… parce qu'ils en ont besoin.

— Donc… ça veut dire que nous, on n'en a pas besoin ?

— Ce n'est pas…

— Je serais curieux de savoir sur quoi tu te bases pour affirmer ça… !

Marlène pouffe, amusée par le manège de Yazoo. La jeune femme prend sur elle. Est-ce que tout le monde a décidé de se liguer contre elle ce matin ?

Tranquillement, Yazoo tend sa tasse vide en direction de son frère qui, s'étant retourné, attrape la cafetière pour venir la lui remplir. Son regard, lui, reste braqué en direction de Tifa qui jure intérieurement. Au final, peut-être qu'elle préférait quand il l'ignorait. Oui, il a une façon de vous fixer qui vous met rapidement mal à l'aise.

— Je croyais que nous faisions partie de cette famille, maintenant…, reprend Yazoo, comme elle ne dit toujours rien. Mais apparemment, ce n'étaient que des paroles en l'air.

La jeune femme repose son couteau et s'oblige au calme. Elle comprend enfin l'attitude de Kadaj, le lendemain de sa décision de devenir la grande sœur de Yazoo. Tôt le matin, il s'était approché d'elle alors qu'elle prenait son petit déjeuner et, après lui avoir posé une main sur l'épaule, lui avait souhaité bon courage. Ce qui l'avait grandement surprise, surtout parce que Kadaj, des trois, lui semble celui qui apprécie le moins les contacts physiques.

— On vous en achètera un plus tard, répond-elle, à bout d'arguments.

— Mais nous, c'est maintenant qu'on en a besoin.

— Yazoo…

— Non, Loz ? Tu n'en pas besoin maintenant, toi ?

Loz ne répond pas, mais Tifa devine à son sourire que le petit jeu de son frère l'amuse grandement.

— Moi, j'ai juste l'impression que vous faites du favoritisme, continue Yazoo, infatigable. Tu te rends compte, Loz ? On appartient à cette famille que depuis quelques jours et ils ont déjà leurs petits chouchous. Quelle déception…

— Bon sang, mais quel âge as-tu ?! s'exaspère Tifa.

Et à Yazoo de calculer sur ses doigts.

— Quelque chose comme huit mois et un peu plus de trois semaines.

Cette fois, c'est en binôme que Marlène et Loz pouffent. Tifa leur décoche un regard contrarié à tous deux, avant de se tourner vers Yazoo. Celui-ci sirote tranquillement son café et continue de la fixer.

Elle laisse finalement entendre un soupir.

— Au premier abord, tu es celui qui a l'air le plus mature, dit-elle en revenant à ses oignons. Mais je me rends compte que ce n'est pas du tout le cas, en vérité.

— C'est parce qu'il veut pas parler aux gens, fait Loz, qui éteint le feu sous les légumes en train de cuire. Du coup, tout le monde se fait de fausses idées alors qu'en fait c'est un vrai gamin.

— Tu peux parler, réplique son frère.

— Mais quand même, poursuit Loz avec une moue. Moi aussi je trouve cette histoire de téléphones portables pas très juste.

— Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi !

Loz hausse les épaules.

— Désolé, mais c'est ce que je pense.

Cette fois, c'est du côté de Yazoo que Tifa peut entendre un petit rire. Agacée, elle se tourne vers lui et peut le voir se pencher en direction de Marlène. Lui passant un bras autour des épaules, il lui dit :

— Et je suis certain que toi aussi, tu trouves ça injuste, n'est-ce pas ? (La petite relève les yeux sur lui, un sourire amusé aux lèvres.) Tu fais partie des grands oubliés, ici, alors que toi aussi tu as le droit à un téléphone portable. C'est vrai, ça, pourquoi est-ce que Denzel en aurait déjà un et pas toi ?

— Yazoo ! intervient Tifa. Je t'ai dit que je ne voulais plus que tu manipules les enfants !

— Non. Tu as dit que je ne devais pas leur faire ce que je ne ferais pas à mes frères.

— Ce qui ne signifiait pas que ce serait sans conséquence, Yazoo. D'ailleurs, pour ta peine, tu es punie : tu tiendras le Septième Ciel avec Loz cette après-midi !

Scandalisé, Yazoo redresse sa position. Ignore le rire que laisse entendre Loz et s'exclame :

— Quoi ? Mais c'est injuste !

— C'est comme ça, répond Tifa en retournant à son activité première.

Dans les escaliers, un pas résonne et Kadaj ne tarde pas à faire son apparition. Yazoo se tourne aussitôt vers lui.

— Kadaj, écoute ça ! Tifa ne fait pas les choses correctement et…

— Fais ce qu'on te dit, se contente de lui répondre son frère en s'installant sur le tabouret près de lui.

— Mais elle m'a puni alors que…

— Je suis sûr que tu l'as cherché.

De plus en plus scandalisé, Yazoo ouvre la bouche pour se plaindre davantage, sans toutefois qu'aucun son n'en sorte. Il peut d'ailleurs entendre Loz et Marlène pouffer; voit les épaules de Tifa trembler, comme si la jeune femme tentait d'étouffer un éclat de rire. Kadaj, lui, ne fait déjà plus attention à lui et bâille à s'en décrocher la mâchoire. Comprenant qu'ils ont tous décidé de retourner leur veste et de se liguer contre lui, Yazoo s'enfonce dans un silence vexé.

Terminant son petit déjeuner, Marlène lance :

— Comme y a pas d'école aujourd'hui, tu pourras m'emmener à l'église, Tifa ?

L'interrogée, qui en termine tout juste avec son activité et essuie du dos de la main les quelques larmes venues lui border les yeux, se tourne vers elle. Une expression désolée vient se peindre sur son visage.

— Ça risque d'être difficile. J'ai beaucoup de choses à faire cette après-midi.

— Dans ce cas, est-ce que Kadaj peut m'emmener ?

En dehors de celui de Yazoo, tous les regards se tournent en direction du concerné. Celui-ci hésite, ayant espéré pouvoir profiter de son après-midi pour continuer sa recherche d'emploi et…

— Si tu ne peux pas, c'est pas grave, lui fait savoir Tifa. J'essayerai de l'emmener un autre jour.

— Et tu me puniras pour m'obliger à tenir le restaurant à ta place…

— Yazoo !

— De plus en plus décevant… !

Et l'air toujours plus sombre, Yazoo s'en retourne à sa tasse de café. Semble décidé à ne plus faire attention à ce qui l'entoure. Marlène, elle, a une moue déçue que Kadaj surprend du coin de l'œil. Et s'il est vrai que chercher du travail est important, il sait qu'entretenir de bonnes relations avec les enfants l'est encore davantage.

Pour le moment, c'est presque comme si c'était déjà gagné, mais… il reste encore du temps, avant la fin du mois. Et c'est mieux de mettre toutes les chances de notre côté si on veut pouvoir rester ici.

C'est pourquoi répond-il finalement :

— Si je peux quitter le service un peu plus tôt, je veux bien l'emmener.

2

— Bien, monsieur.

Son téléphone portable vissé à l'oreille, Tseng a les yeux braqués en direction du Septième Ciel. Son expression est de glace et son ton a quelque chose de mécanique.

— Nous serons prudents, comme convenu. Mais comme je vous l'ai déjà dit, pour ma part, leur culpabilité ne fait aucun doute.

À cette heure l'établissement est encore plein, et pourtant, il peut voir Kadaj le quitter en compagnie de Marlène. Avec un sourire, la petite lui tend sa main, qu'il accepte sans rechigner. Puis l'Incarné jette un regard à droite et à gauche, s'attarde un peu trop dans la direction où il se trouve, dissimulé à l'angle d'un bâtiment, avant de se mettre en marche. Tseng le suit des yeux et ajoute :

— C'est entendu. Je vous préviendrai si nous devions avoir du nouveau de notre côté.

Là-dessus, il raccroche et se tourne vers Rude et Elena, qui se tiennent derrière lui. Les deux ont la mine sombre, en particulier la jeune femme dont les yeux marron sont habités par la colère. Rangeant son téléphone portable dans les poches de sa veste, il dit :

— Je vous confie le reste !


De retour pour l'épisode 11 ! \o/ Et contrairement à ce que j'ai dit la dernière fois, cet épisode n'est pas découpé en 4 parties, mais 5 parties.


Vuoksi : Oooh, mais ça me fait rudement plaisir d'apprendre que tu lis toujours cette fic ! :D Et pas d'inquiétude pour Reno, j'ai encore trop de projets pour lui pour le faire mourir. x)

Yazoo oscille effectivement, il a encore du mal à se stabiliser, même s'il y a un peu de mieux. Quant à Kadaj... je m'en veux de le faire galérer comme ça, vraiment, et si j'écoutais juste mon petit cœur qui s'en fout du développement de l'histoire, je le noierais sous des tonnes d'amour et de fluff. ;_;

Tout va bien de mon côté, en tout cas, et j'espère qu'il en va de même pour toi ! :)