Enfin le Chapitre 51! On s'approche de la fin et notre style d'écriture à encore un peu évoluer. J'espère que vous allez apprécier.

Merci encore pour toutes les critiques ça nous fait énormément plaisir.

Et merci à ElHerisson de nous avoir signaler le passage doublé. J'aurai voulu te remercier avant mais tu n'as pas de messagerie privée.


Venise - CHAPITRE 51

La terrasse du petit café dans lequel Hermione était actuellement en train de déguster sa glace, aux côtés de ses amis, était en plein soleil vénitien. Malgré la saison, il faisait relativement beau à Venise – contrairement à ce qu'elle avait l'habitude de subir à Londres – et ce n'était pas pour lui déplaire !

Elle avait craqué pour une énorme glace à l'italienne, framboise et chocolat, qui aurai fait pâlir de jalousie les clients de Florian Fortarôme sur le chemin de traverse. Elle était parsemée de petites pépites multicolores qui explosaient en de petits feux d'artifice dès qu'on les touchait avec une cuillère. Ginny l'avait accompagnée plus classiquement avec une glace à la citrouille et à la menthe qui, quant à elle, était recouverte de pétales surprises aux gouts plus déconcertant les uns que les autres. Les garçons avaient préféré rester plus sobres en ne prenant qu'un expresso moldu mais ne rechignaient pas à tremper des biscuits dans la fontaine de chocolat inépuisable que Blaise avait commandé.

Plus tôt dans la matinée, Harry était arrivé à leur obtenir un portoloin ainsi qu'une autorisation pour Drago de sortir du territoire en sa compagnie. Même si Drago avait rechigné en prétextant qu'il n'avait pas eu le temps de vraiment récupérer, tous étaient conscient qu'il était surtout effrayé de voir les choses aller aussi vite. Les cris qu'il avait poussés pendant la nuit et qui les avaient tous réveillés, n'avaient fait que leur confirmer qu'il était plus que temps de mettre un terme au calvaire du jeune Serpentard. Il était évident que Pattenrond et Lyra n'avaient quasiment plus d'effets sur ses cauchemars ; si Hermione appréciait passer la nuit à ses côtés, elle aurait nettement préféré qu'il puisse enfin passer ses nuits tranquillement…

À peine étaient-ils arrivés dans l'aile du Palais des Doges qui servait de point d'arrivée à tous les visiteurs magiques de Venise, qu'un elfe de maison au visage fripé ; aux oreilles tombantes mais à l'œil particulièrement vif les avait accueillis pour récupérer leurs bagages. Lupo, que Blaise leur avait présenté comme étant l'elfe de sa mère et avec qui il avait discuté – au plus grand étonnement d'Hermione – comme il l'aurait fait avec un vieil oncle pour qui il aurait eu énormément d'affection, était vêtu d'une redingote et d'un tricorne a plume. Elle ne lui avait pas posé de questions mais s'était promis de discuter avec Lupo, seule à seule, dès qu'elle en aurait l'opportunité ; c'était une occasion rêvée d'en apprendre plus sur les conditions de vies des elfes dans d'autres pays que l'Angleterre.

Une fois l'elfe partit, ils étaient sortis du Palais des Doges et s'étaient retrouvés sur la place St Marc. Après avoir supplié les quatre autres de bien vouloir consentir à faire un détour pour visiter la Basilique St Marc et quelques autres lieux touristiques moldus, Hermione était arrivée à obtenir gain de cause en les inondant d'information concernant l'histoire de Venise et de ses majestueux édifices. Elle avait été certaine qu'ils craqueraient et elle avait vu juste, car même pas un quart d'heure plus tard, ils étaient tous sous les coupoles de la basilique en train d'admirer leurs magnifiques mosaïques d'inspiration byzantines… certes elle était la seule à être aux anges mais tant pis, ça en valait la peine!

Après les avoir embarqués dans une promenade en gondole pour contempler les somptueux palais gothiques, elle les avait entrainés sur le grand marché de Venise pour profiter de l'ambiance italienne aux accents si chantants. Mais si Hermione était enchantée de la profusion d'odeurs et de couleurs du marché, elle avait également vu à quel point être en présence de tant de moldus à l'enthousiasme excessif rendait Drago mal à l'aise.

Bien qu'Hermione ait tenu à finir sa visite par le Ca'Rezzonico – un musée fabuleux qui donnait un aperçu de la vie quotidienne des Vénitiens au XVIIIe –, l'état du blond qui tentait coûte que coûte de faire bonne figure alors qu'il semblait pâlir de secondes en seconde au milieu de la foule de touristes moldus, lui avait fait renoncer. Elle avait donc décidé de couper court à sa visite du Venise moldu et avait demandé à Blaise de les guider à un café sorcier. Elle aurait bien aimé en voir plus, mais le bienêtre de Drago passait avant ses envies touristiques ; elle pourrait toujours revenir après...

Passant par l'arrière-salle d'un petit café moldu, Blaise les avait conduits dans sa petite cour qui donnait, après avoir passé une grille envahie de lierres, sur la terrasse d'un café bien sorcier celui-ci.

Hermione aurait adoré arriver en gondole par le dessous du pont Rialto – l'autre entrée de Rive-Haute, le quartier sorcier Venicien–, mais la vue du Meraviglioso, le marché magique de Venise qui s'était étalé devant ses yeux avec toutes ses merveilles, lui avait fait oublier toute la « magie » du Venise moldu en moins d'une micro seconde.

Ginny avait alors décrété qu'elle avait faim et qu'il était hors de question qu'elle fasse un pas de plus sans avoir dégusté une des délicieuses glaces que le café par lequel ils étaient arrivés proposait.

Ils étaient depuis lors installés confortablement à cette terrasse, profitant de la douceur de la météo italienne ainsi que de leur cuisine. « Il ne faudra pas longtemps avant que Blaise ne se mette à taquiner une nouvelle fois Ginny à ce sujet » pensa-t-elle, amusée. Le Serpentard pouvait être exaspérant une fois lancé sur les mérites de son pays natal, même si elle soupçonnait qu'il le faisait surtout pour les embêter.

Tandis que les quatre autres discutaient joyeusement, Hermione profita de cette pause pour observer les mages vénitiens. Apparemment bien moins réfractaires au monde Moldu, un certain nombre étaient vêtus d'un simple jeans, d'une chemisette et parfois d'un pull ou d'une veste pour les plus frileux. Les autres avaient des tenues de mages très différentes des robes de mages anglaises à l'aspect très moyenâgeux ; les Vénitiens leur préféraient des tenues plus inspirées de la renaissance qui lui firent tout de suite penser aux costumes du carnaval de Venise. Cette impression était d'autant plus accentuée par le fait que, certains, qu'ils soient en costume bariolé ou en vêtements moldus, portaient des masques aussi magnifiques qu'exubérants. Hermione avait lu que la règle, quelques dizaines d'années auparavant, était de porter un masque dès que l'on se rendait dans un lieu public, mais que l'ouverture au monde moldu avait fait changer les meures petit à petit. Cependant, la coutume était en partie restée puisque dès la tombée de la nuit tous revêtaient leur masque, qu'il soit simple ou particulièrement ornementé.

Sortant de sa contemplation, elle se réintéressa à la discussion de ses amis :

— Le Comète 350 va être une révolution ! Son angle de braquage et sa vitesse en piquet sont tout bonnement incroyables ! s'extasiait Harry au grand dam d'Hermione, qui les entendait pour la millième fois parler Quidditch depuis que Blaise les avait rejoints.

— Il va se faire supplanter par le Fulmine Furioso ; il sera cent fois… commença Blaise avant de se faire interrompre par Drago.

— Tu nous saoules avec tes balais italiens ! Les anglais sont bien meilleurs ! déclara Drago, un sourire railleur aux lèvres qui montrait bien que son seul but était d'asticoter le métis.

— Je n'ai jamais essayé de balais italiens, dit Harry, tentant d'être diplomate, mais reconnais quand même que les balais anglais, français et américains sont largement plus connus que les italiens. Ce n'est pas pour rien qu'on ne les voit jamais apparaitre dans le « top 10 » du Quidditch magasine.

— Je ne dis pas que vos marques de luxe ne sont pas formidables, mais ils sont extrêmement fragiles, intervint Ginny. Un Brossdur ou un Nimbus sera toujours plus fiable et…

— On parle de vrais balais, fillette ! la coupa Drago en se moquant, pas de jouets juste bons pour les entrainements scolaires. Aucun professionnel ne se sert d'un Brossdur ou d'un Nimbus.

— Vous savez quoi ! s'exclama Blaise. Je vais vous faire essayer des Furiozos et vous changerez tout de suite d'avis ! Il y a un magasin de Quidditch exceptionnel qui a même sa propre piste de vol ici à Rive-Haute.

— Franchement, Blaise ! se moqua Drago. Tu crois vraiment …

— Saviez-vous que Rive-Haute, ou « Rivoaltus » comme on dit ici, est à l'origine du nom que porte le quartier moldu du Rialto dans lequel il est situé, tenta Hermione pour changer de sujet de conversation, tant elle en avait par-dessus la tête d'entendre parler Quidditch. À l'origine c'était un village comme Pré-au-lard, mais Venise s'agrandissait avec le grand marché de Venise qui y fut transféré au XIe siècle. Il s'est donc retrouvé totalement englobé ; le village est devenu un quartier très florissant, et il a dû disparaitre aux yeux des moldus. Cependant, son souvenir est resté gravé dans leur mémoire et ils ont donné le nom de Rialto au quartier.

Elle avait dit tout cela d'une traite, sans presque reprendre son souffle et les quatre amateurs de Quidditch s'étaient arrêtés de parler, surpris par cette tirade tout à fait hors sujet. Ils la regardaient, les yeux pleins de surprise, ne sachant trop comment réagir. Puis, d'un coup, Blaise parti dans un fou rire communicatif.

— Si c'était pour nous dire que tu en as marre qu'on parle Quidditch, il y avait plus simple que de nous retracer l'histoire du quartier magique depuis la préhistoire, s'amusa-t-il. Et si on se levait pour que je vous fasse visiter le marché ? Vous allez voir, c'est sans comparaison avec les petits commerces du chemin de traverse !

Pestant une nouvelle fois contre l'italien bien trop présomptueux quand il s'agissait de parler de son pays, Ginny se leva et incita les autres à la suivre. Elle avait vu au loin un marchand de longues écharpes aux couleurs chatoyantes qui feraient certainement un joli souvenir à ramener à sa mère, et Hermione partageait cet avis ; elles semblaient vraiment très belles.

— J'espère quand même qu'elles seront dans mes moyens, grommela la rousse à côté d'elle, tandis que les garçons restaient à la traine.

Hermione compatit avec sa meilleure amie, mais ne lui répondit pas ; Ginny n'aurait surement pas envie de s'apitoyer sur ce sujet encore relativement sensible.

Après que Ginny ait achetée une écharpe – qui finalement était à un prix plus qu'honnête – pour Molly, le groupe se dirigea vers le centre du Meraviglioso.

Hermione était aux anges ! l y avait de tout dans ce marché ; on pouvait aussi bien y trouver des échoppes toutes simples qui vendaient de la nourriture, ou d'autres, absolument fabuleuses, proposant des jouets animés, des familiers exotiques ou des instruments de musique aux formes étranges.

Bien qu'on pouvait trouver de nombreux objets moldus ou sans capacités magiques au Meraviglioso, la plupart des marchands vendaient des objets magiques ou ayant trait à la magie et Hermione n'avait jamais vu autant d'objets merveilleux de sa vie. Ce marché portait décidément bien son nom !

Ils traversèrent d'abord une allée pleine de marchands de chaudron qui vantaient leurs petits chaudrons sans foyer ; de vendeurs de fioles et autres récipients de verre pour conserver potions et ingrédients, tous incassables, réfrigérantes, ou asséchantes ; mais elle fut bien plus intéressée par les étals suivants et s'arrêta devant un des vendeurs de parchemins et de plumes, tandis que les autres continuaient doucement leur visite.

Elle trouva de jolis vélins d'une finesse incroyable et des parchemins effaçables. Elle choisit également plusieurs plumes multicolores plus performantes les unes que les autres, mais sa plus belle trouvaille fut une jolie plume mauve et or capable de copier toute seul le texte se trouvant en dessous du parchemin sur laquelle on la posait. Le prix avait beau être un peu élevé, elle ne résista pas très longtemps avant de la déposer dans le petit panier fourni par le marchand pour entreposer ses choix avant de passer au payement.

— Hermione ! Tu n'es pas obligée d'emporter toute la boutique, se moqua Drago qui était revenu en arrière pour la rejoindre et qui jouait avec une boite ouvragée contenant une longue plume rouge et noir. On croirait voir une gamine de dix ans dans un magasin de poupées.

Pour toute réponse, Hermione lui tira la langue et ajouta une petite plume bleue à son panier ; ce qui fit sourire Drago.

Elle ne put s'empêcher de trouver qu'il avait un merveilleux sourire quand il s'en donnait la peine ; ce qui la fit sourire à son tour. Il se rapprocha alors et, le plus naturellement du monde, il passa son bras autour de sa taille pour la rapprocher de lui et lui donner un léger baiser, juste derrière l'oreille, avant de se diriger vers le vendeur et de régler son achat.

Elle n'en revenait pas du chemin qu'ils avaient fait en quelques semaines. Il était tellement différent de l'image qu'elle s'en était faite ! Bien sûr il ne manquait pas une occasion de la mettre en boite et il avait parfois des réflexions à la limite de la méchanceté quand il critiquait ce qu'il n'aimait pas ; mais Il était également capable de se montrer d'une douceur et d'une tendresse déconcertante.

Sortant de sa rêverie, elle se dirigea vers le marchand, paya, et retrouva Drago un peu plus loin. Répondant à son geste d'affection précèdent, elle se permit de glisser sa main dans la sienne, légèrement inquiète de la réaction qu'il pourrait avoir. Il garda cependant un visage impassible et fit comme si cette attitude de parfait petit couple ne l'affectait en rien ; mais elle sentit à travers le bracelet un mélange de surprise, d'inquiétude, mais aussi se félicité, ce qui la rassura.

Ils rejoignirent rapidement les trois autres qui ne manquèrent pas de remarquer leurs mains jointes. Si Harry et Ginny se mirent à sourire ; Blaise, lui, se rapprocha de Drago pour lui faire une tape amicale dans le dos et lui glissa un petit mot à l'oreille qui le fit légèrement grogner, mais qui ne le contraria apparemment pas plus que ça puisqu'il garda le sourire.

Ils continuèrent ensuite leur visite du Meraviglioso. Hermione s'amusa de trouver à ce marché une ressemblance avec la Foire de Londres avec ses démonstrateurs d'inventions destinées à révolutionner le monde ; le monde sorcier en l'occurrence ici. On y vantait les mérites d'objets comme l'Oreiller bon sommeil, le peignoir chauffant, les Pantouflesaupied qui revenaient à leur propriétaire en sautillant s'il les sifflait, ou bien encore les chaussettes sans odeurs, sans oublier l'inégalable crème Bellemains. Hermione fut cependant particulièrement impressionnée par une ceinture qui, si on la positionnait autour du tronc d'un arbre, permettait, si on le lui demandait gentiment, de faire se déplacer l'arbre sur plus de dix mètres. Elle avait également aimé un étal qui proposait des lunettes qui lisaient les livres aux mal voyants, des agrandisseurs d'oreilles pour malentendant et des déambulateurs magiques se fixant aux jambes des vieux sorciers et sorcières pour leur permettre de se déplacer comme s'ils étaient encore dans la fleur de l'âge.

Elle admira aussi les nombreux étals proposant des plantes magiques, des rossignols sifflant des symphonies, des échiquiers magiques, du matériel de camping avec des tentes magique à la pointe du progrès, des ustensiles de ménage s'occupant de la maison sans qu'il y ait besoin de lancer des sortilèges, et tout un tas d'objets du quotidien, de vêtements ou de mobilier. Et quand Blaise vanta à nouveau la diversité et la qualité du marché magique de sa ville natale, elle n'eut rien à redire ; même Ginny le lassa faire. Drago, quant à lui, préféra lui rappeler qu'ils avaient visité le grand marché de Shanghai quelques années auparavant et qu'il était encore plus impressionnant. S'eut pour effet de faire bouder un instant le métis, mais il reprit vite du poil de la bête et les emmena jusqu'à un nouveau vendeur de bonbons qui cloua le bec même à Drago tellement les sucreries étaient étonnantes.

Ginny et Harry y achetèrent des sucreries vénitiennes en forme de petits animaux transparents et aux gouts déroutants ; Blaise, quant à lui, fit le plein d'un tas de choses bizarroïdes qu'Hermione doutait d'avoir envie de gouter.

Un peu plus loin, Drago fit l'acquisition d'une couverture ronronnante et d'une balle à rebondissement infini pour Lyra.

Quittant le marché, Blaise leur fit visiter les petites ruelles bordées de canaux qui entouraient la place du marché.

Passant devant un bouquiniste, Hermione craqua sur un vieux volume enluminé empli de nombreuses cartes de toute époque montrant l'évolution de Venise et de Rive-Haute. Bien sûr, il était en Italien, mais il n'y avait pas trop de texte et elle se rappelait avoir vu à Poudlard des sorts de traduction.

Après avoir longé des palais plus somptueux les uns que les autres et visité quelques boutiques supplémentaires, Hermione s'aperçut que le soleil commençait à se cacher derrière les hautes façades luxueuses ; elle jeta un œil à sa montre et se rendit compte qu'ils avaient déjà passé toute l'après-midi à visiter la ville sorcière et qu'il était peut-être temps de rentrer.

Quelques minutes plus tard, ils étaient tous devant le Palais Zabini : un luxueux hôtel particulier à la façade néogothique de pierre blanche richement sculptée d'arabesques, de motifs floraux et d'animaux fantastiques. La demeure semblait n'avoir que trois étages, mais Hermione se doutait que l'intérieur était certainement plus vaste encore. Elle allait suivre Blaise et Drago à l'intérieur, quand elle remarqua qu'autour des luxueuses fenêtres ouvragées munies de balcons, de nombreuses gargouilles la suivaient de leur regard inquiétant ; certaines se déplaçaient même lentement sur la façade, comme intriguées par la venue des nouveaux arrivants.

Légèrement mal à l'aise, elle les rejoignit rapidement dans l'antichambre où Lupo les attendait déjà pour les mener dans un grand hall époustouflant. Au-dessus d'eux, surplombant tout le hall, un grand vitrail aux motifs floraux très clairs mêlés de crânes, illuminait la pièce comme s'ils étaient en plein jour, donnant même l'impression que des rayons de soleil scintillant la traversait.

Autour d'eux, tout n'était fait que de marbre blanc et rose pale, de verre poli et de dorure ; des plantes grimpantes aux fleurs multicolores s'enroulaient autour de colonnades sculptées de crânes et d'animaux chimériques soutenant les nombreux balcons qui semblaient desservir la plupart des pièces du palais sur une dizaine d'étages ; deux énormes gargouilles félines en pierre noire encadraient les marches d'un escalier, se perdant dans un schéma complexe à travers les étages. Elles aussi les observaient ; et Hermione n'aurait pas été surprise qu'elles soient capables de déchiqueter de leurs griffes et de leurs crocs le visiteur indésirable qui oserait poser un pied sur le tapis de velours rouge qui recouvrait l'escalier.

À peine Blaise eut-il monté quelques marches, les invitant à le suivre, qu'une dizaine de majestueux oiseaux au plumage d'un blanc immaculé s'envolèrent des colonnes pour venir se poser sur la rambarde du cinquième étage. Ils entamèrent alors un chant mélodieux qui dura jusqu'à ce que les visiteurs arrivent à leur niveau. Blaise les conduit dans ce qu'il appela le grand Salon où Mme Zabini devait selon lui les attendre avec impatience.

Dire qu'Hermione était impressionnée aurait été un euphémisme. C'était un peu comme lorsqu'elle avait découvert le chemin de traverse pour la première fois ; ça avait un côté merveilleux et féérique, et en même temps c'était un tout petit peu inquiétant surtout, elle devait l'avouer, à cause de la présence des crânes et de tous ces animaux de pierre animés. Elle se rappela cependant que Blaise lui avait avoué que sa mère était non seulement une très puissante sorcière, mais également une grande nécromancienne. Aussi, elle devait avouer qu'elle s'était jusqu'ici fait une toute autre idée d'un palais dédié à la nécromancie et que l'endroit était en fait bien plus accueillant que les cachots de rogue à Poudlard. Elle ne pouvait cependant pas cacher son stress et son appréhension à l'idée de rencontrer une telle sorcière. C'est alors que la main rassurante de Drago dans son dos et le sourire enjoué de Blaise lui firent mettre ses angoisses de côté. Elle se sentit même idiote tout à coup, se rappelant qu'elle avait affronté bien pire situation.

Jetant un regard d'encouragement à Harry et Ginny, qui semblaient tout aussi impressionnés qu'elle, Hermione suivit les deux Serpentards dans le grand salon.

La pièce, immense, était dans le même style que le grand hall à l'exception près que le plafond en bois sculpté et le parquet en marqueterie donnaient un côté plus chaleureux à la pièce. Une douce lumière là encore, leur parvenait de grandes fenêtres aux arches gothiques auprès desquelles se trouvaient de grandes plantes vertes aux fleurs extravagantes. Quelques bibliothèques venaient ornementer les murs et plusieurs groupes de petits fauteuils en cuir brun et de petites tables basses agrémentaient la pièce. Dans un recoin, un bar en acajou avec deux chaises hautes donnait un peu d'originalité à la pièce. Au centre, un piano, une harpe et un violoncelle semblaient indiquer que la maitresse de maison affectionnait tout particulièrement la musique.

Près des fenêtres, confortablement installée sur une des deux méridiennes en velours beige, une femme d'une grande élégance se leva à leur entrée, reposant le live qu'elle tenait sur une toute petite desserte. Elle se dirigea aussitôt vers eux. Son port altier n'avait rien à envier à Narcissa Malefoy, mais elle y ajoutait un soupçon de grâce féline qui donnait à sa démarche et ses mouvements beaucoup de séduction. Particulièrement grande, elle avait une silhouette de mannequin, des cheveux noirs de jais, un visage radieux presque juvénile et de grands yeux bleus pleins de charme. Bien que sa peau soit plus claire que celle de son fils, elle était d'un joli doré due au soleil italien qu'elle ne fuyait apparemment pas.

Arrivée à leur niveau, elle prit son fils dans les bras et l'embrassa sur le front en prenant ensuite son visage entre ses mains pour le regarder avec tendresse.

— Tu m'as manqué mon chéri, dit-elle en se moquant quand Blaise tentait d'échapper à son étreinte.

Laissant Blaise grogner sur le fait qu'elle en faisait trop et qu'il ne s'était absenté qu'une journée, elle se retourna pour prendre Drago dans ses bras et le couvrir de baisers.

— Toi aussi mon chéri, tu m'as manqué ! Laisse-moi te regarder, dit-elle en s'éloignant légèrement sans cesser de le tenir par les bras. Tu es de plus en plus beau, mais aussi de plus en plus maigre ! Tu ne repars pas d'ici sans avoir repris quelques kilos. Je vais bien m'occuper de toi… et on va supprimer toutes ces choses qui te font du mal, ajouta-t-elle ensuite, le regard tout à coup féroce et vindicatif.

Elle le reprit alors dans une rapide et douce étreinte, l'embrassant à son tour sur le front comme elle venait de le faire à son fils.

Hermione ne s'était pas imaginée une seconde la nécromancienne aussi aimante, mais le regard qu'elle avait entrevu lui avait aussitôt rappelé à quel point cette femme pouvait être dangereuse. Elle n'avait certainement pas la réputation d'avoir assassiné tous ses maris pour rien !

Détournant son attention de Drago, elle s'intéressa ensuite aux invités de son fils ; les inspectant comme si elle les évaluait tour à tour.

— Soyez les bienvenus dans ma maison ! dit-elle tout à coup d'une voix chaleureuse et chantante.

Puis, se dirigeant vers Harry, elle l'embrassa sur les joues comme s'il était de la famille.

— Ainsi donc, voilà le grand Héros qui défia la mort par deux fois, fit-elle avec une pointe d'admiration et de respect dans la voix. Cette Maison est autant celle des vivants que celle des morts. Sois donc ici chez toi.

Ensuite, se dirigeant vers Ginny, elle l'étreignit de la même façon qu'Harry, mais s'arrêta pour la regarder au fond des yeux comme pour voir au plus profond d'elle. Elle s'écarta puis doucement, lui sourit, et s'adressa à elle avec énormément de gentillesse.

— Tu n'es pas juste ce que tu parais être, jeune sorcière. Ne craint jamais la part sombre que tu as en toi et transforme là en force.

Hermione était de plus en plus mal à l'aise face à cette femme qui semblait presque aussi étrange que Dumbledore.

— Mme Zabini, dit-elle nerveusement quand celle-ci se tourna enfin vers elle.

— Ainsi donc voici la petite amie de mon cher Drago ! dit-elle en la jaugeant de haut en bas.

Hermione se sentit vraiment idiote dans sa petite jupe droite et son chemisier blanc. Elle avait beau porter une légère veste assortie, sa tenue n'avait rien à voir avec celle de l'hôtesse qui les accueillait. Mme Zabini était vêtue d'une longue robe noire sans fioritures, mais fendue sur le côté jusqu'en haut de la cuisse, et affichait un magnifique décolleté, mettant en valeur sa poitrine et son long cou, qui était décoré d'une unique perle blanche sur un fil d'or. Quant à ses cheveux, rassemblés en un savant chignon traversé par une longue aiguille dorée elle aussi, ils n'avaient rien à voir avec la masse broussailleuse de ses cheveux qu'elle avait rassemblée en une simple queue de cheval maintenue par une grosse barrette.

— Ne stresse pas ainsi ma chérie, s'amusa l'italienne tout à coup. Je ne compte pas te donner en pâture à mes gargouilles ! Tu as une force et une intelligence en toi qui est unique. Tu n'es qu'un diamant brut qui a tout le temps de s'épanouir ; j'ai hâte de voir ce que tu vaux. Et… appelle-moi Vittoria s'il te plait ! Autant prendre dès maintenant de bonnes habitudes.

Hermione était légèrement interdite et ne savait pas trop quoi répondre.

— D'ailleurs, cela vaut pour vous deux aussi ! ordonna-t-elle en s'adressant à Harry et Ginny. Je ne suis pas encore assez vieille pour que l'on m'appelle « Mme Zabini » !

Puis, claquant des doigts, elle appela Lupo.

— Peux-tu conduire nos charmants invités jusqu'à leurs chambres, mon trésor… et nous préparer à diner, je suppose qu'ils sont tous affamés.

— Je vous laisse une grosse heure pour vous installer et vous rafraichir après votre journée bien chargée, puis nous nous retrouvons pour manger ! Cela vous convient-il ? demanda-t-elle ensuite.

Harry et Ginny avaient été conduits dans une somptueuse chambre dans les tons bleu et crémé dont le thème principal devait être l'iris, puisque la fleur décorait la plupart du mobilier dans un style aux inspirations asiatiques raffinée et apaisante, tandis que de nombreux bouquets de fleurs entouraient une immense baignoire ronde dans une salle d'eau qui semblait pouvoir se refermer à l'aide de panneau coulissant japonais.

Hermione se demandait bien dans quel style de chambre Lupo allait la conduire quand il l'invita, elle et Drago, à entrer dans une chambre aux couleurs automnales au milieu de laquelle se trouvait un immense lit de couleur crème sur lequel dormaient déjà Pattenrond et Lyra.

A peine Hermione voulut-elle demander à Lupo s'il n'avait pas une seconde chambre, qu'il avait déjà disparu, la laissant légèrement embarrassée.

— Je suppose que l'on va devoir dormir tous les deux ici, fit Hermione la voix légèrement trop aiguë.

— On dirait bien, lui rétorqua Drago avec un sourire enjôleur sur les lèvres. Et puis j'espère que tu en profiteras pour me faire un défilé de nuisettes ! Après tout je ne te les ai pas offertes à Noël pour qu'elles restent dans ton armoire.

Rouge pivoine, Hermione se mis à bégayer.

— Je… je ne les ai pas emmenées… et puis on n'en est pas encore là… enfin je crois ?

— Eh bien ! il faut croire que si, puisque je les ai glissées dans ta valise avant de partir ! lui dit-il avec aplomb.

— Quoi ?! Que… Tu n'as pas… commença à réagir Hermione.

— C'est-à-dire que… tu sais… demain ça va être très dur pour moi… aussi j'espérais un peu de compassion de ta part, quelque chose à quoi me raccrocher, gémit-il le visage accablé, mais l'œil espiègle.

— Tu n'es qu'un sale Serpentard manipulateur, lui lança-t-elle courroucée.

— Ça veut dire oui ? demanda-t-il tout à coup aux anges et le regard presque suppliant, ce qui la fit pratiquement craquer.

— Ça veut dire « peut-être », annonça-t-elle, un petit sourire gêné aux lèvres.

Pour toute réponse, il l'embrassa.

Légèrement paniquée, elle se demanda jusqu'où allait l'emmener tout ça. Mais quelques secondes plus tard, il la relâchait et commençait à défaire sa valise.

Respirant d'un coup plus aisément, Hermione posa sa valise sur le lit et en profita pour observer la chambre.

Une chose au moins la rassurait : la salle de bain n'était pas dans la pièce ou quasiment, contrairement à celle d'Harry et Ginny. La chambre qu'on leur avait donné était bien plus… bien moins… elle ne savait pas trop comment dire, mais ce qui était sûr c'était qu'elle lui semblait moins sensuelle que la chambre iris. Elle était plus rassurante avec son papier peint aux dessins de feuillage automnal qui semblait se balancer comme sujets à une douce brise. La chambre était également un peu plus petite et donc moins impressionnante. Deux fauteuils, une table basse, une petite bibliothèque, un bureau, une grande armoire et une commode donnaient l'impression d'être presque comme chez soi. Seul le grand lit et son voilage suspendu au plafond semblait légèrement intimidant.

Ils allaient dormir ensemble cette fois-ci encore, mais ça n'avait rien à voir avec toutes les autres fois où elle l'avait fait pour le veiller. Elle était désormais sa petite amie et il fallait se rendre à l'évidence qu'elle n'était pas prête pour ça ! Pas encore ! Pas qu'elle n'aurait pas voulu… mais elle était terrifiée. Ce qu'il lui était arrivé avait forcément d'innombrables conséquences et elle n'avait aucune idée de comment gérer la situation. Et puis, il avait bien plus d'expérience qu'elle ! Et elle… elle, elle n'avait eu que sa désastreuse expérience avec Ron. Elle lui avait menti en lui parlant d'un été où elle avait vécu une expérience inoubliable avec un moldu ! Mais il se moquait tellement d'elle à l'époque qu'elle n'avait trouvé que ça pour se défendre… C'était idiot. Et maintenant, ça allait se retourner contre elle. Soit elle ne le lui disait pas et elle risquait de stresser, voir de paniquer sans qu'il comprenne, sans compter qu'au moment crucial il allait bien se rendre compte qu'elle était encore vierge et il faudrait alors de toute façons qu'elle le lui explique, soit elle le lui disait avant, mais elle ne savait pas comment aborder ce sujet de conversation. « Au fait Drago, tu sais… je t'ai menti ! Je suis encore vierge ! » Il allait se moquer d'elle ou bien être furieux qu'elle lui ait menti et douter de tout ce qu'elle avait pu lui dire d'autre.

Laissant Drago passer dans la salle de bain avant elle, elle lui fut reconnaissante de quitter la chambre juste après pour aller rejoindre Blaise.

oooOOooOOOooOOooo

Drago avait bien vu à quel point Hermione semblait mal à l'aise et intimidée. Il ne fallait pas être Serpentard pour le deviner. Cependant, il n'en saisissait pas pour autant les raisons. Ce n'était pas comme s'ils n'avaient jamais dormi ensemble. Ça aurait même dû être moins déstabilisant pour elle, maintenant qu'ils s'étaient embrassés et qu'ils étaient ensemble. Si quelqu'un devait se sentir stressé, c'était plutôt lui ! Drago ne savait même pas s'il pourrait supporter de simples caresses sur sa peau sans faire une nouvelle crise. Il comptait sur la douceur d'Hermione, sur sa compréhension et sa maturité pour l'aider à franchir certaines étapes… En dehors de l'horreur de ce qu'il avait vécu, il s'était senti, à de nombreuses reprises, honteux de ne plus être capable de faire quoi que ce soit avec Pansy. Mais, ce qui lui arrivait avec Hermione n'avait rien à voir. Il savait tout au fond de lui qu'il pouvait lui faire confiance.

Alors, pourquoi se mettait-elle dans cet état ? Avait-elle peur de lui tout à coup ? Ne se sentait-elle pas capable d'aimer physiquement quelqu'un d'aussi marqué que lui ?

Il avait bien tenté de plaisanter pour l'apaiser, mais ça n'avait fait que renforcer son stress. Alors il était sorti, espérant que ce ne soit que passager et bien décidé à parler plus sérieusement avec elle quand ils se retrouveraient ensemble le soir venu.

Il avait eu envie d'aller voir Blaise pour lui en parler, mais il n'était plus certain que ce soit vraiment la chose à faire. Il ne pouvait pas tout le temps aller voir son meilleur ami au moindre problème dans son couple… sans compter que le métis serait surement de mauvais conseil, comme à son habitude, et il ne ferait que l'agacer davantage. Il décida donc de se balader dans le palais, sans but précis.

Accoudé à un balcon, tout à ses réflexions, il n'entendit pas Harry arriver à côté de lui et sursauta à son approche.

— Mais bon sang Potter ! Qu'est-ce qui te prend de me surprendre comme ça ? Je croyais que le temps où tu m'espionnais avec ta cape d'invisibilité était révolu depuis qu'on était plus ennemis !

— Qu'est-ce qui t'arrive Drago ? s'inquiéta Harry. Ça fait trois fois que je t'appelle.

— Rien que je ne puisse solutionner seul, Potter ! répondit-il un peu sèchement, sans presque se retourner. Qu'est-ce que tu me veux ?

— Déjà, que tu m'appelles « Harry », pour commencer ! Je croyais qu'on avait déjà réglé ce problème. Ensuite, il faut qu'on parle de ta baguette.

Un peu surpris, Drago réalisa qu'il passait ses nerfs sur Potter sans que celui-ci ne l'ait mérité. Il n'allait pas pour autant s'excuser, mais…

— Drago ? reprit Harry, inquiet.

— Foutu Gryffondor ! On a beau vous cracher du venin pour vous éloigner, vous vous accrochez comme des sangsues, dit-il l'air dédaigneux alors qu'il était pourtant reconnaissant à Harry de réagir de la sorte.

Puis, se retournant vers Harry, il ajouta bien plus aimablement :

— C'est quoi, cette histoire de baguette ?

—Eh bien…tu sais que Bill nous a dit qu'on aura besoin de liens entre nous, commença Harry légèrement mal à l'aise.

Drago voyait bien que le Gryffondor avait besoin d'un coup de pouce pour l'inciter à parler. Mais il n'était pas d'humeur. Aussi le laissa-t-il se débrouiller. Il s'adossa à la rambarde et croisa les bras, le visage impassible en attendant la suite, ce qui ne fit que déstabiliser un peu plus son nouvel ami.

— La baguette que j'ai gagnée en duel contre toi, celle qui a vaincu Voldemort…

— Je t'arrête tout de suite, Harry, l'interrompit le Serpentard avec un petit sourire railleur, tu n'as gagné que parce que je le voulais bien ! En d'autres circonstances…

— Drago ! le sermonna Harry avec impatience. J'essaye d'être sérieux !

— Mais moi aussi ! Je suis sûr que si on se battait à nouveau en duel, dans des conditions normales, j'aurais le dessus, se vanta Drago assez sûr de lui, bien qu'il ne précisa pas que pour lui, la ruse faisait partie de tout bon duel et qu'il ne parlait pas forcément d'un combat à la loyale.

— Permets-moi d'en douter, grogna Harry légèrement vexé, mais ce n'est pas de ça dont je suis venu te parler, ajouta-t-il en secouant les épis noirs de sa tignasse mal peignée. Je suis juste venu te dire que je l'ai toujours et qu'il n'y a certainement pas de liens plus fort entre nous que cette baguette qui nous relie en plus à Voldemort.

Joignant le geste à la parole, Harry sortit la baguette de sa poche arrière, pour la lui tendre.

Surprit, Drago resta immobile un instant, laissant tomber son masque. Devant lui, Harry lui tendait sa baguette ! C'était comme s'il retrouvait une partie de lui-même qu'il avait égaré.

Doucement, comme si ce n'était qu'une brindille de cristal délicat, il prit la baguette d'ébène dans ses mains et l'agita doucement pour en ressentir toute la magie, laissant sur son passage des étincelles multicolores. Puis il se rendit compte qu'Harry lui parlait toujours.

— ... pouvais pas te la rendre à cause du pouvoir qu'elle est censée détenir, maintenant qu'elle a vaincu la baguette de sureau. Mais vu qu'elle risque d'être détruite de toute façon, c'est la meilleure utilisation qu'on puisse en faire. Bill a dit à Hermione que ça allait être un énorme atout pour nous dans le rituel ; qu'elle allait nous conférer la puissance nécessaire pour le vaincre ! Je ne dis pas que ça va être facile…

Drago n'écoutait déjà plus. Il comprenait tout à fait Potter. S'il avait été à sa place, il ne lui aurait également pas rendu la baguette. Surtout dans l'état dans lequel il était à la fin de la guerre.

Il pouvait sentir la différence maintenant qu'il l'avait en main. Ce n'était plus vraiment sa baguette ; elle avait changé. Elle irradiait de puissance ! Mais, même s'il n'aurait pas refusé de pouvoir la récupérer, pour lui, l'important était de se débarrasser du monstre qui avait élu domicile dans son esprit et dans ses rêves. Renoncer à la baguette n'était après tout qu'un sacrifice minime comparé à ce qu'il pouvait gagner.

— Tient ! Repends là ! dit-il en rendant la baguette à Harry. Elle est à toi désormais et… je te remercie de t'en servir pour moi… et aussi, ajouta-t-il de plus en plus gêné, merci de m'avoir permis de la revoir et de sentir sa magie une dernière fois.

Surpris et également mal à l'aise, Harry changea de sujet pour parler Quidditch en attendant que les filles les rejoignent, ce que Drago apprécia au plus haut point.

Quelques minutes plus tard, Hermione les rejoint, légèrement étonnée de les voir ensemble. Elle était vêtue d'une petite robe vert bouteille mettant en valeur ses formes sans pour autant être trop moulante.

— Je vois que tu as trouvé mon cadeau, lui dit Drago en la déshabillant du regard, rendant la Gryffondor plus écarlate encore que quand elle était sortie de la chambre.

— C'est très gentil de ta part Drago et je sais que ça te fait plaisir... et il est évident que j'avais légèrement sous-estimé le genre de tenue à mettre ici, donc je t'en suis extrêmement reconnaissante, mais tu ne peux pas m'offrir des cadeaux comme ça tout le temps !

— Vous savez, Mme Malefoy, il faudra bien vous y habituer, car cela fait partie des devoirs d'un gentil homme, que de couvrir sa douce compagne de présents, se moqua Blaise qui arriva à ce moment.

Hermione resta sans voix tandis que Drago fusillait du regard son meilleur ami. Il n'avait vraiment pas besoin que Blaise ne vienne compliquer les choses maintenant.

Heureusement pour eux, l'arrivée de Ginny, elle aussi plutôt élégante dans une robe bordeaux particulièrement courte, permis à tous de changer de sujet.

— Par merlin, Potter ! siffla le métis. Tu ne voudrais pas me prêter ta copine de temps en temps ? J'en veux une comme ça !

— Je ne voulais pas faire tache à côté de ta mère, Blaise. Ça devrait être interdit d'être aussi sexy à son âge ! s'amusa-t-elle. Tout à l'heure, je voyais bien les efforts que faisait mon chéri pour ne pas poser les yeux sur son magnifique décolleté. Aussi, à défaut d'avoir une aussi jolie poitrine que ta mère, j'ai d'autres atouts à mettre en valeur, finit-elle avec un clin d'œil qui fit rougir Harry.

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Après un long et copieux repas qui se passa dans la bonne humeur et l'allégresse coutumière à la famille Zabini, Vittoria demanda à Drago s'il pouvait l'accompagner dans le petit salon alors que les autres se rendaient dans leurs chambres respectives.

Bien que légèrement sur ses gardes, Drago consenti à la demande de celle qui était, à ses heures perdues, presque une seconde mère pour lui. Il ne comptait plus les moments heureux qu'il avait passé dans cette maison en compagnie de Blaise. Si à la base, Vittoria n'était que l'amie d'une cousine de Narcissa, les deux femmes s'étaient, malgré leurs nombreuses différences, tout de suite appréciées et elles étaient devenues meilleures amies. Elle avait toujours été plus démonstrative que sa propre mère. Et, même s'il faisait mine de grogner à chacune de ses preuves de tendresse, il ne les appréciait pas moins pour autant. Elle avait également toujours eu une oreille attentive pour lui. Elle avait toujours su avoir les mots pour le réconforter quand les attentes de son père devenaient si exigeantes qu'il ne savait plus trop quoi faire. Cela avait beau faire des années qu'il ne s'était pas confié à elle, il avait toujours une relative confiance en elle.

Elle l'avait conduit dans un tout petit salon très intime où quelques chandelles volantes éclairaient avec douceur des murs en boiserie et des petits canapés moelleux posés sur un tapis soyeux moyen-oriental. Une musique discrète et apaisante provenait d'une petite boite où cinq petites danseuses virevoltaient.

S'asseyant, elle invita Drago à l'imiter.

— J'aime beaucoup Hermione ! lui dit-elle alors sans préambules. Elle est intelligente, puissante; elle a beaucoup de caractère. On voit au regard quelle pose sur toi qu'elle t'aime vraiment, et c'est toi qu'elle aime et non ce que tu peux lui apporter… plus encore, je la sens prête a presque tout pour toi. Pourtant vous étiez ennemis, et ce, depuis vos plus jeunes années… elle t'en a fait baver et toi de même… elle t'a même frappé et toi... tu l'aimes alors qu'elle est née moldue ... et sans fortune ! Aurais-je oublié quelque chose ? Si bien sûr, quelle étourdie suis-je : elle serait le pire choix d'épouse compte tenu des attentes de tes parents et pour Lucius ce serait même une cruelle déception.

Elle avait fini son constat d'une voix moqueuse et profondément amusée. Puis, elle s'était mise à le regarder avec dans les yeux tant de douceur qu'il se sentait obligé de lui répondre, bien qu'il n'en ait pas vraiment envie.

— Oui, vous avez raison ! fit Drago avec fatalisme. Mais vous pensez vraiment que j'en ai fait exprès ? Tout ça m'est tombé dessus conte ma volonté… je…

— On ne combat pas le destin quand une pareille chose vous arrive.

Elle marqua une pause, le temps que Drago soit plus serein.

— Lui as-tu dit que tu l'aimais ? demanda-t-elle comme s'il ne s'agissait que d'une broutille... d'une formalité.

— Non ! Je… Il est trop tôt ! Et puis, je ne suis pas du genre à faire des déclarations enflammées ! On m'a appris qu'aimer était une faiblesse ! Et vous aviez beau être sa meilleure amie, Mère m'a même toujours conseillé de ne même pas trop m'attacher à vous ou à votre fils ! Comment voulez-vous que je dise une telle chose ? Je ne sais même pas…je ne sais même pas si je le pense ! Je ressens des choses qui sont … je suis peut-être bien « amoureux » d'elle… mais de là à dire que je l'aime ? Et puis, vous le sous-entendez vous-même : j'étais destiné il y a quelques mois encore à épouser un sang pur et c'est d'ailleurs encore dans l'idée de ma mère. Avouez que ça serait la chose la plus logique à faire !

— Stupidité que cela ! dit-elle en s'installant sur le même fauteuil que lui.

— Elle t'a dit qu'elle t'aimait ? demanda-t-elle ensuite comme si elle le savait déjà.

— Oui, avoua-t-il légèrement intimidé, les yeux baissés.

— Qu'as-tu ressenti à ce moment-là ? Qu'as-tu ressenti dans ton cœur ? insista-t-elle en posant sa main presque brusquement sur sa poitrine.

Drago ne put s'empêcher de sentir monter en lui une allégresse infinie et, malgré lui, un léger sourire vint orner ses lèvres fines.

— Bien ! dit alors Vitoria en enlevant sa main et en allant se replacer dans son fauteuil. Alors tu sais tout ce qu'i savoir. Ceci est la seule chose importante.

— Et mes parents, je leur tourne le dos comme ça ? la provoqua-t-il alors qu'il savait sa décision déjà prise.

Elle lui sourit, sachant pertinemment qu'il tentait de jouer avec elle.

— Blaise m'a dit qu'il t'avait avoué que Thomas était Moldu, continua-t-elle avec un regard nostalgique. Je n'ai pu l'aimer que quelques mois, mais ils ont été parmi les plus précieux de ma vie et je les chérirais jusqu'à mon dernier souffle. Cissi sait cela aussi. Et, bien qu'elle désapprouve, elle s'y est faite. Elle se fera à Hermione si tu ne lui en laisses pas le choix, et si tu ne doutes pas devant elle. Pour toi, elle s'y fera ! Ça ne fait aucun doute.

Drago se sentit soulagé d'un poids. Le fait même que Vittoria le rassure à ce point lui donnait le maigre espoir que tout ait une chance de bien se passer avec sa mère.

Elle avait dû le sentir, car elle s'adressa à nouveau à lui, jouant avec une des roses qu'elle avait sortie d'un bouquet placé juste derrière elle.

— Tu sais, je suis extrêmement fière du chemin que tu as pris. J'ai cru pendant longtemps que tu avais pris la marque. Et puis, il y a eu ton refus de tuer Dumbledore ; ta position très ambiguë à la fin de la guerre et maintenant, une petite amie née-moldue… et pas n'importe laquelle !

Drago ne savait pas trop bien quoi répondre. Il ne fit donc que sourire poliment.

— Va la retrouver, elle doit t'attendre et tu auras une dure journée demain.

Il la remercia avec franchise, se leva et se dirigea vers la porte, mais la main sur la poignée, il s'arrêta dos à elle.

— Que savez-vous exactement de ce qui m'est arrivé ? demanda-t-il avec beaucoup d'anxiété.

— Juste assez pour savoir que ma salle des rituels est à vous, jusqu'à ce que tu sois délivré. Juste assez pour tout mettre à la disposition de tes nouveaux amis pour que tout se passe au mieux et juste assez pour t'ouvrir mon cœur le jour où tu seras prêt à m'en parler.

Se retournant, il s'avança vers elle, et sans un mot la prit dans ses bras. Elle l'étreignit en retour avec tendresse comme s'il avait à nouveau dix ans. Puis, toujours en silence, ils se séparèrent et il sortit pour aller rejoindre Hermione.

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Arrivé devant la porte de leur chambre, Drago ne put s'empêcher de ressentir de l'anxiété. Il n'avait aucune idée d'à quoi s'attendre. Trouverait-il sa « petite amie » profondément endormie dans un de ces monstrueux pyjamas ridicules, ou bien, telle la lionne qu'elle pouvait être parfois, la trouverait-il installée langoureusement sur le lit dans une des nuisettes qu'il lui avait offertes ? Si la seconde idée n'était pas pour lui déplaire, elle le terrorisait et il n'était même pas en mesure de savoir ce qu'il ferait en pareil cas. Certainement aurait-il recourt à l'humour, voir au sarcasme, pour la choquer et cacher ainsi son embarrât. Mais ce qui était sûr, c'était que l'idée même de l'imaginer en petite tenue ne le laissait guère indifférent.

Quoi qu'il en soit, il leur faudrait discuter une bonne fois pour toute de ce qui était en train de se passer entre eux. Il avait voulu laisser les choses se faire, se laisser porter par les évènements, mais l'ambiance tendue d'avant le repas ne faisait que prouver que ce n'était certainement plus le chemin à suivre.

Écoutant à la porte, il essaya de se faire une idée de ce qu'elle pouvait bien faire, mais aucun bruit ne parvint à le renseigner. De la lumière sous la porte semblait au moins lui indiquer qu'elle ne devait pas déjà dormir.

Il avala sa salive difficilement, inspira une grande bouffée d'air et combattant du mieux qu'il put l'impression qu'il avait que ses boyaux se tordaient, il pénétra dans la chambre.

Hermione, qui ne s'était pas encore changée, l'attendait assise dans un des petits fauteuils, le regard dans le vague, un livre ouvert sur les genoux.

Elle sursauta à son approche. Elle avait l'air presque aussi anxieuse que lui et il ne comprenait toujours pas pourquoi. De plus, ses yeux suppliants ne lui disaient rien qui vaille.

Prenant à nouveau une grande inspiration, il s'assit en face d'elle, s'attendant au pire. Peut-être avait-elle eu une sorte d'illumination et regrettait-elle tout ce qui s'était passé entre eux… peut être allait-elle lui dire qu'elle allait l'aider, mais qu'après le rituel, ils devraient revenir à ce qu'ils étaient avant, mais qu'elle désirait cependant qu'ils restent « bons amis »… peut être qu'elle…

— Je t'ai menti, lui lança-t-elle de but en blanc, ses mains se tordant au-dessus de son livre maintenant fermé.

Elle avait les joues rouges et les yeux baissés. En d'autres circonstances, il l'aurait trouvé adorable, mais en l'état actuel des choses ça ne faisait que le terrifier encore plus.

Incapable de sortir un mot, il la laissa continuer. Au moins elle avait, elle aussi, envie de discuter. S'il devait souffrir, ça aurait au moins l'avantage d'être rapide.

— Quand on a commencé à discuter… à discuter vraiment et que tu t'es moqué de moi à cause de mon expérience désastreuse avec Ron, je t'ai parlé d'un moldu avec lequel… enfin avec lequel ça s'était très bien passé...

Drago ne s'attendait pas du tout à ce qu'elle lui reparle de ce moldu. À la mention de cet ignoble fils de Troll et au fait qu'il ait pu poser, avant lui, ses mains sur Hermione… qu'il lui avait … il préférait tenter d'occulter à nouveau toute pensée négative de son esprit, sentant la rage monter en lui. Bien sûr, elle avait le droit d'avoir eu d'autres expériences… lui en avait bien eu avec Pansy … mais l'idée ne lui en était pas plus répugnante pour autant. Et surtout, il ne voyait pas du tout où elle voulait en venir. Allait-elle le comparer à ce type qui, soit, n'était pas sorcier, mais qui physiquement n'avait certainement pas de mal à le surclasser ? Il l'imaginait musclé, avec une peau parfaite et bronzée… après tout, ils s'étaient rencontrés en France pendant les vacances… Puis tout à coup, sans que ce soit logique, il imagina Hermione lui dire qu'elle repensait à ce type et qu'elle voulait lui redonner sa chance et que…

— J'ai tout inventé… lâcha enfin Hermione après un long silence gêné. Je suis désolée, je n'aurais jamais dû te mentir, et j'aurais dû tout t'avouer, mais au début ça n'avait pas vraiment d'importance et après ça en a eu tellement… et puis j'ai eu peur que tu ne me croies plus… et puis tu m'aurais demandé si je t'avais menti pour autre chose, continua-t-elle d'une traite, sans pratiquement reprendre sa respiration. Et j'aurai du t'avouer que, oui, je t'avais menti sur autre chose : je t'ai fait croire que j'avais vu ce qui était écrit sur ton bras pendant qu'on te soignait, mais c'était faux, il y avait trop de sang et j'étais trop angoissée pour y faire vraiment attention. Je crois même que ce n'est pas moi qui me suis chargée de ton bras, mais je voulais que tu m'en parles alors j'ai menti sur ça aussi… mais je te promets que je ne t'ai menti sur rien d'autre ! Et j'ai très peur que tu m'en veuilles... mais on est dans cette chambre et je croyais qu'avec ce qui t'était arrivé tu n'aurais pas envie de tout de suite… enfin tout de suite faire l'amour, mais tu me parles sans cesse de nuisette et tu fais des allusions coquines et moi je suis terrifiée parce que je n'ai pas autant d'expérience que toi. Ce n'est pas que je n'en ai pas envie, mais je ne sais pas si je m'y prendrais bien et j'ai peur de te décevoir et…

Elle lui avait menti… Elle lui avait menti et cette immonde chiure de licorne de moldu n'existait pas ! Il ne l'avait jamais touché… personne ne l'avait jamais touchée à part Weasley… mais c'était… toutes ces images d'elle prenant du plaisir dans les bras du moldu s'évanouirent d'un coup pour ne plus laisser que le visage angoissé et presque en pleur de sa petite lionne.

Il partit tout à coup dans un éclat de rire incontrôlable et elle se décomposa, ne comprenant certainement pas à quel point tout ça le soulageait.

— Je ne vois pas en quoi c'est drôle, bouda-t-elle certainement vexée.

— Je pensais… je pensais, parvint-il enfin à dire, que tu voulais … C'est pas grave… j'étais inquiet pour rien. Je ne t'en veux pas. C'est juste très Serpentard comme façon de faire. Je me vois mal te le reprocher vu les circonstances, conclut-il pour la rassurer.

— Tu… Pour ton bras… tu ne m'en veux pas ? dit-elle avec une toute petite voix.

— C'est du passé, lui répondit-il en frottant inconsciemment son bras gauche. Et puis, je trouverai bien un moyen de te le faire payer, finit-il avec un sourire plein de sous-entendus qui fit rougir la Gryffondor.

Un long silence s'en suivit. Un silence pas tout à fait mal à l'aise, mais pensif. Puis, Hermione se leva, posa son livre et se rapprocha de Drago en allant s'asseoir sur la petite table basse devant lui, afin d'avoir les yeux au même niveau que les siens.

— Qu'est-ce qui pouvait bien t'inquiéter ? demanda-t-elle gentiment en prenant ses mains dans les siennes.

Drago n'avait pas envie de lui parler de toutes ses craintes, il les savait en partie irrationnelles… peut-être qu'un jour…

— En fait, je t'avoue que ton coté vierge effarouchée n'est pas pour me déplaire, commença-t-il sur le ton de la plaisanterie pour dédramatiser.

Retirant ses mains, elle sembla un peu vexée qu'il le prenne comme ça.

— Déjà rien que pour te voir faire cette moue adorable ça en vaut la peine, reprit-il en plaisantant. Mais, continua-t-il plus sérieusement, ça me rassure que tu n'attendes pas de moi que je te saute dessus pour te faire vivre des moments de pure extase en tant que « prince des Serpentards », « dieu du sexe » ou je ne sais trop quelle idée que tu te serais faite de moi avant. Pas que je n'en aie pas envie, mais comme tu le disais : après ce qui m'est arrivé, je n'ai pas envie de mal réagir parce que trop de choses remontent d'un coup en moi. J'ai besoin moi aussi d'aller doucement.

La voyant rassurée par ses propos et enfin détendue, il ne put s'empêcher de la taquiner et ajouta :

— Ça ne m'empêche pas d'avoir envie de mon défilé de nuisettes ou de câlins plus coquin.